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  • Sémawé lance son site pour accompagner en Holacratie des territoires anglophones

    Nous sommes fiers d’annoncer la mise en ligne de notre site web en anglais : www.semawe.us. Ce nouveau site permet aux organisations anglophones de découvrir nos services d’accompagnement à la transformation organisationnelle, notre approche du coaching de dirigeants, et nos formations en Holacracy.

    Sémawé accompagne des équipes à l’international et dans des contextes multiculturels. La création d’un site dédié en anglais s’inscrit dans la continuité de cette dynamique. Vous y retrouverez des contenus détaillés sur nos offres de coaching individuel, audits organisationnels, supervision de réunions, ou encore nos stages de découverte Holacracy, avec une structure claire et un ton adapté au public nord-américain et européen.

    Ce site a aussi pour objectif de renforcer notre visibilité à l’international. N’hésitez pas à le consulter, à le partager, et à le faire circuler dans vos réseaux :
    https://semawe.us

  • Ce que votre colère dit de vous : et si c’était votre « Ombre » qui pilotait ?

    En tant qu’accompagnante des transformations organisationnelles, je suis régulièrement amenée à coacher des individus, dirigeants, managers, collaborateurs.

    De façon récurrente dans ces accompagnements, apparaissent des zones d’agacement, des situations relationnelles qui se rigidifient et des doutes qui s’installent chez mon coaché « Ai-je vraiment le droit d’être en colère ? Est-ce normal de sentir un tel agacement ? »

    Bonne nouvelle la réponse est oui c’est tout à fait courant et ce n’est pas une question d’avoir le droit ou pas. Il s’agit plutôt de prendre un temps de recul pour faire le tri en soi…


    L’illusion du « c’est la faute de l’autre »

    Il y a des jours où tout semble légitime : votre colère contre ce collègue « trop lent », votre agacement viscéral face à ce manager « arrogant », ou votre mépris pour ce collaborateur « désorganisé ». Sur le moment, le diagnostic est simple : l’autre est le problème.

    Pourtant, dans mon métier, j’observe un phénomène récurrent : plus la réaction émotionnelle est disproportionnée, moins elle parle de l’autre, et plus elle parle de vous. C’est ici qu’entre en scène un concept clé de C.G. Jung, popularisé par les travaux de Jean Monbourquette : l’Ombre.

    Carl Gustav Jung (1875-1961) était un psychiatre suisse influent et le fondateur de la psychologie analytique ; il a révolutionné la compréhension de l’inconscient en introduisant des concepts tels que l’inconscient collectif, les archétypes et, précisément, l’Ombre.

    Jean Monbourquette (1933-2011), prêtre et psychologue québécois, s’est inspiré de la pensée jungienne pour créer des outils de croissance personnelle accessibles, devenant une référence mondiale dans l’accompagnement du deuil, du pardon et de l’estime de soi à travers ses best-sellers comme Apprivoiser son ombre.

    Qu’est-ce que l’ombre ?

    L’Ombre, c’est tout ce que vous avez refoulé en vous pour être « une personne bien ». C’est la remise au grenier de vos parts jugées inacceptables par votre éducation, votre culture ou votre milieu professionnel. Comme le souligne Monbourquette, plus on cache son ombre, plus elle prend de la puissance et cherche à sortir par la projection : nous percevons chez les autres ce que nous refusons de voir en nous-mêmes.

    Les trois visages de l’ombre : Identifiez la vôtre

    Pour Monbourquette, l’ombre n’est pas monolithique. Elle se présente sous trois formes distinctes :

    1. L’Ombre Individuelle : Vos propres « défauts » refoulés. Exemple : Le manager bourreau de travail qui déteste la paresse des autres car il s’interdit tout repos.
    2. L’Ombre Collective : Ce qu’un groupe (entreprise, famille, nation) refoule.
      Exemple : Une entreprise qui prône l’innovation mais méprise secrètement l’échec. L’ombre devient alors une culture du blâme qui étouffe toute créativité.
    3. L’Ombre Dorée : Elle contient vos talents, votre génie et votre puissance que vous n’osez pas incarner par peur de « faire de l’ombre » aux autres.
      Exemple : Admirer l’aisance d’un orateur alors que vous possédez ce talent, mais le gardez enfoui.

    Les conséquences de l’ombre ignorée : le coût invisible

    Ne pas mettre de conscience sur son ombre laisse un pilote automatique saboter votre efficacité :

    • La Rumination Mentale : L’ombre non reconnue tourne en boucle, consommant une énergie cognitive massive.
    • Le Verrouillage des Relations : La projection crée des murs. Vous ne voyez plus l’être humain, mais une caricature de votre propre défaut refoulé.
    • La Somatisation : L’effort permanent pour maintenir le grenier fermé crée des tensions physiques réelles (maux de dos, migraines, épuisement).

    Faire le tri : colère légitime ou ombre projetée ?

    • La colère Saine : Elle est centrée sur un fait. Elle vise à protéger une valeur. Elle est « propre », s’exprime fermement et s’arrête dès que la situation est adressée.
    • L’ombre : Elle est obsessionnelle. Elle s’accompagne de jugements de valeur (« il est nul »). Elle dure longtemps et vous « colle à la peau ».

    Pourquoi la transformation organisationnelle réveille-t-elle l’ombre ?

    C’est le point critique pour tout dirigeant qui lance une transition (vers l’Holacratie par exemple). Le changement est un puissant activateur d’ombre. Pourquoi ? Parce que transformer l’organisation, c’est changer les règles du jeu.

    • Les structures rassurantes disparaissent,
    • L’implicite doit devenir explicite,
    • Les zones de pouvoir floues sont mises en lumière.

    Dans ce moment de vulnérabilité collective, les greniers s’ouvrent. Ce que l’on arrivait à cacher dans l’ancien système (un besoin de contrôle, une peur de l’initiative, une difficulté à dire non) explose soudainement à la figure des collègues. La transformation organisationnelle ne crée pas les tensions, elle révèle les ombres qui étaient déjà là, mais que la bureaucratie masquait. Sans un travail sur l’ombre, le nouveau système de gouvernance sera utilisé comme une arme pour servir des projections individuelles.

    Que puis-je espérer de meilleur si je prends conscience de mon ombre ?

    À quoi sert ce travail de discernement ? C’est une quête de robustesse. En faisant la paix avec votre ombre, vous pouvez espérer :

    • Une liberté totale : Vous ne réagissez plus de manière compulsive aux provocations. Vous reprenez les commandes.
    • Un leadership magnétique : Un leader qui assume son ombre est « entier ». Sa vérité sécurise ses équipes.
    • L’accès à votre ombre dorée : C’est la voie vers un déploiement de vos talents sans précédent.

    Conclusion
    Oser regarder son grenier

    Jean Monbourquette disait qu’apprivoiser son ombre est un acte d’humilité, mais surtout un acte de liberté. Pour un leader, c’est le passage clé vers une maturité réelle.

    La prochaine fois qu’une personne vous « hérisse » au point de vous faire perdre votre calme, ne demandez pas : « Qu’est-ce qu’il a fait de mal ? ». Demandez-vous : « Quelle part de moi est en train de s’agiter dans mon grenier ? ».
    Il pourrait bien s’agir de votre ombre qui se réveille.

    Si vous avez envie d’en savoir plus et d’être accompagné, je serai ravie de vous y aider !

  • Aliocha Iordanoff au TEDx Pointe à Pitre

    Comment l’Holacratie dépasse le paradoxe du pouvoir ?

    Lecture : 2 minutes

    Réinventer la gouvernance d’entreprise : liberté, agilité et holacratie

    « Comment faire de votre entreprise un modèle d’agilité et d’autonomie ? »

    Voilà la question qui a été la porte d’entrée d’Aliocha en octobre 2024 pour son tout premier talk, dans l’exigeant format du TEDx à Pointe-à-Pitre.

    Dans ce talk inspirant, découvrez comment l’Holacratie transforme la manière dont les organisations s’adaptent et évoluent. Aliocha dévoile les pratiques managériales innovantes mises en place chez Sémawé, véritable laboratoire de l’innovation managériale, pour libérer la créativité et redonner à chacun la capacité de contribuer pleinement.

    À travers une approche structurée, il explique comment ce modèle résout le paradoxe entre verticalité et horizontalité, permettant à l’organisation de combiner structure et liberté.

    Ce talk vous offre des clés concrètes pour repenser votre gouvernance et donner une nouvelle impulsion à votre entreprise dans un monde en perpétuel changement.

    L’équipe TEDx Pointe à Pitre

    « Courtes, percutantes, émouvantes, les conférences TED, en bouleversant les codes de la prise de parole en public, permettent de faire circuler les idées qui changent le monde. » — Chris Anderson, Directeur de TED Conférences.1

    Le TEDx Pointe à Pitre est un formidable événement organisé localement grâce aux bénévoles et à l’Effet Papillon.

  • Le grand répertoire : 18 modèles managériaux pour transformer l’entreprise

    Lecture : 17 minutes

    Changer la façon dont une organisation fonctionne, c’est un peu comme se lancer dans une grande expédition. On sait où l’on veut aller – plus d’agilité, de collaboration, de sens – mais les chemins pour y parvenir sont souvent flous, semés d’obstacles, et parfois pavés de mauvaises interprétations. Des mots comme « Holacratie », « Sociocratie », ou « entreprise libérée » reviennent souvent dans les discussions, mais ils sont parfois mal compris, voire déformés. Cela crée des attentes imaginaires et, bien souvent, des déceptions.

    Avec cette série d’articles, notre ambition est simple : clarifier, démystifier et inspirer. Chaque concept clé du nouveau management que nous explorons est une boussole potentielle, capable de transformer une organisation en profondeur, à condition de bien comprendre ce qu’il peut – ou ne peut pas – apporter.

    Ce guide synthétique, conçu comme une vue d’ensemble, vous accompagne dans l’exploration de ces 18 concepts. Que vous soyez curieux d’en savoir plus ou à la recherche de solutions pour réinventer votre gouvernance, ce tour d’horizon vous donnera des clés pour mieux naviguer dans un univers où les modes et les buzzwords manquent parfois de solutions concrètes.

    Comme Sémawé fonctionne en Holacratie, nous pourrons dire pour chaque concept en quoi cela diffère ou ressemble aux principes de l’Holacratie. Nous assumons le parti pris subjectif avec lequel nous regardons ces systèmes, car nous savons que notre propre expérience détermine beaucoup comment nous percevons le monde.

    Vue d’ensemble sur les concepts

    1. Holacratie

    Créée en 2004, l’Holacratie est un système de gouvernance qui repose sur une constitution open source diffusée sous licence CC-by-SA. Elle définit des règles claires pour répartir l’autorité et les responsabilités dans une entreprise. Ce modèle unique allie la rigueur des structures hiérarchiques à la flexibilité des aspirations horizontales, garantissant ainsi une organisation à la fois fonctionnelle et efficiente. Avec environ 1500 entreprises l’ayant adoptée à travers le monde, l’Holacratie est reconnue pour ses mécanismes innovants : des rôles bien définis, des cercles interconnectés et des processus robustes pour la prise de décision. Elle répond au double enjeu de structure et d’agilité, crucial pour les organisations modernes.

    À la manière des statuts types qu’on peut utiliser lorsqu’on crée une entreprise, la constitution de l’Holacratie est un kit générique adaptable et modifiable à chaque entreprise qui veut s’en servir. Cela présente l’avantage de faire gagner beaucoup de temps et de profiter de l’expérience des autres organisations qui ont défriché cette voie !

    • Carte des organisations en Holacratie
    • Participer à une journée de découverte de l’Holacratie
    • Voir une étude de cas d’adoption de l’Holacratie

    2. Gouvernance partagée

    Une approche développée et promue notamment par l’Université du Nous, qui désigne un ensemble de pratiques et de principes permettant à un groupe de prendre des décisions collectivement. Contrairement à l’Holacratie, la gouvernance partagée n’est pas fondée sur une constitution formelle ou un cadre universel, mais offre une flexibilité qui permet aux organisations de co-construire leurs propres processus. Concrètement, elle s’appuie sur des outils structurés pour partager le pouvoir décisionnel, encourager une participation active et renforcer la responsabilisation collective. Elle vise à équilibrer les aspirations individuelles et collectives tout en s’écartant des modèles hiérarchiques.

    3. Sociocratie

    La sociocratie est un modèle de gouvernance qui repose sur le consentement, les cercles décisionnels et les doubles liens. Elle a été formalisée au XXe siècle par Gerard Endenburg, un ingénieur néerlandais, pour renforcer la collaboration et l’efficacité dans les organisations. Le principe central est le consentement : les décisions sont prises lorsque personne n’a d’objection raisonnable. Les cercles semi-autonomes sont interconnectés par des membres qui jouent un rôle de liaison, assurant la cohérence entre les niveaux de l’organisation.

    La sociocratie n’est pas une absence de structure ou de hiérarchie : bien qu’elle valorise la participation collective, elle repose sur des rôles et des processus clairement définis. Elle ne se limite pas non plus à un simple outil de prise de décision démocratique : c’est un cadre global qui régit l’organisation, la responsabilité et l’interaction entre les membres. Adaptable et inclusif, ce modèle est souvent utilisé dans des structures coopératives ou associatives, mais il inspire également des entreprises cherchant à renforcer leur démocratie interne.

    4. Gouvernance cellulaire

    La gouvernance cellulaire est une approche émergente inspirée des systèmes biologiques, où chaque unité d’une organisation fonctionne comme une cellule autonome et interdépendante. S’appuyant en partie sur les principes de la constitution de l’Holacratie, elle reprend les notions de rôles, de cercles et de distribution de l’autorité, mais l’a modifiée en intégrant une vision plus organique et adaptative.

    Dans ce modèle, les cellules disposent de leur propre autorité pour prendre des décisions tout en restant alignées avec le reste de l’organisation grâce à des mécanismes de coopération. Contrairement à l’Holacratie, la gouvernance cellulaire soutient un véritable parti pris de mettre de l’horizontalité dans l’organisation, et de supprimer les mécanismes de hiérarchie. Elle ne cherche pas à imposer un contrôle centralisé, mais favorise des interactions fluides et une résilience collective.

    5. Organisation opale

    L’entreprise opale, un concept popularisé par Frédéric Laloux dans son ouvrage Reinventing Organizations, décrit une nouvelle étape d’évolution des organisations. Ce modèle repose sur trois piliers fondamentaux : l’autogestion, la plénitude et un but évolutif.

    L’autogestion remplace les hiérarchies traditionnelles par des processus collaboratifs où chacun peut contribuer selon ses compétences. La plénitude invite à intégrer toutes les dimensions de l’individu au travail, en valorisant l’authenticité et l’épanouissement personnel. Enfin, le but évolutif se concentre sur la raison d’être de l’organisation, vue comme une entité vivante qui s’adapte et évolue au gré des changements de son environnement.

    Contrairement à des modèles purement structurels comme l’Holacratie, l’entreprise opale met davantage l’accent sur la transformation culturelle et humaine, ce qui peut représenter un défi dans des contextes où les résistances au changement sont fortes. Elle reste une source d’inspiration majeure pour les organisations cherchant à réconcilier performance et humanité.

    6. Entreprise libérée

    Un concept parfois galvaudé, où le focus est mis sur la suppression des contraintes pour favoriser la créativité. L’entreprise libérée, concept popularisé par Isaac Getz et Brian Carney, vise à redonner aux employés une liberté totale dans la manière de s’organiser et de travailler. Le rôle du dirigeant, dans ce modèle, est de créer un environnement où les collaborateurs peuvent prendre des décisions en toute autonomie, sans les contraintes d’une hiérarchie rigide.

    Ce concept repose sur l’idée que la suppression des règles inutiles et des processus bureaucratiques libère le potentiel créatif et productif des équipes. Il ne s’agit pas d’un modèle dénué de structure : l’entreprise libérée nécessite un cadre clair, basé sur la confiance, pour fonctionner efficacement.

    Contrairement à l’Holacratie ou à la Sociocratie, l’entreprise libérée ne propose pas de méthodologie formalisée. Elle s’appuie davantage sur une transformation culturelle, où le leadership est centré sur le soutien et l’inspiration. Ce modèle a inspiré de nombreuses organisations, mais son application dépend fortement de la vision et de l’engagement des dirigeants.

    7. Perma entreprise

    La permaentreprise, concept inspiré de la permaculture, transpose les principes de durabilité, d’équilibre et de résilience au monde des affaires. Ce modèle invite les organisations à fonctionner comme des écosystèmes, où chaque élément est optimisé pour collaborer harmonieusement avec les autres tout en respectant les ressources disponibles.

    Les principes clés de la perma-entreprise incluent une gestion attentive des ressources humaines et matérielles, la création de cycles vertueux et une vision à long terme. Contrairement à des modèles purement économiques, elle met l’accent sur l’impact environnemental et sociétal, cherchant à générer de la valeur non seulement pour l’entreprise mais aussi pour son environnement.

    En comparaison avec l’Holacratie, la perma-entreprise met davantage l’accent sur l’impact écologique et sociétal, alors que l’Holacratie se concentre principalement sur la structure organisationnelle et la répartition des rôles. Par ailleurs, les deux modèles partagent une approche systémique, mais la perma-entreprise intègre explicitement des principes éthiques et écologiques dans sa gouvernance.

    8. Leadership distribué

    Le leadership distribué est une approche dans laquelle la fonction de leadership n’est pas concentrée dans les mains d’une seule personne ou d’un groupe restreint, mais partagée à travers toute l’organisation. Chaque individu, selon son rôle et son expertise, peut exercer un leadership dans un domaine particulier.

    Ce modèle repose sur la confiance mutuelle et la responsabilisation, permettant à chacun de prendre des décisions éclairées sans attendre de directives hiérarchiques. En s’éloignant des schémas traditionnels de pouvoir, le leadership distribué favorise une prise de décision plus rapide et mieux adaptée aux réalités locales.

    Le concept a été initialement formalisé par James P. Spillane, Richard Halverson et John B. Diamond dans les années 2000, dans le cadre de leurs recherches sur la gestion scolaire. Depuis, il a été étendu à d’autres contextes organisationnels, mettant l’accent sur une gouvernance collaborative et une prise de décision collective.

    Comparé à l’Holacratie, qui formalise les rôles et les processus décisionnels, le leadership distribué offre une approche plus fluide et informelle, où les responsabilités émergent de manière naturelle selon les besoins de l’organisation. Ce modèle est particulièrement adapté aux environnements complexes et en évolution rapide, où l’agilité et la collaboration sont essentielles.

    9. Management Montessori

    Le management Montessori s’inspire des principes éducatifs de Maria Montessori pour les appliquer au monde du travail. Ce modèle met l’accent sur l’autonomie, la confiance et la responsabilisation des individus, en créant un environnement qui favorise l’apprentissage continu et la collaboration naturelle.

    L’idée centrale est de considérer chaque collaborateur comme un individu capable de s’auto-diriger, tout en bénéficiant d’un cadre structuré qui stimule sa créativité et son engagement. Les managers jouent un rôle de guides ou de facilitateurs, plutôt que de directeurs autoritaires, en veillant à ce que chaque membre de l’équipe ait les ressources nécessaires pour évoluer dans un contexte bienveillant et performant.

    Comparé à l’Holacratie, qui se concentre sur la structuration des rôles et des processus, le management Montessori met davantage l’accent sur le développement personnel et l’adaptabilité des individus. Ce modèle est particulièrement adapté aux organisations cherchant à concilier performance et épanouissement individuel.

    Exemples d’entreprises :

    • Clinitex : Thierry Pick s’est inspiré des principes Montessori pour imaginer un « management par l’appétence ».
    • My Human Kit : une organisation qui applique les principes Montessori pour favoriser l’autonomie et la créativité au sein de ses équipes de fabrication collaborative.
    • Living School : une école et entreprise éducative inspirée de la pédagogie Montessori, intégrant ses principes dans la gestion interne.
    • La Ruche qui dit Oui ! : qui favorise l’auto-organisation des équipes locales tout en créant des cadres structurants, dans un esprit Montessori.

    10. Organisation auto-organisée

    Une organisation auto-organisée est davantage une direction qu’un modèle. Elle repose sur l’autonomie des équipes pour prendre des décisions et gérer leurs responsabilités sans intervention hiérarchique directe. Ce type d’organisation met l’accent sur la confiance, la responsabilité individuelle et collective, et la capacité des équipes à se structurer selon leurs besoins.

    Les principes clés incluent une redistribution du pouvoir, des rôles flexibles, et des processus d’ajustement continu pour répondre aux défis en temps réel. L’auto-organisation ne signifie pas l’absence de cadre : elle nécessite des accords explicites, des outils collaboratifs, et des principes partagés pour fonctionner efficacement.

    Comparée à l’Holacratie, qui formalise les processus décisionnels à travers des rôles et des cercles, l’organisation auto-organisée est souvent plus informelle et émergente. C’est une approche particulièrement adaptée aux environnements dynamiques où l’agilité et l’innovation sont essentielles.

    11. Agilité organisationnelle

    L’agilité organisationnelle est la capacité d’une entreprise à s’adapter rapidement et efficacement aux évolutions de son environnement, qu’elles soient technologiques, économiques ou sociales. Elle s’appuie sur les principes fondateurs du “Manifeste Agile”, qui énonce 4 heuristiques clés :

    1. Donner la priorité aux individus et à leurs interactions plutôt qu’aux processus et outils.
    2. Produire des résultats fonctionnels plutôt que de la documentation exhaustive.
    3. Collaborer avec le client plutôt que de s’en tenir strictement aux contrats.
    4. Répondre au changement plutôt que de suivre un plan rigide.

    Les principes de l’agilité organisationnelle incluent :

    • Une orientation client forte, où les besoins du marché dictent les priorités.
    • Des équipes multidisciplinaires autonomes capables de prendre des décisions rapides.
    • Des cycles courts d’expérimentation et d’apprentissage pour ajuster les stratégies.

    Inspirée par les méthodologies agiles issues du développement logiciel, cette approche est appliquée à l’échelle de l’organisation entière pour maximiser la résilience et la compétitivité. Comparée à des modèles comme l’Holacratie, qui structure les interactions et les rôles de manière formelle, l’agilité organisationnelle met davantage l’accent sur l’adaptation continue et l’amélioration itérative des pratiques.

    L’Holacratie, bien qu’inscrite dans la filiation de l’agilité, va plus loin en intégrant le sujet de l’autorité et des règles. Là où l’agilité met l’accent sur la flexibilité et l’innovation, l’Holacratie fournit un cadre structuré pour clarifier les autorités décisionnelles, permettant aux organisations d’évoluer avec des mécanismes de gouvernance explicites.

    Elle est particulièrement prisée dans les secteurs en constante évolution, comme la tech, où des entreprises comme Spotify et ING Bank ont adopté des cadres d’agilité organisationnelle pour transformer leurs opérations.

    [Image showing traditional vs agile organizational model]

    12. Organisation fractale

    L’organisation fractale est davantage une métaphore qu’un modèle formalisé. Inspirée des principes mathématiques des fractales, elle suggère que chaque unité d’une organisation reflète la structure et les valeurs de l’ensemble, comme dans un système naturel ou biologique.

    Les organisations qui adoptent cette approche visent à créer des unités autonomes et connectées, capables de fonctionner indépendamment tout en contribuant à la vision ou aux objectifs globaux.

    Les caractéristiques principales incluent :

    • Autonomie locale : chaque unité (ou fractale) peut gérer ses propres opérations selon les besoins locaux.
    • Réplication des principes : les valeurs fondamentales et les processus clés sont reproduits dans toutes les unités.
    • Flexibilité et adaptabilité : les unités peuvent évoluer ou se réorganiser en fonction des changements de l’environnement.

    Cependant, ce concept ne dispose pas de cadre normatif ou de méthodologie universelle. Il s’agit d’une inspiration, souvent utilisée dans des contextes complexes et dynamiques pour stimuler la résilience et l’innovation. On peut qualifier l’Holacratie de système organisationnel fractal.

    Je reprends donc là où nous en étions pour votre Article 13, afin de vous fournir la version intégrale, fidèle et nettoyée du long article sur les paradigmes du management.


    13. Management 3.0 (suite)

    Les 6 vues principales du Management 3.0 incluent :

    1. Aligner les contraintes : définir un cadre clair et des objectifs partagés.
    2. Développer les compétences : favoriser l’apprentissage et l’évolution des individus.
    3. Autonomiser les équipes : donner aux collaborateurs le pouvoir de décision.
    4. Faire grandir la structure : optimiser les interactions au sein de l’organisation.
    5. Améliorer tout en continu : encourager les cycles d’apprentissage et d’amélioration.
    6. Favoriser les relations : construire un environnement de travail basé sur la confiance et le respect mutuel.

    Le Management 3.0 ne propose pas de modèle spécifique pour les organigrammes ou la répartition des autorités. Contrairement à des approches comme l’Holacratie, qui structure la gouvernance à travers des rôles et des cercles définis, cette méthode laisse une liberté totale aux organisations pour adapter leur structure selon leurs besoins. Elle met davantage l’accent sur les dynamiques humaines, la motivation des équipes et l’amélioration continue.

    Comparé à l’Holacratie, qui formalise fortement les processus et la gouvernance, le Management 3.0 est plus informel et centré sur les dynamiques humaines. Là où l’Holacratie structure les rôles, le Management 3.0 propose des outils pratiques pour renforcer la motivation et l’engagement des équipes.

    14. Sociocratie 3.0

    La Sociocratie 3.0 (S3) est un cadre de collaboration et de gouvernance évolutif, conçu pour aider les organisations à devenir plus agiles, résilientes et centrées sur l’humain. Elle combine des éléments de la Sociocratie traditionnelle, des méthodologies agiles et des pratiques Lean, tout en restant hautement adaptable aux besoins spécifiques des équipes et des organisations.

    Les principes clés de S3 incluent :

    • Consentement pour les décisions : les décisions sont prises lorsqu’il n’y a pas d’objections majeures, ce qui favorise une prise de décision rapide et inclusive.
    • Articulation des tensions : les tensions, perçues comme des opportunités d’amélioration, sont utilisées pour guider les évolutions de l’organisation.
    • Patrons (patterns) : un ensemble de pratiques réutilisables et flexibles, permettant aux équipes de résoudre des problèmes spécifiques tout en respectant leurs contextes uniques.

    Contrairement à d’autres cadres comme l’Holacratie, la Sociocratie 3.0 n’est pas une marque déposée. Elle est diffusée sous une licence Creative Commons Free Culture License, ce qui permet une utilisation libre et une adaptation ouverte. Cette approche favorise une appropriation décentralisée et encourage les utilisateurs à partager et modifier les ressources selon leurs besoins.

    De plus, S3 peut être perçue comme un recueil d’outils d’intelligence collective. À travers ses patterns, elle propose des solutions pratiques et flexibles pour renforcer la collaboration, résoudre des tensions et faire évoluer les pratiques organisationnelles. Des organisations dans des secteurs tels que la technologie, l’éducation et les ONG utilisent déjà S3 pour améliorer leur gouvernance et renforcer leur collaboration.

    15. Entreprise humaniste

    L’entreprise humaniste place les valeurs humaines et l’épanouissement des individus au cœur de sa stratégie et de son fonctionnement. Ce concept repose sur l’idée que la performance économique et le bien-être des collaborateurs sont interdépendants, et qu’une organisation prospère lorsqu’elle valorise la dignité, la diversité et la créativité de ses membres.

    Les principes fondamentaux incluent :

    • Respect de l’individu : chaque personne est considérée dans sa globalité, avec ses besoins, aspirations et contraintes.
    • Leadership bienveillant : les dirigeants se concentrent sur l’accompagnement, l’écoute et le soutien des collaborateurs.
    • Impact sociétal positif : l’entreprise cherche à contribuer au bien commun, au-delà de ses objectifs économiques.

    Des auteurs comme Jacques Lecomte, auteur de “Les entreprises humanistes”, et Isaac Getz, co-auteur de “L’entreprise altruiste”, ont largement contribué à développer et diffuser ce concept. Ils insistent sur l’interconnexion entre bienveillance, efficacité et impact sociétal positif. Le travail de Frédéric Laloux, dans “Reinventing Organizations”, et les idées de Viktor Frankl sur la recherche de sens ont également influencé cette approche.

    Comparée à des modèles comme l’Holacratie ou la Sociocratie, l’entreprise humaniste ne propose pas un cadre normatif ou des processus spécifiques. Elle met plutôt l’accent sur une transformation culturelle et sur les comportements qui favorisent une organisation harmonieuse et performante. Des entreprises comme Danone ou Patagonia se revendiquent de cette philosophie, en mettant en avant des pratiques qui allient rentabilité et respect des valeurs humaines.

    16. Self-management

    Le self-management ou auto-gestion, désigne une approche où les individus et les équipes sont pleinement autonomes pour organiser leur travail, prendre des décisions et gérer leurs responsabilités, sans dépendre d’une hiérarchie traditionnelle. Cette méthode repose sur la confiance mutuelle, la responsabilisation et des cadres clairs pour garantir la cohérence.

    Les caractéristiques clés incluent :

    • Prise de décision décentralisée : les collaborateurs prennent des décisions localement, en fonction de leur expertise et de leurs rôles.
    • Transparence : un accès équitable à l’information pour permettre à chacun de comprendre le contexte et les priorités.
    • Responsabilisation individuelle : chaque membre est pleinement engagé dans ses missions et assume les conséquences de ses choix.

    Comparé à l’Holacratie, qui fournit une structure explicite pour organiser les rôles et les cercles, le self-management est moins formalisé et davantage centré sur l’autonomie individuelle et collective. Ce concept s’inscrit également dans une vision d’épanouissement au travail, où les employés sont encouragés à innover et à collaborer librement. Des entreprises comme Morning Star, célèbre pour sa structure sans managers, ou Buurtzorg, un réseau d’infirmiers autogérés, sont des exemples de mise en œuvre réussie du self-management.

    17. Doctrine sociale de l’Église

    La doctrine sociale de l’Église est un ensemble de principes et de réflexions développés par l’Église catholique pour guider les interactions sociales, économiques et politiques selon une perspective éthique et humaniste. Ce cadre s’appuie sur des textes fondamentaux comme les encycliques papales (Rerum Novarum de Léon XIII, Quadragesimo Anno de Pie XI, et Laudato Si’ de François) et propose des principes applicables à la vie en société.

    Les principes clés incluent :

    • Dignité de la personne humaine : chaque individu est doté d’une valeur inaliénable et doit être respecté dans toutes ses dimensions.
    • Bien commun : les structures sociales et économiques doivent être orientées vers le bien collectif et non uniquement vers des intérêts individuels.
    • Subsidiarité : les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des personnes concernées, tout en garantissant un soutien approprié des niveaux supérieurs.
    • Solidarité : la coopération entre les individus et les communautés est essentielle pour construire une société juste et équitable.

    Des organisations en France s’inspirent explicitement de ces principes :

    • Les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (EDC) : un réseau de chefs d’entreprise catholiques qui promeut une gestion basée sur les valeurs de la doctrine sociale de l’Église.
    • La Nef : une coopérative financière éthique qui soutient des projets respectueux des personnes et de l’environnement.
    • Fondation Jean Rodhain : dédiée à des initiatives sociales et solidaires, alignées sur les principes de justice sociale et de dignité humaine.

    Comparée à des concepts comme l’entreprise humaniste, la doctrine sociale de l’Église apporte une dimension explicitement spirituelle et éthique, intégrant une vision transcendante des responsabilités humaines.

    18. L’entreprise régénératrice

    L’entreprise régénératrice, parfois appelée entreprise régénérative, est un concept émergent qui va au-delà de la durabilité en cherchant activement à régénérer les écosystèmes, les communautés et les ressources qu’elle impacte. Inspirée des principes de la régénération naturelle et de la permaculture, elle vise à avoir un effet net positif sur l’environnement et la société.

    Les caractéristiques principales incluent :

    • Régénération écologique : restaurer ou améliorer les écosystèmes naturels par des pratiques respectueuses et innovantes.
    • Impact sociétal positif : soutenir les communautés locales, réduire les inégalités, et favoriser un bien-être collectif durable.
    • Économie circulaire : repenser les modèles économiques pour éliminer les déchets et maximiser la réutilisation des ressources.

    Comparée à des concepts comme la perma-entreprise ou l’entreprise humaniste, l’entreprise régénératrice met un accent encore plus fort sur la restauration active et proactive des systèmes naturels et sociaux. Elle ne cherche pas seulement à limiter les impacts négatifs, mais à générer des bénéfices mesurables pour son environnement global. Des entreprises comme Patagonia ou Interface sont souvent citées comme des exemples de démarches régénératives, grâce à leurs engagements environnementaux et leurs initiatives pour restaurer les écosystèmes affectés par leurs activités.

    Comparaison générale et interconnexions

    Bien que ces concepts partagent des objectifs communs comme l’autonomie, la résilience ou la collaboration, ils diffèrent dans leurs approches et leurs mises en œuvre. Par exemple, la Sociocratie et l’Holacratie sont souvent comparées, mais elles divergent sur les mécanismes de prise de décision.

    Ce tableau comparatif vous aidera à visualiser les différences et similitudes entre ces notions. (Audit à venir).

    Guide pour choisir le bon cadre

    Il n’existe pas de solution universelle. Le choix d’un cadre dépend de plusieurs facteurs :

    • La taille de votre organisation.
    • Votre culture d’entreprise actuelle.
    • Vos objectifs stratégiques.
    • Le niveau d’engagement de vos équipes.

    En cas de doute, Sémawé propose un diagnostic personnalisé pour vous aider à identifier l’approche la mieux adaptée.

    Envie d’y voir plus clair pour transformer votre organisation ?

    Contactez-nous pour un diagnostic personnalisé et découvrez comment appliquer ces concepts à votre réalité.

  • L’art de naviguer dans le doute quand on est à la Source

    Lecture : 7 minutes

    1. Le doute, une composante structurelle du rôle de Source

    Il existe, autour du rôle de Source, une attente implicite de clarté. Comme si la personne qui porte la vision d’un projet devait naturellement savoir où aller, comment trancher, et à quel moment décider. Comme si sa légitimité reposait sur sa capacité à éclairer la route sans trembler.

    Cette représentation, profondément ancrée dans les imaginaires collectifs, ne correspond pas à mon expérience. Ni dans ma position de Source au sein de Sémawé, ni dans les accompagnements que je propose à celles et ceux qui tiennent une place d’initiative ou de responsabilité fondatrice dans leurs projets.

    La Source ne sait pas. Ou plutôt : elle ne sait pas d’avance. Elle ne décide pas par calcul, ni par habitude, ni en appliquant une procédure. Elle avance dans un champ d’incertitude, en écoutant ce qui cherche à émerger. Et pour cela, elle doute. Constamment.

    Non pas d’un doute paralysant, qui empêche de poser un acte, mais d’un doute structurant, fécond, qui oblige à ralentir, à ressentir, à interroger. Un doute qui maintient la posture ouverte, et protège du glissement vers la toute-puissance ou le repli. Un doute qui oblige à la qualité de présence.

    Pensez à cette pensée de Friedrich Nietzsche qui m’a tant guidé dans ma vie : “Ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes !”

    Avec le temps, j’ai appris que ce doute n’était pas un problème à résoudre, mais une donnée à intégrer, un terrain exigeant, mais précieux. Et j’ai compris que le discernement n’était pas une faculté innée — il s’apprend, il s’exerce, il se muscle, encore faut-il créer l’espace nécessaire pour cela.

    C’est la raison pour laquelle j’ai institué, dans mon rythme personnel comme dans mon rôle professionnel, ce que j’appelle des temps de Source : des plages de retrait, de silence, d’écriture ou de relecture, qui permettent de retrouver le fil intérieur, celui qui précède la décision. Sans ces espaces, la perception s’émousse, les repères se brouillent, et les choix deviennent mécaniques.

    C’est dans cette disponibilité, et dans cette lenteur parfois inconfortable, que le discernement devient possible.

    2. Le discernement, un art à cultiver

    Discerner ne relève ni de l’instinct ni de la méthode. C’est un art exigeant, que l’on affine, reprend sans cesse. Un processus à la fois intérieur et incarné, que j’ai appris à cultiver avec le temps, et que je continue de considérer comme un travail jamais terminé.

    Le discernement commence par une qualité de présence à soi. Une capacité à prêter attention aux mouvements les plus fins qui nous traversent : une tension soudaine, une résonance inattendue, une intuition fugace, un désaccord vague mais persistant. Rien de spectaculaire. Le discernement ne crie pas, il murmure !

    Encore faut-il lui offrir un terrain propice. Dans un quotidien saturé de signaux, de notifications, de responsabilités fragmentées, l’écoute de soi ne se décrète pas. Elle se rend possible, c’est la raison pour laquelle je parle souvent de temps de Source : ces espaces intentionnels, retirés de l’urgence, dans lesquels je peux m’asseoir, relire, ressentir, laisser émerger ce que je ne perçois pas lorsque je suis pris dans le rythme.

    Ces temps-là ne sont pas des moments de réflexion analytique, encore moins de productivité. Ils relèvent d’une posture d’attention calme, d’un retrait fécond, dans lequel je peux reconnaître plus clairement ce qui est vivant, ce qui résiste, ce qui appelle ou ce qui s’éloigne.

    Le discernement n’est donc pas une compétence parmi d’autres à activer dans les moments critiques. C’est une attitude de fond, une manière d’être au monde et à soi, qui se travaille dans la durée, souvent à partir de petites choses. Ce sont des ajustements minuscules, presque invisibles, qui créent des écarts significatifs dans la trajectoire d’un projet ou dans la qualité d’une décision.

    À force de cultiver cette posture, j’en suis venu à penser que les décisions justes ne se “prennent” pas, elles se laissent percevoir. Elles ne se construisent pas à coup d’arguments, elles se révèlent quand je ralentis dans l’urgence !

    3. Le discernement ignatien : écouter ce qui fait grandir la vie

    Parmi les approches qui ont nourri ma manière de discerner, comme Source, comme accompagnant, comme homme, l’héritage d’Ignace de Loyola – prêtre espagnol, à la tête des Jésuites, fondateur de l’une des principales sources d’introspection et de discernement vocationnel dans le catholicisme – est celui qui m’a offert le plus de profondeur, et paradoxalement, le plus de simplicité.

    Les mouvements intérieurs : consolation et désolation

    Le discernement ignatien n’est pas une technique. C’est une manière d’habiter l’écoute, en prêtant attention aux mouvements subtils de notre vie intérieure :

    • La consolation : sentiment de paix, d’élan, d’unification intérieure, d’ouverture à l’autre.
    • La désolation : repli sur soi, agitation, vide, lourdeur, confusion, perte de sens.

    Mais attention : ces états ne sont pas des récompenses ou des punitions. Ils sont des signaux. Des balises pour percevoir ce qui, au fond de nous, nous met en mouvement vers plus de vie, plus d’amour, plus de vérité.

    Plutôt que de chercher à prendre “la bonne décision”, Ignace nous invite à observer :

    • qu’est-ce qui en moi ouvre, élargit, unifie ?
    • qu’est-ce qui, au contraire, rétrécit, agite, disperse, sépare ou divise ?

    Tout commence par l’attention

    Le discernement ignatien invite d’abord à observer finement ce qui se passe en soi : les émotions, les pensées, les tensions, les désirs, les résistances… sans les juger, sans les fuir. Cela suppose des temps de silence, d’examen de conscience, de recul. Ignace propose par exemple un exercice simple et puissant : la “relecture” quotidienne (examen de vie), pour repérer les mouvements de la journée.

    Ne jamais prendre une décision en temps de désolation

    C’est une règle d’or. Ignace recommande de ne pas agir dans le brouillard intérieur. Il faut attendre que la clarté revienne, ou que l’on puisse se reconnecter à ce qui en nous est stable, ancré, libre. C’est une éthique du rythme, une forme de patience spirituelle.

    Chercher le plus grand bien, pas le moindre mal

    Contrairement à une logique défensive ou gestionnaire, le discernement ignatien vise toujours le “magis” : ce qui fait croître, ce qui ouvre, ce qui élargit le cœur. Il ne s’agit pas de choisir ce qui coûte le moins, mais ce qui fait le plus de place à la vie.

    “Magis” est un mot latin qui signifie “plus”, “davantage”, mais dans ce contexte ignatien, il ne s’agit ni de performance, ni d’ambition. Le magis désigne ce qui me fait grandir en profondeur, ce qui me pousse vers plus d’amour, vers une abondance de ce qui nous relie.

    L’ultime critère : la paix

    Quand une décision est ajustée, même si elle est exigeante ou inconfortable, une paix profonde l’accompagne. Cette paix n’est pas une absence de tension, mais une forme d’unification intérieure : la sensation que je suis aligné avec ce que je dois être.

    Une spiritualité du doute fécond

    Le discernement ignatien ne supprime pas le doute : il l’habite. Il en fait une matière première pour affiner l’écoute, pour ajuster sa position intérieure. Il est profondément humble : je ne décide pas “à partir de moi”, je décide “en écoutant ce qui me traverse”.

    4. Le discernement commence par des choses infimes

    On attend parfois du discernement qu’il produise des évidences. Qu’il éclaire une décision, tranche une alternative, révèle une direction avec force et netteté. Mais la réalité est souvent beaucoup plus subtile. Les vrais points de bascule ne se signalent pas par un panneau lumineux. Ils se présentent sous la forme d’un frémissement, d’un déplacement intérieur à peine perceptible, d’un écart ténu entre ce que je m’apprêtais à faire et ce qui, soudain, ne sonne plus juste.

    Avec le temps, j’ai appris à me méfier des élans trop clairs, trop puissants, trop rapides. Ils sont souvent la marque d’un réflexe, d’une réaction ou d’une habitude déguisée en intuition. Ce que les sciences cognitives appellent le système 1 de notre cerveau, celui de la pensée automatique qui emprunte toujours les mêmes autoroutes.

    À l’inverse, les mouvements réellement ajustés sont plus humbles, et parfois silencieux. Ils prennent la forme d’une discrète insistance, d’un retour récurrent, d’un apaisement intérieur sans euphorie. Parfois juste le diaphragme qui descend un peu, le cou qui se relâche, une envie de bailler…

    Discerner demande donc une rééducation de l’attention. Il faut désapprendre l’idée que ce qui compte se voit, s’impose, se démontre. Et accepter que la justesse se glisse dans des détails : un ton, un regard, une crispation corporelle, une envie qui s’estompe, un mot qu’on retient, ou au contraire, une parole qu’on ose malgré l’inconfort.

    Je me souviens de décisions importantes que j’ai prises — ou différées — non pas parce que j’avais toutes les informations en main, mais parce qu’un détail résistait. Un e-mail que je n’arrivais pas à envoyer. Une fatigue persistante à l’idée de dire “oui”. Ou au contraire, une tranquillité inattendue en envisageant un choix plus exigeant.

    Ces signes ne sont pas des preuves et ils ne dispensent pas de réfléchir ni de consulter. Mais ils sont des points d’appui pour sentir ce qui cherche à advenir, et pour différencier ce qui est vivant de ce qui est logique.

    5. Le discernement comme boussole intérieure du leadership vivant

    Dans un monde saturé de méthodes, d’outils et de modèles, il peut sembler fragile, voire naïf, de défendre la lenteur, l’attention, le silence comme conditions nécessaires à l’action juste. Et pourtant, c’est ce que je constate chaque jour : ce n’est pas l’absence d’options qui rend la décision difficile, mais la perte de lien avec ce qui en nous peut discerner.

    Pour ceux qui occupent des rôles de responsabilité, ce lien est vital. Il ne s’agit pas seulement de choisir la meilleure option pour l’organisation, mais d’habiter un geste qui soit pleinement assumé, cohérent, intègre. Un acte qui ne nous divise pas, mais qui nous relie. Un choix qui nous permet de rester présents à nous-mêmes, aux autres, et au projet que nous servons.

    Le discernement, à ce titre, n’est ni un luxe contemplatif, ni une alternative à la décision. C’est ce qui permet à la décision d’être un acte sincère et humain.

    Il suppose un rythme et une écoute intérieure qui se travaille, il suppose de savoir s’interrompre et de ne pas se précipiter pour rassurer, de ne pas trancher pour éviter le trouble.

    Il suppose, enfin, une forme de confiance intérieure : non pas dans le fait que je saurai toujours, mais dans le fait que quelque chose en moi — si je l’écoute sincèrement — saura me conduire intuitivement.

    Cette confiance se construit en cultivant des temps de retrait, des espaces de relecture, des rendez-vous avec soi-même, que j’appelle des temps de Source.

    Ce sont ces espaces qui rendent possible un leadership vivant et robuste : un leadership qui ne s’exerce pas par autorité extérieure, mais par alignement intérieur.

  • L’Holacratie dans une partie seulement de l’organisation, pourquoi ça marche ?

    Lecture : 10 minutes

    Il m’arrive souvent d’entendre cette phrase, presque mot pour mot, lorsque j’échange avec un dirigeant ou un membre de CODIR : « J’aimerais beaucoup expérimenter l’Holacratie, mais je ne peux pas transformer toute l’organisation d’un coup. Alors est-ce que ça vaut le coup ? »

    À chaque fois, ma réponse est la même, fondée sur plus de dix ans d’expérience auprès de dizaines d’organisations : oui, c’est non seulement possible, mais c’est souvent la meilleure manière de commencer.

    Dans cet article, j’aimerais partager pourquoi cette démarche fonctionne, comment elle se met en place concrètement, ce qu’il faut sécuriser pour qu’elle s’intègre harmonieusement dans un environnement non holacratique, et surtout, pourquoi vous pouvez vous lancer sans crainte – même si votre organisation est grande, complexe, largement hiérarchique, ou traversée de multiples cultures managériales.

    Je vais m’appuyer sur :

    • Les enseignements que je tire des accompagnements chez la Ville de Grenoble, Grenoble Alpes Métropole (leur gouvernance est publique !), le centre logistique de Grolley de l’Armée Suisse et des expériences d’Hypoport en Allemagne, ENGIE ;
    • La pratique quotidienne chez Sémawé ;
    • Les expériences de Brian Robertson et Floris Hammer, qui travaillent depuis des années sur ces questions d’« îlots de pratique ».

    Je veux que vous ressortiez de cet article avec une certitude : l’Holacratie n’est pas une révolution totale à imposer, c’est une manière d’apporter de la clarté, de la responsabilité et de l’agilité là où c’est possible, et là où ça fait du bien.

    Et cela peut commencer très simplement.

    1. Pourquoi l’adoption partielle fonctionne très bien

    1.1. Les organisations sont hybrides, et c’est normal

    Contrairement à ce que l’on imagine, aucune organisation n’est homogène. Même les groupes les plus structurés présentent une mosaïque de cultures internes : directions très processées, équipes très autonomes, dépendances externes, poches de résistance, zones d’expérimentation…

    Dans une collectivité comme Grenoble Ville ou Grenoble Alpes Métropole, cette réalité est encore plus marquée : la direction des finances n’a pas la même culture que la direction des sports, la DSI n’a pas les mêmes rythmes que les équipes qui taillent les arbres, et certaines directions ont une forte tradition de gestion hiérarchique quand d’autres expérimentent volontiers.

    Dans ces environnements, l’Holacratie n’arrive jamais sur un terrain vierge. Elle s’intègre dans un système préexistant d’habitudes et de culture de travail.

    C’est pour cela que la démarche d’« îlot de pratique », ou island of practice, que décrivent Brian Robertson et Floris Hammer, est à la fois réaliste et pragmatique : aucune organisation n’a besoin de tout transformer d’un coup.

    1.2. L’important n’est pas la taille, mais la clarté du périmètre

    J’ai vu des équipes de 7 personnes fonctionner magnifiquement au sein d’un groupe de 3 000 salariés. Et j’ai vu l’inverse : un département de 200 personnes complètement paralysé parce que son périmètre n’avait jamais été clarifié.

    L’Holacratie partielle fonctionne si l’on est capable de dire :

    • cette équipe fonctionne selon ces règles ;
    • dans ce contexte précis ;
    • et voici ce que cela change – et ce que cela ne change pas.

    C’est le parallèle que Brian Robertson fait souvent : si certains jouent au Monopoly et d’autres à Risk, tout se passe bien tant que chacun sait à quel jeu il est en train de jouer.

    1.3. Cela améliore la performance, même isolé du reste

    Les équipes que j’ai accompagnées en adoption partielle ont toutes vécu la même chose :

    • plus de fluidité ;
    • une accélération dans les décisions ;
    • une clarification immédiate des attentes et responsabilités ;
    • une meilleure capacité à répondre à la demande des autres directions.

    Et le reste de l’organisation voit rapidement l’amélioration.

    2. Les idées reçues qui bloquent (à tort)

    Je vois trois grandes craintes, presque universelles, chez les dirigeants.

    2.1. « Nous allons créer du chaos si certains fonctionnent autrement »

    C’est une confusion fréquente. L’Holacratie n’est pas un chaos : c’est un cadre extrêmement clair, plus clair et plus précis que n’importe quel système de management traditionnel.

    Une équipe holacratique ne devient pas imprévisible, mais au contraire, elle devient lisible et se dote de référentiels écrits.

    Ce sont les environnements flous, informels, implicites qui créent du chaos, pas l’Holacratie.

    2.2. « Cela va entrer en conflit avec les politiques RH »

    En réalité, il suffit souvent de traduire les contraintes de la maison mère en règles internes pour que tout reste fluide et compréhensible. C’est ce que nous avons fait chez Inddigo : le groupe avait des exigences très précises au sujet des validations RH et budgétaires. Les équipes qui fonctionnent en Holacratie ont simplement transcrit ces règles au sein de leur cercle.

    Résultat :

    • tout est clair ;
    • les règles sont précises et documentées ;
    • tout est intégré dans les outils (GlassFrog, Nestr, Holaspirit).

    2.3. « Si l’équipe est plus efficace, la hiérarchie va se sentir menacée »

    Sur le terrain, c’est exactement l’inverse qui se passe. Les managers, une fois rassurés, retrouvent de la bande passante pour faire leur job de management. Ils voient que les décisions se prennent mieux, que les arbitrages arrivent plus vite et que les sujets ne stagnent pas.

    Dans les collectivités, par exemple à Grenoble Ville, j’ai vu plusieurs directeurs et directrices exprimer un soulagement : l’équipe en Holacratie devenait plus facile à manager que leurs équipes traditionnelles.

    3. Les trois leviers essentiels pour réussir un « îlot de pratique »

    Lorsque je parle d’Holacratie partielle, cela repose sur trois conditions de succès :

    • La délimitation du périmètre ;
    • La traduction des contraintes existantes (règles et procédures) ;
    • L’adoption progressive des articles constitutionnels.

    Moyennant quoi, l’implémentation devient simple, fluide, robuste.

    4. Levier n°1 : délimiter clairement le périmètre

    4.1. Une équipe, un projet, un département : choisissez l’échelle la plus simple

    On peut démarrer :

    • à l’échelle d’un projet ;
    • d’une équipe ;
    • d’une direction entière ;
    • ou même d’un “micro-cercle” transversal.

    Le plus important n’est pas la taille : c’est la lisibilité du périmètre.

    Chez Grenoble Alpes Métropole, l’Holacratie a été introduite dans une direction d’une cinquantaine de personnes. Cette direction avait de nombreuses interactions transverses, mais son périmètre interne était clair : c’était suffisant pour réussir.

    Chez Hypoport, au contraire, ils ont implémenté l’Holacratie sur un ensemble de 900 personnes parmi 2500, réparties dans plusieurs entités et métiers de l’entreprise, avec un accompagnement massif et des coachs internes formés à l’Holacratie.

    Dans les deux cas, le secret n’était pas la taille : c’était le “qui joue à quoi, et quand”.

    4.2. L’importance d’annoncer la règle du jeu

    Une équipe en Holacratie ne doit pas « surprendre » le reste de l’organisation. Il faut expliquer simplement :

    « Dans ce périmètre, nous utilisons un cadre de clarté basé sur les rôles. Vos interactions avec nous ne changent pas, mais pour nous organiser en interne, nous utilisons une méthode plus structurée. »

    C’est tout ce qu’il faut.

    5. Levier n°2 : traduire les contraintes existantes en Holacratie

    Chaque organisation possède un cadre préexistant : procédures RH, règles budgétaires, obligations juridiques, normes métiers, délégations hiérarchiques, exigences de reporting. Et c’est normal. Une équipe qui adopte l’Holacratie ne devient pas une île totalement indépendante ; elle continue d’habiter un environnement institutionnel, politique, réglementaire ou corporate.

    Et c’est justement là que se joue l’un des leviers les plus puissants et les plus méconnus.

    Contrairement à l’image romantique d’une équipe autonome qui ferait tout « autrement », la première étape d’une adoption holacratique robuste consiste à honorer les contraintes. Et mieux encore : les traduire dans le langage Holacracy, afin qu’elles deviennent des règles explicites, visibles, assumées.

    Nous le remarquons dans bien des cas, que ce soit dans une direction de Grenoble Ville, une direction métropolitaine, une BU d’ENGIE ou une entité du groupe Hypoport : les équipes souffrent rarement de l’existence des contraintes, elles souffrent du flou autour des contraintes.

    5.1. Toute organisation a des règles non négociables

    Dans une collectivité, vous ne contournez pas le Code des collectivités territoriales. Dans une administration, vous ne contournez pas les règles statutaires. Dans une grande entreprise, vous ne contournez pas les procédures RH ou les autorisations de dépenses.

    Dans un système holacratique, ces règles continuent d’exister… et l’équipe qui adopte l’Holacratie n’a pas à s’en affranchir. Au contraire : elle les rend visibles.

    Ces éléments normatifs ou contraignants ne doivent pas être contournés. Ils doivent être rendus explicites.

    5.2. Comment les intégrer ? En les transformant en “règles” dans les cercles.

    C’est ce qu’expliquent Brian Robertson et Floris Hammer : transformer l’implicite en explicite permet à l’équipe de fonctionner sereinement.

    Lorsque nous accompagnons une équipe, la toute première étape, avant même d’introduire les règles de coopération, consiste à cartographier les rôles existants et à traduire le cadre extérieur dans la structure du cercle.

    On transforme :

    • une procédure RH $\rightarrow$ en règle claire ;
    • une délégation hiérarchique $\rightarrow$ en domaine d’autorité pour un cercle ;
    • une responsabilité managériale $\rightarrow$ en rôle ;
    • une règle budgétaire $\rightarrow$ en autorité explicite.

    Et ce travail produit immédiatement deux effets :

    • Personne ne croit plus que avec l’Holacratie, “on fait tout ce qu’on veut”. Le cadre réel, celui de l’organisation globale, est écrit, visible, assumé.
    • L’équipe récupère de la marge de manœuvre. Car tout ce qui n’est pas contraint… devient autorisé et possible.

    On ne gagne pas en autonomie en supprimant les contraintes, mais en clarifiant les limites. L’ambiguïté enferme davantage que la règle explicite, car elle crée de l’inhibition.

    5.3. Pourquoi cela apporte de la liberté ?

    Parce que définir les contraintes libère tout ce qui n’est pas contraint.

    Structure = liberté.

    La plupart des contraintes organisationnelles sont dispersées dans :

    • des slides ;
    • des PDF ;
    • des notes internes ;
    • des échanges informels ;
    • des habitudes historiques.

    Même les managers ne savent pas toujours où se trouve « la vraie règle ».

    En les rendant explicites :

    • l’équipe comprend mieux ce qu’elle peut décider sans demander ;
    • les arbitrages deviennent plus simples ;
    • l’autonomie devient plus sûre ;
    • et le stress diminue.

    Dans toutes les organisations que j’ai accompagnées, la clarification des limites a libéré davantage d’initiatives que n’importe quelle formation à “l’autonomie”.

    C’est pour cela que je considère ce levier comme l’un des plus puissants de l’Holacratie.

    6. Levier n°3 : adopter l’Holacratie par modules (et pas tout d’un coup)

    Depuis la Constitution 5.0 (2021), l’adoption modulaire est officielle. On peut entrer dans l’Holacratie par étapes, article par article.

    Je continue de penser – et l’expérience me donne raison – que l’adoption complète immédiate est la voie la plus efficace. Mais je vois aussi des directions qui préfèrent avancer progressivement, par prudence, par curiosité ou par nécessité politique.

    Cette modularité est possible, mais il est très important d’avoir clarifié par quoi ce choix est guidé. Est-ce par peur de quelque chose ?

    Concrètement, on peut adopter :

    • uniquement l’Article 1 pour utiliser les rôles, les cercles, les responsabilités explicités ;
    • et/ou ajouter l’Article 2, pour bénéficier des règles de coopération : transparence, priorisation, traitement des demandes, accords relationnels ;
    • et/ou ajouter l’Article 3, pour utiliser la réunion tactique là où elle est utile ;
    • et/ou ajouter l’Article 4, pour aller jusqu’au bout de la logique d’autorité distribuée et favoriser les initiatives ;
    • et/ou ajouter l’Article 5 pour bénéficier d’un processus d’intelligence collective très robuste et fonctionnel pour arbitrer les choix de structure d’autorité et de responsabilité.

    6.1. L’article 1 seul change déjà la vie

    Cet article introduit :

    • la notion de rôle ;
    • les redevabilités ;
    • les domaines ;
    • la distinction entre personne et rôle.

    Rien qu’avec cela, j’ai vu des équipes réaliser un bond qualitatif énorme. Chez la Ville de Grenoble, par exemple, nous avons souvent commencé par cette brique : elle permet de créer de la clarté sans impacter le reste de l’organisation.

    6.2. L’article 2 : les règles de coopération (le “bon sens” écrit noir sur blanc)

    C’est souvent là que les dirigeants me disent : « Oui, ça paraît évident… »

    Cependant, une fois ces règles écrites noir sur blanc, beaucoup découvrent que ce “bon sens” n’était pas si bien pratiqué que ça.

    L’article 2 met en lumière les fondamentaux de la coopération :

    • la transparence (plus complexe qu’elle n’y paraît) ;
    • la priorisation (qui exige une véritable discipline personnelle) ;
    • le traitement des demandes ;
    • les obligations relationnelles professionnelles.

    Cet article crée souvent autant de prises de conscience qu’un séminaire complet de management.

    6.3. Les réunions tactiques sont un levier très simple et très puissant

    Même sans gouvernance complète, les réunions tactiques apportent :

    • un cadre clair ;
    • un processus fluide ;
    • un traitement rapide des tensions ;
    • une coordination plus efficace.

    Dans certaines organisations, nous avons constaté jusqu’à 50 % de temps de réunion en moins et une nette accélération des décisions. C’est souvent le premier choc positif : « Enfin une réunion qui sert à quelque chose. »

    6.4. L’article 4 et 5 : les plus impressionnants… mais les plus transformateurs

    C’est ici que beaucoup d’organisations hésitent. Pourtant, ce sont ces articles qui transforment le plus les postures, la maturité, l’engagement et la responsabilisation.

    L’erreur fréquente consiste à dire : « On va faire l’Holacratie, mais seulement les parties faciles. »

    C’est une erreur stratégique, car on adopte alors uniquement ce qui ne change pas les habitudes existantes. On se prive alors de la transformation que ce cadre permet réellement.

    Si vous n’adoptez que ce qui vous met à l’aise, ne vous attendez pas à autre chose que ce que vous connaissez déjà.

    L’Holacratie est un framework structurant, et c’est cette structure qui crée le changement.

    7. Les erreurs fréquentes (et comment les éviter)

    7.1. Sélectionner les parties “faciles” et éviter les parties “inconfortables”

    C’est l’erreur n°1.

    En ne prenant que les éléments logiques, naturels, déjà existants, on produit une version édulcorée du système. La valeur créée est limitée, et la déception s’installe très rapidement.

    7.2. Croire que son contexte est “trop particulier”

    Je l’entends partout :

    • « Oui, mais chez nous c’est différent. »
    • « Chez nous c’est unique. »
    • « Nous avons des contraintes très spécifiques. »

    C’est humain, et même plutôt banal. 100 % des organisations pensent être particulières. Et elles le sont… mais de la même manière que toutes les autres.

    Les contraintes sont normales :

    • charge de travail ;
    • compétences rares ;
    • usagers 24h/24 ;
    • enjeux de sécurité ;
    • métiers techniques ;
    • dépendances externes ;
    • exigences politiques ou actionnariales.

    Tout cela est commun et ne constitue pas des obstacles.

    La vraie question n’est pas : « Est-ce que c’est possible ? » La vraie question est : « Est-ce que vous voulez changer quelque chose ? »

    7.3. Sous-estimer la nécessité d’un mandat clair

    Une équipe ne peut pas fonctionner en Holacratie dans l’ombre ou en clandestinité.

    Il faut :

    • un mandat explicite de la hiérarchie ;
    • une figure d’autorité légitime et pleinement impliquée ;
    • un signal clair envoyé à l’organisation : “Ici, nous fonctionnons selon cette règle du jeu.”

    Sans cela, l’adoption est fragile, ambiguë, vouée à l’échec ou à la frustration.

    8. Le cas particulier des managers dans une organisation hybride

    C’est un point très sensible, surtout dans les grandes structures : que faire du manager dans une équipe holacratique ?

    Beaucoup s’imaginent que l’Holacratie supprime les managers. C’est faux. Dans une organisation hybride, les managers continuent d’exister — formellement, contractuellement, institutionnellement.

    L’Holacratie ne les retire pas et je dirais même qu’elle clarifie encore plus précisément leur fonction.

    Voici ce que je peux faire par exemple :

    • je crée un rôle “Manager” ;
    • je décris exactement son périmètre d’autorité réelle ;
    • je distingue ce qui relève de sa hiérarchie et ce qui relève de la structure distribuée ;
    • je fais apparaître les zones où leadership et hiérarchie se superposent.

    Cette clarification est libératrice et les managers cessent de jouer à la fois les rôles de :

    • superviseur ;
    • arbitre ;
    • tampon émotionnel ;
    • facilitateur informel ;
    • pompier ;
    • gardiens du flou.

    Dans toutes les missions, j’ai vu que cela aide aussi les équipes extérieures à l’Holacratie, car cela réduit la confusion sur l’autorité, la validation, les responsabilités.

    9. Comment savoir si votre organisation est prête ?

    Je reformulerais la question autrement : “Voulez-vous améliorer quelque chose ?”

    Si tout est parfait, stable, fluide, transparent, autonome… alors ne faites rien. Mais si vous souhaitez :

    • faire mieux avec moins ;
    • fluidifier les décisions ;
    • développer la prise d’initiative ;
    • réduire les tensions relationnelles ;
    • améliorer la priorité collective ;
    • créer un climat de responsabilité réelle ;
    • améliorer la communication interne ;
    • renforcer la coopération spontanée ;

    alors oui : vous êtes prêts.

    Conclusion : l’Holacratie n’est pas une finalité, mais une manière de travailler

    L’Holacratie n’est pas un dogme ni “un supplément d’âme”. C’est un framework pragmatique centré sur le sens et l’efficacité.

    C’est une manière d’organiser le travail, de décider, de communiquer, de collaborer. Une manière profondément adaptée à un monde où la stabilité n’est plus la norme.

    Nos expériences montrent que ça fonctionne :

    • Dans une petite équipe.
    • Dans un grand service.
    • Dans un groupe international.
    • Dans une collectivité territoriale.
    • Dans un îlot de pratique isolé ou dans une transformation globale.

    L’Holacratie crée un environnement où :

    • chacun peut prendre ses responsabilités ;
    • les décisions cessent de stagner ;
    • les managers retrouvent de la hauteur ;
    • les équipes gagnent en autonomie ;
    • la structure devient plus lisible ;
    • et l’organisation devient plus robuste.

    Que vous soyez 5, 50 ou 5 000 : l’Holacratie partielle est un chemin solide, pragmatique et réaliste pour mieux travailler ensemble.


  • En quoi la citoyenneté est au cœur de l’autogouvernance ?


    Lecture : 5 minutes

    Article original, How Citizenship is at the heart of self-governance écrit par Diederick Janse – 17 mai 2023.

    Traduit par Aliocha Iordanoff – 03 novembre 2025.

    Je pratique passionnément l’autogouvernance depuis plus de quinze ans. Je la définis comme le fait de distribuer l’autorité et la responsabilité afin que chacun, dans une communauté ou une organisation, puisse se présenter pleinement au service d’une raison d’être commune.

    Mais ces derniers temps, je m’interroge sur le sens de mon travail. De quoi s’agit-il, au fond ? Et quelle est sa pertinence aujourd’hui, compte tenu de l’état de nos systèmes sociaux, économiques et écologiques ?

    À quoi sert l’autogouvernance ?

    Je considérais jusqu’à présent que cette autogouvernance avait pour objectif d’accroître l’autonomie, ce qui entraîne de nombreux effets positifs : motivation et créativité accrues, meilleure prise de décision, fidélisation des collaborateurs. L’autonomie est également précieuse en soi, indépendamment des résultats. Pourtant, dernièrement, cela ne me suffit plus.

    Nous pensons souvent l’autogouvernance et l’autonomie sous l’angle de la liberté négative : la liberté de se libérer de règles arbitraires, de chefs, de bureaucratie, de pratiques managériales obsolètes qui nous laissent impuissants et épuisés.

    La liberté négative, à elle seule, est un espace vide, ouvert, non entravé. Mais que faisons-nous de cette liberté ?

    À l’inverse, la liberté positive est la liberté de faire quelque chose, pas seulement d’être libéré de quelque chose. Elle implique de se battre pour quelque chose, plutôt que contre quelque chose. L’absence d’une mauvaise chose n’équivaut pas à la présence d’une bonne chose.

    D’où cette question : À quoi sert l’autogouvernance ?

    Intégrer la citoyenneté au travail

    Lorsqu’une personne réalise qu’elle n’est pas impuissante, mais qu’elle fait partie d’une équipe et d’un système, et qu’elle dispose d’une voix qu’elle peut utiliser pour faire part de ses préoccupations, proposer des changements ou lancer des expériences, cela marque un changement important. Cette prise de conscience lui apporte un sentiment d’autonomie et de créativité.

    Ce changement peut paraître nouveau, progressiste, voire radical dans le monde professionnel. Mais dans notre « vie privée » — en famille, dans nos communautés — ces comportements sont familiers et courants. La plupart d’entre nous sommes parfaitement capables de prendre des décisions complexes dans la vie et de nous engager activement dans des initiatives communautaires telles que des associations sportives, des initiatives locales, prendre soin d’autrui…

    Ensemble, ces comportements indiquent une capacité que nous pourrions appeler « appartenance » : faire partie de quelque chose, avoir un sentiment d’appartenance. Pas seulement de manière passive, comme un sujet ou un consommateur, mais de manière active. Au sens large, nous pourrions appeler cela la citoyenneté. Il ne s’agit pas d’un statut juridique, mais d’une capacité humaine profonde, d’un muscle ou, comme certains le diraient, d’un geste, quelque chose que nous faisons.

    La citoyenneté est généralement associée à la partie « vie privée » de la séparation entre vie professionnelle et vie privée. Mais que se passerait-il si nous l’appliquions à la partie « vie professionnelle », à la partie de notre vie que nous passons dans des organisations ?

    Nous essayons de donner aux « employés » plus d’autonomie, de voix et d’appropriation. Mais le concept d’employé a été conçu à une autre époque, pour garantir le contrôle, la conformité et l’efficacité. Plutôt que de le pousser à son point de rupture, comme je pense que nous le faisons, tournons-nous vers un concept différent. Introduisons notre citoyenneté au travail.

    Citoyenneté dans les organisations et des organisations

    La citoyenneté est la volonté et la capacité de participer à une communauté et d’y contribuer. Nous associons généralement ce terme à l’État, au vote et à notre passeport, alors pourquoi l’utiliser de cette nouvelle manière ? Pourquoi ne pas utiliser les termes existants tels que l’engagement des employés, la participation ou le leadership personnel ?

    Je pense que la citoyenneté est un concept plus puissant. Elle nous invite à considérer les organisations comme des communautés : celles qui nous façonnent, mais que nous façonnons également, ensemble.

    La citoyenneté va au-delà du leadership. Elle concerne l’appartenance. Elle remplace l’individu autonome (comme le « leader » tant vanté) par le récit plus nuancé d’un membre de la communauté. Et dans le meilleur des aspects, la citoyenneté est inclusive. Elle reconnaît que chacun a une voix et un rôle, plutôt que de donner le pouvoir à une élite exclusive.

    Appliquer la citoyenneté aux organisations

    En zoomant vers l’intérieur, nous voyons la citoyenneté dans les organisations. Comment pouvons-nous nous inviter et nous inciter mutuellement à pratiquer la citoyenneté dans notre vie professionnelle quotidienne ? Et comment pouvons-nous nous organiser pour la citoyenneté, plutôt que contre elle ? De quoi avons-nous besoin pour apporter notre attention, notre créativité et notre intelligence pratique à notre lieu de travail ?

    En zoomant vers l’extérieur, nous voyons la citoyenneté des organisations, qui appartiennent à des communautés plus larges et sont capables de contribuer activement. Que signifie pour une organisation de se considérer comme une citoyenne ? Organiser est une capacité humaine fondamentale au potentiel presque illimité. C’est comme un super-pouvoir… qui sert ensuite à vendre un produit et à faire des profits. Vraiment ? Quelle histoire profondément décevante nous racontons-nous sur ce que sont les organisations, leur raison d’être et le rôle que nous jouons en leur sein.

    Je crois qu’il est possible de raconter une autre histoire, celle d’organisations qui sont des communautés autonomes de citoyens, animées par un objectif commun, contribuant de manière profondément significative et pertinente. Pour moi, c’est à cela que sert l’autonomie !

    Je continuerai à explorer la question de la citoyenneté dans et au sein des organisations et je partagerai mes découvertes. Et vous ? Quel est pour vous l’intérêt et le potentiel de cette merveilleuse pratique transformatrice qu’est l’autogouvernance ?

    À propos de l’auteur :

    Diederick Janse est coach, formateur et cofondateur d’Energized.org, une organisation néerlandaise pionnière de l’Holacracy. Depuis 2007, il accompagne entreprises et collectifs dans la mise en place de modes de gouvernance distribuée favorisant la responsabilité et l’engagement. Il est aussi l’auteur de Getting Teams Done, un guide pratique pour les équipes qui veulent s’auto-organiser.

  • Le théâtre d’impro au service de la réflexion collective


    Lecture : 4 minutes

    Quand l’impro théâtrale détonne dans une réunion de 300 agents : retour d’expérience

    Comment dynamiser un temps collectif avec 300 agents, aborder des sujets sensibles et maintenir l’attention jusqu’à la fin de la matinée ? Pour Ludovic Chillotti, chef de projet au sein du Département de l’Isère, la réponse a pris une forme inattendue : faire appel à des comédiens-coachs pour mobiliser l’outil de l’improvisation théâtrale au service des enjeux de la journée et des besoins des participants. Il nous raconte comment l’idée est née, les surprises, et les bénéfices de ce format audacieux.

    Objectif : capter l’attention du public

    Depuis quatre ans, Pascale Callec, Directrice au sein du Département de l’Isère, organise des journées de rencontre entre les agents d’une des directions du Département. Regroupant 300 agents principalement issus des collèges de l’agglomération, ces réunions ont pour but de dynamiser le projet de direction. Au fil des éditions, un écueil revenait systématiquement dans les retours des participants : une fin de matinée trop lourde, trop descendante, avec des restitutions d’ateliers longues et peu engageantes.

    « Cette année, on voulait trouver une autre manière de faire passer des messages clés, de décaler le regard, tout en gardant les personnes attentives et qu’elles puissent se reconnaître dans les situations. »

    L’impro, un format interactif et puissant

    Ce qui a convaincu Ludovic ? Le mélange d’interactivité, de justesse et de finesse dans la mise en scène :

    « Ils jouaient des scènes qui étaient à la fois vraies et caricaturales, avec cette capacité à faire réagir la salle, à arrêter le jeu pour questionner, pour ajuster. C’est bluffant. »

    L’introduction de la journée, comme la restitution, n’est alors plus un moment subi, mais une séquence collective où chacun se reconnaît, réagit, rit et se sent concerné. Les thèmes abordés, parfois sensibles (comme les relations hiérarchiques ou les tensions de terrain), deviennent plus faciles à exprimer.

    Une démarche intégrée, pas un spectacle à côté

    « On ne s’est pas servi du théâtre comme d’un prétexte pour faire autrement. On s’en est vraiment servi pour faire démarrer et atterrir les journées », précise Ludovic.

    Les comédiens sont restés toute la journée, ont écouté les ateliers, pris des notes, et construit la restitution finale en direct. « On sentait qu’ils s’étaient vraiment imprégnés du matériau récolté. Et en tant qu’organisateur, c’est aussi un confort : ils prennent le relais sur la restitution, et permettent aux animateurs d’ateliers de souffler. »

    Rire ensemble, mais pas que

    Dans une ambiance de 300 personnes, le changement était palpable :

    « L’année précédente, les gens étaient fatigués en fin de matinée. Là, ils riaient. Et pas seulement pour rire. Il y avait de la tension, du décalage, de l’émotion aussi. »

    Les scènes ont permis aux agents de se reconnaître, parfois d’exagérer une situation pour dire : « Regardez, c’est ça qu’on vit. » Et souvent, cela ouvrait le dialogue.

    « Waouh, ils ont osé ! »

    Ça fait partie des surprises de l’impro ! Les comédiens et comédiennes captent aussi ce qui ne se dit pas mais qui est là. Si Ludovic reconnaît qu’il faut un certain « lâcher-prise » pour oser proposer ce type de format, il souligne aussi à quel point il est fin :

    « C’est un média qui permet d’aborder des sujets délicats, de générer des prises de conscience, et de faire participer même ceux qui d’habitude ne parlent pas. C’est très riche, il faut se l’autoriser. »

    Un pari réussi donc, qui donne envie de renouveler l’expérience.

    Pour aller plus loin

    Yann Salètes, comédien et facilitateur au sein de Sémawé, a réalisé cette prestation grâce à un partenariat avec la compagnie Les Bandits Manchots.

    • L’approche du théâtre d’impro au service des collectifs est à retrouver ici [Insérer le lien vers la page d’approche].
    • D’autres utilisations du théâtre avec des groupes : « comment faire pour que les consignes de sécurité soient respectées sur les chantiers ?

  • Gouvernance additive, gouvernance soustractive : l’art d’élaguer nos organisations

    Lecture : 5 minutes

    « Dans Holacracy, on apprend d’abord à ajouter. Puis, plus tard, on découvre qu’il faut aussi savoir enlever. »

    — Dennis Wittrock, Holacracy verstehen (2024)

    Depuis plusieurs années, des chercheurs comme Stefan Kühl observent une tendance naturelle des organisations pratiquant l’Holacratie à dériver vers ce qu’il appelle l’hyperformalisme : une inflation de règles, de rôles et de politiques qui finissent par s’accumuler comme des strates géologiques.

    Chaque réunion de gouvernance ajoute une nouvelle structure… mais rares sont celles qui en retirent.

    Peu à peu, cette accumulation crée ce que Kühl nomme les « Sédiments de formalité » (Formalitätsruinen) : des éléments de gouvernance devenus obsolètes, que plus personne ne lit ni ne remet en cause, mais qui encombrent toujours les archives de l’organisation. Une sorte d’entropie bureaucratique, progressive mais bien réelle.

    Ce n’est pas un biais individuel, mais un effet systémique observé dans de nombreuses organisations, y compris chez Sémawé parfois.

    Le piège de la gouvernance additive

    Dennis Wittrock, praticien et chercheur en Holacratie, décrit ce phénomène comme un stade immature de la pratique : celui où l’on ne fait que « rajouter ».

    À ce moment-là, l’équipe apprend à manier les outils de la gouvernance, mais elle n’a pas encore intégré sa dimension écologique : la nécessité d’élaguer régulièrement le système pour préserver sa vitalité.

    C’est un peu comme un jardin que l’on planterait sans jamais tailler : tout pousse, mais plus rien ne respire.

    De la gouvernance additive à la gouvernance soustractive

    Avec le temps et l’expérience, certaines organisations apprennent une autre posture : celle de la gouvernance soustractive.

    Elles cessent d’ajouter des rôles ou des politiques chaque fois qu’une tension est ressentie, et commencent à questionner la pertinence de ce qui existe déjà.

    Elles réalisent que l’élégance d’un système ne se mesure pas à la quantité de ses règles, mais à la qualité de son discernement collectif.

    Voici des pistes pour évoluer vers cette maturité de fonctionnement en Holacratie.

    1. Soutenir une pratique minimaliste

    D’abord, questionner chaque ajout. Avant d’introduire un nouveau rôle, un pouvoir de contrôle avec un domaine ou bien une règle dans un cercle, vous pouvez poser des questions de clarification comme :

    • « Que se passerait-il si ce domaine n’existait pas ? »
    • « Y a-t-il déjà eu un dommage concret par le passé ? »
    • « Quand un tort s’est produit, comment as-tu essayé de le corriger ? »

    Je vois trop souvent des postures contrôlantes où, face à un dysfonctionnement dans un projet, le réflexe consiste à créer un nouveau pouvoir de contrôle. En se posant ces questions, les membres du cercle pourront proposer des alternatives bien plus légères et qui maintiennent de la fluidité dans les possibilités d’initiatives.

    Si le facilitateur ne l’a pas fait, rappelez-vous aussi que vous pouvez à tout moment lui demander de tester si la proposition de gouvernance qu’on étudie répond bien aux critères de validité d’une proposition. À savoir, que le proposeur doit pouvoir :

    • décrire une tension que la proposition réglerait pour l’un des rôles du proposeur ; et
    • partager un exemple d’une situation réelle passée ou présente illustrant cette tension ; et
    • fournir une explication raisonnable de la manière dont la proposition aurait réduit la tension dans cet exemple.

    Cf. Article 5.3.1 de la Constitution

    Autrement dit, un domaine ou une règle ne devrait être créée que si son absence causerait un tort réel à la capacité du cercle à fonctionner. Cela réduit considérablement la “dérive des domaines” — cette tendance à tout protéger, tout verrouiller, au détriment de la fluidité.

    2. La règle, et l’esprit de la règle

    Connaissez-vous le principe de la clôture de Chesterton ? On pourrait résumer cette idée de G. K. Chesterton ainsi : « Si vous trouvez une clôture sans savoir pourquoi elle est là, ne la supprimez pas avant d’avoir compris sa raison d’être. »

    Ce principe est souvent invoqué pour justifier la prudence : “on ne sait pas pourquoi cette politique existe, donc on la garde”. Comme un principe de précaution conservateur. Mais appliqué sans discernement, il fige tout changement en particulier si la raison d’être des règles et des pouvoirs de contrôle n’a pas été documentée dans le système de gouvernance.

    La solution serait de noter, pour chaque ajout d’une règle, l’esprit de la règle.

    Ainsi, des années plus tard, un cercle pourrait décider de la supprimer ou de la mettre à jour en connaissance de cause, sans crainte de “détruire quelque chose d’important”.

    Les logiciels de visualisation des holarchies ne permettent pas tous de faire cela, mais c’est une des raisons pour lesquelles j’aime beaucoup Nestr. Dans Nestr, on peut paramétrer un champ spécifique rattaché à une règle pour noter ce contexte qui indique l’esprit de la règle et ainsi faciliter son interprétation. (Ça ne se voit pas sur le site, mais l’outil Nestr est disponible en français.)

    Cela aide à la compréhension et l’appropriation des règles, c’est le premier bénéfice, et cela soutiendra l’élan d’élagage lorsque quelqu’un se rendra compte que la raison pour laquelle on s’était doté d’une règle ou d’un processus à un moment donné n’existe plus.

    3. Créer des rituels de gouvernance soustractive

    Peut-être avez-vous déjà expérimenté une “place de marché des rôles”. Cet exercice consiste en une « grande démission » de tout ou partie des rôles, en vue de repenser toutes les affectations de rôles. Cette idée permet de créer un mouvement de fond dans les organisations, à partir de l’évolution des compétences de ses membres, des élans personnels, et des besoins réels et non imaginés dans les cercles.

    De la même façon, l’exercice de la revue de rôle permet à un membre de l’organisation de passer en revue la liste de ses rôles et de se poser au passage des questions très précises sur l’interprétation des redevabilités, la clarté du domaine, la pertinence même de certains rôles.

    Ce serait une excellente pratique d’installer un rituel pour que les Leaders de Cercle procèdent au même exercice, c’est-à-dire une revue des rôles du cercle dont ils sont leader, pour se demander ce qui pourrait être retiré de la gouvernance sans rien perdre de sa précision ni de sa fonctionnalité.

    Et vous pouvez même ancrer cela dans votre gouvernance en ajoutant une redevabilité pour le Leader de Cercle, ou bien pour les facilitateurs ou le scribe, de procéder régulièrement à une revue de simplification ou d’allègement de la gouvernance.

    Même si rien n’interdit de supprimer un rôle ou une politique, peu de cercles le font vraiment. La suppression reste une initiative individuelle, rarement une pratique collective assumée.

    Je vous invite à voir cela comme un signal de la maturité d’un système de self-management, car si la pratique régulière inclut aussi de supprimer les règles ou des rôles, cela veut dire que le système va éviter la sédimentation bureaucratique de choses absurdes et obsolètes.

    Un signe de maturité organisationnelle

    Ce passage de l’addition à la soustraction traduit une évolution de la conscience collective : on cesse de voir la gouvernance comme une mécanique à perfectionner, pour la vivre comme un organisme à entretenir.

    Il ne s’agit plus de “mettre de l’ordre”, mais de préserver la vitalité — en retirant ce qui encombre, ce qui fige, ce qui ne sert plus.

    Une gouvernance mature n’est pas celle qui a tout prévu, mais celle qui respire et permet de produire de l’innovation en continu en s’appuyant sur le présent plutôt que sur la mémoire du passé.

    Pour aller plus loin

    Dennis Wittrock développe ces réflexions dans son livre Holacracy verstehen – Kritik, Wissenschaft, Praxis (Schäffer-Poeschel, 2024). Un ouvrage d’une grande finesse, qui met en dialogue les pratiques de terrain en Holacratie, les critiques universitaires avec des cadres de références comme la pensée intégrale de Ken Wilber et l’ombre de Jung.

    Et si ce livre n’est pas encore disponible en français… il se pourrait bien que ça change bientôt. Work in progress !

  • Nos expériences pour intégrer personnes Source et gouvernance en Holacracy

    Lecture : 7 minutes

    [cet article s’adresse à des leaders déjà familiers des concepts d’Holacratie et de Source, si tu en es plutôt à la découverte de ces modèles, voici quelques articles à lire avant :

    Le « principe Source » : partout où il y a un projet, il y a une « Source »

    Leadership vivant et hiérarchie naturelle : comprendre le rôle de la Source

    Qu’est-ce que l’Holacratie en 3 minutes]

    Je dirige, choisis les priorités, prends des décisions, exprime des tensions tous les jours en tant que dirigeant d’une PME. J’ai passé des années à faire ça sans cadre, puis avec l’Holacratie, et depuis quelques années en travaillant la posture de Source.

    Cet article est un témoignage de mes expériences sur la compatibilité de ces deux modèles. En résumé : c’est compatible, complémentaire, mais il reste des questions ouvertes.

    L’Holacratie donne l’ossature (règles du jeu explicites, rôles, cercles, décisions déclenchées par des tensions). La Source donne l’élan (une personne tient le champ et décide du prochain pas).

    Ce mariage fonctionne, et il manque encore une pièce : une représentation visuelle et opérationnelle vraiment pratique pour que ça vive au quotidien à l’échelle d’une organisation.

    “Source globale unique” et “autorité distribuée” ne se contredisent pas. Une source est unique sur son champ et reconnaît des sources spécifiques à l’intérieur du sien. En Holacratie, l’autorité s’exerce via des règles claires ; le Leader de cercle affecte les leaders de rôle, on peut en nommer plusieurs pour un même rôle, et on peut formaliser tout processus d’affectation en gouvernance. Les deux logiques se complètent si on inscrit explicitement la Source dans le système d’autorité.

    Tom Nixon résume bien le paradoxe fondateur à résoudre : rien ne démarre sans fondateur… et pour grandir, il faut décentraliser. Mon travail consiste à tenir ces deux vérités ensemble, sans folklore et sans dilution.

    Liens utiles pour aller plus loin en cours de lecture

    → L’art de naviguer dans le doute quand on est à la Source · Robustesse & subsidiarité · Source, hiérarchie créative & argent · 10 raisons de ne pas utiliser l’Holacratie · Culture d’entreprise & Holacratie · Polarités

    Le dilemme à résoudre : “différenciation rôle/personne” vs “source intimement liée à un individu”

    Je pose la scène telle que je la vis.

    Côté Source. Une source tient l’origine et les frontières d’un champ. Le champ est l’espace qui désigne le dedans, en négatif de ce qui ne fait pas partie du projet. Elle décide du prochain pas et reconnaît des sources spécifiques dans son champ. Cette reconnaissance est une autorité claire sur l’architecture créative du projet, sur ce qui en fait partie ou non, sur sa vision.

    Côté Holacratie. L’autorité est explicite et distribuée via une Constitution. Le Leader de cercle affecte les leaders de rôle ; une organisation peut décider en gouvernance d’un autre processus ; plusieurs personnes peuvent être leaders du même rôle, les rôles sont de la pâte à modeler qui s’adapte en continu à la vie de l’entreprise. Cela rend l’architecture lisible, transmissible, très agile, et moins dépendante des personnes.

    Une manière de distinguer les deux approches est d’imaginer qu’elles servent à regarder dans des directions différentes :

    Le plan de l’origine, là d’où viennent les intuitions, comment émerge la vision. Qui tient le champ, à quel niveau, et qui sont les sources spécifiques reconnues à l’intérieur ? La notion de hiérarchie créative (source globale → sources spécifiques) nous aide à comprendre pourquoi certaines personnes sont plus légitimes que d’autres dans leurs initiatives, indépendamment des rôles assumés.

    Le plan de la réalisation, qui se préoccupe de la réalisation concrète, de la gestion du travail à faire, de l’argent. Qui fait quoi, qui décide de quoi, qui détient quelle autorité ? Je m’appuie pour cela sur les mécanismes de l’Holacratie (affectations, gouvernance) pour que la collaboration reste fluide dans le temps.

    2) Nos trois expérimentations — ce qui a marché, ce qui a coincé

    Expérience 1 — Tenir deux cartes : l’holarchie des rôles et « le Conseil des sources »

    J’ai d’abord tenté une double cartographie. D’un côté, l’holarchie Holacratie classique dans Holaspirit : cercles, rôles, redevabilités, décisions en gouvernance. De l’autre, une holarchie des sources avec un cercle dédié, « le Conseil des sources », tenu par la source globale, et, à l’intérieur, des sources spécifiques par thème. Cette voie part d’un constat simple : un leader de cercle n’est pas toujours la source de son sujet, et l’alignement « leader de cercle = source » ne se vérifie pas partout. Tenir deux plans séparés promettait de la clarté.

    Nous avons mené une retraite d’équipe pour identifier les sujets où chacun se sentait légitime à « sentir » et à décider sur la base de ses intuitions, en assumant une part de risque. La légitimation croisée par les pairs a joué un rôle important pour permettre à certains d’assumer publiquement leur créativité sur un champ. Nous avons cartographié le tout en cercles imbriqués, en veillant à ce que chaque source spécifique soit reconnue par la source globale du champ plus large. Sur le moment, la visualisation a soulagé l’équipe et a levé des ambiguïtés de responsabilité.

    Cette structure n’a pourtant pas tenu. Sa maintenance demandait une énergie que nous n’avons pas fournie ; des collègues peinaient à s’y repérer ; la carte s’est figée, puis a cessé de vivre. Je l’ai retirée.

    L’essai reste fécond : il confirme la différence de nature entre l’architecture d’autorité (rôles) et l’architecture d’origine/légitimité (sources), et montre que vouloir gérer deux holarchies à parts égales finit souvent par l’obsolescence de l’une des deux.

    Expérience 2 — Qualifier la « source du rôle » par une échelle de maturité

    J’ai ensuite travaillé une échelle de maturité appliquée aux rôles : survie → efficacité → entrepreneur → source du rôle. L’idée : rendre visible qu’on attend, pour certains rôles, une initiative guidée par l’intuition, là où d’autres exigent surtout l’exécution rigoureuse des redevabilités. Chaque leader de cercle pouvait marquer des rôles pour expliciter cette attente.

    Ce cadre a éclairé des implicites… sans créer, à lui seul, la progression espérée. Il a surtout révélé des écarts de maturité déjà présents : des personnes facilement reconnues comme source de leur sujet, d’autres pour qui l’identification restait difficile. Nous avons abandonné la coloration des rôles, tout en gardant l’intérêt de la définition : oui, certains rôles gagnent énormément quand le titulaire devient « source du rôle » ; d’autres n’en ont pas besoin.

    Ce que ces essais m’enseignent

    D’abord, la reconnaissance demeure le pivot : une source spécifique existe par la reconnaissance explicite de la source globale, avec une portée claire et des frontières assumées. Sans cet acte, la « source spécifique » n’est qu’une étiquette. Et lorsque la source globale délègue un sous-champ, elle renonce à recevoir les intuitions de ce sous-champ et vérifie surtout la compatibilité avec la vision plus large ; symétriquement, la source spécifique reçoit ses propres intuitions et porte la responsabilité du prochain pas dans sa portion. Cette hygiène relationnelle évite une grande partie des confusions.

    Ensuite, je constate une aisance collective à identifier la source globale (valeurs, raison d’être, vision des prochains pas) et une difficulté plus grande à faire quelque chose d’opérationnel, stable et léger avec les sources spécifiques. Le terrain reste ouvert ; je continue d’expérimenter, en privilégiant des formes minimales qui n’alourdissent pas le quotidien.

    Enfin, le pont avec Holacratie existe déjà. La définition de la tension comme écart ressenti entre une réalité et un potentiel appelle une sensibilité proche de celle que je mobilise en posture de Source. Être leader de rôle, c’est prendre des initiatives pour résoudre ces écarts. Cette grammaire me permet d’articuler l’élan (prochain pas de la Source) et l’exécution (dans le rôle adéquat), tout en conservant des décisions de gouvernance dès qu’on touche à l’autorité. Je demeure attentif à ne pas mélanger les plans : l’origine et la légitimité d’un champ d’un côté ; l’autorité distribuée dans les rôles de l’autre.

    En résumé : la double carte m’a donné de la clarté puis a surchargé la maintenance ; l’échelle de maturité a donné un langage puis a montré ses limites comme levier. Je garde une règle simple : nommer les champs, identifier la source globale, reconnaître parcimonieusement des sources spécifiques avec des frontières nettes, et revenir au prochain pas qui fait avancer. Tout le reste se tisse dans l’holarchie, avec ses mécanismes d’affectation et de gouvernance.

    Ce que je retiens des deux essais

    L’Holacratie porte déjà une logique proche de la Source : un leader de rôle prend des initiatives pour résoudre des tensions (écarts perçus entre réalité et potentiel). Ce geste appelle la sensibilité ; il rejoint l’esprit du prochain pas.

    La source globale est unique sur son champ et reconnaît des sources spécifiques. Cette architecture se combine avec la distribution d’autorité par rôles si je l’inscris clairement (règles / accord relationnel).

    Nous en sommes là. Pour l’instant, aucune représentation visuelle probante, et nous continuons d’investiguer ce champ de travail !

    Expérience 3 — Le pacte d’associés : exprimer les valeurs du champ par la Source globale

    Je cherchais une manière simple d’inscrire la Source dans notre système d’autorité, sans construire une seconde carte et sans court-circuiter l’Holacratie. J’ai rédigé un pacte d’associés, qui au sens de la constitution en Holacratie est un accord relationnel contraignant entre les membres de l’équipe.

    Dans cet accord écrit, chaque membre de l’organisation reconnaît le principe de la personne Source et son autorité légitime pour exprimer et garder les valeurs du champ.

    C’est un texte court, clair, révisable, qui rend visible :

    • le champ (intention, frontières, critères d’alignement) ;
    • la Source globale et la signification de son rôle ;
    • l’articulation avec l’Holacratie.

    Effets observés

    Une boussole partagée pour trancher quand les sensibilités divergent.

    Moins de débats circulaires : la Source globale nomme les valeurs du champ.

    Une transmissibilité plus grande : les nouveaux arrivants comprennent vite “qui tient quoi” et pourquoi.

    Mais cette piste ne nous a pas aidé à transposer dans le quotidien la puissance du modèle de la Source appliqué aux sources spécifiques.

    Mon apprentissage

    Le pacte tient parce qu’il exprime la valeur du champ dans les mots de la Source globale, tout en canalisant l’élan vers l’holarchie. Il ne multiplie pas les artefacts. Il clarifie l’origine, rend partageable l’élan, et évite les confusions entre autorité distribuée et structure sans hiérarchie.

    Conclusion

    Je dirige une entreprise en Holacratie depuis des années et je travaille sur la posture de Source avec la même exigence. Mon constat est clairement que ces deux logiques se complètent merveilleusement. En tout cas, elles m’ont aidé dans mon chemin de leader.

    L’Holacratie donne une structure claire d’autorité distribuée. La Source donne l’élan, l’intuition et le prochain pas. Ensemble, elles aident une organisation à rester vivante, lisible et responsable.

    Ce que je garde de mes essais est qu’il est intéressant de nommer les champs de source qui comptent. Je m’identifie en tant que la source globale et je reconnais, quand c’est juste, des sources spécifiques à l’intérieur de ce périmètre créatif. Mais pour l’instant, il manque encore une représentation visuelle vraiment pratique. Je continue d’explorer ce point. Je cherche un schéma si clair qu’il se comprend en dix secondes et qu’il se met à jour sans effort.

    Tant que je ne l’ai pas, je préfère une visualisation frugale et des rituels sobres plutôt qu’une seconde carte qui s’épuise.

  • Et si on rendait les entretiens 360° vraiment utiles ?

    Lecture : 4 minutes

    Chez Sémawé, on aime les processus et les outils… quand ils servent la relation plutôt que de l’abîmer. Et s’il y a bien un outil qui mérite d’être revisité, c’est celui de l’entretien 360°.

    Trop souvent vécu comme un bilan d’image — parfois cruel, parfois inutile — le 360° peut devenir un moment clé de clarification, de leadership et de reliance. À condition d’en revoir la philosophie et la mise en œuvre.

    Le 360°, ce qu’il devrait être (et ce qu’il n’est souvent pas)

    À l’origine, le feedback 360° est une méthode d’évaluation croisée : collaborateurs, collègues, managers (parfois même clients) sont invités à formuler un retour sur la manière dont une personne exerce son rôle.

    C’est une belle idée. Mais dans les faits, on voit souvent :

    • des questionnaires impersonnels remplis à la va-vite ;
    • des retours anonymes malveillants ou trop flous pour être utiles ;
    • des managers mis en posture d’accusés, priés de “se remettre en question” sans dialogue ;
    • un livret de 12 pages… qui finit dans un tiroir.

    Notre conviction : un bon feedback ne se mesure pas à sa quantité, mais à sa capacité à faire grandir. Et pour cela, il faut changer de posture, pas seulement de format.

    Un 360° incarné, dans le dialogue, responsabilisant

    Nous accompagnons les entretiens 360° comme des moments d’ajustement entre la perception que j’ai de moi et celle que les autres ont de moi. Ce sont des espaces vivants, parfois puissants, parfois subtils, toujours fertiles — à condition d’être bien guidés.

    Voici ce qui change dans notre approche :

    • Le manager est actif, pas passif. Il se prépare, il formule des questions, il devient acteur du processus.
    • Les retours ne sont pas anonymes et bruts, mais contextualisés, parfois partagés dans un cadre sécure, avec un processus si besoin.
    • Le cœur du processus, c’est la relation. L’entretien devient une occasion de se dire des choses qu’on ne se dit jamais. Avec justesse et profondeur, avec honnêteté finalement !

    Nous intégrons aussi la dimension appréciative, inspirée de la reconnaissance des talents, pour que l’entretien ne se limite pas à « corriger des défauts », mais éclaire ce que chacun rend possible autour de lui quand il est à son meilleur.

    Quelques questions puissantes

    Un avant-goût de la méthode, avec quelques questions qui changent la dynamique.

    Pour le manager, en amont :

    • « Qu’est-ce que j’aimerais mieux comprendre dans la façon dont je suis perçu ? »
    • « À quoi je veux vraiment contribuer dans mon rôle ? »
    • « Quel type de feedback me ferait progresser, même s’il est difficile à entendre ? »
    • « Qu’est-ce que je ne voudrais surtout pas que l’on dise de moi ? »

    Pour les répondants (collaborateurs, pairs, responsables) :

    • « Dans quelles situations cette personne exprime-t-elle son plein potentiel ? »
    • « Quel trait ou quelle posture gagnerait à être plus assumé ou plus visible ? »
    • « Quelle habitude de management pourrait être ajustée pour avoir plus d’impact ? »

    Mais le plus important, ce n’est pas la question, c’est le cadre dans lequel elle est posée : la posture d’écoute, la qualité de présence, la sécurité psychologique.

    Le 360° ne sert à rien… s’il n’est pas ancré dans une culture managériale vivante

    Un bon 360° ne devrait jamais être un acte isolé. Il devient puissant quand il s’inscrit dans une trajectoire :

    • Une culture de feedback régulier et sincère,
    • Un travail de fond sur la culture managériale,
    • Une explicitation des postures de leadership considérées comme responsables.

    Notre métier, chez Sémawé, ce n’est pas d’appliquer un protocole. C’est d’aider les dirigeants et les équipes à utiliser les bons outils pour ouvrir les bonnes conversations, au bon moment. Et ça, ça ne se fait pas avec un PDF de 30 pages, mais avec du discernement, du savoir-être, et parfois un bon coach à ses côtés.

    Vous préparez une vague d’entretiens 360° dans votre entreprise ?

    C’est l’occasion d’en faire un levier d’autonomie, de robustesse managériale et de clarté partagée !

    Nous accompagnons les dirigeants, DRH et managers dans la préparation, la facilitation et le suivi de ces processus, dans le respect du vivant de chaque organisation.


  • Comment concilier les statuts des personnes et les rôles ?

    Lecture : 16 minutes

    L’un des malentendus les plus fréquents quand une entreprise adopte l’Holacratie concerne la place des statuts des personnes. Faut-il créer un rôle “salarié” dans la gouvernance ? Un rôle “associé” ? Doit-on représenter quelque part que telle personne est mandataire social, ou membre du CODIR ? Ces questions sont récurrentes et légitimes.

    Car lorsqu’on fait l’expérience d’une gouvernance distribuée, tout ce qui échappe à l’architecture des rôles peut sembler flou, voire gênant. On cherche la cohérence et l’explicitation de toutes les attentes et responsabilités. On voudrait tout représenter. On voudrait que tout soit “dans la gouv”. Et pourtant, certains éléments de la réalité échappent, par nature, à la gouvernance en Holacratie. C’est le cas des statuts de personnes.

    Cette confusion tient au fait que dans nos habitudes organisationnelles classiques, le statut d’une personne est souvent confondu avec son “poste”. Or, en Holacratie, la notion de poste disparaît, au profit d’une structure dynamique de rôles pour décrire le travail fait par les personnes. On pourrait donc être tenté d’“encoder” le statut de salarié ou d’associé sous forme de rôle, pour ne pas le perdre de vue. Mais cela pose de nombreux problèmes que nous allons explorer.

    Cet article a pour objectif de clarifier les liens entre statuts et rôles dans une organisation fonctionnant en Holacratie, sans chercher à proposer une réponse unique. Au contraire : il s’agit d’introduire de la nuance, d’ouvrir des pistes, et de partager des pratiques concrètes issues du terrain. Car si l’Holacratie nous propose un cadre de gouvernance robuste, elle ne prétend pas absorber ou résoudre tous les héritages du droit du travail, du droit des sociétés, ou des cultures managériales.

    En d’autres termes : les statuts ne disparaissent pas avec l’Holacratie. Mais notre manière de les intégrer dans l’organisation peut évoluer. Encore faut-il distinguer ce qui relève du système juridique, de ce qui relève du système d’autorité. Et c’est là que les rôles entrent en scène.

    Rôles et statuts : deux logiques fondamentalement différentes

    L’un des fondements de la gouvernance en Holacratie, c’est la dissociation radicale entre les rôles que l’on tient dans l’organisation, et les personnes qui les tiennent. C’est cette dissociation qui permet d’éviter les conflits d’autorité implicite, les jeux de pouvoir personnels, ou les attentes non clarifiées. Pourtant, dans la réalité quotidienne d’une entreprise, les personnes arrivent toujours avec un “statut” : salarié, associé, stagiaire, indépendant, mandataire… Et cela peut brouiller les pistes si l’on n’y prend pas garde.

    Ce qu’est un rôle, en Holacratie

    Un rôle est une structure explicite, définie par trois éléments :

    • Une raison d’être (la finalité du rôle dans l’organisation),
    • Des redevabilités (les activités attendues de manière continue),
    • Éventuellement un ou plusieurs domaines (zones d’autorité exclusive).

    Ce qui rend un rôle opérationnel n’est donc pas son titre, mais les attentes qui y sont associées et la clarté sur ses limites. Ces rôles peuvent être modifiés, fusionnés, scindés, abandonnés, réaffectés — en fonction des besoins de l’organisation. Ils existent pour servir la raison d’être du cercle qui les contient.

    Extrait de la Constitution Holacracy, §1.4 :

    « Un Rôle est une entité organisationnelle que l’on peut définir avec une Raison d’Être, des Redevabilités, et des Domaines. Chaque Rôle appartient à un Cercle qui l’intègre dans sa propre gouvernance. »

    Ce qu’est un statut

    Le statut, lui, n’est pas une construction organisationnelle, mais une qualité juridique, sociale ou institutionnelle attachée à une personne. Il peut résulter :

    • d’un contrat de travail (statut de salarié),
    • d’un lien capitalistique (statut d’associé),
    • d’un pouvoir légal conféré par les statuts de l’entreprise (mandataire social),
    • ou d’un régime social particulier (freelance, intermittent, etc.).

    Un statut ne dépend pas de la gouvernance : il relève du droit du travail, du droit des sociétés, ou d’une convention contractuelle. Il détermine des responsabilités, des droits et parfois des pouvoirs que l’Holacratie ne peut ni créer, ni retirer, quand bien même l’organisation a signé une constitution.

    Les dangers de la confusion

    C’est ici que le risque apparaît : si l’on encode un statut comme un rôle, on induit l’idée que ce statut pourrait être modifié en réunion de gouvernance, ou qu’il serait soumis aux mêmes logiques d’évolution qu’un rôle classique.

    Par exemple :

    • Créer un rôle “Salarié” donnerait à penser qu’on pourrait devenir ou cesser d’être salarié par une simple affectation ou sortie du rôle, ou encore qu’on pourrait tout à fait modifier ce rôle dans un simple processus de gouvernance — ce qui est faux.
    • Donner une redevabilité “Signer les comptes annuels” à un rôle sans préciser qu’il faut être mandataire légal pour le faire crée une ambiguïté.

    En résumé : un rôle est gouvernable, un statut ne l’est pas. Il est donc essentiel de garder cette distinction claire, pour ne pas ouvrir la porte à des dérives de pouvoir ou à des incohérences juridiques.

    Dans l’absolu, il serait possible d’encoder aussi la règle qui précise que certains rôles écrits dans l’holarchie ne sont pas gouvernables, mais cela pose vraiment la question de la lisibilité d’un tel design de cercles et rôles. Serait-ce réellement au service de plus de clarté dans l’organisation ?

    Plusieurs organigrammes coexistent… et c’est normal

    Lorsqu’une organisation adopte l’Holacratie, elle remplace généralement un organigramme pyramidal par une structure de rôles organisée en cercles. C’est un changement profond, souvent libérateur. Mais il ne faut pas pour autant croire que l’organigramme holacratique remplace toutes les autres cartographies de l’organisation. En réalité, plusieurs types d’organigrammes coexistent, et c’est non seulement normal, mais souhaitable.

    L’organigramme fonctionnel, en cercles et rôles (la “gouvernance”)

    C’est la cartographie créée et maintenue par les règles du jeu de l’Holacratie. Elle décrit :

    • qui détient quelle autorité opérationnelle,
    • comment les rôles sont articulés en cercles,
    • les domaines protégés,
    • les redevabilités explicites de chaque rôle.Cette structure évolue en fonction des tensions de terrain, lors des réunions de gouvernance. Elle est vivante, distribuée, et centrée sur la raison d’être.

    L’organigramme RH, une hiérarchie de personnes

    C’est l’organigramme pyramidal si bien connu depuis la nuit des temps, qui présente une structure de personnes, rangées par ordre hiérarchique au sens où certaines personnes ont un lien de subordination avec d’autres.

    Quoi que l’on pense philosophiquement de cette idée de la subordination, la pyramide managériale au sens RH du terme existe bel et bien à partir du moment où une entreprise embauche des salariés. Un salarié a un supérieur hiérarchique qui a autorité pour signer avec lui les évolutions de son contrat de travail. La pyramide hiérarchique RH subsiste, même après l’adoption de l’Holacratie ; aucune entreprise ne peut s’extraire de ses devoirs d’employeur vis-à-vis du droit.

    Dans bien des cas, les leaders de cercle ne sont pas forcément les supérieurs hiérarchiques des leaders de rôles qui détiennent un rôle dans le cercle. La cohabitation des organigrammes fonctionnels et hiérarchiques est donc bien utile pour garder de la clarté sur les différences qui existent parfois entre une répartition des responsabilités fonctionnelles et hiérarchiques au sens RH.

    L’organigramme juridique

    Il s’agit ici d’un autre plan : celui des statuts légaux. On y trouve :

    • les mandataires sociaux (gérant, président, DG),
    • les associés, avec leurs droits de vote et leur capital,
    • les salariés, avec leurs contrats et leur protection sociale,
    • les indépendants, avec leurs relations contractuelles spécifiques.Cet organigramme est figé par le droit. Il ne peut pas être modifié par une réunion de gouvernance. Pourtant, il a des effets très concrets sur la vie de l’entreprise : responsabilité pénale, représentation légale, droit au chômage, etc.

    L’organigramme des personnes (et de l’informel)

    Ce plan est souvent implicite. Il comprend :

    • les relations interpersonnelles,
    • les affinités naturelles ou historiques,
    • les figures de leadership informel,
    • les perceptions de pouvoir non déclarées.Même dans un système de rôles, les personnes restent présentes, avec leur charisme, leur histoire, leur place dans le collectif. Ces dynamiques ne sont pas mauvaises en soi, mais il est utile de les rendre visibles pour mieux les comprendre. Pour autant, nous ne sommes pas forcément outillés pour représenter visuellement un tel organigramme.

    L’organigramme de la Source

    Certaines organisations, notamment celles qui s’inspirent des travaux de Peter Koenig ou de Stefan Merckelbach ou Tom Nixon, reconnaissent aussi un autre plan de structuration : celui de la Source. La Source est ici comprise comme la personne à l’origine du projet, qui continue à porter la vision profonde du projet et de ses valeurs.

    Ce plan n’a pas toujours de traduction juridique, ni de reconnaissance dans la gouvernance en Holacratie. Mais il a une influence réelle. Parfois, ce que nous appelons « tension » est en fait un frottement entre les choix d’un rôle… et l’intuition de la Source.

    Il serait certainement complexe de dessiner encore un autre organigramme pour différencier les Sources des leaders de cercles, mais la différence fondamentale entre cette structure de sources et celle des rôles et des cercles réside dans le fait que la source est intrinsèquement liée à une personne, là où en Holacratie la structure fonctionnelle repose précisément sur une distinction du rôle et de la personne.

    Assumer la coexistence, plutôt que chercher l’unification

    Vouloir forcer tous ces plans à coïncider, c’est créer des confusions ou des rigidités. Le vrai enjeu n’est pas d’unifier tous les organigrammes, mais d’apprendre à naviguer consciemment entre eux, en connaissant les limites et les possibilités propres à chacun. En Holacratie, on peut s’appuyer sur la gouvernance pour répartir des rôles fonctionnels. Mais cela ne nous dispense pas de prendre en compte les contraintes du droit, les dynamiques humaines, et parfois la légitimité d’une personne Source.

    Ce que l’Holacratie ne transforme pas

    L’Holacratie est un système de gouvernance. Elle permet de distribuer le pouvoir de manière explicite et évolutive à travers des rôles. Mais elle ne prétend pas remplacer les autres systèmes d’autorité existants dans une entreprise. En particulier, elle n’annule pas le droit du travail, le droit des sociétés, ni les réalités contractuelles ou institutionnelles.

    Le domaine du droit reste entier

    Dans une organisation en Holacratie, les personnes continuent d’avoir :

    • des contrats de travail qui définissent leur statut de salarié (ou non),
    • des liens capitalistiques qui font d’elles des associés, avec les droits qui en découlent,
    • parfois des mandats sociaux, qui leur confèrent une responsabilité légale envers les tiers (banque, URSSAF, tribunal, etc.).

    Aucun de ces éléments n’est encodé dans la Constitution Holacracy, et pour cause : ils relèvent d’un autre système d’autorité. Ils ne peuvent pas être modifiés par une décision de cercle. Il serait donc dangereux de faire comme si la gouvernance pouvait les absorber ou les transformer.

    Une gouvernance n’a pas le pouvoir de licencier, d’embaucher ou de nommer un mandataire

    Même si un cercle peut créer un rôle “Recrutement” avec la redevabilité “mener les entretiens d’embauche”, cela ne signifie pas que ce rôle peut juridiquement conclure un contrat de travail. Il faudra qu’une personne ayant la capacité juridique d’engager l’entreprise (souvent un mandataire social) signe ce contrat.

    De même, la gouvernance ne peut pas, à elle seule :

    • désigner ou révoquer un mandataire social,
    • exclure un associé,
    • négocier une rupture conventionnelle.Ces décisions nécessitent l’intervention de personnes physiques habilitées par d’autres règles que celles de la Constitution de l’Holacratie : les statuts juridiques de la société, le Code du travail, ou les pactes d’associés.

    Ce que cela signifie concrètement

    Cela ne veut pas dire que ces sujets doivent être mis “hors sol” ou seraient tabous. Cela veut dire qu’ils doivent être traités avec une clarté sur leur nature. Une bonne pratique consiste à se poser la question suivante :

    Cette autorité est-elle conférée par la gouvernance ? Ou bien par un contrat, un statut légal, une convention collective, ou un acte juridique ?

    Si c’est le second cas, il est inutile (voire dangereux) d’encoder cette autorité dans un rôle. Cela peut générer une illusion d’autonomie, ou une confusion des responsabilités — avec potentiellement des conséquences juridiques graves. D’ailleurs le préambule de la constitution précise bien que :

    « […] les Ratificateurs transfèrent leur pouvoir de gouverner et de diriger l’Organisation aux règles et processus décrits dans cette Constitution, à l’exception toutefois de tout pouvoir sur lequel les Ratificateurs n’ont pas autorité. »

    Comment représenter les statuts sans les fausser

    Même si les statuts ne relèvent pas de la gouvernance en Holacratie, il peut être utile de les rendre visibles dans l’organisation — à condition de ne pas les confondre avec des rôles. L’enjeu est de cartographier sans gouverner, de signaler sans créer d’illusion de contrôle. Autrement dit : représenter sans encoder.

    Voici plusieurs approches testées sur le terrain, avec leurs forces et leurs limites.

    1. Utiliser des rôles “non gouvernables” dans un cercle dédié

    Certaines organisations choisissent de créer un cercle spécial (par exemple : “Cercle des statuts”) dans lequel figurent des rôles comme :

    • “Salarié”
    • “Associé”
    • “Mandataire social”Ces rôles n’ont pas de raison d’être fonctionnelle, ni de redevabilités. Ils servent simplement de marqueurs symboliques ou juridiques. Ils ne sont pas destinés à être modifiés ou attribués via la gouvernance. Ils sont là à titre informatif. Pour éviter les malentendus, il est crucial d’accompagner cette pratique d’une note explicative : Ces rôles ne sont pas gouvernables, ne peuvent être ni fusionnés ni scindés, et ne confèrent aucune autorité opérationnelle.

    2. Utiliser des codes couleur ou des icônes dans l’outil de gouvernance

    Certains outils comme Holaspirit permettent d’ajouter des métadonnées ou des badges sur les personnes :

    • une pastille bleue pour les salariés,
    • une pastille verte pour les associés,
    • une couronne pour les mandataires sociaux.C’est simple, visuel, non intrusif. Et cela n’introduit pas de confusion dans la gouvernance. On peut même envisager un fichier externe (Notion, wiki, etc.) pour référencer ces informations de manière distincte.

    3. Gérer les statuts en dehors du système de rôles

    Une autre option consiste à ne rien représenter dans la gouvernance, mais à faire apparaître les statuts :

    • dans un annuaire interne,
    • dans un document de référence juridique,
    • dans les procédures RH ou administratives.C’est particulièrement adapté si l’organisation veut éviter toute hybridation entre le juridique et la gouvernance. On trace ici une frontière nette : la gouvernance sert à gérer le travail, le reste est traité ailleurs.

    4. Ce qu’il faut éviter : encoder un statut comme un rôle fonctionnel

    Par exemple :

    • créer un rôle “Associé·e” avec la redevabilité “voter en AG”,
    • créer un rôle “Mandataire” avec le domaine “représentation légale de l’entreprise”,
    • ou encore créer un rôle “Salarié” et y rattacher toutes les fonctions RH.Ce genre de confusion est risqué. Elle peut donner à penser que la gouvernance peut retirer ou réattribuer un statut, ou encore qu’un rôle confère un pouvoir qu’il n’a pas. Cela affaiblit à la fois la clarté juridique et la solidité du système en Holacratie.

    Trois cas à part : salarié, associé, mandataire

    Tous les statuts ne soulèvent pas les mêmes enjeux dans une organisation en Holacratie. Certains, comme celui de salarié, interfèrent avec des fonctions RH ou de management. D’autres, comme celui d’associé, touchent à la propriété et à la gouvernance juridique. Enfin, le mandataire social est un statut particulièrement délicat.

    Le statut de salarié

    Il s’apparente à un accord relationnel au sens de l’article 2.4 de la constitution. Il implique des obligations unilatérales de l’employeur (protection sociale, subordination…) et des attentes implicites de type “mon manager doit valider”.

    • À éviter : Créer un rôle “salarié” ou “employé” dans un cercle.
    • À faire : Créer un rôle RH en gouvernance avec des redevabilités précises (ex. : “mettre à jour les contrats de travail”), définir des règles claires (ex. : “tout recrutement doit être validé par un rôle ayant le domaine ‘signature de contrat’”).

    Le statut d’associé

    Être associé, c’est détenir une part du capital. Le piège fréquent est d’en faire un statut de pouvoir implicite (“puisque je suis associé, je dois valider ça”), ce qui brouille la lisibilité.

    • À faire : Gérer les engagements comportementaux dans un pacte d’associés ou des accords relationnels hors de la gouvernance Holacratie. Séparer les droits attachés au capital de l’autorité fonctionnelle.

    Le statut de mandataire social

    Le mandataire représente légalement l’entreprise. Ce n’est pas un rôle affectable dans un cercle.

    • À éviter absolument : Affecter ce statut via une décision de gouvernance ou croire qu’un rôle “Président” permet de signer les comptes sans habilitation légale.
    • À faire : Créer un cercle “Mandat social” contenant des rôles opérationnels délégués (ex. : “Préparer l’AG”). Documenter dans un fichier externe qui sont les mandataires et leurs pouvoirs.

    Posture, engagements, comportements : et si ce n’était pas une affaire de rôles ?

    Dans la pratique, de nombreuses tensions viennent d’un flou sur les postures attendues. La gouvernance en Holacratie n’est pas toujours le bon outil pour les traiter.

    Le piège : vouloir tout encoder dans des rôles

    Créer des redevabilités subjectives (“être exemplaire”) pose problème car elles ne sont pas gouvernables et confondent rôle et personne. La gouvernance sert à organiser le travail, pas à dire qui est une “bonne personne”.

    L’alternative : les accords relationnels

    Mieux vaut passer par des accords explicites hors du système de rôles (chartes relationnelles, pactes d’associés). Ils ne sont pas gouvernables, mais discutables. Ils vivent dans l’espace de la relation.

    Et si l’on veut poser des contraintes d’affectation ?

    Il est possible de créer des règles dans le cercle posant des contraintes objectives sur les affectations (ex. : “seuls les associés peuvent tenir ce rôle”). Mais cela ne peut jamais modifier le statut juridique de la personne.

    « Seul un Leader de Cercle peut affecter ou désaffecter un Rôle au sein du Cercle, à moins que le Cercle n’ait délégué le contrôle de l’affectation des Rôles à un autre Rôle ou processus. Une règle peut encadrer davantage le processus d’affectation ou de désaffectation de Rôle. » (Constitution Holacracy, §1.4.1)

    Ne pas corréler rôles, salaires et statuts : un enjeu de clarté

    Lier untel a le rôle “X” $\rightarrow$ donc il a tel salaire introduit une rigidité dangereuse. Les rôles ne sont pas des postes. Ils n’impliquent aucun engagement de durée ni contrepartie financière directe.

    Les effets pervers d’une corrélation directe

    Les personnes s’attachent émotionnellement à leurs rôles, il devient difficile de les scinder (vécu comme une perte de pouvoir) et le lien entre création de valeur réelle et rémunération se brouille.

    Des alternatives plus saines

    1. Dissocier explicitement rôle et rémunération : Le salaire dépend d’un système RH distinct (séniorité, contribution globale).
    2. Créer un rôle RH dédié à la rémunération.
    3. Documenter les règles de rémunération en dehors de la gouvernance (charte salariale).

    Conclusion — Clarifier sans tout vouloir gouverner

    Adopter l’Holacratie, ce n’est pas effacer l’histoire ou le droit. C’est apprendre à distinguer les espaces. Dans une organisation, il y a des rôles gouvernables et des statuts non gouvernables. L’Holacratie n’est pas un outil pour tout absorber, mais un outil pour clarifier qui fait quoi, pourquoi, et dans quel cadre d’autorité. C’est une boussole pour la complexité.

  • Le commerce comme acte de confiance

    Lecture : 6 minutes

    Je voudrais vous parler d’un mot souvent piégé, abîmé, mal aimé : la vente.

    Parfois la vente est vue comme une activité agressive, le closing “à l’américaine”, l’image du commercial prêt à vendre son âme pour un contrat. Je crois qu’on charge ce mot de projections négatives, quand on parle de la vente en disant « il faut vendre », comme un métier “sale”, celui qu’on refilerait à quelqu’un qui n’a pas trouvé mieux.

    Peut-être que l’épisode des marchands chassés du Temple par Jésus (Jean 2:13-16) a laissé quelques traces dans notre culture, ou a été mésinterprété ! Mais nous n’allons pas faire d’exégèse ici !!

    Ce dont je veux vous parler part d’un autre regard. Je parle du commerce comme acte fondateur de l’humanité. Quand les humains ont commencé à commercer avec de la monnaie, ils ont aussi inventé la conscience, la spiritualité, la religion. Le commerce nous a fait sortir des clans, des limites du troc, et nous a poussé à entrer en relation avec l’inconnu. C’est pour moi une des premières expressions de l’humanisme. Je crois qu’il y a du divin dans le commerce. Si j’accepte de l’argent dans une transaction, c’est bien parce que je partage avec quasiment tous les autres humains la croyance que l’argent a une valeur. Comme nous partageons cette méta-croyance, alors je sais que je pourrai réutiliser l’argent qui m’est donné en échange d’un travail, d’un objet ou d’un service. Cette croyance-là dépasse de loin toutes les autres. Même si nous ne croyons pas aux mêmes dieux, nous pouvons tomber d’accord sur une valeur monétaire !

    Vendre, c’est croire en l’autre

    À l’endroit le plus nu, vendre est un acte de foi. Quand j’achète un pain, je fais confiance. Je crois que le boulanger ne l’a pas empoisonné. Je n’ai aucune preuve. C’est un saut dans l’inconnu, fait en toute tranquillité, juste parce que nous croyons dans les bonnes intentions de l’autre. C’est de la confiance donnée a priori, sans justification. Acheter, c’est croire. Vendre, c’est inviter l’autre à ce saut-là.

    Ce n’est pas si rationnel, et c’est pour ça que c’est grand

    On aime se raconter qu’on prend des décisions rationnelles. Qu’on pèse le pour et le contre. Qu’on attend le devis. Mais dans les faits, la décision vient souvent avant les arguments. L’émotion précède la logique. Ensuite, notre cerveau cherche des justifications à ce que notre cœur a déjà décidé.

    Alors, chez Sémawé, nous vendons des accompagnements. Parfois certains nous disent : “très cher”. Et je crois que plus un acte d’achat est engageant, plus il est émotionnel. L’argument vient ensuite, pour justifier a posteriori ce que le cœur avait déjà décidé. Notre cortex se raconte de belles histoires, mais la décision vient de plus profond. Le biais de confirmation fait le reste : on trouve ensuite toutes les bonnes raisons pour dire “c’est une bonne décision”.

    Quand un client me dit : “Aliocha, j’ai déjà décidé de bosser avec toi, mais il faut que je lise le devis”, je souris. Parce qu’il a mis en mots un processus qu’on vit tous : on achète d’abord avec le cœur, puis on signe avec la tête.

    Si tu es humain, tu peux vendre

    Il faut arrêter de croire que vendre, c’est un métier de spécialistes. C’est un métier d’humains. Et si tu es capable de te mettre en lien, de faire confiance, alors tu peux vendre.

    Et une fois qu’on comprend ça, on redéfinit complètement ce que veut dire vendre. Ce n’est plus une affaire d’experts, ni de techniciens du pitch. C’est une affaire de relation.

    Donc … si tu es humain, tu peux vendre. Il suffit d’être capable de confiance.

    Vendre comme acte de générosité

    Si je vends pour prendre, alors c’est une guerre, une négociation, un bras de fer, un truc où chacun essaie de perdre le moins possible et de prendre le plus possible. Mais si je vends pour offrir quelque chose de beau, de bon, de vrai, alors c’est un échange fécond. Une bonne affaire. Dans le sens noble du terme.

    Une bonne affaire, ce n’est pas une affaire où j’ai « bien négocié ». C’est un moment où les deux repartent nourris. Une bonne affaire, ce n’est pas une affaire “pas chère”. C’est une affaire où les deux se disent : “Waouh, c’est précieux ce qui vient de se passer”.

    Ce pain qu’on paie plus cher, mais qu’on savoure avec gratitude. Ce service qu’on sait aligné, profond, juste. Alors plus cher peut être plus généreux. Le problème, ce n’est jamais le prix, c’est l’intention.

    Et chez Sémawé, notre intention, c’est d’offrir. Si je n’ai rien à offrir à un client, je ne lui vendrai rien. Un appel commercial peut très bien se terminer par : “Je ne pense pas qu’on ait quelque chose à faire ensemble.” Et c’est parfaitement OK.

    Nous avons un podcast sur notre vision de l’acte de vente, à écouter ici [Insérer le lien vers le podcast] !

    Il me semble que la boussole qui nous permet de définir ce qui est bon, le bon acte, le bon accord de vente, le bon prix, est constituée de ces questions-là :

    • Le « bon » comme ce qui fait du bien, satisfait un besoin, soulage une tension.
    • Le « bon » comme ce qui est juste, adapté à la situation, en harmonie avec ce qui est.
    • Le « bon » comme ce qui élève l’autre et soi-même, contribue à l’autonomie.
    • Le « bon » comme ce qui est intègre, cohérent avec ce qui est vrai pour moi, ce que je pense, qui je suis, ce que je sens.

    Revenir à soi

    Ce type de vente n’est possible qu’avec de la confiance en soi. Je ne peux pas espérer que l’autre me fasse confiance si je ne me fais pas confiance. D’ailleurs vous avez déjà remarqué comme l’autre agit souvent comme un miroir de soi-même dans la vie ? Je dois cultiver ma posture, mon estime, mon alignement pour susciter de la confiance chez les autres. Et ça commence dans des choses très concrètes comme prendre soin de moi, de mon apparence, de ma manière d’être, de ma présence.

    Ce n’est pas du narcissisme. C’est la base de l’estime personnelle. Et l’estime personnelle est la base de l’intention juste. Quand je suis aligné intérieurement, cette générosité dont je parle n’est pas un concept. Elle se sent. Elle touche l’autre.

    L’intention qui transpire

    Cette intention, c’est le cœur de tout. Si je vends en me demandant « qu’est-ce que je peux lui prendre », ça va se sentir. Si je vends en me demandant « qu’est-ce que je peux lui offrir », ça change tout.

    Dans une vente, ce qui compte n’est pas tant ce que je dis, mais comment je le dis. Le non-verbal pèse plus que tout. Ce que les autres perçoivent de moi va bien au-delà des mots. Et cette perception repose sur mon énergie, ma posture, mon écoute, ma sincérité.

    C’est pour ça qu’un bon vendeur peut se tromper sur tous les arguments et vendre quand même. Et un autre, avec un pitch parfait, ne signera rien. Parce qu’on ne vend pas un devis. On vend une relation.

    Une affaire d’équilibre et de confiance partagée

    Alors bien sûr, il y a aussi la réalité des jeux d’acteurs. Parfois, ton interlocuteur n’est pas celui qui a le pouvoir de signer. Et alors ? On peut cultiver la même posture. Parce que ce n’est pas une question de structure, c’est une question de foi. Je crois que l’autre peut me faire confiance. Et s’il me fait confiance, alors il justifiera son choix. Mais s’il y a un doute, tout s’effondre. La meilleure offre du monde ne résiste pas à une suspicion. Le client qui découvre une incohérence, un détail louche, une trace de dissimulation… n’achètera pas.

    C’est bien un acte de confiance, de bout en bout.

    Apprendre à vendre autrement

    C’est ce que j’essaie de transmettre à l’équipe de Sémawé depuis que je travaille avec des salariés dans mon équipe, depuis 2010 ! Je crois que vendre est une fonction noble, essentielle, donc spirituelle. Nous n’avons rien à envier aux pros du marketing si nous sommes profondément incarnés dans ce que nous offrons, si chaque mail, chaque devis est l’occasion de cultiver un lien humain, pas d’atteindre un objectif.

    Alors voilà notre boussole : foi, confiance et générosité.

    Si nous ancrons ces trois mots dans nos pratiques commerciales, alors nous vendons avec sincérité, sans manipulation, sans pression, sans peur. Nous proposerons au monde des actes de commerce qui nourrissent la relation plutôt que de la dévorer.

    Et ça, c’est un acte politique, un acte qui unit et non sépare!

  • Ce que tu ne dis pas te détruit

    Lecture : 7 minutes

    Je ne sais pas comment vous faites ! Comment vous faites pour vivre dans un monde où (presque) tout le monde semble d’accord pour ne pas se dire les choses, pour remettre à plus tard, pour sourire poliment alors que ça brûle dedans. Pour inventer des raisons de se taire qui, bien souvent, masquent une seule chose : la peur.

    • Peur de blesser
    • Peur de perdre le lien
    • Peur de ne plus être aimé
    • Peur de ne plus être admiré…

    Alors on se tait, on attend, on lisse le propos, on édulcore les mots, on reporte la discussion, en se disant comme pour se justifier auprès de soi :

    « Ce n’est pas le bon moment. »

    « Je veux d’abord être sûr de ce que je ressens. »

    « Je vais attendre que l’ambiance soit meilleure. »

    Mais ce moment n’arrive jamais, parce qu’à force d’attendre, l’élan meurt et la vérité s’étiole. Ce qu’il y avait de vivant devient un souvenir ou un ressentiment. Et finalement, même si vous revenez plus tard avec votre tentative de discussion, vous parlez une sorte de langue morte émotionnelle, en vous racontant que vos souvenirs sont une réalité plus vraie que ce que vous avez vécu. Le momentum, celui pendant lequel vous avez vraiment vécu l’émotion, lui, il a disparu.

    Le bon moment n’est pas un moment parfait — c’est un kairós

    Dans la Grèce antique, les philosophes distinguaient deux types de temps :

    1. Chronos, le temps linéaire, mesurable, mécanique : les heures et les dates.
    2. Kairós, le temps de l’opportunité, le moment juste, celui où quelque chose devient possible, si l’on ose.

    Kairós n’est pas un créneau dans l’agenda. Ce n’est pas « quand j’aurai tout bien préparé », ni « quand l’autre sera de meilleure humeur ». C’est une fenêtre fragile et vivante, qui s’ouvre brièvement, souvent de manière inconfortable, et qui appelle une parole vraie, une action risquée, une décision intérieure.

    Attendre le moment parfait, c’est croire à une forme idéalisée de Chronos. Mais la vérité n’attend pas. L’élan profond n’obéit pas à notre calendrier. Il a ses propres battements et si on le repousse trop, il se retire.

    Quand on sent que quelque chose veut être dit, même si c’est flou, même si c’est maladroit, alors c’est maintenant. Ce n’est peut-être pas poli. Ce n’est peut-être pas stratégique. Mais c’est juste car c’est dans un kairós.

    L’illusion du bon moment

    C’est fascinant à quel point nous sommes nombreux à parier sur un futur imaginaire. Nous croyons que la personne sera encore là (la vie est plus aléatoire que cela). Que le lien sera encore frais. Que notre envie de dire n’aura pas changé.

    Mais la vie n’attend pas et les émotions ne se mettent pas en pause. Notre corps le sait bien. Comme l’écrit Brad Blanton dans L’Honnêteté Radicale, quand on retient ce qu’on a à dire, on crée un stress énorme. Et ce stress, c’est souvent lui qui détruit nos relations, bien plus que la vérité elle-même.

    On m’a souvent dit : « Sois plus civilisé »

    Je suis autiste. Alors peut-être que je ressens ça plus violemment, mais j’ai toujours eu du mal à comprendre l’intérêt de ne pas dire les choses. Pour autant, mon besoin d’avoir des relations d’attachement fonctionnelles est le même que celui des autres.

    Et pourtant, on me le répète encore et encore, on m’encourage à « patienter », à « prendre sur moi », à « faire preuve de diplomatie », “ne pas tout dire”. Mais je crois que la diplomatie sans vérité, c’est un poison lent. Un vernis social qui finit par craquer et laisser s’installer les prémices des conflits, de l’éloignement, de la perte de l’autre.

    Ce n’est pas parce qu’on dit les choses qu’on détruit les liens

    C’est même souvent l’inverse. Ce qui ruine une relation, c’est le non-dit. Brad Blanton le formule très clairement :

    « Refouler sa colère pour garder le contrôle est ce qui empêche de maintenir les liens. »

    Parce que la colère refoulée bloque les sentiments d’amour et de créativité que l’autre nous inspirait. Les relations qui durent ne sont pas celles où on évite les tensions, ce sont celles où on ose les traverser, où on se dit les choses, où on se montre, même vulnérable, même bancal.

    Enfants, on savait faire

    Enfants, nous étions radicalement honnêtes. Si on était en colère, le monde le savait. Si on aimait quelqu’un, on lui disait.

    Puis pour nous adapter à une codification sociale, nous avons appris à nous “tenir”, à être “sages” comme disent de nombreux parents. En grandissant, on a appris à se cacher pour se protéger. Résultat ? Des adultes polis, stressés, coupés de leurs élans.

    Et si on essayait autre chose ?

    Et si on désapprenait ça ? Je ne parle pas de dire ses quatre vérités à tout le monde, n’importe comment. Je parle d’apprendre à dire sa vérité. À partir de soi. Avec courage.

    Je parle de créer des relations où l’on se parle pour de vrai. Pas des relations idéales, mais vivantes, humaines et robustes. Par exemple, des relations dans lesquelles, si une question surgit en nous, il est bienvenu de la poser immédiatement : “Je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça, cela m’insécurise, j’ai besoin d’en parler avec toi.”

    Prenons quelques exemples :

    Contexte : Le collègue envahissant

    Marc vient régulièrement parler à Lucie quand elle est concentrée. Elle sourit tout en accumulant de la tension.

    • Conversation honnête : « Marc, j’ai remarqué que je me sens souvent tendue quand tu viens me parler à l’improviste. J’ai besoin de plus de continuité dans mon travail. »
    • Issue : Marc se sent respecté, Lucie aussi. Une nouvelle complicité s’installe, plus choisie.

    Contexte : Le conflit étouffé dans une équipe projet

    Claire et Malik bossent sur un projet sensible avec des tensions croissantes.

    • Conversation honnête : « Je me sens sur la défensive avec toi depuis des semaines. J’aimerais qu’on reparte à plat. »
    • Issue : Leur collaboration devient plus fluide. Ils posent des règles de communication.

    Une autre manière de vivre ensemble est possible

    Brad Blanton écrit : « Devenir honnête, c’est échapper à la normalité assassine. »

    Alors non, il ne s’agit pas de devenir brutal. Mais il s’agit d’oser se rencontrer dans la vérité. De sortir des automatismes du silence pour construire des relations plus adultes, plus solides, en acceptant qu’elles passent parfois par l’inconfort de la clarté.

  • Expérimenter l’Holacratie dans l’Armée Suisse, un pari peu courant !

    Lecture : 5 minutes

    Comment une équipe a transformé son organisation sans imposer le cadre, mais en le révélant par la pratique.

    « Nous avons réduit nos réunions de quatre heures à une heure, sans perte d’efficacité. L’information circule mieux, les décisions sont prises plus vite, et surtout, chacun sait enfin qui fait quoi. » — Alexandre Julien Robatel

    Mettre en place l’Holacratie dans une institution militaire ? L’idée peut sembler paradoxale. Pourtant, c’est bien ce qu’a entrepris Alexandre Julien Robatel, Chef planification, finances et contrôle de gestion et Suppléant chef d’état-major au sein de l’Armée Suisse. Son approche : ne pas imposer un modèle, mais accompagner son équipe à le découvrir par l’expérimentation. Un an après, les résultats parlent d’eux-mêmes : une organisation plus fluide, une autonomie accrue, et des réunions transformées.

    Retour sur une transition étonnante et inspirante menée par un tempérament d’explorateur !

    Un changement nécessaire pour une équipe en mutation

    Quand Alexandre prend la direction de son équipe en janvier 2024, il hérite d’un mode de fonctionnement très hiérarchisé :

    « À mon arrivée, l’équipe fonctionnait en vase clos, avec une culture de contrôle très forte. Je devenais le chef d’une équipe en place depuis de nombreuses années. »

    Un tiers de l’équipe approche l’âge de la retraite et des habitudes de travail sont ancrées. Alexandre, en étant nommé à la tête de cette équipe, voit là une opportunité : plutôt que d’imposer immédiatement un nouveau système, il décide de poser un regard neuf sur les pratiques existantes.

    Observer avant d’agir : un rapport d’étonnement décisif

    Avant de prendre la moindre décision, Alexandre adopte une posture d’observation. Pendant un mois, il prend des notes sur tout ce qui le surprend, ce qui fonctionne et ce qui pourrait être amélioré. Il synthétise ses constats dans un « rapport d’étonnement » et le partage à son équipe.

    « Je n’ai pas cherché à juger. J’ai simplement mis en évidence ce qui m’a marqué : les doublons, les lenteurs administratives, les silos de communication… C’était très important pour moi de faire ce travail avec impartialité ! »

    Ce rapport crée une première onde de choc, mais pose surtout les bases de la future démarche de transformation.

    Démarrer sans dire « Holacratie » : une expérimentation guidée

    Plutôt que d’annoncer un changement radical, Alexandre engage son équipe dans une série d’expérimentations. Pendant un mois, il leur demande de répertorier l’ensemble de leurs activités quotidiennes sur un grand tableau dans leur bureau commun. Au bout d’un mois, Alexandre a de la matière pour commencer le travail de clarification du “Qui fait quoi ?”.

    « Je n’ai pas parlé d’Holacratie au départ. J’ai commencé par cartographier les activités de chacun et à les structurer en cercles. En simultané, j’ai demandé à chaque membre de l’équipe de choisir un rôle à formaliser dans cette cartographie. »

    L’équipe joue le jeu. Rapidement, les rôles émergent naturellement, et chacun se réapproprie ses missions.

    « On a découvert qu’on avait des tâches en double, que certaines étaient délaissées faute de clarté. Faire ce constat était très intéressant. »

    Petit à petit, Alexandre introduit les rituels de réunion et les principes de gouvernance distribuée, sans jamais imposer un cadre rigide.

    « On a mis en place des réunions tactiques, mais au début, on les appelait juste ‘tables rondes’. On a structuré les prises de décision, mais on a gardé des mots familiers. Je voulais que l’équipe découvre l’intérêt du système avant de lui mettre une étiquette. »

    Des résultats concrets : réunions plus courtes, décisions plus fluides

    L’impact est très rapide. Les réunions, qui duraient quatre heures, sont réduites à une heure.

    « Avant, les gens arrivaient en réunion et racontaient leur semaine. Maintenant, on ne garde que l’essentiel : les blocages, les décisions à prendre, les actions prioritaires. Et surtout, chacun sait pourquoi il est là et ce qu’il peut apporter. »

    L’équipe se prend au jeu. Chacun devient acteur de la gouvernance, les tensions se résolvent plus vite et les responsabilités sont clarifiées.

    Une contagion positive au-delà de l’équipe

    Le changement dépasse rapidement le cadre du service d’Alexandre.

    « Nous avons commencé à proposer la réunion tactique aux équipes avec lesquelles nous collaborons. Cela demande un peu de temps de mise en place, mais une fois la pédagogie installée, cela permet d’essaimer cette culture agile et pragmatique. »

    Son supérieur hiérarchique s’y intéresse à son tour et décide d’élargir l’expérimentation à d’autres unités.

    « L’Holacratie n’a pas été imposée par la hiérarchie, elle s’est diffusée parce qu’elle était utile. Nous avons d’ailleurs décidé d’élargir la démarche en faisant intervenir Sémawé lors d’une journée de sensibilisation. »

    L’humain au cœur de la transformation

    Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’impact humain du changement. Les profils seniors qui auraient pu être réticents deviennent des moteurs du projet :

    « Deux collègues proches de la retraite ont décidé de tester les rôles de scribe ou facilitateur avec enthousiasme, une autre collaboratrice a décortiqué la Constitution Holacracy ! »

    De même, une jeune collaboratrice à temps partiel, initialement sceptique, s’est révélée être un leader naturel.

    « Elle me disait : ‘Moi, je suis à 50 %, je ne peux pas être leader’. Je lui ai répondu que son pourcentage d’activité n’avait rien à voir avec sa légitimité. Aujourd’hui, elle pilote un cercle et prend des décisions clés. »

    Ou encore certains talents révélés.

    “Parmi les plus jeunes, des talents ont émergé car ces personnes ont compris qu’elles pouvaient proposer des choses. Elles sont désormais reconnues dans leur domaine d’expertise par le reste de l’organisation.”

    Un modèle agile pour une institution rigide ?

    Loin des clichés sur la rigidité militaire, cette transformation prouve qu’il est possible de réconcilier autonomie et discipline.

    « Nous n’avons pas mis en place l’Holacratie pour ‘faire moderne’. Nous l’avons mise en place parce que ça répondait à un besoin concret : mieux s’organiser, mieux collaborer, mieux décider sans passer par tous les échelons hiérarchiques. »

    Ce qu’on peut retenir de cette transition réussie

    1. L’expérimentation avant la théorie : L’équipe a découvert l’intérêt de la méthode avant qu’on lui mette un nom.
    2. Des bénéfices visibles rapidement : Réunions plus courtes, décisions plus claires, responsabilités mieux réparties.
    3. Un impact humain fort : Les talents émergent quand on leur laisse la place de s’exprimer.
    4. Une diffusion naturelle : Le modèle se propage parce qu’il est efficace, pas parce qu’il est imposé.
  • Robustesse, subsidiarité et vivant : la boussole des entreprises régénératives

    Lecture : 9 minutes

    Ce que le « régénératif » nous invite à revisiter dans nos organisations.

    Croire que nos organisations humaines vont réparer les écosystèmes abîmés par l’activité économique me semble une posture bien prétentieuse. Alors, comment prendre ce mouvement au sérieux, sans tomber dans l’illusion d’omnipotence ? Comment accompagner ce désir sincère de transformation, tout en gardant une profonde modestie ?

    C’est ce chemin que je vous propose d’explorer ici : en reliant le régénératif à la question de la Source, à la Spirale Dynamique, et à une nouvelle stratégie de robustesse, plus féconde que la quête sans fin de performance.

    Le mot « régénératif » est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Les entreprises veulent devenir « régénératives », les territoires aussi, et certaines marques commencent même à en faire un argument marketing, comme un label de responsabilité. Pourtant, une évidence s’impose : le vivant n’a pas attendu les entreprises pour se régénérer.

    Dans ce contexte, la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) a joué un rôle majeur. Elle a permis à des milliers de dirigeants d’ouvrir les yeux sur l’urgence écologique et sur leur responsabilité, tout en leur donnant des repères positifs et pragmatiques pour se mettre en mouvement. Grâce à la CEC, des entrepreneurs de tous horizons expérimentent une bascule intérieure : celle qui fait passer d’une logique d’optimisation économique à une logique de contribution au vivant. Ce mouvement est porteur d’un véritable élan collectif, sincère et nécessaire.

    Pour autant, un risque guette : croire que nos entreprises vont « sauver le vivant » comme on répare une machine abîmée. Croire que l’économie humaine va « régénérer » le monde est, en soi, une vision un peu orgueilleuse, non ?

    Alors comment accueillir cet élan vers le régénératif sans basculer dans la prétention ? Comment canaliser cette énergie nouvelle, en gardant une profonde modestie, et surtout, en renforçant la robustesse de nos organisations dans un monde devenu hautement imprévisible ?

    1. Le vivant, la régénération, et l’humilité nécessaire

    La régénération est l’état naturel du vivant. Les forêts repoussent après un incendie. Les sols s’enrichissent par la décomposition de la matière organique. La vie trouve toujours des chemins de résilience et d’expansion. Depuis des milliards d’années, la nature invente des mécanismes d’adaptation, de réparation et de renouvellement bien plus puissants que tous nos processus humains réunis.

    Ce processus de régénération n’a donc pas besoin de nous. Nous sommes, au mieux, invités à nous y réinscrire. Parler « d’entreprises régénératives » nous invite à un profond geste d’humilité. Une organisation dite « régénérative » ne doit pas se penser comme un acteur extérieur qui viendrait « réparer » ce qui est abîmé. Elle est une tentative – fragile, précieuse – de se réaligner avec les lois systémiques du vivant : cycles, interdépendances, diversification, sous-optimalité fertile.

    Dans cette optique, la vraie question n’est pas : « Comment mon entreprise peut-elle être régénérative ? » mais plutôt « Comment mon entreprise peut-elle cesser de s’extraire du vivant et redevenir un acteur humble parmi d’autres dans son écosystème ? »

    Cette posture demande un vrai basculement intérieur pour les leaders d’organisation : passer de l’idée que nous serions les « sauveurs de la planète » à celle que nous sommes d’abord appelés à retrouver notre juste place au sein du vivant. Une entreprise alignée sur cette conscience n’est plus centrée sur elle-même : elle devient un nœud vivant au sein d’un tissu plus vaste. Tout d’un coup, la notion de raison d’être des organisations prend toute sa puissance et son sens.

    2. De la performance à la robustesse : un changement de paradigme

    Pendant des décennies, la performance a été la valeur phare de nos entreprises. Faire mieux, plus vite, moins cher. Cette quête obsessionnelle a façonné le visage du monde économique moderne. Elle correspond parfaitement à une logique Orange dans la Spirale Dynamique : celle du succès individuel, de l’efficacité et de la compétitivité.

    Mais aujourd’hui, ce modèle montre ses limites. Dans un monde devenu chaotique, incertain, complexe et volatil, la performance seule devient une stratégie fragile. Elle nous pousse à avancer toujours plus vite, sans toujours vérifier si nous courons dans la bonne direction. La transition vers une économie régénérative nous appelle à changer d’altitude :

    • Passer de l’optimisation à la résilience.
    • De l’exploitation des ressources à leur fertilisation.
    • De la domination sur la nature à la coopération avec elle.

    Ce changement correspond à l’émergence d’une nouvelle vision du monde, celle que Frédéric Laloux a popularisée en parlant d’entreprises Opales — ces organisations du niveau Jaune de la Spirale Dynamique. La robustesse devient alors une stratégie centrale. Non plus briller à court terme, mais tenir, évoluer, se régénérer en lien avec les transformations du vivant.

    3. La subsidiarité : bâtir des organisations robustes

    Face à la complexité croissante de notre environnement, vouloir tout contrôler devient non seulement vain, mais contre-productif. La robustesse organisationnelle passe alors par un principe clé : la subsidiarité.

    La subsidiarité repose sur une idée simple et puissante : chaque décision doit être prise au niveau le plus proche possible de l’action.

    • Ce sont les personnes qui sont au contact de la réalité qui sont les mieux placées pour agir.
    • La structure hiérarchique n’est pas là pour « ordonner » mais pour soutenir, clarifier et protéger les marges de manœuvre.

    En cultivant la subsidiarité, une organisation devient naturellement plus adaptative, plus vivante. L’Holacratie est un exemple d’architecture organisationnelle qui a intégré la subsidiarité dans l’ADN même de son fonctionnement. Chaque cercle dispose d’une raison d’être propre. Chaque rôle à l’intérieur du cercle est, lui aussi, animé par sa propre raison d’être, avec des redevabilités précises.

    La robustesse ne se mesure pas à la productivité brute, mais à la capacité de chaque rôle, de chaque cercle, de rester aligné sur sa raison d’être, même dans la tempête. Ce principe d’autonomie alignée n’est pas nouveau. Il trouve une profonde résonance dans la doctrine sociale de l’Église, qui reconnaît depuis plus d’un siècle que « ce qu’un échelon inférieur peut faire par lui-même, l’échelon supérieur ne doit pas le faire à sa place. »

    C’est cette philosophie qui inspire notre travail chez Sémawé. Nous venons d’obtenir la labellisation B Corp, une reconnaissance qui témoigne que la robustesse, loin d’être un concept abstrait, peut se traduire en engagements concrets et vérifiables.

    4. Cultiver la robustesse collective : semer sans rigidifier

    Pour qu’une organisation devienne réellement robuste — et donc capable d’apporter une contribution régénérative durable — il est crucial de semer des cultures d’apprentissage vivant :

    • Accepter que la transformation est un processus non linéaire : Chaque organisation doit cultiver un rapport sain à l’expérimentation et accepter l’échec comme une source d’information.
    • Installer la réflexivité collective : À travers des outils comme le Forum Ouvert ou les cercles de gouvernance adaptative.
    • Aligner les actions sur les raisons d’être : Un collectif robuste est un collectif qui sait pourquoi il agit.
    • Favoriser des logiques d’interdépendance : La robustesse vient de la diversité des approches, pas de l’homogénéité.
    • Accepter la sous-optimalité comme une force du vivant : La nature maintient des marges, du redondant, des interactions parfois « inutiles » mais précieuses pour la résilience globale. Vouloir rendre une organisation parfaitement efficace, sans aucune perte ni friction, c’est la rendre fragile face à l’imprévu.

    Conclusion : la robustesse, une stratégie pour demain

    Le vivant ne nous demande pas de le sauver. Il nous invite simplement à retrouver notre juste place : celle d’acteurs conscients au sein d’un écosystème complexe.

    Dans cette dynamique, vouloir construire des organisations régénératives est une magnifique intention — à condition de la porter avec humilité. La robustesse devient alors notre meilleur guide. Non plus la performance pour elle-même, mais la vitalité sur le long terme. Non plus la standardisation, mais la subsidiarité vivante.

    Chez Sémawé, cette conviction structure notre travail, de l’Holacratie à la labellisation B Corp. Nous croyons qu’il est possible d’entreprendre autrement : en s’appuyant sur la force du vivant plutôt que contre lui. Seul ce qui est vivant est capable de régénérer la vie. Le reste est une illusion de maîtrise.

  • Leadership vivant et hiérarchie naturelle : comprendre le rôle de la Source

    Lecture : 10 minutes

    Quand on cherche à faire émerger une idée puissante, quelque chose de vivant qui peut prendre racine dans le monde et croître, on commence souvent par penser en termes d’organisation. On pense structure, rôles, procédures, gouvernance…

    Mais il existe un autre niveau, plus fondamental : celui du champ créatif.

    « Sous tout ce que l’on appelle habituellement ‘l’organisation’, il y a une structure plus subtile, que l’on ressent souvent sans pouvoir la nommer. C’est ce que je nomme la hiérarchie créative. Elle est initiée et tenue par une personne : la Source. » — Tom Nixon

    Tom Nixon est l’auteur de Work with Source, il transmet et incarne avec beaucoup de clarté les principes des personnes Sources, modélisés par Peter Koenig.

    La Source, selon Peter Koenig, n’est pas un poste, ni une fonction, ni un statut. C’est un rôle invisible mais structurant, incarné par la personne qui, à l’origine, a pris l’initiative de faire exister un projet. Elle l’a imaginé, investi, nourri — au point de créer autour d’elle un champ d’attraction.

    C’est la personne qui entretient un lien particulier avec le développement du projet. C’est souvent la personne qui entraînerait la mort du projet si elle partait. Ce lien se manifeste par une sensibilité unique à trois choses essentielles :

    1. la vision du projet, son étoile polaire créative,
    2. les prochaines étapes nécessaires à sa réalisation,
    3. les limites de ce qui fait partie ou ne fait pas partie du projet.

    Ce n’est pas forcément la personne qui agit le plus, ni celle qui “manage”. C’est celle qui sent ce qui est “dedans” ou “hors champ”. Celle qui, d’une certaine manière, tient la cohérence vivante du projet, même lorsque d’autres en portent des parties spécifiques.

    Ce champ attire d’autres personnes, qui peuvent devenir à leur tour “sources spécifiques” de sous-projets ou d’initiatives plus ciblées. C’est ce tissage organique, vivant, que Tom appelle la hiérarchie créative : une architecture de cercles imbriqués, où chaque Source détient la responsabilité de son périmètre — tout en restant en lien avec le champ plus global.

    Source ≠ Leader

    Ce rôle de Source est souvent confondu avec celui de “leader” ou de “CEO”. Mais les deux ne sont pas équivalents. Un leader peut incarner une forte capacité à rassembler, inspirer, faire avancer l’équipe. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il soit la Source du projet. Inversement, la personne qui porte le rôle de Source n’est pas toujours celle qui parle le plus fort. Son rôle est plus subtil, mais tout aussi fondamental.

    Partie 2 – Une hiérarchie vivante, ou comment garder la cohérence sans enfermer

    Le mot “hiérarchie” évoque souvent quelque chose de rigide, autoritaire, vertical. Mais je vous invite à regarder la hiérarchie autrement. Pas comme une contrainte morte, mais comme une structure vivante, enracinée dans la dynamique créative d’un projet.

    Regardons comment le vivant est une structure profondément hiérarchique et structurée. Ce que nous enseigne la nature, c’est qu’il peut exister une hiérarchie et de l’autonomie pour chaque sous-système.

    « Ce qu’on appelle ‘hiérarchie créative’ n’est pas une hiérarchie de pouvoir. C’est une hiérarchie naturelle : l’expression d’un ordre dans le processus de création. » — Tom Nixon

    La hiérarchie créative en cercles imbriqués

    Pour rendre cela visible, on peut cartographier les initiatives comme une série de cercles imbriqués :

    • Le cercle le plus large est tenu par la Source globale : celle qui détient la vision d’ensemble.
    • Des cercles plus petits, à l’intérieur, émergent à mesure que d’autres personnes prennent la responsabilité de sous-projets : ce sont les “sources spécifiques”.

    Ce tissage donne à l’organisation sa forme la plus organique.

    Partie 3 – La posture intérieure du porteur de la Source

    Être Source d’un projet, c’est accepter d’habiter une posture intérieure : celle de la personne qui reste en lien avec la direction créative du projet.

    « Le rôle de Source est un rôle profondément créatif, pas un rôle de pouvoir. Et pourtant, il engage une pleine responsabilité. Il n’est pas toujours confortable à porter. » — Tom Nixon

    Ce rôle demande avant tout de la clarté intérieure. La posture typique d’une Source est… le doute. Doute sur la prochaine étape. Mais ce doute n’est pas paralysant. Il pousse à affiner l’écoute, à se relier au sens. C’est une attitude de discernement.

    Partie 4 – Source et autonomie : nourrir sans contrôler

    Une des grandes forces du modèle de la Source est qu’il respecte profondément l’autonomie des personnes. Il ne s’agit pas d’un pouvoir qui décide pour les autres, mais d’un rôle qui garantit la cohérence.

    La Source globale doit reconnaître que cette initiative fait bien partie du champ qu’elle tient. Cela ne veut pas dire “autoriser” dans un sens hiérarchique. Cela veut dire sentir si la dynamique de cette initiative s’inscrit dans la vision.

    Partie 5 – Argent, pouvoir et responsabilité de la Source

    Derrière les grandes idées, il y a toujours une tension : celle entre la vision et sa concrétisation dans la matière. Et à un moment ou un autre, cette tension passe… par l’argent. L’argent devient alors un révélateur brutal.

    Être Source, c’est aussi être responsable du flux qui fait vivre le projet. Ce rôle de Source implique donc une relation consciente à l’argent. Est-ce que j’ose être rémunéré à la hauteur de ce que je porte ? Est-ce que je fuis la responsabilité des flux financiers sous couvert d’humilité ?

    Partie 6 – Marque, récit et responsabilité symbolique de la Source

    À mesure qu’un projet se développe, une marque se forme. La Source est responsable de ce que le projet raconte au monde. On peut voir la Source comme l’auteur du récit qui se tisse dans le champ du projet.

    Ce récit n’est pas un storytelling stratégique. Il est l’expression vivante du champ créatif. Une Source confuse produira un projet à la marque floue. Mais une Source alignée fera émerger une marque authentique, cohérente, magnétique.

    Et toi, es-tu en lien avec ta Source ?

    Tu peux avoir une vision lumineuse… mais si tu n’es pas en lien avec ta Source, tout peut se diluer. Assumer la Source, c’est habiter pleinement la responsabilité créative.

    C’est pour accompagner cette exploration que j’anime régulièrement des retraites dédiées aux porteurs de Source. Une retraite pour te reconnecter à l’élan qui t’habite, clarifier ce qui t’appartient, et assumer ta juste place.

    [Découvrir la retraite Source]

    Si tu veux m’entendre sur la source, écoute ce podcast !

  • Accueillir le sentiment d’injustice : une invitation à la discussion

    Lecture : < 1 minute

    Dans son numéro de printemps 2025, la revue Ours consacre un dossier à un sujet qui questionne beaucoup d’organisations : la transparence salariale.
    À Grenoble, Sémawé est citée pour son approche concrète et progressive, fondée sur l’expérience du terrain et la coopération.

    Dans cet article, Aliocha Iordanoff partage notre manière d’aborder le sujet en interne : avec rigueur, dialogue et écoute des tensions.

    Pas de solution miracle, mais une volonté : que les écarts perçus comme injustes deviennent des occasions de discussion. Car, comme le dit Aliocha :

    « Le rôle de l’entreprise est d’accueillir ce sentiment d’injustice en créant des espaces de discussion. »

    L’article est accessible uniquement sur abonnement, directement sur le site de la revue Ours.

  • Manager conscient, manager vivant : BD du Grand Tour GERME dans laquelle Aliocha Iordanoff apparait

    Lecture : < 1 minute

    Dans cette bande dessinée publiée à l’occasion du Grand Tour organisé par GERME, on suit Alexandre, un jeune manager qui traverse une année de transformation professionnelle et personnelle. Conférences, ateliers, prises de conscience… il découvre un autre rapport à son rôle de manager, plus humain, plus vivant.
    Aliocha Iordanoff y apparaît dans le rôle de l’intervenant en animant un atelier sur nos croyances autour de l’argent, avec une pédagogie qui invite à l’introspection plutôt qu’aux réponses toutes faites. Une belle reconnaissance de son approche, et de ce que nous portons collectivement à Sémawé.

    La BD est accessible pour les adhérents, directement sur le site de Germe

    Je lis la BD

  • Ce que l’argent révèle de nous : confiance, justice, humanité

    Lecture : 10 minutes

    L’argent, ce miroir qu’on évite de regarder

    On aime penser que notre rapport à l’argent est rationnel. Que nos décisions salariales, nos discussions budgétaires, nos réflexes de dépense ou d’épargne répondent à des logiques solides, équilibrées.

    Pourtant, il suffit de gratter un peu pour voir apparaître autre chose : de la gêne, du silence, du jugement, parfois même de la honte ou du ressentiment.

    Dans beaucoup d’entreprises, parler d’argent reste un tabou. Là où, ailleurs, la transparence est devenue une norme assumée, source de fierté collective.

    Pourquoi ces écarts ? Pourquoi cette tension si universelle ?

    À travers mon expérience de fondateur de Sémawé, et d’accompagnant d’équipes sur ces questions délicates, j’ai vu combien l’argent n’est pas un sujet comme les autres. Il touche au plus intime. Il vient titiller nos blessures, nos croyances, nos réflexes de survie.

    Et parce qu’il est si chargé, il nous offre aussi — à condition d’oser le regarder — l’une des plus belles portes d’entrée vers la connaissance de soi et la libération collective.

    Cet article propose un regard décalé sur notre rapport à l’argent. Un regard qui ne cherche pas à nier la difficulté, mais à la traverser autrement. À réconcilier justice et subjectivité. À assumer, plutôt que masquer, ce que l’argent révèle de nous.

    1. Parler d’argent, c’est parler d’humain

    Il y a des entreprises où l’argent circule comme une information parmi d’autres. Les salaires sont affichés. Les augmentations discutées. Les primes débattues collectivement. Il y a des entreprises où l’argent est un secret lourd. Où les salaires se devinent, se murmurent, s’imaginent autour d’une machine à café.

    Ce contraste n’est pas anodin.

    Quand l’argent est tabou, il crée du vide. Et ce vide, notre cerveau s’empresse de le combler. Nous fabriquons des mythologies, des présupposés : “Il est mieux payé parce qu’il est proche du patron”, “Elle a dû négocier mieux que moi”, “Les primes sont distribuées à la tête du client…”. À défaut de savoir, nous brodons.

    Ce réflexe n’a rien de pathologique. Il est profondément humain. Face au flou, nous cherchons du sens. Face au silence, nous construisons des récits. L’argent devient alors moins un sujet en soi qu’un révélateur de nos besoins de clarté, de reconnaissance, de justice.

    Et c’est là que réside une clé : parler d’argent, ce n’est pas seulement parler de chiffres. C’est parler de ce que nous voulons être pour nous-mêmes et les uns pour les autres.

    2. La parabole des ouvriers de la onzième heure

    Il est des récits anciens qui traversent les siècles sans perdre leur pouvoir de nous interroger. La parabole des ouvriers de la onzième heure, racontée dans l’Évangile selon Matthieu, en fait partie.

    « Le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.

    Il convint avec les ouvriers d’un denier par jour, et il les envoya à sa vigne.

    Il sortit vers la troisième heure et en vit d’autres qui se tenaient, désœuvrés, sur la place.

    Il leur dit : “Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste.”

    Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure et la neuvième heure, et fit de même.

    Vers la onzième heure, étant sorti, il en trouva d’autres qui se tenaient là, et il leur dit : “Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ?”

    Ils lui répondirent : “C’est que personne ne nous a embauchés.”

    Il leur dit : “Allez, vous aussi, à ma vigne.”

    Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers.”1

    Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.2

    Les premiers vinrent ensuite, pensant recevoir davantage ; mais ils reçurent eux a3ussi chacun un denier.

    En le recevant, ils récriminèrent contre le maître de maison :

    “Ces derniers n’ont fait qu’une heure, et tu les as traités à l’égal de nous, qui avons supporté le poids du jour et la chaleur.”

    Mais lui, s’adressant à l’un d’eux, répondit : “Ami, je ne te fais pas de tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier ?

    Prends ce qui est à toi et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi.

    Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui m’appartient ? Ou ton œil est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”

    Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

    (Matthieu 20, 1-16, TOB)

    Cette parabole, d’une limpide simplicité, fait pourtant vaciller notre intuition de la justice. Nous croyons que ce qui est juste doit être proportionnel. Nous croyons que l’effort doit être récompensé à hauteur de son intensité, de sa durée, de son mérite.

    Mais ici, ce n’est pas la quantité de travail qui définit la rémunération. C’est l’accord conclu, la parole donnée, et la liberté souveraine du maître de rétribuer selon sa propre générosité.

    En creux, cette histoire nous interroge : à quoi obéit notre sentiment d’injustice ? À un calcul ? À une comparaison ? Ou à quelque chose de plus profond, d’invisible, qui touche à notre rapport à l’engagement, à la reconnaissance, à la dignité ?

    Elle nous rappelle que l’équité perçue n’est pas nécessairement l’équité réelle, et que ce décalage, loin de nous condamner à la frustration, peut devenir un chemin d’interrogation intérieure.

    3. Peut-on rendre la rémunération plus juste ?

    À la lumière de cette parabole, une question surgit, inévitable : est-il possible d’instituer un système salarial véritablement juste ?

    Depuis des décennies, les entreprises tentent d’objectiver la rémunération. Elles multiplient les critères, ajoutent des échelles d’ancienneté, d’expérience, de performance, d’heures travaillées, d’efforts fournis, de responsabilités assumées. Elles espèrent ainsi sécuriser une forme de justice, à la fois mesurable et acceptable.

    Mais dans l’expérience, la réalité est souvent plus nuancée. Chaque tentative d’objectivation apaise certaines tensions… tout en en faisant naître de nouvelles ailleurs.

    Lorsque l’on paie à l’heure travaillée, le sentiment d’injustice naît autour de la question de l’intensité de l’effort. Lorsque l’on paie à l’expérience, le sentiment d’injustice émerge autour de la valeur de la prise de risque, de l’innovation, du mérite actuel. Lorsque l’on récompense les résultats commerciaux, naissent des comparaisons sur la difficulté des missions confiées, le caractère essentiel de missions dites “support”, moins visibles.

    Chaque critère introduit une logique, mais aussi une part d’arbitraire. Et dans cette part d’arbitraire, chacun projette ses propres attentes, ses blessures, ses interprétations… et à la fin le verdict d’injustice.

    La complexification des grilles salariales n’éteint pas le sentiment d’injustice ; elle le déplace, le diffuse, parfois l’exacerbe. Un système trop complexe devient opaque, et l’opacité ravive les soupçons. Un système trop égalitaire ignore les réalités vécues, et l’égalité elle-même devient une source d’injustice ressentie. Égalité qui est intrinsèquement figée sur une vision précise du monde, par essence subjective : égalité de salaire horaire, égalité entre les individus, égalité à l’aune de quoi ?

    Le sentiment d’injustice ne naît pas de l’inégalité mesurable, mais de la dissonance perçue entre la valeur que je crois incarner et la reconnaissance que je reçois. Et cette dissonance est éminemment subjective. Ainsi, toute tentative d’établir un « système parfaitement juste » se heurte à cette vérité simple : la justice perçue est d’abord une affaire intime, enracinée dans l’histoire, les valeurs profondes, les aspirations et les blessures de chacun.

    À force de multiplier les critères, d’ajuster les équations et de raffiner les grilles, nous pourrions oublier l’essentiel : l’argent ne mesure pas uniquement une contribution, il révèle une relation. Et toute relation, même lorsqu’elle se veut juste, est traversée d’attentes, d’histoires anciennes, d’élans parfois invisibles.

    Reconnaître cette part irréductiblement humaine, c’est peut-être cesser de chercher à tout contrôler. C’est oser ouvrir un espace où l’on parle non seulement de chiffres, mais aussi de ce que l’on est, de ce que l’on espère, de ce que l’on se donne.

    4. L’expérience de Sémawé : assumer la subjectivité concernant l’argent

    Chez Sémawé, nous avons fait le choix de ne plus chercher un système de rémunération parfaitement objectif. Non par résignation, mais par fidélité à ce que j’observe en nous-mêmes, et autour de nous : la question de l’argent est inévitablement subjective. Chacun porte son propre rapport au mérite, au besoin, à la reconnaissance. Chacun, selon son histoire, ses blessures ou ses espérances, perçoit la justice salariale selon des filtres qui lui sont uniques.

    Plutôt que d’imposer une mécanique impersonnelle censée aplanir ces écarts — mais qui, en réalité, les déplace ou les étouffe — nous avons choisi d’accueillir cette diversité.

    Concrètement, cela prend la forme d’un processus interne où chaque collaborateur peut exprimer :

    • son positionnement relatif par rapport aux autres,
    • ses attentes en termes de valeur reconnue,
    • son rapport personnel à l’argent, sans obligation de justification rationnelle.

    Nous avons assumé qu’il n’existe aucune grille universelle capable de capturer toute la complexité d’une contribution humaine. Aucune équation ne peut contenir ce qui relève aussi de l’engagement, de la fidélité, du courage parfois silencieux.

    Cette approche a transformé nos discussions. Là où l’objectivation produisait souvent crispations ou méfiance, l’espace subjectif a permis des conversations plus vraies, plus intimes parfois. Il a permis à chacun de porter ses propres incohérences avec honnêteté, et de rencontrer celles des autres sans prétendre les résoudre à tout prix.

    Assumer la subjectivité, ce n’est pas abandonner toute exigence ou toute recherche d’équité. C’est reconnaître que la justice vivante passe par la parole, par l’écoute, par l’acceptation du différend, plutôt que par sa négation.

    Je témoigne plus précisément dans cet article sur la transparence sur les salaires.

    5. Quand il s’agit d’argent, se comparer est humain — et peut-être une chance

    Certaines visions du développement personnel, en lutte contre les dictats de l’égo, soutiennent qu’il faudrait abolir toute comparaison entre les personnes. Ne plus se mesurer, ne plus se jauger, ne plus se demander où l’on se situe par rapport aux autres.

    Cet idéal de non-comparaison est beau. Mais il ignore une réalité plus profonde : se comparer est une fonction naturelle de l’esprit humain. Au cœur même de notre cerveau, une minuscule structure appelée striatum s’active chaque fois que nous nous comparons. Elle déclenche une décharge de dopamine, ce neurotransmetteur du plaisir et de la motivation. Comme le besoin de manger, comme l’élan du désir, comme la soif de pouvoir ou le besoin de repos, la comparaison est une impulsion primitive, enracinée dans notre biologie.

    Se comparer permet d’évaluer, d’ajuster, de comprendre notre place au sein du groupe. C’est un outil social essentiel, une manière de capter où est la force, où est la menace, où sont les alliances possibles. Ce n’est pas un défaut moral, c’est une fonction vitale !

    Refuser cette réalité, c’est se condamner à lutter contre un moteur intérieur aussi puissant qu’inconscient. L’accepter, en revanche, ouvre une autre voie : celle d’une comparaison consciente, assumée, qui ne cherche pas à écraser l’autre ni à se réduire soi-même.

    Dans nos discussions sur l’argent, chez Sémawé comme ailleurs, il ne s’agit pas de prétendre que nous ne nous comparons pas. Il s’agit de regarder ce réflexe en face, de le reconnaître comme un mouvement naturel, et d’apprendre à l’habiter autrement. Comparer n’est pas nécessairement jalouser. Comparer peut être une manière de se situer, de s’inspirer, de se mettre en mouvement.

    La question n’est donc pas : comment cesser de se comparer ? mais plutôt : que faisons-nous de ce qui émerge en nous, lorsque la comparaison apparaît ?

    6. L’argent comme miroir intérieur

    L’argent ne parle pas tant de ce que nous avons, il parle de ce que nous croyons valoir. Et derrière cette croyance, il parle de nos blessures, de nos peurs, de nos fidélités invisibles.

    Lorsque l’argent entre en scène — qu’il s’agisse d’un salaire, d’une prime, d’un tarif ou d’une négociation — il convoque en nous tout un monde intérieur. Un monde souvent confus, où se croisent la peur de manquer, le désir de reconnaissance, le besoin de sécurité, la crainte de perdre sa place.

    Dans ce théâtre intime, l’argent agit comme un révélateur. Il nous montre nos attachements, nos attentes, nos jugements — parfois bien au-delà du seul sujet financier. Il éclaire ce qui en nous cherche à être vu, entendu, reconnu.

    Se confronter à son rapport à l’argent, ce n’est pas simplement chercher à mieux gérer ses finances. C’est oser descendre à la racine de certaines de nos constructions les plus profondes. Pourquoi ressentons-nous de la gêne à parler de ce que nous gagnons ? Pourquoi nous comparons-nous si spontanément aux autres ? Pourquoi certains montants nous semblent-ils « trop » ou « pas assez », indépendamment de toute logique objective ?

    Parce que l’argent, avant d’être une unité d’échange, est un langage émotionnel et symbolique. Il est un territoire où se croisent nos désirs d’appartenance et notre besoin d’autonomie, nos fidélités familiales et nos rêves d’émancipation.

    Et ce que nous projetons sur l’argent — rareté, injustice, liberté, pouvoir — ne dit peut-être pas tant quelque chose de l’argent lui-même… que de notre propre manière d’être au monde.

    Je vous en parle dans l’épisode de Podcast « Oser parler d’argent ».

    7. L’argent, fondement vivant de nos civilisations

    Avant l’invention de l’argent, les échanges humains étaient contraints par le troc. Un mode d’échange direct, limité par une exigence lourde : pour qu’une transaction soit possible, il fallait que les besoins de chacun coïncident au même moment.

    L’apparition de l’argent a bouleversé cette logique. En instaurant un intermédiaire symbolique, reconnu par tous les membres d’une société sans avoir de valeur intrinsèque, l’humanité a ouvert un nouvel espace : celui du commerce à grande échelle, celui de la spécialisation des talents, celui de la circulation fluide des biens et des services.

    Yuval Noah Harari, dans Sapiens, rappelle que l’argent est peut-être la plus universelle des croyances humaines. Un billet de cinquante euros n’a aucune valeur en soi. Il ne se mange pas, ne chauffe pas, ne protège de rien. Il vaut cinquante euros uniquement parce que nous croyons collectivement qu’il le vaut — et parce que nous avons confiance que d’autres y croient aussi.

    C’est la reconnaissance implicite que nous appartenons à un monde tissé de promesses invisibles, où la parole donnée — et crue — suffit à faire circuler la valeur.

    Le mot confiance vient du latin cum fidere, qui signifie « avoir foi avec ». À travers l’argent, ce n’est pas simplement un bien ou un service que nous échangeons. C’est une part de foi commune.

    Ainsi, l’argent, loin d’être un mal moderne, est à son origine un acte spirituel. Un pont jeté entre des volontés humaines diverses, un canal pour la rencontre et l’interdépendance.

    Se rappeler cela, c’est retrouver une vision belle et haute de l’argent : non pas comme une force corruptrice, mais comme un souffle de confiance partagée, une œuvre collective de reliance au sein de la complexité humaine.

    Conclusion — Vers une réconciliation intérieure

    Parler d’argent, ce n’est pas seulement parler de ressources ou de justice. C’est parler de confiance, de foi partagée, de notre capacité à créer ensemble un monde habitable.

    Sous les tensions, les jalousies, les crispations apparentes, l’argent révèle autre chose :

    • notre besoin d’être reconnus,
    • notre désir d’appartenir,
    • notre crainte d’être oubliés.

    Il nous montre nos blessures, mais aussi notre puissance de reliance. Il nous invite à sortir du fantasme d’un système parfaitement juste, pour entrer dans une attention plus fine, plus vivante, à ce qui nous lie les uns aux autres.

    Repenser notre rapport à l’argent, ce n’est pas abolir la comparaison, nier les écarts ou décréter l’égalité parfaite. C’est accepter d’habiter, avec lucidité et avec grâce, le champ mouvant de nos besoins, de nos espérances et de nos responsabilités. C’est reconnaître que la valeur ne se mesure pas seulement en heures ou en chiffres, mais aussi en courage, en présence, en fidélité silencieuse à ce qui nous dépasse.

    Et si l’argent, plutôt que d’être un sujet honteux ou douloureux, redevenait ce qu’il fut peut-être à son origine : un signe humble et puissant de notre capacité à faire confiance, à croire ensemble, à tisser dans l’invisible une œuvre commune ?

  • Alter Si : 3 ans d’Holacracy et un regard lucide sur sa transformation

    Lecture : 5 minutes

    « L’Holacratie nous a permis d’accélérer la prise de responsabilité et l’initiative, mais il nous reste des défis à relever »

    Chez ALTER SI, cela fait maintenant près de trois ans que l’Holacratie structure l’organisation. Un choix qui ne doit rien au hasard : dès la création de l’entreprise, Thomas Delacourt, fondateur, savait qu’il voulait un modèle de gouvernance partagée. Pourquoi ? Comment s’est passée la transition ? Et quels enseignements tirer de ces trois années de pratique ? Rencontre avec un dirigeant engagé, qui revient avec lucidité sur son expérience.

    Un modèle de gouvernance pensé dès la création

    Avant même de lancer ALTER SI, Thomas savait qu’il voulait une entreprise fonctionnant en SCOP (Société Coopérative et Participative). Mais une coopérative n’est pas nécessairement synonyme de gouvernance partagée. Il explique :

    “La SCOP pose un cadre à long terme : qui détient l’entreprise, comment sont répartis les bénéfices, comment est élu le dirigeant… Mais en dehors de cela, tout est possible. On peut très bien avoir une SCOP avec un modèle de management totalement pyramidal. On peut imaginer un gérant autocrate qui est réélu à chaque fois. Ce n’est pas ce que je voulais.”

    Lui cherchait un modèle qui permette un fonctionnement coopératif au quotidien, où chacun a une voix et une responsabilité claire. Pour Thomas, il ne s’agit pas seulement d’un choix organisationnel, mais d’un véritable engagement philosophique.

    “L’entreprise est l’un des lieux où se joue le pouvoir dans notre société. C’est un espace où l’on passe la majorité de nos journées, et pourtant, dans la plupart des cas, le modèle dominant ressemble à une oligarchie. Un petit nombre décide pour tous. Ce n’est pas un fonctionnement qui me convient.”

    Son attachement à la coopération ne date pas d’hier. Il utilise la métaphore du sport collectif, comme le football :

    “Dans une équipe, chacun a un rôle clé au service du collectif. L’arrière-droit ne peut pas décider de regarder la balle rouler sans réagir. Tout le monde est impliqué.”

    Pour lui, cette approche est une condition essentielle pour s’épanouir en tant qu’entrepreneur.

    “Si mon équipe m’avait dit : ‘Non, on veut une organisation hiérarchique, avec un dirigeant qui décide de tout’, je n’aurais pas accepté. Pour moi, ce n’est pas négociable dans mon projet entrepreneurial.”

    C’est en explorant les alternatives qu’il découvre l’Holacratie :

    “Je suis tombé dessus via le MOOC de l’Université du Nous sur la gouvernance partagée. Puis j’ai lu Reinventing Organizations de Frédéric Laloux et j’ai creusé le sujet. Ce qui m’a plu, c’est que l’Holacratie propose un cadre structuré, avec des outils concrets et actionnables. Contrairement à d’autres approches, c’est un système déjà pensé, clé en main, avec la possibilité d’être accompagné dans sa mise en œuvre.”

    La rencontre avec Sémawé confirme son choix.

    “Ce n’était pas forcément l’Holacratie ou rien, mais en discutant avec Sémawé, j’ai vu que cette méthode répondait précisément à notre besoin de clarté et de répartition explicite des responsabilités.”

    Les premiers pas : entre continuité et nouvelles habitudes

    Dès le début, l’implémentation de l’Holacratie n’a pas été un choc culturel trop brutal.

    “Nous avons démarré avec une formation de praticien, puis un séminaire de mise en place qui transposait notre organisation existante dans un cadre holacratique. On n’a pas tout bouleversé du jour au lendemain et surtout ça collait déjà plutôt bien avec notre fonctionnement.”

    Cela a permis une continuité rassurante, tout en introduisant des changements concrets. L’un des plus visibles ? L’adoption des réunions tactiques :

    “On s’est mis à structurer nos réunions différemment. La tactique est devenue un rituel. Aujourd’hui, chacun sait ce qu’il vient chercher et ce qu’il peut apporter.”

    Autre changement fondamental : la répartition explicite des rôles.

    “Avant, il y avait des choses qui étaient implicites. Des gens prenaient en charge certaines tâches, mais ce n’était pas formalisé. L’Holacratie a mis ça noir sur blanc : qui fait quoi, et avec quelle autorité. On a gagné en clarté.”


  • Transparence des salaires et engagement : entretien avec Aliocha Iordanoff

    Lecture : 5 minutes

    Chez Sémawé, la transparence des salaires est un sujet qui ne fait plus débat. Pourtant, sa mise en place a soulevé des questions, des résistances et a nécessité des ajustements. Aliocha Iordanoff, président et fondateur, nous partage son retour d’expérience sur cette démarche audacieuse inspirée par l’honnêteté radicale et les apprentissages qui en ont découlé.

    Sémawé a mis en place la transparence des salaires depuis plusieurs années. Comment est née cette décision ?

    Aliocha Iordanoff : « Comme beaucoup de PME, nous avions une approche classique : les salaires étaient négociés individuellement et restaient informellement confidentiels. En tant que dirigeant, j’étais seul à trancher ces décisions, en essayant de m’appuyer sur des critères que je trouvais pertinents… sans jamais être complètement satisfait de leur légitimité. Pourquoi untel mériterait-il plus qu’un autre ? L’ancienneté, la performance, la responsabilité… tous ces critères avaient leur validité, mais aussi leurs limites.

    Mais en devenant une coopérative en 2017, la question s’est posée naturellement : si nous partagions la gouvernance, pourquoi ne pas partager aussi cette responsabilité ? Au début, l’équipe était réticente. L’argent, dans l’entreprise comme ailleurs, reste un sujet tabou. Mais quelques mois plus tard, la transparence est devenue une évidence. Nous avons simplement rendu accessibles toutes les informations sur un drive partagé… et ça n’a rien changé. Les peurs de jalousie ou de conflit ne se sont pas matérialisées. C’est même devenu un non-sujet au sein de l’équipe. »

    Est-ce que cette transparence a transformé la perception des salaires dans l’entreprise ?

    A.I. : « Oui, et de manière très intéressante. L’accès aux informations a permis de dépasser les suppositions et les fantasmes. Avant la transparence, certaines personnes imaginaient des écarts de salaires bien plus importants qu’ils ne l’étaient réellement. On pense souvent que la transparence va générer plus de tensions, alors qu’en réalité, elle les apaise. Le simple fait de voir noir sur blanc la répartition salariale permet de réduire les doutes et d’éviter des frustrations fondées sur des perceptions erronées.

    On a aussi observé un phénomène récurrent : dans presque tous les cas, quand un collaborateur propose son propre salaire, il est inférieur à l’estimation que lui attribuent ses collègues. Loin du cliché des employés qui surestiment leur valeur, on se rend compte que c’est souvent l’inverse. Beaucoup sous-évaluent leur contribution, soit par manque de confiance, soit par peur du regard des autres. L’autodétermination redonne du pouvoir et de la reconnaissance aux équipes. »

    Avez-vous mis en place une grille de critères pour fixer les rémunérations ?

    A.I. : « Non, nous avons fait un autre choix. Les grilles de salaires donnent une illusion d’objectivité, mais en réalité, elles restent arbitraires. Chaque entreprise choisit ses critères – ancienneté, performance, polyvalence – mais aucun n’est universellement juste. Ce qui est perçu comme « juste » dépend largement de nos expériences personnelles et de notre rapport à l’argent.

    Nous avons préféré faire le pari d’un modèle hybride : chacun exprime les critères qui sont importants pour lui permettre de déterminer le juste niveau de rémunération pour lui et les autres, puis son souhait de rémunération, et les collègues donnent ensuite leur propre estimation du salaire qui leur semble cohérent pour cette personne. Nous faisons ensuite une moyenne des propositions. Cela permet d’inclure à la fois une part d’autodétermination et une validation collective. Ainsi, la rémunération n’est ni totalement individuelle, ni totalement imposée par un système rigide. »

    Rendez-vous sur cet autre article de notre blog pour découvrir « Le système de rémunération transparent et collectif de Sémawé ».

    Quels défis avez-vous rencontrés en appliquant cette approche ?

    A.I. : « Le principal défi, c’est le rapport personnel à l’argent. Ce n’est pas juste une question rationnelle : notre perception de l’argent est profondément ancrée dans notre histoire, notre éducation et nos croyances. Certains ont du mal à demander plus, par peur d’être perçus comme égoïstes ou injustes. D’autres sont gênés par l’idée même que leur travail puisse être jugé par leurs pairs.

    Ce sont des discussions complexes mais nécessaires, et notre modèle permet de les rendre plus sereines. Le fait d’impliquer tout le monde dans le processus évite que les décisions soient vécues comme arbitraires. Mais il faut aussi accepter que, malgré tous les efforts, il restera toujours une part de subjectivité et de ressenti personnel. L’important, c’est d’avoir des espaces pour en parler et ajuster le système collectivement quand cela s’avère nécessaire. »

    La transparence a-t-elle supprimé le sentiment d’injustice ?

    A.I. : « Pas totalement, et c’est normal. Au début, j’avais cette ambition naïve de faire disparaître toute frustration. Mais j’ai compris que l’injustice est une perception, pas un fait objectif. Ce que l’un considère comme un critère valable (ancienneté, responsabilité, contribution directe…), un autre peut le contester.

    Ce qui compte, c’est d’avoir un espace pour en parler et pour ajuster les règles collectivement quand c’est nécessaire. Aujourd’hui, nous avons une méthode qui fonctionne bien, mais elle n’empêche pas totalement les moments de tension. La différence, c’est que ces tensions peuvent s’exprimer ouvertement, sans générer de conflits latents et sans risquer que ces conflits prennent de l’ampleur sans être adressés. »

    D’autres entreprises vous sollicitent pour mettre en place la transparence des salaires. Quels conseils leur donnez-vous ?

    A.I. : « Ne sous-estimez pas l’impact émotionnel. Se parler d’argent dans une entreprise, c’est comme se parler de religion : ce sont des sujets intimes, chargés de croyances et de tabous. Il faut donc créer un cadre de dialogue respectueux du pluralisme des convictions et sécurisé.

    Je crois que c’est important de ne pas chercher de solution parfaite dès le départ. Chaque entreprise doit adapter son modèle selon sa culture, ses valeurs et son historique. Il n’y a pas de solution clé en main. La transparence des salaires est un chemin, pas un but en soi. Avant de donner un accès complet à l’équipe sur les salaires, prévoyez une préparation, comme un espace de partage sur le rapport à l’argent. »

    Pensez-vous que la transparence salariale deviendra la norme à l’avenir ?

    A.I. : « Je pense qu’on va dans cette direction, notamment avec les nouvelles régulations européennes qui imposeront de communiquer des fourchettes de rémunération à poste équivalent à partir de 2026. Mais l’enjeu principal restera le même : l’argent cristallise beaucoup d’émotions et d’injustices perçues. La transparence seule ne suffit pas, il faut aussi des processus qui permettent d’en discuter et d’ajuster les décisions collectivement. »

    Un dernier mot pour les dirigeants qui hésitent encore ?

    A.I. : « La transparence n’est pas une fin en soi, mais un outil au service d’une entreprise plus juste et plus sereine. Si vous hésitez, commencez petit, expérimentez, et surtout, impliquez vos équipes dans la réflexion. Vous pourriez être surpris des résultats. »

    💡 La transparence des salaires est un levier puissant pour renforcer l’engagement et la confiance au sein des équipes. Encore faut-il savoir l’aborder avec méthode et sensibilité. Chez Sémawé, cette expérience est aujourd’hui un pilier du fonctionnement interne… et une source d’inspiration pour d’autres organisations.

  • Ce que la recherche scientifique révèle sur l’Holacratie : Des entreprises plus agiles et innovantes

    Lecture : 5 minutes

    Quand j’ai commencé à utiliser l’Holacratie, je savais que je m’aventurais en territoire encore inexploré par la recherche académique. Mais aujourd’hui, une étape importante a été franchie : Marco Robledo, chercheur et auteur reconnu, vient de publier une analyse approfondie de l’Holacratie dans la prestigieuse revue scientifique International Journal of Organizational Analysis. Ce n’est plus seulement une expérimentation de terrain ou un outil pour les entreprises pionnières : c’est désormais un sujet légitime dans le champ de la recherche organisationnelle, avec des bases académiques solides.

    Marco Antonio Robledo

    Marco Antonio Robledo est professeur titulaire au Département d’économie des entreprises de l’Université des Îles Baléares (UIB) en Espagne. Il dirige également le programme de Master en administration des affaires (MBA) au sein de la même université.

    Parmi ses publications notables, on peut citer :

    • « 3D Management, an Integral Theory for Organisations in the Vanguard of Evolution » : Cet ouvrage présente une métathéorie intégrale du management, intégrant les connaissances organisationnelles dans un cadre explicite et non marginalisant.
    • « Building an Integral Metatheory of Management » : Un article publié dans l’European Management Journal, où il propose une métathéorie intégrale du management en classifiant et intégrant les théories existantes selon leurs paradigmes sous-jacents.

    Ces travaux reflètent son engagement à promouvoir des formes d’entreprise plus conscientes, humaines et responsables, en intégrant des théories novatrices telles que l’Holacratie et la Sociocratie 3.0.

    Un système révolutionnaire passé au crible de la science

    L’article scientifique qu’il publie, s’intitule « Holacracy: Redefining Organizational Ontology and Epistemology ». Il a été publié en 2024 dans l’International Journal of Organizational Analysis, une revue à comité de lecture. L’article se penche sur les fondements théoriques de l’Holacratie. C’est probablement l’une des premières analyses académiques approfondies de ce système de gouvernance. Et ce n’est pas anodin : l’Holacratie ne se contente pas de modifier la façon dont on prend des décisions en entreprise. Elle redéfinit complètement ce que signifie « être une organisation ».

    Voici les hypothèses majeures formulées dans l’article :

    1 – L’Holacratie réinvente les fondements des organisations.

    Ce système propose une nouvelle ontologie organisationnelle, basée sur des rôles et des cercles auto-organisés, et une épistémologie, centrée sur l’apprentissage continu et les boucles de rétroaction. L’article suggère que ce modèle pourrait offrir une alternative aux structures hiérarchiques traditionnelles, jugées inadéquates face à la complexité du monde actuel.

    2 – L’Holacratie favorise l’agilité et l’autonomie.

    L’auteur présuppose que les organisations pratiquant l’Holacratie sont plus adaptables aux changements rapides, grâce à une structure de gouvernance décentralisée et une prise de décision distribuée.

    3 – Les rôles, non les individus, sont au cœur du système.

    L’Holacratie distingue radicalement les personnes des rôles qu’elles occupent, permettant une approche fluide et dynamique du travail organisationnel.

    Quelles conclusions l’article propose-t-il ?

    Les conclusions sont prometteuses mais nuancées :

    • L’Holacratie est décrite comme un système permettant aux organisations de devenir plus agiles, plus efficaces, plus participatives et alignées sur leur raison d’être.
    • L’auteur qualifie L’Holacratie de « changement systémique complet » dans la façon dont les entreprises distribuent le pouvoir et structurent leurs activités.
    • Cependant, l’article avertit que son adoption nécessite une maturité organisationnelle élevée et une volonté de transformation culturelle. Des résistances peuvent apparaître, notamment face à la sensation de perte de pouvoir des cadres traditionnels et en particulier du management intermédiaire.

    Un extrait qui illustre cette transformation :

    « L’Holacratie prend certaines fonctions de conception organisationnelle traditionnellement réservées au PDG ou à l’équipe exécutive et les place dans des processus impliquant la participation de tous au sein de l’organisation. »

    (Robertson, 2015).

    L’auteur note également une complexité accrue due à la prolifération des rôles et soulignent que, pour réussir, il est essentiel d’accompagner cette transition avec soin. Cela implique de mettre en place des processus d’accompagnement clairs et progressifs. Les équipes doivent être formées aux nouvelles règles de gouvernance, et un suivi régulier est nécessaire pour adapter les pratiques au contexte unique de chaque organisation. L’accent doit également être mis sur la communication interne pour expliquer les changements et sur la gestion des résistances potentielles. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de mettre en œuvre des outils, mais de transformer les mentalités et les habitudes au sein des équipes.

    Ce qui rend cette publication unique

    Ce qui distingue cette publication, c’est sa portée académique et sa capacité à inscrire l’Holacratie dans une perspective théorique rigoureuse. Elle ne se contente pas de décrire les pratiques holacratiques : elle propose une analyse en profondeur de ses implications philosophiques, structurelles et organisationnelles. Voici pourquoi elle marque une avancée majeure :

    • Un des premiers cadres théoriques pour l’Holacratie : En traitant des concepts d’ontologie et d’épistémologie organisationnelle, cette publication ouvre la voie à une reconnaissance académique plus large et offre une base solide pour d’éventuelles recherches empiriques.
    • Une exploration des dynamiques de pouvoir : L’article met en lumière comment l’Holacratie redistribue l’autorité, en passant d’une logique de contrôle hiérarchique à une gouvernance distribuée et responsabilisante.
    • Un éclairage sur les défis organisationnels : Contrairement aux récits souvent enthousiastes mais simplistes, cette analyse reconnaît les limites et obstacles potentiels de l’Holacratie, comme la complexité accrue ou la nécessité d’un changement culturel profond.
    • Un lien avec les paradigmes émergents : La publication situe l’Holacratie dans le contexte plus large des « systèmes vivants », en lien avec des concepts comme l’auto-organisation et l’intelligence collective. Cela offre une perspective unique sur l’avenir des organisations dans un monde complexe.

    Un extrait illustre bien cette ambition théorique :

    « L’Holacratie, en adoptant une structure fractale et des mécanismes de gouvernance dynamiques, reflète une évolution organisationnelle alignée sur les principes de systèmes vivants. »

    (Robertson, 2007).

    En résumé, cette publication ne se contente pas d’observer : elle structure et formalise des idées fondamentales qui pourront inspirer tant les praticiens que les chercheurs dans leur compréhension et leur mise en œuvre de l’Holacratie.

    Et chez Sémawé, on fait quoi avec ça ?

    Chez Sémawé, nous avons choisi d’intégrer les principes de l’Holacratie pour accompagner les organisations dans leurs transformations. Nous voyons chaque jour comment ce modèle peut aider à libérer l’intelligence collective et clarifier les responsabilités, tout en favorisant une meilleure adaptation aux changements.

    Nous comprenons que l’adoption de l’Holacratie peut soulever des questions et des défis. C’est pourquoi nous avons développé une expertise pour guider les équipes et les dirigeants dans cette démarche, en prenant en compte leurs besoins spécifiques et leur contexte.

    Loin d’être une solution toute faite, l’Holacratie est un outil puissant pour ceux qui souhaitent repenser leurs modes de fonctionnement. Nous sommes là pour explorer ces possibilités avec vous.

    Envie de passer à l’étape suivante ?

    Nous croyons en des organisations capables de s’adapter rapidement tout en restant fidèles à leur raison d’être. Si l’Holacratie vous intrigue ou si vous souhaitez en savoir plus sur ce modèle, discutons ensemble pour imaginer les pistes adaptées à votre situation.

    Aliocha Iordanoff

  • Les systèmes de management de l’autonomie et les personnes neuroatypiques : une révolution à échelle humaine

    Lecture : 7 minutes

    Dans mon métier, je rencontre souvent des dirigeants et managers qui cherchent à mieux structurer leur organisation, à renforcer l’autonomie de leurs équipes ou encore à gérer des tensions relationnelles. Mais il y a un sujet qui reste rarement abordé de front : la diversité cognitive, et en particulier la neuroatypie.

    Et si les défis auxquels votre organisation fait face étaient en réalité des opportunités cachées ? Trop souvent, les talents les plus précieux passent inaperçus ou peinent à s’exprimer, enfermés dans des cadres de travail mal adaptés. C’est le cas des personnes neuroatypiques, mais pas seulement. Les modèles classiques de management — rigides, flous ou trop informels — montrent leurs limites face à la complexité croissante des organisations modernes.

    Le besoin d’autonomie, de clarté et de bien-être est désormais une attente partagée par toutes les générations au travail. Pourtant, beaucoup d’entreprises continuent de fonctionner avec des méthodes inadaptées, au détriment de leur efficacité et de leur capacité à innover.

    Il existe pourtant des solutions. Et elles ne profitent pas qu’à une minorité. En adoptant des systèmes inclusifs et structurés, comme l’Holacratie, il est possible de transformer radicalement son organisation. Non seulement pour inclure davantage, mais aussi pour mieux performer. Cet article explore pourquoi et comment.

    Les défis des modèles traditionnels face à la neurodiversité

    Dans mon expérience, la neurodiversité est un sujet rarement abordé ouvertement dans les organisations. Pourtant, elle est omniprésente. Les personnes neuroatypiques, qu’il s’agisse de troubles du spectre autistique, de TDA/H, de dyslexie ou d’autres profils cognitifs, représentent environ 10 % des collaborateurs. C’est énorme. Mais faute de cadre adapté, leurs talents restent souvent invisibles, étouffés par la nécessité de se sur-adapter.Image de Neurodiversity spectrum diagram

    Cette sur-adaptation, je l’ai vue de près : elle consomme une énergie considérable. Ces collaborateurs passent un temps démesuré à essayer de s’intégrer dans des environnements conçus pour une norme qu’ils ne partagent pas. Ils se heurtent à des codes implicites, à des interactions floues, ou encore à des attentes mal formulées. Cela génère du stress, de l’épuisement et parfois même un désengagement total.

    Et ce problème ne touche pas que les neuroatypiques. Les modèles classiques, avec leur rigidité ou leur manque de structure, finissent par peser sur tout le monde. Qui n’a jamais souffert d’une réunion interminable et mal cadrée, ou d’un rôle flou où personne ne sait exactement qui fait quoi ? Ces dysfonctionnements, fréquents, freinent la productivité et dégradent le climat de travail.

    Pourtant, il suffit parfois de quelques ajustements bien pensés pour transformer ces défis en opportunités. Et c’est précisément ce que permettent des systèmes de management inclusifs et structurés. Ils apportent de la clarté, du calme et un cadre propice à l’épanouissement de tous, neuroatypiques ou non. Toute l’énergie qui n’est pas dépensée en sur-adaptation peut être orientée vers beaucoup plus de création de valeur et de bien-être. Dans la suite de cet article, je vais vous montrer comment.

    Une solution : des systèmes inclusifs et performants

    Dans ma pratique, j’ai vu combien des systèmes comme l’Holacratie peuvent transformer une organisation. Contrairement à ce que certains imaginent, ces modèles ne sont pas réservés à une minorité ou à un type spécifique d’entreprise. Ils apportent une structure claire et adaptable, bénéfique à tous.

    L’Holacratie repose sur des principes simples mais puissants : une constitution pour donner des règles du jeu managérial, un organigramme fractal et réaliste qui décrit exactement qui est responsable de quoi, et des méthodes de décisions intégratives.

    Ces outils ne sont pas abstraits. Ils changent concrètement la manière de travailler. J’ai vu des équipes gagner en sérénité grâce à des réunions où tout le monde sait ce qui est attendu, des managers dégager du temps pour diriger efficacement, et des collaborateurs retrouver de l’autonomie et du plaisir à contribuer.

    Des exemples concrets de transformation

    J’aime m’appuyer sur des faits tangibles, et c’est précisément ce que l’Holacratie permet : des changements concrets, visibles, et ressentis par tous dans l’organisation.

    • Des réunions apaisées : Les réunions tactiques, avec leur processus bien défini, apportent une structure claire. Chez nous, les discussions chaotiques ou interminables ont laissé place à des échanges efficaces, où chacun sait ce qu’on attend de lui. Cette clarté est particulièrement précieuse pour les profils neuroatypiques, souvent perturbés par des interactions floues ou des interruptions intempestives.
    • Des rôles clarifiés : Au sein de notre équipe, chaque membre connaît ses responsabilités et celles des autres. Cette répartition explicite évite les doubles emplois ou les malentendus. Résultat : moins de frustrations, plus de fluidité, et une autonomie renforcée pour tous.
    • Une gestion apaisée des tensions : Plutôt que de laisser les problèmes s’accumuler ou de les traiter dans l’urgence, nous utilisons un cadre formel pour les aborder dès qu’ils surgissent. Cette approche favorise l’écoute et la résolution proactive, tout en désamorçant les conflits latents. C’est un soulagement, autant pour les neuroatypiques que pour le reste de l’équipe.

    Inclusion universelle : une opportunité, pas une contrainte

    Ce qui me frappe avec les systèmes inclusifs, comme l’Holacratie, c’est qu’ils ne se limitent pas à répondre aux besoins des minorités. Ils améliorent le quotidien de tout le monde. C’est un effet d’entraînement positif que j’ai observé à plusieurs reprises.

    Prenez l’exemple des rampes d’accès. À l’origine conçues pour les fauteuils roulants, elles profitent aussi aux parents avec poussettes ou aux livreurs chargés de colis. L’Holacratie fonctionne de la même manière : des outils qui permettent d’inclure la diversité cognitive permettent aussi à l’ensemble de l’équipe de mieux fonctionner.

    Inclure n’est pas une contrainte. C’est une manière de révéler les talents cachés, d’encourager l’innovation, et de bâtir des organisations résilientes.

    Premiers pas pour transformer votre organisation

    Je sais que se lancer dans une transformation organisationnelle peut sembler intimidant. Pourtant, il n’est pas nécessaire de tout révolutionner d’un coup.

    Voici quelques pistes concrètes pour amorcer cette transformation :

    1. Posez les bonnes questions : Quels aspects de votre organisation mériteraient d’être repensés pour s’adapter aux défis actuels ? Quels atouts souhaitez-vous préserver à tout prix ?
    2. Identifiez un leader du changement : Toute transformation a besoin d’un porteur de vision prêt à incarner ce projet.
    3. Testez des outils simples : Commencez par expérimenter un ou deux outils clés, comme des réunions structurées ou une formalisation des tensions.
    4. Participez à un atelier ou un séminaire : Rien ne vaut une expérience immersive pour poser les bases d’une transformation réussie.

    La pédagogie Montessori : une inspiration universelle

    Un parallèle éclairant peut être fait avec la pédagogie Montessori. À l’origine, cette méthode a été conçue pour accompagner des enfants en situation de handicap mental. Mais ses principes — favoriser l’autonomie, respecter les rythmes individuels, structurer un cadre clair — se sont avérés bénéfiques pour tous.

    L’Holacratie fonctionne de manière similaire. Ce qui a été pensé pour répondre à des besoins spécifiques des entreprises qui veulent développer le self-management, s’est révélé incroyablement efficace pour améliorer la dynamique globale des équipes.

    Une opportunité !

    En adoptant des systèmes inclusifs, vous créez plus qu’un environnement de travail fonctionnel : vous posez les bases d’une culture d’autonomie, de clarté et de confiance.

    Chaque pas vers un management plus clair et inclusif est un investissement dans la résilience et l’efficacité de votre organisation. Chez Sémawé, nous croyons fermement que des pratiques comme l’Holacratie sont non seulement des réponses aux défis de l’inclusion, mais aussi des catalyseurs de performance collective.

  • 10 excellentes raisons de ne pas utiliser l’Holacratie

    Lecture : 9 minutes

    Ah, l’Holacratie. Cette drôle d’idée où les équipes prennent des décisions autonomes, où les rôles sont clairs, et où, paraît-il, les organisations gagnent en agilité. Ça fait rêver certains… mais pas vous. Vous, vous avez vos raisons. Des raisons en béton, même.

    Et parce qu’il n’y a pas de honte à assumer qu’un modèle n’est pas fait pour tout le monde, voici 10 excellentes raisons de ne jamais utiliser l’Holacratie. Peut-être que vous vous y retrouverez. Peut-être que ça vous confortera. Ou peut-être que ça vous fera tiquer.

    Dans tous les cas, une chose est sûre : l’Holacratie, ce n’est pas pour vous. Enfin… c’est ce qu’on va voir.

    1. « J’adore tout décider moi-même ! »

    Il y a une satisfaction indéniable à tout orchestrer soi-même. Savoir que chaque décision – des plus petites aux plus stratégiques – reflète précisément votre vision. Après tout, c’est votre entreprise, votre projet, et qui mieux que vous pourrait en incarner l’essence ?

    Et c’est vrai : ce niveau d’implication peut être une source de fierté. Certains préfèrent ce modèle, où tout passe par eux. Cela leur permet de s’assurer que les choses sont faites comme ils le souhaitent, sans compromis.

    Laisser vos collaborateurs prendre des décisions autonomes reviendrait à leur confier un morceau de votre vision. Risqué. Parce que, soyons honnêtes : s’ils prennent de bonnes décisions sans vous, à quoi servez-vous encore ?

    Peut-être même que c’est exactement ce dont vous avez besoin en ce moment. Parce qu’après tout, chacun a son rythme, ses manières de diriger, et ce n’est pas forcément le moment pour vous de changer cela.

    2. « Les réunions, c’est fait pour parler… pas pour décider. »

    Les réunions, c’est le cœur battant de votre organisation. Un moment précieux où chacun peut partager ses idées, débattre, et surtout… repartir avec des sujets à reposer à la prochaine réunion. Vous le savez bien : la vraie valeur d’une réunion réside dans sa capacité à nourrir la réflexion collective, même si cela prend du temps. Beaucoup de temps.

    Mais en Holacratie, ce serait différent. On structurerait les échanges, on limiterait les digressions, et on s’attacherait à prendre des décisions concrètes. Ça peut sembler brutal, presque mécanique. Où est passée la richesse du débat ? Ce moment où les idées rebondissent dans tous les sens, où chacun peut se sentir entendu, même si rien n’avance vraiment ?

    Peut-être que ce n’est pas pour vous. Peut-être que vous appréciez, justement, ce temps pris ensemble, cette sensation que chaque voix a trouvé sa place, même si cela signifie qu’au bout de deux heures, rien n’est vraiment décidé.

    Et après tout, ce n’est pas une mauvaise chose, si c’est ce qui fonctionne pour vous et vos équipes.

    3. « Je suis le leader charismatique, ça suffit. »

    On vous regarde avec admiration. Vos collaborateurs savent que vous avez toujours la bonne réponse, le mot juste, la vision claire. Vous êtes l’âme de votre entreprise, son phare dans la tempête. Et c’est naturel : un leader joue un rôle crucial pour inspirer, fédérer, donner du sens.

    Mais peut-être qu’il y a autre chose derrière cette reconnaissance. Peut-être que, quelque part, vous pensez que c’est un gage de sécurité que tout dépende de votre charisme. Tant que votre leadership est central, les choses sont sous contrôle. Et cette admiration que vous recevez, elle valide votre place, elle renforce l’idée que vous êtes indispensable.

    L’Holacratie pourrait venir bousculer cette dynamique. Non pas en retirant votre rôle de guide – au contraire, ce rôle reste essentiel – mais en le redéfinissant. Avec des équipes plus autonomes, la reconnaissance ne vient plus uniquement de votre capacité à tout porter, mais de votre aptitude à créer un cadre où chacun peut briller.

    C’est une perspective intéressante… mais pas pour tout le monde. Si vous sentez que votre manière actuelle de diriger est aussi une manière de sécuriser l’organisation et vos relations avec vos collaborateurs, pourquoi changer ? Après tout, chacun avance à son rythme.

    4. « Changer, c’est risqué. »

    On le dit souvent : « On ne change pas une équipe qui gagne. » Et si ce n’est pas parfait, ce n’est pas dramatique non plus. Vous connaissez les forces et les faiblesses de votre organisation, et ce statu quo, aussi frustrant soit-il parfois, a le mérite d’être prévisible.

    Et puis, soyons honnêtes, pourquoi s’emballer pour des tendances managériales ? L’évolution, le changement… Ce ne sont peut-être que des modes, non ? Après tout, vous avez traversé les tempêtes en suivant une méthode éprouvée, et il n’y a aucune raison que demain ne ressemble pas à hier et aujourd’hui. La stabilité, voilà ce qui compte.

    Changer, c’est autre chose. Cela implique d’explorer l’inconnu, de remettre en question ce qui a été construit. Et qu’arrivera-t-il si ça ne marche pas ? Si vos collaborateurs ne suivent pas ? Ou pire : si ça marche, mais que cela demande plus d’efforts que prévu pour s’adapter ?

    Il y a une logique protectrice dans l’idée de ne pas changer. En restant dans un cadre que vous maîtrisez, vous protégez votre entreprise, vos équipes… et peut-être aussi vous-même. Après tout, on ne sait jamais quelles conséquences une transformation pourrait entraîner, surtout lorsqu’elle touche des aspects aussi fondamentaux que la gouvernance ou la prise de décision.

    Alors si, aujourd’hui, ce cadre actuel vous rassure et qu’il vous permet d’avancer, peut-être que c’est exactement ce qu’il vous faut. Parce qu’en fin de compte, chaque pas vers le changement demande un déclic, et ce déclic ne se force pas.

    5. « Je préfère être indispensable pour mes équipes »

    Il y a une certaine sécurité dans le fait d’être indispensable. Lorsque chaque décision, chaque étape importante passe par vous, vous savez où en est l’entreprise à tout moment. Vous êtes le centre, le point d’ancrage. Et quelque part, ce sentiment de contrôle rassure : sans vous, rien ne bouge vraiment.

    Et puis, cette dépendance des équipes, c’est aussi une forme de reconnaissance. Ils viennent chercher vos conseils, valider leurs idées, s’assurer qu’ils sont sur la bonne voie. Cela montre qu’ils vous font confiance, qu’ils savent que vous avez les réponses. Cette proximité nourrit un lien particulier entre vous et vos collaborateurs.

    Mais imaginez un instant que vos collaborateurs puissent avancer sans vous. Qu’ils aient les moyens de prendre des décisions et de résoudre les problèmes par eux-mêmes. Cette idée peut sembler étrange, voire déstabilisante : et si, en réalité, ils n’avaient pas autant besoin de vous que vous le pensez ?

    Le vrai défi n’est pas seulement de leur laisser cette autonomie, mais d’accepter que votre valeur ne repose pas uniquement sur votre capacité à décider pour eux. Peut-être que ce modèle actuel vous convient encore, mais êtes-vous sûr qu’il permet vraiment à votre entreprise de grandir à son plein potentiel ?

    6. « Les règles, c’est moi qui les fais (ou les enfreins). »

    Dans votre entreprise, les règles, c’est vous. Vous les créez en fonction des besoins du moment, vous les adaptez quand la situation l’exige. Et si elles deviennent un peu contraignantes… eh bien, vous avez la liberté de les contourner. Après tout, vous êtes le chef, n’est-ce pas ?

    Cette flexibilité vous donne une réactivité que peu de modèles peuvent offrir. Vous êtes l’exception qui confirme la règle, et cela fonctionne : les choses avancent, les décisions se prennent rapidement, et vos équipes savent qu’en cas de blocage, vous êtes là pour trancher.

    Mais en Holacratie, ce serait différent. Les règles sont claires, écrites, et s’appliquent à tous, y compris à vous. Pas de passe-droit, pas d’interprétation au gré des circonstances. Cette équité radicale peut sembler rigide, voire étouffante, d’après vous. Surtout si vous êtes habitué à ajuster les choses en fonction de votre instinct ou de vos priorités, et que vous croyez que pour garantir cela, il faut qu’aucune règle ne soit écrite.

    Peut-être que ce modèle n’est pas pour vous. Parce qu’aujourd’hui, vous êtes convaincu que les bons systèmes sont ceux dominés par un individu. Que la force d’une organisation repose sur celui ou celle qui la dirige, et non sur un cadre clair et partagé. Après tout, sans vous au sommet, comment les choses pourraient-elles fonctionner correctement ?

    Mais êtes-vous sûr que cette absence de règles solides est une preuve de souplesse, ou est-ce simplement une manière de rester au centre de tout ?

    7. « C’est trop d’efforts pour former mes équipes. »

    Former vos équipes ? Ça demande du temps, de l’énergie… et peut-être un peu de patience. Et soyons honnêtes, ce n’est pas comme si vous aviez ces ressources en trop. Vous êtes déjà pris dans mille responsabilités, alors pourquoi en rajouter ?

    Et puis, vos collaborateurs sont compétents, non ? Pourquoi chambouler leurs habitudes avec des concepts complexes ou des outils qu’ils ne maîtrisent pas encore ? Vous savez ce qu’on dit : « Si ce n’est pas cassé, pourquoi essayer de le réparer ? »

    Mais l’Holacratie demande un investissement. Apprendre à vos équipes à travailler autrement, à se saisir pleinement de leurs rôles, à prendre des décisions autonomes… tout ça prend du temps. Et cet effort, vous le voyez peut-être comme une montagne.

    Peut-être aussi que vous craignez qu’ils n’y arrivent pas. Que tout ce travail soit vain. Parce qu’au fond, vous pensez que certains sont faits pour suivre, pas pour décider. Et qu’un système plus structuré risquerait de les déstabiliser, de casser ce fragile équilibre qui permet à l’entreprise de tenir debout.

    Alors oui, c’est plus simple de laisser les choses comme elles sont. Plus sûr, aussi. Mais êtes-vous certain que c’est vraiment « plus simple » à long terme, ou est-ce juste une manière d’éviter de confronter vos équipes – et vous-même – à quelque chose de nouveau ?

    8. « Les conflits, c’est mon job (et mon adrénaline). »

    Les conflits, c’est là que vous brillez. Vous êtes le grand médiateur, celui qui apaise les tensions, tranche les débats et ramène l’ordre là où il n’y avait que chaos. Il y a même quelque chose d’énergisant là-dedans, une adrénaline qui vous pousse à donner le meilleur de vous-même.

    Mais imaginez un instant un système où les conflits trouvent leur propre résolution. Où les désaccords sont cadrés par des processus clairs, où chacun sait comment exprimer ses tensions et comment les adresser sans avoir besoin d’un arbitre suprême. En Holacratie, ce serait précisément ça.

    Et soyons francs : si vos équipes savaient résoudre leurs problèmes sans vous, que vous resterait-il ? Une organisation qui avance sans accroc, c’est bien. Mais une organisation où tout le monde est si autonome que votre rôle de pompier devient superflu… ça pourrait aussi être un peu ennuyeux, non ?

    Peut-être que ce modèle n’est pas fait pour vous. Parce qu’aujourd’hui, cette capacité à éteindre les incendies est votre fierté, votre marque de fabrique. Et qui voudrait se priver de l’occasion de briller dans les moments critiques ?

    Mais êtes-vous sûr que ce rythme de crise permanente est soutenable, ou est-ce simplement devenu une partie de votre identité au sein de l’entreprise ?

    9. « Mon entreprise est unique, ça ne peut pas marcher chez nous. »

    Bien sûr, votre entreprise, c’est une exception. Vous avez des défis que personne d’autre ne pourrait comprendre. Votre marché est particulier, votre équipe est différente, vos problèmes sont, disons-le, inimitables. Ce qui marche pour d’autres, c’est bien pour eux, mais vous… vous, c’est pas pareil.

    Et il faut reconnaître que cette logique est séduisante. Elle vous protège de l’idée que des solutions éprouvées ailleurs pourraient fonctionner chez vous. Parce qu’adopter un système comme l’Holacratie, ce serait presque admettre que votre entreprise n’est pas si spéciale, non ?

    Mais voilà le paradoxe : vous pouvez donner les mêmes outils à dix entreprises, et elles resteront dix cultures uniques. L’Holacratie ne fabrique pas des clones. C’est un cadre, pas une recette. Votre culture ne disparaît pas ; au contraire, elle trouve un terrain pour mieux s’exprimer.

    Mais peut-être que ce modèle n’est pas pour vous. Parce qu’aujourd’hui, vous êtes convaincu que la singularité de votre entreprise est incompatible avec tout ce qui ressemble à un cadre commun. Et si tout le monde se disait ça ? Peut-être que c’est précisément en pensant que « vous n’êtes pas comme les autres » que vous passez à côté de ce qui pourrait réellement vous aider à devenir ce que vous voulez être.

    10. « Et si l’Holacratie rendait mon entreprise incontrôlable ? »

    Adopter l’Holacratie, c’est accepter de lâcher une part de contrôle. Les décisions se prennent là où elles doivent être prises, les équipes deviennent plus autonomes, et les processus permettent à chacun de jouer son rôle pleinement. Mais ce qui ressemble à un rêve pour certains pourrait bien ressembler à un cauchemar pour vous.

    Car qui garantit que tout cela ne va pas tourner au chaos ? Que les décisions prises dans un coin de l’entreprise ne viendront pas perturber l’ensemble ? Vous avez toujours été celui ou celle qui veille à ce que les choses restent cohérentes, alignées. Si chacun commence à agir de son côté, comment s’assurer que l’ensemble garde un cap clair ?

    Peut-être que ce modèle n’est pas fait pour vous. Parce qu’aujourd’hui, l’idée même de ne pas tout superviser vous semble risquée. Mais êtes-vous sûr que cette peur du chaos est fondée ? Et si, au contraire, c’était précisément ce cadre structuré qui permettait à votre entreprise de devenir plus agile tout en restant alignée ?


    Alors, vous voilà arrivé au bout. Dix excellentes raisons de ne pas utiliser l’Holacratie. Peut-être que certaines ont résonné en vous. Peut-être même que toutes ont confirmé ce que vous pensiez déjà. Après tout, vous avez vos habitudes, votre manière de diriger, et ça fonctionne… plus ou moins.

    Mais une question reste en suspens : et si ces « excellentes raisons » n’étaient que des petites résistances déguisées ? Des réflexes bien humains face à la nouveauté, face au changement ?

    Parce qu’en réalité, l’Holacratie n’est pas là pour tout casser, mais pour révéler le potentiel de votre entreprise – sans effacer ce qui fait sa singularité, et sans vous mettre de côté. Vous pourriez être surpris de ce qui est possible quand on ose poser les bonnes bases.

    Alors, si vous êtes curieux, si quelque chose a fait écho, pourquoi ne pas en discuter ? Prenez rendez-vous avec nous chez Sémawé. Promis, on commence par écouter vos bonnes raisons.

    Aliocha Iordanoff

  • Mentir ou dire la vérité : ce que nos choix disent de nous

    Lecture : 19 minutes

    On ment tous. Oui, même vous. Un petit arrangement avec la réalité par-ci, une vérité oubliée par-là. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas toujours mal. Parce que le mensonge, c’est un peu comme un couteau : il peut couper, blesser, mais il peut aussi sculpter, protéger. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait.

    Mais pourquoi mentons-nous ? Est-ce pour protéger quelqu’un ? Pour éviter un conflit ? Ou juste parce que ça nous arrange ? Le plus fascinant, c’est que derrière chaque mensonge se cache une intention, un besoin. Et ces choix, qu’on le veuille ou non, en disent beaucoup sur nous.

    Dans cet article, je ne vais pas jouer au moralisateur. Pas de grandes leçons sur le bien et le mal. Je veux qu’on aille plus loin. Pourquoi le mensonge est-il si universel ? Peut-on vraiment détecter une tromperie ? Et surtout, comment réconcilier mensonge et vérité dans nos vies ? On parlera aussi d’honnêteté radicale, cette pratique audacieuse qui nous invite à dire ce qu’on pense, sans détour mais avec soin. Pas facile, hein ?

    Alors, préparez-vous. Ici, on ne cherche pas à juger, mais à comprendre. Parce qu’au fond, que ce soit dans nos vérités brutes ou nos illusions bienveillantes, je crois que nous humains, essayons vraiment de faire de notre mieux !

    1. Définir le mensonge : un acte complexe et contextuel

    1.1 Le mensonge selon Marwan Méry

    Le mensonge, c’est un art. Un art que l’on pratique tous, parfois sans même s’en rendre compte. Marwan Méry, dans son livre Vous mentez ! : Détecter le mensonge, démasquer les menteurs, nous rappelle que mentir, ce n’est pas juste dire quelque chose de faux. C’est bien plus subtil que ça. C’est agir sur la perception de l’autre pour l’amener à croire ce qu’on veut qu’il croit. C’est de l’intention pure. Pas de hasard, pas d’improvisation.

    Marwan Méry découpe le mensonge en trois formes principales :

    • L’altération : Vous tordez un peu la vérité, comme on ajuste une histoire pour la rendre plus crédible. « Je n’ai pris que 50 euros », alors que vous savez bien que c’était 100.
    • La suppression : Là, on joue franc jeu… sauf qu’on efface toute une partie de la vérité. « Non, je n’ai rien vu », quand en fait, vous avez tout vu.
    • L’omission : Le grand classique. Vous donnez une partie de l’information, juste assez pour orienter l’autre sans trop en dire. Une vérité tronquée, mais techniquement pas fausse.

    Et ce qui rend le mensonge si fascinant, c’est qu’il n’a pas de morale en soi. Ce n’est ni bon ni mauvais : tout dépend de pourquoi et comment on l’utilise. Mentir pour sauver la vie de quelqu’un, c’est autre chose que mentir pour obtenir une promotion.

    Le mensonge, c’est humain, profondément. Ce n’est pas une trahison systématique, c’est un mécanisme de survie, une manière de naviguer dans la complexité de nos vies et de nos relations. Et si vous pensez ne jamais mentir, désolé, mais vous venez peut-être de vous mentir à vous-même.

    1.2 Les motivations du mensonge

    Pourquoi on ment ? La vraie question serait presque : pourquoi on ne ment pas plus souvent ? Parce qu’en réalité, nos mensonges ont souvent une bonne raison d’exister. Marwan Méry, dans Vous mentez ! : Détecter le mensonge, démasquer les menteurs, explore ces motivations. Et spoiler : elles sont rarement gratuites.

    1. Pour protéger

    C’est le mensonge « bienveillant ». Celui qu’on utilise pour ne pas blesser, pour apaiser. Vous savez, comme quand vous dites à un ami que sa nouvelle coupe lui va bien alors qu’elle est… discutable. Pas de gain personnel ici, juste une envie de préserver l’autre.

    2. Pour éviter le conflit

    Vous mentez parce que la vérité complique les choses. « Je ne peux pas venir, j’ai un truc de prévu », alors que vous n’avez rien. Vous esquivez une confrontation, vous vous épargnez une situation inconfortable. C’est simple. C’est pratique.

    3. Pour briller

    Ah, le mensonge pour se valoriser. Exagérer un peu son CV, raconter des exploits qui n’ont jamais eu lieu, ou se donner des airs d’expert dans un dîner. Ici, on ment pour gonfler l’image qu’on projette aux autres.

    4. Pour gagner quelque chose

    Le mensonge utilitaire. Là, on est dans l’efficacité froide : mentir pour obtenir une promotion, pour éviter une sanction, pour s’assurer un avantage. C’est stratégique, mais risqué. Si ça passe, jackpot. Si ça casse, c’est la chute libre.

    5. Pour fuir une conséquence

    C’est le mensonge « j’ai pas le choix ». Comme l’enfant qui dit « on m’a volé ma trousse » pour éviter de se faire gronder. Ou l’adulte qui invente une excuse bidon pour justifier un retard. C’est basique, mais ça fonctionne… parfois.

    6. Pour le fun

    Oui, certains mentent juste pour le plaisir. Pas de raison logique, pas d’objectif clair. Juste une forme de jeu, voire de pathologie. Et ça, c’est un tout autre terrain.

    Chaque mensonge, au fond, raconte une histoire : celle d’un besoin, d’une peur ou d’une aspiration. On ment rarement « pour rien ». C’est toujours pour protéger quelque chose, que ce soit soi-même, un lien ou une opportunité. Alors, la prochaine fois que vous mentez, demandez-vous : Qu’est-ce que je cherche à préserver ?

    1.3 Idées reçues sur la détection du mensonge

    Soyons honnêtes : on aime tous penser qu’on peut détecter un mensonge. Un regard qui fuit, une hésitation dans la voix, et hop, le menteur est démasqué… Vraiment ? Eh bien, détrompez-vous. D’après Marwan Méry, nos compétences naturelles pour flairer une tromperie frôlent le niveau d’un pile ou face : 50 % de réussite, pas plus. Oui, ça pique un peu l’ego.

    Le mythe du « je le savais »

    Le vrai problème, c’est qu’on se croit bons. Trop bons. On surestime nos capacités et on fait confiance à des clichés. Vous savez, ce fameux « s’il croise les bras, il ment » ou « elle rougit, donc elle cache quelque chose ». En réalité, la plupart de ces signaux sont… bidons. Ce n’est pas parce que votre interlocuteur évite votre regard qu’il ment ; il est peut-être juste mal à l’aise (ou qu’il a mal dormi, qui sait).

    On appelle ça le biais de confiance et de surconfiance.

    Et les pros dans tout ça ?

    Vous pensez que les policiers, juges ou psy sont imbattables pour détecter les menteurs ? Raté. Selon Méry, même ces professionnels, exposés au mensonge au quotidien, atteignent à peine le niveau du hasard. La seule exception ? Les agents des services secrets, qui frôlent les 80 % de réussite. Mais bon, eux, c’est un autre niveau. Quant à nous, simples mortels, il va falloir faire mieux.

    Quand le contexte fait tout

    Parfois, certaines personnes développent une vraie aptitude à détecter la tromperie. Pas parce qu’elles sont nées avec un « super-pouvoir », mais parce que leur vie les a poussées à être hyper attentives. Les enfants issus de foyers instables, par exemple, apprennent à lire entre les lignes pour survivre. Et les aphasiques ? Privés de langage, ils compensent en devenant experts dans la lecture des micro-expressions.

    Peut-on s’améliorer ?

    Bonne nouvelle : détecter un mensonge, ça s’apprend. Entraîner son regard à capter les incohérences, croiser les indices verbaux et non verbaux, et surtout, calmer ses jugements hâtifs. Mais soyons clairs : il n’y aura jamais de méthode infaillible. Ce que Méry nous apprend, c’est que démasquer un mensonge, c’est avant tout rester humble et ouvert, plutôt que de se fier à des intuitions bancales.

    Alors, la prochaine fois que vous êtes sûr de tenir un menteur… prenez une grande respiration. Peut-être que le vrai mensonge, c’est ce que vous pensez savoir.

    2. Mensonge et honnêteté : une dualité polarisante

    2.1 Polarités en tension

    Mensonge ou vérité ? On adore se poser en chevaliers de la transparence, mais la réalité est bien plus subtile. Dire toute la vérité, tout le temps, ça vous semble tenable ? Moi non. Et mentir, c’est si facile que ça ? Pas vraiment non plus. Ces deux forces, mensonge et honnêteté, sont comme deux pôles d’un aimant : inséparables, complémentaires… et parfois franchement opposés.

    Les deux visions de l’éthique : Kant vs. Benjamin Constant

    Prenons un peu de hauteur. D’un côté, on a Kant, le philosophe un poil rigide ! Pour lui, le mensonge, c’est le mal absolu. Il faut dire la vérité quoi qu’il arrive. Même si un meurtrier vous demande où se cache votre meilleur ami, vous devez répondre honnêtement. Oui, vous avez bien lu : même dans ce cas-là. Pour Kant, mentir, c’est trahir la confiance qui lie les hommes entre eux. En gros, ça ruine tout.

    De l’autre, Benjamin Constant, qui nous dit : « Attendez deux secondes, soyons pragmatiques. » Si votre mensonge sauve une vie, alors il est justifié. Pas question de rester coincé dans un principe rigide quand les conséquences sont désastreuses. C’est ce qu’on appelle l’éthique des conséquences : ce n’est pas l’intention qui compte, mais l’effet réel de l’action.

    Et dans la vraie vie, on fait quoi ?

    Je ne sais pas pour vous, mais moi, je navigue souvent entre ces deux extrêmes. Parfois, il vaut mieux dire la vérité, même si ça pique. D’autres fois, un petit mensonge bien placé peut désamorcer une bombe. Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est humain. Alors, est-ce qu’on doit choisir un camp ? Pas si sûr. Peut-être qu’il faut apprendre à jongler avec ces polarités, sans se perdre dans des dogmes qui ne tiennent pas face à la complexité de la vie.

    2.2 La dynamique des polarités

    Et si mensonge et vérité n’étaient pas des ennemis jurés, mais des partenaires inséparables dans la danse de nos vies ? Après tout, l’un n’existe que par rapport à l’autre. Vous n’appréciez une vérité brute que si elle contraste avec le flou d’une illusion. Et parfois, un mensonge vous pousse à chercher une vérité plus profonde. Bref, c’est moins un duel qu’un duo. vous pouvez lire mon article sur le management des polarités ! 

    La vérité nue… ou habillée ?

    Dans la vie, on adore se dire qu’on est du côté de la « vérité ». Mais soyons sérieux : qui dit tout ? Imaginez un monde où chaque pensée, chaque opinion serait lâchée sans filtre. « Oui, tu m’énerves », « Non, ton idée est mauvaise », « Oui, cette tenue te grossit ». Avouez, ce serait invivable. On choisit donc souvent de dire la vérité « habillée », polie, ajustée pour ne pas heurter. Est-ce encore la vérité ? Ou déjà une forme de mensonge ? La frontière est fine.

    Le mensonge : poison ou remède ?

    À l’inverse, un mensonge peut être un remède temporaire. Imaginez une situation tendue avec un collègue. Vous pourriez balancer tout ce que vous pensez et vous offrir un soulagement immédiat. Mais à quel prix ? Le mensonge, ici, peut désamorcer, apaiser, gagner du temps. Ce n’est pas glorieux, mais c’est efficace.

    C’est là que tout devient intéressant : la vérité peut blesser, et le mensonge peut réparer. Et inversement. Tout dépend du contexte.

    Au-delà de l’opposition : un duo inséparable

    Mensonge et vérité ne sont pas des ennemis. Ce sont deux faces d’une même pièce, des outils qu’on utilise en fonction des circonstances. La clé, ce n’est pas d’en choisir un, mais de comprendre quand et comment les utiliser. Dire une vérité qui aide. Mentir pour protéger. Trouver cet équilibre, c’est l’enjeu.

    Alors, la prochaine fois que vous êtes face à ce choix, demandez-vous : Qu’est-ce qui sert le mieux ce moment, cette relation ? Une vérité qui libère ou un mensonge qui protège ? Peut-être qu’il ne s’agit pas de prendre parti, mais d’assumer votre rôle dans cette danse subtile entre ombre et lumière.

    2.3 L’éthique intégrale de Ken Wilber et la Spirale Dynamique

    Mentir ou dire la vérité, ce n’est jamais aussi simple qu’un choix entre blanc et noir. Nos décisions sont influencées par bien plus que l’instant présent : elles s’ancrent dans nos valeurs, nos croyances, et même notre niveau de conscience. Ken Wilber avec la théorie intégrale et la Spirale Dynamique offrent des outils précieux pour mieux comprendre cette complexité.

    Des niveaux de conscience, des manières de mentir

    On évolue tous à travers des stades de développement, et ces stades dictent souvent notre rapport au mensonge et à la vérité. Faisons le voyage des niveaux de valeurs profonde du modèle de la spirale dynamique :

    • Beige (survie) : Ici, tout est permis pour rester en vie. Mentir, cacher, manipuler, c’est une question de survie, pas de morale.
    • Violet (tribu) : Le mensonge devient un acte collectif. Vous cachez la vérité pour protéger le groupe, pour éviter de déranger l’équilibre sacré du clan.
    • Rouge (pouvoir) : On ment pour dominer, pour imposer sa volonté. C’est brut, c’est direct. Vous exagérez, vous manipulez, parce que vous voulez que les autres vous obéissent.
    • Bleu (ordre) : Là, la vérité est une valeur absolue. On suit les règles. Mentir devient acceptable uniquement si cela sert une cause supérieure ou un dogme.
    • Orange (succès) : L’efficacité avant tout. Vous mentez stratégiquement, si ça peut vous aider à décrocher un contrat ou atteindre vos objectifs. Le résultat justifie souvent les moyens.
    • Vert (communauté) : L’authenticité prime. On dit la vérité, mais toujours avec bienveillance, pour renforcer les liens. Les mensonges blancs ? Tolérés, tant qu’ils ne blessent personne.
    • Jaune (systémique) : À ce niveau, le mensonge et la vérité deviennent des outils. Vous les utilisez consciemment, en fonction du contexte, pour gérer la complexité d’un système.
    • Turquoise (holistique) : Ici, on dépasse la dualité. La question n’est plus « dois-je mentir ou dire la vérité ? » mais « quel acte est le plus aligné avec une vision plus vaste, pour le bien collectif ? »

    Les quatre quadrants : une grille pour comprendre nos choix

    Ken Wilber ajoute une autre couche à cette réflexion avec sa théorie des quadrants. Selon lui, chaque acte, y compris un mensonge ou une vérité, peut être analysé sous quatre angles :

    • Individuel intérieur (ce que je ressens, mes intentions) : Suis-je aligné avec mes valeurs en mentant ou en disant la vérité ?
    • Individuel extérieur (ce que je fais, ce que les autres voient) : Est-ce que mes mots ou mes actes reflètent ce que je veux vraiment transmettre ?
    • Collectif intérieur (la culture, les croyances partagées) : Mon choix respecte-t-il les valeurs et normes du groupe auquel j’appartiens ?
    • Collectif extérieur (les systèmes, les règles sociales) : Est-ce que mon mensonge ou ma vérité impacte positivement ou négativement la structure dans laquelle j’évolue ?

    Ces quadrants nous rappellent que mentir ou dire la vérité, ce n’est jamais un acte isolé. Chaque choix s’inscrit dans un réseau complexe d’intentions personnelles, d’interactions sociales, de croyances partagées et de systèmes organisés.

    Devenir acteur de vos choix

    Le vrai défi, c’est de devenir conscient de ces mécanismes. Si vous mentez, pourquoi ? Si vous dites la vérité, pour qui ? Ce n’est pas une question de bien ou de mal, mais d’alignement. Êtes-vous en phase avec vos valeurs ? Avec le contexte ? Avec la personne en face de vous ?

    Naviguer entre mensonge et vérité, c’est accepter que la vie est complexe. Ce n’est pas toujours propre, pas toujours parfait. Mais si vos choix sont éclairés par une conscience claire et une intention sincère, alors vous ne serez jamais perdu dans cette danse subtile entre ombre et lumière.

    3. Au-delà de la morale : une réflexion sur les valeurs profondes

    3.1 Repenser les notions de « bien » et « mal »

    « Mentir, c’est mal. Dire la vérité, c’est bien. » Combien de fois on nous l’a martelé ? Mais à force de simplifier, on en oublie que la vie est tout sauf simple. Et si on arrêtait de juger le mensonge et la vérité comme des camps ennemis, pour plutôt s’interroger sur ce qu’ils signifient vraiment ? Essayer de comprendre nos intentions et les conséquences de nos actes ?

    Un petit podcast de Charles Pépin qui pourra vous inspirer sur ce sujet !

    Quand le mensonge fait plus de bien que la vérité

    Prenons un exemple : vous avez un ami dans une situation fragile, et il vous demande votre avis sur son projet. Vous n’y croyez pas du tout. Dire la vérité brute, c’est le détruire. Mentir, c’est lui donner un espoir temporaire. Alors, que faites-vous ? La morale rigide dirait : « Toujours la vérité, rien que la vérité. » Mais la réalité, c’est que tout dépend. Mentir pour protéger quelqu’un, c’est toujours mal ? Dire une vérité qui blesse, c’est toujours bien ?

    La morale rigide, ça coince

    Kant, ce bon vieux philosophe, dirait que mentir est toujours mal. Même pour sauver une vie. Pour lui, mentir, c’est saper la confiance humaine. Pas de négociation possible. Mais qui vit comme ça ? Je crois que la vérité absolue est un idéal qui explose quand il rencontre la réalité. Dire à un enfant qu’il n’y a pas de monstres sous son lit, est-ce vraiment une faute morale ? Non. C’est une façon d’apaiser une peur irrationnelle.

    Et si on dépassait le bien et le mal ?

    Le mensonge, comme la vérité, n’est pas en soi bon ou mauvais. Tout dépend de l’intention et des conséquences. Vous mentez pour manipuler, pour gagner ? Là, on est sur un terrain glissant. Mais si vous mentez pour préserver quelqu’un ou éviter une souffrance inutile ? Là, c’est une autre histoire.

    Au lieu de poser un jugement moral, pourquoi ne pas adopter une posture éthique ? Posez-vous ces questions :

    • Pourquoi je mens ? Est-ce pour moi ou pour l’autre ?
    • Quel impact aura ce que je dis ?
    • Suis-je en alignement avec mes valeurs, ou en train de me trahir ?

    Ce qui compte, c’est la clarté

    Le vrai enjeu, ce n’est pas de choisir entre « mentir ou dire la vérité ». C’est d’être clair avec soi-même sur ses intentions. La prochaine fois que vous êtes face à un dilemme, ne cherchez pas à savoir si c’est « bien » ou « mal ». Demandez-vous : « Est-ce que je me respecte, et est-ce que je respecte l’autre, en disant ça ? »

    3.2 Les valeurs profondes comme boussole

    Mentir ou dire la vérité, c’est rarement un choix simple. Mais si on creuse un peu, nos décisions révèlent toujours quelque chose de plus profond : nos valeurs. Ces principes qui nous définissent, qui influencent nos comportements, souvent sans qu’on s’en rende compte. Alors, que dit votre dernier mensonge de vous ? Ou votre dernière vérité brutale ?

    Vos valeurs et l’honnêteté

    Notre rapport à l’honnêteté change en fonction de ce que nous valorisons dans nos vies. Chaque niveau de la Spirale Dynamique apporte une vision unique de ce que signifie « être honnête ». Voici comment l’honnêteté s’exprime (ou non) à chaque étape de cette évolution :

    • Beige (Survie) : Honnêteté ? Ce concept n’existe même pas. Ici, c’est la survie avant tout. Dire ou cacher, peu importe, tant que cela vous maintient en vie.
    • Violet (Tribu) : Être honnête, c’est être loyal envers le clan. Vous dites ce qui renforce les liens familiaux ou communautaires, quitte à omettre des vérités qui pourraient nuire à l’unité du groupe. L’honnêteté devient un acte collectif, pas individuel.
    • Rouge (Pouvoir) : L’honnêteté est un outil de domination. Vous êtes honnête si cela renforce votre position ou montre votre force. Mais si la vérité vous affaiblit, vous la tordez sans hésiter.
    • Bleu (Ordre) : Ici, l’honnêteté est un devoir moral. Dire la vérité est une vertu en soi, une règle absolue dictée par les lois, la religion ou un code éthique. Mentir est une faute grave, sauf si cela sert un idéal supérieur, comme défendre une cause juste.
    • Orange (Succès) : L’honnêteté est stratégique. Elle n’est pas une fin, mais un moyen. Vous êtes honnête si cela vous permet d’atteindre vos objectifs, de construire une réputation solide ou de gagner la confiance des autres. Sinon, vous adaptez la vérité pour maximiser vos chances de succès.
    • Vert (Communauté) : Être honnête, c’est être authentique. Mais l’honnêteté doit être douce, bienveillante, et jamais brutale. Vous dites la vérité pour renforcer les relations, mais vous acceptez les petits mensonges blancs si cela protège les émotions des autres.
    • Jaune (Systémique) : À ce stade, l’honnêteté devient contextuelle. Vous comprenez que la vérité n’est pas universelle, mais qu’elle dépend du cadre, des relations, et des systèmes en jeu. Être honnête, c’est trouver le juste équilibre entre dire et taire, pour servir une vision plus large.
    • Turquoise (Global) : Ici, l’honnêteté transcende les frontières personnelles et relationnelles. Elle devient un alignement total entre vos mots, vos intentions et une vision globale du bien commun. Mentir ou dire la vérité, peu importe, tant que vos actions restent alignées avec une harmonie universelle.

    Quand l’honnêteté devient une question de valeurs

    Ce qui compte, ce n’est pas tant de « dire la vérité » ou « de ne jamais mentir », mais de comprendre ce que signifie l’honnêteté pour vous. Votre niveau de conscience influence vos choix, mais ce qui les rend puissants, c’est la clarté de vos intentions et l’alignement avec vos valeurs.

    Alignement ou trahison ?

    Le problème, ce n’est pas de mentir ou de dire la vérité. Le problème, c’est de le faire sans réfléchir, sans se demander si ça correspond vraiment à ce qu’on veut. Chaque fois que vous mentez, vous devriez vous poser une question simple : Est-ce que je suis en train de respecter mes valeurs ou de me trahir ?

    Dire la vérité pour soulager votre conscience, mais au prix de blesser quelqu’un, est-ce vraiment aligné avec vos principes ? Mentir pour éviter un conflit, mais en sacrifiant votre intégrité, est-ce le genre de personne que vous voulez être ?

    Les valeurs comme guide

    La vraie clé, ce sont vos valeurs profondes. Si vous êtes clair sur ce qui compte vraiment pour vous – la bienveillance, l’authenticité, l’efficacité – alors chaque décision devient plus simple. Pas facile, mais claire. Et ça change tout.

    Alors, à la prochaine croisée des chemins entre mensonge et vérité, faites une pause. Ne vous demandez pas si c’est bien ou mal. Demandez-vous : Est-ce que ça reflète la personne que je veux être ?

    4. Entre illusions et vérités : explorer l’humanité derrière le mensonge

    4.1 Les bénéfices cachés du mensonge

    Et si le mensonge n’était pas toujours le vilain de l’histoire ? Soyons réalistes : mentir peut parfois avoir des effets positifs. Ça choque ? Pourtant, des exemples concrets nous montrent que les bénéfices du mensonge sont bien réels, même s’ils restent cachés.

    Fluidifier les relations sociales

    Le mensonge est souvent l’huile dans les rouages des interactions humaines. Les « mensonges blancs » jouent un rôle clé dans le maintien de la courtoisie et de la paix sociale :

    • Répondre « Ca va, merci » quand un collègue demande comment vous allez, alors que vous êtes épuisé.
    • Complimenter un plat pour ne pas blesser la personne qui l’a préparé avec amour.

    Ces petits mensonges ne sont pas des actes de trahison, mais des outils pour naviguer dans un monde où la vérité brute n’est pas toujours bienvenue.

    Protéger les émotions des autres

    Parfois, mentir est un acte de protection. Dire la vérité peut blesser, voire détruire, là où un mensonge bien intentionné peut préserver l’autre. Exemple classique : rassurer un enfant effrayé en lui affirmant qu’il n’y a pas de monstre sous son lit, même si vous savez que ses peurs ne sont pas rationnelles.

    Servir un objectif supérieur

    Certains mensonges, souvent plus lourds, ont des implications collectives. Les mensonges d’État, par exemple, peuvent être justifiés dans des contextes de négociation ou de crise. Une information partiellement vraie peut sauver des vies dans une prise d’otages ou empêcher une panique généralisée. Dans ces cas-là, le mensonge devient un outil stratégique.

    Quand le mensonge aide à évoluer

    Enfin, certains mensonges peuvent avoir un impact inattendu : nous pousser à grandir. Mentir sur ses compétences dans un contexte professionnel, par exemple, peut vous amener à relever des défis que vous n’auriez jamais osé affronter autrement. Attention toutefois à ne pas confondre ambition et tromperie.

    Le mensonge n’est pas toujours l’ennemi. Il peut être un allié, un amortisseur, voire un levier pour le bien collectif. Mais comme tout outil puissant, il doit être utilisé avec précaution et intention. La question à se poser n’est donc pas « Est-ce mal de mentir ? », mais plutôt : « Pourquoi je mens et à quoi cela sert-il ? »

    4.2 L’équilibre entre vérité et fiction

    La vie n’est pas un tribunal où chaque mot doit être pesé pour prouver une vérité absolue. Nous jouons des rôles, nous enjolivons, nous simplifions – parfois pour nous protéger, parfois pour mieux vivre ensemble. Mais où s’arrête la vérité, et où commence la fiction ? Et si ces deux notions n’étaient pas aussi opposées qu’on le croit ?

    Le théâtre de nos vies

    Raconter une histoire, c’est déjà jouer avec la vérité. Au quotidien, nous interprétons nos rôles selon les contextes : professionnel au bureau, complice avec nos amis, affectueux avec nos proches. Chaque rôle implique une mise en scène, une forme de « mentir vrai », comme le disait Aragon. Ce n’est pas de la tromperie, mais une façon de s’adapter à la complexité de nos relations.

    Dire à un collègue « Ça va super » alors que vous êtes épuisé n’est pas un mensonge au sens strict : c’est une manière d’affirmer que vous êtes en mesure de tenir votre rôle, même temporairement. C’est une fiction sociale, au service de la fluidité.

    Quand la fiction éclaire la vérité

    La littérature, le théâtre ou même un simple récit personnel sont autant d’exemples où l’on « ment » pour révéler une vérité plus profonde. Pensez à un roman d’amour ou à une pièce de théâtre : l’histoire est inventée, mais elle nous parle de réalités universelles, comme l’amour, la trahison, ou la condition humaine. Ce type de mensonge – ou de fiction – ne cache pas la vérité, il la met en lumière.

    Dans nos vies, c’est pareil. Une anecdote enjolivée peut mieux transmettre une émotion qu’un récit brut et plat. Parfois, une vérité rigide empêche de faire passer le message. Alors, on arrange un peu, non pour tromper, mais pour mieux transmettre.

    L’art de doser entre vérité et fiction

    La clé, c’est l’intention. Êtes-vous en train de mentir pour manipuler, ou d’ajuster la réalité pour mieux connecter avec l’autre ? Cette distinction est cruciale. Un mensonge qui inspire, qui rassure ou qui fait avancer n’a pas la même portée qu’un mensonge qui cache une faute ou détruit une relation.

    Alors, dans ce théâtre qu’est la vie, laissons une place à la fiction. Pas pour trahir, mais pour enrichir. Car parfois, c’est dans les histoires que nous racontons – à nous-mêmes comme aux autres – que se trouve la vérité la plus profonde.

    5. Vers une éthique relationnelle intégrative

    Fini les « dire toute la vérité » contre « mentir est mal ». Ce duel manichéen est dépassé. La vérité et le mensonge ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes : ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. Et si on lâchait cette obsession de la morale pour bâtir une éthique plus fluide, plus relationnelle, où chaque décision s’aligne sur nos intentions, nos valeurs et le contexte ?

    Mensonge et vérité : des outils, pas des dogmes

    Dans une relation, chaque mot que vous prononcez est un choix. Et ce choix n’est pas toujours simple. Dire la vérité, même brute, peut créer une brèche ou une blessure. Mentir, même légèrement, peut préserver un équilibre ou tout détruire s’il est découvert. Plutôt que de se demander ce qui est « bien » ou « mal », posez-vous les bonnes questions :

    • Est-ce que je respecte l’autre en disant ça ?
    • Est-ce que je respecte mes valeurs ?
    • Quelle est la conséquence de ce que je choisis de dire (ou de taire) ?

    Une éthique relationnelle ne repose pas sur des règles rigides, mais sur une capacité à naviguer avec conscience dans les zones grises de la communication.

    L’honnêteté radicale : un pilier, pas une rigidité

    C’est ici que l’honnêteté radicale prend tout son sens. Cette pratique, qui consiste à dire sa vérité de manière directe mais bienveillante, n’est pas un dogme figé. Elle ne signifie pas tout balancer sans filtre ou blesser sous prétexte d’être sincère. Loin de là. Elle s’inscrit dans une éthique relationnelle où l’on choisit ses mots avec soin pour construire, pas pour détruire.

    Si vous pratiquez l’honnêteté radicale, vous savez que le cœur de cette approche, c’est la clarté. Elle n’est pas incompatible avec une certaine adaptation. Dire la vérité n’exclut pas d’ajuster le timing, la manière ou les mots pour respecter l’autre et le contexte.

    L’honnêteté fluide et radicale : deux alliées

    L’honnêteté fluide, que j’évoquais plus haut, n’est pas une trahison de l’honnêteté radicale. Elle en est une déclinaison dans des contextes plus complexes. Il ne s’agit pas de masquer, mais de choisir comment et quand dire sa vérité :

    • Parfois, l’honnêteté radicale exige de poser des mots clairs immédiatement, pour éviter toute ambiguïté.
    • D’autres fois, l’honnêteté fluide invite à temporiser ou à adapter son discours pour préserver une relation fragile ou un équilibre collectif.

    Ces deux approches ne s’opposent pas : elles se complètent. Elles permettent de conjuguer transparence et respect, sincérité et bienveillance.

    Faire des choix alignés

    La vraie question, quand vous hésitez entre mensonge et vérité, n’est pas « dois-je mentir ou non ? » mais « comment puis-je être honnête tout en respectant l’autre et moi-même ? ». Que ce soit à travers l’honnêteté radicale ou fluide, ce qui importe, c’est de rester aligné avec vos valeurs et vos intentions.

    Conclusion : le mensonge, une affaire humaine

    Je vais être direct : on ment tous. Et si vous pensez le contraire, eh bien… c’est peut-être déjà un mensonge. Mais est-ce vraiment si grave ? Pas forcément. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si vous mentez, mais pourquoi vous le faites et, surtout, ce que cela dit de vous.

    Le mensonge, ce n’est pas juste « le mal », et la vérité, ce n’est pas toujours « le bien ». C’est plus subtil que ça. Dans nos vies, ces deux forces jouent un rôle, comme des partenaires de danse un peu maladroits parfois, mais indispensables. On ment pour protéger, on dit la vérité pour blesser. On ment pour soi, on dit la vérité pour l’autre. Tout cela est profondément humain.

    Moi, je crois que ce qui compte, ce n’est pas d’opposer mensonge et vérité, mais d’apprendre à les manier avec conscience. Vous pouvez choisir la vérité brute, celle qui tranche, ou le mensonge bienveillant, celui qui soigne. Ce choix n’appartient qu’à vous, mais faites le pour les bonnes raisons plutôt que guidé par la peur. C’ets un chemin pour tenter de rester aligné avec vos valeurs.

    Et puis il y a l’honnêteté radicale. Un concept que j’aime défendre, parce qu’il bouscule nos habitudes. Elle nous pousse à être clairs, même quand c’est inconfortable. Mais attention : honnêteté radicale ne veut pas dire brutalité. C’est un art. Celui de dire les choses vraies, sans briser l’autre, sans vous trahir non plus.

    Alors, à la prochaine intersection entre mensonge et vérité, faites une pause. Posez-vous cette question : Qu’est-ce que je veux vraiment construire ici ? Parce qu’au final, mentir ou dire la vérité, ce n’est pas une simple décision. C’est un acte qui vous engage, vous révèle, et qui, dans un sens, vous rend profondément humain.

    ========================

    Les mensonges blancs

    Un mensonge blanc est une petite déformation de la vérité, souvent perçue comme inoffensive, qui vise à éviter de blesser quelqu’un, à préserver l’harmonie sociale ou à simplifier une situation. Contrairement aux mensonges plus graves ou manipulatoires, le mensonge blanc est généralement motivé par des intentions bienveillantes.

    Exemples de mensonges blancs :

    • Dire à un ami : « Ta présentation était super ! » alors que vous pensez qu’il pourrait améliorer certains points, mais vous ne voulez pas le décourager.
    • Répondre « Ça va très bien, merci » à un collègue, même si vous avez eu une mauvaise journée, pour éviter une discussion inconfortable.
    • Complimenter une tenue ou un plat : « J’adore cette robe sur toi »« Ce dîner était délicieux » alors que vous n’êtes pas convaincu.

    Pourquoi on les utilise :

    • Préserver les émotions : On veut éviter de blesser ou de déstabiliser une personne.
    • Faciliter les interactions : Parfois, une vérité brute pourrait compliquer inutilement une situation.
    • Maintenir la paix sociale : Les mensonges blancs contribuent souvent à la politesse et aux codes de courtoisie.

    Les débats autour du mensonge blanc :

    • Les pour : Ils sont considérés comme une forme de tact ou de bienveillance, et peuvent renforcer les relations en évitant des conflits inutiles.
    • Les contre : Même un petit mensonge peut miner la confiance, surtout s’il est découvert. Certains estiment aussi que cela revient à sous-estimer la capacité de l’autre à accepter une vérité.

    Bref, les mensonges blancs, bien qu’inoffensifs en apparence, soulèvent des questions sur notre rapport à la vérité et à la sincérité dans les relations. 😊

    Aliocha Iordanoff

  • L’honnêteté radicale : 5 idées reçues

    Lecture : 3 minutes

    L’Honnêteté Radicale : briser les mythes pour retrouver la liberté

    L’Honnêteté Radicale. Si ce terme te semble provocateur ou inconfortable, c’est normal. On confond souvent honnêteté avec franchise brutale ou absence totale de filtre, mais l’honnêteté radicale est tout autre chose : elle parle de liberté.

    Sur les réseaux sociaux, toutes sortes de vidéos et articles célèbrent des gens qui « disent leur vérité », et ils ont selon moi des comportements qui n’ont rien à voir avec l’honnêteté radicale mais cherchent plutôt à attirer l’attention ou à se justifier (pour échapper à la culpabilité ?).

    L’honnêteté radicale, comme je l’ai comprise en lisant le livre de Brad Blanton, c’est tout autre chose. C’est une quête de liberté.

    • Liberté face au brouhaha incessant dans notre esprit.
    • Liberté face aux masques sociaux que nous portons.
    • Liberté face aux murs invisibles qui nous séparent des autres.

    Voici cinq grands mythes autour de l’honnêteté radicale, et voyons pourquoi les déconstruire pourrait bien transformer ta vie.

    Mythe #1 : l’honnêteté radicale = tout dire, tout le temps

    Non, ce n’est pas une injonction à devenir un livre ouvert. Qui aurait envie de partager chaque pensée fugace ou chaque émotion passagère ? Ce serait épuisant, pour toi comme pour les autres.

    Ce que c’est vraiment : l’honnêteté radicale consiste à identifier les moments où une vérité enfouie pourrait te libérer d’une tension ou d’un malaise. C’est agir en conscience, pas sous la contrainte d’une règle.

    Mythe #2 : Être Radicalement Honnête, c’est être factuel à 100 %

    Bien sûr, la vérité factuelle a son importance. Mais l’honnêteté radicale va plus loin : elle invite à exprimer ce qui se passe en toi – tes sentiments, tes impulsions, tes vérités brutes.

    La nuance ? L’idée n’est pas de jeter les faits comme des projectiles, mais de partager ce qui te traverse avec vulnérabilité. C’est un pont vers les autres, pas un bouclier.

    Mythe #3 : l’honnêteté radicale, c’est balancer tout ce qu’on pense

    On voit souvent des gens « dire ce qu’ils pensent » en ligne, sous couvert de liberté d’expression. Mais soyons clairs : ce n’est pas ça, l’honnêteté radicale.

    La vérité : ce genre de comportement est souvent un moyen de maintenir le contrôle, d’attirer l’attention ou d’affirmer son pouvoir. Être radicalement honnête, c’est tout lâcher, y compris cette envie de contrôle, pour se reconnecter au moment présent.

    Mythe #4 : l’honnêteté radicale est une technique pour manipuler

    Utiliser la vérité de façon stratégique pour obtenir ce que vous voulez en la distillant à des moments choisis ? Ce n’est pas de l’honnêteté, encore moins radicale.

    Si vous partagez vos sentiments ou faites des compliments avec une arrière-pensée – qu’il s’agisse de culpabilité, de flatterie ou de manipulation – vous ne pratiquez pas l’honnêteté.

    L’objectif : L’honnêteté radicale exige que vous partagiez ouvertement en accueillant la réaction de l’autre quelle qu’elle soit. Il s’agit de créer des liens, et non de contrôler les résultats.

    Mythe #5 : dire la vérité fait toujours mal

    Oui, être honnête peut piquer. Mais mentir blesse bien plus profondément à long terme. Les mensonges empoisonnent les relations, érodent la confiance, et nous enferment dans des jeux de rôle épuisants.

    La leçon : dire la vérité, avec soin et empathie, permet d’apaiser les tensions, de surmonter les malentendus et de grandir ensemble.

    Pourquoi cela compte

    Le chemin vers l’Honnêteté Radicale n’est pas une ligne droite. Cela demande du courage, de la vulnérabilité, et une volonté de sortir de nos zones de confort. Mais c’est aussi un chemin vers une vie plus riche, plus connectée, et finalement plus vraie.

    Un conseil rapide : lorsque vous êtes sur le point de vous retenir de dire la vérité ou de mentir, faites une pause et posez-vous la question suivante : qui est-ce que je protège vraiment en faisant cela ?

    Le plus souvent, la réponse est vous-même. Vous essayez d’éviter l’inconfort, de garder le contrôle ou de maintenir la paix. Reconnaître cela et en prendre conscience est un premier pas important pour faire un choix différent.

    Alors, es-tu prêt à essayer ? Si cet article t’a interpellé, prends un moment pour réfléchir : quelle vérité, si tu la partageais aujourd’hui, te libérerait ?

    Et si tu as envie d’en apprendre plus sur l’Honnêteté Radicale, voici un dossier complet sur le sujet : Libère-toi des non-dits : le pouvoir transformateur de l’honnêteté radicale

  • L’honnêteté radicale pour sortir des non-dits

    Lecture : 20 minutes

    L’honnêteté radicale : une révolution intérieure

    Stage pour explorer l’honnêteté radicale

    L’honnêteté radicale est une pratique qui intrigue et qui souvent suscite des malentendus. On l’associe parfois à une franchise absolue, où chacun dirait tout ce qui lui passe par la tête sans considération pour les autres. Ce n’est pas le cas. L’honnêteté radicale, telle que développée par Brad Blanton, repose sur une exploration plus profonde de la vérité – pas seulement ce que l’on pense, mais ce que l’on ressent et comment cela influence nos vies.

    Dans cet article, nous allons explorer ce que signifie vraiment être honnête de manière radicale, les confusions courantes autour du concept et pourquoi il est souvent mal compris. Nous verrons également comment cette pratique s’inscrit dans une démarche à la fois personnelle et relationnelle, un chemin vers une plus grande authenticité. En nous appuyant sur des exemples concrets, tirés du livre de Blanton et d’autres cas pratiques, nous découvrirons comment elle peut transformer nos interactions et notre rapport à nous-mêmes.

    Loin d’être une simple technique de communication, l’honnêteté radicale propose une philosophie de vie qui invite à un regard honnête sur soi avant tout. C’est cette démarche que je vous propose de découvrir, en posant les bases d’une compréhension juste et nuancée du sujet.

    1. Les fondements de l’honnêteté radicale

    Dire la vérité : une pratique centrale

    À la base de l’honnêteté radicale se trouve un principe simple mais exigeant : dire la vérité. Cela ne signifie pas seulement s’abstenir de mentir, mais également dévoiler les pensées et émotions qui se cachent derrière nos paroles ou nos silences. Selon Brad Blanton, le mensonge n’est pas seulement une question morale, mais une source majeure de stress et de souffrance.

    Blanton illustre ce principe avec l’exemple d’un de ses patients, un homme d’affaires constamment anxieux, qui avait construit une grande partie de sa vie sur des omissions et des demi-vérités. Il mentait à ses collègues pour éviter les conflits, embellissait ses histoires pour maintenir une image de réussite, et taisait ses frustrations pour éviter de décevoir. Ce mode de vie l’avait conduit à une anxiété chronique et à une sensation de vide intérieur. Lorsque ce patient a commencé à pratiquer l’honnêteté radicale, il a d’abord dû affronter les conséquences inconfortables de ses révélations : des confrontations avec ses proches et des remises en question au travail. Mais il a rapidement découvert un soulagement inattendu. En disant la vérité, il a non seulement réduit son stress, mais il a également renforcé ses relations, qui sont devenues plus profondes et authentiques.

    L’honnêteté radicale va au-delà de la simple obligation de vérité. Elle implique de partager ce que l’on ressent sur le moment, sans cacher ou manipuler les faits. Cela demande un courage émotionnel, car il faut être prêt à affronter les réactions de l’autre et, parfois, les conséquences inconfortables de notre propre sincérité.

    Cependant, Blanton insiste sur un point crucial : dire la vérité ne signifie pas imposer brutalement ses pensées ou ses émotions. Il s’agit de communiquer avec authenticité tout en respectant le cadre relationnel et émotionnel dans lequel nous évoluons. La vérité, dans ce contexte, est un outil de connexion, pas une arme de confrontation.

    Ainsi, dire la vérité est une pratique centrale de l’honnêteté radicale, mais elle doit être accompagnée de discernement et de respect pour les personnes à qui nous nous adressons. C’est un premier pas vers une vie libérée des mensonges, où le stress de maintenir des apparences disparaît progressivement, laissant place à une existence plus alignée avec qui nous sommes réellement.

    Un mouvement vers soi avant d’être vers les autres

    L’honnêteté radicale commence par un voyage intérieur. Avant de pouvoir être honnête avec les autres, il faut d’abord l’être avec soi-même. Cela implique de se confronter à ses propres illusions, à ses dénis et à ses peurs. Brad Blanton insiste sur ce point : nous passons souvent une grande partie de notre vie à nous mentir à nous-mêmes, pour éviter de faire face à des vérités inconfortables.

    Prenons l’exemple d’une femme que Blanton a accompagnée en thérapie. Elle s’accrochait depuis des années à une carrière qu’elle détestait, persuadée que c’était la seule voie pour obtenir la reconnaissance de sa famille. En explorant ses émotions et ses pensées avec honnêteté, elle a réalisé qu’elle nourrissait un profond ressentiment à l’égard de cette situation. Cette prise de conscience l’a amenée à remettre en question ses choix, et, petit à petit, à se libérer des attentes qu’elle pensait devoir satisfaire.

    Ce travail intérieur est souvent inconfortable. Il exige de faire face à des blessures anciennes, à des regrets ou à des peurs que nous préférons éviter. Mais c’est un passage nécessaire pour atteindre une véritable authenticité. En reconnaissant nos propres vérités, nous pouvons alors entrer en relation avec les autres d’une manière plus sincère et plus alignée.

    Blanton compare ce processus à l’acte de retirer des couches d’un oignon : chaque couche représente un mensonge ou une illusion que nous nous sommes racontés. En les enlevant une par une, nous découvrons finalement ce qui est authentique en nous.

    Ainsi, l’honnêteté radicale n’est pas seulement une pratique relationnelle. C’est avant tout une démarche personnelle, un mouvement vers soi qui permet de retrouver une connexion profonde avec ce que nous sommes vraiment. Et ce n’est qu’en étant honnête avec nous-mêmes que nous pouvons espérer l’être pleinement avec les autres.

    Les trois niveaux de vérité

    Brad Blanton distingue trois niveaux de vérité, qui permettent de structurer la pratique de l’honnêteté radicale. Ces niveaux ne s’excluent pas, mais se complètent pour donner une vision complète et nuancée de ce que signifie être honnête. Chacun de ces niveaux implique un travail particulier sur soi et dans ses interactions avec les autres.

    1. la vérité factuelle

    La vérité factuelle concerne les événements tels qu’ils se sont réellement déroulés. Il s’agit de rapporter des faits sans déformation ni embellissement. Ce premier niveau peut sembler simple, mais il est souvent plus difficile qu’il n’y paraît. En effet, nous avons tous tendance à filtrer les faits à travers nos émotions et nos croyances, ce qui peut altérer notre perception de la réalité.

    Blanton donne l’exemple d’un manager qui, lors d’un conflit avec un employé, interprétait chaque action de ce dernier comme une attaque personnelle. En apprenant à se concentrer sur les faits – ce qui avait été dit et fait, sans y ajouter de suppositions ou de jugements – il a pu clarifier la situation et désamorcer le conflit.

    2. la vérité émotionnelle

    Le deuxième niveau de vérité implique de reconnaître et d’exprimer ce que l’on ressent à propos des faits. C’est ici que la pratique de l’honnêteté radicale devient plus complexe et engageante. Partager ses émotions demande de la vulnérabilité, mais c’est également ce qui permet de créer des relations authentiques et profondes.

    Un exemple tiré du livre de Blanton montre comment un père, distant avec ses enfants, a pu transformer sa relation avec eux en leur exprimant ses peurs et ses regrets. Plutôt que de simplement s’excuser pour son comportement passé, il a partagé ce qu’il ressentait vraiment : une peur de ne pas être à la hauteur et un regret profond de ne pas avoir été plus présent. Cette ouverture émotionnelle a permis de rétablir une connexion sincère avec ses enfants.

    3. la vérité existentielle

    Enfin, la vérité existentielle concerne le sens que nous donnons aux faits et aux émotions. C’est une réflexion plus profonde sur ce que ces expériences disent de nous, de nos valeurs et de nos aspirations. Ce niveau de vérité est souvent le plus difficile à atteindre, car il nécessite de questionner nos croyances fondamentales et d’explorer des zones d’inconfort.

    Blanton décrit une femme qui, après avoir exploré les deux premiers niveaux de vérité, a réalisé que ses choix de vie étaient largement dictés par une peur de la solitude. Cette prise de conscience lui a permis de réorienter sa vie vers des objectifs plus alignés avec ses véritables aspirations.

    Une approche holistique de la vérité

    Les trois niveaux de vérité permettent d’aborder la réalité de manière complète. Ils nous invitent à dépasser la surface des choses pour explorer les couches plus profondes de notre expérience. En intégrant ces trois dimensions dans notre pratique de l’honnêteté radicale, nous pouvons non seulement améliorer nos relations, mais aussi développer une meilleure compréhension de nous-mêmes.

    2. Les bienfaits de l’honnêteté radicale

    L’honnêteté radicale, en allant au-delà de la simple transparence, offre une multitude de bénéfices qui touchent à la fois la sphère personnelle et la qualité de nos interactions sociales et professionnelles. Dans cette section, nous allons explorer comment cette pratique peut transformer profondément notre rapport à nous-mêmes, nos relations et nos environnements professionnels.

    Sur le plan individuel, l’honnêteté radicale permet de se libérer des contraintes invisibles que nous impose le mensonge, qu’il soit dirigé vers les autres ou vers soi-même. Cette libération ouvre la voie à une vie plus authentique, où le stress de maintenir des apparences laisse place à une énergie retrouvée.

    Au niveau relationnel, elle favorise des échanges sincères et constructifs, où la confiance et la compréhension mutuelle prennent le pas sur les malentendus et les non-dits. 

    Dans le contexte professionnel, l’honnêteté radicale peut révolutionner la communication et renforcer la cohésion d’équipe en instaurant une culture de transparence et de respect.

    Transformation personnelle

    L’honnêteté radicale agit comme un levier puissant pour retrouver son authenticité. Lorsque nous cessons de jouer des rôles ou de cacher des parties de nous-mêmes, nous découvrons une forme de liberté qui transforme notre quotidien. Cette démarche implique d’affronter les inconforts du moment pour se libérer du poids accumulé par les mensonges, les non-dits et les masques que nous portons.

    Brad Blanton rapporte l’histoire d’un homme qui vivait dans un perpétuel état de stress, constamment préoccupé par ce que les autres pensaient de lui. En adoptant l’honnêteté radicale, il a peu à peu abandonné son besoin de plaire et s’est autorisé à être lui-même. Ce changement, bien qu’initialement difficile, a entraîné une diminution de son anxiété et une augmentation de son énergie vitale.

    Ce processus de transformation personnelle touche également à la santé mentale et physique. Blanton souligne que le stress lié aux mensonges, qu’ils soient grands ou petits, peut engendrer des troubles psychosomatiques comme des migraines, des insomnies ou des tensions musculaires. Dire la vérité, au contraire, permet de relâcher ces tensions et de retrouver un équilibre émotionnel.

    Mais cette transformation ne s’arrête pas là. En embrassant pleinement la pratique de l’honnêteté radicale, on accède à une meilleure compréhension de soi-même. Les décisions ne sont plus guidées par la peur ou les attentes des autres, mais par un alignement sincère avec ses propres valeurs et aspirations. Cela crée un sentiment d’harmonie intérieure, qui rayonne ensuite dans tous les aspects de la vie.

    Relations plus profondes et authentiques

    L’honnêteté radicale transforme profondément la manière dont nous interagissons avec les autres. En osant exprimer ce que nous ressentons vraiment, nous créons des liens plus sincères, libérés des jeux de masques et des non-dits. Ce n’est pas toujours confortable, mais cette approche permet de bâtir des relations fondées sur la confiance et le respect mutuels.

    Un exemple marquant dans le livre de Brad Blanton est celui d’un couple en crise, où les deux partenaires accumulaient des frustrations qu’ils n’osaient pas exprimer. Lorsqu’ils ont commencé à pratiquer l’honnêteté radicale, ils ont d’abord traversé une période de conflits intenses. Cependant, ces échanges honnêtes leur ont permis de mieux comprendre les besoins et les blessures de chacun. Avec le temps, leur relation s’est renforcée, devenant plus authentique et plus épanouissante.

    Cette pratique a également un impact sur les amitiés. En étant transparent sur nos attentes, nos limites et nos émotions, nous donnons à nos relations une solidité nouvelle. Les malentendus diminuent, car tout est mis sur la table. Cette clarté rend les interactions plus simples et évite les ressentiments qui naissent souvent des non-dits.

    “l’honnêteté radicale n’est pas un acte égoïste. Il ne s’agit pas de vider son sac au détriment de l’autre, mais de créer un espace où chacun peut s’exprimer sans crainte de jugement. Cette réciprocité est essentielle pour que les relations deviennent un lieu de croissance et de soutien mutuels.”

    Avec le temps, les relations qui s’appuient sur l’honnêteté radicale évoluent vers une forme de simplicité et d’authenticité qui est à la fois rare et précieuse. Elles ne sont pas exemptes de conflits, mais ces derniers deviennent des opportunités d’apprendre et de grandir ensemble.

    Impact au travail

    L’honnêteté radicale bouleverse la dynamique professionnelle en encourageant la transparence et en éliminant les jeux de pouvoir liés aux non-dits. Lorsqu’elle est pratiquée dans un cadre professionnel, elle permet de clarifier les attentes, de résoudre les tensions rapidement et de créer un environnement plus collaboratif.

    Brad Blanton rapporte l’exemple d’une entreprise où les employés étaient constamment en compétition, ce qui générait une atmosphère de méfiance. En introduisant des cercles de discussions hebdomadaires basés sur l’honnêteté radicale, les employés ont été invités à exprimer leurs frustrations et leurs attentes sans crainte de répercussions. Bien que les premières sessions aient été difficiles, elles ont progressivement permis de désamorcer des conflits latents. Les équipes ont retrouvé un sentiment d’unité et une productivité accrue.

    Dans un autre cas, un dirigeant a transformé sa manière de donner du feedback. Plutôt que de contourner les sujets sensibles ou de dissimuler ses véritables attentes, il a adopté une communication honnête mais soucieuse de la qualité des liens. Cette approche a non seulement renforcé la confiance de ses collaborateurs, mais a également permis à ces derniers de mieux comprendre leurs propres rôles et objectifs. En retour, les salariés ont témoigné se sentir bien plus en sécurité car ils savent pouvoir compter sur les paroles de leur dirigeant. C’est très rassurant de savoir que tout ce qui était à dire a été dit !

    Dans un environnement où la compétition et la pression sont fortes, l’honnêteté radicale peut sembler risquée. Cependant, elle s’avère être un levier de cohésion et de performance à long terme. En supprimant les masques et les jeux de pouvoirs implicites, elle favorise un climat de travail où chacun peut s’épanouir pleinement.

    3. Les obstacles à l’honnêteté radicale

    Les peurs courantes

    L’honnêteté radicale peut effrayer. Nous avons tous des peurs profondes qui nous retiennent de dire la vérité, qu’il s’agisse de craindre le rejet, de provoquer des conflits ou de montrer notre vulnérabilité. Ces peurs, bien que naturelles, sont souvent exagérées par notre esprit.

    L’une des craintes les plus répandues est celle de perdre une relation. Nous redoutons que notre vérité blesse ou éloigne l’autre. Cependant, ce risque est souvent surestimé. Lorsque nous nous exprimons avec authenticité et respect, les relations sincères ont tendance à s’approfondir, et les relations superficielles, à s’effacer.

    Un autre obstacle majeur est la peur du conflit. Dire la vérité peut mettre en lumière des désaccords ou des tensions, mais cela offre aussi une opportunité de les résoudre. Blanton partage l’histoire d’un couple qui, après avoir évité des sujets sensibles pendant des années, a trouvé un nouveau souffle en confrontant leurs frustrations et leurs attentes. Ces discussions honnêtes, bien que difficiles, ont permis de recréer une base de confiance mutuelle.

    Enfin, il y a la peur de révéler nos faiblesses. L’honnêteté radicale nous pousse à montrer nos insécurités et nos limites, ce qui peut être intimidant dans une société qui valorise souvent la perfection et la maîtrise. Mais c’est précisément en acceptant notre humanité que nous pouvons nouer des connexions authentiques avec les autres.

    Pour surmonter ces peurs, Blanton propose de commencer petit : dire une vérité inconfortable dans un contexte sûr, comme avec un ami de confiance. Ce premier pas, même modeste, aide à construire le courage nécessaire pour intégrer l’honnêteté radicale dans tous les aspects de notre vie.

    Le poids des normes sociales

    La société nous enseigne, dès le plus jeune âge, à filtrer nos paroles pour préserver les apparences ou éviter de heurter les autres. Ces normes sociales, bien qu’elles visent souvent à maintenir une harmonie superficielle, deviennent rapidement un frein à l’authenticité.

    L’une des principales contraintes imposées par ces normes est la pression de la politesse. On nous apprend à ne pas dire ce que nous pensons réellement, surtout si cela risque de déplaire. Par exemple, dans un contexte professionnel, il est courant de masquer des désaccords pour éviter des tensions. Ce type de comportement peut sembler inoffensif à court terme, mais il engendre une accumulation de frustrations et de malentendus.

    Une autre source de pression est la peur d’être jugé. Dire la vérité, c’est parfois s’exposer à des critiques ou à des regards désapprobateurs. Dans une culture où le conformisme est souvent valorisé, être authentique peut être perçu comme une menace à l’ordre établi. Cette pression sociale pousse de nombreuses personnes à privilégier des relations superficielles plutôt que de risquer des conversations honnêtes.

    Il y a aussi la peur de briser des conventions tacites. Blanton partage l’exemple d’un cadre supérieur qui n’osait pas remettre en question des pratiques internes qu’il jugeait inefficaces. En décidant de s’exprimer honnêtement, il a non seulement amélioré la dynamique de son équipe, mais a également permis à ses collègues de se sentir plus libres d’exprimer leurs propres idées.

    Pour dépasser le poids des normes sociales, il faut apprendre à redéfinir ce que signifie « respect » dans une relation. Être honnête ne signifie pas manquer de considération, mais plutôt avoir le courage d’ouvrir un dialogue sincère. Cette démarche peut inspirer les autres à faire de même, créant ainsi un environnement plus authentique et épanouissant pour tous.

    Les résistances internes

    Les résistances internes à l’honnêteté radicale sont souvent les plus difficiles à surmonter, car elles sont profondément ancrées dans nos mécanismes de défense et nos habitudes de pensée. Ces résistances prennent diverses formes, mais elles ont toutes pour origine une peur fondamentale : celle de faire face à soi-même.

    Brad Blanton insiste sur le fait que nous sommes souvent les premiers à nous mentir. Ces auto-mensonges, qui peuvent sembler anodins, sont en réalité des stratégies pour éviter des vérités inconfortables. Par exemple, une personne peut se convaincre qu’elle est heureuse dans son travail alors qu’elle ressent un profond mal-être. Ce décalage entre la réalité et ce que l’on s’autorise à voir crée une tension intérieure qui finit par peser sur le bien-être.

    Un autre type de résistance est la rationalisation. Nous trouvons des excuses pour éviter d’aborder des sujets délicats ou pour justifier nos comportements. Cette rationalisation nous éloigne de l’authenticité et nous maintient dans une zone de confort illusoire. Blanton donne l’exemple d’un homme qui évitait de confronter son frère à propos d’un conflit ancien, sous prétexte de préserver la paix familiale. En réalité, cette paix était factice et leur relation en souffrait.

    La culpabilité et la honte jouent également un rôle important dans ces résistances. Nous avons peur de reconnaître nos erreurs ou nos défauts, car cela pourrait nuire à l’image que nous avons de nous-mêmes. Pourtant, Blanton souligne que l’acceptation de ces parts d’ombre est une étape essentielle pour atteindre une véritable authenticité.

    Pour dépasser ces résistances internes, il est crucial d’adopter une attitude de compassion envers soi-même. L’honnêteté radicale ne consiste pas à se juger durement, mais à reconnaître ses limites et ses imperfections avec bienveillance. Ce processus, bien qu’exigeant, ouvre la voie à une vie plus alignée et libérée des tensions intérieures.

    4. Pratiquer l’honnêteté radicale

    Commencer par soi-même

    L’honnêteté radicale commence par un engagement personnel. C’est un face-à-face avec ses propres vérités, sans filtre ni embellissement. Mais par où commencer ? Pas besoin de révolutionner sa vie en une nuit. Blanton conseille de démarrer par un exercice simple mais percutant : écrire une liste de toutes les choses que l’on évite de se dire à soi-même.

    Prenez une feuille et un stylo. Posez-vous des questions directes : « Quelles sont les décisions que j’évite de prendre ? », « Qu’est-ce que je ressens vraiment à propos de mon travail, de mes relations, de mes habitudes ? ». L’objectif n’est pas de trouver des solutions immédiates, mais de nommer ce qui est souvent étouffé par le bruit du quotidien. En posant ces vérités par écrit, vous amorcez un dialogue honnête avec vous-même.

    Un exemple concret tiré du livre : une femme qui se persuadait qu’elle était satisfaite dans son mariage a réalisé, en écrivant, qu’elle était profondément malheureuse. Ce simple acte de poser la vérité l’a poussée à engager une conversation authentique avec son conjoint, initiant un changement qu’elle n’avait jamais osé envisager.

    Blanton insiste sur un point : ces vérités ne doivent pas être utilisées pour se critiquer ou se juger. Elles sont un miroir, une opportunité de se comprendre. Prenez le temps de relire vos écrits et d’y revenir régulièrement. Vous pourriez être surpris par ce que vous découvrez sur vous-même.

    Une fois ce premier pas accompli, passez à l’oral. Choisissez une personne de confiance, quelqu’un avec qui vous pouvez partager une vérité inconfortable mais significative. Ce test, même s’il semble anodin, est une première expérience de l’honnêteté radicale appliquée. Il ne s’agit pas de faire des aveux spectaculaires, mais de tester le pouvoir libérateur de dire ce qui est vrai.

    Commencer par soi-même, c’est s’offrir la liberté d’être aligné. Cela ne résout pas tout, mais cela pose les bases solides d’une vie plus authentique.

    Dans les relations

    Pratiquer l’honnêteté radicale dans ses relations, c’est sortir des échanges superficiels pour construire des liens authentiques. Mais attention : il ne s’agit pas de déverser brutalement toutes ses vérités. Il faut de l’intention, de la clarté et du respect.

    L’honnêteté radicale trouve un écho particulier dans les milieux polyamoureux ou des relations non exclusives. Dans ces contextes, où la communication ouverte et le consentement sont essentiels, cette pratique est souvent vue comme un fondement. Dire la vérité sur ses besoins, ses émotions ou ses doutes permet de construire des relations solides, basées sur la confiance mutuelle. Par exemple, exprimer clairement des limites ou des attentes dans une relation où plusieurs partenaires sont impliqués évite de tomber dans des malentendus ou des blessures involontaires.

    Brad Blanton évoque des témoignages de personnes polyamoureuses ayant intégré l’honnêteté radicale pour naviguer dans des dynamiques complexes. L’une d’entre elles raconte comment elle a pu exprimer, sans culpabilité, une jalousie qu’elle ressentait, ce qui a permis d’ouvrir un dialogue constructif et d’apaiser la relation. Cette transparence, bien qu’inconfortable à première vue, a renforcé le lien et permis une meilleure compréhension mutuelle.

    Pour vous lancer et introduire doucement de l’honnêteté radicale dans une relation, commencez par poser un cadre. Si vous souhaitez aborder une vérité difficile, prévenez votre interlocuteur. Dites quelque chose comme : « J’aimerais partager quelque chose d’important avec toi. Est-ce un bon moment ? » Ce simple geste montre que vous prenez en compte l’état d’esprit de l’autre, ce qui est essentiel pour ouvrir un espace d’échange constructif.

    Ensuite, exprimez-vous avec des mots qui reflètent vos propres ressentis, sans accuser. Par exemple, au lieu de dire : « Tu ne m’écoutes jamais », essayez : « Lorsque je parle et que je ne perçois aucune réaction, je me sens seul. J’aimerais que ça change. » Cette approche met l’accent sur vos émotions et vos besoins, évitant de mettre l’autre sur la défensive.

    Un exemple tiré du livre : un employé frustré par l’attitude autoritaire de son manager a décidé d’exprimer son ressenti lors d’un entretien. Plutôt que de l’attaquer, il a dit :

    « J’ai l’impression que mes idées ne sont pas prises en compte, et cela me démotive. Comment pourrions-nous améliorer notre collaboration ? »

    Ce retour honnête a permis d’entamer un dialogue constructif, transformant leur relation de travail.

    Blanton insiste aussi sur l’importance d’écouter activement les réactions de l’autre. L’honnêteté radicale n’est pas un monologue, mais un échange. Soyez prêt à accueillir les vérités de votre interlocuteur, même si elles sont inconfortables.

    Enfin, soyez patient. Les relations basées sur l’honnêteté radicale se construisent avec le temps. Chaque conversation honnête renforce la confiance mutuelle et crée un terrain fertile pour des échanges plus profonds et plus authentiques. C’est un travail de long terme, mais les résultats en valent largement la peine.

    Au travail

    Introduire l’honnêteté radicale dans un environnement professionnel peut sembler risqué. Pourtant, lorsqu’elle est pratiquée avec soin, elle devient un levier puissant pour améliorer la communication, renforcer la collaboration et résoudre les tensions de manière constructive.

    La première étape consiste à instaurer un climat de confiance. Les employés doivent sentir qu’ils peuvent s’exprimer sans crainte de représailles. Cela commence par l’exemple : un manager qui partage ses propres vérités, y compris ses doutes ou ses erreurs, ouvre la voie à une culture d’honnêteté. Brad Blanton rappelle qu’une transparence authentique de la part des dirigeants encourage les équipes à faire de même.

    Une méthode concrète pour intégrer l’honnêteté radicale est d’organiser des réunions dédiées au feedback sincère. Ces réunions permettent à chacun de partager ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui pourrait être amélioré. Une règle essentielle : chaque retour doit être formulé avec respect et dans un esprit de collaboration, en évitant les accusations.

    Par exemple, dans une entreprise décrite par Blanton, un employé a exprimé lors d’une réunion qu’il se sentait souvent exclu des décisions importantes. Plutôt que de le percevoir comme une critique, l’équipe a pris cela comme une opportunité d’ajuster ses processus et d’impliquer davantage chaque membre. Ce genre de conversations, bien que parfois inconfortables, renforce la cohésion et l’efficacité collective.

    Il est également important de distinguer l’honnêteté radicale d’une franchise brutale. L’objectif n’est pas de dire tout ce qui passe par la tête, mais de partager ce qui est pertinent pour améliorer les dynamiques de travail. Posez-vous cette question avant de parler : « Ce que je vais dire contribue-t-il à résoudre un problème ou à renforcer la relation ? »

    Enfin, introduire l’honnêteté radicale au travail demande du temps et de la persévérance. Ce n’est pas une solution miracle, mais un processus continu. Les premiers résultats peuvent être subtils, mais ils posent les bases d’une culture professionnelle plus saine et plus humaine.

    5. Honnêteté radicale et neuroatypies

    Pourquoi cela aide les profils neuroatypiques

    L’honnêteté radicale peut être un véritable soulagement pour les personnes neuroatypiques, en particulier celles qui vivent avec un trouble du spectre autistique ou un TDAH. Ces profils ont souvent du mal avec les sous-entendus, les implicites ou les jeux de pouvoir qui dominent de nombreuses interactions sociales. Dire les choses de manière claire et sincère élimine ces zones grises qui peuvent devenir sources de stress ou de confusion.

    Brad Blanton évoque dans ses travaux que l’honnêteté radicale offre une structure relationnelle où la transparence prévaut, ce qui est particulièrement rassurant pour les personnes neuroatypiques. Elles n’ont plus à décoder des comportements ambigus ou à interpréter des signaux contradictoires. Cela crée un environnement où chacun peut interagir avec de meilleures chances de s’intégrer.

    L’honnêteté radicale réduit les tensions liées au perfectionnisme ou à la peur de mal faire. Pour les personnes neuroatypiques, souvent hypersensibles à la critique ou au rejet, savoir que les vérités seront dites de manière respectueuse et non violente devient un facteur de sérénité.

    Cette pratique aide à créer des relations de travail plus authentiques et adaptées. Les équipes apprennent à reconnaître et à valoriser les différences, plutôt que de chercher à les masquer ou à les corriger. Pour les personnes neuroatypiques, cela signifie évoluer dans un espace où elles peuvent être elles-mêmes, sans avoir à constamment compenser ou camoufler leurs particularités.

    Exemples concrets

    Les exemples concrets montrent à quel point l’honnêteté radicale peut transformer le quotidien des personnes neuroatypiques. Brad Blanton illustre cela avec des témoignages poignants d’individus ayant expérimenté cette pratique dans leur vie personnelle et professionnelle.

    Un premier cas concerne un jeune homme diagnostiqué avec un TDAH, qui luttait pour trouver sa place dans son équipe. Il avait souvent l’impression que ses collègues le jugeaient pour son manque d’organisation ou ses oublis. En adoptant l’honnêteté radicale, il a pris l’initiative de partager ses difficultés lors d’une réunion d’équipe. Il a expliqué son fonctionnement, ce qu’il trouvait difficile et ce qui l’aidait à mieux travailler. Sa transparence a complètement changé la dynamique de groupe : ses collègues, qui interprétaient auparavant ses comportements comme un manque d’effort, ont commencé à lui apporter un soutien adapté.

    Un autre exemple est celui d’une femme autiste qui avait du mal à comprendre les attentes non verbalisées de ses supérieurs. Après avoir introduit une approche d’honnêteté radicale dans ses échanges, elle a pu demander des consignes claires et obtenir des retours directs sur son travail. Elle a décrit cette expérience comme un soulagement, car elle n’avait plus à déchiffrer des messages implicites. Cette clarté a renforcé sa confiance en elle et son sentiment de compétence.

    Enfin, Blanton raconte l’histoire d’une équipe mixte, composée de collaborateurs neurotypiques et neuroatypiques, qui a choisi d’intégrer l’honnêteté radicale dans ses réunions hebdomadaires. Les résultats ont été frappants : les malentendus et tensions latentes ont diminué, et la diversité des modes de pensée a été mieux valorisée. Les neuroatypiques se sentaient entendus et respectés, tandis que leurs collègues neurotypiques apprenaient à ajuster leur communication pour favoriser une collaboration harmonieuse.

    Ces exemples montrent que l’honnêteté radicale n’est pas une simple méthode, mais une clé pour libérer le potentiel des individus neuroatypiques et pour bâtir des relations professionnelles et personnelles plus authentiques.

    6. Approfondir la pratique de l’honnêteté radicale

    Les limites et contextes particuliers

    L’honnêteté radicale, bien que puissante, n’est pas toujours adaptée à toutes les situations ou contextes. Par exemple, dans un environnement où les relations sont particulièrement fragiles ou marquées par des dynamiques de pouvoir inégalitaires, une vérité brute peut causer des torts inattendus. Brad Blanton lui-même souligne que cette pratique exige un cadre approprié et une intention claire : renforcer les relations plutôt que blesser ou détruire.

    Il est crucial de se poser des questions avant de partager une vérité inconfortable : « Ce que je vais dire est-il utile pour la relation ? » ou « Est-ce le bon moment pour aborder ce sujet ? ». Dans certains cas, attendre ou formuler les choses avec plus de soin peut être plus bénéfique que de s’exprimer immédiatement.

    L’honnêteté radicale ne doit pas être une excuse pour manquer de tact ou ignorer l’état émotionnel de l’autre. Elle s’accompagne toujours d’une responsabilité envers les conséquences de nos paroles.

    Outils pratiques pour une honnêteté au quotidien

    Mettre en œuvre l’honnêteté radicale demande de la pratique et une certaine discipline. Voici quelques exercices simples pour intégrer cette philosophie dans votre quotidien :

    • L’écriture journalière : Prenez quelques minutes chaque jour pour écrire une vérité inconfortable que vous évitez d’affronter. Cela peut concerner une émotion refoulée, un conflit latent ou une décision en suspens. Cet exercice vous aide à clarifier vos pensées et à amorcer un dialogue interne honnête.
    • Les check-ins relationnels : Planifiez des moments réguliers avec vos proches ou collègues pour partager vos ressentis et vos besoins. Par exemple, commencez une conversation avec : « Je veux te dire quelque chose d’important sur ce que je ressens. » Ces échanges, même brefs, créent une habitude de transparence.
    • Les questions-reflets : À la fin de chaque journée, demandez-vous : « Ai-je évité une vérité aujourd’hui ? » ou « Comment aurais-je pu être plus authentique dans mes interactions ? ». Ces réflexions permettent de progresser à votre rythme.

    Critiques et idées reçues

    Lire l’article : 5 idées reçues sur l’honnêteté radicale !

    L’honnêteté radicale est souvent mal comprise. Beaucoup pensent qu’elle consiste à tout dire, tout le temps, sans filtre ni considération. Cette caricature, largement répandue, alimente des critiques selon lesquelles cette pratique serait agressive ou inadaptée.

    En réalité, l’honnêteté radicale n’est pas une invitation à la brutalité verbale. C’est une démarche consciente, qui s’appuie sur la vulnérabilité et le respect. Elle ne vise pas à imposer une vérité universelle, mais à partager sa propre expérience avec authenticité.

    Certains craignent également que cette pratique ne mette en péril leurs relations. Bien au contraire, lorsque l’honnêteté radicale est pratiquée avec bienveillance, elle renforce les liens en éliminant les malentendus et les non-dits. Comme le souligne Blanton, « la vérité rapproche plus qu’elle ne divise, à condition qu’elle soit partagée avec le cœur. »

    En répondant à ces critiques et malentendus, on clarifie davantage la portée et les intentions de l’honnêteté radicale, tout en dissipant les craintes liées à son application.

    Conclusion

    L’honnêteté radicale est une façon de s’affranchir des masques et des poids inutiles. Dire la vérité, en prenant soin du cadre et des intentions, transforme nos vies. Elle libère des tensions intérieures, renforce les relations et crée des environnements plus humains. Cette démarche demande du courage et de la bienveillance, mais elle offre en retour des connexions plus profondes et un sentiment d’alignement avec soi-même.

    Certains contextes, comme les milieux neuroatypiques ou polyamoureux, montrent à quel point la clarté et la transparence peuvent apaiser et enrichir les interactions. Pourtant, l’honnêteté radicale n’est pas sans défis. Peur du rejet, poids des normes, résistances internes : tout cela peut freiner l’élan. C’est pourquoi commencer petit, avec des outils simples comme l’écriture journalière ou des échanges authentiques, peut faire toute la différence.

    Il ne s’agit pas de tout dire à tout moment, ni de blesser sous prétexte de sincérité. Il s’agit de créer un espace où la vérité peut être partagée avec respect et vulnérabilité. Là réside le véritable pouvoir de cette pratique : faire émerger une authenticité qui libère et rapproche.

    Ce chemin n’est pas facile, mais il est profondément libérateur. Commencez par une vérité aujourd’hui, même petite. Une vérité qui compte, qui ouvre, qui aligne. C’est souvent ainsi que commencent les plus grandes transformations!

    Aliocha Iordanoff

  • Pays Voironnais : les acteurs locaux planchent sur un projet de territoire

    Lecture : <1 minute

    Une quarantaine d’acteurs culturels du territoire étaient réunis ce mardi soir à la médiathèque de Voiron pour le lancement de la démarche d’élaboration du projet culturel du Pays Voironnais.

    Quelles politiques, quelle coopération et quelles offres en la matière ? Des questions dont les réponses devront être trouvées collectivement.

    Notre équipe intervient sur ce projet à découvrir dans l’article du Dauphiné Libéré.

  • Transparence des rémunérations & autodétermination salariale : les enjeux de demain pour les dirigeants

    Lecture : 10 minutes

    La gestion des rémunérations et la transparence salariale sont des sujets complexes, particulièrement pour les dirigeants et responsables RH. À travers les témoignages croisés de Céline Cusset, dirigeante du Groupe Diverty (groupe d’une trentaine de salariés spécialisé dans le teambuilding), Matthieu Brunet, à la tête d’Arcadie (importateur d’épices bio avec une centaine de salariés), et Edouard Pick, PDG de Clinitex (entreprise spécialisée dans le nettoyage avec 4 000 salariés), découvrez des approches innovantes et audacieuses de gestion des rémunérations et de mise en transparence des chiffres dans l’entreprise.

    Déterminer les salaires, une responsabilité concentrée sur l’employeur

    Il n’y a pas de réponse unique ou de recette miracle quand il s’agit de la question des salaires. Les décisions liées à l’argent, lorsqu’elles sont non transparentes, peuvent être lourdes à porter par le dirigeant employeur.

    Pour Céline Cusset, les demandes répétées d’augmentation ont mis en lumière l’absence d’un cadre structuré.

    « Les entretiens individuels se sont transformés en des lieux de demande d’augmentation, ce qui est devenu inconfortable. Lorsque l’entreprise était plus petite, c’était un non-sujet parce qu’on était petit et que l’on faisait avec ce que l’on avait. Et puis, quand on a commencé à grandir, ça a transformé la relation dans les entretiens individuels. On ne parlait plus d’évolution ou d’envie, mais de : “ok, comment je peux être augmenté” », se rappelle-t-elle.

    Chez Arcadie, Matthieu Brunet a trouvé une partie de la solution dans la grille issue de la convention collective.

    « On a une grille salariale basée sur six critères, mais les écarts deviennent plus grands pour les hauts salaires, ce qui complique les décisions ».

    De son côté, Edouard Pick a agi par intuition, avec une publication soudaine des salaires.

    « Un soir, j’ai décidé de publier tous les salaires sur l’intranet, un peu comme un coup de poker, tout en sachant que la rigueur qu’il avait mise en place pendant 40 ans le permettait aisément, même s’il y a toujours l’appréhension au moment où on le fait » explique-t-il.

    Avec le recul, il raconte :

    « Si c’était à refaire je le referais, mais pas un vendredi soir, parce que le week-end était un petit peu anxiogène. Je me suis dit mince, nous on a le sentiment que c’est cohérent, mais si les autres ne le voient pas comme ça on va avoir des pneus qui brûlent devant l’entreprise. Et finalement lundi matin il y a eu quelques réactions tout de même, deux personnes notamment qui sont venues mécontentes et effectivement malgré notre rigueur il y avait des incohérences et on a pu régulariser la situation pour ces deux personnes. »

    Cette mise en transparence a provoqué une prise de conscience autour de la rémunération d’un corps de métier de l’entreprise « qui était un peu sous-payé et qu’on a pu revaloriser à travers la politique salariale ».

    Évolution vers des grilles de salaires plus objectivées, voire des salaires autodéterminés

    Face à ces enjeux, chacun a développé un système spécifique pour objectiver les rémunérations et limiter l’effet “arbitraire”. Céline Cusset a créé une grille basée sur dix critères, prenant en compte la performance et des éléments tels que l’implication dans la gouvernance.

    « J’ai listé les facteurs qui comptaient pour que l’organisation atteigne ses objectifs, financiers mais aussi en termes de communication interne, de bien-être au travail. Il y en a eu 50, puis 40 et aujourd’hui il y a 10 facteurs sur la grille. Chaque facteur a des cotes. Il y a jusqu’à 8 cotes. Ensuite un algorithme donne des points à chacune des cotes sur chacun des facteurs. Tout cela donne un rang qui donne un salaire. »

    Pour Matthieu Brunet, la convention collective qui est bien détaillée permet de sortir de la subjectivité que l’équipe de direction pourrait avoir. Il a par ailleurs mis en place une expérimentation d’autodétermination des salaires au sein de l’équipe de managers.

    Edouard, lui, a adopté un système d’autodétermination salariale où chaque employé peut proposer une augmentation basée sur ses responsabilités :

    « Les collaborateurs ont pu déterminer eux-mêmes leur salaire fixe mensuel, avec des garde-fous pour éviter les demandes farfelues ».

    Oeil du coach : Aliocha Iordanoff

    Il y a souvent une idée qu’établir des critères et les rassembler dans une grille pour objectiver les rémunérations et leur évolution rendrait le sujet plus rationnel et limiterait le sentiment d’injustice. En réalité, on observe que ce n’est pas vraiment ce qui se passe. Le sentiment d’injustice peut toujours exister. Parce que le sentiment d’injustice se joue sur des facteurs particulièrement intimes, personnels et notamment liés à notre enfance ou notre éducation, et plus globalement à tout ce qu’on appelle nos valeurs. Or, même si l’argent et les salaires sont des choses qui se comptent, ils échappent pour l’essentiel à la raison quand il s’agit de se comparer, de s’évaluer, ou d’obtenir de la reconnaissance. Dans tous les cas, il faut reconnaître qu’établir des critères permet d’avoir une base de discussion et de sortir d’une appréciation subjective de valeur.

    Cela étant, il y a deux choses auxquelles il faut faire très attention dans le choix des critères.

    1 – Il est intéressant de regarder ce que la mise en place d’un critère d’évaluation va générer comme comportement. Les gens sont intelligents ! Les salariés d’une entreprise vont s’adapter au système de rémunération. Ils vont donc modeler leur comportement en fonction de ce qui est promu par cette grille de salaire s’ils veulent augmenter leur rémunération. C’est là qu’on voit, par exemple, que les mécanismes d’incitation individuelle peuvent susciter de la concurrence, alors que ce n’est pas toujours ce qu’on a voulu générer au départ. Un autre exemple serait une grille de critères qui valorise la productivité et en même temps, on entend les managers se plaindre du manque d’initiative et d’autonomie. Si ce n’est pas l’initiative et l’autonomie qui permettent d’augmenter son salaire, on peut comprendre que les salariés n’investissent pas ces postures.

    2 – Il est intéressant de regarder les effets générés par les critères qui cherchent à compenser quelque chose. Par exemple une grille de critères qui chercherait à compenser la charge mentale ou le stress en rémunérant mieux les rôles réputés à forte charge mentale. Bien sûr, cela va avoir l’avantage de rémunérer des gens qui probablement le méritent et vivent des désagréments du fait de leurs responsabilités. Mais cela peut également envoyer un autre signal implicite dans l’organisation qui est que si l’on veut augmenter sa rémunération, il faut être stressé et débordé. On peut se demander à quel point les systèmes de rémunération génèrent ce que l’on redoute et ce qu’on cherche à éviter. Les dynamiques de compensation et d’incitation sont complémentaires mais peuvent parfois agir dans des directions opposées.

    Entre transparence et autodétermination, quels bienfaits et limites ?

    Pour Céline, la transparence des salaires a été un levier de sérénité.

    « Je leur ai dit : ne fantasmez plus à la machine à café, les salaires sont là, visibles et justifiables »

    La réaction des salariés après la mise en transparence de leurs salaires fut, contre toute attente, tranquille et fluide.

    Chez Arcadie, Matthieu a expérimenté la transparence uniquement au sein des cadres :

    « Ils ont tous abouti à se donner le même salaire, refusant d’assumer des différences »,

    Edouard, quant à lui, ne regrette pas son choix d’avoir rendu les salaires transparents et autodéterminés et observe que

    « 85 % des demandes d’augmentation ont été validées lors de notre expérimentation d’autodétermination ».

    Il témoigne néanmoins que cette démarche

    « oblige à être cohérent et rigoureux, sinon on met sur la table des problèmes potentiellement explosifs » et souligne que la transparence doit être accompagnée d’explications, car lorsqu’elle met en lumière des inégalités sans explications, elle peut créer des tensions et des incompréhensions au sein de l’entreprise.

    Oeil du coach : Aliocha Iordanoff

    Le sujet de la transparence des salaires a ses adeptes et ses détracteurs.

    Parmi les grands bénéfices qu’on peut en attendre : Cela crée un rapport d’honnêteté dans l’entreprise entre la direction et les salariés. Cela démystifie également le sujet des salaires et des rémunérations. Et cela permet de beaucoup mieux traiter les tensions existantes puisqu’elles sont fondées sur une réalité des rémunérations et non pas sur des rémunérations imaginées ou fantasmées.

    Les détracteurs de la transparence sur les salaires craignent en général que communiquer les salaires de tous les collaborateurs pourrait générer de la jalousie par comparaison. Il faut bien se dire que de toute façon, la comparaison a lieu. Elle n’est pas toujours nommée ni assumée, mais tous les humains se comparent entre eux. Et notre cerveau, quand il ne dispose pas des informations réelles, il cherche à les fabriquer, y compris avec des données fantasmées ou des informations de faible qualité telles qu’une discussion de machine à café qui nous fait dire que tel collègue ou tel manager aurait un salaire comme ceci ou comme cela.

    D’une certaine manière, on pourrait dire que le salaire transparent ne crée ni plus ni moins de jalousies ou de tensions, mais il permet que ces tensions soient connues et traitées avec beaucoup plus de maturité. Nous pensons que des organisations qui sont transparentes sur les salaires créent des rapports beaucoup plus adultes entre les collaborateurs et entre salariés et employeurs. Évidemment, ce ne sont pas des transformations à prendre à la légère, car les impacts psychosociaux peuvent être importants et les réactions fortes chez certaines personnes. C’est donc une démarche qui doit s’accompagner d’un travail de réflexion et de prise de conscience sur nos rapports personnels à l’argent et à la valeur. Il peut y avoir également un enjeu de données personnelles sur le fait de communiquer ces informations.

    Il semble par ailleurs qu’aller vers la transparence des rémunérations est un vrai mouvement de société, y compris accompagné aujourd’hui par les législateurs. Nous avons même une directive européenne sur la transparence des rémunérations qui date de mai 2023 et qui va renforcer des mesures d’application comme l’égalité des rémunérations entre hommes et femmes grâce à un mécanisme de transparence beaucoup plus poussé. Donc, les entreprises seront obligées au plus tard en 2026 de donner de la transparence avant l’embauche sur les écarts de rémunération.

    Nous avons déjà une multitude d’exemples d’entreprises qui ont pris les devants et qui passent du salaire confidentiel au salaire transparent en publiant en interne les rémunérations de tout le monde. En général, les organisations qui ont fait ce mouvement ne reviennent pas en arrière. C’est bien la preuve que c’est une dynamique vertueuse qui a beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients.

    Pour aller plus loin sur les sujets du rapport à l’argent au travail, retrouvez notre podcast Oser Parler d’argent sur toutes les plateformes de diffusion.

    Les difficultés rencontrées lors des expérimentations salariales

    Dans le cadre de l’expérimentation par les managers d’une autodétermination des salaires, Matthieu a quant à lui vu se générer une uniformité non souhaitée :

    « Ils se sont tous donnés le même salaire, incapables d’assumer une différence, ce qui m’a frustré car je voyais des écarts de performance »

    De son côté, Edouard a dû surmonter l’inquiétude liée à l’autodétermination des salaires :

    « J’ai eu beaucoup de regards inquiets, tant internes qu’externes sur l’idée que tout le monde pourrait s’attribuer des augmentations. En effet, si jamais tout le monde se rajoute 20 %, la boîte va couler ».

    La question de la rémunération des dirigeants

    Concernant la transparence sur leur propre salaire, Céline Cusset a choisi de ne pas rendre le sien public.

    « Je ne fais pas partie de la grille salariale, en partie parce que je suis TNS (travailleur non salarié) et que ma rémunération est plus complexe à intégrer dans le système. Le salaire est très variable, il y a d’autres indemnités à côté. »

    Néanmoins, elle reste ouverte à l’idée de partager cette information à l’avenir, tout en soulignant l’importance d’un accompagnement pour éviter des interprétations erronées.

    Matthieu, quant à lui, fait preuve d’une transparence partielle. Son salaire et celui des autres dirigeants sont facilement déductibles en raison de l’échelle salariale stricte d’un rapport de 1 à 3 entre les plus bas et les plus hauts salaires. « On rappelle régulièrement cette échelle dans l’entreprise, donc les collaborateurs peuvent facilement calculer notre rémunération », tout en reconnaissant que la question des salaires des dirigeants reste un sujet complexe à gérer en raison des écarts de performance perçus.

    L’écart salarial chez Clinitex entre le salaire d’un agent de propreté et celui d’Edouard est de 1 à 8. Edouard a choisi une transparence totale sur sa rémunération, notamment lors de la publication des salaires sur l’intranet. Il témoigne que cette décision a fait tomber certains fantasmes.

    « La réaction était “ah, seulement !” lorsqu’ils ont vu les plus hauts salaires qui étaient le mien et celui de mon père [fondateur de Clinitex] à l’époque. (…) Il y avait cette idée du patron multimillionnaire avec un salaire mirobolant, mais la transparence a montré que ce n’était pas le cas, ce qui a permis de dépasser les clichés »

    Ce dernier se dit à l’aise avec sa rémunération, expliquant qu’elle est en adéquation avec ses besoins personnels : « Je m’estime suffisamment payé pour couvrir mes besoins, et je ne cherche pas à accumuler des richesses ».

    Les enjeux pour les dirigeants : accompagner et clarifier

    Pour ces dirigeants, accompagner les collaborateurs est essentiel. Céline insiste sur l’importance d’un cadre évolutif :

    « Le salaire ne doit pas être un élément démotivateur »

    affirme-t-elle, en soulignant que l’argent est souvent secondaire pour les nouveaux entrants. Chez Arcadie, Matthieu note que la pédagogie autour des chiffres financiers est encore un défi :

    « On pourrait certainement prendre plus de temps pour expliquer certaines notions comptables complexes » admet-il.

    Conclusion

    La transparence salariale et l’autodétermination des salaires ne sont plus des concepts futuristes : ils sont déjà une réalité dans de nombreuses entreprises, et un vrai sujet de réflexion pour d’autres. Ces initiatives nécessitent néanmoins de la réflexion et de la préparation pour que chaque décision soit prise en conscience. Dirigeants, responsables RH, pourquoi ne pas vous engager vous aussi vers un chemin qui permet de dépasser le tabou de l’argent au travail et de faire autrement ? Envisagez des démarches adaptées à la réalité de votre organisation, en tenant compte des expériences inspirantes partagées ici.

    Emma Louwagie

  • Rencontre avec Pierre Carayol, pilote de la transformation en Holacratie chez Laëtis

    Lecture : 5 minutes

    Parle-nous de Laëtis

    Nous sommes basés dans l’Aveyron, sur un territoire rural de 800 habitants. Laëtis a vu le jour en 1998. À l’origine, elle proposait des services à la population, liés à l’utilisation d’un ordinateur (CD-ROM, formation bureautique, faire-part, …). Aujourd’hui, notre activité principale est axée sur les solutions numériques au service des territoires. Nous travaillons principalement avec des collectivités et des organisations agricoles, en développant des sites web, des extranets ou encore des applications « métier » en ligne.

    Il y a un an et demi, vous avez décidé de passer en Holacratie. Quelle est votre histoire avec cette transformation ?

    Notre démarche vers l’Holacratie est liée, en grande partie, à la volonté du fondateur de transmettre son entreprise. Par ailleurs, avec 25 ans d’existence, nous avons accueilli de nombreux jeunes collaborateurs et, au fil du temps, nous avons commencé à constater des écarts générationnels entre les membres de l’équipe.

    Étant situés en milieu rural, il est crucial pour nous de maintenir une attractivité et de fidéliser nos salariés. Une partie de l’équipe a commencé à réfléchir à une nouvelle stratégie et à réexaminer notre organisation interne.

    En cherchant un accompagnement pour structurer cette démarche, nous avons rencontré Sémawé, qui nous a proposé une nouvelle manière d’organiser notre gouvernance.

    Quels sont tes rôles et ton implication dans l’Holacratie ?

    Je travaille chez Laëtis depuis une quinzaine d’années et j’ai commencé comme développeur. Aujourd’hui, je me charge de la gestion de projet et de la partie commerciale. Lorsque j’ai pris ces nouvelles responsabilités, c’était une nouvelle aventure pour moi.

    En parallèle, je m’occupe du cercle Holacratie, avec pour mission de superviser la transformation interne de l’entreprise.

    Qu’est-ce qui, selon toi, dans la culture de Laëtis, a facilité cette transition vers l’Holacratie ?

    La transformation en Holacratie remet en question les modes d’organisation, clarifie les rôles de chacun et améliore la communication interne. Mais, à mon sens, ce qui a facilité notre transition, ce sont les valeurs et le fonctionnement de Laëtis en tant que société coopérative.

    Un autre atout majeur, depuis toujours, est la qualité des relations interpersonnelles entre les membres de l’équipe. L’Holacratie nous a permis de développer davantage le leadership individuel, offrant un outil supplémentaire pour impliquer, valoriser les personnes et leur permettre de prendre plus de responsabilités au sein de l’organisation.

    Cela fait environ un an et demi que vous avez débuté ce chemin. Quels impacts concrets avez-vous observés dans votre quotidien ?

    Aujourd’hui, cette méthode nous a permis de revoir nos modes de fonctionnement, notamment en optimisant nos réunions pour gagner en efficacité. Nous commençons à ressentir les bénéfices : les tensions sont traitées rapidement et chaque tension soulevée trouve une solution, ce qui améliore le travail de chacun dans ses rôles.

    L’Holacratie permet de clarifier et de libérer de l’espace pour chacun, car tout est défini de manière transparente en termes de raison d’être et de responsabilités. Cela a permis à chacun de se positionner, soit en consolidant ses compétences, soit en relevant de nouveaux défis : en prenant des responsabilités supplémentaires. Cette méthode à la fois rassure, implique et valorise les salariés, tout en les incitant à se dépasser.

    La Source de l’organisation, à savoir le fondateur, vient de quitter l’entreprise, et c’était aussi l’initiateur de la transformation en Holacratie. Comment envisages-tu l’avenir de l’Holacratie chez Laëtis sans lui ?

    Nous sommes toujours en phase de transformation et même si nous avons bien avancé, il reste des aspects perfectibles. Personnellement, je soutiens fortement ce mode de gouvernance et de fonctionnement. Je ne voudrais pas revenir en arrière, car je vois la richesse des discussions que cela permet et les outils que cela nous offre pour améliorer notre efficacité. C’est quelque chose de précieux.

    Au début, je voyais cela un peu comme un jeu sérieux, avec des règles à suivre, mais dans le cadre réel de l’entreprise. Cela avait un côté stimulant. Cependant, je comprends que pour certaines personnes, cela peut susciter des craintes face au changement. L’important est de rassurer en montrant les bénéfices concrets en termes d’efficacité et en se disant que, finalement, c’est juste un grand jeu.

    Ce qui est crucial, c’est la qualité de l’accompagnement que nous avons reçu. Les regards extérieurs nous ont aidés à nous recentrer sur les bonnes pratiques et à lever certaines peurs liées au changement.

    C’est un processus long, mais à l’échelle d’une carrière ou d’une vie d’entreprise, il apporte énormément d’apprentissages utiles. Personnellement, cette expérience m’enrichit également dans mes autres engagements, comme la vie associative : c’est bénéfique pour mes activités personnelles et professionnelles.

    Pour l’entreprise, je n’imagine pas de retour en arrière, sauf si toute l’équipe en faisait la demande. Nous avions convenu qu’en cas de mise en péril de notre cohésion ou de l’esprit d’équipe, nous nous donnerions le droit d’arrêter l’Holacratie. Mais ce n’est pas le cas et je ne vois pas pourquoi cela le deviendrait.

    Y a-t-il autre chose que tu aimerais partager ?

    L’Holacratie crée des espaces de discussion et je reste convaincu que le succès de tout projet ou de toute relation humaine repose sur la communication. L’Holacratie est un outil qui inclut des techniques de facilitation, auxquelles on peut intégrer d’autres principes comme les accords toltèques ou la communication non violente. Ces outils sont précieux, non seulement pour mieux communiquer en entreprise, mais également sur un plan personnel.

    Découvrez un autre témoignage :
    3 mois après l’adoption de l’Holacratie, ça donne quoi ? Interview avec Louis Geoffroy co-fondateur de Les coqs en pâte

    Emma Louwagie

  • Comprendre les subtilités sur la notion de projets en Holacratie

    Lecture : 6 minutes

    En tant que praticien en Holacratie vous avez certainement déjà entendu la notion de “projet”. Si la constitution Holacratie vous donne des indications sur les rôles, les cercles et les responsabilités, elle est plus ouverte lorsqu’il s’agit de piloter et de mener à bien des projets. Je vous rassure, c’est tout à fait voulu ! En aucun cas l’Holacracy ne vous décrit comment vous devez vous organiser pour travailler ensemble.

    Les projets sont mentionnés dans plusieurs sections de la constitution :

    • 1.2.3 Décomposer les Projets
    • 1.2.4 Suivre les Projets, Prochaine-Actions et Tensions
    • Article 2 : Règles de coopération

    Pour vous aider à mieux comprendre les projets voici 4 éléments.

    Un projet est un résultat

    En Holacracy, un projet est un résultat à atteindre. Nous pouvons appeler n’importe quel objectif un « projet ». Les redevabilités définissent les actions récurrentes, les projets eux, donnent un aperçu plus granulaire et concret sur qui fait quoi en ce moment.

    C’est pourquoi un projet est formulé comme s’il était terminé. Par exemple : « Les tickets sont accessibles sur la billetterie en ligne » plutôt que « Billetterie”. Pourquoi se discipliner à formuler les projets ainsi me direz-vous ? Pour obliger notre réflexion à choisir l’une des deux options : soit ce résultat a été atteint, soit il ne l’a pas été. Comme l’holacratie nous permet de nous adresser mutuellement des demandes de projets, nous avons besoin de plus de clarté qu’une formulation comme « Billetterie » et notamment sur le résultat commun qui nous permettra de mesurer si l’objectif a été atteint !

    Au cours de mes accompagnements j’ai souvent entendu 2 idées opposées : un projet devrait être très large, un projet doit être très précis et petit. En holacratie, personne ne vous demande la taille de votre projet. La seule chose qui est demandée c’est qu’il s’agisse d’un résultat. Il peut donc s’agir de tout type de projet. Un grand projet comme « Un livre sur notre histoire d’entreprise est publié » à un projet beaucoup plus petit comme « Les plantes sont arrosées dans les bureaux ». Parfois la taille du projet peut vous aider à sentir qu’il est temps de le découper en projets plus petits.

    Un projet collectif n’existe pas !

    Il arrive que dans certains projets tout ou partie de l’équipe contribue. Dans ce cas de figure, il est utile de savoir de quelle manière spécifique chaque personne contribue pour s’assurer que rien ne soit oublié. Faire l’effort de distinguer les parties individuelles permet de rendre visible le fait qu’elles sont liées les unes aux autres. Si nous ne voyons qu’une grosse pelote de laine, il devient compliqué d’avancer efficacement.

    Par exemple, tous les membres d’une équipe contribuent au résultat de l’équipe (projet = Un livre sur notre histoire d’entreprise est publié), mais chaque rôle individuel a également des résultats individuels à atteindre (par exemple, édition = un contrat avec un éditeur est signé, graphiste = une couverture du livre qui nous ressemble, etc.)

    Ainsi, une personne a le projet « Un livre sur notre histoire d’entreprise est publié » et trois autres rôles ont des sous-projets, qui contribuent tous à ce résultat global. L’objectif est que chaque résultat soit détenu par une seule personne. Cela signifie qu’il y a au moins une personne qui est censée considérer le résultat global dans son ensemble. En ayant un leader de rôle identifié, l’organisation peut être sûre qu’une personne se préoccupe que le résultat soit atteint un jour.

    Un projet est toujours le vôtre

    En Holacratie, les projets ne vous sont pas confiés. Vous prenez la décision dans vos rôles. Si quelqu’un demande à votre rôle de marketing de prendre en charge le projet « Trois newsletters commerciales sont envoyées », vous devez vous demander : » Ce projet a-t-il du sens pour moi dans ce rôle ? » Peut-être que ce n’est pas le cas. Peut-être que vous n’avez pas besoin d’en envoyer trois. Vous ne devriez peut-être pas vous limiter aux contenus commerciaux. Mais rien de tout cela ne devrait concerner la personne qui demande le projet. Ce n’est pas son rôle de déterminer ce qui a le plus de sens pour vous. La personne essaye juste de résoudre sa tension (ce qui est en soi une bonne chose).

    Vous pouvez également vous questionner sur la raison d’être du cercle dans lequel est votre rôle. “Ce projet nourrit-il la raison d’être du cercle au-delà de mon rôle ?”

    Les projets doivent être basés sur les tensions. Et si quelqu’un d’autre peut ressentir une tension, votre tension doit être basée sur votre compréhension, vos besoins, ce qui vous évite d’hériter de la tension de quelqu’un d’autre.

    Ainsi, les gens peuvent vous demander des choses dans vos rôles, mais vous ne devriez jamais accepter un projet simplement parce que quelqu’un d’autre pense qu’il est important si cela ne répond pas à l’un des besoins opérationnels concrets.

    -> Ressource : 4 astuces que tout titulaire d’un rôle en Holacracy devrait connaître

    Le suivi est différent de l’action

    Ce n’est pas parce que vous suivez un projet que vous allez le faire. Bien sûr, cela ne signifie pas non plus que vous ne le ferez pas – cela signifie simplement que c’est l’une des nombreuses choses parmi lesquelles vous pouvez choisir. Mais si vous ne l’écrivez pas, comment pouvez-vous lui donner la priorité par rapport à tout le reste ?

    Un fonctionnement en holacratie demande aux rôles de coordonner entre eux leur travail sur les projets. Le suivi des projets n’est donc plus une problématique individuelle. Et le devoir de transparence expliqué à l’article 2 signifie que nous devons rendre nos projets accessibles et visibles. L’autre concession est que nous ne sommes pas les seuls à pouvoir établir des priorités dans notre travail. Puisque nos rôles existent au sein d’un cercle défini, le leader de cercle peut également hiérarchiser les projets. Ce qui signifie que la pratique normalement solitaire et intuitive consistant à simplement noter ses propres tâches à accomplir est différenciée en deux questions distinctes :

    1. « Travailler à ce projet m’aiderait-il à remplir l’objectif de ce rôle ? »
    2. « Parmi tous les projets que je suis en train de suivre pour mes rôles, quels sont ceux qui sont les plus prioritaires ?”

    Ces deux questions vous aideront certainement à faire le tri dans vos projets et à mettre l’énergie au bon endroit pour aller dans le sens de la raison d’être de votre rôle et du cercle dont il fait partie. Et si vous n’avez pas les idées claires sur les priorités du cercle, c’est une merveilleuse occasion de demander à votre Leader de cercle de clarifier les stratégies du cercle !

    J’espère que cet éclairage sur la notion de projet sera soutenante dans votre pratique au quotidien !

    Juliette Brunerie

  • Créer un espace de dialogue constructif grâce au Théâtre Forum : l’exemple du séminaire GCC

    Lecture : 3 minutes

    Parmi les problématiques qui traversent les équipes et les organisations, certaines méritent d’être abordées sans détours et sans implicite ! Dans le cas des entités grenobloises du pôle Énergie de GCC (3 entreprises œuvrant dans le secteur du bâtiment : SP2E, Network Services et Realiss), il s’agissait des questions de prévention liées à la sécurité au travail. Sur ce sujet, difficile de créer un espace adapté pour susciter l’expression, l’écoute, la prise de conscience, et le partage des représentations. Pourtant l’enjeu est de taille !

    Dans ce contexte, le Théâtre Forum s’est avéré être une méthode pertinente. Il a permis de mener un débat constructif en mobilisant l’intelligence collective. Il a permis d’aborder ce sujet de fond de manière décomplexée, décalée, ludique, et dynamique. Loin des injonctions côté encadrement, et loin de la résistance passive côté terrain, l’expérience vécue par les participants a été à elle seule transformante !

    • La posture du chef de chantier ne te convient pas : qu’aurais-tu dit à sa place ?
    • La réaction du chargé d’affaires est inappropriée : qu’aurais-tu fait à sa place ?
    • La solution du leader est inacceptable : qu’aurais-tu décidé à sa place ?

    À l’origine outil d’émancipation, le Théâtre Forum peut aussi être mobilisé comme un outil d’analyse de la pratique professionnelle, de partage de représentations, de régulation des tensions relationnelles, d’accompagnement au changement, ou de cohésion d’équipe. Les contextes d’intervention sont souvent très divers : si ici il s’agissait de sensibilisation à la sécurité au travail dans une entreprise du bâtiment, l’outil s’est avéré tout aussi pertinent pour explorer les modes de prise de décision dans un collectif associatif, ou pour prévenir et réguler les tensions relationnelles dans une structure hospitalière.

    Les contextes sont divers, mais la démarche reste la même :

    • Déterminer, préciser, challenger avec le commanditaire l’enjeu qu’il veut travailler et la question qu’il pose aux participants. “Face à cela, comment faire pour changer ?”.
    • Amener les participants à partager sur ce thème des situations réelles, vécues comme problématiques. “La fois où ça a coincé pour moi”.
    • Créer à partir de cette matière des saynètes qui mettent “en jeu” l’enjeu. “Et si on rejouait les choses ?”.
    • Animer une phase de Forum, pendant laquelle les saynètes sont présentées aux participants, qui pourront proposer des modifications et des alternatives qui mobilisent du pouvoir d’agir. “Ça ne te convient pas ? Qu’est-ce que tu proposes alors ?”.

    Toute situation amenée par les participants est par essence systémique et complexe. Systémique car elle mobilise plusieurs acteurs qui jouent chacun un rôle et qui ont chacun un pouvoir d’agir (notamment d’agir différemment !). Complexe, car il n’y a jamais de gentils et de méchants, de bonne et de mauvaise solution, ou de tort et de raison. Alors, quand on regarde collectivement ce système dans sa complexité, on peut tous apprendre… et on peut donc tous changer !

    Le Théâtre Forum nous aide à prendre conscience qu’on peut se laisser transformer par la représentation des autres. Il nous aide à mobiliser du pouvoir d’agir aux endroits où “simplement râler en résistant” semble suffire a priori ! Il nous aide à “coller au réel” tout en le mettant suffisamment à distance pour le regarder sereinement. Il nous permet de mobiliser un subtil mélange de légèreté et de profondeur au service du changement.

    Yann Salètes

  • Les 3 rôles essentiels pour devenir un facilitateur d’équipe efficace

    Lecture : 6 minutes

    Pas si facile de faciliter le travail d’un groupe avec des processus d’intelligence collective ! Face à cette complexité se développe parfois la croyance que ce sont les outils et les méthodes qui vont générer de la coopération. L’élément déterminant concerne surtout le rôle et la posture du facilitateur lui-même. Le premier et principal outil au service du groupe, c’est bien le facilitateur ! Petit focus sur quelques points importants.

    Rôle N°1 : concevoir

    Un facilitateur doit faire preuve de discernement pour comprendre et expliciter les enjeux et les besoins cachés derrière la demande qui lui est faite. Cela lui permet de concevoir en conscience un temps collectif adapté et transformant.

    Construire l’alliance facilitateur/leader

    La raison d’être du temps collectif que nous facilitons est déterminée par un commanditaire ou un leader avec qui il faut faire alliance :

    • Légitimité des processus : elle dépend de l’objectif de la réunion ou du séminaire : le facilitateur doit donc aider le leader à exprimer l’intention du temps collectif.
    • “Contractualisation” des méthodes : elles répondent à un besoin exprimé par le leader : le facilitateur doit s’assurer que le leader en a explicitement conscience et qu’il valide le mode opératoire.
    • Rôle du Leader : il doit être explicite et transparent : le facilitateur doit pouvoir le “confronter” si nécessaire. Cela n’est possible que si l’alliance est solide.

    Construire un déroulé

    Notre temps collectif peut être structuré selon un déroulé qui rend explicite et cohérent les éléments de sens (pourquoi ?), de processus (comment ?) et de contenu (quoi ?) :

    • Concevoir des phases d’ouverture (introduction, inclusion, règles de coopération,…), pas de manière mécanique, mais en leur donnant du sens.
    • Concevoir des phases de travail adaptées aux besoins et cohérentes dans leur enchaînement : divergence (ouvrir le “champ des possibles”), émergence (s’ouvrir à “ce qui vient”), convergence (prioriser, décider et formaliser).
    • Concevoir des phases de clôture (cristallisation, déclusion,…), non pas “parce qu’il le faut” mais en nommant le besoin auquel elles répondent.

    Définir le niveau de participation

    Nous réunissons des personnes et elles vont interagir ensemble, OK ! Mais qu’est-ce qu’on attend d’elles ? Quel type de contribution ? Et qu’est-ce qu’on va en faire ? Pour permettre une contribution optimale et éviter de générer des frustrations, il faut être explicite sur ce qu’on fait :

    • Information : “je vous transmets ces informations car il est utile pour vous et pour moi qu’elles soient transmises” : appelons un chat un chat !
    • Consultation : “je vous demande votre avis car il va me permettre de prendre la meilleure décision possible” : l’avis du participant est valorisé, mais on ne convoque pas sa responsabilité.
    • Concertation : “je vous demande votre avis et celui-ci va transformer la décision que je prendrai” : comment créer les conditions d’un partage des représentations qui va décaler la vision du leader ?
    • Co-décision : “nous allons décider ensemble” : oui, mais avec quel processus explicite et adapté ?

    Rôle N°2 : faciliter

    Faciliter, c’est accueillir la complexité en intervenant dans l’“ici et maintenant” et en permettant la régulation des individualités au service du collectif.

    Réguler le temps

    Le facilitateur n’est pas “responsable du temps” : il est responsable du fait que les conditions d’une co-responsabilité du temps soient réunies.

    • Conscience du temps : donner de l’information pour que le groupe ait conscience des temps impartis à telle ou telle séquence.
    • Contractualisation du temps : mobiliser la responsabilité du groupe en intelligence de situation lors des dépassements de temps : dépasser pourquoi ? Avec quelles conséquences ?
    • Partage du temps : le processus choisi permet-il un partage du temps ajusté entre les participants ?

    Réguler la parole

    Le facilitateur n’a pas la responsabilité du contenu de la parole des participants, mais celle du processus, qui doit créer les conditions pour “faire bon usage de la parole”.

    • Parole incarnée : un participant qui dit “je pense que…” est connecté à sa contribution. Le “nous” embarque les autres sans leur accord. Le “on” crée du flou et de l’implicite.
    • Parole tournante : quel est le processus ? Comment la parole tourne ? Est-ce qu’on la prend ? Est-ce qu’on la donne ? Est-ce qu’on la garde ?
    • Parole explicite : le facilitateur peut aider à qualifier le “niveau de parole” : s’agit-il d’un ressenti ? D’un fait ? D’un besoin ? D’une demande ?
    • Réflexion préalable : inviter les participants à prendre un temps pour structurer leur pensée avant de s’exprimer permet une expression claire et une écoute attentive.

    Rôle N°3 : soutenir

    Le facilitateur peut jouer un rôle très important en soutien des individus qui composent le groupe et un soutien au groupe lui-même.

    Un leadership multifacette

    Plusieurs compétences de leadership sont nécessaires et c’est la combinaison de toutes qui permet d’agir au bon endroit.

    • Entourer : être capable d’un soutien inconditionnel à la participation de quelqu’un en difficulté (sans faire le “sauveur” toutefois !).
    • Affirmer : prendre des décisions, les assumer et les affirmer, c’est parfois rendre un grand service au collectif.
    • Encadrer : expliciter des règles et veiller à leur respect de manière exigeante, quel soutien pour le groupe !
    • Donner du sens : dire et re-dire quel objectif nous visons et à quels besoins nous répondons, c’est canaliser les énergies au bon endroit.
    • Empathie : faire preuve de discernement pour comprendre les participants et être capable de se mettre à leur place, cela soutient leur contribution.

    Instaurer la co-responsabilité

    Si le facilitateur s’érige en “chef de la réunion”, alors il récoltera ce qu’il a semé : soumission ou résistance. Qui dit participation dit co-responsabilité !

    • Répartir les rôles : le facilitateur ne peut et ne doit pas tout faire, ça tombe bien, il y a des compétences dans le groupe ! Mobilisons-les !
    • Décider avec le groupe : fait-on une pause ? A-t-on fini la séquence ? Comment décider ? Des réponses pertinentes existent parfois dans le groupe.
    • Une responsabilité (seulement) de processus : à chacun son boulot, aux participants la responsabilité de contenu et au facilitateur l’expertise de processus.

    Métacommuniquer

    Métacommuniquer, c’est “communiquer sur la communication”, c’est-à-dire, dire à haute voix comment on voit que les choses se passent dans le groupe.

    • Mettre de l’explicite sur les ressentis : le facilitateur sent que ça tourne en rond ? Il est agacé ? Impressionné ? Il doute ? Quel précieux point d’appui pour le groupe s’il le communique et s’il en fait quelque chose !
    • Faire avec “ici et maintenant” : le facilitateur a préparé minutieusement son intervention, mais il doit être à l’écoute de ce qui se passe et en capacité de changer son intention ou ses méthodes.
    • Naviguer dans les niveaux logiques : “on ne résout pas un problème au niveau où il est posé” (Einstein). Si ça coince dans une réunion, le facilitateur doit se demander à quel niveau porter son attention et celle du groupe : le sens ? Le processus ? Le contenu ?

    Au-delà de sa palette de méthodes toutes plus innovantes et créatives les unes que les autres, le facilitateur lui-même est le meilleur vecteur de coopération au service du groupe. Son discernement lui permet de comprendre ce qui se passe et d’agir au bon endroit. Sa capacité de modélisation lui permet d’incarner ce qu’il attend du groupe. Sa capacité d’explicitation lui permet de chasser l’implicite dans lequel se cachent les jeux psychologiques. Sa capacité d’adaptation lui permet d’agir dans la complexité d’une situation. Son humilité lui permet de mettre de côté son ego pour répondre aux besoins du groupe. Sa capacité à faire alliance lui permet d’agir au-delà de ses propres capacités.

    Yann Salètes

  • Votre culture d’entreprise est-elle adaptée à l’Holacratie ?

    Lecture : 4 minutes

    Dans toute transformation organisationnelle, il n’est pas rare d’entendre qu’une transformation culturelle en premier lieu est essentielle. Comme si, pour se transformer, il était nécessaire de posséder des attributs ou d’observer des comportements collectifs particuliers. Pour adopter l’Holacratie comme système de gouvernance, par exemple, on imagine souvent qu’il faudrait une culture qui valorise la transparence, l’adaptation, la coopération ou encore la prise de décision collective. Et pourtant l’Holacratie n’indique rien de tout ça dans ses pré-requis.

    Cet article explore pourquoi l’Holacratie peut s’intégrer dans n’importe quelle organisation, indépendamment de sa culture, et comment elle peut catalyser des transformations en profondeur sans nécessiter de culture préalable spécifique.

    1. C’est quoi au juste la culture d’entreprise ?

    La culture d’entreprise représente les comportements, les croyances et les rituels implicites qui se manifestent au sein d’une organisation. Ces éléments ne sont pas toujours explicités, mais ils influencent fortement le fonctionnement quotidien. La culture, c’est finalement ce qui reste lorsqu’on a enlevé toutes les règles. Elle comprend les comportements automatiques que les employés adoptent sans forcément savoir pourquoi, parce qu’ils sont ancrés dans les pratiques collectives.

    Contrairement à une idée répandue, l’Holacratie ne requiert pas une culture d’entreprise préétablie pour réussir. Au contraire, ce système de gouvernance est conçu pour fonctionner dans des environnements culturels très divers. À Sémawé, nous avons accompagnés ces dernières années des institutions telles que la Métropole de Grenoble, des petites et moyennes entreprises comme Bike Solutions, ou encore des associations comme Terre de Liens, et aussi de grandes entreprise comme QoQa, dans différents secteurs BtoB, industrie, service, etc. Tous les témoignages sont à lire ici.

    Bien que les leaders qui choisissent l’Holacratie partagent souvent des croyances communes, telles que la reconnaissance de la complexité du monde et l’importance de rendre explicites les systèmes existants (écouter les témoignages de leaders en Holacratie), la diversité des cultures organisationnelles parmi les entreprises qui adoptent l’Holacratie prouve qu’il n’existe pas de modèle unique requis pour réussir cette transformation.

    2. Révélez la véritable culture de votre entreprise grâce à l’Holacratie

    En réalité, l’Holacratie agit comme un révélateur des croyances et des comportements implicites au sein de l’organisation. En rendant explicites les règles du jeu organisationnel, elle permet aux entreprises de prendre conscience de leurs pratiques et de les ajuster de manière dynamique et continue, si elles le souhaitent. Ce processus ne transforme pas immédiatement la culture, mais amorce un mûrissement, notamment en mettant en lumière des aspects souvent inconscients tels que les processus décisionnels, la distribution de l’autorité ou la gestion des tensions.

    L’Holacratie ne dicte pas comment la culture doit évoluer, mais elle fournit les outils nécessaires pour que chaque organisation puisse ajuster ses pratiques de manière plus consciente et délibérée, en fonction de ses besoins spécifiques.

    Par exemple, dans une entreprise où la culture de prise de parole spontanée est prédominante, l’introduction des processus d’Holacratie, comme les réunions de gouvernance structurées, peut initialement sembler contraignante. Cependant, au fil du temps, ces structures permettent de canaliser cette énergie spontanée vers des décisions plus réfléchies et efficaces, tout en conservant la richesse des idées générées par une telle culture.

    Enfin, L’Holacratie intègre le changement dans le quotidien de l’organisation, ce qui en fait un processus permanent plutôt qu’un événement ponctuel. Ce système considère les organisations comme des entités vivantes, en perpétuelle évolution. Plutôt que de transformer la culture en une seule fois, l’Holacratie encourage une adaptation continue. Les entreprises évoluent constamment, et ce système permet à cette évolution de se faire de manière plus fluide et naturelle.

    Conclusion

    L’idée que l’Holacratie nécessite une culture d’entreprise particulière pour réussir est un mythe à déconstruire. Ce système de gouvernance est non seulement adaptable à une grande variété de cultures, mais il agit également comme un catalyseur de transformation continue. Plutôt que de forcer un modèle culturel unique, l’Holacratie permet aux organisations de mûrir, d’évoluer et de s’ajuster en permanence, tout en respectant leur diversité culturelle. En fin de compte, ce n’est pas la culture initiale qui détermine le succès de l’Holacratie, mais la capacité de l’organisation à embrasser le changement continu et à évoluer avec agilité.

    Léa Chevalier

  • Témoignage de leader, 3 mois après l’adoption de l’Holacratie, ça donne quoi ? Interview avec Louis Geoffroy co-fondateur de Les coqs en pâte

    Lecture : 7 minutes

    Créée en 2008 par Emmanuel et Louis, les Coqs en pâte rassemblent aujourd’hui une trentaine de personnes. Leur mission ? Créer des jeux originaux et immersifs à destination des entreprises, sous la forme d’escape games ou de serious games. Les entreprises peuvent faire appel à leurs services pour gamifier des apprentissages de tous les horizons ! Nous partons aujourd’hui à la rencontre de Louis, qui a accepté de parler de leur ambitieuse décision d’adopter l’Holacratie comme système de gouvernance.

    Salut Louis, merci de te prêter au jeu de l’interview ! Pour commencer peux-tu nous dire quels sont tes rôles chez les Coqs en pâte ?

    Je suis directeur associé et fondateur. Emmanuel et moi gérons l’entreprise, de manière assez bicéphale. Je m’occupe en particulier de la production, des aspects RH et des projets.

    Qu’est-ce qui a déclenché la décision d’adopter l’Holacratie ?

    Cela faisait quelque temps que nous étions en réflexion, Emmanuel et moi, sur le rôle de direction. On avait dans un petit coin de tête l’Holacratie, mais ce n’était pas la base de notre réflexion.

    Parmi les questions qu’on se posait, il y avait : comment fait-on pour garder des salariés qui sont supers, quand leur métier est usant comme c’est le cas avec l’événementiel ? Nous avions aussi envie d’éviter d’être « pompiers » en tant que dirigeants. Il y avait aussi un enjeu à donner du sens à l’équipe sur notre travail !

    Durant cette période, nous avons discuté avec Céline Cusset, créatrice de Diverty Events, une de nos partenaires et qui a répondu à chacune de nos interrogations :

    « Il vous faut l’Holacratie et il faut absolument être accompagné ».

    Sémawé accompagne l’équipe de Céline depuis plusieurs années à la mise en place de l’Holacratie. Ça nous a parlé, car nous avions déjà commencé à réfléchir à mettre en place des cercles pour sortir de la logique de la fiche de poste, c’était de l’ordre de l’expérimentation à ce moment-là.

    Ensuite que s’est-il passé ?

    Après cela nous avons échangé avec Aliocha, ça s’est bien passé ! Nous avons été tout de suite attirés par le côté méthodique de l’Holacratie. Le propos n’était ni trop ésotérique, ni dogmatique. Ça ne remettait pas non plus en cause une forme de verticalité, notion qui était importante pour nous. Et d’ailleurs cela permettait même de sortir du débat horizontalité/verticalité. On a trouvé l’approche très pragmatique. On avait l’impression d’appliquer une méthode et pas de faire de la philosophie. Par exemple, le fait qu’il y ait une méthode de conduite de réunion, ça, c’était concret !

    Il y a eu aussi de l’humour dans les échanges avec Aliocha. On a monté une boîte dont l’activité était de chanter des recettes de cuisine, alors cette touche d’humour nous a parlé tout de suite !

    Vous semblez avoir une vraie culture de l’innovation, peux-tu m’en dire plus ?

    Dans notre métier, c’est une nécessité d’innover : une fois qu’un team building est fait, l’entreprise ne refera jamais le même. C’est dans notre ADN, cette volonté de sortir des sentiers battus, d’entreprendre de nouvelles choses. On travaille pour le kiff depuis le début. On sort des produits parce qu’on les trouve cool. On fait face régulièrement à différents enjeux comme bien s’organiser pour que ce soit plus efficace, ou plus rigolo.

    Une partie des métiers de l’événementiel est dure, on voulait réfléchir à ce que tout le monde puisse aider quand il y a des périodes de rush. D’où l’intérêt de sortir de la logique de fiche de poste avec l’Holacratie, pour créer de la solidarité dans les moments de surcharge.

    L’accompagnement a démarré il y a environ 3 mois. As-tu déjà perçu des évolutions dans ton équipe ?

    Oui, la première c’est l’adoption massive de la réunion de triage, qui est devenue le quotidien des Coqs en pâte, pour toutes les réunions hebdomadaires d’équipe notamment. C’est vraiment bien car des personnes qui parlaient peu, prennent la parole, la méthode de réunion a beaucoup changé ça.

    Les animateurs dont le métier est de prendre la parole pouvaient parler 1h30 sans problème, alors que maintenant tout le monde fait plus attention à ce que chacun s’exprime et chacun a aussi le sentiment que c’est important de s’exprimer si nécessaire.

    J’ai aussi observé une réflexion plus systématique sur la gouvernance via les redevabilités, le sens des missions et donc la façon dont on est organisé. Avant c’était très lié à la direction, aujourd’hui c’est étendu à tout le monde. C’est un gros changement. Il n’y a plus spécialement de discussions entre la direction et l’organisation des postes, l’équipe gagne en autonomie.

    Ça a permis aussi de clarifier beaucoup de missions connexes ou transverses, qui consomment du temps. Ça a fait émerger aussi les endroits où les gens ont besoin de travailler ensemble de manière plus régulière. En fait c’est une réflexion permanente sur l’organigramme, ça permet de détecter les besoins de ressources. Si je devais résumer, je dirais qu’il y a aujourd’hui une très grosse volonté collective d’explicitation générale que ce soit dans la communication entre les personnes, les rôles, les résultats attendus, le qui fait quoi !

    Et pour toi qu’est-ce que ça a changé ?

    Une forme d’abandon de la notion d’organigramme. J’ai aussi moins besoin de prendre la parole de manière générale et surtout dans les réunions. Et ça, c’est vraiment bien.

    Et entre toi et Emmanuel, ton associé, est-ce que cela a changé quelque chose ?

    On a été convaincus de faire ce changement, on est sur la même longueur d’onde, ça ne change pas notre façon d’être ensemble. Ça nous permet de mieux réfléchir à l’aspect systémique de notre entreprise, par contre ça ne change pas le rapport entre nous.

    2 mois après la première formation, y a-t-il des choses plus laborieuses avec la mise en place de l’Holacratie ?

    Les réunions de gouvernance c’est laborieux pour le moment, on aborde 1,5 point en 1h30. Je pense que c’est normal car on est au début. Nous avons du mal à appliquer le processus. Il y a eu un mouvement réflexe de faire de l’asynchrone et donc un peu de perte d’échanges. L’équipe est encore effrayée par le côté protocolaire et long des réunions de gouvernance.

    Nous avons trouvé notre solution en mettant en place des rendez-vous réguliers qu’on appelle les “Hola hours” pour discuter de gouvernance sans être en réunion, pour fluidifier les modifications de gouvernance. Pendant ces rendez-vous, des changements dans les rôles peuvent s’opérer en faisant des propositions dans le logiciel directement. On est un peu loin d’une habitude qui fait que la gouvernance est light et pratique. Ça fait partie des sujets sur lesquels on va avoir besoin de votre aide !

    Tu as eu l’occasion de venir au Printemps de l’Holacratie, pour rencontrer des pairs qui pratiquent, qu’en as-tu pensé ?

    Rencontrer des gens plus avancés qui sont aussi en grand questionnement, c’était rassurant pour moi ! Ça m’a aussi permis de voir plein de choses concrètes sur la mise en place de l’Holacratie. C’est enrichissant de voir qu’il y a des évidences chez les uns et pas chez les autres. Le climat et la méthodologie d’animation le jour J ont permis d’aborder une grande diversité de sujets et de voir plein d’approches différentes. Je me suis dit que partager des expérimentations entre organisations qui n’ont rien à voir les unes avec les autres, c’est vraiment riche !

    Louis merci pour ton partage, nous referons le même exercice dans 1 an pour observer ensemble les évolutions pour les Coqs en pâte ! D’ici là bonne pratique !

    Juliette Brunerie

  • 10 questions à Alessandro pour un retour d’expérience inspirant sur sa participation à la retraite Source et Leadership

    Lecture : 8 minutes

    Plongez au cœur d’un témoignage inspirant avec Alessandro Attanelli, d’Evolusens, qui partage son expérience de la retraite version automne 2023. Découvrez ses réflexions profondes et ses prises de conscience suite à cette immersion dans le domaine du leadership et de la connexion à la Source.

    Si vous ne connaissez pas encore la notion de Source, nous vous recommandons :

    1. Pour commencer, peux-tu te présenter brièvement ?

    Je m’appelle Alessandro Attanelli, je suis Directeur Général et l’un des 3 associés d’une société qui s’appelle Evolusens, basée à Paris. Notre métier est de former des coachs, des accompagnants individuels ou d’équipe. Nous formons entre 100 et 150 accompagnants par an…

    2. Qu’est-ce qui t’a incité à participer à la retraite « Source et Leadership » de Sémawé et Ordinata ?

    La première chose, c’est une intuition de collaborer avec Sémawé, et pour soutenir cette intuition je voulais commencer par mieux vous connaître. Je pense que l’étincelle est venue de là. Plusieurs personnes de l’équipe de Sémawé se sont formées chez Evolusens et j’avais très envie de me rapprocher de vous.

    Jeanne témoigne dans cet article de sa vision du coaching après avoir suivi la formation d’Evolusens Comment j’ai allié coaching collectif et coaching individuel pour accompagner les organisations

    Et la deuxième chose c’est qu’en tant que directeur général d’Evolusens je ressens de plus en plus, un lien assez fort avec toute une partie de leadership qui est liée à l’invisible. Je l’appelle le champ. Dans le langage de la Source, ça s’appelle ce qu’il y a avant la Source, la Source primordiale, ou ce que la Source capte. Et ce qui m’a énormément invité à suivre la retraite, c’était de développer cette connexion à la Source.

    Est-ce que je connaissais le concept de Source ? Non, je n’avais jamais utilisé le mot Source. La terminologie est nouvelle pour moi. En revanche, savoir que, finalement, on est piloté par quelque chose qui est beaucoup plus grand, qui se trouve dans les nappes phréatiques de l’énergie, ça, pour moi, c’est assez clair.

    Quand j’ai entendu parler de Sources et de Sources secondaires, il y a des choses qui m’ont parlé énormément. Et je le vois aussi dans mon entreprise, ça m’amène à me poser la question : comment gérer des Sources qui sont des ruisseaux, d’autres, qui sont des torrents ? C’est là que j’ai trouvé mon élan primordial pour venir à cette retraite !

    Et enfin la perspective de réfléchir avec d’autres à la montagne : ça m’a énormément attiré 🙂

    3. Peux-tu partager les moments forts de ton expérience pendant la retraite ?

    J’ai eu plusieurs prises de conscience. La Source doit avoir des moments pour elle. Des moments qui lui sont propres pour capter, canaliser, ses intuitions. Ça m’a permis de me rendre compte que dans mon organisation, on arrive à la fin d’une période où on faisait tout en même temps (du pratico-pratique et du haut des niveaux logiques). Pour moi, un moment important a été de réaliser qu’il faut que j’aie des moments où je me laisse piloter par autre chose. Et cette expression “prendre des temps de Source pour être à l’écoute de ses intuitions” ça a renforcé une intuition que j’avais déjà eue, mais je devais peut-être l’entendre à nouveau. Ça a été une grande vertu du stage pour moi !

    L’autre moment fort, ça a été de remettre à plat la question du leadership dans mon organisation. C’est venu nourrir ensuite une retraite de notre équipe en Espagne, et ça nous a permis de nous dire : il faut qu’on ait un moment tous les trois assez profond pour parler de nous, de comment nous travaillons, les 2 fondateurs et moi. Et ça nous a permis d’en parler beaucoup, c’était super intéressant. Ça a eu un vrai impact après la retraite dans le voyage du héros de la Source.

    Le cadre de cette retraite était génial aussi : le fait de pouvoir rencontrer et échanger à tout moment, dans un cadre à la fois libre et professionnel, c’est génial ! Et puis être dans la nature et en même temps, c’est pour le travail, moi, j’adore ça. On peut parler de tout, mais pas n’importe comment. Et puis, cette retraite c’est l’occasion de parler avec des leaders qui ont des réalités si différentes, c’était très riche.

    4. Comment la retraite et la rencontre avec d’autres leaders a-t-elle influencé ta perception du leadership et de la Source ?

    Ce qui m’a vraiment marqué, ça a été la rencontre avec QoQa. Échanger avec eux était vraiment intéressant : ils sont 2 leaders, un qui se reconnaît en tant que Source et l’autre qui est au service de la Source. Ça a été compliqué pour eux de trouver cet équilibre et, en même temps, ils ont raconté comment ils y sont parvenus et aujourd’hui ils osent encore plus avec leurs intuitions pour aller très loin.

    Si vous voulez en savoir plus sur QoQa, cette entreprise de e-commerce suisse, fun et ambitieuse qui fonctionne en Holacratie, je vous recommande l’écoute de ce fabuleux podcast : QoQa & l’Holacratie.

    Une autre personne qui m’a marqué, c’est Francesca, de Babel International. Elle et moi partageons le même constat : on n’a pas beaucoup de Sources secondaires chez nous, mais plutôt des électrons libres. Comment faire pour les relier à la Source ? Pas facile. Moi, c’est un peu mon challenge aujourd’hui.

    Et puis je pense qu’il y a vraiment à prendre dans la magie de la rencontre avec les participants. Si on est ouvert, peut-être pas dans la forme, mais dans le fond, il y a toujours à apprendre. C’est pas tous les jours qu’on se retrouve au même endroit avec tant de leaders. Donc, c’est vraiment des moments nécessaires !

    5. Comment décrirais-tu l’ambiance générale pendant ces trois jours de retraite ?

    Le groupe était très festif ! Ça a été hyper simple de rencontrer les gens, l’ambiance était conviviale et pas trop cérébrale. Il y avait une belle empathie et un lien fort s’est créé, avec toute la confiance pour s’ouvrir sans jeu d’ego.

    6. Suite à cette retraite, comment est-ce que tu perçois ta responsabilité de Source dans ton organisation ?

    Ce qui résonne pour moi, c’est absolument cette confiance en quelque chose de beaucoup plus grand, que vous appelez la Source, que moi, j’appelle le champ. Et je me suis rendu compte qu’il faut que je sois beaucoup plus en lien avec ma Source. Depuis, je suis beaucoup plus intransigeant pour garder des moments comme ça.

    Je n’arrive pas à adhérer au fait qu’il n’y ait qu’une seule personne comme Source globale dans mon organisation, je trouve ça un peu dogmatique. Mais on en a discuté dans notre trinôme et c’était très riche comme réflexion.

    7. As-tu identifié des pathologies de Source chez toi et comment as-tu travaillé sur celles-ci ?

    Oui j’ai pu me reconnaître dans la Source molle face à nos 2 fondateurs et parfois je peux partir dans l’autre polarité, beaucoup plus affirmée “je décide”. Plus j’avance et plus je me dis que l’organisation ne m’appartient pas. Quand Stefan Merckelbach d’Ordinata, nous disait : la Source, elle parle d’un endroit d’humilité totale, c’est pas parce qu’elle a des intuitions qu’elle est l’entreprise. C’est un canal, mais c’est tout, c’est pas quelque chose qu’on peut contenir.

    Je trouve ce concept très libérateur dans l’énergie que cela permet de déployer.

    8. Comment est-ce que tu continues l’exploration de ta Source ?

    Dans les dernières discussions, mon exploration a été : comment laisser beaucoup plus d’espace à l’invisible et le dire clairement dans mon organisation ? Mon chemin, c’est de l’assumer complètement. Je me rends compte que c’est une question de diligence envers moi-même. Concrètement, on va se donner de l’espace avec un nouveau rituel de rencontre où on n’est pas dans le “faire” pour continuer de nourrir le lien.

    9. Y a-t-il quelque chose que tu aimerais ajouter sur l’expérience de la retraite « Source et Leadership » ?

    L’exploration autour des ombres n’était pas nouvelle, mais très utile pour moi. Prendre conscience de mes propres peurs, de mes propres ombres et aller au-delà de tout ce qu’on peut se raconter pour continuer de se transformer et de dépasser les limites qu’on s’impose : c’est un moment pour poursuivre mon chemin personnel.

    10. Enfin, selon toi, en quoi cette retraite pourrait être bénéfique pour d’autres leaders ou entrepreneurs ?

    C’est une retraite qui fait bosser ! Qui donne beaucoup d’espoir parce que, quand on est connecté à la Source (et que moi, j’appelle le champ), finalement, c’est une grande histoire d’amour. On est forcément dans l’amour, quelque chose de beaucoup plus grand que nous, et c’est génial d’avoir des leaders qui sont connectés à ça. C’est une retraite qui donne beaucoup d’espoir, c’est une nouvelle manière de voir le leadership.

    Si vous souhaitez en savoir plus sur les prochaines retraites Source et Leadership, découvrez la plaquette sur notre site web ! Un dernier conseil de lecture réjouissant pour vous familiariser avec le sujet de la Source : Un petit livre rouge sur la source, Stefan Merckelbach.

  • Podcast chez QoQa : C’est quoi l’Holacratie ?

    Lecture : < 1 minute

    Aujourd’hui dans En Vrai, l’entreprise Suisse QoQa décrypte l’Holacratie, le mode de gouvernance d’entreprise choisi , qui fait la part belle à l’intelligence collective et qui permet à chaque membre de l’équipe de participer aux décisions concernant l’avenir de l’entreprise.

    Sémawé accompagne QoQa dans le déploiement de l’Holacracy au sein de la structure Suisse. Aliocha Iordanoff, Leader et personne source de Sémawé témoigne.

  • Des idées pour aspirer au bien être au travail

    Lecture : < 1 minute

    Dans cet article écrit par les affiches.fr, Aliocha Iordanoff leader et source de Sémawé, nous partage le mode de gouvernance adopté au sein de la scop.

  • Sémawé spécialiste du management participatif accompagne l’association GERME

    Lecture : <1 minute

    Dans cet article écrit par jaimelesstartups.fr découvrez comment Sémawé accompagne le réseau Germe vers un mode de gouvernance en Holacracy.

  • Comment la Métropole de Grenoble s’inspire-t-elle de l’Holacracy ?

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Geneviève vous recommande de lire cet article

    À ma connaissance, c’est une première en France : la métropole de Grenoble consolide sa réputation de pionnière en s’inspirant de l’Holacracy pour faire évoluer ses pratiques managériales et de coopération interne. Les échanges que j’ai pu avoir avec Hélène sont passionnants et pleins de promesses pour les institutions publiques : je suis ravie de les partager avec vous !

    Découvrez comment l’Holacracy s’immisce et inspire les managers au sein de la métropole de Grenoble. Hélène Clot, directrice stratégie, innovation et relations citoyennes, nous raconte son cheminement et en quoi l’Holacracy répond à des besoins et des enjeux pour la collectivité aujourd’hui. Elle partage les évolutions que cette approche a entraînées sur sa manière de manager et de coopérer avec son équipe.

    Que souhaites-tu dire de toi pour te présenter ?

    Je peux commencer par ma fonction au sein de la Métropole ! Je suis directrice stratégie, innovation et relations citoyennes. Cette direction regroupe trois équipes, en tout une trentaine de personnes, qui travaillent sur le pilotage, l’évaluation, l’innovation, la participation citoyenne et la relation métropolitaine aux usagers.

    Nous œuvrons à la fois sur les politiques publiques, s’adressant directement aux habitants du territoire, et sur les questions d’organisation interne. Notre équipe est donc au croisement de l’interne et de l’externe, nous sommes une fonction ressource. Nous accompagnons la transformation du service public, depuis la manière de concevoir des politiques publiques jusqu’à ses conséquences internes très pratiques, dans l’organisation.

    Comment en es-tu arrivée à l’Holacracy ?

    C’est en collectif, dans l’équipe dont je viens, que nous avions décidé de tester un management horizontal : nous avions un responsable hiérarchique qui avait peu de temps pour nous et nous avait encouragés à nous organiser tout seuls… ce qui fonctionnait très bien avec des membres très autonomes. J’étais vraiment convaincue par cette façon de s’organiser, jusqu’au moment où j’ai pris conscience que personne ne prenait soin du collectif et notamment des individus en difficulté. Finalement, j’ai réalisé qu’il manquait un rôle de leader-soutien.

    Et puis quand j’ai pris des fonctions managériales, je me suis interrogée sur ce que j’avais envie de susciter au sein de mon équipe. J’avais déjà des connaissances en Sociocratie et finalement avec l’Holacracy j’ai trouvé les éléments de méthode dont j’avais besoin.

    Aujourd’hui, fonctionner avec l’Holacracy permet une vraie distribution des rôles, une école du leadership dans notre équipe. C’est précieux pour que je ne sois pas à l’origine d’un goulot d’étranglement de nombreuses validations, qui crée de l’inertie.

    Ça change quoi de manager avec l’Holacracy ?

    Une chose vraiment aidante, c’est de clarifier les différents rôles que je joue. Je peux, au même titre que les autres membres de mon équipe, apporter mes tensions et bénéficier d’un espace d’écoute et d’apport par les autres rôles de l’équipe. Par exemple, j’ai pu expliciter mon double rattachement hiérarchique : technique et politique. Et le fait d’expliciter ces rôles de « relais auprès du Codir » et celui de « dialogue auprès des élus », ça me permet d’identifier des tensions spécifiques et de les porter en réunion tactique de manière claire et transparente dans le cercle de ma direction. Ça rend visible ce que je fais en tant que « manager » au-delà d’animer des temps d’équipe et d’attribuer des rôles. Je peux être dans une autre posture : je ne suis plus celle qui apporte uniquement des solutions, je peux aussi apporter mes problèmes !

    Une autre évolution permise par l’Holacracy, c’est de cultiver le pouvoir d’agir de mon équipe. Je passe d’un modèle où on attend de moi des solutions, à un modèle où on trouve ensemble des solutions, en équipe. Et on ose se dire ensemble : qu’est-ce qui t’empêche de décider ? As-tu besoin d’un conseil ? Mon apport devient souvent une bonification, je deviens partenaire de la décision.

    Nous utilisons Holaspirit pour tenir à jour nos rôles et suivre nos projets. Pour préparer les entretiens annuels par exemple, ça m’a aidée : je peux facilement faire le point sur les rôles et les projets des membres de mon équipe.

    Et puis, petit à petit, ça me permet d’envisager plus sereinement de jouer un rôle de « synthèse », sans avoir réponse à tout quand je suis interrogée par ma hiérarchie. Ce rôle de synthèse est simplifié par l’utilisation d’Holaspirit, car je peux facilement prendre connaissance des rapports de réunions tactiques là où je n’étais pas présente. Ça m’aide vraiment à déléguer.

    Pour en savoir plus sur les réunions tactiques, je vous recommande la lecture de cet article : « La réunion tactique : opérationnelle et efficace ».

    Quelles sont les attentes de la direction générale en matière de management et en quoi est-ce compatible avec l’Holacracy ?

    La commande de la direction générale, c’est d’améliorer les qualités de management avec une demande claire de développer la transversalité et l’efficacité.

    La recherche d’efficacité se situe au niveau des prises de décision et de la participation aux réunions : gagner en rapidité de prise de décision et clarifier qui participe à quoi. La demande est aussi de permettre le développement de la transversalité, ce que nous pouvons traduire en développement de la capacité à coopérer.

    La direction stratégie, innovation et relation citoyenne, forte de son expérience de fonctionnement d’équipe, a proposé à la direction générale de s’inspirer de l’Holacracy, en réponse à ses attentes. Plusieurs équipes se sont formées et les outils comme la réunion tactique sont très largement diffusés auprès des collègues.

    Pour nous, ce système vient soutenir le déploiement de ces compétences de délégation et de coopération.

    Est-ce qu’il y a des choses évidentes que tu repères, très compatibles avec l’Holacracy ?

    Oui, il y a plusieurs choses !

    Par exemple, pour outiller des services sur le fonctionnement en mode projet ou sur des questions de bonne articulation entre deux équipes. Mon équipe peut être sollicitée en interne sur ces sujets, et notre grille de lecture s’appuie sur les réflexes de l’Holacracy : quelle est la raison d’être de chacun ? Ces raisons d’être sont-elles assez connues, claires, complémentaires ? Est-ce qu’il y a des domaines à expliciter, qui supposent donc que lorsque quelqu’un veut agir dans ce domaine, il doit en informer la personne ? Quelles sont les redevabilités de chacun ? Que peut-on attendre très clairement de ses collègues ? Qu’est-on en droit de lui demander pour bien travailler ? C’est très aidant de regarder le fonctionnement de cette façon et ça donne des pistes d’actions concrètes.

    Et puis au sein de la Métropole, nous avons créé des « cercles de transversalité » pour traiter des sujets hors compétences métropolitaines, au sens juridique. Il s’agit de champs sur lesquels la Métropole agit sans avoir strictement de compétence, donc sans avoir un service dédié : différents services sont mobilisés et ça générait jusque-là soit de la confusion, des doublons ou des gros trous dans la raquette. Nous avons proposé que tous les cercles soient animés par un binôme facilitateur/scribe, avec le format de la réunion tactique. Celle-ci permet de répondre à un besoin de coordination et de synergies à trouver. C’est le cas par exemple pour la biodiversité ou les questions liées à la jeunesse. Mais aussi sur des sujets plus techniques comme les relations avec l’université ou l’agence d’urbanisme.

    Les facilitateurs et les scribes de ces cercles jouent un rôle fondamental pour que la transversalité existe et soit incarnée. Un membre de la direction générale a un rôle de « sponsor » à l’intérieur de ces cercles, pour garantir le lien avec la DG. Ces cercles ont des domaines, ce qui leur permet d’avoir une vision transversale de ce que la Métropole réalise, commande ou met en place. Ils sont légitimes pour animer un réseau interne, créer de la coopération et capitaliser des expériences. Ils sont également identifiés à l’extérieur, ce qui donne à la Métropole un meilleur niveau de dialogue avec ces partenaires.

    Enfin, récemment j’ai pris conscience que les stratégies de nos cercles pourraient être explicitées. Les élus définissent des priorités de politiques publiques, la direction générale fixe via le dialogue de gestion des priorités de travail : nous les connaissons mais elles ne sont pas inscrites formellement dans les cercles.

    Tout ça rend complètement compatible l’organisation hiérarchique de la collectivité avec un fonctionnement en Holacracy !

    Pour explorer en quoi les stratégies sont de réelles aides à la priorisation du travail individuel et collectif, je vous recommande la lecture de cet article : « Comprendre les priorités en Holacracy ».

    La gouvernance des équipes de Grenoble Alpes Métropole utilisant l’Holacracy est visible ici.

    Geneviève Goubel

  • Comment surmonter les problèmes apparemment insolubles grâce au management des polarités ?

    Lecture : 6 minutes

    Le monde est complexe. Certains problèmes semblent parfois insolubles. Vous cherchez des solutions qui résoudraient définitivement ces problèmes, mais malgré vos efforts, ils persistent et se répètent. Pourquoi cela se produit-il ? Pourquoi les approches traditionnelles ne fonctionnent-elles pas ? Que se passerait-il si nous arrêtions de voir les choses comme des problèmes qu’il suffirait de résoudre ?

    Comprendre la complexité des problèmes

    Dans un monde simple, résoudre un problème consiste à trouver une solution qui adresse la cause sous-jacente. Cependant, dans un monde complexe, les problèmes sont souvent multifactoriels. Même si vous parvenez à transformer une cause particulière, le problème peut réapparaître sous une autre forme.

    La notion même de problème est une simple étiquette que l’on aime bien poser sur ce que l’on ne comprend pas, ou ce qui vient contrecarrer nos plans. Avez-vous déjà remarqué que ce que vous appelez un problème peut constituer une solution du point de vue de quelqu’un d’autre ? Surtout quelqu’un qui aurait des opinions différentes des vôtres sur la situation.

    Les polarités, des forces contradictoires

    La gestion des polarités est une invitation à changer votre regard sur les problèmes. Au lieu de considérer les problèmes comme des obstacles à surmonter, vous pouvez les voir comme la facette dysfonctionnelle d’autre chose qui est parfois fonctionnelle. Sur le plan du comportement, cela revient à considérer qu’un défaut est une qualité en excès !

    Les polarités sont des forces apparemment contradictoires qui coexistent et sont interdépendantes. Tels un pôle Nord et un pôle Sud sur un aimant, elles sont des forces opposées indissociables !

    Chaque polarité d’une paire de polarités contient des avantages et des inconvénients. Nous pourrions dire aussi des facettes fonctionnelles et des facettes dysfonctionnelles. Voir le monde au travers de ce prisme des polarités permet de considérer alors que les dysfonctionnements ne sont qu’une manifestation d’une polarité qui peut aussi générer des bénéfices. Et ce que l’on considère souvent comme une solution n’est que la facette avantageuse d’une polarité qui a aussi sa part d’ombre !

    Prenons l’exemple du management dans les entreprises. Visualisons deux polarités que sont le management directif (la structure verticale de pouvoir) et le management participatif (faisant davantage appel à l’intelligence collective et aux équipes autonomes).

    Dans bien des entreprises, on cherche à résoudre les inconvénients du management directif, en les regardant comme des problèmes. Pensons au manque d’autonomie, à la perte de motivation, au silotage des décisions.

    Les partisans du changement défendent un management participatif qui nous promet l’implication des salariés, le sens dans le travail, la créativité des équipes, l’agilité !

    Jusqu’ici, le management participatif est présenté comme une solution. Partout où ces changements sont à l’œuvre, vous avez déjà entendu parler de cette fameuse “résistance au changement” ?

    Ces “résistants au changement” voient à l’inverse tous les inconvénients qui les attendent dans une entreprise au management participatif, tels que des décisions plus lentes, du flou sur les autorités, une moindre productivité, un temps infini passé en réunion ! Ce sont les désavantages du management participatif, le plus souvent ignorés des défenseurs de ce nouveau paradigme organisationnel.

    Les mêmes “résistants” soutiennent que le management traditionnel plus vertical et directif a l’avantage de la clarté sur qui a le pouvoir et qui prend les décisions, un organigramme clair, des consignes mieux appliquées, des décisions rapides. Ils préfèrent souvent ignorer que ce système hérité du taylorisme connaît aussi sa part dysfonctionnelle.

    La boucle des polarités

    La gestion des polarités propose d’appréhender cette situation non pas comme un problème à résoudre, mais comme deux polarités dans lesquelles naviguer. L’enjeu n’est pas de choisir entre le management directif et le management participatif, mais plutôt de trouver un moyen de faire coexister ces deux approches. Cela peut sembler difficile, mais c’est la clé pour surmonter les problèmes insolubles.

    Il n’existe pas de solution définitive. La gestion des polarités est un processus continu et dynamique. Les besoins de l’organisation changent, et son environnement évolue, vous pouvez ajuster votre approche en conséquence. Il peut y avoir des moments où vous devez privilégier l’une des polarités au détriment de l’autre.

    L’idée n’est pas de se situer dans un entre-deux qui ne serait ni l’une ni l’autre, mais bien de savoir naviguer entre ces deux polarités en allant chercher chez chacune ce qu’il y a de plus fonctionnel. La gestion des polarités fonctionne si et seulement si l’entreprise apprend à détecter très rapidement la manifestation de la facette dysfonctionnelle de l’une des polarités pour très vite aller chercher du côté opposé l’inspiration qui viendra compenser ce manque.

    Le risque cependant serait de passer son temps à osciller de plus en plus vite entre deux directions et de perdre tout le monde en route, tel un bateau qui naviguerait sans cap et n’arriverait jamais nulle part.

    L’Holacracy : une approche pour intégrer les polarités

    L’Holacracy est un modèle de gouvernance qui vise à intégrer les polarités dans les organisations. Au lieu d’adopter une approche strictement hiérarchique ou participative, ce système permet de trouver un alliage bien dosé de management directif et participatif. Dans ce modèle, les rôles et les autorités sont clairement définis, ce qui permet de laisser de la place à l’autonomie et à l’initiative individuelle. C’est une technologie managériale qui est à la fois verticale et horizontale.

    En Holacracy, les décisions ne sont pas prises par un chef, mais par des cercles de rôles qui travaillent ensemble pour atteindre les objectifs de l’organisation. Chaque rôle a ses propres responsabilités et peut prendre des décisions dans le cadre de son autorité définie. Cela permet de combiner l’efficacité du management directif avec les avantages de l’intelligence collective.

    La verticalité du système se retrouve dans le principe de subsidiarité des cercles. Les cercles plus larges ont tout pouvoir de modification sur les cercles contenus à l’intérieur. Les leaders de cercle ont toute autorité pour manager le travail des rôles au travers de la priorisation et de l’autorité d’affectation des rôles.

    Contrairement aux idées reçues, l’Holacracy est bien un système de gouvernance agnostique en matière de management et laisse toute latitude à l’entreprise qui l’adopte pour développer son propre style de management et ses propres règles de fonctionnement.

    Conclusion

    La gestion des polarités est une approche puissante pour résoudre les problèmes apparemment insolubles auxquels nous sommes confrontés dans nos organisations et dans nos vies. Plutôt que de chercher une solution unique, nous devons apprendre à équilibrer les forces contradictoires. Le management des polarités nous invite à regarder l’interdépendance de ce que nous aurions envie d’opposer.

    L’Holacracy offre un cadre pour mettre en pratique cette approche en reconnaissant la valeur des différentes perspectives et en cherchant un équilibre entre les polarités. En adoptant cette approche, nous trouvons un moyen de regarder les divergences du monde en mettant un ET plutôt qu’un OU entre les polarités.

    Aliocha Iordanoff

  • Le système de rémunération transparent et collectif de Sémawé

    Lecture : 8 minutes

    Je suis Aliocha, Leader et Source de Sémawé, et dans cet article je vous raconte comment nous déterminons nos propres salaires.

    Depuis quelques années, les associés de Sémawé expérimentent des systèmes de décision collective sur la rémunération. Dans cet article je vous explique notre cheminement et jusqu’où nous sommes allés sur la transparence des chiffres et le processus décisionnel de la rémunération de chacun.

    Actuellement, tous les associés participent à la décision sur les rémunérations. Chacun se positionne sur son propre souhait de rémunération et, en même temps, sur la rémunération qu’il estime pertinente ou “juste” pour les autres.

    C’est un processus que l’on vit deux fois par an. Les premières fois permettent de s’essayer à la mécanique, mais aussi de commencer une réflexion au regard de l’activité en cours. L’exercice nécessite d’avoir de la visibilité sur les chiffres de l’année en cours et une première estimation du volume d’argent que l’on sera capable de dédier à notre masse salariale. C’est une donnée d’entrée déterminante pour mettre en place un processus de décision autonome. L’exercice en lui-même se déroule sur une demi-journée. C’est un processus qui se tient en présence de tous les associés et qui comprend plusieurs étapes :

    1. La situation financière

    Le processus commence avec un exposé de la situation financière et comptable : l’état de la trésorerie, les projections sur le compte de résultat, sur le bilan qui se termine, sur l’évolution du chiffre d’affaires, l’évolution des coûts fixes, des charges variables, de nos marges, etc. Le but de cette première phase est de porter à la connaissance de tout le monde les éléments clés de la mécanique financière de l’entreprise.

    2. Un espace libre de questions et de partages

    S’ensuit un temps de questions de clarification à travers le processus de la réunion de triage issu de l’Holacratie. Chaque associé peut apporter tout point qui lui semble pertinent. L’objectif est d’utiliser un temps très libre pour amener tous les sujets et préoccupations qui concernent de près ou de loin la rémunération. C’est un moment où chacun peut expliquer les choix faits pendant l’année : notre implication dans le travail, la manière dont les congés ont été pris ou non pris, la quantité de temps investi dans l’entreprise etc.

    3. Explicitation du temps passé “hors travail”

    La phase suivante consiste à partager des informations pour prendre conscience du temps passé hors travail. Chaque associé prend ses congés de manière libre dans l’année, en les notant de manière explicite dans son agenda. Les jours sont compilés dans un tableau. À cette étape, chacun peut prendre connaissance du nombre de jours de congés pris au cours de l’année par chaque associé.

    4. Critères de positionnement

    Cette phase consiste à dire de manière très libre les critères que chacun va prendre en compte quand il va procéder à l’exercice de positionnement des salaires qui suit. Cela peut être tout critère que la personne juge pertinent pour évaluer sa propre rémunération et celle des autres. Cette étape est très intéressante car elle permet de prendre conscience de la manière dont chacun raisonne par rapport à l’argent. Il est assez passionnant de se rendre compte à quel point, dans une équipe de dix personnes, il n’y a pas deux personnes qui raisonnent de la même manière.

    Nous assumons que ces critères sont parfaitement subjectifs. Il n’y a aucune recherche d’objectivation dans notre processus.

    5. Auto-positionnement relatif et positionnement des autres

    La cinquième phase nécessite l’utilisation d’un tableau de calcul partagé et consiste en un positionnement relatif des uns par rapport aux autres. Très concrètement, chaque individu se positionne sur l’indice 1 et, par rapport à ce chiffre, positionne tous les autres. Si je propose le double de mon salaire pour un autre associé, je vais lui mettre un indice de 2. Si je propose le tiers de mon salaire pour un autre associé, je vais proposer 0,3 ; soit ⅓ de 1. Nous ne parlons pas encore d’argent à ce stade.

    C’est une équation qui n’est pas simple à réaliser parce qu’il s’agit d’apprendre à positionner les autres par rapport à soi-même. L’exercice est en même temps extrêmement intéressant car ces équations et prises de décision sont habituellement réalisées par les RH. Ici, tout le monde se prête au jeu et partage cette difficulté cognitive de porter une évaluation sur les autres, en assumant la part totalement subjective. Cet exercice nous permet de laisser la place à différentes appréciations de ce qu’est un écart de salaire pertinent dans une entreprise comme la nôtre.

    6. Estimation d’un salaire pour soi

    La sixième phase de l’exercice consiste en un moment de réflexion individuelle sur la rémunération que l’on estime “juste” pour nous-mêmes. Ici c’est un nombre en euros mensuels net. Par exemple, si j’écris que je veux pour salaire 4000 € et que je propose un indice de 0,5 pour un autre associé, le tableau calcule un salaire de 2000 € pour lui. Le fait de voir le nombre en euros peut provoquer un besoin d’ajustement. On peut possiblement se rendre compte que l’on a surévalué ou sous-évalué ce ratio de différenciation entre soi et les autres.

    Cette étape étant terminée, on revient tous sur un même onglet qui compile l’ensemble des données, où l’on peut voir apparaître ses propres ratios et nombres en euros, ainsi que ceux des autres. Le tableau calcule pour chaque individu une moyenne des salaires proposés pour lui par chacun des associés. Dans deux colonnes, côte à côte, on peut voir le salaire que l’on a demandé pour soi-même et le salaire que les autres ont estimé pertinent ou “juste” pour nous. Évidemment, pendant cette phase d’observation on peut tout à fait retourner dans son onglet personnel pour d’éventuels ajustements si on estime que, en voyant certains écarts, cela change à nouveau notre avis. Le système reste dynamique.

    Nous avons constaté deux éléments notables dans la mise en place de ce processus. Premièrement, en général, l’écart est très faible entre le salaire demandé pour soi et le salaire estimé par les autres. Par ailleurs, la plupart du temps, le salaire calculé par les autres est plus élevé que le salaire demandé pour soi-même.

    Une fois cette mécanique terminée, une moyenne complète est calculée à partir du montant calculé par les autres et du montant estimé par soi. Cela donne un salaire pour chaque individu.

    7. Tours d’objection

    La dernière étape consiste en 2 tours d’objection. Le premier suit le processus de la décision intégrative et va chercher si la décision prise sur la rémunération de chaque personne pourrait causer du tort pour l’organisation. Il serait par exemple objectable que la masse salariale totale dépasse ce que l’on est capable de se payer. Une fois cette étape passée, un deuxième tour d’objection s’ensuit, cette fois au sens de la décision par consentement (qui vient de la sociocratie). La question est ici de savoir si chaque individu peut vivre avec la décision que nous sommes en train de prendre. En l’absence d’objection, la grille de salaire est validée, elle devient l’étalon de rémunération pour tous les associés.

    Un système responsabilisant

    À travers ce changement de système de rémunération, mon intention était de créer un mécanisme de décision qui soit responsabilisant pour tout le monde. Je cherchais également un moyen d’échapper au piège tendu par le lien de subordination proposé par le code du travail : l’employeur ayant toute autorité pour déterminer les salaires, le salarié est là pour négocier au mieux et revendiquer ce qu’il peut pour son salaire. Ce lien de subordination crée une verticalité et un rapport humain antagoniste.

    Sémawé étant une Scop, nous sommes assis des deux côtés de la table, à la fois associés et salariés. L’objectif était de créer un système où en adultes responsables, on puisse tenir compte des besoins individuels de reconnaissance, d’argent, de confort etc. et en même temps, des besoins de l’entreprise. Elle doit faire des bénéfices, faire des réserves, préparer le temps long etc.

    Notre système de rémunération vise à générer cela. Les effets que je peux constater aujourd’hui sont que cela crée un terrain plutôt mature de discussion autour de l’argent. En tant que dirigeant de l’entreprise, ce système m’a également permis d’obtenir de l’aide dans la décision. Pendant une dizaine d’années, j’ai été la personne qui décidait des salaires pour les autres, et c’est une décision extrêmement difficile. Comment juger ce qui est un bon salaire pour quelqu’un ? Faut-il augmenter le salaire de quelqu’un seulement quand il le demande, ou faut-il le proposer avant ? Que faire lorsqu’il y a besoin de baisser un salaire, en cas de difficultés économiques ? Sortir de la solitude de décision et recevoir l’aide d’un processus d’intelligence collective est très précieux face à ces questions complexes.

    Pour quels résultats ?

    Au plan humain, un système de décision collective sur la rémunération crée un rapport beaucoup plus solidaire à l’argent. J’ai pu voir à quel point cela a permis aux associés de prendre conscience de la nécessité de faire des économies pour l’entreprise. De la même manière qu’en tant qu’individu, dans sa vie privée, on peut vouloir faire des économies pour des projets futurs, en tant qu’associé, on a envie de la même chose pour notre entreprise : garder des réserves et distribuer l’argent sous forme de rémunération avec parcimonie.

    Parmi les autres résultats, cela a permis, notamment sur une période un peu épineuse, de baisser significativement nos salaires et de le vivre d’une manière très sereine. Tout le monde a compris le sens de cette décision et personne n’a quitté l’entreprise. La décision n’a pas été subie, car l’autre alternative aurait été de réduire la taille de l’équipe. Nous nous sommes questionnés en équipe et cela nous a permis de prendre la décision de baisser nos salaires pendant 18 mois. Cela crée une robustesse et une résilience pour notre organisation qui est incroyable. Après avoir vécu ça, on peut se dire, en quelque sorte, que l’on peut tout traverser.

    Un modèle à reproduire ?

    Notre système de rémunération est un prototype qui nous permet de développer des compétences d’accompagnement sur le sujet de l’argent. Je me garderai bien de donner des conseils. Mon intuition étant que si un changement de système de rémunération est mal préparé ou mal vécu, cela peut générer des situations extrêmement tendues. Un système de décision collective sur la rémunération nécessite d’avoir travaillé en profondeur le sujet du rapport à l’argent en équipe. Le sujet est épineux dans la mesure où la plupart des personnes ont une multitude de croyances et de projections sur l’argent, sans savoir d’où elles proviennent. Débattre ou discuter sur la base d’opinions et de croyances s’avère très complexe car il est difficile de se convaincre. Nous ne sommes pas dans le champ de la raison.

    Par ailleurs, un mécanisme très transparent sur les finances, la comptabilité ou encore le compte de résultat, permet de faire de la pédagogie. Cela permet à chacun de s’approprier les enjeux financiers de l’entreprise. Ce genre de processus est très engageant, il demande une réelle motivation de la part des dirigeants. La direction doit être capable de tenir cette décision dans la durée, de l’argumenter et de l’expliquer aux nouveaux salariés.

    Conclusion

    On peut retenir de notre expérience qu’il est possible d’essayer des choses nouvelles et différentes dans les entreprises pour parler d’argent et définir les rémunérations. Je ne crois pas que notre système soit parfait. Je crois qu’il nous convient bien en ce moment. Nous continuons de le faire évoluer chaque année, à partir de nos apprentissages. Si nous prenons le soin de créer des contextes de discussion et d’expression appropriés et sécurisés, non seulement nous pouvons parler d’argent au travail, mais nous pouvons même aller vers des processus de décision participatifs.

    Aliocha Iordanoff

  • Passer de l’entretien d’évaluation à l’entretien d’appréciation, découvrez la magie de la Revue Appréciative

    Lecture : 4 minutes

    La Revue Appréciative est une démarche axée sur le soutien et le renforcement entre collaborateurs. Elle renverse la culture de l’évaluation professionnelle.

    Animés par la volonté de progresser dans nos pratiques d’accompagnement et de soutenir notre dynamique d’équipe, nous avons plongé dans l’univers de la Revue Appréciative. La promesse ? Déplacer le curseur de la résolution des problèmes vers la quête de solutions et ainsi renverser la culture de l’entretien annuel d’évaluation. Une approche qui, au final, a transformé nos relations entre collègues.

    Une méthode inspirante

    La revue appréciative s’appuie sur l’Appréciative Inquiry (exploration appréciative en français). Elle marque une rupture avec l’approche traditionnelle par la résolution de problèmes pour faire reposer le changement sur ce qui fonctionne déjà, les points d’appuis et les énergies positives de chacun. Sur cet aspect, elle est reliée à l’Approche centrée solution.

    Qu’est-ce que ça change ?

    La revue appréciative révèle ce qui est positif. C’est ce « noyau de réussite » qui sert de support pour donner de l’énergie et de l’inspiration pour la période à venir. Je peux ressentir ça quand je la reçois : un encouragement qui me donne le soutien dont j’ai besoin pour persévérer dans mes efforts. L’attention est ainsi portée sur mes principales ressources. L’effet immédiat, c’est de booster la confiance et mon estime personnelle. L’exercice génère une forme d’enthousiasme qui m’aide à m’ouvrir à des opportunités nouvelles.

    De quoi s’agit-il concrètement ?

    La revue appréciative suit un déroulement et une méthodologie précise. L’évaluation est remplacée par une auto-évaluation, puis des feedbacks et enfin un dialogue entre pairs. Le demandeur est au centre et devient un réel acteur de sa propre évolution et de celle de son organisation. Plusieurs étapes jalonnent cette revue appréciative :

    Étape 0 : la préparation et l’auto observation

    Il s’agit de choisir :

    • Une période d’observation et un objectif. La revue appréciative peut être générale sur une période de temps donnée (6 mois, 1 an, etc.) ou centrée sur un thème spécifique (un projet, un rôle, etc.).
    • Un groupe de pairs. C’est la personne demandeuse qui le choisit et le sollicite. Pour que le groupe fasse sens, chacun doit avoir une connaissance approfondie du travail de la personne demandeuse.
    • Une trame de questions précises et structurées pour guider cette étape d’auto-observation puis la conduite de la revue à proprement parler. Les questions sont des questions ouvertes pour susciter la réflexion.

    Avant la revue, le demandeur prépare son auto observation. La trame de questions l’invite à mesurer le chemin parcouru, à considérer ses apports, à revisiter ses réussites et ses difficultés et à faire part de ses apprentissages. La personne est aussi conviée à se projeter pour partager ses envies de contribution sur la période à venir, à définir ses objectifs et à solliciter ses collègues pour l’aider à les atteindre.

    Étape 1 : le démarrage et l’inclusion

    Une fois cette étape préparatoire achevée, la revue appréciative peut débuter. Un facilitateur est choisi au sein du groupe pour guider le processus et rythmer les différents temps de la revue appréciative. Chacun est convié à partager un ressenti à l’entame de la séance. Ce tour d’inclusion offre une première impression collective du contexte de la revue et prend soin de la transition dans cet espace spécifique.

    Étape 2 : le partage de l’auto-observation

    À cette étape, le demandeur de l’organisation restitue son auto-observation. Son partage n’est pas interrompu. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une discussion et le facilitateur y veille.

    Étape 3 : les questions par le groupe

    Chacun des participants, à tour de rôle, pose au demandeur de l’organisation des questions de clarification ou d’approfondissement. Le demandeur observe et écoute. Il ne répond pas à ces questions.

    Étape 4 : l’intégration par le demandeur

    Cette phase est réservée au demandeur. Il partage ses réflexions sur les questions reçues. Il laisse son propre ressenti guider ses réponses.

    Étape 5 : les reflets par le groupe

    Chacun des participants, encore une fois à tour de rôle, partage ses réflexions sur le travail accompli avec le demandeur. Ils expriment ce que cette expérience leur a apporté de plus précieux et les domaines dans lesquels ils perçoivent des possibilités de croissance pour le demandeur.

    Étape 6 : l’intégration par le demandeur

    Le demandeur intègre les réflexions émises par le groupe. Il partage ce qu’il a appris sur lui-même à travers cette expérience et ce dont il a besoin, que ce soit de la part des participants ou de son organisation, pour progresser.

    Étape 7 : la conclusion

    Tous les participants concluent la revue en partageant les bienfaits qu’ils ont retirés de cette rencontre, tant sur le plan personnel que professionnel. Ils expriment ce que cette expérience leur a apporté.

    Étape 8 : la fin de la rencontre

    La revue se termine sur une note positive, avec une vision plus claire et une compréhension approfondie des forces et des opportunités à exploiter. C’est le moment où les participants quittent la séance, enrichis de cette expérience collective.

    Après avoir animé, avec mon collègue Yann Salètes, cette revue appréciative au sein de l’association Horizons à Meylan. J’ai proposé à Delphine, sa directrice, de nous partager son expérience. Voici son retour :

    « C’est un temps encadré de retour sur son travail par ses pairs. Des retours riches, touchants pour certains, qui m’ont remplie d’une belle énergie pour poursuivre mes missions. Cela donne un regard sur soi que l’on n’a pas, une vision de son action que l’on ne sent pas. C’est très « porteur » et « reboostant ». C’est un peu comme si on recevait des petits cadeaux inattendus par les membres de son équipe ».

    En adoptant ce processus d’évaluation entre pairs, j’ai pu observer ses bénéfices. La culture du droit à l’erreur et de l’apprentissage s’ancre progressivement dans notre organisation. L’expression de la gratitude se fraye un chemin et participe à tisser des relations professionnelles basées sur l’authenticité et la confiance. Elles sont un terreau pour le développement de notre Scop. On se sent ainsi mieux équipé pour relever les défis à venir.

    Solen Bel Latour

  • Témoignage d’une entreprise en Holacracy qui a réussi sa certification ISO 9001:2015

    Lecture : 6 minutes

    Dans cet article, je vais expliquer comment Sémawé a obtenu la certification ISO 9001 : 2015 grâce à son fonctionnement en Holacratie.

    Quand on évoque la « certification ISO 9001 », quelles pensées nous traversent l’esprit ? Peut-être quelque chose de laborieux, parfois imposé, voire rigide ? Je vais vous raconter comment, dans mon rôle ISO 9001, j’ai facilité la mise en place des vingt pages d’exigences et de recommandations de la norme au sein de Sémawé.

    À vrai dire, ce n’est pas vraiment moi qui ai facilité la mise en place d’ISO 9001 dans l’entreprise. C’est surtout notre fonctionnement en Holacratie qui comporte de nombreux points de convergence avec la norme. Dans cet article non exhaustif, je vous présente ces similitudes entre le système Holacratie et la norme ISO 9001 :

    1. Une plus grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun.
    2. De l’amélioration continue à tous les niveaux de l’organisation.
    3. La surveillance et l’évaluation, chacun dans ses rôles.

    Cet article ne vise pas à vendre une success story, mais plutôt à partager notre expérience de la certification ISO 9001 en tant qu’organisation guidée par l’Holacratie.

    1. Une plus grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun

    Parmi les exigences de la norme ISO 9001, l’organisation doit s’assurer que les différents rôles, responsabilités et autorités soient clairs et assumés à tous les niveaux de l’entreprise. La norme suggère donc de créer une cartographie des processus. Cependant, cette cartographie peut devenir rigide. Elle est valable en mars, mais en juin, elle peut devenir obsolète, car l’entreprise évolue et ses besoins changent.

    Cette exigence qualité devrait permettre une meilleure gestion de l’entreprise en clarifiant qui fait quoi et qui a le pouvoir sur quoi, mais les processus risquent d’être peu utiles à la gestion de l’entreprise s’ils ne représentent plus la réalité présente.

    La principale limite d’une cartographie de processus comme celle-ci est qu’elle est figée.

    Refléter la réalité actuelle

    Avec l’Holacratie, la cartographie de notre fonctionnement prend la forme de rôles et de cercles interconnectés, agissant comme des petites PME au service les unes des autres. Grâce aux descriptions des rôles, nous bénéficions d’une grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun. Nous pouvons naviguer dans une cartographie fluide et évolutive, reflétant en permanence la réalité actuelle.

    Elle évolue au fur et à mesure que la gouvernance est mise à jour, avec l’aide du logiciel Holaspirit. La norme ISO 9001 nous a simplement aidés à expliciter davantage nos processus en les traduisant dans cet organigramme dynamique.

    Ci-dessus une partie de la gouvernance de Sémawé, représentée via le logiciel Holaspirit

    2. De l’amélioration continue à tous les niveaux de l’organisation

    L’amélioration continue est au cœur de la norme ISO 9001. Les organisations doivent constamment évoluer pour s’adapter à un environnement en perpétuel changement. Le principe est simple :

    1. Détecter un problème (une non-conformité)
    2. Le corriger
    3. Mettre en place des mesures pour prévenir sa récurrence
    4. S’assurer que les mesures mises en place sont efficaces

    En théorie, cela semble simple, mais en pratique, de nombreux obstacles se dressent sur notre chemin. L’expérience de Sémawé démontre qu’il est possible de résoudre rapidement et efficacement les non-conformités à tous les niveaux de l’organisation grâce à l’Holacratie.

    Une amélioration continue pilotée par… les tensions !

    En Holacratie, ce sont les tensions qui guident les rôles. La constitution Holacratie demande à tout Leader de Rôle de traiter tout écart entre la réalité actuelle et ce qui pourrait créer plus de valeur (article 1), y compris les non-conformités. Chaque personne est tenue de gérer les tensions qu’elle ressent dans ses rôles.

    Pour cela, elle mobilise uniquement les rôles pertinents en formulant des demandes claires pour une plus grande efficacité.

    Des espaces dédiés pour traiter ses tensions…

    En Holacratie, nous disposons de 2 processus pour traiter les tensions :

    1. La réunion tactique pour synchroniser les opérations et lever les obstacles au travail.
    2. La réunion de gouvernance lorsque le traitement d’une tension (ou d’une non-conformité) fait évoluer la structure de gouvernance. On va alors modifier les règles, les rôles ou les autorités.

    …Et sollicitables à tout moment

    Dès qu’une personne ressent une tension dans l’un de ses rôles, elle peut organiser ou solliciter une réunion tactique ou de gouvernance avec les rôles appropriés. Chez Sémawé, nos réunions tactiques sont fréquentes. Cela peut être des micro-réunions de 10 minutes impliquant trois personnes ou des réunions de 1h30 avec une participation plus importante, en fonction des tensions à traiter.

    En Holacratie, l’amélioration continue est omniprésente. À tous les niveaux de l’organisation, les individus sont encouragés à résoudre leurs tensions, qu’il s’agisse de divergences par rapport à la norme, de risques perçus, d’opportunités à saisir, d’erreurs à corriger, et bien plus encore. Chacun agit au nom de son rôle, au service de l’organisation, en toute légitimité.

    3. Surveillance et évaluation : chacun dans ses rôles

    La norme ISO 9001:2015 exige que l’organisme définisse des méthodes de surveillance et d’évaluation de la performance du système de management de la qualité. Au premier abord, cela peut sembler déconnecté de l’Holacratie.

    Cependant, si l’on examine de plus près la norme, l’organisme a la liberté de choisir ses méthodes, offrant ainsi une marge de manœuvre considérable.

    Des contraintes, seulement là où c’est nécessaire

    En Holacratie, il n’y a pas obligatoirement de division entre ceux qui agissent et ceux qui évaluent le travail. Les individus sont au service des rôles, qui, à leur tour, servent l’organisation.

    Par exemple, dans mon rôle de responsable de podcast, je crée des podcasts de manière autonome. Si mes actions suscitent des tensions dans le système, c’est-à-dire qu’elles créent des frictions chez d’autres personnes dans leurs rôles, alors ces personnes aborderont ces tensions en émettant des demandes de rôle à rôle. En revanche, si mon travail ne génère pas de tensions, pas besoin de contraintes ou de règles. L’Holacratie nous permet de décliner dans notre gouvernance les endroits contraignants sur la manière de délivrer de la valeur, de la satisfaction client.

    Le meilleur indicateur : l’individu

    L’Holacratie repose sur la croyance que ce sont les individus qui sont les meilleurs indicateurs dans le système, et ils sont les meilleurs instruments pour mesurer l’écart entre la réalité actuelle et l’amélioration potentielle. En plus des observations des individus dans leurs rôles, nous disposons d’indicateurs quantitatifs collectés par ces rôles. Ces éléments orientent nos rôles et jouent un rôle essentiel dans notre démarche d’amélioration continue. L’Holacratie nous permet de transcender le schéma managérial classique, tout en maintenant un niveau élevé d’exigence en matière de qualité.

    Conclusions d’une expérimentation : Holacratie et ISO font bon ménage

    Après avoir passé avec succès notre audit en mai 2023, sans aucune non-conformité, nous pouvons affirmer avec assurance que l’Holacratie et les normes telles que l’ISO 9001:2015 se complètent parfaitement. L’Holacratie constitue un système de management de la qualité, qui opère dans toute l’organisation, en permanence.

    Si vous souhaitez en savoir davantage sur notre certification, écoutez notre podcast.

    Si vous souhaitez en savoir plus sur nos accompagnements liés au système de management de la qualité prenons contact !

    Emma Louwagie

  • L’art au service de la participation : l’exemple de la concertation Malraux

    Lecture : 4 minutes

    La concertation Malraux est un exemple concret de l’utilisation de l’art pour favoriser la participation des habitants et des acteurs du territoire dans un projet de reconversion d’envergure. L’intervention de l’artiste Tomas Bozzato et l’utilisation de l’Afghan Box ont permis de recueillir une photographie sensible du bâtiment et de donner une voix particulière aux habitants et acteurs du quartier.

    La mission dans les grandes lignes

    L’appel à projet du bâtiment Malraux va être lancé par Grenoble Alpes Métropole dans le but de donner une troisième vie à ce bâtiment emblématique. Il s’agit de l’ancienne Chambre de Commerce et d’Industrie, construite dans les années 1980. Avec sa façade de verre et de béton, ce bâtiment de 16 000 m2 ne laisse pas indifférent !

    Avant de lancer cet appel à projet, la Métropole a souhaité mener une concertation pendant plusieurs mois, pour recueillir les idées et les ressentis des habitants et des acteurs économiques du quartier. L’objectif : pouvoir transmettre une photographie sensible du bâtiment dans son environnement, aux porteurs de projet qui travailleront sur sa reconversion.

    Pour mener à bien cette concertation, la Métropole a fait appel à l’expertise de Sémawé. Nous nous sommes associés aux talents d’un artiste visuel, Tomas Bozzato.

    Quel était le dispositif de mobilisation du public ?

    Pour interpeller les passants, nous nous sommes installés dans des lieux stratégiques : devant la sortie de l’école, sur le marché, dans le parc du quartier, dans une rue passante… Nous interpellions les habitants en les questionnant sur leur lien avec le bâtiment Malraux, leurs ressentis et leurs idées pour la reconversion, en fonction de ce qu’ils connaissent de leur quartier. Leurs contributions étaient affichées au fur et à mesure sur un grand panneau.

    Difficile de ne pas nous voir, car notre dispositif comprenait :

    • un triporteur qui nous permettait d’ouvrir une petite table et d’offrir le café
    • un grand panneau pour collecter les verbatims
    • une Afghan box (voir ci-dessous)
    • une corde tendue sur laquelle séchaient les portraits photographiques des habitants

    Pour aller à la rencontre des habitants sur l’espace public, Tomas Bozzato était présent avec son Afghan box. Ce dispositif photographique est en quelque sorte un “polaroïd argentique”. C’est un mini laboratoire photo qui permet de développer sur-le-champ une photographie noir et blanc. Il permet non seulement d’offrir un portrait, mais également de prendre un vrai temps d’échange avec la personne car le développement n’est pas instantané !

    Tomas Bozzato a également pris le temps de l’immersion afin de réaliser des photographies du bâtiment de l’intérieur et dans son environnement. Deux de ses photographies ont servi à réaliser des cartes postales : une pour inviter les habitants à contribuer et l’autre pour les acteurs économiques du quartier. Ces cartes étaient une occasion de présenter le projet de reconversion du bâtiment, de renvoyer vers la plateforme de participation en ligne de la Métropole ainsi que d’inviter à une visite du bâtiment ou un atelier de concertation.

    Les habitants et autres acteurs du quartier ont découvert les photographies de l’artiste, un samedi matin, à l’occasion d’une visite du bâtiment Malraux, organisée avec les services de la Métropole.

    À quels moments l’artiste est-il intervenu ?

    L’artiste Tomas Bozzato est intervenu à plusieurs moments clés de la concertation Malraux. Tout d’abord, il a été présent dans l’espace public, où il a réalisé et offert des portraits photographiques noir et blanc aux habitants du quartier. Il était également présent dans le parc, devant l’école et sur le marché pour aller à leur rencontre et échanger avec eux.

    Il est également intervenu directement dans le bâtiment Malraux, occupé actuellement par des agents de la Métropole.

    Présent le jour où l’exposition a été dévoilée aux habitants, il a pu mettre en lumière les différentes voix des participants et les différentes perspectives du bâtiment.

    Qu’est-ce que ça permet ?

    La présence de Tomas Bozzato a permis d’apporter une sensibilité artistique à la démarche de concertation. Son regard unique a complété le dispositif de recueil de la parole des habitants et acteurs du quartier, et sa présence a permis d’engager des discussions approfondies sur le lieu et la ville.

    Cette démarche a conduit à la réalisation d’un cahier d’acteurs qualitatif, comprenant les ressentis, les idées et les inspirations des participants. Des récits intimes et des idées qui vont nourrir les réflexions autour de la reconversion du bâtiment Malraux !

    Crédits photos : Tomas Bozzato.

    Voici quelques extraits de ce cahier d’acteurs :

    Geneviève Goubel

  • Réinventer un projet associatif avec les adhérents : L’évolution d’Espace Belledonne

    Lecture : 3 minutes

    Dans un contexte de diminution des financements, Espace Belledonne, une association dédiée au développement économique et territorial du massif de Belledonne, relève avec détermination le défi de réinventer son projet associatif. Faisant appel à l’expertise de Sémawé, l’association a engagé une réflexion profonde et participative avec ses membres, visant à redéfinir son rôle et ses priorités. Découvrez comment ces ateliers de concertation ont permis de mobiliser les adhérents et de réorienter le projet associatif. Une histoire inspirante de résilience et d’adaptation au service des acteurs locaux.

    Introduction

    Face à la perte de ses principaux financeurs, Espace Belledonne, une association dédiée à la promotion du développement économique et territorial du massif de Belledonne, fait preuve de résilience et de détermination. L’association a relevé le défi de repenser son modèle associatif et, par extension, son modèle économique. Bien qu’elle ait dû abandonner certains projets faute de financements, elle n’a pas encore dit son dernier mot. Découvrez comment l’association réinvente son projet pour continuer à servir le territoire et ses acteurs socio-économiques.

    Contexte

    Espace Belledonne joue un rôle essentiel en fédérant les acteurs publics et privés du massif de Belledonne. L’association s’engage à promouvoir un développement économique et territorial respectueux des patrimoines et des ressources locales. Toutefois, ces dernières années ont été marquées par la diminution de ses dotations, nécessitant un changement de cap tant sur le plan économique qu’associatif. Face à ces défis, Espace Belledonne se doit de redéfinir ses priorités et son rôle auprès des acteurs socio-économiques locaux.

    La Mission de Sémawé

    Espace Belledonne a sollicité l’expertise de Sémawé pour concevoir et animer trois ateliers de concertation à destination des adhérents. L’objectif : réinventer en profondeur le projet associatif. Ces ateliers visent à accompagner la réflexion des adhérents et à faciliter la prise de décision du bureau.

    Les Ateliers de Concertation

    Ces ateliers sont organisés sur trois territoires distincts pour mobiliser un maximum d’adhérents. L’heure n’est plus à la redéfinition des actions, mais à la réorientation du projet associatif. Trois débats dynamiques sont animés autour de trois phrases clés : les activités, les financements, la gouvernance. Les participants ont pu se positionner, partager leurs avis sur le futur de l’association et contribuer à l’émergence de nouvelles idées.

    Les idées et contributions recueillies ont ensuite servi de matière première au Conseil d’Administration qui a pu élaborer des scénarios pour aider le bureau dans sa réflexion.

    Soirées Belledonne et Veillées

    Pendant l’été, le bureau d’Espace Belledonne a travaillé à partir des contributions issues des débats. Un nouveau scénario sera présenté dans le courant de l’automne lors de trois soirées festives. Vous pouvez retrouver les dates et lieux de ces événements : https://belledonne-et-veillees.com/saison-2023/

    Avec la réinvention de son projet associatif, Espace Belledonne montre sa résilience et son engagement envers le territoire de Belledonne. Cette association dynamique continue de travailler main dans la main avec ses adhérents pour définir un avenir prometteur, en dépit des défis financiers. Soyez prêts à découvrir les fruits de leur réflexion lors des soirées Belledonne à venir !

    Crédits photo : Niléane

    Jeanne de Kerdrel

  • À quoi ressemblent les réunions en Holacracy ? Venez le découvrir par vous-même !

    Lecture : 8 minutes

    Sémawé TV ça existe ? Oui ! Enfin, presque ! Pour le moment, la diversité des programmes se limite à nos réunions de gouvernance et de tactique en Holacratie. Pourquoi est-ce que nous avons fait ce choix ? Comment ça fonctionne ? Qu’en disent les spectateurs ? Réponse à toutes ces questions dans cet article !

    Quels sont les modèles de réunions en Holacratie ?

    La constitution Holacratie 5.0 prévoit deux réunions, la réunion tactique et la réunion de gouvernance. Les réunions de gouvernance sont dédiées à la création, la modification et la suppression des rôles et des politiques, tandis que les réunions de tactique se concentrent sur la résolution rapide des tensions et des obstacles.

    Elles sont toutes deux décrites par des processus explicites. Un facilitateur est chargé de faire respecter le processus de réunion. Le scribe travaille main dans la main avec le facilitateur pour capturer les résultats de décisions de ces réunions. Chez nous, cela se fait sur le logiciel Holaspirit. Si vous souhaitez consulter la gouvernance de Sémawé, elle est disponible publiquement à cette adresse : https://app.holaspirit.com/public/semawe

    Réunion Tactique en Holacratie : Comment ça fonctionne ?

    C’est une réunion qui a du rythme ! Le but ? Cette réunion poursuit 3 objectifs :

    • partager un même niveau d’information,
    • lever les obstacles au travail,
    • détecter les endroits où la gouvernance peut encore être améliorée.

    Qui y participe ?

    Si c’est une réunion régulière du cercle, alors tous les membres du cercle y sont conviés au titre de leur rôle. Cela peut aussi être une réunion organisée avec les rôles qui ont besoin de traiter leur tension ensemble.

    Quel est le carburant de cette réunion ? Les tensions apportées par les rôles présents. La réunion se termine lorsque tous les points à l’ordre du jour sont traités.

    Ce que j’aime dans ce format, c’est qu’il est particulièrement efficace, vivant, ancré dans le réel et centré sur les besoins des rôles présents autour de la table. Je ne sais plus travailler autrement qu’avec ce processus de triage de point ! Si vous voulez dépoussiérer votre bonne vieille réunion du lundi matin, je recommande d’explorer ce format. Jeanne a d’ailleurs rédigé un article à ce propos, je vous conseille cette lecture ici

    Qu’est-ce que la réunion de gouvernance en Holacratie ?

    Bien différente de la réunion de tactique, c’est là qu’on gouverne ! Voici ce qui s’y passe :

    • créer, modifier, supprimer des rôles, cercles, politiques
    • tenir des élections pour les rôles de facilitateur, scribe et représentant de cercle.

    La réunion suit le processus décrit dans l’article 5 de la constitution. Le but est d’améliorer le système d’organisation pour exploiter tous les potentiels qui ne sont pas encore exprimés ou corriger des défaillances de gouvernance. En d’autres termes, nous cherchons à maintenir à jour l’explicitation de notre fonctionnement pour rester efficaces et agiles par rapport à notre environnement.

    Qui y participe ?

    Toutes les personnes qui ont un rôle dans le cercle de la réunion y sont conviées.

    En Holacratie, ces deux types de réunions, la gouvernance et le tactique, travaillent de concert pour créer un environnement où les rôles sont continuellement ajustés, les tensions sont résolues rapidement, et l’organisation peut évoluer avec agilité. La combinaison de ces réunions offre un cadre solide pour une gouvernance distribuée et une prise de décision collaborative, deux éléments clés de l’approche holacratique de la transformation organisationnelle.

    À quoi s’attendre en participant à une réunion publique de Sémawé ?

    C’est simple, vous allez tout voir et tout entendre ! Une immersion dans une vraie réunion de travail. Je dis “vraie” parce que la réunion à laquelle vous allez assister n’est pas un jeu de rôles (enfin si, mais ça c’est un jeu de mot holacratique), ni une représentation que nous aurions préparée en amont.

    De manière pratico-pratique, voilà le portrait-robot d’une réunion publique :

    • elle a lieu en visio,
    • c’est une réunion gouvernance ou une réunion de tactique,
    • elle dure entre 30 à 40 minutes de réunion,
    • elle est suivie d’un temps d’échanges avec les participants observateurs du jour.

    À qui sont-elles destinées ?

    À tout le monde ! Enfin, à tous ceux que ça intéresse ! Il y a une grande diversité dans les profils des visiteurs qui participent. Il peut s’agir :

    • de praticiens déjà expérimentés, curieux de voir une autre organisation qui a adopté Holacratie,
    • de débutants en Holacratie, désireux de voir à quel niveau de fluidité ils peuvent s’attendre dès qu’ils seront rompus à la mécanique des processus,
    • de n’importe qui ayant de la curiosité pour travailler avec de nouvelles pratiques organisationnelles.

    Comment sont-elles organisées ?

    Avec une gouvernance en Holacratie, bien sûr ! Très concrètement, au sein de Sémawé, un rôle est dédié à l’organisation de nos réunions publiques. Voilà à quoi ressemble le rôle Réunions publiques dans notre gouvernance

    En ce moment, c’est Jeanne qui est dans ce rôle. Elle recense les besoins dans l’équipe lorsqu’une réunion publique approche pour que la réunion se tienne dans le cercle ou avec les rôles qui en ont le plus besoin.

    Et pour déployer ses projets, ce rôle peut se faire aider de tout autre rôle dont il a besoin. Par exemple : le rôle Site Web pour rendre visibles les dates sur le site web de Sémawé ou encore le rôle Visio pour obtenir un lien d’inscription à proposer aux visiteurs. Avec ces exemples, j’ai envie de souligner 2 choses :

    • La clarté des rôles permet de travailler efficacement sans se demander “mais qui s’occupe de ça ?”
    • L’explicitation des attentes permet de faire des demandes claires aux rôles en évitant les jeux de pouvoirs.

    Pourquoi Sémawé a choisi de rendre ses réunions publiques ?

    Donner à voir ! Nous répondons aux demandes de nos clients qui débutent en Holacratie et qui ont encore de la difficulté à se projeter dans un fonctionnement mature. Cela répond aussi à une demande de personnes curieuses d’Holacratie qui n’ont pas (encore) adopté ce système de gouvernance pour leur propre compte.

    C’est également un choix audacieux de transparence sur notre gouvernance et notre manière de travailler. C’est une mise en abyme du changement de paradigme que propose Holacratie : adieu l’opacité des modes de décision pour faire toute sa place à l’explicitation des attentes et des autorités.

    Sur le plan des dynamiques d’équipe et de l’expression du leadership, je trouve que ces réunions sont des cas pratiques illustrés. Les visiteurs assistent en direct à l’expression de divergences d’opinion et aussi à de la recherche de solutions. Les spectateurs peuvent observer comment l’équipe gère les tensions, cultive la confiance, et encourage l’expression authentique des points de vue.

    Cette transparence sur les relations interpersonnelles permet aux observateurs de comprendre comment une gouvernance en Holacratie peut favoriser une communication ouverte, un respect mutuel, et une collaboration harmonieuse au sein d’une organisation. Ces réunions publiques révèlent sans chichi comment Sémawé place la transparence et la coopération au cœur de notre propre évolution organisationnelle.

    Enfin, en proposant cette ouverture, nous souhaitons inspirer. Holacratie est encore un système de gouvernance peu connu. La majorité des organisations manquent d’illustration sur des traductions concrètes dans les comportements des personnes, la manière de se parler ou la dynamique de réunion. Nous essayons de pallier ces manques en donnant à voir nos réunions. Je crois que c’est faire preuve aussi de générosité en tant qu’organisation.

    Est-ce que les membres de l’équipe de Sémawé se comportent différemment du fait que ces réunions soient publiques ?

    Oui et non !

    Oui, nous faisons une adaptation matérielle pour que les conditions audio et visuelles soient confortables pour tout le monde. Lorsqu’un visiteur nous le demande, nous mettons en place un dispositif audio permettant aux personnes sourdes ou malentendantes de suivre la réunion dans de bonnes conditions.

    Et non, cela ne change rien à nos réunions. Sur quoi est-ce que je m’appuie pour affirmer cela ? Voilà quelques exemples :

    On tient le timing

    Comme à notre habitude, nos réunions commencent et terminent à l’heure annoncée.

    On priorise notre participation

    Tous les membres de l’équipe priorisent leur travail. Et ça s’applique aussi aux réunions. Concrètement, on s’autorise à ne pas venir à une réunion publique ou à la quitter en cours de route si on estime que l’on peut créer plus de valeur en faisant autre chose au sein de l’entreprise.

    On fait avec ce qui est présent le jour J

    Il n’y a pas de tri préalable dans les tensions qui sont apportées en réunion. Et si j’avais prévu d’apporter un point à l’ordre du jour et qu’il a été réglé avant la réunion, alors je ne l’apporte pas, logique !

    On suit les processus prévus par la constitution

    Il n’y a pas de mystère sur le déroulé, il n’est pas réinventé à chaque fois : on applique le processus de triage ou de gouvernance. Je ne ressens aucune monotonie dans ces processus. À force de les pratiquer, il y a du confort et de l’efficacité dans le traitement des points.

    Quelles sont les réactions des visiteurs ?

    Surprise, reconnaissance, déstabilisation, … lorsque les visiteurs rallument leur caméra, ils ont la possibilité de partager un ressenti, leur réflexion ou des questions. Ce moment de rencontre est très riche. En voici quelques témoignages :

    “Ouvrir ces réunions décrit un cadre relationnel sécure au sein de l’équipe. C’est oser tâtonner, cheminer ensemble devant un public avec un processus.” Apolline.

    “Vous êtes les pionniers d’un nouveau mode d’apprentissage ! Je suis marquée par l’assertivité dans les échanges” Marion.

    “Ça fait 3 ans que je fonctionne en Holacratie, c’était intéressant d’observer cette réunion. Je constate que nous avons des interrogations très proches sur des points de structure de gouvernance”. Paola

    “Le timing de la réunion est très cadencé. Vous avez traité beaucoup de points en peu de temps” Alice.

    “Je suis reconnaissant de pouvoir être une petite souris pour observer tout ça. La discipline et la fluidité sont bien plus grandes [en réunion de gouvernance] que dans un processus de gestion par consentement. Ça m’inspire pour ma pratique en équipe” Florent.

    “Je trouve ça très courageux de vous livrer devant des visiteurs, bravo et merci. Je suis en phase observation d’Holacracy, je m’initie aux termes, vous utilisez des outils que je ne connais pas, cela fait beaucoup de nouveautés. Le cadrage et l’efficacité sont surprenants, j’ai l’élan d’en découvrir d’autres.” Sophie.

    “Je trouve réjouissant de voir que les réunions peuvent se tenir même si tout le monde n’est pas là. C’est apprenant de voir le processus de gouvernance et comment les étapes enrichissent la proposition.” Delphine.

    Quelles sont les prochaines dates ?

    Nous proposons toute l’année de nouvelles dates. Rendez-vous sur la page “nos événements”, vous y trouverez les prochaines dates de nos réunions de tactique, de gouvernance et aussi nos prochains webinaires et autres rencontres ! À bientôt !

    Sarah Dantz

  • Les bases de l’Holacracy : Comprendre les priorités

    Lecture : 14 minutes

    Oeil du coach : Sarah Dantz

    Alors, pourquoi diable devriez-vous vous plonger dans cet article sur l’Holacratie et la gestion des priorités ? Parce que, tout d’abord, ça va secouer votre façon de penser la gestion de vos tâches et de celles de votre équipe. « Priorité » ne veut pas dire « faire tout en vitesse ». En Holacratie, la priorisation doit être explicite (sur ce sujet aussi) et vous allez adorer la décortiquer ici. Découvrez pourquoi il est essentiel de réfléchir sérieusement à ce que vous faites en premier et pourquoi certaines choses valent plus la peine que d’autres.


    Traduction de l’article de Chris Cowan disponible sur Medium

    Pour moi, cet article permet d’appréhender l’autonomie des rôles et leur responsabilité personnelle dans le système que représente l’organisation. Donc si vous en avez assez de dire “je n’ai pas le temps de faire ça !” ou bien “j’aimerais que les objectifs de l’entreprise soient mieux appréhendés par l’équipe.” ou encore “Mais pourquoi est-ce qu’on perd du temps sur telle ou telle chose ?”, cet article est fait pour vous !

    Guide du praticien Holacracy

    À chaque instant, nous établissons des priorités. Parfois, nous le faisons consciemment. Parfois non. Mais dans les deux cas, nous accordons de l’attention à certaines choses au détriment d’autres.

    Lorsqu’il s’agit de choisir ce sur quoi il faut mettre la priorité dans le travail, les règles d’Holacracy fournissent des indications. Ainsi, lorsque vous êtes confronté à une question du type « Dois-je consulter mes e-mails ou dessiner ce nouveau design auquel je pense ? », il peut être utile de savoir qu’il existe une règle constitutionnelle qui stipule que vous devez généralement donner la priorité au traitement des messages plutôt qu’à l’exécution de votre propre travail.

    Mais bien sûr, l’existence d’une telle règle explicite n’est pas d’une grande aide. Après tout, elle dit seulement que vous devez « généralement » donner la priorité au traitement des messages ; et il y a de nombreuses raisons pour lesquelles vérifier votre courrier électronique à un moment donné serait une mauvaise idée.

    C’est le défi que posent les priorisations en Holacracy. D’une part, il existe des règles constitutionnelles claires (sur lesquelles nous reviendrons), et d’autre part, ces règles ne vous disent jamais exactement ce que vous devez faire.

    Le défi est qu’il n’existe pas de formule simple de hiérarchisation A-B-C, 1-2-3, haut-moyen-bas, qui ait beaucoup de sens dans le monde réel, au jour le jour et à la minute près – bien qu’on en ait fait la promotion ad nauseam.– David Allen

    Pour vous aider à comprendre comment Holacracy gère les priorités, voici le sommaire des choses que vous devez savoir :

    1. « Priorité » signifie simplement « le plus important », ce qui n’est pas la même chose que de vous dire quand quelque chose doit être fait (c’est-à-dire la date limite ou le délai), ou quelles ressources cela pourrait nécessiter (c’est-à-dire l’énergie, le temps ou l’argent).
    2. Chacun est responsable de l’établissement de ses propres priorités à chaque instant (et ne négligez pas la partie « à chaque instant »).
    3. On peut faire confiance à chacun pour établir ses propres priorités parce qu’il est également responsable du suivi et de la révision régulière de tout son travail.
    4. La Constitution prévoit quelques priorités standard que chacun doit généralement appliquer.
    5. Chaque Leader de Rôle doit considérer les priorités officielles du cercle comme plus importantes que ses propres objectifs individuels.
    6. Les priorités des Leaders de Cercle sont toujours relatives, ce qui inclut toute échéance ou stratégie explicite.
    7. N’ayez pas peur de remettre ouvertement en question les priorités qui vous ont été attribuées.
    8. Il n’y a pas de formule parfaite ; posez-vous plutôt cette simple question : « Que pourrais-je faire qui produirait la plus grande valeur pour l’organisation ? » et faites ensuite confiance aux autres pour traiter leurs tensions.

    #1. « Priorité » signifie simplement « le plus important », ce qui n’est pas la même chose que de vous dire quand quelque chose doit être fait (c’est-à-dire la date limite ou le délai), ou quelles ressources cela pourrait nécessiter (c’est-à-dire l’énergie, le temps ou l’argent).

    Cela peut sembler évident, mais cela vaut la peine d’être expliqué. Dans les organisations conventionnelles, dire que quelque chose est une « priorité » signifie généralement quelque chose comme « C’est tellement important, faites-le le plus vite possible ».

    Mais dans la pratique d’Holacracy, lorsqu’un Leader de Cercle dit qu’un certain projet est une « priorité » pour le cercle, cela ne signifie pas nécessairement : « Lâchez tout et faites-le maintenant ! » En fait, techniquement parlant, un Leader de Cercle peut qualifier un projet de prioritaire et ne pas s’attendre à ce qu’il soit mené à bien.

    Imaginez un scénario dans lequel le Leader de Cercle des Événements Sociaux définit le « projet X » comme une priorité pour les rôles au sein de ce cercle. Mais il sait également que l’énergie de chacun est, consciemment et de manière appropriée, consacrée à d’autres rôles dans d’autres cercles. Autrement dit, le projet X est la priorité absolue parmi les travaux en cours dans ce cercle, ET comme les travaux dans d’autres cercles sont relativement plus importants, le projet X ne sera probablement jamais achevé.

    C’est parce que nous utilisons une définition stricte de la « priorité », qui équivaut uniquement aux éléments « d’importance » ou de « valeur globale », tout en mettant temporairement de côté les préoccupations relatives aux délais ou aux ressources disponibles, et en nous concentrant de manière rigide sur la question suivante : « Quelle est la chose la plus précieuse pour l’organisation ? »

    À proprement parler, une priorisation ne dit pas quand quelque chose sera fait. Elle vous indique quel résultat est le plus important par rapport aux autres, mais c’est tout ce qu’elle vous dit. D’autres facteurs, comme le temps ou l’énergie disponibles, ou le contexte dans lequel vous vous trouvez, vous aideront également à déterminer ce que vous pouvez faire à tout moment.

    On pourrait donc dire qu’Holacracy a simplement opérationnalisé certaines distinctions qui nous sont déjà familières. Nous avons des règles distinctes pour demander à quelqu’un de travailler à un résultat spécifique (c’est-à-dire un « projet »), pour exiger qu’il vous donne des informations transparentes sur ses progrès et ses prochaines actions (devoir de transparence) et sur sa date d’achèvement estimée (c’est-à-dire une « projection »), et pour exiger que les Leaders de Rôle alignent leur attention sur le travail le plus important de l’organisation (« priorisation »).

    #2. Chacun est responsable de l’établissement de ses propres priorités à chaque instant (et ne négligez pas la partie « à chaque instant »).

    La prise de responsabilité personnelle est un principe fondamental de la Constitution de l’Holacracy. Cela est souligné spécifiquement dans le §2.3 (ou §4.1.3 si vous utilisez la version 4.1), le devoir de priorisation, qui stipule : « En tant que partenaire, vous avez le devoir de prioriser votre attention… ». Cela signifie essentiellement que, peu importe ce qu’un Leader de Cercle, un fondateur d’entreprise ou un « patron » exige de vous, en fin de compte, vous êtes toujours responsable de faire vos propres choix.

    Mais il est important de faire une pause ici. Car ce point est largement exagéré et mal compris, même par les praticiens bien intentionnés d’Holacracy. Cela ne signifie pas que tout le monde peut faire ce qu’il veut. Ou qu’il n’y a pas de conséquences à vos actions. Dire que vous êtes responsable de vos choix n’est pas la même chose que dire que vous avez des options infinies.

    Mais cela n’exclut pas non plus les moments où vous pensez qu’il est judicieux de suivre les conseils de quelqu’un. Par exemple, un Leader de rôle peut choisir de suivre les conseils d’une personne plus expérimentée, mais dans ce cas, le Leader de Rôle est toujours celui qui fait ce choix. Rien de mal à cela.

    Il est presque impossible de prédire l’avenir. Mais c’est également inutile, car la plupart des gens vivent dans le passé. Tout ce que vous avez à faire, c’est de voir le présent avant que tout le monde ne le fasse.– Jason Crawford

    Le fait est que dire « vous êtes responsable de vos choix à chaque moment » n’a rien de nouveau. Les règles d’Holacracy n’inventent pas cette distinction. Nous sommes toujours en train de décider, de prendre de nouvelles informations et de les intégrer dans nos choix. Si je suis à la maison en train de travailler sur un projet important et que le lavabo de ma salle de bain explose, je mettrai le projet de côté pendant un moment.

    Ainsi, ce n’est pas parce que la correction des fautes de frappe dans la présentation est la priorité absolue que vous allez forcément vous y consacrer en premier. Ou même exclusivement. Vous êtes toujours responsable d’utiliser votre propre jugement à chaque instant. C’est tout ce que cela signifie.

    #3. On peut faire confiance à chacun pour établir ses propres priorités, car chacun est également responsable du suivi et de la révision régulière de son travail.

    Il n’y a aucun moyen de garantir que chacun donnera toujours la bonne priorité à chaque instant. Chacun a besoin de l’espace nécessaire pour faire des erreurs. Mais nous pouvons limiter cet espace d’erreur. La Constitution, qui est notre ensemble de règles communes, nous aide à le faire en exigeant deux choses :

    Premièrement, la Constitution exige que chacun suive tout travail actuel ou potentiel pour l’un de ses rôles (§1.2.4). La première étape consiste à déterminer où se trouve le travail, c’est-à-dire quel rôle se soucie de cette question ou de l’obtention de ce résultat. C’est la raison pour laquelle nous posons la question non conventionnelle (et gênante) suivante : « Est-ce que cela a du sens pour vous, dans votre rôle, de travailler à ce résultat ? » plutôt que « Êtes-vous d’accord pour dire que c’est une priorité ? » ou « Avez-vous le temps de le faire ? ». Ces questions peuvent venir plus tard (ou immédiatement après si nécessaire).

    Deuxièmement, la constitution Holacracy exige de chacun qu’il révise régulièrement l’ensemble de son travail suivi (§1.2.4). Ainsi, nous pouvons être sûrs que chacun prend le temps, au moins périodiquement, de prendre du recul sur l’ensemble des travaux actuels et potentiels qu’il pourrait effectuer.

    Cette pratique consistant à revoir régulièrement votre liste de travail est essentielle. Tout le monde devrait le faire (en utilisant sa propre interprétation et au mieux de ses capacités), car sans cette habitude, il n’est pas très logique de faire confiance aux gens pour établir leurs propres priorités au moment présent.

    Maintenant, je vous entends dire « Mais si je ne peux pas faire confiance aux autres pour faire cela ? ». Eh bien, c’est en fait l’intérêt d’avoir une règle explicite. Ni les mots eux-mêmes, ni l’accord de quiconque à ces mots, ne font que quelque chose se passe comme par magie. Mais cela ne signifie pas non plus que vous devez faire aveuglément confiance au fait que tout le monde revoie et hiérarchise régulièrement son travail. Le fait est que vous pouvez (et devez) questionner un collègue sur sa manière et sa fréquence de révision de son travail.

    C’est pourquoi il est si utile d’avoir une règle explicite et partagée à ce sujet ; non pas parce qu’elle fait quelque chose en soi, mais parce qu’elle facilite grandement l’alignement et la clarification.

    #4. Il existe des priorités prévues par la constitution que chacun doit généralement appliquer.

    Même si c’est vous qui prenez la décision finale, il y a un guide prévu dans la constitution. Si nous revenons en arrière et regardons le Devoir de Priorisation, ce qu’il dit en fait est : « En tant que partenaire, vous avez le devoir de prioriser votre attention en accord avec ce qui suit … ». Donc, en fin de compte, vous avez le pouvoir de prioriser à chaque moment, mais vous devez le faire dans le cadre des contraintes suivantes :

    • « Vous devez généralement donner la priorité au traitement des messages entrants destinés à vos Rôles et provenant d’autres Leaders de Rôle plutôt qu’à l’exécution de vos propres Prochaines Actions. » Cela signifie que chacun doit généralement donner la priorité à la communication avec l’équipe plutôt qu’à son propre travail. Le mot clé ici est « généralement ». Cela signifie que vous devez faire preuve de discernement pour déterminer quand il est judicieux de répondre aux e-mails et quand vous devez vous concentrer sur votre propre travail, mais vous ne pouvez pas ignorer complètement les messages des autres, même si vous pensez que votre propre travail est plus important.
    • « Vous devez donner la priorité à la participation à toute réunion définie dans la présente constitution par rapport à l’exécution de vos propres Prochaines Actions, mais uniquement lorsqu’un autre partenaire demande explicitement à prioriser cette réunion. » Cela signifie plusieurs choses. Premièrement, cela signifie que, par défaut, vous n’êtes pas tenu de donner la priorité à la participation à chaque réunion tactique et de gouvernance pour chaque cercle dans lequel vous êtes. Utilisez votre bon sens. Mais si vous voulez vraiment vous assurer que quelqu’un donne la priorité à une réunion, vous pouvez vous référer à cette règle (notez également que cela ne signifie PAS que vous pouvez demander à quelqu’un de donner la priorité à toutes les réunions, mais seulement à certaines).

    Ces deux contraintes sont nécessaires pour garantir que les besoins des autres membres du cercle sont intégrés aux siens. Pour que l’auto-organisation prospère, nous devons équilibrer la polarité de l’autonomie (qui est abordée au point #2) et de l’alignement (qui est abordé par des contraintes sur cette autonomie).

    #5. Chaque Leader de Rôle doit considérer les priorités officielles du cercle comme plus importantes que ses propres objectifs individuels.

    La Constitution stipule que lorsque vous choisissez sur quoi travailler, vous devez prendre en compte les priorités officielles que le Leader du Cercle a données à votre rôle, ainsi que les priorités officielles du cercle et des super-cercles de ce rôle.

    Ok, décomposons tout cela et examinons quelques mots-clés importants.

    • « Leader de Cercle » – Comment savez-vous quelles sont les priorités du cercle ? Eh bien, les priorités officielles d’un cercle peuvent être définies par le Leader de Cercle. Et tout comme chaque rôle doit s’aligner sur son cercle élargi, chaque cercle doit s’aligner sur son super-cercle. Toutefois, étant donné qu’un Leader de Cercle ne peut établir des priorités qu’à l’intérieur de son champ d’action (c’est-à-dire son cercle et ses sous-cercles), les partenaires qui jouent un rôle dans plusieurs cercles différents doivent établir leurs propres priorités entre les cercles. Et si une plus grande clarté est nécessaire, le Leader du Cercle encore supérieur devrait être en mesure d’apporter des éclaircissements.
    • « Officielle » – Les Leaders de Rôles interprètent parfois inconsciemment une priorisation de la part d’un Leader de Cercle alors que ce n’était pas le cas. Par exemple, imaginez qu’un ancien manager vous fasse part d’une opinion tranchée sur un projet. Si cette personne joue également le rôle de Leader de Cercle, il peut être facile pour les autres de supposer qu’il s’agit d’une priorisation officielle. Peut-être était-ce l’intention. Mais peut-être pas. Découvrez-le. Une règle simple : ne considérez pas qu’il s’agit d’une priorité officielle à moins qu’elle n’ait été explicitement désignée comme telle (par exemple :  » Quelle est votre priorité officielle ?  » ou  » Ceci est ma priorité officielle « ).
    • « Traiter comme plus important » – Ce n’est pas parce qu’un Leader de Cercle définit quelque chose comme une priorité que les autres doivent le faire. Non, pas nécessairement. Rappelez-vous que priorité signifie simplement importance. Et il peut y avoir de bonnes raisons (le contexte, l’énergie, etc.) pour lesquelles, un jour donné, il peut être judicieux de travailler sur un projet moins important. Mais les Leaders de Rôle ne peuvent pas non plus ignorer les priorités officielles. On peut ne pas être d’accord avec un ordre de priorité, mais il faut quand même s’y conformer. Encore une fois, utilisez votre jugement pour déterminer ce que cela signifie dans chaque cas.

    #6. Les priorités des Leaders de Cercle sont toujours relatives, ce qui inclut toute échéance ou stratégie explicite.

    Les priorités données par le Leader de Cercle sont, par définition, toujours relatives. « Relatives « , dans ce sens, signifie non absolues, c’est-à-dire non exemptes d’exceptions, de réserves ou de changements. Et quand on y pense, très peu de choses dans la vie sont absolues. Ainsi, l’une des façons d’interpréter une « hiérarchisation relative » est de dire qu’il est impossible de donner la priorité à quelque chose sans en déprioriser une autre.

    Mais il existe une autre interprétation utile. « Les Leaders de Cercle ne peuvent donner que des priorités relatives » signifie que, même avec les interprétations les plus créatives, les Leaders de Cercle n’ont aucun moyen de violer la limite souveraine du jugement d’une personne à un instant T, en lui ordonnant d’entreprendre une action spécifique.

    Comme nous l’avons abordé au point #2, chacun a le pouvoir (et la responsabilité) d’établir ses propres priorités à chaque instant, de sorte que toute priorisation donnée comportera des exceptions possibles parce que, eh bien, c’est la vie. Et personne ne veut que quelqu’un suive aveuglément les ordres au bord d’une falaise. Cela soulève deux sous-questions importantes : A) comment gérer les délais, et B) comment gérer les stratégies.

    • les délais – si la gouvernance ou une priorisation officielle spécifie un délai, vous ne devez pas le considérer comme un mandat que vous devez réaliser coûte que coûte. Parce que les coûts sont importants. Nous devons tenir compte des coûts. La réalité change trop rapidement pour que nous puissions suivre aveuglément des ordres (définis dans le passé) sans aucune considération ni aucun regard sur la façon dont les choses ont pu changer depuis. Mais nous ne voulons pas non plus ignorer les délais. Si nous voulons coordonner nos efforts avec succès, certaines choses doivent se produire à certains moments. Ainsi, au lieu de suivre aveuglément une date limite, traitez-la comme une priorité, c’est-à-dire donnez la priorité aux actions nécessaires pour respecter cette date limite par rapport aux autres actions pour ce cercle.
    • les stratégies – si le Leader de cercle veut définir quelque chose de plus général dans l’intention de l’appliquer à grande échelle, il peut définir une  » stratégie” au sens holacratique, c’est-à-dire une règle empirique destinée à guider les rôles du cercle dans l’identification des priorités. J’ai écrit un article entier sur les stratégies, mais la version courte est qu’une « stratégie » définie par le Leader de cercle, comme « Innover de nouveaux produits et tester le marché plutôt que d’optimiser le statu quo », indique à tous les rôles du cercle de donner la priorité au développement de nouveaux produits plutôt qu’à l’amélioration des anciens.

    « Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’on reçoive un coup de poing en pleine gueule. »
    -Mike Tyson

    Ce qu’il faut retenir, c’est que toutes les priorisations du Leader de cercle sont relatives, même s’il ne le dit pas expressément. Par exemple, si un Leader de cercle se contente de dire :  » Le projet X est très important « , une déclaration qui en soi ne décrit pas une relation relative, tout rôle dans ce cercle doit quand même l’interpréter comme relative.

    Cela étant dit, il pourrait être utile de clarifier en demandant : « Si le projet X est important, alors qu’est-ce que je dois déprioriser ? ». Ou encore, clarifier s’il s’agit même d’une priorité (ex :  » À titre d’éclaircissement, s’agit-il d’une priorisation officielle en tant que Leader de cercle… ou s’agit-il simplement d’une opinion ? »).

    #7. N’ayez pas peur de remettre ouvertement en question les priorités qui vous ont été attribuées.

    Que faire si un Leader de cercle vous dit que quelque chose est prioritaire, mais que vous n’êtes pas d’accord ? La réponse, étonnamment simple, est de le lui dire. Étant donné que vous devrez intégrer et vous aligner sur les priorités qu’il vous donnera, les priorités devraient avoir un sens pour vous (du moins suffisamment pour ne pas créer une sorte de blocage psychologique qui vous empêcherait d’agir).

    J’ai rencontré des Leaders de cercle qui hésitaient à donner des priorités parce qu’ils craignaient que les autres les perçoivent comme des ordres. S’il est vrai que les autres peuvent les interpréter comme des ordres, la solution n’est pas de ne pas les donner. Cela ne ferait qu’accroître la confusion. Au lieu de cela, les Leaders de cercle doivent fournir des priorités claires, mais ils doivent aussi encourager ou solliciter des réactions. Ils doivent préciser que la remise en question d’une priorisation et l’émergence de nouvelles données ou opinions sont les bienvenues.

    Mais même s’il ne l’invite pas explicitement à le faire, tout bon Leader de cercle veut disposer des meilleures données disponibles. Si vous ne savez pas comment aborder poliment ou élégamment la question, voici quelques formules que vous pouvez utiliser :

    • « Mon opinion est que cette autre chose est plus importante, et je m’alignerai sur l’une ou l’autre, mais j’aimerais d’abord obtenir quelques éclaircissements… »
    • « J’aimerais te faire comprendre que cette autre chose est plus importante… »
    • « J’aimerais influencer ta réflexion sur ce point… »

    L’accent est mis ici sur une remise en question ouverte.
    En d’autres termes, n’exprimez pas votre désaccord avec une priorité en sabotant secrètement des projets ou en vous plaignant dans votre coin. Abordez la question.Exposez vos arguments.Voyez ce qui se passe.

    #8. Il n’y a pas de formule parfaite ; posez-vous plutôt cette simple question : « Que pourrais-je faire qui produirait la plus grande valeur pour l’organisation ? »

    Déterminer ce qu’il faut faire à un moment donné est toujours, en fin de compte, une question de jugement intuitif. La réalité est chaotique. Et même si l’existence de priorités explicites peut aider à clarifier cette complexité, dans la pratique, les praticiens peuvent facilement avoir 5, 10 ou 20 priorités explicites différentes à prendre en considération.

    Si cela vous semble insurmontable, je suis d’accord. C’est le cas. Mais la solution n’est pas d’essayer de trouver la formule parfaite pour éliminer comme par magie la complexité réelle à laquelle nous sommes confrontés, mais plutôt de se rappeler qu’il suffit de faire preuve de discernement pour « intégrer et aligner » toutes ces priorités différentes.

    Et pour se sentir à l’aise dans cette démarche, il suffit de se rappeler que l’on peut faire confiance aux autres pour gérer les tensions qu’ils ressentent à propos du temps et de l’énergie que l’on consacre à chaque tâche. Il n’est pas nécessaire d’empêcher les personnes qui vous entourent de ressentir des tensions à propos de ce que vous faites. Il suffit d’indiquer clairement que vous êtes ouvert aux commentaires, aux nouvelles données, aux nouvelles propositions, etc., et que vous ferez preuve de la plus grande transparence possible quant à la manière dont vous déterminez vos priorités.

    « D’accord, mais si je ne sais toujours pas ce qui est le plus important ? » Encore une fois, il n’y a pas de formule parfaite, il n’est donc pas nécessaire de trop réfléchir. Il est généralement préférable d’avoir un plan de base et de commencer à travailler.

    Je vous recommande de vous poser cette simple question : « Compte tenu de tous mes rôles dans tous mes cercles, que pourrais-je faire, dès maintenant, qui créerait le plus de valeur pour l’organisation ? » Puis suivez votre instinct.

    Et si vous obtenez une réponse qui ne vous convient toujours pas (et qui vous empêche d’aller de l’avant), rappelez-vous :

    • L’importance n’est pas le seul facteur déterminant. Le contexte et le temps ou l’énergie disponibles jouent également un rôle. Il se peut que rien ne puisse être fait dans l’immédiat pour la chose la plus importante. Ce n’est pas grave. C’est la réalité. L’important est de décider consciemment de faire autre chose, plutôt que de l’éviter inconsciemment. Il suffit d’avoir une bonne raison de faire quelque chose de moins important.
    • Faites le point. Il est difficile de faire confiance à son intuition lorsque celle-ci est privée de données. Notre intuition fonctionne mieux lorsqu’elle est informée. Dans ce cas, il s’agit d’un examen relativement récent de tous vos engagements et intentions actuels. Même si vous n’obtenez pas de réponse claire quant à la marche à suivre, vous vous sentirez au moins plus à l’aise face à l’ambiguïté.
    • Communiquez vos intentions. Vous n’avez pas besoin de permission pour faire preuve de discernement, mais parfois vous ne vous sentez pas à l’aise pour prendre une décision. Ce n’est pas grave. C’est en se lançant dans l’inconnu que l’on apprend. Mais au lieu de chercher l’approbation des autres, partagez plutôt votre intention (« Hé tout le monde, j’ai l’intention de donner la priorité à X sur presque tout le reste, faites-moi savoir si cela crée des tensions pour vous »).

    Conclusion

    Dans la hiérarchie classique du management, le « patron » vous dit ce que vous devez faire. Peut-être pas tout le temps et peut-être pas explicitement, mais au moins vous vous sentez à l’aise en sachant que tant que vous êtes dans son camp, tout va bien.

    Dans un monde de plus en plus complexe, nous accordons une grande importance à ce type de simplicité. Il est plus facile de donner inconsciemment la priorité à ce que les autres vous ont dit de faire. C’est plus facile, mais ce n’est pas honnête.

    En fin de compte, le problème n’est pas de faire ce que quelqu’un d’autre vous dit de faire ; parfois, c’est ce qui est le plus logique. Le problème est de le faire inconsciemment.

    Les règles d’Holacracy sur les priorisations peuvent nous aider, non pas parce qu’elles rendent artificiellement plus simple ce qui est complexe, mais parce qu’elles nous permettent d’être encore plus conscients de la complexité réelle à laquelle nous sommes confrontés.

    Traduction : Emma Louwagie.

  • Gouverner autrement : Désigner une Co-Présidence et une Direction Générale par l’élection sans candidat

    Lecture : 6 minutes

    Plus une organisation grandit, plus il est difficile de faire participer tout le monde. Pas chez Cabestan ! La coopérative du bâtiment a une exigence démocratique qui la pousse à toujours réinventer sa gouvernance. Pour l’Assemblée Générale de 2023 la coopérative choisit de réinterroger les processus de désignation des instances clés : la Présidence et la Direction Générale.

    Le contexte

    2023 était placée sous le signe de la gouvernance pour Cabestan. L’enjeu ? Renouveler les mandats de Présidence et de Direction Générale.

    Statutairement, ces mandats sont renouvelés par le Conseil d’Administration, ce qui confie la décision à seulement quelques personnes (12). Mais Cabestan est une organisation avec un haut niveau d’exigence sur la décision partagée. En 2019 déjà, la coopérative avait désigné sa Direction Générale par un processus d’élection sans candidat appelé légitimation.

    Pour 2023, pas question de revenir à de simples processus statutaires (même s’ils seront tout de même tenus). Les membres de la coopérative souhaitent réinterroger la manière de désigner les personnes dans les mandats.

    La demande

    En octobre 2022, Cabestan sollicite Sémawé pour être accompagné. La mission ? Ouvrir le champ des possibles pour imaginer d’autres manières de désigner des personnes aux mandats de Direction Générale et de Présidence.

    Accompagnement du groupe de travail pour faire émerger une nouvelle modalité de désignation des mandats

    Un groupe de travail chez Cabestan c’est un groupe composé de membres de la coopérative (associés ou non) et de membres de l’équipe salariée.

    L’accompagnement démarre avec une question clé : mais pourquoi changer ? Pourquoi changer une modalité de désignation qui fonctionne, à savoir :

    • Election de la Présidence par les membres du Conseil d’Administration.
    • Emergence de la Direction Générale par le processus de légitimation, puis nomination officielle par le Conseil d’Administration sur proposition de la Présidence qui est libre de choisir ou pas, la personne désignée par le processus de légitimation.

    Les raisons sont très claires :

    • La coopérative compte maintenant 350 personnes, il faut ouvrir la prise de décision à un plus grand nombre.
    • C’est une occasion de diffuser une culture démocratique et d’impliquer les membres.
    • Mettre en place des processus pour que les personnes désignées se sentent légitimes à assurer ces mandats.

    Pour impliquer un maximum de monde, les rencontres du groupe de travail sont organisées aux 4 coins de la région. À chaque session il y a des participants différents et des participants “fil rouge” qui suivent les travaux depuis le début.

    En 3 sessions de travail, le groupe aboutit à 3 scénarios de désignation des instances. Afin de prendre la température, le groupe présente ses travaux à l’Assemblée Générale de décembre 2022. C’est un point d’étape clé car l’assemblée (100 personnes) :

    • Se positionne très clairement sur l’idée qu’il faut que la Direction Générale et la Présidence soient désignées chacune par un processus de légitimation.
    • Suggère d’approfondir l’idée d’une Co-Présidence.

    Le groupe reprend ses travaux pour finalement aboutir à une proposition qui sera validée par le Conseil d’Administration, une journée de légitimation pour désigner :

    • Une Co-Présidence.
    • La Direction Générale.

    Les 3 personnes désignées auront ensuite 15 jours pour se prononcer sur leur choix d’accepter ou non le mandat.

    Journée de légitimation pour désigner les candidats

    Cette journée est un défi : il s’agit pour nous de faciliter 3 processus de légitimation. À la fin de la journée il faut 3 noms pour 3 mandats. L’ensemble de la coopérative est invité. 62 personnes répondent à l’appel. N’importe quelle personne dans la pièce peut être légitimée et il ne peut pas y avoir d’observateur.

    Le processus de légitimation : Ce processus est librement inspiré de l’élection sans candidat et de l’élection intégrative

    Temps 1 – Appropriation des fiches de mandat par les participants

    Les personnes réunies pour le processus de légitimation échangent oralement lors d’un temps d’appropriation des fiches de mandat et d’interconnaissance.

    Elles prennent un temps d’écriture des fiches de savoirs, savoir-être et de savoir-faire, relatives aux mandats pour lesquels le processus de légitimation est prévu.

    Temps 2 – 1er tour de vote :

    Chaque personne présente, écrit sur un papier son nom et prénom et le nom et prénom de la personne qu’elle souhaite légitimer.

    Chaque bulletin est lu. Son auteur explique son choix, c’est le tour de compliments.

    Temps 3 – Compte des votes et proposition d’un.e candidat.e

    Le facilitateur propose le candidat qui a obtenu le plus de votes.

    Temps 4 – Tour de changement de votes

    Chaque personne annonce si elle maintient ou change son vote.

    Temps 5 – Tour d’objections :

    On procède enfin à un tour d’objections à la proposition.

    La personne qui vient d’être légitimée peut alors objecter sur sa légitimation.

    La personne qui a obtenu le plus de votes s’exprime en dernier, pour être d’abord dans l’écoute des objections formulées, avant de s’exprimer elle-même.

    La question posée pour l’objection sera : “Est-ce que la légitimation de XX au mandat de XX peut causer du tort à l’organisation ?”

    Pour éviter des objections qui seraient en fait des préférences personnelles, le facilitateur pose 3 questions test.

    Les 3 questions “test” sont :

    • Quel est le tort créé ? Peux-tu le décrire factuellement ?
    • Est-ce que de ton expérience tu sais que ça va se produire ou est-ce que tu anticipes que ça pourrait arriver ?
    • Sachant que le processus pour obtenir un trinôme n’est pas terminé, est-ce que l’on peut prendre le risque d’essayer ?

    Les objections (et les compliments dans le tour précédent) portent sur la légitimation, c’est-à-dire les personnes légitimées. Ce temps n’est pas le lieu d’expression des objections sur le scénario lui-même, celles-ci ayant pu s’exprimer en Groupe de Travail.

    Une fois le tour d’objections terminé, on procède à l’intégration des objections en commençant par la personne pressentie pour être légitimée, si elle a objecté. Cela permet de savoir tout de suite si la personne décline la proposition.

    Temps 6 : Expression des personnes légitimées

    La personne légitimée a la parole pour exprimer son ressenti, sur le processus lui-même et sur sa légitimation.

    À la fin de la journée 3 personnes sont désignées. 15 jours plus tard, le 31 mars le trio se dit oui ! Leurs 3 noms seront proposés lors du Conseil d’Administration du 6 juillet 2023, date du vote officiel.

    L’Assemblée Générale 2023 et le Conseil d’Administration pour acter la décision :

    Chez Cabestan qui est une SA avec un CA, l’Assemblée Générale élit les membres du Conseil d’Administration. Les membres vont ensuite élire la Présidence au sein du Conseil et c’est elle qui va leur proposer une personne pour le mandat de Direction Générale. Même si le processus de légitimation a eu lieu, chacune de ces instances reste maîtresse de ses choix. Elle n’est pas obligée de suivre les noms proposés. C’est pour cela qu’il se nomme processus de légitimation, la décision finale restant statutairement dévolue au CA.

    Allez, stop au suspens, à l’été 2023 Cabestan l’Assemblée Générale porte à la Co-Présidence Yaëlle Epyneau et Baptiste Betinas et à la Direction Générale Sébastien Enault ! Nous leur souhaitons un mandat sous le signe de la coopération et de l’action !

    Ce que cela a permis pour Cabestan

    Confier ce sujet à un groupe de travail est une prise de risque, qui est une réelle marque de confiance. Peu d’organisations laissent le soin de proposer des processus de désignation de ces instances à un groupe de travail. C’est donc un réel choix d’ouverture dans la gouvernance. Qu’est-ce que permet une telle démarche ?

    “Des personnes qui ont participé ont pu prendre conscience du sujet de la gouvernance.”Baptiste

    “De donner accès aux informations sur la gouvernance à un grand nombre de personnes. Cela a permis de s’interroger, de participer, de se questionner et d’interagir à différents niveaux de la coopérative.”Yaëlle

    “De se réinterroger sur notre fonctionnement. Ce travail nous a permis de clarifier les rôles, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Ça a été salutaire car cela a permis de voir des dysfonctionnements de gouvernance.”Sébastien

    Ce que nous apprend Cabestan c’est que tout est possible. Une organisation peut faire cohabiter des processus statutaires et des processus coopératifs dans sa gouvernance. C’est un moyen d’impliquer plus largement et de diffuser une culture démocratique en interne.

    Jeanne de Kerdrel