Blog

  • Comment rendre l’animation de ma formation accessible à des personnes sourdes ?

    Lecture : 2 minutes

    En tant que formatrice je me questionne sur mes pratiques et je me heurte à la question du handicap. Comment rendre nos formations accessibles à des personnes porteuses d’un handicap ? Étant peu confrontée au sujet et n’ayant pas de réponse toute faite, c’est une question que j’ai laissée de côté. Et puis, grâce à l’équipe du Messageur je suis passée à l’action pour rendre ma formation accessible aux sourds et malentendants.

    Rendre une formation accessible à des personnes malentendantes c’est possible !

    C’est possible techniquement, grâce aux compétences d’interprète de l’écrit développées par le Messageur. Si vous ne connaissez pas ce métier, je vous recommande de visionner cette vidéo : “qu’est ce que le métier d’interprète de l’écrit ?”

    Et sur le plan pédagogique, j’ai fait des adaptations qui ont bénéficié à tous les stagiaires. La technologie choisie nécessite l’usage d’un micro, il fait office de bâton de parole. Ce micro génère une écoute attentive dans le groupe et amène à ralentir le rythme, deux éléments propices à l’intégration des apprentissages !

    Je raconte ici mon expérience en tant que formatrice :
    https://www.lemessageur.com/accessibilite-lors-de-formations-le-retour-dexperience-de-jeanne/

    Bonne lecture !

    Jeanne de Kerdrel

  • Les réunions du lundi matin : rituel bénéfique ou cauchemar hebdomadaire ?

    Lecture : 4 minutes

    Et vous, comment sont vos réunions du lundi matin ? Est-ce un moment que vous attendez avec joie ou bien un événement que vous voudriez voir disparaître de votre agenda ? Je pense que ce temps de réunion n’est pas une fatalité. Retrouvez ici quelques pistes pour faire de vos réunions d’équipe un rituel utile et bénéfique.

    Ah, les réunions du lundi matin… Certaines personnes les attendent avec impatience, tandis que d’autres préféreraient affronter un troupeau de chats en colère. Mais que se passe-t-il réellement lors de ces réunions hebdomadaires ? Sont-elles un outil essentiel pour faire équipe, ou simplement une perte de temps ? De mon côté, je suis le genre de personne qui bouillonne sur sa chaise dès qu’une réunion traîne en longueur. Pour autant, je reconnais toute la valeur des réunions, mais pas dans n’importe quelles conditions. Dans cet article je vous propose d’explorer quelques leviers pour rendre les réunions d’équipe agréables et efficaces !

    Embarquez pour une nouvelle semaine !

    Une réunion possède une vertu principale : réunir des personnes autour d’une table. Tenir une réunion hebdomadaire ou mensuelle est un repère, un rituel de retrouvailles en équipe. Et les vertus sont nombreuses :

    S’aligner

    Les réunions du lundi matin sont l’occasion idéale de fixer les priorités pour la semaine qui débute. Elles permettent de s’assurer que toute l’équipe est sur la même longueur d’onde et de définir des objectifs clairs.

    Renforcer l’interconnaissance

    Ces réunions peuvent favoriser le travail d’équipe et renforcer les liens entre collègues. Elles offrent également l’opportunité de reconnaître et de célébrer les succès de la semaine précédente.

    Partager des informations ou demander de l’aide

    Les réunions d’équipe sont un lieu de partage d’informations sur des projets en cours, des points clés pour l’équipe. C’est aussi un lieu pour demander de l’aide à des collègues.

    Se coordonner

    Pour mener un projet, organiser une réponse à un client, préparer une mission par exemple.

    Les réunions du lundi matin, le dernier endroit où vous voulez être !

    Les réunions d’équipe sont parfois laborieuses et au lieu de réunir elles deviennent le moment à éviter car les principaux écueils sont que :

    Ces réunions n’aboutissent pas

    Combien de fois avez-vous assisté à une réunion du lundi matin qui semblait durer une éternité sans aboutir à rien ? Elles peuvent être des gouffres de temps car il n’est pas bien clair de qui décide de quoi. Vous assistez donc à du passage d’information ou à des discussions entre quelques collègues concernés mais rien ne permet de prendre réellement une décision, car en fait peu de décisions concernent toute une équipe au complet.

    La réunion termine toujours en retard

    Un grand classique. Comme l’équipe se retrouve enfin, l’ordre du jour est souvent trop chargé et la réunion déborde sur la suite. Cela met tout le monde en tension et il y a un risque que les gens partent ou perdent leur attention sur ce qui est dit.

    La réunion n’a pas lieu au bon moment

    Pour certains, le lundi matin est le moment le plus productif de la semaine. Les réunions interrompent cette précieuse période où ils sont frais et disponibles. Le lundi matin est souvent un SAS pour traiter ses notifications, se connecter aux priorités de la semaine.

    Ce n’est pas un bon moyen pour « faire du lien »

    La réunion d’équipe sert trop souvent de « moment de cohésion ». C’est parfois le seul moment dont une équipe dispose pour se voir. Mais est-ce vraiment propice pour faire du lien avec ses collègues ? Mon point de vue est qu’il y a des temps pour travailler et des temps pour faire du lien. Une réunion efficace vous laissera plus de temps à consacrer à votre vie d’équipe.

    Quelques pistes pour rendre vos réunions agréables et efficaces :

    Clarifier le but de cette réunion

    Le but est-il de discuter en équipe et de créer du lien ? Est-ce un moment de partage d’informations ? Est-ce un moment de débat ou de réflexion ? Est-ce un moment de synchronisation ? Selon l’objectif, la forme et la durée de la réunion vont changer. Par exemple : si la réunion sert à fixer les priorités de la semaine, essayez un format de 15 minutes, debout. Vous verrez ça ira très vite et vous dégagerez ainsi du temps pour des moments informels en équipe.

    Décaler la réunion à 11h ou 14h

    Ainsi chacun prend le temps d’arriver et de raconter son week-end à la machine à café, de traiter ses mails et notifications pour enfin se connecter aux sujets et priorités de la semaine.

    Identifier des sujets communs

    Il ne sert à rien d’occuper la réunion avec un sujet qui va concerner 2 personnes sur 10. Ne gardez en réunion d’équipe que les sujets réellement communs.

    Qui décide ?

    Il y a parfois une tendance à utiliser les réunions d’équipe pour mettre sur la table un sujet et récolter des avis tout azimut. Cela peut bien sûr aider à faire le tour d’une question. Mais le risque serait de se perdre dans un débat sans fin. Posez-vous la question : au final qui va décider sur ce sujet ? Si c’est vous, autorisez-vous à arrêter une discussion dès que vous aurez été suffisamment nourri pour prendre votre décision.

    Conclusion

    Alors, les réunions du lundi matin sont-elles un atout ou un fardeau ? La réponse dépend en grande partie de la manière dont elles sont organisées. Si elles sont ciblées, efficaces et limitées en nombre, elles peuvent certainement être bénéfiques. En revanche, si elles sont chaotiques et envahissantes, elles risquent de nuire à la productivité et de laisser tout le monde avec un goût amer en début de semaine.

    La clé réside dans la planification judicieuse et la réflexion sur la nécessité réelle de chaque réunion. Alors, la prochaine fois que vous vous retrouverez assis à une réunion du lundi matin, demandez-vous : « Suis-je en train d’apprendre ou de contribuer à quelque chose ? » Si ce n’est pas le cas, je vous invite à remettre en question la tenue de cette réunion le lundi matin et de suggérer une adaptation à votre équipe.

    Et qui sait, peut-être que les réunions du lundi matin deviendront aussi le lieu où les idées brillantes fusent et où la semaine démarre du bon pied !

    Jeanne de Kerdrel

  • Sémawé comme entreprise locale engagée pour l’inclusion

    Lecture : <1 minute

    Sémawé, récemment devenue Société à mission, a signé le 16 juin dernier la charte d’engagement du club isérois Les Entreprises s’engagent.

    Les Affiches parlent de nous !

    Place Gre’net parle de nous !

  • Sémawé lance le certificat Gouvernance et Leadership partagés

    Lecture : <1 minute

    J’aime Les Startups parle de nous !

    Dans cet article, J’aime Les Startups parle du certificat Leadership et Gouvernance Partagée co-organisé par Sémawé et l’université Paris-Dauphine.

    À ce propos : la prochaine réunion d’information sur ce certificat a lieu le 4 septembre. Pour plus d’information, cliquez ici .

  • 5 pratiques pour booster vos réunions en Holacracy !

    Lecture : 6 minutes

    L’adoption de l’Holacracy est un apprentissage. On apprend de nouveaux processus, de nouvelles règles de jeu. Mais ce n’est pas parce qu’il y a des règles que Holacracy est un processus rigide. Le piège serait de tomber dans une interprétation des processus qui vous empêche d’agir. Dans cet article nous explorons 5 clés pour soutenir votre pratique des réunions en Holacracy et ouvrir le champ des possibles. Car n’oubliez pas, la première règle de l’Holacracy est : “Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé”.

    1. Tenir des tactiques en dehors des Cercles

    La tactique est un processus de réunion qui permet de traiter efficacement des sujets opérationnels. En Holacracy il y a des réunions tactiques régulières du cercle :

    • Tous les membres sont invités.
    • Il y a une phase de synchronisation avec la check-list, les indicateurs et la revue des projets.

    Mais ces réunions ont lieu si et seulement si c’est utile pour votre cercle de se réunir ! Dans certaines organisations qui ont une pratique depuis plusieurs années, les tactiques de cercle tendent parfois même à disparaître.

    Et puis il y a les tactiques hors cercle :

    • Vous invitez seulement les rôles dont vous avez besoin pour traiter le sujet, même si vous n’êtes que 2 cela fonctionne.
      Exemple : une tactique pour coordonner une réponse à un appel d’offre, une tactique pour l’organisation d’un événement, une tactique pour définir les prochains sujets de votre blog…
    • Dans ce cas, le facilitateur et le secrétaire se désignent volontairement pour la réunion.
    • Après le tour d’inclusion, passez directement à l’établissement de l’agenda et au traitement des points en gardant le processus en tête : chacun apporte ses points, les rôles interpellés répondent, prennent des projets et les 5 pistes sont toujours là pour vous aider à mieux comprendre l’attente de l’autre.

    Dans cette perspective “tactique” devient synonyme de “réunion opérationnelle”. Dans notre expérience nous avons constaté que le temps de réunion était divisé par deux, simplement car nous allons plus vite à l’essentiel. C’est donc une méthode particulièrement efficace dans une période chargée.

    Vous n’avez pas forcément besoin de logiciel pour cela, peut-être que noter vos projets sur un papier ou votre téléphone suffira. Vous pouvez même tenir des tactiques à la machine à café, rien ne l’interdit dans la constitution !Adopter le processus de la réunion tactique pour tous types d’échange opérationnel c’est surtout adopter une posture d’écoute et de coopération, centrée sur le besoin de l’autre.

    Le but est de mieux cerner l’attente de l’autre et d’y répondre le plus directement possible. Et quand ce sera votre tour, vous disposerez de la même écoute.

    Si il y a une chose à retenir c’est : les membres des cercles sont obligatoirement invités mais ne sont pas obligés de venir si quelque chose est plus prioritaire pour la gouvernance, mais pour la tactique ne vous limitez pas et invitez qui vous voulez !

    2. Il est possible de discuter en réunion tactique

    Et oui, c’est possible, si cela répond à votre besoin bien sûr. Attention tout de même à ne pas retomber dans le travers d’une discussion fleuve où chacun vient mêler son sujet à celui des autres.

    Voici quelques questions que le facilitateur peut poser pour éviter cela :

    • À quels rôles tu t’adresses ?
    • Est-ce que tu as vraiment besoin de l’avis de tout le monde ou simplement de ceux qui en ont un ?
    • Après quelques prises de parole, demander : où en es-tu de ton point ? As-tu besoin d’entendre d’autres personnes ?
    • Sachant que tu as toute autorité dans ton rôle pour décider par toi-même, à quel rôle poses-tu la question ?

    En tant que facilitateur, restez attentif à ce qu’aucun autre point ne vienne s’introduire dans le point d’origine. Si c’est le cas, proposez aux personnes d’apporter un autre point à l’ordre du jour.

    En tant que porteur du point vous pouvez aussi vous demander :
    Est-ce que le sujet concerne plusieurs rôles ? Si il ne concerne qu’un rôle et que vous avez vraiment besoin d’échanger avec lui, organisez une tactique à 2.

    3. Prenez soin des individus avec le processus de réunion de gouvernance

    Le processus de gouvernance est parfois perçu comme rigide et inhumain. C’est un processus qui repose sur des étapes à respecter. Les premières fois ce processus peut paraître rigide car il nous fait complètement sortir de nos habitudes de discussion.

    Or ce processus a justement été pensé pour prendre soin à la fois des individus et du collectif. C’est un équilibre toujours recherché en Holacracy comme le précise cet article.

    Ce processus permet :

    • D’exprimer pleinement un ressenti, une intuition, une volonté de changement… En tant que proposeur vous pouvez prendre le temps d’exprimer votre proposition sans être interrompu. Le facilitateur protège cet espace des critiques ou contre-arguments qui pourraient être adressés avant même que vous ayez pu aller au bout de votre idée.
    • De poser toutes les questions de clarification nécessaires. À cette étape, en tant que participant, vous pouvez prendre le temps d’éclaircir les choses. Les questions de clarifications sont puissantes et sont parfois plus utiles qu’une suggestion ou un avis.
    • Que chacun exprime son avis à tour de rôle, sans être interrompu. Le fait que la discussion ne soit pas en “ping-pong” permet à chacun d’exprimer ses idées. Pour les plus timides c’est précieux de savoir que l’on ne va pas être interrompu dans sa prise de parole même si on hésite ou si on marque un silence. Pour les plus à l’aise, cela permet de canaliser également l’espace qui peut être pris naturellement.
    • D’intégrer les objections. Dans des discussions classiques il est parfois difficile de faire entendre sa voix surtout si votre opinion est minoritaire. Le processus de décision intégrative porte une attention particulière aux signaux faibles détectés par les participants à la réunion. Si vous avez le moindre doute sur la décision le facilitateur est là pour vous aider à qualifier votre préoccupation. S’il s’avère que c’est une objection vous aurez la possibilité de discuter avec le proposeur pour intégrer votre suggestion à la proposition. Et ce processus sera répété autant de fois qu’il le faudra pour qu’il n’y ait plus d’objections à la proposition. C’est très précieux car pour une fois ce n’est pas la majorité qui l’emporte !

    De manière plus générale, c’est une critique qui est souvent adressée à Holacracy. Je vous recommande l’article de Brian Robertson à ce sujet.

    4. Soutenez toutes les propositions, qu’elles soient déjà prêtes ou pas du tout

    Lors des réunions de gouvernance les membres n’ont pas besoin d’arriver avec une proposition déjà prête. La constitution ne dit rien de tel. Une personne peut arriver en réunion de gouvernance avec une proposition en tête ou bien avec juste la volonté que quelque chose change.

    Exemple : “Ma proposition c’est que ça change” ou bien “Je propose de changer ce fonctionnement”.

    Les seules exigences pour une proposition sont celles décrites dans l’article 5.3.1 de la Constitution :

    “Pour qu’une Proposition soit considérée comme valide, le Proposeur doit pouvoir :
    décrire une Tension à laquelle la Proposition répondrait pour l’un des Rôles du Proposeur ; et
    donner un exemple d’une situation réelle, passée ou présente, qui illustre cette Tension ; et
    fournir une explication raisonnable de la manière dont la Proposition réduirait la Tension dans cet exemple.”

    Alors évidemment arriver avec une proposition rédigée fait gagner du temps mais c’est aussi un piège car en tant que proposeur il est parfois plus difficile d’être à l’écoute des contributions des autres quand la proposition est déjà bien ficelée.

    5. Le tour d’inclusion comme boussole pour la réunion

    S’il est vu comme une simple étape de formalité alors oui le tour d’inclusion ne sert à rien. Mais à votre avis, pourquoi chaque réunion en Holacracy commence avec un tour d’inclusion (et termine avec un tour de déclusion) ?

    Quand les réunions s’enchaînent et que l’on passe d’un sujet à l’autre sans interruption, il est parfois difficile de se concentrer, d’être focus sur le sujet de la réunion.

    Le tour d’inclusion c’est comme un sas. C’est une transition pour se rendre disponible au temps de travail qui débute. Il introduit une dimension sensible et humaine dans ces réunions.

    Il permet à chacun d’exprimer son état actuel. Pouvoir dire “Je ne me sens pas très disponible, le sujet est loin pour moi mais j’arrive”, c’est permettre à son cerveau de se concentrer.

    C’est aussi une information précieuse pour le reste du groupe. Si je sais que telle personne ne se sent pas bien ou n’est pas très disponible, je vais aussi mieux comprendre ses réactions.

    Dans un tour d’inclusion, chacun reste libre de dire ce qu’il veut et personne n’a le droit de réagir. Pour éviter un tour de “ça va”, en tant que facilitateur vous pouvez poser la question :

    “Partagez une chose qui vous permettra de vous rendre disponible à cette réunion”.

    Il est intéressant que les plus expérimentés dans la pratique fassent attention à être particulièrement modélisants dans les débuts de la pratique. Être modélisant lors d’un tour d’inclusion, il suffit d’être concis, d’être authentique, donc probablement dire des choses un peu différentes selon les jours et qui correspondent à la réalité de votre situation.

    Que vous soyez facilitateur ou participant à une réunion ces 5 clés sont là pour vous aider à vous approprier les processus et à les vivre pleinement. Bonnes réunions !

  • Un Forum Ouvert pour un séminaire d’équipe : témoignage de l’Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise

    Lecture : 6 minutes

    Comment fonctionne le Forum Ouvert ?

    Assis en cercle, sans table, les participants sont invités à produire l’ordre du jour en proposant des sujets de discussion en lien avec le thème autour duquel ils sont réunis. Ils ont été invités en amont, ils connaissent le thème et ont compris qu’ils vont être contributeurs.

    Le facilitateur et l’hôte du Forum Ouvert ont ouvert la séance en créant les conditions qui vont permettre aux participants de prendre des initiatives. Ensuite vient l’étape de la création de l’ordre du jour par les participants : toutes les personnes qui ont envie de proposer un sujet de discussion sont invitées à le présenter brièvement, à choisir un créneau et un lieu pour l’aborder, puis à l’afficher sur « la place du marché ». Cette place sera pendant toute la durée du Forum le « quartier général » où chacun pourra venir se repérer, choisir ce à quoi il souhaite contribuer, proposer de nouveaux sujets : faire son marché en quelque sorte ! À cette étape, c’est un peu le chaos, les chaises sont déplacées, les participants se déplacent, il y a du bruit, ça peut être assez inconfortable pour certains.

    Et puis les séries de discussions au choix des participants, en petits groupes, démarrent pour explorer les idées en lien avec le thème. Et là c’est le moment que j’affectionne particulièrement car les participants sont impliqués : soit ils contribuent et s’expriment avec enthousiasme, soit ils sont hyper attentifs. Ils sont concernés par ce qui se passe !

    Tout cela est permis par la loi « des 2 pieds » et les 2 animaux totem, l’abeille et le papillon. Je m’explique : cette loi dit « si vous n’apprenez plus ou ne contribuez plus… passez à autre chose ». En prenant le costume de l’abeille, vous pouvez aller butiner ou essaimer dans un autre groupe, et en prenant celui du papillon, vous vous autorisez à faire tout ce qui sera important pour vous (aller vous reposer, prendre une pause pour traiter vos notifications, aller boire quelque chose…).

    Le grand journal est l’espace qui permet de recueillir et afficher au fur et à mesure les éléments saillants des différentes discussions. Les rencontres en Forum Ouvert s’arrêtent parfois après cette phase d’émergence, mais en fonction des besoins de l’organisation, une phase de convergence peut suivre : établissement de priorités individuelles ou collectives puis planification des actions à mettre en œuvre, que ce soit un plan d’action personnel ou un plan pour l’organisation. Et l’événement se terminera en cercle, pour un temps de clôture.

    Ça permet quoi un Forum Ouvert ?

    Le Forum Ouvert permet l’exploration d’une question complexe, en réunissant dans le cercle les personnes qui doivent être là et celles qui peuvent contribuer à réaliser le but : des idées, des solutions émergent, les questions importantes sont abordées, des liens se tissent entre les participants, ils s’approprient la démarche et la réflexion.

    Le format Forum Ouvert permet également de traiter une question simple dont on attend des suites rapides, un passage à l’action en consolidant l’équipe et en lui redonnant de l’énergie.

    Les participants évoquent souvent les effets suivants : l’esprit de groupe renforcé, l’énergie, l’enthousiasme, le plaisir à travailler ensemble dans ce format, l’engagement renouvelé ou suscité….

    Quand ne faut-il pas faire appel au Forum Ouvert ?

    Une condition indispensable est que le leader de l’organisation soit ouvert à l’imprévu ; s’il pense avoir la réponse à la question posée, ce n’est pas la bonne approche. L’espace créé est propice aux initiatives, le contexte doit permettre à l’événement de s’inscrire dans une démarche suivie.

    L’hôte pourra tout à fait donner les limites ou les contraintes existantes pour ne pas créer de fausses attentes, mais il ne faudrait pas qu’elles soient trop importantes car sinon l’exploration du sujet ne sera pas créative.

    Et pour l’Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise ?

    L’Agence a expérimenté le format Forum Ouvert en séminaire d’équipe, avec une soixantaine de participants. La question explorée par l’équipe, au cours de la journée était : « quel fonctionnement d’équipe adopter au service des projets, des études, des missions, au sein de l’Agence ? », avec en toile de fond un travail en cours sur la charte de fonctionnement de l’Agence pour ses projets, missions et études.

    « C’était une chouette journée, elle a eu lieu à un moment chargé, où on avait beaucoup de travail. Je suis arrivé sans grande motivation mais c’était plaisant, on a abordé plein de sujets : la place du marché c’est assez incroyable ! Je n’ai pas osé proposer de sujet, je préfère souvent d’abord voir ce que les autres proposent. Les sujets me convenaient aussi, j’ai même dû faire des choix ! C’était fluide et j’ai appris et compris des choses. Il y avait de chouettes moments d’intelligence collective, on a pu croiser nos points de vue. J’ai pu parler avec des collègues avec qui je ne parle pas beaucoup d’habitude. Ça nous a permis de nous approprier notre charte en cours de construction, de rentrer dedans avec d’autres, de partager nos questions, nos réflexions. C’est très ouvert comme format, les thèmes émergent de la base, les questionnements sont ceux des gens, ils sont réels. Je ne m’attendais pas à ce que ça marche aussi bien. Quand on a pris le temps de regarder le Grand Journal : il y avait pas mal de matière produite, c’était riche ! Se pose maintenant la question de l’exploitation de ce contenu et des suites à donner. J’imagine qu’on pourrait utiliser le Forum Ouvert pour explorer des sujets de territoire en intégrant des expertises différentes : pour des projets complexes ça pourrait être intéressant. »

    Gabriel Jourdan
    Chargé d’études à l’AURG depuis 2011

    « Je retiens que ça fonctionne bien, que la liberté donnée, sur une question commune, est très efficace ! Les gens dialoguent ensemble autour d’une même question, chacun amène et repart avec ce qu’il souhaite. Chacun est acteur, j’ai apprécié ça. Le niveau d’implication est variable au cours de la journée et en fonction des individus. On peut être proposeur, en écoute, abeille et papillon : c’est chouette de pouvoir s’impliquer de manière différente et profitable. C’était agréable ce rythme assumé : la construction de l’ordre du jour en temps réel tout au long de la journée, ça laisse de la place à chacun. La diversité des échanges est vraiment intéressante également. Certains temps étaient dédiés à de la transmission d’informations, d’autres ressemblaient à de la formation voire même à du coaching, et il y avait des sujets de production. Il y a eu beaucoup de contributions sur les paperboards du Grand Journal. Ça crée un sentiment d’appartenance, ce qui a été produit a été co-construit, ça génère un état d’esprit constructif. Le contenu est accueilli même si on ne partage pas tout. »

    « On a été partie prenante pour de vrai et si on a pris nos deux pieds, c’était notre choix. Ce qui est avantageux pour l’équipe qui participe, c’est qu’il n’y a pas de préparation en amont, pas de supports PowerPoint à prévoir. Il ne faut pas négliger les attentes que ça crée pour la suite. Et il faut accepter de s’appuyer sur ses équipes à 100%, et être ouvert à ce qui va se passer. Au départ j’étais un peu dubitative à l’idée d’y consacrer une journée et je dois dire que c’était efficace et agréable ! »

    Johanne Bouchut
    Chargée de communication à l’AURG depuis 2022

    « Je ne connaissais pas ce mode d’animation qui pose un cadre tout en laissant la parole ouverte, chacun à une place, sur ses sujets d’intérêt. Les sujets sont abordés en fonction des besoins et des envies des participants. Le fait que certains sujets soient discutés possiblement en très petits groupes, c’est intéressant, ça permet de favoriser l’expression individuelle. Dans notre équipe, certaines personnes sont arrivées depuis peu, le format a permis de voir ce qu’apporte la richesse des profils, des expériences. Les échanges ont permis d’intégrer des visions nouvelles. Nous avons pu enrichir notre charte. J’ai contribué en amont à la préparation de la journée, et ça me paraissait démesuré toutes les tables et les créneaux prévus pour les discussions. Je ne croyais pas que ça serait nécessaire et il y a eu beaucoup de propositions finalement, j’ai été surprise par tous les sujets et les éléments produits ! J’avais une autre crainte liée aux différents niveaux de compréhension de notre charte en cours de construction. J’avais peur que ce soit un frein pour que les participants s’impliquent, mais la loi des 2 pieds ça fonctionne : elle permet à chacun d’être là où il veut être et là où c’est utile pour lui ! »

    Alicia SZYGENDA
    Chargée d’étude Observation et administratrice de données à l’AURG, depuis 2012

    Le Forum Ouvert, un de mes formats favoris !

    J’affectionne particulièrement ce format car je le trouve simple et, comme beaucoup de choses simples, très puissant !

    Dans ma vie professionnelle j’ai vécu deux moments qui ont joué un rôle déterminant : ma rencontre avec le Forum Ouvert et celle avec l’Holacratie. Et ce n’est pas très étonnant car ils se rejoignent en plusieurs points, ils :

    • permettent de concentrer l’énergie des participants sur ce qui est important ;
    • sont basés sur la confiance ;
    • soutiennent la prise de responsabilités ;
    • suscitent l’engagement ;
    • libèrent la créativité ;
    • génèrent de l’enthousiasme !

    Pour en savoir plus :

  • Une plateforme telle que Slack, outil indispensable pour une entreprise en Holacracy

    Lecture : 5 minutes

    Cet article n’est pas une publicité ! C’est un retour d’expérience de Sémawé, sur notre pratique d’organisation en Holacracy, amplement soutenue et rendue facile par l’outil que nous avons choisi : Slack.

    Il en existe d’autres comme TalkSpirit, Teams, MatterMost, les salons Google Chat… que nous avons aussi testés, mais trouvés moins faciles à utiliser.

    Slack est une messagerie collaborative d’entreprise. L’outil centralise l’ensemble des communications écrites d’une équipe. Si l’entreprise était un corps humain, Slack serait le réseau d’artères dans lequel, « un liquide biologique vital » circule continuellement entre les organes pour leur apporter informations et nourriture.

    Cet outil central et distribué permet de travailler de manière transparente, fluide et efficace. Il remplace totalement les e-mails ou autres systèmes de groupes de discussion.

    Pourquoi Slack ou un équivalent est indispensable en Holacracy

    Dans une organisation qui met en place l’Holacracy comme système de gouvernance, l’expérience montre qu’il est absolument nécessaire de disposer d’une plateforme de collision d’informations. Sans elle, il est difficile et laborieux de maintenir la transparence et la coopération en équipe.

    Une plateforme de collision d’informations est un système qui permet très facilement d’aller à la rencontre des informations dont chacun a besoin dans ses rôles, sans être submergé de notifications inutiles. Slack a été la plateforme pionnière des discussions en canaux en 2014, concurrencée ensuite par Teams et une application Open Source : Mattermost. TalkSpirit est un courageux challenger français dans ce monde de grandes plateformes !

    En 2017, Slack crée une innovation qui en fait encore en 2023 la plateforme qui se démarque de loin devant ses concurrentes : la gestion des fils de discussion. Les canaux de communication restent ainsi très lisibles, il est facile d’y rechercher une information et les notifications sont considérablement réduites et mieux ciblées.

    En Holacracy 5.0, des règles de coopération, à l’article 2 de la constitution, demandent aux membres de l’entreprise de respecter certains devoirs. Pour ces différentes règles, un outil comme Slack est un instrument très puissant qui développe la coopération dans une équipe.

    Devoir de transparence

    Chacun doit à tout autre membre de l’organisation la transparence complète sur son travail, les informations qu’il détient, ses projets, ses priorités de travail. Il est seulement demandé aux personnes de ne pas diffuser d’informations qui pourraient causer du tort à être communiquées.

    Le fait que tous les canaux Slack soient accessibles limite considérablement les demandes d’informations : elles sont déjà directement disponibles et accessibles. Même une conversation à laquelle on n’a pas encore participé peut être rejointe à tout moment.

    Slack offre un gain de temps et de clarté précieux pour appliquer ce principe de transparence. Toutes les demandes adressées à d’autres sur un besoin d’information bénéficient potentiellement à toute l’équipe.

    Devoir de traitement de l’information

    Quand une demande est formulée, chacun doit la traiter. Cela ne veut pas dire « faire tout de suite », mais au minimum accuser réception de l’information et annoncer quand elle sera traitée.

    Slack permet de traiter ces demandes en asynchrone, même à distance. La personne qui fait l’objet de la demande a la possibilité d’accuser réception en utilisant un émoji, signifiant ainsi qu’elle a bien vu la notification, puis de répondre dès que cela est possible sur sa meilleure projection pour mener l’action demandée ou la faire directement.

    Devoir de Priorisation

    Chaque rôle a le devoir de prioriser son travail, c’est-à-dire de se poser tout le temps la question de ce qui est prioritaire et de ce qui l’est moins.

    Slack est aussi utilisé pour relancer un rôle sur ses projets. En Holacracy, les rôles sont interdépendants, c’est-à-dire que l’activité d’un rôle dépend régulièrement de l’activité d’un autre rôle. La priorisation permet à chacun de coopérer en bonne intelligence et Slack offre de la visibilité sur cette priorisation qui permet à tout moment à l’organisation de se réajuster, en fonction d’un contexte externe qui génère un imprévu. Imprévu qui nécessite une capacité à faire preuve d’agilité avec de la repriorisation.

    Devoir de respecter les accords relationnels

    Le 4ème devoir de l’article 2 de la Constitution concerne le relationnel en équipe. L’article précise que les membres de l’organisation peuvent passer des accords relationnels. Il s’agit d’accords qui concernent la gestion des relations dans le cadre du travail ou d’accords sur la façon dont un rôle va exercer ses fonctions. Pour que ces accords deviennent des devoirs, ils doivent être écrits.

    Slack permet de centraliser les accords relationnels passés dans l’équipe. Nous avons par exemple créé un canal dédié « accords-relationnels » dans lequel chaque membre propose des accords dès qu’il en ressent le besoin. Pas besoin d’attendre une réunion pour en parler, Slack soutient la spontanéité et le traitement immédiat d’une tension. Quand un membre de l’équipe a besoin de clarification sur un accord, il utilise le fil de discussion pour poser ses questions. La signature d’un accord se fait par l’ajout d’un émoji « coche verte » sous le message en question. En parcourant le canal, il est très facile de voir qui a signé quel accord.

    Le système de rappel de tâches

    En plus d’être un système de messagerie interne, Slack propose une fonction de rappel intitulée « plus tard ». Dans une journée avec peu de disponibilité, cela permet de parcourir les messages non lus et d’identifier ceux pour lesquels une action de votre part est demandée. Comme vous ne pouvez pas toujours y répondre dans l’instant, cette fonction transforme le message en une tâche que l’application va classer dans une section à part. Cela permet de regrouper certains messages dont la réponse est différée. De quoi répondre au devoir de traitement vu plus haut !

    Ce que l’utilisation de Slack génère dans les équipes

    • Une communication assertive : Plus une demande est formulée de manière directe et à la bonne personne, plus elle a de chance d’aboutir. Par des messages courts et mis en forme, Slack pousse à une communication beaucoup plus directe.
    • La transparence de l’information génère de la confiance : Chaque membre a accès aux informations et fait des demandes en cas de besoin.
    • La circulation de l’information permet une grande réactivité dans les échanges.
    • La quantité d’informations traitées de manière asynchrone permet de libérer les agendas des réunions et donc de dégager du temps pour les mettre au profit des clients ou de la vie interne de l’équipe. Il ne reste en réunions que les sujets que l’équipe a vraiment besoin de traiter collectivement et oralement.
    • Une qualité de présence : Les réunions sont programmées avec une intention claire et un ordre du jour allégé des sujets annexes ou qui ne concernent que quelques personnes dans le groupe.
    • De la coopération car il est plus facile de demander de l’aide ou d’en apporter.
    • Une responsabilité partagée, car chacun peut relancer, réagir, alerter car il détecte une incohérence.
    • Une qualité de la relation client : car dans les boîtes mails de l’équipe, il n’y a que les demandes clients. Les demandes sont traitées plus rapidement car elles ne sont pas noyées au milieu d’informations internes à l’équipe.

    Slack atteint tout son potentiel quand il est l’unique outil d’échanges internes et que l’information y est classée dans des canaux précis. La fluidité d’échange et la transparence offerte par Slack en font un outil indispensable en Holacracy, mais aussi un formidable accélérateur de la coopération en équipe, que vous soyez en Holacracy ou pas.

    Alors prêts, prêtes à ouvrir une boîte mail sans aucun e-mail interne ?


    Autres articles :

  • Ils conçoivent des pumptracks en Holacratie, rencontre avec Yannick Menneron, leader de Bike Solutions

    Lecture : 3 minutes

    BikeSolutions est une entreprise qui accompagne dans la conception et la construction d’aménagements destinés à la pratique du vélo et des glisses urbaines en France et à l’international. Spécialisée dans les pumptracks en enrobé et les aménagements VTT, leur métier est de créer des espaces ludiques pour vélo, et contribuer au bien commun à travers des espaces intégrés dans leur milieu, utiles, sécurisés et esthétiques.

    Basée dans les Alpes, l’organisation est co-dirigée par Yannick Menneron, Yohann Vachette et Maxime Higel depuis 2007. Aujourd’hui, l’équipe est constituée d’une quinzaine de personnes et a connu une croissance régulière.

    La société a entamé en 2022 un chemin de clarification de sa raison d’être, de ses grandes orientations stratégiques et de sa gouvernance. Parmi les grands objectifs stratégiques de l’entreprise figure le mot “résilience”. À ce titre, adopter un système de gouvernance agile et vivant devenait essentiel.

    Ils se sont donc intéressés aux systèmes auto-gouvernés, et parmi eux, l’holacratie avait pour avantage supplémentaire de clarifier le “qui fait quoi”, de développer le leadership et d’être déjà un système éprouvé. En octobre de cette même année, ils décident donc de signer la Constitution Holacratie lors d’un séminaire d’équipe.

    Comment se passe le déploiement de l’Holacracy au sein de BikeSolutions ?

    Eh bien on a les mains dans le cambouis ! On est en plein dedans : nous avons été formés et dorénavant c’est à nous de jouer. Je ne peux pas dire que ce soit facile car changer une organisation à ce point n’est jamais évident : on ne fait pas juste changer l’organigramme, on demande aussi un changement de posture complet des collaborateurs, c’est la partie la plus difficile, y compris pour moi.

    La formation de praticiens en holacratie de Sémawé a bien sûr été essentielle, 8 collaborateurs sont formés pour développer l’holacratie dans toute l’organisation, et depuis nous faisons des points réguliers sur nos progrès, Sémawé nous accompagne sur toutes les réponses à nos questions qui fusent un peu tout le temps ! Donc globalement ça se passe bien, on progresse mais nous sommes encore assez loin d’une pratique globale mature et “stable”.

    As-tu remarqué des changements ? Qu’est-ce que tu observes de différent dans la dynamique d’équipe ?

    Oui heureusement ! Le changement le plus rapide est venu sur la gouvernance de la société, la clarification du qui fait quoi, avec les cercles, les rôles, les redevabilités, la stratégie… On a fait un chouette travail commun là-dessus, le découpage de notre activité en rôles et cercles est déjà plutôt complet et plutôt stable. C’est déjà un bon pas en avant.

    J’observe aussi des réunions plus efficaces, et une partie de l’équipe qui est motrice pour le changement, cela suffit à créer un effet d’entraînement.

    Comment abordes-tu ce changement en tant que dirigeant et pilote de la transformation ?

    Pratiquer l’holacratie de manière mature n’est pas naturel : cela demande des efforts d’adaptation importants, de la part de tout le monde. Ce n’est pas juste un changement d’habitudes de travail, c’est un changement de posture ! Aujourd’hui je touche du doigt cette difficulté. Je la comprends pour moi, et je la comprends aussi pour les autres.

    Face à cela, je ne fais pas le malin, j’essaye de faire de mon mieux, tout simplement. Je ne veux pas fixer d’objectif daté, j’accepte pleinement que les différents membres de l’équipe abordent ce changement de manière diverse et à leur rythme.

    Pour avancer malgré tout, je reste focalisé sur deux choses : d’une part veiller à ce qu’à l’échelle de BikeSolutions les progrès soient réguliers, et d’autre part que je puisse progresser moi-même, afin d’améliorer mon influence positive sur les autres dans ce changement.

    En tous cas je reste pleinement motivé : je sais qu’il reste beaucoup de travail, mais je suis sûr que nous sommes sur la bonne voie.

  • Comprendre les accords relationnels

    Lecture : 14 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan disponible ci-dessous :
    https://www.holacracy.org/blog/understanding-relational-agreements/

    Introduites dans la Constitution en Holacracy (v5.0), les règles relatives aux « accords relationnels » ont été ajoutées en complément de la gouvernance. Cela a rendu certaines choses plus claires, mais a également introduit une certaine complexité.

    Mais avant d’en dire trop à leur sujet, je dois introduire un présupposé que je soulignerai plusieurs fois dans l’article : si vous n’avez pas besoin d’un accord explicite avec quelqu’un, n’en cherchez pas un artificiellement.

    Comme pour la gouvernance, si les choses fonctionnent bien comme elles sont, laissez-les tranquilles. Les accords relationnels doivent être fondés sur la tension. Maintenant, entrons dans les détails.

    3 types d’accords relationnels

    Bien que le terme « accord relationnel » désigne un type général de travail spécialisé, ce sont en fait 3 outils spécialisés pour 3 travaux spécialisés différents :

    1. Un accord entre au moins deux personnes dans le but d’aider les collaborateurs à résoudre les tensions interpersonnelles. Exemple : « Lorsque Clément se plaint à Martha d’un problème de travail ou de partenariat, Martha accepte de poser des questions de clarification non réactives sur l’intention (par exemple : « Cherches-tu des conseils ou as-tu simplement besoin d’un espace pour te défouler ? »). »
    2. Un accord entre l’organisation et une ou plusieurs personnes dans le but de clarifier le comportement attendu de la ou des personnes et non de l’un des rôles qu’elles remplissent. Exemple : « Lorsque je prévois de prendre des congés et que je peux raisonnablement m’attendre à ce que d’autres personnes soient affectées par mon absence, j’accepte d’en informer à l’avance tous les partenaires concernés. »
    3. Un accord exigé par l’organisation dans le but de définir les conditions d’emploi ou de partenariat.
      Exemple : « Je n’aurai aucun contact verbal, écrit ou physique avec un autre partenaire qui dénigre ou montre de l’hostilité à l’égard de quelqu’un en raison de sa race, de sa couleur, de sa religion, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son identité ou expression de genre, ou de son origine nationale. »

    J’ai constaté que ces différences font qu’il est extrêmement difficile de parler simultanément des 3 types de manière cohérente. Plusieurs points sur lesquels je veux insister à propos des 2 premiers types sont, en pratique, faux pour le troisième. Par conséquent, cet article se concentrera sur les 2 premiers types, et je publierai un autre article portant spécifiquement sur les accords relationnels et les contrats de travail.

    Voici un résumé de ce que vous devez savoir :

    1. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un terme technique, l’« accord relationnel » a une définition spécifique dans la constitution en Holacracy.
    2. De manière générale, les accords relationnels concernent les personnes et non les rôles.
    3. Les accords relationnels doivent viser à adopter des comportements concrets, et non à exiger de quelqu’un qu’il adhère à un principe abstrait.
    4. Les accords relationnels ne peuvent être que demandés, et non exigés.
    5. En l’absence de conseils sur la façon d’explorer, de demander ou de renégocier un accord relationnel, il existe deux méta-accords qui peuvent être particulièrement utiles.

      En plus des points ci-dessus, j’ai ajouté une section bonus :
    6. Questions fréquemment posées :
      • Qu’est-ce qui distingue un bon accord relationnel d’un mauvais ?
      • Comment en demander un à quelqu’un ?
      • Comment s’assurer que quelqu’un respecte un accord relationnel qu’il a passé ?

    1 – Bien qu’il ne s’agisse pas d’un terme technique, « l’accord relationnel » a une définition spécifique dans la constitution en Holacracy.

    L’article 2 de la Constitution (v5.0) détaille les « Règles de coopération » pour les signataires de l’organisation, qui inclut une section sur les accords relationnels et comment ils sont censés fonctionner. Commençons par ce que dit concrètement la constitution :

    “En tant que signataire, vous pouvez avoir des « accords relationnels » avec d’autres signataires. Il s’agit d’accords sur la manière dont vous allez travailler ensemble au sein de l’Organisation, ou sur la manière dont vous allez remplir vos fonctions générales en tant que signataires de l’Organisation. Ils peuvent compléter ou clarifier les devoirs énoncés dans le présent article, mais ils ne peuvent pas entrer en conflit avec eux.

    Les accords relationnels doivent rester axés sur l’élaboration de comportements qui sous-tendent généralement le travail ; ils ne peuvent pas fixer des attentes quant au travail à effectuer dans un rôle, ni des attentes quant à la manière dont un signataire établira ses priorités entre différents rôles. En outre, ils ne peuvent spécifier que des actes concrets à accomplir ou des contraintes comportementales à respecter ; ils ne peuvent pas inclure des promesses d’atteindre des résultats spécifiques ou d’incarner des qualités abstraites.

    En tant que signataire, vous pouvez demander un accord relationnel à un autre signataire pour vos préférences personnelles ou pour servir un rôle que vous remplissez. Ce partenaire peut accepter ou refuser l’accord relationnel demandé en fonction de ses préférences personnelles. Sauf accord contraire, l’une ou l’autre partie peut résilier ultérieurement l’accord relationnel en le notifiant à l’autre partie.

    En tant que partenaire, vous avez le devoir d’aligner votre comportement sur les accords relationnels écrits que vous avez conclus. Toute personne facilitant une réunion ou un processus pour l’Organisation peut également appliquer ces Accords Relationnels pendant cette réunion ou ce processus, tant qu’ils ne sont pas en conflit avec ce qui est défini dans cette Constitution.”

    Il y a beaucoup de choses à analyser ici, alors examinons chacun des éléments importants un par un. Mais pour vous éclairer dès le départ, voici quelques exemples réels de ce à quoi ressemble un accord relationnel de type Holacracy :

    • Un groupe en formation accepte d’honorer automatiquement toute demande de confidentialité.
    • Les membres du cercle acceptent de s’abstenir d’utiliser de manière soutenue leur téléphone portable pendant les réunions prévues.

    J’ajoute deux petites remarques sur ces exemples. Premièrement, je ne dis pas nécessairement que ce sont de bons accords relationnels – simplement qu’ils répondent à la définition en Holacracy.

    Deuxièmement, ces exemples réels ont été créés pour apporter de la clarté dans de vraies relations afin de résoudre de vraies tensions. Je les partage uniquement pour transmettre l’énergie et l’orientation appropriées d’un accord relationnel, et non pour suggérer que ces accords spécifiques sont en quelque sorte objectivement ou universellement utiles. Si vous n’avez pas besoin d’un accord explicite avec quelqu’un, n’en cherchez pas un artificiellement.

    2. D’une manière générale, les accords relationnels concernent les personnes, et non les rôles.

    La gouvernance de votre organisation reflète directement les attentes, les pouvoirs et les restrictions qui s’appliquent au travail de l’organisation. Ainsi, une responsabilité telle que « Mettre à jour le site Web de l’entreprise » pour un rôle de Webmaster définit une activité attendue, mais elle ne dit rien sur le comportement personnel de celui qui remplit le rôle.

    Alors, que faites-vous si le titulaire du rôle de Webmaster ne répond pas à vos SMS ? Ou, si Cyril est toujours en retard aux réunions ? Il ne s’agit pas seulement d’un rôle unique qu’il remplit, mais d’un comportement personnel qui a un impact sur tous ses rôles.

    La gouvernance n’est pas un bon outil pour résoudre ces tensions, et c’est là qu’un accord relationnel peut être utile. Bien que les accords relationnels ne puissent pas être utilisés pour établir des priorités ou faire des promesses pour atteindre certains résultats, ils peuvent être utilisés pour aider les gens à résoudre des conflits interpersonnels en explorant et en définissant des comportements concrets pour améliorer nos relations de travail.

    Et si vous vous dites : « Pourquoi ne pas aller leur parler directement ? », vous êtes sur la bonne voie : Parler directement avec les gens de leur comportement est souvent la meilleure option, même si les règles en Holacracy ne disent rien sur la façon de mener cette conversation (bien que je partage quelques bonnes pratiques dans la FAQ).

    De plus, si vous avez déjà essayé l’approche du feedback direct, vous savez que ces conversations peuvent facilement vous exploser à la figure. C’est là qu’un accord relationnel (ou la recherche d’un tel accord) peut être utile.

    3. Les accords relationnels doivent viser à adopter des comportements concrets, et non à exiger de quelqu’un qu’il adhère à un principe abstrait.

    Ce sujet mérite son propre article, car il y a ici un principe qui s’applique généralement à toute la pratique d’Holacracy : la distinction entre des principes (qualités abstraites) et des pratiques (comportements concrets).

    Et c’est une distinction que nous n’avons généralement pas besoin de faire. Les parents disent à leurs enfants d’être « gentils ». Une personne peut demander à « se sentir aimée » par son conjoint. Mais aussi naturel que cela puisse être de le dire, ce n’est généralement pas très utile de l’entendre.

    Remarquez ces deux approches du règlement intérieur. Celle de gauche est plus clairement orientée vers des comportements concrets. Celle de droite semble plus axée sur les principes. Par exemple, « Jouez gentiment » (“play nice”), et même si certaines règles de gauche sont plus concrètes : par exemple, « Dites s’il vous plaît et merci » (“Say Please and Thank You”), elles sont surtout vagues et abstraites. Les accords relationnels devraient ressembler davantage à ceux de gauche.

    Le problème lorsqu’on demande à quelqu’un d’adhérer à un principe tel qu’« être gentil », c’est que cela ne donne pas la clarté dont quelqu’un a besoin pour respecter raisonnablement cet accord. Comment sauriez-vous que quelqu’un est gentil ? Quel comportement observable vous permettrait de le savoir ?

    Les principes fonctionnent bien en tant qu’heuristiques pour aider un individu à les interpréter et à les appliquer subjectivement. Mais si je veux que quelqu’un d’autre accepte quelque chose, et si je veux qu’il m’aide à répondre à mon besoin, plus la description est concrète, mieux c’est.

    Bien entendu, tout comme la gouvernance, il n’existe pas de clarté parfaite ou de concrétisation parfaite. Il s’agit d’un spectre ; utilisez ce qui a du sens pour vous. Mais pour vous faire comprendre, voici quelques exemples concrets qui illustrent la différence et vous montrent pourquoi il est souvent préférable de définir un comportement concret :

    • Imaginez que vous êtes en train de paniquer à propos de quelque chose et que quelqu’un de votre entourage vous dit de vous « calmer ». Imaginez maintenant le même scénario, mais que la personne vous dise plutôt de « respirer profondément ».
    • Si deux enfants se disputent un jouet, au lieu de leur dire de « partager », dites-leur plutôt « chacun son tour ».

    Bien sûr, définir un comportement concret satisfaisant n’est généralement pas facile. Mais c’est là l’essentiel. En faisant le difficile travail de clarification maintenant, vous augmentez vos chances d’améliorer les choses à l’avenir. Et encore une fois, rappelez-vous : si vous n’avez pas besoin d’un accord explicite avec quelqu’un, n’en cherchez pas un artificiellement.

    4. Les accords relationnels ne peuvent être que demandés, pas exigés.

    Les accords relationnels ne doivent être basés que sur le volontariat. Tout comme le point précédent sur les principes abstraits par rapport aux comportements concrets, il existe un spectre entre une demande et une exigence, mais un spectre sur lequel nous pouvons faire des distinctions significatives et non évidentes.

    Note : Et si vous vous demandez comment des accords « requis » par l’organisation peuvent encore être considérés comme des demandes et non des exigences, suivez-moi sur Medium pour ne pas manquer le prochain article.

    La meilleure définition que j’ai trouvée de la différence vient de Marshall Rosenberg, pionnier de la Communication Non Violente, qui dit, en substance, que si vous vous sentez contrarié lorsque quelqu’un rejette votre demande, alors ce n’était pas vraiment une demande, mais une exigence implicite.

    Ce n’est pas rien, car l’une des raisons pour lesquelles les accords relationnels ont été ajoutés à la Constitution était de renforcer le principe selon lequel les gens ne sont responsables que de ce qu’ils ont consciemment accepté.

    Alors, que faites-vous si quelqu’un vous ennuie ? Imaginez qu’il salisse le micro-ondes dans la salle de repos et ne le nettoie jamais, ou qu’il parle trop fort au téléphone. Lui demandez-vous simplement d’arrêter ? Eh bien, oui.

    Mais bien sûr, la façon dont vous demandez a son importance. Et la plupart d’entre nous n’ont pas l’intuition de formuler nos demandes de manière à ce que les autres puissent facilement nous aider à les satisfaire.

    5. En l’absence de conseils sur la façon d’explorer, de demander ou de renégocier un accord relationnel, il existe deux méta-accords qui peuvent être particulièrement utiles.

    D’une certaine manière, nous sommes arrivés à la fin de ce que la Constitution en Holacracy nous dit sur les accords relationnels. Elle les définit, mais c’est à peu près tout. En d’autres termes, elle ne dit pas grand-chose sur la manière dont ces accords devraient être mis en œuvre.

    Autrement dit, certaines des questions les plus intéressantes concernant le processus de demande ou de mise à jour des accords ne sont pas précisées.

    En l’absence de règles sur le processus des accords relationnels, je ferai de mon mieux pour essayer de répondre à des questions de processus spécifiques dans la FAQ. Mais d’abord, je veux partager deux méta-accords (c’est-à-dire qu’ils ne sont eux-mêmes que des accords relationnels), qui, je pense, fournissent une base simple et suffisamment efficace. Ces accords sont les suivants :

    • J’accepte d’attirer l’attention de quelqu’un lorsque je pense qu’il a enfreint un accord relationnel qu’il a conclu.
    • Si l’on attire mon attention, j’accepte d’explorer si oui ou non j’ai enfreint un accord relationnel que j’ai passé ; et si c’est le cas, sur demande, d’explorer tout impact sur les autres avant de réaligner mon comportement ou de changer l’accord.

    Je pourrais en dire long sur le raisonnement qui sous-tend ces accords, mais j’espère que cela va de soi. D’après mon expérience, ils reflètent plus ou moins les attentes implicites concernant la façon dont les accords relationnels sont mis en œuvre dans des environnements sains.

    Cela dit, ces accords ne sont que cela. Ils ne fournissent pas vraiment de détails substantiels, et les détails autour de ces choses sont vraiment importants. Pour ceux qui sont intéressés, la section suivante fournira, nous l’espérons, quelques éclaircissements supplémentaires.

    6. Questions fréquemment posées

    Note : Je vais faire de mon mieux pour tenter de répondre aux questions les plus courantes, mais je tiens tout d’abord à préciser que nous allons au-delà des règles constitutionnelles explicites pour formuler des recommandations personnelles. Vous pouvez aussi vous référer à des méthodologies spécifiques comme la Communication Non Violente, la Thérapie Centrée sur les Systèmes, ou la MétaRelation pour plus de détails.

    A) Qu’est-ce qui distingue un bon accord relationnel d’un mauvais accord ?

    Il vient résoudre une tension. Si vous n’avez pas besoin d’un accord explicite avec quelqu’un, n’en cherchez pas un artificiellement. Un bon accord relationnel est directement lié à une tension réelle ressentie par quelqu’un (c’est-à-dire qu’il ressent un malaise/une frustration). En d’autres termes, un accord relationnel ne devrait pas être proposé artificiellement pour prévenir le malaise, mais devrait être utilisé pour aider à traiter certains des malaises naturels qui surviennent dans toute relation.

    Dans la mesure du possible, il doit être exprimé de manière positive. En d’autres termes, il est généralement préférable de demander à quelqu’un de faire quelque chose plutôt que de lui demander d’arrêter de le faire. Par exemple, imaginons qu’un mari demande à sa femme de passer moins de temps au travail le soir. Elle accepte et commence à passer plus de temps avec ses amis. Ce n’est pas le résultat qu’il souhaitait. Donc, plutôt que de demander aux gens de se mettre d’accord sur « Je ne laisserai pas de tasse de café dans les salles de réunion », demandez-leur plutôt de se mettre d’accord sur quelque chose comme « Je nettoie après mon passage ».

    Remarque : les accords relationnels exigés par l’organisation sont souvent formulés par la négative ; c’est-à-dire qu’ils sont anti-harcèlement, anti-discrimination, anti-rétorsion, etc.

    Il s’agit bien d’un accord que vous voulez (c’est-à-dire que vous ne voulez pas autre chose). Lorsque nous ressentons une tension avec quelqu’un, il existe de nombreux types de conversations significatives à avoir pour résoudre cette tension. Par exemple :

    1. vous voulez peut-être simplement être entendu et compris.
    2. vous voulez peut-être faire part de vos réactions à l’autre personne pour qu’elle en tienne compte.
    3. vous voulez peut-être mettre les choses au clair avec quelqu’un.

    Aucune de ces situations n’inclut nécessairement une demande d’accord relationnel. Et en réalité, un accord relationnel n’est pas du tout un type de conversation, mais un résultat possible de toute conversation relationnelle.

    Il peut être ponctuel ou permanent. Même si la règle de la Constitution stipule que vous devez aligner votre comportement sur tout accord relationnel « écrit », il est utile d’envisager également des accords non écrits ou ponctuels. Par exemple, si vous vous inquiétez de ne pas être compris dans une conversation, vous pouvez demander cet accord ponctuel : « J’aimerais partager quelque chose. C’est important pour moi que tu comprennes ce que je dis, alors après que j’ai parlé, accepterais-tu de me répéter ce que tu as entendu et de me laisser corriger ou clarifier ce qui t’a échappé ? ».

    Il doit être aussi précis que nécessaire. La clarté parfaite n’existe pas. Et surtout lorsqu’il s’agit d’accords entre personnes, nous ne devons pas les rendre plus ou moins détaillés que ce qui est nécessaire pour résoudre le problème. Comment savez-vous que cela résout le problème ? C’est simple : Si l’interlocuteur a l’impression que sa tension a été résolue, c’est suffisant pour le moment. Essayez-le, et mettez-le à jour si nécessaire. Encore une fois (et je vous promets que c’est la dernière fois que je le dis…) rappelez-vous : si vous n’avez pas besoin d’un accord explicite avec quelqu’un, n’en cherchez pas un artificiellement.

    B) Comment demander un accord à quelqu’un ?

    Faites votre propre travail préalable. En général, vous devrez faire un travail préalable pour vous assurer que vous vous adressez à l’autre partie ou aux autres parties avec la bonne énergie (c’est-à-dire l’énergie d’une requête et non d’une exigence). Cette forme d’enquête révèle souvent d’autres options et voies. Vous pouvez découvrir que ce n’est pas vraiment d’un accord relationnel dont vous avez besoin, mais d’une modification de la gouvernance. Ou encore, vous pourriez avoir besoin de réfléchir à la question suivante : « Quelle mesure concrète pourrait-il prendre pour que je me sente mieux ? » Si vous abordez la personne avec ouverture et curiosité, vous pourrez peut-être explorer les options ensemble, mais obtenir un peu de clarté pour vous-même aide souvent.

    Traitez cela comme une conversation, pas comme une présentation. C’est bien d’arriver avec une demande concrète, mais ne vous attendez pas à ce que tout se passe bien si vous la déposez sans prévenir sur le bureau de quelqu’un. Obtenez d’abord l’accord de la personne avant d’entrer dans les détails (par exemple : « As-tu le temps de parler d’un sujet relationnel avec moi ? »). En outre, attendez-vous à ce que votre interlocuteur ait des questions sur ce que vous partagez, et considérez son besoin de comprendre votre demande comme égal à votre propre besoin d’être compris.

    N’oubliez pas que la recherche d’un accord relationnel peut suffire en soi. Après avoir parlé un peu, vous pourriez découvrir qu’il n’y a rien que vous souhaitiez demander. Votre tension est résolue. Dans ce cas, je conseillerais généralement de continuer à chercher une demande un peu plus longtemps, mais il se peut aussi que vous ayez simplement besoin d’un espace pour partager telle frustration. Dans ce cas, j’ai constaté qu’il est généralement possible de demander à celui qui vous écoute de simplement « prendre en compte » ce que j’ai partagé, mais qu’il n’est pas nécessaire d’obtenir un accord.

    Mettez-le par écrit. Je sais, je sais – ça semble inutilement formel, non ? Eh bien, peut-être que ça l’est. Mais je peux vous dire ceci : vous gaspillez potentiellement la valeur de la clarté que vous avez créée si vous ne saisissez pas ce qui a été convenu. Le fait d’avoir un accord explicitement écrit permet de saisir les détails, qui sont ce qui vous permet d’aller de l’avant. Encore une fois, ce n’est pas toujours nécessaire, mais mieux vaut prévenir que guérir.

    C) Comment s’assurer que quelqu’un respecte un accord relationnel qu’il a passé ?

    Un accord relationnel n’est pas une promesse ; il s’agit seulement d’une intention d’y adhérer. Je parle de ce principe en général comme d’une intention d’adhérer, ce qui tente de décrire le concept selon lequel il existe différents types de règles, les règles sont parfois faites pour être brisées. Alors, que faites-vous si quelqu’un ne respecte pas un accord qu’il a passé ? Eh bien, il suffit d’en parler : « Hé, je me suis souvenu que tu avais passé cet accord et je pense que tu l’as peut-être rompu ; serais-tu prêt à en parler avec moi? ». Comme je l’ai mentionné au point 5, il peut être utile d’avoir une sorte de méta-accord sur la façon de traiter les digressions potentielles.

    Ils peuvent être ambitieux, mais doivent rester réalistes. Les accords relationnels fonctionnent comme des rappels hypersensibles dans la mesure où ils contribuent à renforcer le nouveau comportement. Si vous demandez à quelqu’un de changer une habitude, attendez-vous à ce qu’à un moment donné, il ne la respecte pas. De même, si vous envisagez un accord que quelqu’un d’autre vous demande, n’acceptez pas à moins de pouvoir vous imaginer de manière réaliste en train de le faire. Certaines personnes essaieront d’échapper à une conversation gênante en acceptant tout simplement ce qu’on leur demande. Ne faites pas cela. Prenez la demande au sérieux et demandez-vous : « Sachant ce que je sais maintenant, est-ce que je peux raisonnablement attendre de moi ce nouveau comportement ? » Si ce n’est pas le cas, dites-le-lui et continuez à explorer.

    Conclusion

    Les accords relationnels ne sont pas seulement un outil spécialisé pour un travail spécialisé ; il s’agit en fait de trois outils spécialisés différents pour trois travaux spécialisés différents.

    Et je n’ai pas été en mesure de les couvrir avec tous les détails qu’ils méritent, en particulier en ce qui concerne les accords obligatoires, alors assurez-vous de me suivre sur Medium pour obtenir les derniers articles.

    Encore une fois, certaines personnes ont l’impression que les accords relationnels ont pour but d’éliminer par la loi tous les sentiments réels et le cœur d’une relation, mais ce n’est pas vrai.

    Comme la gouvernance, les accords relationnels sont une forme de structure libératrice, ce qui signifie qu’ils imposent un ordre à quelque chose non pas pour le restreindre, mais pour lui permettre de s’épanouir plus pleinement. Tout comme les lignes sur une autoroute permettent à chacun de se rendre là où il veut aller plus rapidement et en toute sécurité, pensez aux accords relationnels comme un moyen pour nous de rendre la vie de chacun plus merveilleuse.

  • Les organisations réellement flexibles aiment l’autorité

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Jeanne de Sémawé, coach en Holacracy, vous conseille de lire cet article

    Dans cet article, Tom Nixon retrace les grandes lignes de l’histoire des organisations et de leur modèle managérial. C’est fondamental car il explique comment a émergé chaque modèle et les limites rencontrées. Pour les modèles les plus récents qui reposent sur l’auto-gouvernance et un aplatissement de la hiérarchie, la principale limite est que les individus ont peur de l’autorité et ont peur de leur propre affirmation. Le risque est que plus personne n’ose poser de vision et que le groupe forme un “nous” informe.

    En tant que coach, ce qui me passionne dans l’Holacracy c’est la capacité d’un modèle à combiner du vertical et de l’horizontal, du collectif et de l’individuel. C’est un système qui reconnaît l’affirmation et l’autorité dans sa forme fonctionnelle : celle de la créativité et de la capacité à porter une vision.

    Article original de Tom Nixon disponible ici.

    Pour passer des hiérarchies de pouvoir à l’autogestion, il est essentiel d’apprendre à aimer l’autorité créative.

    Hiérarchies industrielles

    Les entreprises de l’ère industrielle sont devenues de grandes institutions hiérarchiques. Elles étaient stables et duraient des décennies, voire des siècles. Elles employaient les masses et nous fournissaient les produits que nous voulions, et bien d’autres dont nous n’avions aucune idée que nous voulions.

    Le système hiérarchique fait incroyablement bien fonctionner l’autorité. Tout le monde sait qui détient l’autorité – il suffit de regarder vers le haut de l’organigramme. Les fondateurs de méga-entreprises peuvent voir leurs visions se concrétiser grâce au commandement et au contrôle de l’énorme machine qu’ils ont construite sous leurs ordres. Ils élaborent la stratégie et la transmettent pour exécution, comme un général commandant une bataille.

    Des problèmes de croissance

    Nous avons appris depuis que ces hiérarchies formelles présentent de gros défauts. Elles deviennent lentes, les décisions mettant une éternité à passer d’un échelon à l’autre. L’innovation à la périphérie est étouffée par le contrôle descendant et la bureaucratie. Le contrôle et les systèmes de validation sont omniprésents.

    Les hiérarchies deviennent déshumanisantes, car les structures d’autorité représentent un pouvoir sur les personnes, et pas exclusivement un pouvoir de faire. La personne « au-dessus » de vous contrôle vos performances et approuve votre fiche de poste. Les êtres humains, avec tous leurs dons uniques et leurs bizarreries, sont enfermés dans une identité fixe au travail.

    La compétitivité est intégrée dans le système d’exploitation. Il faut rivaliser avec les autres pour monter dans la hiérarchie. La collaboration et la compassion sont beaucoup moins récompensées. Non pas que la compétitivité soit mauvaise en soi, mais elle est nécessaire dans un juste équilibre avec la collaboration, et une structure hiérarchique nuit à cet équilibre.

    Hiérarchies post-industrielles

    Dans le monde post-industriel, nous avons donc commencé à modifier le modèle hiérarchique. Nous avons créé des organisations matricielles afin que l’information et le contrôle puissent circuler à travers l’organisation ainsi que de haut en bas. La ligne pointillée sur l’organigramme était née. Nous avons aplati les hiérarchies pour réduire le nombre d’étapes dans le processus de prise de décision et de communication. Les managers se sont formés à adopter un style de coachant et responsabilisant. Ils écoutent autant qu’ils donnent des instructions. La voix de chacun est entendue et tout le monde doit innover. L’entreprise ressemble davantage à une communauté, dirigée par un leader compatissant, et moins à une machine dont les leviers sont actionnés par un leader-opérateur.

    Mais il ne s’agit là que d’ajustements. En aplatissant la hiérarchie, nous remplaçons les longues et lentes chaînes de commandement par des goulets d’étranglement en matière de gestion, car un plus grand nombre de personnes dépendent d’une seule et même personne. Un manager passe le plus clair de son temps à gérer les personnes et non à se concentrer sur son propre travail. L’autonomisation et la responsabilisation sont des compromis délicats, car la personne au-dessus de vous détient toujours le pouvoir sur vous. Vous pouvez seulement donner du pouvoir à quelqu’un qui n’en avait pas par défaut. Un style de management par le coaching adoucit les angles, mais l’autorité est toujours clairement distribuée en cascade du haut vers le bas.

    La concurrence reste également vive. Aujourd’hui, il y a moins de postes de direction à pourvoir. Les évaluations à 360 degrés donnent une illusion d’égalité, mais il est clair que seuls quelques-uns peuvent « monter en grade ».

    L’autogestion fait son apparition

    Les limites du système hiérarchique ont poussé à l’apparition d’organisations plus adaptatives et qui fonctionnent en réseau. La sociocratie, qui existe depuis les années 1970, connaît enfin son heure de gloire, et son cousin Holacracy fait également beaucoup parler de lui. Ces nouveaux modèles sont bien plus qu’une simple adaptation des anciens systèmes. Ils représentent un nouveau paradigme dans la manière dont nous structurons nos organisations.

    Le pouvoir hiérarchique voulant contrôler les personnes a enfin disparu, remplacé par des cercles interdépendants. Nous pouvons encore diviser le travail en hiérarchies, mais les gens assument une multitude de rôles dans l’entreprise, sans fiche de poste ni titre de poste fixes. Les gens apparaissent à différents endroits de l’organigramme en fonction du travail qu’ils trouvent utile et gratifiant. Il n’y a pas de patron à qui rendre des comptes. L’organisation est dynamique et évolue au fil du temps. La collaboration l’emporte sur la concurrence dans ces structures, ce qui encourage l’innovation et de véritables relations de pair à pair.

    Mais ces nouveaux modèles présentent un défaut bien handicapant.

    L’autorité est devenue un tabou

    Les fondateurs de nombreuses entreprises post-industrielles ont peur de l’autorité. Ils ne veulent pas, à juste titre, devenir les dictateurs du passé. Ils renoncent donc à leur autorité et la transmettent à des groupes. Parler de « je » ou de « moi » est devenu un crime. Tout doit être « nous » et « on ». Une noble intention aux conséquences désastreuses.

    En plus de supprimer le pouvoir et l’autorité formels d’un être humain sur un autre, ces nouveaux modèles organisationnels ont perdu leur lien avec l’autorité créative. C’est-à-dire le pouvoir de donner vie à la vision créative d’un individu. Les gens renoncent à leur droit de s’exprimer pleinement et de vivre leur vocation personnelle. Au lieu de cela, ils se soumettent au groupe.

    Ce qui se passe ici, c’est l’amalgame entre l’autorité formelle et l’autorité créative. L’autorité formelle peut être étouffante, mais l’autorité créative est la source de la passion dans une organisation. Il n’y a rien de plus vital qu’une personne qui poursuit sa vision – il suffit d’observer le fondateur d’une start-up en pleine action. Retirez-lui cela et vous verrez son énergie se vider.

    Le mythe de l’âme organisationnelle

    Pour combler le vide laissé par l’absence d’autorité créatrice individuelle, un mythe est apparu selon lequel l’organisation elle-même a un but, comme une âme propre. Selon ce mythe, la raison d’être de l’organisation est indépendante de la vision individuelle qui l’a créée et est en fait guidée par une “vision commune” du groupe.

    Je ne crois pas qu’il soit utile de considérer qu’une organisation a une âme. Il n’est pas utile de la traiter comme une entité vivante. Il est bien plus utile de considérer les organisations comme des histoires créées par des êtres humains. L’histoire commence lorsqu’une personne fait le premier pas pour réaliser une vision – un acte créatif. Toutes les organisations partent d’une seule graine et se développent à partir de là. La vision du fondateur est toujours présente, qu’elle soit reconnue ou non. Croire que l’organisation s’est détachée de l’homme et a pris une vie propre est une superstition.

    L’organisation véritablement réactive et créative

    Bien que les modèles sociocratiques/holacratiques présentent un défaut majeur, il existe une solution simple mais efficace.

    Il s’agit de surmonter le tabou de l’autorité en séparant l’autorité formelle de l’autorité créative. Nous n’avons pas besoin d’avoir un pouvoir formel sur les gens. Lorsqu’il s’agit d’une structure formelle, il peut s’agir d’un « nous ». Nous pouvons construire des organisations avec des accords volontaires conclus par des pairs, et non des ordres venant d’en haut. Cependant, lorsqu’il s’agit d’autorité créative, nous sommes d’abord des individus. Nous devons être intransigeants dans notre quête de notre vision personnelle et dans notre travail en ce sens. Cela ne doit pas compromettre la possibilité pour les autres de faire de même. Nous pouvons travailler ensemble dans un réseau de relations de collaboration et de soutien si nous cherchons à comprendre la vision que les autres essaient de réaliser et si nous les aidons du mieux que nous pouvons, tout en recherchant l’aide des autres.

    Cette approche commence dès la naissance d’une organisation, en identifiant qui a exercé son autorité créatrice en faisant le premier pas, peut-être en demandant de l’aide à quelqu’un d’autre. Bien qu’il puisse sembler que deux ou plusieurs personnes aient commencé ensemble, un examen plus approfondi permet toujours de remonter à une seule personne – la source. Reconnaître la source, comprendre sa vision et travailler consciemment avec elle est la clé pour fonder les organisations du futur.

    En adoptant pleinement l’autorité créative, nous pouvons construire des organisations réactives, collaboratives et créatives avec le meilleur des deux mondes : aucun pouvoir sur les personnes et le plein potentiel de chacun pour réaliser sa vision. 

    Crédits

    Cet article est inspiré de conversations et d’échanges de mails avec Charles Davies, pionnier de l’utilisation de l’autorité créative dans les organisations. Charles s’appuie sur les travaux de Peter Koenig, qui mène des recherches sur le sujet depuis de nombreuses années.

  • L’art du désengagement constructif

    par Emma Louwagie | Mar 21, 2023 | Holacratie

    Lecture : 4 minutes

    Pourquoi Juliette de Sémawé, coach en Holacracy, vous conseille de lire cet article

    Vous venez d’adopter Holacracy et vous observez que les réunions se multiplient ? Prenez le pli de traiter vos demandes au fil de l’eau avec les rôles concernés, vous verrez que les réunions vont se raccourcir et ne contenir que les sujets qui concernent tous les membres ! Une réunion a lieu, vous y allez et avez l’impression de perdre votre temps ? Appliquer la règle des 2 pieds : si je ne suis pas en train d’apprendre ou de contribuer je prends mes 2 pieds et je vais faire quelque chose de plus prioritaire dans mes rôles. Vous verrez que se décomplexer avec la présence en réunion les rendra beaucoup plus efficaces et intéressantes

    Article original de Chris Cowan disponible ici.

    Comment améliorer vos réunions en Holacracy en jouant sur votre téléphone

    Les réunions sont généralement un endroit idéal pour discuter de sujets importants et s’aligner dans une équipe. Mais si votre organisation pratique Holacracy, vous devrez abandonner cette idée car les réunions en Holacracy ne sont pas du tout conçues pour cela.

    En fait, pour améliorer vos réunions de gouvernance et vos réunions tactiques, je vous encourage à pratiquer l’art subtil du « désengagement constructif », également connu sous le nom d’art de rester en dehors du chemin des autres. Et ça ressemble à ça…

    • Vous êtes dans une réunion de gouvernance et quelqu’un propose de modifier un rôle avec lequel vous interagissez rarement. Comme il est peu probable que cela ait un impact sur votre rôle, et comme vous savez que vous aurez l’occasion de jeter un coup d’œil à la proposition plus tard dans le tour d’objection, vous ignorez immédiatement tout ce qui se passe dans la réunion et commencez à lire vos e-mails.
    • Vous êtes dans une réunion tactique et quelqu’un traite une tension qui n’a apparemment rien à voir avec un de vos rôles. Vous commencez à traiter des notifications ! Soudain, quelqu’un vous pose une question. Sans vous justifier, vous répondez : « je n’ai rien suivi de la conversation, vous avez besoin de moi pour quelque chose ?”

    Ces exemples représentent un profond changement dans les comportements attendus en réunion. Si nous sommes en réunion, ne devrions-nous pas être attentifs ? Eh bien, cela dépend. Avez-VOUS besoin d’être attentif ? Ressentez-VOUS une tension par rapport à ce qui se passe ? Au début, il peut être difficile de répondre à cette question.

    En effet, nous nous sommes entraînés à réagir à des situations -comme en réunion par exemple- avec un ensemble de normes inconscientes (acquiescer, parler à un moment donné, etc.), qui se sont formées dans un contexte spécifique. Dans une organisation conventionnelle, vous devez vous faire entendre. On attend de vous des questions et des idées réfléchies. Et comme les réunions conventionnelles sont souvent organisées pour obtenir un consensus et un accord (bien que ce soit généralement une attente implicite), vous devez être attentif. Sinon, vous risquez de perdre une partie de votre pouvoir organisationnel en n’étant plus du tout invité aux réunions.

    Mais les réunions en Holacracy ne sont pas organisées pour obtenir un consensus. L’accord n’est pas pertinent. Si une permission est nécessaire, elle doit être encodée explicitement dans la gouvernance (par exemple : « Aucun rôle ne peut faire X sans recevoir un « sans objection » du rôle Y »). Et puisque, par défaut, un pouvoir de décision autocratique est explicitement accordé à chaque rôle, nous n’utilisons pas de réunions pour faire approuver nos idées.

    Au lieu de cela, nous avons deux réunions spécifiques en Holacracy avec des objectifs uniques :

    1. les réunions de gouvernance, qui permettent à tout membre de proposer de modifier les attentes, les autorités ou les restrictions officielles du cercle ;
    2. les réunions tactiques, qui permettent de se synchroniser à intervalles réguliers pour éliminer les obstacles au travail opérationnel.

    Dans les deux cas, l’ordre du jour est établi à partir des tensions que les individus ont ressenties et qu’ils veulent traiter ; il ne s’agit pas d’une liste de sujets de discussion pour le groupe.

    C’est pourquoi le désengagement constructif est si important. Parce que si vous faites partie de ces personnes qui sont obligées de donner leur avis sur chaque point de l’ordre du jour, vous gênez les autres – et vous gaspillez en même temps beaucoup de votre propre énergie à le faire.

    Le désengagement constructif signifie qu’à tout moment, vous réfléchissez en conscience (et discrètement) à votre participation à une réunion. Cela ne signifie pas nécessairement que vous vous retirez complètement de la réunion. Si vous faites cela, c’est probablement un signe que vous n’avez pas besoin d’être là (c’est-à-dire que vous n’avez pas de tensions à traiter). Dans ce cas, sautez la prochaine ou les deux prochaines réunions et laissez les autres gérer les tensions qu’ils ressentent à cause de votre absence en vous demandant de participer en priorité à la prochaine réunion.

    En fin de compte, vous êtes un capteur unique pour l’organisation, et vos idées et opinions comptent. Il en va de même pour votre jugement, y compris lorsqu’il s’agit de savoir s’il est utile pour vous ou vos rôles d’assister à une réunion ou d’y prêter attention à un moment donné.

    Ainsi, la prochaine fois que vous vous trouvez dans une réunion de cercle et que quelqu’un a un point à l’ordre du jour qui n’a rien à voir avec vous, lâchez-vous un peu. Faites une pause mentale ou jouez à Candy Crush. Souvent, la meilleure utilisation de vos connaissances est de savoir quand ne rien faire du tout.

  • Allibert, l’avenir en friche et en concertation

    Lecture : 5 minutes

    En 2022, Sémawé a accompagné la démarche de concertation de Grenoble Alpes Métropole autour du devenir de la friche industrielle Allibert. Située dans le sud Grenoblois, cette friche est à cheval sur Grenoble et Échirolles. Elle représente 10 Ha et un bout de ville à imaginer.

    Une ambition d’aménagement économique au sein d’un vaste territoire urbain

    Sémawé a été missionné pour conduire cette démarche de concertation. Dernière grande opportunité foncière de la Métropole et symbole du passé industriel de Grenoble, la friche Allibert est à l’abandon depuis plus de 25 ans. Le projet ? Proposer une offre foncière et immobilière pour les entreprises de production avec une attention particulière pour des filières économiques liées aux mobilités durables, aux énergies propres et aux enjeux de la transition. L’enjeu est aussi urbain et citoyen car cette friche est insérée au sein de quartiers densément peuplés.

    La friche Allibert est située dans l’ensemble plus vaste de Grandalpe, une opération ambitieuse de renouvellement urbain. Grandalpe est un territoire de 400 ha pour près de 30 000 habitants. Situé au cœur de la Métropole, en périphérie de la commune centre, ce territoire est un marqueur fort de l’urbanisme des années 60, 70. L’organisation en grands îlots monofonctionnels voit cohabiter des grands ensembles d’habitats structurés autour d’espaces verts, des zones économiques avec le centre commercial Grand’Place en son centre, et de grands équipements sportifs et culturels. Emblématique de l’urbanisme sur dalle, les flux de circulation sont clairement séparés avec un réseau de passerelles piétonnes et des axes routiers larges et très roulants.

    Cet espace géographique souffre aujourd’hui de plusieurs dysfonctionnements et globalement d’une image dégradée liée au vieillissement des logements, aux fragilités sociales de ses habitants, à la prépondérance de la voiture comme moyen de déplacement dans un univers globalement très bétonné.

    La méthode, associer les acteurs économiques et les riverains !

    La démarche de concertation a débuté à l’automne 2021 pour se clore à l’automne 2022. Quatre saisons ont jalonné différents temps d’expression pour les habitants, les acteurs économiques et sociaux du quartier ainsi que des élus des communes riveraines et de la Métropole. Un espace en ligne sur la plateforme de la Métro a également permis de communiquer sur le projet et de collecter des avis et propositions.

    Cette démarche de concertation s’est réalisée en parallèle de la déconstruction de la grande halle Allibert. La friche industrielle a progressivement laissé place à un vaste plateau nu permettant d’imaginer les possibles avec en toile de fond une vue dégagée sur les massifs du Vercors et de Belledonne.

    Les temps forts et les résultats

    La concertation a débuté par une série d’entretiens auprès d’entreprises et d’associations présentes aux abords du site : un hôtel, des commerces, une entreprise de BTP, des associations de quartiers, un centre social, l’association gestionnaire de l’aire de passage des gens du voyage. Des échanges qui ont permis d’affiner les représentations sur le quartier, de récolter l’expression d’attentes sur des usages possibles et de commencer à se projeter sur un après dans un quartier en pleine mutation.

    Des interventions dans l’espace public ont suivi, sur le marché de la Butte à Échirolles et à la sortie du groupe Scolaire Beauvert à Grenoble avec une question simple : aujourd’hui on détruit la grande halle, demain, on reconstruit quoi ? Les idées ont fusé pour voir émerger un quartier plus apaisé au niveau de la circulation routière, plus facile d’accès à pied ou en vélos, plus végétalisé et récréatif aussi avec la présence d’espaces verts de qualité et d’équipements sportifs. La présence de petits commerces a également été sollicitée.

    Pour bâtir à partir de ces propositions, deux réunions publiques ont ensuite été organisées, sur Échirolles et Grenoble. Avec l’aide des urbanistes et aménageurs, les participants ont travaillé sur plan afin de dessiner l’aménagement du futur quartier sans perdre de vue la vocation économique de cette grande zone d’activités. La mobilisation et l’implication des habitants du quartier associée à la présence des représentants d’entreprises et des associations locales a nourri des échanges passionnés et constructifs.

    Au final, 4 thèmes de travail ont été retenus avec pour chacun de nombreuses préconisations d’aménagement :

    • Les formes urbaines : une mixité d’activités, de formes et de hauteur
    • Les mobilités : ouvrir, traverser et raccorder le site aux quartiers voisins
    • Désimperméabiliser et végétaliser le site notamment pour prévenir les îlots de chaleur urbains.
    • Proposer des usages et de nouveaux services pour les salariés et les habitants

    Des propositions ont par ailleurs été formulées pour l’aménagement de la nouvelle aire de passage des gens du voyage.

    Les fondamentaux de notre démarche participative

    Avec la confiance de la Métropole, nous avons engagé une démarche de concertation ouverte et centrée sur l’expression des participants. Cette démarche a été animée avec la volonté de donner la parole aux principaux bénéficiaires du projet d’aménagement et de mobiliser pleinement leur expertise. Dans les facteurs de réussite de la démarche nous retenons :

    • Une expression politique claire sur l’intention du projet et sur la vocation du quartier à aménager.
    • Un temps confortable pour mobiliser les différentes parties prenantes, les habitants mais aussi les acteurs économiques.
    • Des lieux de concertation répartis sur le territoire, à Grenoble et à Échirolles et des rencontres qui se sont adaptées aux disponibilités des personnes concernées, en soirée, sur les temps de la vie quotidienne, et sur des horaires de travail.
    • Une plateforme en ligne pour découvrir le projet et contribuer à distance.
    • Une équipe de facilitateurs formés à la concertation.
    • Un sujet de concertation avec des enjeux réels qui ont suscité de l’intérêt.

    Notre intention de facilitateur

    Nous voulions concevoir une démarche participative qui :

    • Favorise les liens et l’expression de l’intelligence collective.
    • Permette aux participants d’apporter librement leurs idées et leurs préoccupations.
    • Laisse du temps et invite la parole de chacun.
    • Propose des formats innovants, évite le format conférence ou les réunions d’experts.
    • Explore des propositions concrètes, génère des idées nouvelles.
    • Invite à la coopération avec une logique de convergence pour aider les décideurs à se positionner.

    Une envie de continuer la démarche

    Pour clore la démarche de concertation, les élus se sont exprimés lors d’une réunion publique et se sont engagés sur les préconisations d’aménagement à retenir. Ils ont donné de la visibilité sur la suite du projet, sa feuille de route et son tempo. Une étape utile pour remercier celles et ceux qui ont donné de leur temps pour leur cadre de vie et célébrer le chemin parcouru tout au long de cette année de concertation. Cette concertation Allibert est un premier ballon d’essai réussi pour d’autres mobilisations citoyennes en lien avec l’opération de rénovation urbaine Grandalpe.

    En tant qu’entreprise coopérative du territoire, cette implication fait particulièrement sens pour nous.

  • Dialogue social et modes de gouvernance atypique

    Lecture : <1 minute

    L’association Réalités du Dialogue Social a délivré un rapport d’études sur les nouveaux modes de gouvernance et leur impact sur le dialogue social. Parmi les innovations managériales et organisationnelles, les experts du dialogue social se sont intéressés à la Scop Sémawé. Ils ont parlé rémunération, sens du travail et engagement des salariés avec le leader de la Scop Aliocha Iordanoff.

  • Préférez les accords relationnels au « bon sens » pour prendre soin de vos relations en équipe !

    Lecture : 4 minutes

    Les tasses à café traînent toujours dans l’évier ? Vos collègues discutent à voix haute dans le bureau alors que vous cherchez à vous concentrer ? Faites appel aux accords relationnels. Les accords relationnels sont des règles qui explicitent des attentes de comportements entre les membres d’une équipe. Une fois formulés, les accords relationnels diminuent les petits agacements du quotidien et facilitent la vie en équipe.

    Des règles simples qui explicitent des comportements

    Les accords relationnels sont issus de la Constitution 5.0 de Holacracy. C’est une aide relationnelle pour oser exprimer des attentes sur la manière d’entretenir des relations dans le cadre de travail. Vous avez l’impression que c’est toujours vous qui sortez les poubelles ? Votre collègue discute près de votre bureau avec quelqu’un d’autre et cela vous déconcentre ? À la machine à café, les râleries prennent plus de place que l’enthousiasme ? Ces petits détails peuvent à la longue cristalliser des tensions si on ne s’en occupe pas. Or, ce n’est pas toujours facile de trouver le temps, l’énergie et la bonne formulation pour aller traiter ce qui vous dérange.

    Les accords relationnels sont :

    Centrés sur les comportements explicites :

    • « Lorsque je téléphone, je sors de l’open space » ;
    • « Quand je me sens enthousiaste, je le partage à l’équipe » ;
    • « Lorsque j’entre ou sors d’un bureau, j’utilise la clanche pour fermer la porte. »

    À Sémawé, nous choisissons d’exprimer nos accords sur une formule à la positive, sans culpabiliser : « Quand j’ai terminé mon café, je mets la tasse dans le lave-vaisselle », à la place de « Je ne laisse pas traîner mes tasses de café partout au bureau car cela gêne mes collègues ».

    Parfois, les accords relationnels relèvent d’une préférence personnelle. C’est-à-dire qu’une personne peut proposer un accord pour quelque chose qui lui est propre. Par exemple, quelqu’un qui voudrait éviter de faire la bise à ses collègues pourrait proposer : « Le matin, je salue Léo sans contact physique et réciproquement ».

    Les accords relationnels ne sont pas :

    Des attentes opérationnelles de travail :

    « Les pilotes de projet planifient les réunions de débrief avec les clients ».

    Des actes flous :

    « Au bureau, on se respecte les uns les autres » ;

    « Dans le bureau, je parle moins fort au téléphone ».

    À quoi verra-t-on que l’on se respecte ? Que veut dire « moins fort » ?

    Des orientations de travail :

    « La vente de formations collectives est prioritaire sur la vente de séances de coaching individuel ».

    Comment formuler des accords relationnels en équipe ?

    Quand une équipe adopte les accords relationnels, elle crée un espace, un canal de communication dédié (Slack, Teams, Trello, tableau papier dans les locaux…) pour traiter les inconforts dès qu’ils se produisent. Quand un accord est proposé, l’auteur doit préciser à qui il s’adresse. Un accord n’est pas forcément signé par tout le monde et chaque personne reste libre de le signer ou pas :

    • Les accords peuvent émerger dans un temps de travail collectif ;
    • Un accord peut être passé entre 2 personnes ;
    • Un accord peut être passé entre certaines personnes mais pas tout le monde ;
    • Une personne peut rejoindre un accord passé entre 2 collègues ;
    • Je peux proposer un accord puis finalement en sortir, en informant les autres ;
    • Je peux signer un accord puis finalement en sortir, en informant les autres.

    Ce ne sont pas des exigences, ni des obligations qui s’appliquent à tout le monde. Cela veut dire que certaines personnes peuvent choisir de ne pas signer un accord parce qu’elles ne se sentent pas à l’aise pour le tenir dans la durée ou que la formulation ne leur parle pas. Bonne nouvelle ! C’est une occasion de discuter avec vos collègues pour trouver une formulation qui respecte votre besoin et le leur.

    Les accords peuvent être contraignants

    Un proposeur d’accord peut signaler que l’accord est contraignant. Cela veut dire que pour sortir de l’accord, il faut que les autres signataires soient d’accord. Par exemple, chez Diverty Events, il y a des accords relationnels contraignants : s’ils ne sont pas signés, ce n’est pas possible de travailler dans l’entreprise. Ces accords concernent l’adhésion aux valeurs de l’entreprise et la charte des comportements sur le terrain.

    Que faire quand un accord n’est pas respecté ?

    Les accords relationnels ont pour but de soutenir les comportements que l’on veut voir advenir. Les personnes doivent aligner leur comportement sur les accords qu’ils ont signés. Mais le respect d’un accord peut représenter un effort conséquent pour une personne alors qu’il sera très naturel de le respecter pour une autre.

    Les accords invitent chacun à faire de son mieux. Cela peut arriver qu’un accord ne soit pas respecté. Si cela est récurrent, c’est l’occasion d’aller discuter avec votre collègue pour savoir ce qui se passe pour lui ou elle et peut-être que l’accord sera modifié pour qu’il soit plus facilement respecté.

    Un moyen de gagner en confort individuel et collectif

    Les accords relationnels clarifient le mode relationnel d’une organisation. D’une certaine manière, ils permettent d’exprimer les petits agacements du quotidien et de les résoudre. Cela évite d’avoir recours à l’humour pour faire des reproches ou de se focaliser sur des détails qui viennent abîmer les relations ou cristalliser les tensions. Les accords relationnels sont puissants car ils explicitent les comportements concrets que l’on veut voir. Ils agissent comme un cadre relationnel au service des individus et du groupe.

    Selon Auriane de chez Diverty Events :

    « Il faut que chacun prenne sa part. C’est bien de mettre de l’explicite car il y a beaucoup de choses qui sont évidentes pour quelqu’un et pas pour quelqu’un d’autre. »

    Chacun peut ainsi exprimer ce dont il ou elle a besoin en termes de relations et de comportements en équipe. Ce sont de petits coussins pour se sentir bien dans la vie en collectif !

    À vous de jouer !

    • Besoin de formuler des accords relationnels en équipe ? Nous sommes prêts à vous accompagner.
    • Envie d’aller plus loin pour les faire émerger en équipe ? Découvrez notre formation.

  • L’humanité de l’Holacracy par Brian Robertson

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Emma de Sémawé vous conseille de lire cet article

    Lors de mes accompagnements j’ai déjà entendu des réactions fortes des équipes à qui l’on présentait l’Holacratie pour la première fois : “ce système est trop froid, nous avons besoin de prendre soin les uns des autres !”. Cet article nous permet de faire un pas de côté sur les notions d’entraide, de soin porté aux autres et à soi, de responsabilité individuelle.

    4 façons dont Holacracy fait ressortir le meilleur des personnes

    Article original écrit par Brian Robertson disponible ici.

    S’il y a une critique de Holacracy que j’entends encore et encore, c’est à chaque fois une déclinaison de ce sujet :

    « Holacracy est trop rigide. Les gens ne sont pas des robots. C’est inhumain ! »

    C’est une idée fausse, mais je comprends d’où elle vient. Surtout au début, les processus de réunion peuvent sembler rigides et restrictifs. Il peut sembler gênant et peu naturel de suivre un nouvel ensemble de règles plutôt que de faire les choses comme on les a toujours faites. Mais une fois que les gens ont surmonté cette transition initiale, voici ce qu’ils découvrent : Holacracy est en fait le système le plus « humain » qui soit pour diriger une organisation.

    Holacracy honore certaines des meilleures parties de notre humanité, et nous met au défi de nous développer et de devenir plus humains, pas moins. Voici quatre façons dont la pratique de Holacracy fait ressortir le meilleur des personnes.

    Chacun son tour

    Les processus de réunion en Holacracy comprennent des règles très précises concernant les personnes qui peuvent prendre la parole et le moment où il est approprié ou non pour les autres de répondre. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le système, c’est souvent un point de friction. « Que voulez-vous dire, je n’ai pas le droit de dire ce que je pense ou ce que je ressens ? Je ne suis pas un robot – j’ai des sentiments, et j’ai le droit de les exprimer ! »

    Voici le problème que pose cette approche. Avez-vous déjà pris conscience de quelque chose qui pourrait fonctionner mieux qu’il ne le fait aujourd’hui ? (En Holacracy, nous appelons cela une « tension » – le sentiment d’un écart entre ce qui est et ce qui pourrait être). Vous apportez votre tension à une réunion, dans l’espoir d’apporter un changement et d’améliorer la situation. Les mots sont à peine sortis de votre bouche qu’un de vos collègues intervient. « Oui, je suis d’accord que X ne fonctionne pas. Mais vous savez quoi ? Y ne fonctionne pas non plus ! ». Avant que vous ne vous en rendiez compte, chacun a ajouté ses propres tensions sur la table, et vos tentatives de créer un changement dans un domaine spécifique sont bloquées.

    Les réunions en Holacracy sont conçues pour éviter cette situation courante et frustrante. Elles protègent l’espace pour qu’une personne puisse faire émerger une tension, proposer une solution et initier réellement un changement significatif. Pour ce faire, les processus de réunion ne permettent pas aux autres personnes d’empiler simplement leurs propres réactions et les problèmes qui y sont liés. Cela peut sembler rigide ou inhumain, mais en fait, c’est profondément respectueux de l’être humain qui fait la proposition.

    Et pour tous les autres, cela leur demande simplement de mettre en pratique une compétence humaine fondamentale que nous apprenons tous dès l’enfance : le tour de rôle. Les jeunes enfants ont du mal à être patients, à faire de la place aux autres, à permettre aux autres de passer en premier. Lorsqu’ils maîtrisent cette compétence, c’est une étape importante de leur développement. Malheureusement, en tant qu’adultes, nous semblons oublier les leçons de la cour de récréation lorsque nous nous asseyons autour d’une table avec nos collègues.

    En Holacracy, chacun a l’occasion de traiter ses propres tensions et de partager ses idées. Mais afin de donner à chaque personne un espace sûr pour le faire, nous ne pouvons pas tous parler en même temps, et les tensions doivent être traitées une à une. Il est demandé à chacun de faire preuve de patience, de suspendre son jugement, d’écouter et d’honorer son collègue de son attention. Si ce ne sont pas là des vertus humaines, je ne sais pas ce que c’est !

    Honorer la créativité humaine

    Lorsque je pense à ce qui fait de nous des êtres humains, l’une des choses qui me frappe est notre créativité. Nous remarquons les problèmes et nous trouvons des solutions. Notre conscience peut sentir quand quelque chose ne fonctionne pas (une « tension »), et nous imaginons comment cela pourrait fonctionner mieux. Nous ne nous contentons pas de faire au mieux avec les choses telles qu’elles sont. L’holacratie est conçue spécifiquement pour exploiter et honorer cette capacité humaine unique.

    Trop souvent, dans les organisations, nous éprouvons une grande frustration parce que nous pouvons sentir des tensions mais nous n’avons pas la capacité de les transformer en améliorations créatives. Lorsqu’une organisation fonctionne en Holacracy, chacun a la possibilité de traiter ses tensions. La créativité et l’ingéniosité humaines deviennent l’outil le plus précieux de l’entreprise, non seulement pour créer de nouveaux produits ou services, mais aussi pour améliorer en permanence la façon dont les gens travaillent ensemble et s’organisent. Le résultat, pour chaque être humain dans une organisation alimentée par l’Holacracy, est une expérience beaucoup plus enrichissante, celle d’être un partenaire créatif plutôt qu’un rouage du système.

    Encourager la conscience de soi

    Une autre capacité qui différencie les humains de leurs congénères est la conscience de soi. La conscience humaine peut réfléchir sur elle-même. Nous pouvons observer l’émergence de nos pensées, de nos sentiments et de nos réactions, et faire des choix quant à ceux sur lesquels nous agissons. Nous ne sommes pas de simples esclaves de nos instincts. Holacracy invite les personnes à exercer ce don – à devenir plus conscients d’eux-mêmes et, le cas échéant, à faire preuve de maîtrise de soi lorsque c’est le tour de quelqu’un d’autre de s’exprimer. Je ne suggère pas que nous devions supprimer notre humanité, dans tout son désordre, mais je pense qu’il est sain d’apprendre à ne pas se laisser guider aveuglément par elle.

    Nos réponses instinctives peuvent être très puissantes. L’inquiétude, l’excitation, la compétitivité, l’inspiration, le jugement, le soulagement, la défensive – toutes ces réactions et bien d’autres peuvent surgir lorsque nous écoutons quelqu’un d’autre traiter sa tension. Si nous n’avons pas conscience de nous-mêmes, nous pouvons ne pas nous rendre compte des sentiments qui motivent nos réactions. Lorsque le facilitateur nous coupe la parole ou que nous nous surprenons à vouloir parler à tort et à travers, cela met en lumière ce qui nous motive. La réflexion qui en résulte peut ne pas être confortable, mais elle nous aidera à mieux nous connaître.

    Et dans le processus, je crois que nous devenons de meilleurs êtres humains, avec une conscience de soi et une maîtrise de soi plus profondes. On parle beaucoup de « pleine conscience » dans le monde de l’organisation. Holacracy offre la possibilité de mettre la pleine conscience en pratique, tous les jours, et, ce faisant, de créer des lieux de travail plus conscients.

    Traiter les gens comme des adultes

    Au début du développement d’Holacracy, nous faisions du remue-méninges pour trouver des « slogans » pour notre support marketing, et ma femme et partenaire commerciale Alexia Bowers a suggéré, à moitié en plaisantant, « Organisation pour adultes ». J’ai toujours pensé que c’était l’une des descriptions les plus précises de ce que Holacracy cherche à atteindre.

    Ceux qui considèrent Holacracy comme « inhumain » se plaignent souvent qu’il ne s’occupe pas assez des gens. Et c’est vrai – le processus n’est pas conçu pour prendre soin de tout le monde ; il est conçu pour permettre aux gens de prendre soin d’eux-mêmes, grâce au traitement des tensions. Trop d’organisations adoptent une relation paternaliste avec leurs employés. Les hiérarchies de gestion modernes traitent presque inévitablement les gens comme des enfants, qu’il faut superviser, à qui il faut dire quoi faire et dont il faut s’occuper.

    Holacracy honore la souveraineté de chaque personne, en la considérant comme parfaitement capable de se gérer elle-même, de conduire ses projets, de rester motivée et de prendre soin de ses propres besoins. En d’autres termes, elle les traite comme des adultes. L’Holacracy ne traite pas les gens comme des subordonnés qui ont besoin d’être gérés, motivés ou maternés. Elle les considère comme suffisamment matures pour gérer leurs propres flux de travail, diriger leurs propres rôles et rechercher l’aide et les ressources dont ils ont besoin pour le faire.

    Cela ne veut pas dire que les gens n’ont pas besoin d’un espace sécurisé pour s’épanouir ; des chercheurs de la division « People Operations » de Google ont récemment mené une étude sur plusieurs années pour déterminer ce qui fait la réussite d’une équipe et ont découvert que le sentiment de « sécurité psychologique » était de loin la caractéristique la plus importante. Les processus de réunion structurés en Holacracy contribuent à créer ce sentiment de sécurité en protégeant le droit de chaque individu à traiter ses tensions.

    Il est donc vrai que Holacracy ne prend pas soin des gens. Cependant, plutôt que d’être inhumain, il s’agit d’une approche plus humaine : donner aux gens l’espace et la sécurité nécessaires pour exercer leur créativité humaine, protéger leur droit de le faire, les encourager à développer une conscience de soi et les traiter comme des adultes. C’est ce genre d’humanité dont nous avons besoin sur nos lieux de travail.

    Lire aussi : 4 types de pouvoir (pertinents pour la pratique d’Holacracy)

  • Comment j’ai allié coaching collectif et coaching individuel pour accompagner les organisations

    Lecture : 4 minutes

    Jeanne de Kerdrel, accompagnatrice d’équipe, coach, coach Holacracy. Depuis 6 ans j’accompagne des équipes à s’organiser, décider, échanger et travailler ensemble.

    En 2022 je me suis formée au coaching individuel. Après plusieurs années de pratique du coaching collectif j’avais envie d’explorer une autre forme d’accompagnement. Pour moi le coaching individuel est un élément clé lorsqu’une organisation se transforme, car pour qu’une équipe fasse évoluer la structure de son organisation les personnes qui la composent sont aussi amenées à bouger.

    Une formation intensive où j’ai appris à me connaître pour mieux accompagner les autres.

    J’ai choisi de suivre la formation Dialogue Coach dispensée par Evolusens. Une formation intense où j’ai pu, en tant que stagiaire, à la fois apprendre des protocoles de coaching et travailler sur moi. J’ai particulièrement aimé le cheminement pédagogique guidé par les étapes du voyage du héros. Pendant 6 mois j’ai appris à identifier mes ombres, à faire appel à des Mentors pour m’aider sur une question complexe à faire dialoguer des parties de moi-même lorsque je suis tiraillée, à me connecter à ma mission en traversant les niveaux logiques de Dilts, à transformer des croyances limitantes en croyances aidantes… et bien d’autres découvertes encore.

    La posture, la ressource cachée du coach

    Comme en coaching collectif ou en facilitation de l’intelligence collective, ce ne sont pas les outils qui sont importants, c’est la posture qui prime. La formation m’a permis de façonner et d’affiner encore ma posture. J’ai appris à accorder trois types d’intelligences : le cognitif (les mots), le somatique (le corps) et le champ (ce qu’il se passe autour, l’intuition).

    L’importance du champ

    C’est mon apprentissage principal de la formation. Être attentive à l’environnement (le lieu où se passe le coaching), à ce qui se passe tout autour, au non-verbal, à l’intuition du coaché. J’ai la croyance que le fait de nommer fait exister les choses. J’invite le coaché à aller chercher des images, des métaphores aidantes pour alimenter sa réflexion. Il se projette dans l’état qu’il désire pour faire exister des solutions ici et maintenant. Je retiens la phrase de Christiane Singer écrite dans l’ouvrage Du bon usage des crises :

    “La réalité n’a pas de pouvoir contre nous, c’est notre représentation qui nous tue ou qui nous fait vivre.”

    La puissance du somatique

    J’ai appris à utiliser mes “neurones miroir”. Cela veut dire, se connecter avec la personne pour sentir chez moi ce qui vibre chez la personne. À détecter sa musicalité, le non-verbal, le sensible pour “danser” avec le coaché. Travailler avec le somatique permet au coaché d’amplifier ce qu’il ou elle ressent physiquement, de trouver un geste ou une sensation qui lui sera aidante pour la suite. C’est un puissant moyen de détecter ses ressources internes.

    Intégrer la complexité

    Pour moi le coaching c’est l’opportunité d’arriver à mieux se comprendre soi-même. J’accompagne le coaché à mettre de la conscience sur son fonctionnement avec toutes les contradictions qu’il comporte. Le but est d’arriver à combiner des polarités qui paraissent opposées et à vivre avec cette complexité. Par l’exploration de situations le coaché augmente la variété de réponses et élargit son horizon.

    Exploratrice ravie et neutralité curieuse

    En tant que coach je ne sais rien, je ne suis sûre de rien. Je n’ai pas de projet pour la personne coachée. Je suis une exploratrice curieuse qui va chercher à comprendre le monde du coaché, ses valeurs, ce qu’il ou elle met derrière les mots.

    Une approche orientée vers la solution

    Mon rôle est de créer les conditions pour que le coaché identifie ses attracteurs et ses propulseurs. Je n’ai besoin que de peu d’informations sur la situation problématique présente. Via les questions posées il sort petit à petit de son espace problème pour aller vers son état désiré. Le coaching n’est pas la solution mais la dissolution du problème. Il s’agit de créer les conditions pour que la personne se mette en mouvement. Je regarde avec la personne la destination souhaitée, sans tracer moi-même l’itinéraire.

    Sponsor inconditionnel

    En tant que coach je me sens sponsor inconditionnel du coaché ! J’apporte un regard extérieur essentiel dans l’évolution de la posture. J’applique un regard à la fois exigeant et bienveillant, sensible et assertif au service du coaché. Mes principaux outils sont l’art du questionnement et de la reformulation. Le but étant que la personne coachée trouve la ressource en elle pour construire ses propres réponses et être capable de recréer de nouvelles réponses autant de fois que nécessaire. Le coaché est libre et responsable de ses choix et de ses décisions.

    L’écoute empathique

    Le coaching est un espace sans jugement dédié à l’écoute de la personne. C’est un espace de parité, ce que j’aime c’est que le coach et le coaché échangent dans une relation d’adulte à adulte. Le coach offre une écoute totale de l’univers du coaché, il capte les zones de flous, les signaux verbaux et non-verbaux tout en restant lui-même.

    Conclusion

    C’est une formation déterminante dans mon parcours d’accompagnante. Une clé supplémentaire à offrir aux organisations avec lesquelles je chemine. J’accompagne le coaché à faire un choix, à résoudre un tiraillement, à clarifier une situation complexe, à s’aligner avec les niveaux logiques de Dilts, à transformer une croyance limitante en croyance aidante. La formation m’a permis de confirmer mon appel pour le coaching individuel qui fait aujourd’hui pleinement partie de ma pratique d’accompagnante.

    À Sémawé nous accompagnons les équipiers, les managers et les leaders d’organisation en parallèle des changements organisationnels. Pour en savoir plus sur notre approche et nos inspirations cliquez ici :

    • Les équipiers
    • Les managers
    • Les leaders
  • Comment sortir de l’espace problème ? Découvrez l’approche centrée solution !

    Lecture : 3 minutes

    L’Approche Centrée Solution est une démarche axée sur la recherche de solutions plutôt que sur la résolution des problèmes

    Animée par la volonté de progresser dans nos pratiques d’accompagnement individuel et d’ajuster davantage notre posture d’accompagnant, l’équipe de Sémawé vient de se former à l’Approche Centrée Solution (ACS). Guidée par l’expertise joyeuse d’Agnès Muir Poulle de l’entreprise Maraé, nous avons plongé dans cette approche qui renverse la culture de la relation d’accompagnement.

    Résoudre un problème ou trouver une solution ?

    À priori, préférer la recherche de solutions à la résolution des problèmes semble au mieux relever d’une subtilité sémantique, au pire être, franchement cosmétique. La résolution des problèmes n’implique-t-elle pas, de fait, la recherche de solutions ?

    L’approche classique qui vise à vouloir résoudre un problème implique une exposition complète du problème et un travail d’analyse qui en explore les causes. Une exploration qui “mijote dans l’espace du problème”. Une exploration qui peut être longue et pesante. À son issue, l’énergie du changement n’est parfois plus là.

    En axant sa posture sur la recherche de solutions, l’accompagnant s’appuie sur ce qui fonctionne déjà et cherche à l’amplifier. L’échange rend visible un état souhaité ou désiré. Visualiser cet état et changer sa propre représentation de la réalité, activent des leviers qui donnent l’élan de changer. C’est cette énergie au service du changement qui est cultivée puis mobilisée.

    Au cœur des thérapies brèves

    Les théoriciens de l’ACS sont les travailleurs sociaux américains Steve De Shazer et Insoo KimBerg dans les années 1980. Ils l’ont utilisé aux Etats Unis pour des thérapies brèves, à l’origine pour aider les personnes à maîtriser leurs addictions puis plus globalement pour aider des personnes à surmonter des troubles comportementaux et émotionnels. Pourquoi brève ? Parce qu’il s’agit de construire dans le seul temps de l’entretien les solutions à mettre en œuvre. Les solutions sont co-construites dans l’échange par la mobilisation des ressources de la personne, les siennes et celles présentes dans son environnement immédiat. Le terme d’approche centrée solution (ACS) permet de rester focus sur l’esprit et surtout la posture de cette relation d’accompagnement. Cette manière d’entrer en relation considère les personnes comme expertes de leur propre situation et donc, comme expertes de la recherche de leurs solutions.

    La qualité d’écoute et l’art du questionnement orienté solutions

    La démarche d’accompagnement s’appuie sur une écoute particulière, une écoute centrée sur la personne plus que sur l’objet de la discussion. Cette écoute au-delà des mots, chère au psychologue humaniste Carl Rogers, se situe dans le moment présent, dans la perception fine de ce qui surgit, de ce qui est vécu.

    Cette écoute anime un échange qui s’organise autour d’un questionnement précis. Un questionnement orienté solutions qui vise à guider l’attention non sur l’intensité du problème mais sur la petite lumière qui encourage l’évolution.

    L’accompagnant cherche ainsi les braises sur lesquelles souffler :

    • Les exceptions, les moments où le problème n’est pas présent, ou moins présent.
    • La débrouillardise, les ressources mobilisées pour faire face malgré la difficulté.
    • L’échelle d’évaluation, une manière de prendre de la distance et de visualiser les possibilités de progression.
    • Le futur pour visualiser le moment où le problème n’existera plus.

    À Sémawé, nous intégrons cette approche pour accompagner des personnes. Elle nous semble également pertinente pour aider des équipes à dépasser des situations de tensions ou à traverser des transformations organisationnelles.

    Cette approche de l’accompagnement nous séduit. Chaque personne a toutes les ressources en elle pour suivre son chemin d’évolution. À nous de l’aider à l’éclairer. Avec humilité.

  • Le « principe Source » : partout où il y a un projet, il y a une « Source »

    Lecture : 5 minutes

    Concept inventé par Peter John Koenig, consultant et formateur anglais résidant à Zurich, “la source est une personne qui a une idée et qui prend des initiatives et des risques pour la réaliser” (S. Merckelbach, Un petit livre rouge sur la Source). En initiant quelque chose qui n’était pas en marche auparavant, la personne devient “source” de cette initiative.

    Le parallèle avec l’eau est approprié dans la mesure où une source d’eau ne jaillit pas de nulle part. Souvent, une personne devient source d’une initiative parce que de multiples interactions ont fait jaillir en elle une idée dont elle se saisit. S’ensuit l’idée de rivière : une personne peut être “source globale” parce qu’elle met en œuvre une idée nouvelle ou alors “source spécifique” si elle rejoint l’initiative de quelqu’un d’autre. Les petits ruisseaux font les grandes rivières…

    Le “principe source” est à la fois “l’ensemble des phénomènes qui caractérisent l’activité de la personne source en tant que sujet”, mais aussi “la mise en œuvre de la source en tant qu’objet” (S. Merckelbach). Ces principes “nous aident à nous engager énergétiquement dans toutes nos initiatives et à encourager ceux qui nous entourent à faire de même. Ils invitent à vivre un management plus inspiré, stimulent notre implication créative et donnent un sens nouveau à nos liens professionnels et personnels” (S. Merckelbach).

    De la source au projet collectif

    Quand une personne source lance un projet, par exemple de création d’entreprise, d’autres personnes peuvent être attirées par la vision et les valeurs portées par l’initiative et souhaiter rejoindre cet élan. La source globale, en intégrant ces sources spécifiques et en les responsabilisant comme telles, leur permet de contribuer à la réalisation du projet dans le respect de ses valeurs.

    Les sources spécifiques “reconnaissent ainsi dans le projet une opportunité d’exprimer leurs valeurs à elles (qui résonnent avec celles du projet) et d’y réaliser, au moins en partie, leurs visions particulières, tout en promouvant la vision et les valeurs du projet ».

    Peut-être à cet instant pensez-vous à des projets collectifs auxquels vous avez participé ? Avez-vous comme moi ces souvenirs de moments où le collectif en question rêvait de “démocratie” et que chacun puisse s’exprimer sur tous les sujets ? Ou bien à l’inverse des souvenirs de leader laissant peu de place à ses collaborateurs pour s’assurer d’avoir le contrôle de son entreprise ?

    C’est là qu’interviennent deux principes très importants dans ce concept de source.

    Quelle gouvernance au service du projet selon la source ?

    Il n’est pas question ici de tomber dans les travers du “tout vertical” ni du “tout horizontal”. Mobiliser les pratiques de l’intelligence collective et du management participatif peut permettre de répondre au premier principe : l’équivalence.

    Il “reconnaît à chaque acteur une égale valeur d’être et un même pouvoir d’influence dans les décisions vitales du collectif. Ce principe établit l’équivalence fondamentale de tous les êtres humains, qu’ils soient source spécifique, source globale, ou pas encore consciemment source de quelque chose : chacun a la possibilité de devenir source et force de proposition.” (S.Merckelbach).

    Et en même temps, le deuxième principe allant de pair avec le premier, contrecarre les effets indésirables de la recherche de consensus : c’est le principe de primauté, qui “reconnaît à la source globale une place spéciale dans le collectif, du fait de son pouvoir et autorité sur le projet, et de sa responsabilité particulière envers la vision et les valeurs. La source globale se porte garante des origines, de l’identité et du développement du projet, et donc aussi du collectif” (S.Merckelbach).

    Il ne s’agit pas de “faire sa loi”, mais plutôt de faire profiter à l’ensemble du collectif de ses intuitions, de veiller au maintien du cap de la vision du projet, même si cela peut passer par moments par une voix plus directive.

    Prendre soin de ses sources

    Conscientiser son rôle dans l’organisation par le biais de la notion de source permet de comprendre que celle-ci a besoin de l’énergie de chacun pour fonctionner. Développer ses capacités en tant que source, globale ou spécifique, permet ainsi de passer de l’”amateur” (celui qui sait ce qu’il faut faire) au “professionnel” (celui qui sait ce qu’il ne faut pas faire).

    Pour ce faire, se positionner sur l’échelle des pathologies de sources et identifier les remèdes peut être fort soutenant !

    Pathologie n°1 : l’ignorant

    C’est celui qui ne se sait pas ou ne se reconnaît pas comme personne source. Cela génère de l’inaction qui va freiner l’organisation : déni de responsabilité, perte de motivation ou de confiance, sentiment de ne pas être légitime, manque de conscience et de clarté sur les rôles…

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses peurs… quoi de plus normal que d’avoir des blocages de cette sorte. L’idée c’est d’en réduire les effets en allant à leur rencontre, avec du soutien, de l’accueil de soi et de la prise de responsabilité.

    Pathologie n°2 : le despote

    C’est celui qui confond l’idée de source avec son ego, c’est-à-dire “se croire le propriétaire, au lieu du dépositaire, de son initiative” (S.Merckelbach). D’autant que les aspects légaux peuvent parfois renforcer cette confusion (entreprise privée, bailleur de fonds principal…). Cela génère une concentration de l’énergie de source au service de la personne elle-même davantage que de son projet.

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses projections sur ce que c’est d’être source, ses peurs…

    Pathologie n°3 : le mou

    C’est celui qui néglige le travail de source : il se reconnaît source mais ne passe pas à l’action. Cela génère un manque de vitalité dans le projet qui peut engendrer de la démotivation, le départ des sources spécifiques et à terme la fin de l’initiative. Toute personne peut passer par cette pathologie à différents moments de sa vie, mais certaines ont un peu plus de difficultés pour s’en extirper.

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses peurs… mais aussi :

    • Prendre la résolution d’agir en tant que personne source. En faire […] une intention profonde […] comme une mise en marche, un déclencheur, le moteur de démarrage de mon action”
    • “Prendre du recul pour poser la vision et clarifier les prochains pas. Réserver de l’énergie et du temps correspondant dans mon agenda, exclusivement consacré à des réflexions (seul et à plusieurs) de ‘personne-source’, et le répéter avec régularité”.
    • Prendre sa responsabilité de source, joyeusement. […] Si le prochain pas consiste à prendre un risque, alors vivre ma responsabilité de source revient à y aller sans hésiter ; si le prochain pas est de prendre une initiative, il est responsable d’y aller franco ; s’il s’agit d’intervenir pour rappeler le cadre, je vais le faire sans tarder, et ainsi de suite.” (S.Merckelbach)

    Conclusion

    Pour conclure, la passion qui grandit dans la personne source en se reconnaissant comme telle et en développant sa capacité à vivre en cohérence avec cela, devient rapidement contagieuse et libère une énergie phénoménale au service du projet et de la vision portés collectivement. Sans plus tarder, ressourcez-vous !

  • Qu’est ce que permet Holacracy dans une organisation en co-direction ? Interview de Hugo co-dirigeant de la fondation Terre de Liens

    Lecture : 5 minutes

    Hugo Arnaud, tu es co-dirigeant de la Fondation, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?

    Je suis arrivé il y a 1 an ½ et je suis à présent co-directeur général de la fondation Terre de Liens, suite au départ du fondateur. J’ai réalisé mes études dans le secteur du commerce et c’est l’entrepreneuriat au service d’une cause sociale qui m’anime depuis. Je suis aussi issu d’une famille d’agriculteurs, tout cela explique comment je suis arrivé chez Terre de Liens !

    Quelle est la raison d’être de l’organisation Terre de Liens ?

    Faire de la terre agricole un bien commun. C’est un mouvement citoyen qui a pour objectif de préserver les terres agricoles en préservant l’environnement et l’humain.

    Comment s’est passée ta rencontre avec l’Holacracy ?

    J’avais été sensibilisé à des modes de management différents grâce à mes précédentes expériences professionnelles. J’ai aussi lu au sujet des entreprises libérées, le livre de F. Laloux « reinventing organizations par exemple.

    Et puis au moment où nous avons eu envie de passer en co-direction chez Terre de Liens, nous avons identifié notre besoin de clarifier nos périmètres de décisions, pour chacun des 3 co-dirigeants. Et c’est à ce moment-là que nous avons rencontré Aliocha et l’Holacracy !

    En tant que co-directeur, qu’est-ce qui t’as donné envie d’adopter l’Holacracy ?

    D’une part, nous sommes 3 à avoir pris la suite du fondateur de Terre de Liens. Nous avons besoin de nous approprier la raison d’être de l’organisation. L’Holacracy nous aide à la définir et à la porter.

    Ensuite, cela nous permet de clarifier nos responsabilités et périmètres de prise de décision, pour que notre fonctionnement à 3 soit lisible de l’extérieur, auprès des administrateurs et de l’équipe.

    Et enfin pour moi-même, qui porte les fonctions RH au sein de notre Codir, la clarification des rôles et redevabilités de chacun, dans un contexte d’équipe en forte croissance : c’est rassurant ! En 18 mois nous allons passer de 17 à 33 salariés, nous recrutons 10 personnes en 6 mois :

    “l’Holacracy nous apporte la structuration dont nous avons besoin”

    Pour en savoir plus sur Holacracy :

    Comment dégagez-vous du temps pour l’Holacracy et l’adoption ?

    C’est un investissement aujourd’hui mais nous sommes convaincus de l’intérêt d’y consacrer ce temps. C’est très éclairant dans un contexte de création de postes et de croissance de l’organisation !

    Et puis adopter l’Holacracy est notre première grande décision de co-direction !

    Symboliquement cela nous permet de marquer le changement, c’est une nouvelle organisation pour la Fondation et c’est cohérent avec le modèle de société que nous souhaitons. C’est vrai aussi que nous sommes une Fondation, reconnue d’utilité publique, et que les salariés sont assez ouverts d’esprit et que nous-mêmes ça nous pousse à aller vers un système comme l’Holacracy.

    Est-ce que tu identifies d’autres besoins auxquels l’Holacracy répond pour Terre de Liens ?

    Notre organisation est assez complexe : il y a des métiers très différents (communication, gestion des fermes…), et nous sommes un mouvement qui regroupe des entités différentes (Fondation, Entreprise d’investissement solidaire et Réseau associatif).

    Le visuel de notre holarchie sur Holaspirit nous aide à rendre les rôles lisibles dans les différentes structures et auprès des parties prenantes avec qui nous sommes en lien.

    Comment avez-vous procédé pour embarquer l’équipe ?

    Nous avons fait le choix d’être accompagnés par un prestataire extérieur et de nous centrer, nous, équipe du Codir, sur les raisons du changement.

    Nous sommes passés par plusieurs étapes :

    • La co-direction a commencé à évoquer l’Holacracy, en expliquant à l’équipe qu’un accompagnement était nécessaire.
    • Puis Aliocha est intervenu auprès de l’équipe et du bureau, il a pu répondre aux premières questions.
    • Ensuite il y a eu un séminaire d’embarquement pour l’ensemble de l’équipe.
    • Et là, nous sortons d’une première session de formation de praticiens de 4 jours, pour une partie de l’équipe.

    Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à propos de la signature de la Constitution ?

    C’était assez émouvant. Nous avons eu le sentiment, à ce moment-là, que la co-direction marquait son empreinte et que l’équipe embarquait dans cette aventure où la place de chacun sera importante.

    C’était un mélange de soulagement et d’étonnement, nous avons senti l’enthousiasme de l’équipe, c’est important et motivant pour la suite !

    Qu’est ce que tu observes de différent dans l’équipe depuis la signature de la Constitution ?

    Nous sortons tout juste de la formation de praticiens de la gouvernance partagée, c’était il y a 3 semaines. Ce qui se voit déjà concrètement :

    • des réunions plus efficaces, en petits ou grands cercles, il y a plus de sujets traités en moins de temps consacré.
    • des mots nouveaux, nous utilisons un nouveau vocabulaire !

    Est-ce qu’il y a des moments délicats selon toi pour embarquer l’équipe ?

    Je perçois la crainte de certains de voir évoluer leur poste par exemple. C’est un changement de repères, ce n’est pas confortable pour tout le monde. Ce qui est rassurant c’est que dès qu’il y a des préoccupations, l’Holacracy propose des processus pour s’en occuper.

    Le cadre à tenir lors des réunions tactiques et de gouvernance est parfois perturbant. La posture de facilitateur et de scribe est parfois délicate à tenir surtout auprès de personnes qui ne sont pas encore formées.

    Quelles sont vos prochaines étapes ?

    Nous avons encore du travail sur la description des rôles existants. L’enjeu en ce moment est de réussir à pratiquer au quotidien, avec l’appui des premières personnes formées. Ensuite une autre partie de l’équipe va pouvoir suivre la formation de 4 jours. Et puis nous arrivons à un moment où nous allons devoir expliquer aux parties prenantes avec qui nous travaillons, ce que nous mettons en place et ce que ça nous apporte.

    Quels sont les conseils que tu donnerais à une organisation qui souhaite se lancer ?

    Je lui conseillerais de prendre le temps d’échanger avec Sémawé et avec d’autres structures qui ont adopté l’Holacracy. De notre côté nous avions rencontré Arcadie, une entreprise de 120 salariés, qui vend des épices et qui a signé la Constitution en 2017. C’est vraiment rassurant les témoignages, et on en a besoin car l’adoption demande du temps et c’est un investissement.

    Je pense vraiment qu’il faut expérimenter si on en a envie, en ayant en tête qu’on a toujours le droit de revenir en arrière ! En revanche je pense qu’il faut se donner les moyens de tester avec l’ensemble du système Holacracy. Ce que j’ai entendu de structures qui sont restées dans un entre deux n’est pas convaincant. Tomber dans le travers de l’horizontalité où tout le monde est consulté pour qu’une décision soit prise, n’est pas performant. Ma vision est que le cadre proposé par l’Holacracy est nécessaire.

    As-tu envie d’ajouter quelque chose ?

    J’ai envie d’ajouter que c’est vraiment agréable de travailler avec Sémawé : adopter l’Holacracy est assez complexe, ça pourrait être rébarbatif, mais nous avançons dans la bonne humeur !

    Retrouver d’autres témoignages sur l’adoption Holacracy

  • Quelles règles sont modifiables dans la constitution Holacracy V5.0 ?

    Traduction de l’article de Chris Cowan, version originale disponible ici.

    Vous devez savoir que si toutes les règles de la constitution sont importantes, elles ne le sont pas toutes de la même manière. Heureusement, les différences sont plus claires dans la constitution version 5.0 car elle précise quelles règles peuvent être remplacées par une politique.

    On vous dresse une liste des processus modifiables sous la version 5.0 :

    • 3.2 : Le processus de réunion tactique peut être modifié par une politique.
    • 4.1.2 : Les domaines peuvent être impactés en annonçant votre intention, mais cela peut être modifié par une politique.
    • 4.1.3 : L’autorisation de dépenser de l’argent peut être accordée en utilisant le processus défini par la constitution, mais cela peut être modifié par une politique.
    • 5.1.1 : Normalement, le représentant du cercle est élu en utilisant le processus d’élection intégrative, mais cela peut être modifié en définissant un processus différent via une politique.
    • 5.3 : Le processus de gouvernance asynchrone est automatiquement suspendu si quelqu’un demande qu’une proposition soit amenée en réunion, à moins qu’une politique ne dise autre chose.
    • 5.4.2 : Aucun quorum n’est nécessaire pour une réunion de gouvernance, sauf si une politique en décide autrement.
    • 5.4.3 : Une politique du cercle peut procéder à des ajouts au processus de réunion de gouvernance défini, mais ne peut pas entrer en conflit avec les règles définies à l’article 5.

    Les rôles définis par la constitution peuvent aussi être modifiés :

    • 1.4.5 : Un cercle peut ajouter des redevabilités ou des domaines à son propre rôle de Leader de cercle, puis supprimer ces ajouts. Cependant, tout ajout s’applique automatiquement à tous ses sous-cercles de manière récursive.

    (NOTE : Un Cercle ne peut pas ajouter des Redevabilités ou des Domaines uniquement à son propre Rôle de Leader de Cercle, ou qui ne seraient pertinents que pour ce Cercle.).

    De plus, un Cercle peut retirer toute redevabilité, tout domaine, toute autorité ou fonction de son propre rôle de Leader de Cercle. Il peut le faire soit en les confiant à un autre rôle du cercle, soit en définissant un autre moyen de les mettre en œuvre. Ce faisant, il retire automatiquement l’élément concerné du Leader de cercle, tant que la délégation reste en place.

    • 5.1.1 : Un cercle peut ajouter des Redevabilités ou des Domaines à son propre rôle de Représentant de cercle, ainsi que modifier ou supprimer ces ajouts. (NOTE : Aucun cercle ne peut modifier ou supprimer la Raison d’Être du rôle, ni les Redevabilités placées sur le rôle par la constitution).

    Autres éléments de la constitution qui sont modifiables :

    • 1.4 : Le Cercle d’Ancrage n’a pas de Leaders de Cercle, à moins qu’une politique du Cercle d’Ancrage ne dise le contraire.
    • 3.1 : Pour les réunions Tactiques régulières convoquées par le Scribe d’un cercle, tous les rôles du cercle sont invités, sauf si une politique en dispose autrement.

    À savoir :

    #1. Portée de la politique

    Il est important de se rappeler que lorsqu’une politique modifie une règle ou un processus par défaut dans la Constitution, elle ne s’applique que dans le cercle qui détient la politique.

    Dans la Constitution v5.0, il existe plusieurs types de « politiques », et différentes règles s’appliquent. La section 5.2.1 stipule : « Une politique qui modifie une règle ou un processus par défaut dans la Constitution ne s’applique qu’à l’intérieur du cercle qui détient la politique, ou si cela est explicitement indiqué, à l’intérieur de tous les sous-cercles également, de manière récursive. Dans ce dernier cas, un sous-cercle peut toujours passer outre cette politique via l’une des siennes, sauf si cela est explicitement interdit dans la politique originelle. »

    #2. Deux types de contenu modifiable dans la Constitution

    A) « Si cet article n’est pas adopté… » Lorsque l’on signe la constitution Holacratie, ce petit bout de phrase au début de certains articles permet aux ratificateurs et Leaders de cercle de modifier et d’adapter tout article qu’ils ne souhaiteraient pas adopter.

    Par exemple : « Article 3 : Réunions tactiques : Si cet article n’est pas adopté, l’Organisation conservera ses habitudes de réunion actuelles, jusqu’à ce qu’un Leader de cercle en décide autrement, ou jusqu’à ce que le Leader d’un cercle plus large ou les ratificateurs en décident autrement ». Cela permet un chemin d’adoption échelonné et personnalisable basé sur une constitution partagée et transparente sans exclure immédiatement tous les vestiges de la gestion conventionnelle.

    B) « Une politique peut changer ceci… » Cette précision désigne les endroits où la constitution permet à l’organisation d’adopter une politique qui peut directement contredire ou modifier une règle donnée.

    Par exemple : « 3.2 Une Politique dans le Cercle peut définir un autre processus de réunion ou modifier le processus par défaut pour les Réunions Tactiques organisées par le Scribe ou par n’importe quel autre Rôle du Cercle. »

    #3. Les références aux politiques ne sont pas toutes là pour modifier les règles :

    À certains endroits, la constitution indique explicitement qu’une politique peut être utilisée pour définir plus précisément quelque chose dans la constitution, mais elle n’autorise pas la politique à contredire ou à modifier ce qui a déjà été défini dans la constitution (par exemple, §1.2 Attribution des rôles : « …Une politique peut contraindre davantage les assignations ou les suppressions de rôles. »).

    En outre, certaines références indiquent simplement qu’une politique est le mécanisme ou la construction appropriée à utiliser (par exemple, §1.3.4 Relier un Rôle à un Cercle : Un Rôle peut être relié à un autre Cercle, si une Politique de cet autre Cercle ou de tout Super-Cercle de celui-ci l’y invite.)

  • La réunion tactique : opérationnel et efficacité !

    Lecture : 5 minutes

    La réunion tactique en Holacracy est un moment dédié aux rôles et à leurs projets.

    Nous nous en servons chaque semaine à Semawe et nous proposons à nos clients de les accompagner pour l’adoption de ce format à la fois efficace, clarifiant où chacun a sa juste place dans l’échange !

    Comment ça marche ?

    Il y a 6 étapes à cette réunion. Elle peut durer de 30 minutes à 2h. Sa longueur dépend du temps dont l’équipe dispose, ou bien de la taille du projet pour lequel on l’utilise. C’est une réunion qui peut être utile pour une équipe dans sa globalité, par exemple, une équipe en charge de la communication, des ressources humaines ou de l’accueil etc. On l’utilise aussi pour des projets. À Sémawé on s’en sert aussi bien pour nos réponses à Appel d’offres ou pour notre projet d’écriture d’un livre que pour nos besoins permanents (Communication, accompagnement de nos clients etc.).

    C’est parti pour un tour d’horizon rapide de chaque étape !

    Le tour d’inclusion

    Au début de chaque réunion le facilitateur fait un tour d’inclusion. Il demande à chaque personne présente de partager avec quoi elle arrive à la réunion.

    À quoi ça sert ?

    Le tour d’inclusion permet à chacun de prendre le temps de rentrer dans le sujet qui va être traité le jour J. La réunion tactique est liée à un cercle qui a sa propre thématique (cercle admin, cercle prospection, cercle communication, cercle finance) c’est une façon pour les membres de s’aligner avant de travailler ensemble. Cela permet également au facilitateur de connaître l’état de disponibilité dans lequel se trouve chaque personne présente. C’est un tour qui est plutôt rapide, en général, chaque personne s’exprime en moins d’une minute.

    La revue de la checklist

    Chaque cercle peut décider de définir une ou plusieurs checklist. La checklist sert à se donner des nouvelles sur une attente récurrente. Une action que certains rôles du cercle doivent faire régulièrement. Par exemple dans notre cercle administratif une checklist concerne les frais de chaque associé.e.s. Au démarrage de chaque réunion tactique le facilitateur demande aux membres du cercle : “Les frais individuels sont renseignés dans notre logiciel comptable, check ou pas check ?”. Chaque membre présent répond “Check”, “Pas check”.

    À quoi ça sert ?

    • À renseigner un ou plusieurs rôles sur l’état d’avancement d’un sujet. Pour les frais, notre rôle finance a une température pour savoir s’il peut s’occuper de programmer les remboursements.
    • À ancrer de bonnes habitudes en y revenant régulièrement. Quelqu’un qui a oublié de faire son action récurrente s’en rappelle grâce à la checklist. L’enjeu est de ne pas culpabiliser quelqu’un qui n’est pas à jour mais bien de lui faire une petite pichenette de rappel !

    La revue des indicateurs

    Les indicateurs importants sont définis par tout membre du cercle. Dans l’idéal ils sont utiles et essentiels pour les membres du cercle. Par exemple pour le cercle Finance, un indicateur intéressant serait : Le montant de la trésorerie pour le mois d’octobre.

    À quoi ça sert ?

    Cette phase est importante car elle est gage de transparence. Chaque membre du cercle a connaissance de l’indicateur en question, qui doit donner une idée sur l’état de santé d’un projet ou d’une activité.

    Des nouvelles sur les projets

    Chaque rôle a des redevabilités. En Holacracy ces redevabilités sont traduites par des projets.

    La revue des projets consiste pour chaque rôle à donner des nouvelles sur ses projets.

    Il s’agit de communiquer au groupe uniquement ce qui est nouveau. Inutile de rappeler ce qui a déjà été fait ou pourquoi cela n’a pas encore été fait. Il ne s’agit en aucun cas de se justifier mais bien de donner des nouvelles sur les projets.

    À quoi ça sert ?

    Cette revue de projet a l’avantage d’être rapide et efficace avec un bon niveau d’informations partagé aux membres du cercle.
    Pendant la revue de projet si certaines personnes ont besoin de poser des questions de clarification pour mieux comprendre elles peuvent les noter et pourront les amener dans la phase de triage des points.
    Un des éléments essentiels lors de la revue des projets : seul le rôle concerné peut s’exprimer. Cela permet d’aller vite sur cette partie et de ne consacrer du temps aux échanges que si cela est un besoin exprimé par un des membres du cercle.
    Cette méthode est la garantie d’une revue des projets rapide et agile. L’équipe est au courant en peu de temps de toutes les informations sur l’état d’avancement des projets du cercle.

    Le triage des points

    C’est le moment où chaque membre du cercle peut amener une tension à l’ordre du jour. Le facilitateur a la mission de traiter chaque tension une par une en restant centré sur la personne qui l’a amenée.

    Une tension en Holacracy n’a rien de négatif. C’est la différence entre un idéal et ce qui est réellement. Voici quelques exemples :

    • Un partage d’information
    • Demande d’action ou de projet à un autre rôle
    • Une question de clarification
    • Une attente récurrente qui peut faire l’objet d’un point de gouvernance.

    Pour mieux comprendre cette notion de tension, je vous recommande notre podcast dédié à ce sujet : Les tensions (10min)

    À quoi ça sert ?

    Cela évite au groupe de mélanger plusieurs points et d’aller plus vite. Par exemple si un rôle amène une tension liée à un de ses projets et que cela provoque une tension chez un autre rôle présent, celui-ci peut à son tour amener une tension à l’ordre du jour et le facilitateur s’en occupera de manière individuelle. Cela permet au groupe d’avancer avec ce qui est vivant pour chacun de ses membres. L’ordre du jour n’étant pas prévu à l’avance et se construisant en direct c’est la façon la plus participative d’avancer !

    Le tour de clôture

    À la fin de la réunion le facilitateur fait un tour de clôture. Il demande à chaque personne présente de partager avec quoi elle repart de la réunion.

    À quoi ça sert ?

    Le tour de déclusion permet à chacun de prendre le temps de sortir du sujet. C’est une façon pour les membres de s’aligner avant de reprendre leur travail. Cela permet également au facilitateur de connaître l’état dans lequel se trouve chaque personne présente à l’issue des échanges. C’est un tour qui est plutôt rapide, en général, chaque personne s’exprime en moins d’une minute.

    Le rôle du facilitateur

    Il est à la fois l’arbitre des discussions et adopte une posture coachante pour aider chaque rôle à exprimer ce dont il a besoin. Il n’est pas détenteur de la solution, il accompagne seulement sur le chemin. Il a toute autorité pour distribuer la parole permettant ainsi un format de réunion opérationnelle qui reste efficace et lié à l’autorité de chaque rôle !

    Pour perfectionner votre posture de facilitateur, cet article devrait vous intéresser : Checklist mentale pour le facilitateur lors des réunions tactiques

    Le rôle du scribe

    Il encode les décisions avec le logiciel Glassfrog ou Holaspirit selon votre choix. À chaque fois qu’un membre en a besoin il note une prochaine action, un projet, un point de gouvernance pour la prochaine réunion et l’attribue au rôle concerné en direct. Il ne décide pas, il est au service du facilitateur et des rôles pour garder une trace de ce qui se décide !

    Maintenant que vous avez découvert le principe d’une réunion tactique, il ne vous reste plus qu’à l’expérimenter ! Contactez-nous pour obtenir la fiche de facilitation : contact@semawe.fr

    Et si vous voulez constater par vous-même l’efficacité du format, Sémawé vous ouvre ses portes lors de nos réunions publiques ! On vous explique tout ça ici : À quoi ressemblent les réunions en Holacracy ? Venez le découvrir par vous-même !

  • Choisir le bon système d’exploitation pour votre startup

    Article original de Dennis Wittrock

    Explorer l’autogestion comme structure organisationnelle pour les Startups

    Cet article décrit comment les startups peuvent mieux répondre à leur besoin de structuration organisationnelle en connaissant les alternatives à la hiérarchie conventionnelle, et quand effectuer un changement délibéré de système d’exploitation.

    Pour la plupart des startups, il y a des étapes marquantes dans leur développement lors desquelles des décisions fondamentales doivent être prises. Au début, les fondateurs peuvent se rencontrer à l’université ou se réunir avec des amis pour explorer une idée d’entreprise. Après une période d’expérimentation, ceux qui n’échouent pas dans les premiers stades (ce qui est le cas de la plupart des startups) atteignent un stade où l’adéquation produit-marché augmente.

    « À l’aide, nous avons besoin de structure ! »

    C’est là que les fondateurs de startups entrent dans un dilemme commun : à mesure que l’équipe grandit, la complexité de l’organisation augmente, et il devient clair qu’une sorte de hiérarchie intermédiaire soit structurellement nécessaire. Dans le même temps, cela remet en question la base du succès antérieur de l’entreprise, son agilité, sa proximité et sa décontraction interpersonnelle, et le sentiment de faire partie d’une famille que l’on s’est choisie.

    À ce stade, en tant que fondateur vous vous dites de manière pragmatique : « Et puis zut, au final, nous n’avons pas le choix, alors faites venir les dirigeants à plein temps, les managers, les « chefs de … », etc. », et laissez le destin suivre son cours, tout en vous jurant de pratiquer le « servant leadership » et d’autres nobles idéaux de leadership, et de ne jamais vous laisser séduire par le côté obscur du pouvoir. Bonne chance !

    Un choix qui n’en est pas un

    À proprement parler, la décision en faveur de la hiérarchie managériale classique n’est pas vraiment une décision, car une « décision » suppose que je puisse choisir entre au moins deux options viables. Laisser l’organisation glisser vers un chaos sans espoir n’est pas une option viable, et la plupart des startups en sont donc réduites à la devise « fermer les yeux et passer au travers » et à imposer la hiérarchie managériale mal aimée, avec tous ses enchevêtrements interpersonnels, en espérant que tout finira par s’arranger.

    La bonne nouvelle est qu’il existe en fait une alternative viable au management hiérarchique classique. Elle s’appelle l’autogestion.

    La bonne nouvelle est qu’il existe en fait une alternative viable à la hiérarchie classique du management – et qu’il y a donc un vrai choix à faire, à condition d’être conscient de cette alternative. Elle s’appelle l’autogestion, ou l’auto-organisation, et elle gagne en visibilité dans les tendances entrepreneuriales. Mais malheureusement, la majorité des entreprises sont encore relativement ignorantes de cette alternative ou n’osent pas (encore) franchir le pas.

    Une véritable alternative : L’autogestion avec Holacracy

    La variante de l’autogestion que nous privilégions chez Xpreneurs, tout comme chez Sémawé s’appelle Holacracy. Il s’agit d’une pratique robuste d’autorité distribuée entre pairs, sans managers traditionnels, développée en 2006 par Brian Robertson et la société HolacracyOne. Ce système est désormais pratiqué dans des milliers d’organisations dans le monde. Ses règles sont codifiées dans la « Constitution Holacracy ». Le but de cet article n’est pas d’expliquer Holacracy, mais de souligner le fait qu’il existe une alternative réaliste à la hiérarchie classique. La décision sur le système d’exploitation implique alors un vrai choix entre deux options viables.

    La question du bon timing

    En supposant que l’autogestion en Holacracy soit considérée comme le bon choix, quand est-ce que le système d’exploitation alternatif doit être introduit dans l’organisation ? On peut généralement distinguer trois phases dans la croissance d’une startup :

    1. Les premiers jours candides où tout le monde fait partie de la Happy Startup Family ;
    2. La phase où l’adéquation produit-marché a été optimisée, ce qui conduit à une poussée de croissance et à une complexité accrue ;
    3. Une phase de consolidation où l’organisation doit digérer structurellement sa croissance (si elle ne veut pas mourir de congestion).

    Phase 1 : la Happy Start Up Family

    Dans la phase 1, on n’a généralement pas conscience que la poussée de croissance de la phase 2 va arriver et entraîner un besoin de structure. Les gens pensent qu’ils pourront toujours travailler dans leur garage avec leurs amis. Bien qu’il serait idéal de construire l’organisation sur une base durable avec Holacracy à ce stade précoce, d’autres choses sont plus urgentes :

    • Vérifier l’hypothèse selon laquelle les produits de l’organisation sont nécessaires.
    • Développer des flux de revenus pour disposer d’une marge de manœuvre financière suffisamment longue pour mettre un produit sur le marché.
    • Embarquer les bonnes personnes avec les bonnes compétences.

    Dans la phase 1, le besoin d’autogestion n’est pas élevé, car vous travaillez toujours en bonne intelligence avec vos collègues (et toutes les tâches nécessaires sont effectuées), et il n’y a généralement pas assez de ressources financières pour obtenir une formation Holacracy approfondie et un coaching professionnel (bien qu’il puisse y avoir des exceptions). Ce n’est donc généralement pas le bon moment.

    Dans le même temps, des opportunités substantielles sont manquées. Dès que l’on se pose la question de savoir quel travail doit réellement être fait, qui est responsable de quoi, et qui prend quelles décisions, on aurait la possibilité de prendre ces décisions en utilisant Holacracy. La plupart des fondateurs de startups créent inconsciemment et involontairement une pratique qui nuira plus tard à l’organisation, et à laquelle ils ont souvent essayé d’échapper – ironie du sort – en créant une autre entreprise.

    Phase 2 : Maturité du marché

    Même dans la phase de maturité du marché (2), par définition une phase turbulente, un changement radical du système d’exploitation de l’organisation n’est pas recommandé car un tel changement nécessite un investissement en temps et en énergie. Or, ce n’est pas viable à cette étape, car le téléphone n’arrête pas de sonner. En outre, l’augmentation soudaine de la complexité ne devient perceptible que vers la fin de cette phase de croissance, ce qui signifie que le déficit structurel va soudainement devenir aigu. Ce n’est donc pas non plus le moment idéal.

    Mais d’un autre point de vue, il s’agit du premier véritable coup de stress pour l’entreprise. Si vous pouvez vous appuyer sur de solides pratiques d’autogestion dès les premières étapes, il y aura probablement beaucoup moins de dommages collatéraux.

    Phase 3 : Consolidation

    Dans la phase 3, vous avez maîtrisé la première ruée de clients et reconnu le besoin de structure. À ce stade, la plupart des fondateurs choisissent la voie de la hiérarchie managériale classique. Mais, comme nous l’avons appris précédemment, d’autres voies sont possibles : il est également possible de suivre l’exemple d’un nombre croissant d’entreprises pionnières du monde entier qui choisissent l’autogestion. Dans la phase 3, vous disposez de ressources suffisantes, vous avez un produit qui fonctionne et vous savez qu’une structure organisationnelle appropriée ne se construira pas toute seule. À partir de ce plateau, vous pouvez soit dériver passivement dans le flux de la hiérarchie traditionnelle, soit reconstruire complètement votre organisation avec l’autogestion.

    Conclusion

    Si vous appréciez les qualités typiques des startups telles que l’agilité, la prise de décision décentralisée, l’autonomie maximale et la subsidiarité, et que vous souhaitez passer à l’échelle supérieure, mais que vous ne voulez pas renoncer à la clarté des rôles et des processus, un système d’autogestion cohérent tel que l’Holacracy est une option à envisager sérieusement dans la dernière phase de consolidation.

    Toutefois, si vous pensez systématiquement à l’avenir, vous envisagerez la question du choix du système dès le début, car elle se posera inévitablement d’elle-même. Plus vous mettez en place les alternatives tôt, plus il est facile d’établir un nouveau modèle de collaboration qui peut résister aux changements dans l’organisation (recrutement, changement d’échelle etc.) sans répondre de manière purement réactive au besoin de structure en établissant un modèle hiérarchique de management parce que « c’est comme ça que fonctionne une entreprise. »

    Au contraire, le management traditionnel hiérarchique n’est pas une fatalité que l’on doit subir. Mais on ne peut prendre une vraie décision que lorsqu’on connaît de vraies alternatives.

    Cet article a été publié en allemand le 9 février 2022 par Denis Wittrock sous le titre « Selbst-Management als Organisationsstruktur für Startups » sur le blog Xpreneurs.

  • Le relationnel clef de voûte du bien être au travail lettre numéro 10 de l’URSCOP

    Lecture : < 1 minute

    Nous sommes en octobre 2022 et l’URSCOP a sorti sa 10ème Lettre des Scop et Scic Auvergne Rhône-Alpes de l’année. On y découvre des coopératives innovantes et engagées vers un futur plus durable.

    La Lettre fait un zoom sur Sémawé qui cultive des espaces propices au bien-être au travail grâce notamment au système Holacratie comme le témoigne Juliette Brunerie, co-fondatrice de la Scop.

  • Pourquoi accompagner en Holacracy demande une certification ?

    Lecture : 4 minutes

    Le saviez-vous ? L’accompagnement en Holacracy est réglementé par une certification que les coachs doivent obtenir. La certification délivre à l’organisation le statut de Provider, c’est-à-dire l’autorisation à accompagner des organisations en Holacratie.

    C’est au prix d’un entraînement intensif que Sarah, Juliette et Jeanne ont obtenu leur certification cette année ! Leur motivation ? Accompagner nos clients avec une posture soutenante et une maîtrise de la Constitution.

    Holacracy, qu’est-ce que c’est ?

    Pour un brief vidéo en 2 minutes :

    Accompagner une équipe en Holacracy, c’est coacher l’organisation et les individus !

    Ça veut dire quoi être coach Holacracy exactement ? Dans le langage holacratique, on parlera plutôt du rôle « Coach Holacracy ». Il doit permettre une pratique autonome de l’Holacracy dans les organisations accompagnées.

    La certification précise qu’un Coach Holacracy doit passer l’examen et démontrer la mise à jour de ses compétences régulièrement. Pour cela, les Coachs Holacracy constituent une communauté d’échanges de pratiques qui permet à tous et toutes de progresser.

    Concrètement, les coachs Holacracy sont les rôles qui interviennent dans les organisations qui veulent adopter Holacracy. On parle de coaching car le but est non pas d’enseigner mais d’accompagner les clients dans leur cheminement d’adoption.

    Adopter Holacracy, c’est adopter de nouveaux codes de travail, de nouveaux codes relationnels. Cela demande du temps et c’est un changement pas facile à opérer car il bouscule les repères du management classique. Notre rôle est à la fois de transmettre les processus définis par la Constitution et d’accompagner le changement de posture de chaque personne dans l’organisation.

    Auprès des leaders, le coach Holacracy soutient :

    • Leur leadership dans leurs rôles.
    • L’explicitation de leurs attentes implicites auprès des autres membres de l’organisation.
    • La traduction opérationnelle des nombreuses tâches qu’ils réalisent simplement parce qu’ils sont leader d’une organisation.

    Auprès des équipiers, le coach Holacracy soutient :

    • Leur leadership dans leurs rôles.
    • La traduction de leurs attentes envers les autres membres de l’organisation, leader compris.
    • L’explicitation des rôles invisibles qu’ils énergisent au quotidien.

    De l’importance de se faire accompagner par des coachs certifiés

    Pourquoi dépenser tant d’énergie pour un examen ? La certification de coach Holacracy est un gage de qualité pour les accompagnements. Via l’examen, HolacracyOne, l’entreprise à l’origine de la méthode, souhaite s’assurer du niveau des intervenants, car pour accompagner des organisations, il faut un certain niveau de maîtrise de la Constitution et la capacité à adopter une posture cadrante et soutenante à la fois.

    Pour passer cet examen, il faut déjà pratiquer Holacracy et y consacrer de nombreuses heures d’entraînement. La diversité des situations travaillées au cours des entraînements renforce notre expérience. C’est donc pour nous une grande occasion d’apprentissage, tant dans les entraînements que lors de l’examen lui-même. Les feedbacks des assesseurs sont précis et factuels, ce qui permet de progresser dans sa pratique.

    Aujourd’hui, il y a 4 organisations en France à être certifiées Provider en Holacracy et une cinquantaine dans le monde.

    Un entraînement intensif pour devenir coach certifié

    L’examen se déroule en visio avec 2 assesseurs. Il y a un examen pour le coaching d’une équipe débutante lors d’une réunion tactique et un examen pour la réunion de gouvernance. Dans les deux cas, les assesseurs jouent des débutants en Holacracy. Le coach doit trouver l’équilibre entre une facilitation fluide et la transmission des processus et des règles Holacratiques.

    Sarah, Juliette et moi (Jeanne) nous sommes entraînées activement pendant 1 an pour trouver la juste posture et maîtriser les subtilités de la Constitution 5.0. Comment avons-nous fait ? Nous avons pratiqué encore et encore avec l’aide de nos associés et partenaires (merci Vincent, coach Holacracy chez HappyWork pour les belles occasions de coaching que tu nous as offertes).

    À tour de rôle, nous avons joué des personnages débutants en Holacracy : parfois naïfs, blasés, motivés, voire trop motivés, contrôlants, spontanés… bref nous sommes passées par toutes les gammes d’émotions pour offrir à chaque candidate l’occasion de s’entraîner.

    Aller à un entraînement Holacracy, c’est comme aller au Dojo. On sait que l’on va chuter sur le tatami puis recommencer, réussir, rechuter… et surtout apprendre, jusqu’à trouver la façon de soutenir les leaderships partout où ils sont et transmettre les processus de réunion.

    Une compétence modélisante aussi en interne

    Enfin, c’est aussi pour nous l’occasion de soutenir la pratique d’Holacracy dans l’équipe. Nous sommes désormais 4 à pouvoir coacher l’équipe pendant et en dehors des réunions. Nous allons pouvoir restituer nos apprentissages au collectif et un jour nous pourrons nous aussi entraîner d’autres personnes de l’équipe à passer la certification.

    Obtenir la certification de coach n’est que le début du chemin. Plus qu’une fin, la certification ouvre la possibilité de commencer à accompagner. Fortes de nos entraînements et de notre expérience, nous sommes toutes les trois ravies d’accompagner nos clients à la découverte d’Holacracy !

  • Découvrez le portrait de Sarah, Coach en Holacracy !

    Par Sarah Dantz | 11 Octobre 2022 | Équipe, Holacratie

    Qu’est-ce qui est important pour toi dans Holacracy ?

    Chaque individu peut pleinement exprimer ses talents et les faire grandir en connaissant les règles du jeu. Holacracy permet aux membres d’une organisation de vivre et de porter un regard complètement nouveau sur leur contribution dans un projet. Ils bénéficient davantage de clarté et de pouvoir sur le fonctionnement de l’organisation mais aussi sur la gestion de leur propre travail.

    C’est un système évolutif qui permet d’intégrer une grande adaptation de l’individu dans son organisation mais aussi de l’organisation dans son environnement plus global. Enfin, avec l’adoption d’Holacracy, on apporte du soin aux individus et à leurs relations dans le cadre du travail par la clarté des rôles dans leur organisation.

    Qu’est-ce que ça change dans tes pratiques d’adopter Holacracy ? (en tant que membre d’une équipe qui pratique Holacracy au quotidien)

    Tout d’abord, on parle la même langue ! Notre gouvernance correspond à notre support de référence. Je peux m’y référer dès que je souhaite savoir qui s’occupe de quoi ou qui décide de quoi. Les informations qui me sont utiles pour travailler sont disponibles et si je ne les ai pas, je suis complètement légitime pour m’adresser au rôle correspondant pour les obtenir. Personnellement, je me sens efficace dans mon travail et disponible pour apporter toutes les contributions qui sont utiles au travail de mes collègues car en Holacracy le traitement des demandes des autres rôles est prioritaire sur mon propre travail.

    De plus, le fait qu’on ait explicité la raison d’être de l’organisation et des différents sous-cercles, c’est quelque chose qui me donne de l’énergie car je sais à quoi concourt ma contribution. Celle-ci pourra s’exprimer avec ces deux aspects : de la responsabilité et en même temps une grande liberté. Enfin, si rien n’est explicité pour contraindre les moyens dont je dispose alors j’ai une grande liberté pour entreprendre au service de la raison d’être d’un rôle, d’un cercle ou de l’organisation.

    La touche singulière que tu souhaites apporter dans tes accompagnements ?

    Dans mes accompagnements, je souhaite apporter du soin aux contributions de chacun et leur donner des clés pour leur permettre de s’épanouir en exprimant un leadership qui leur convient et qui est en accord avec le fonctionnement de l’organisation. Je porte de l’attention pour laisser le groupe trouver ses propres solutions, construire les fonctionnements qui leur semblent les plus appropriés en ayant un rôle soutenant dans ce processus. Je m’appuie également sur les principes d’agilité pour inviter les équipes à expérimenter dans un cadre sécurisé et à accueillir l’imprévision plus positivement. Je m’attache à ce que les individus portent un regard différent sur le changement, que celui-ci ne soit plus une source de craintes mais plutôt d’opportunités.

    Quelles sont les dates marquantes dans ton parcours ?

    2015 : c’est ma rencontre avec l’Agilité en tant que pilote de projet web. J’ai découvert la facilitation en intelligence collective, l’importance de l’implication du client, les avantages à déployer les conditions qui favorisent la coopération d’une équipe.

    5 avril 2018 : la signature de nos statuts de SCOP en Holacracy avec les associés fondateurs. Je deviens associée et je m’épanouis tout en me sentant impliquée. J’ai la sensation qu’on va entreprendre en équipe dans des projets fabuleux.

    Octobre 2022 : j’obtiens ma certification de Coach en Holacracy. Ça marque un avant et un après dans ma posture d’accompagnante. Je mesure la responsabilité que j’ai auprès des clients que nous accompagnons. Je sens qu’on a les moyens de faire cheminer les organisations qui nous font confiance pour transformer leur système de gouvernance et leur vie d’équipe.

    Une compétence dont tu es fière ?

    Ma capacité à clarifier les besoins, les demandes des équipes et des individus que j’accompagne. J’ai une aisance à articuler et ordonner les idées pour les décliner en actions concrètes au service de l’organisation. Concrètement, je me sens très utile quand j’aide une équipe à y voir clair sur “qui fait quoi?” et “qui décide de quoi?”.

    Qu’as-tu appris sur toi-même en intégrant Sémawé ?

    En intégrant Sémawé, j’ai découvert ce que c’est que le leadership et toutes les nuances de son expression. Je continue d’explorer ce sujet avec enthousiasme, surtout si c’est le moment de faire la peau à de vieilles croyances !
    Je me sens très alignée avec qui je suis, mes aspirations et ce que nous faisons au quotidien au sein de Sémawé.

    Ta connexion à la Raison d’être de Sémawé ?

    La manière dont nous travaillons en tant qu’équipe m’inspire et me donne de l’élan d’en témoigner humblement à d’autres. Je sens que je peux complètement me réaliser en tant que personne en me mettant au service de la raison d’être de Sémawé.

    Un souvenir marquant d’un accompagnement ?

    Ma première signature de constitution avec l’un de nos clients. Au moment de la ratification de la Constitution, un des leaders de l’organisation a pris la parole en témoignant de son propre rapport en l’engagement en faisant cette proposition d’évolution de la gouvernance au reste de l’équipe. J’ai trouvé ça courageux et fort, il y avait une certaine émotion dans l’air ! Lorsqu’une équipe s’engage dans une telle transformation, il y a de place pour du sérieux et du joyeux. Ce jour-là, j’ai senti que ça suscitait des questionnements et aussi de l’enthousiasme & un engagement total pour relever des défis futurs.

    Ta devise perso

    Savoir provoquer sa chance.

  • Découvrez le portrait de Juliette, Coach en Holacracy !

    Lecture : 4 minutes

    Pourquoi crois-tu en Holacracy ? Qu’est-ce qui est important pour toi dans Holacracy ?

    Parce que ça vient adresser plusieurs sujets très importants pour moi dans une organisation : la clarté organisationnelle, la responsabilité individuelle. C’est un savant mélange entre valoriser le leadership de chacun et créer des espaces de coopération. Il y a aussi un autre aspect que j’apprécie particulièrement ce sont les formats de réunion proposés par Holacracy : elles sont efficaces, pragmatiques, tout en restant connectées au sens. Dans ces réunions, on est toujours liés à la raison d’être du cercle ou du rôle dans lequel on est.

    Qu’est-ce que ça change dans tes pratiques d’adopter Holacracy ?

    Je me sens plus à l’aise pour verbaliser mes demandes et formaliser mes tensions. Holacracy autorise une exigence mutuelle entre les personnes. C’est soulageant car je fais mes demandes dans un rôle précis et je sais à quel rôle je m’adresse. Cela me permet aussi de faire le tri entre besoins opérationnels et besoins relationnels.

    Holacracy m’aide à mettre de la conscience sur tous les rôles que j’occupe, à assumer ce sur quoi j’ai de l’autorité et à porter une vision. C’est aussi plus simple de renoncer à certains rôles pour me concentrer là où j’ai envie de mettre de l’énergie. Un rôle explicite devient tangible, il est donc plus facile de dire si je suis dedans ou pas et d’assurer le transfert dans l’équipe.

    Enfin, Holacracy a soutenu notre passage en Scop : nous avions besoin d’avoir un fonctionnement clair et lisible parce que l’on devenait impliqués au-delà du salariat, en devenant associés avec plus d’enjeux pour prendre de bonnes décisions et maintenir de bonnes relations.

    Quelle est la touche singulière que tu souhaites apporter dans tes accompagnements ?

    Mon pragmatisme et mon intuition ! Je sais questionner le pourquoi on fait les choses, identifier concrètement quel est le résultat que l’organisation souhaite obtenir. À d’autres moments je fonctionne à l’intuition. Je sais être à l’écoute et en soutien de ce que les gens partagent, de ce qu’ils ont besoin d’exprimer. Cette compétence m’est venue en me formant à l’accompagnement individuel. J’avais un capteur sensible sur les énergies des personnes, ça m’a permis de savoir m’en servir au service du groupe. Le fait de vivre le modèle au quotidien dans mon équipe m’apporte de la confiance dans les équipes que j’accompagne car je sais qu’elles sont capables de se transformer.

    Je suis un sponsor inconditionnel de leur réussite !

    Quelles sont les dates marquantes dans ton parcours ?

    • En 2010, j’entre dans le monde de l’événementiel, c’est ce qui m’a formé au pragmatisme.
    • En 2013, je voyage seule 1 an au Canada, je m’ouvre à une culture différente, j’aiguise mon sens de l’observation !
    • En 2015, j’arrive à Sémawé, je découvre qu’un patron peut être stimulant, libérant, soutenant.
    • En 2017, j’embarque dans le monde de l’entreprenariat en devenant associée de notre Scop en Holacracy.
    • Et enfin en 2022, J’obtiens ma certification de coach individuel et de coach en Holacratie !

    Une compétence dont tu es fière ?

    Mes compétences en communication, en rédaction et gestion de la réputation. Cela me rend fière de les mettre au service de mon entreprise. Et en plus je m’éclate ! Elle permet de raconter notre histoire d’équipe et de contribuer à l’essaimage de nos idées et de nos expérimentations. J’ai la sensation de contribuer à semer des graines inspirantes pour les autres.

    Qu’as-tu appris sur toi-même en intégrant Sémawé ?

    Que j’ai un tempérament d’entrepreneure !

    Que mes émotions sont un capteur précieux pour accompagner avec justesse.

    Que je suis capable de changer. J’ai beaucoup évolué sur la tolérance envers les autres et moi-même, je me suis émancipée en faisant des choix qui avaient du sens pour moi dans ma vie.

    Je suis capable de travailler sur moi, mes vulnérabilités, et ça ne me fait pas peur.

    Je me sens chanceuse de faire ce métier qui mixe une grande diversité de sujets : stimulant et riche ! J’explore de multiples paramètres : l’humain, l’organisation, l’opérationnel, le collectif, l’individuel.

    Ta connexion à la raison d’être de Sémawé ?

    J’aimerais proposer aux autres ce que j’ai pu vivre au sein de ma propre organisation. L’aventure professionnelle que je vis est stimulante et émancipatrice pour moi. J’ai envie d’offrir cela à l’extérieur. Je m’y sens profondément connectée parce que je l’ai vécu et j’y crois vraiment. Cela me fait me sentir utile dans ma vie.

    Un souvenir marquant d’un accompagnement ?

    Le grand bain chez QoQa avec 180 personnes qui signent la Constitution Holacracy dans la joie et l’effervescence tout en dégustant une raclette géante et du bon vin, c’était captivant ! Ce sont des gens optimistes, courageux et modernes. Ces gens sont des pionniers. Je suis heureuse d’avoir été témoin de cela, c’est un moment rare. J’avais la sensation que je contribuais à l’ouverture d’une nouvelle ère organisationnelle.

    Ta devise perso

    “Qu’il me soit donné la possibilité de faire aux autres ce que j’aimerais que l’on me fasse”. Confucius.

  • Aliocha, portrait d’un autodidacte devenu Coach en Holacracy

    Lecture : 4 minutes

    par Aliocha Iordanoff | Oct 11, 2022 | Holacratie, Témoignages

    Pourquoi crois-tu en Holacracy ? Qu’est-ce qui est important pour toi dans Holacracy ?

    Je crois en Holacracy parce que je l’ai expérimenté. Ça a permis de libérer une énergie considérable dans notre fonctionnement chez Sémawé. On a gagné en maturité, en souplesse, en agilité et ça a permis de développer des leaderships à tous les niveaux dans l’équipe mais aussi d’être plus explicite sur les relations d’autorités. Je perçois et je vis les bénéfices de ce système au quotidien. Je peux également le constater auprès de nos clients, chez qui on a implémenté Holacracy.

    Je crois également en Holacracy car c’est un système qui intègre la complexité. C’est le seul que je connaisse qui aille aussi loin et qui nous permet notamment d’intégrer des paradoxes. Il nous permet de conjuguer la verticalité qui existe dans une organisation de travail, et l’horizontalité dont on a besoin si on veut qu’il y ait de l’intelligence collective et que les équipes soient autonomes et se saisissent de leur sujet.

    Enfin, Holacracy est OpenSource, donc toutes les organisations peuvent s’en saisir et l’utiliser, elles peuvent même s’autoriser à le transformer et à le réinterpréter. C’est un système qui continue d’évoluer. Il se base sur des feedbacks et des retours concrets, d’entreprises diverses qui évoluent avec. Les systèmes qui évoluent ont plus de chance de s’adapter à la réalité du monde. Le fait que la constitution soit déjà utilisée par des centaines d’entreprises dans le monde entier dans tous les secteurs d’activité, c’est très rassurant et sécurisant.

    En tant que membre d’une équipe qui pratique Holacracy au quotidien, qu’est-ce que ça change dans tes pratiques d’adopter Holacracy ?

    En tant que membre d’une équipe, ça me permet d’avoir des relations beaucoup plus saines et détendues parce qu’on est très au clair sur qui fait quoi et qui a autorité sur quoi. Les initiatives prises au sein de notre organisation, me permettent de vivre un quotidien d’équipe assez dynamique. En tant que leader d’organisation, ça me permet d’être très focus dans mes rôles, d’être très au clair sur les endroits où je dois concentrer mon énergie. J’assure ce rôle de Leader avec une énergie beaucoup plus intuitive et centrée sur l’essentiel.

    Quelle est la touche singulière que tu souhaites apporter dans tes accompagnements ?

    Une couleur un peu personnelle que je peux apporter dans mes accompagnements, c’est l’intégration, au-delà de l’Holacracy, de principes comme par exemple le principe source ou la prise en compte de la dimension humaine, relationnelle, spirituelle des individus dans une organisation.

    Quelles sont les dates marquantes dans ton parcours ?

    • 1999-2006 : Je pars faire une année sabbatique aux Etats Unis qui deviendra un marqueur important de ma construction en tant qu’adulte et citoyen. Je passe ensuite plusieurs années à l’étranger (Canada, Pays-bas, …).
    • 2007-2008 : Emergence de l’idée entrepreneuriale et création de l’entreprise.
    • 2009 : Je découvre la pédagogie Montessori par le biais de mon fils qui est une source d’inspiration très forte pour moi, dans ma façon de fonctionner en équipe. Je recrute une première salariée pour l’entreprise, et j’acquiers la conviction que je veux absolument travailler en équipe. C’est le début de mon management.
    • 2017 – 2018 : Installation à Grenoble et transformation en SCOP en Holacracy.
    • 2020 : Certification coach en Holacracy et statut officiel de fournisseur de services en Holacracy pour Sémawé.

    Une compétence dont tu es fier ?

    Je sais accompagner de manière très intuitive et faire avec ce que je ressens. J’ai appris mon métier par l’expérience et non par des diplômes ou des formations académiques. C’est notamment mon rôle de dirigeant et de leader d’organisation qui m’a amené à me confronter à des questions de posture de leadership et d’accompagnant parce que je vois le rôle de leader comme un rôle d’accompagnant. Probablement que ça explique une partie de ma façon d’accompagner.

    De plus, notre organisation est inspirée par les principes d’agilité. Nous avons d’ailleurs signé le manifeste Agile, bien avant de mettre en place Holacracy. Probablement que ces effets là conjugués m’ont permis de développer cette compétence.

    Qu’as-tu appris sur toi-même en intégrant Sémawé ?

    Être personne source de Sémawé c’est un travail permanent sur moi-même, j’apprends tous les jours. J’ai des moments de remise en question et beaucoup d’espace de travail sur moi. Ça fait partie des choses qui sont des motivateurs forts d’ailleurs. J’ai donc appris à remettre en cause mes croyances limitantes, à détecter mes propres schémas de pensée, à reconnaître mes ombres et vivre avec, j’ai appris qu’est-ce que c’est qu’un chemin d’intégration (au sens de la spirale dynamique). J’ai appris à vivre avec mes peurs, à trouver l’aspiration profonde et à être au clair sur ce qui me motive, ce qui me fait prendre une décision, ce que je recherche. Ce sont des apprentissages très longs.

    Quelle est ta connexion à la Raison d’être de Sémawé ?

    Notre raison d’être a été mise à jour cet été ! : “Être une organisation intégrative”. Au regard de la réponse que je viens de faire, c’est pour cette raison que je suis dans cette organisation. J’y trouve un espace de réalisation de moi qui me permet de grandir et de m’épanouir.

    Un souvenir marquant d’un accompagnement ?

    Ceux qui m’ont marqué, notamment ces derniers temps, ce sont les événements de signatures de constitution en Holacracy. À chaque fois ce sont des moments puissants, il y a des émotions, des larmes, du rire et de la joie. Il y a une sensation solennelle qui est très très marquante parce que ce sont des moments où les gens s’embarquent sur des chemins qui sont engageants. Je pense à l’adoption de la signature du Messageur, Alter SI, Diverty Events, Natura velo …

    C’est là que je me sens particulièrement à ma place parce que je pense que je réalise pleinement mon travail et j’apporte la plus grande valeur que je suis capable d’apporter à une organisation. D’ailleurs je me donne beaucoup et je donne beaucoup d’énergie dans ces accompagnements. Et en même temps, ils sont très marquants parce que c’est des moments où je me sens tout petit. Je me sens très humble. J’ai des pics de doutes en même temps que des pics de confiance. Je mesure à quel point est-ce que c’est engageant et à quel point on a une responsabilité importante et influente en tant qu’accompagnant. Je me sens extrêmement exigeant vis à vis de moi-même, sur la posture et le rôle que j’ai avec ces gens que j’accompagne, à la recherche d’une position juste, de compagnon de route.

    Ta devise perso

    Une expression que j’aime bien : “Tranquille Emile !”

  • Jeanne, Coach en Holacracy, vous partage comment elle perçoit son rôle !

    Lecture : 4 minutes

    Pourquoi crois-tu en Holacracy ? Qu’est-ce qui est important pour toi dans Holacracy ?

    Pour moi, Holacracy permet d’expliciter le pouvoir dans une équipe et dans une organisation. Il ne faut pas le nier, il y a du pouvoir dans toutes les organisations, mais je pense que l’exercice peut être dysfonctionnel quand celui-ci n’est pas explicite. Ça peut être source de beaucoup de conflits dans les organisations.

    Holacracy va permettre de clarifier qui fait quoi et définir les périmètres d’autorité de chacun.

    Ce système permet d’adresser trois champs importants dans une organisation : sa structure de pouvoir interne, la gestion des projets et les relations interpersonnelles.

    Holacracy repose sur une constitution dans laquelle on retrouve un devoir de coopération, un devoir de traitement et un devoir de transparence. Ces trois conditions permettent à une équipe de fonctionner sereinement.

    En tant que membre d’une équipe qui pratique Holacracy au quotidien, qu’est-ce que ça change dans tes pratiques d’adopter Holacracy ?

    Ce qui est attendu de moi est très clair, puisque les rôles sont explicités ! Dans les cercles où je suis membre, j’ai le pouvoir d’agir sur l’organisation du travail et de modifier la façon dont l’équipe est organisée pour que ça corresponde plus à la réalité ou que ce soit plus efficace. Je peux vraiment contribuer à améliorer l’organisation du travail en temps réel.

    Il y a une gestion de projets qui est totalement transparente et je trouve que c’est un gain de temps, d’efficacité et aussi un très bon outil de dialogue avec les membres de l’équipe car je sais où chacun en est. Et si j’ai un doute ou une question, c’est très facile de s’adresser au rôle directement pour avoir la réponse dont j’ai besoin.

    Holacracy est une formidable école du leadership et donc ça me permet à la fois de développer une forme d’autonomie et de vision dans les rôles que j’énergise. Sans Holacracy, je n’aurais peut-être pas été leader de cercle. Cela me pousse à développer mon leadership en interne dans l’équipe en clarifiant la vision, les stratégies et les prochains pas.

    Quelle est la touche singulière que tu souhaites apporter dans tes accompagnements ?

    Je crois que Holacracy peut être perçu comme quelque chose d’un peu rigide. Or, moi je pense qu’on peut aborder Holacracy de manière créative. J’ai envie de montrer qu’on peut l’aborder d’une façon joyeuse et légère et qu’on peut s’amuser avec. J’ai envie de montrer qu’on peut parler simplement de choses qui paraissent complexes. (Retrouvez ici notre article les 10 idées reçues sur Holacracy).

    J’ai vraiment envie d’apporter ce côté dédramatisant, faire en sorte que la complexité d’Holacracy soit une force et pas un frein à l’adoption. Ce que j’aime le plus, c’est quand les équipiers me racontent ce qu’ils font, leur métier, pour le traduire en rôles et qu’ils se rendent compte que ce qu’ils font est profondément utile pour l’organisation. Je pense que clarifier les rôles permet de valoriser ce qui est fait par chacun et ça j’adore, car c’est une reconnaissance du travail qui est fourni.

    Quelles sont les dates marquantes dans ton parcours ?

    • 2019 : Lecture de la bande dessinée Holacracy. Je me dis que j’ai enfin trouvé un système à la fois simple, extrêmement complet et qui décrit selon moi l’essentiel pour aborder les questions de gouvernance. Avant de découvrir Holacracy, j’avais testé plein de façons de rendre explicite une gouvernance au sein de collectifs. Je leur faisais faire des schémas et ils me nommaient qui décidait de quoi, mais c’était une usine à gaz et je n’avais pas de processus pour mettre cela à jour régulièrement. Je n’avais pas en tête la notion de rôle.
    • 2019 : Adoption d’Holacracy chez Sémawé.
    • 2020-2021 : Mes premiers encodages et accompagnements en binôme avec .
    • 2022 : Obtention de la certification coach Holacracy, c’est le début du chemin et d’une nouvelle aventure que je partage avec mes associés et les clients.

    Une compétence dont tu es fière ?

    Ma capacité à vulgariser, à expliquer des choses complexes simplement. En passant par la métaphore, par le dessin ou encore par des exemples très concrets.

    Qu’as-tu appris sur toi-même en intégrant Sémawé ?

    J’ai appris que j’avais plein de croyances sur moi-même et que c’était possible de les dépasser !

    J’ai aussi appris que mes intuitions et mes émotions pouvaient être de vrais guides dans mes accompagnements.

    Je me sens vraiment chanceuse de contribuer à la vie de Sémawé en tant qu’entreprise et en tant qu’équipe. Je suis 100% impliquée dans mon métier, dans mon équipe et dans mon rôle d’associée. La façon de travailler correspond totalement à mon tempérament : j’aime travailler dans la joie, j’aime la diversité et la nouveauté des projets et je suis très attachée à l’équilibre entre autonomie et coopération avec les autres.

    Ta connexion à la Raison d’être de Sémawé ?

    Je m’y sens connectée parce qu’elle porte une vision du monde où on cherche à rassembler et pas à diviser. Elle reconnaît que chacun fait du mieux qu’il peut. Elle m’invite à voir les choses différemment, intégrer différents points de vue et adoucir certains jugements.

    Un souvenir marquant d’un accompagnement ?

    En binôme avec Aliocha lors d’un séminaire, l’équipe a défini sa raison d’être avant d’adopter Holacracy. Ce qui m’a marqué, c’est qu’au départ l’équipe avait plutôt une vision très orientée business de l’avenir de l’entreprise et qu’à la fin du processus, la raison d’être qui a émergé était beaucoup plus centrée sur les services rendus aux autres et sur l’accessibilité de leur logiciel à tous. J’ai réalisé à quel point le travail en équipe sur la raison d’être peut faire émerger du sens.

    Ta devise perso

    Le voyage est sans fin et le chamboulement permanent.

  • Conférence au CJD avec Aliocha Iordanoff

    Lecture : <1 minute

    Comment les nouveaux modèles d’entreprises peuvent répondre aux problématiques de notre ère ?

    Marie-Gabrielle Jouan, Alexis Nollet et Aliocha Iordanoff, trois dirigeants d’entreprises hors normes, racontent leur cheminement comme entrepreneurs de projets porteurs de sens et connectés aux enjeux sociaux, sociétaux et économiques. Ces organisations sont à la fois un laboratoire de concepts innovants ou transformateurs, et dégagent aussi un rayonnement qui vient impacter leur écosystème. Aliocha raconte ce qui a mené à la transformation de Sémawé en Scop et comment l’Holacratie permet un rapport sain à l’autorité et au leadership.

    Extrait vidéo : Aliocha prend la parole à 19 min et 30 secondes.

  • Article ANACT – Une technologie organisationnelle au service de la participation : l’exemple de l’Holacracy chez Sémawé

    Lecture : <1 minute

    Comment assurer la participation de chacune et chacun dans les processus de décision et le fonctionnement des collectifs ? C’est l’objet d’un entretien pour la Revue N°12 des conditions de travail de l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) avec Juliette Brunerie, Aliocha Iordanoff et Emmanuel Levard chez Sémawé et Ivolve. Tout collectif, encore plus s’il est autogéré, a besoin d’un cadre et de règles pour assurer un fonctionnement fluide dans une équipe. Ce collectif a choisi l’Holacracy pour structurer sa gouvernance : un système qui encourage l’intrapreneuriat et l’autonomie des personnes tout en assurant la coopération entre elles.

  • La Fabrique des Alpes : pour les organisations de demain !

    Lecture : 2 minutes

    Le 5 juillet dernier, se tenait la deuxième édition de La Fabrique des Alpes. L’ambition de cette journée : semer des graines, impulser le changement, donner envie aux participants ou à leurs organisations de se mettre en chemin !

    Elle s’adresse aux personnes faisant partie d’une équipe quelle que soit la forme de leur organisation. Pensée par Sémawé en partenariat avec Cap ou pas cap, la journée s’est déroulée dans une ambiance conviviale riche en rencontres, découvertes et apprentissages. En tout une quinzaine d’ateliers ont permis à chaque participant de concevoir leur programme en fonction de leurs attentes :

    • expérimenter et tester de nouvelles méthodes en atelier : les principes sources, la rétrospective d’équipe, la posture d’écoute, la méthode ESPERE, le looping créatif, la réunion de triage…
    • se nourrir et s’inspirer : un cercle de dialogue sur le temps, une conférence sur la sagesse du leadership sauvage (comment le leadership s’exprime dans la faune), des témoignages d’organisations innovantes, des partages d’expériences.

    Le rythme de la journée laissait de la place pour les rencontres et les échanges que ce soit lors des pauses ou du déjeuner, prévus avec soin par l’équipe du restaurant de Cap ou pas cap qui ne s’est pas ménagée pour l’occasion !

    En plus du programme aux petits oignons, le beau temps était au rendez-vous et les espaces extérieurs comme intérieurs ont vraiment rendu cette journée agréable, captivante et enthousiasmante autant pour l’équipe organisatrice que pour les participants qui ont globalement apprécié la dimension à taille humaine de la journée !

    Ce sont les participants qui en parlent le mieux, ils répondent aux questions suivantes :

    • Pourquoi venir à la Fabrique des Alpes ?
    • Quelle est votre pépite de la matinée ou de la journée ?

    Pour aller plus loin

    Sur la gouvernance

    Sur les relations :

    Retenez la date pour l’édition 2023 !

    Save the date

  • Comment créer les conditions d’un séminaire créateur de liens ?

    Lecture : 8 minutes

    Les séminaires sont devenus un incontournable dans les organisations. À première vue, le mot séminaire ne fait pas rêver. Pour moi, il évoque même quelque chose de froid, mécanique, conçu comme une obligation de rassembler tout le monde une fois par an. On peut aussi choisir de faire d’un séminaire un véritable temps de retraite d’équipe, même sur 1 journée, un temps où l’on se « retire » du monde, du quotidien pour se consacrer à ce que l’on fait ensemble.

    À Sémawé nos clients nous sollicitent régulièrement pour animer des temps d’équipe. Il y a des sujets récurrents comme :

    • Renforcer l’implication en partageant un but ou objectif commun,
    • Communiquer ou prendre des décisions importantes,
    • Partager de l’information sur l’orientation à venir,
    • Préparer un plan d’actions à 6 mois ou 1 an, de définir une vision ou une raison d’être

    Tous ces sujets sont éminemment importants et peuvent être générateurs d’une force vive dans l’équipe tout comme produire une sorte de consensus mou, où les intéressés ne perçoivent qu’un morceau de la responsabilité qui leur incombe en tant que membre de l’organisation.

    Je vous partage quelques éléments qui peuvent éviter l’écueil du séminaire pour la forme et réunir vos équipes avec une adhésion plus profonde au projet collectif.

    Les idées claires sur ce qui est ouvert et ce qui ne l’est pas

    Avant toute chose, commençons par le début. Vous souhaitez organiser un séminaire d’équipe. Vous connaissez le message que vous voulez transmettre et l’objectif final.

    Avez-vous clarifié la marge de manœuvre que vous confiez à votre équipe ?

    Si non, prenez le temps de vous questionner et de mettre de l’explicite là-dessus. Un cadre clair permet des contributions précises, les personnes savent où et comment participer. Si vous ne sécurisez pas le périmètre, comment attendre que les collaborateurs se sentent à l’aise pour proposer s’ils ne savent pas jusqu’où ils peuvent aller ?

    Dans quelle démarche s’inscrit ce temps en équipe ? Que s’est-il passé avant ? Que se passera-t-il ensuite ? Avez-vous pensé à impliquer quelques membres de l’organisation dans la préparation et la communication ?

    Communiquer sur la démarche globale dans laquelle s’inscrit votre séminaire permet de donner une vision d’ensemble à votre équipe, de lui dire où elle se situe sur le chemin. Même si ensuite, le chemin se réajuste.

    Si vous décidez de mobiliser des collaborateurs pour contribuer au choix du sujet du séminaire, pensez au volontariat. Il n’y a rien de plus porteur que des personnes enthousiastes qui ont choisi d’être là où elles sont.

    Du soin donné au démarrage du séminaire

    Permettez-moi de vous partager notre culture d’organisation sur ce point essentiel à nos yeux : le démarrage de votre temps d’équipe. Contrairement à ce que l’on peut penser, ce qui se passe dans la première heure de ce temps de rassemblement est déterminant sur la suite.

    Que voulez-vous produire dans votre équipe ? Avez-vous réfléchi à l’effet que peut faire un début de journée, assis passivement dans un fauteuil à écouter un directeur ou un manager faire un monologue ? Vous pensez que je caricature ? Libre à vous ! C’est en tout cas la commande que je reçois régulièrement dans mon métier de coach d’équipe et de facilitatrice.

    Donner de l’espace aux membres de l’équipe en démarrage permet aux personnes de se mettre en route, de rentrer dans ce temps qui leur est dédié, d’en être les acteurs dès les premiers instants !

    En profiter pour renforcer le lien en proposant par exemple une inclusion en groupe entier ou en petits groupes si votre équipe dépasse les 15 personnes est une façon de donner de l’espace d’expression. Pour vous donner un exemple, nous utilisons souvent en début de temps d’équipe un temps de centrage sur soi. Cela peut passer simplement par fermer les yeux et prendre le temps de se poser en respirant profondément. Ce temps de ralentissement a la vertu de donner à chacun le temps de se reconnecter à soi au milieu de l’effervescence du collectif. Une fois centrée, l’équipe peut démarrer un partage individuel sur son état d’esprit du jour, son intention pour la journée ou, pour les équipes les plus avancées, l’humeur qui les habite à l’instant T, l’émotion qui les traverse, un vœu verbalisé pour la journée.

    Et ne sous-estimez pas l’importance de l’informel. Avoir du temps pour se parler, se (re)rencontrer autour d’un café peut être déterminant, surtout si l’équipe ne s’est pas vue depuis longtemps ou si elle est répartie sur plusieurs sites.

    Une intention posée sur la contribution de chaque membre

    Les temps d’équipe les plus porteurs, générateurs d’énergie, sont ceux où les personnes présentes peuvent proposer, imaginer, créer, affiner leurs idées. Des idées combinées avec une perspective de réelle mise en œuvre par ceux qui les ont proposées font partie des conditions les plus impliquantes pour les équipes. Il y a bien sûr les profils qui aiment la nouveauté et le challenge et ceux qui ont besoin de se sentir en sécurité dans leur zone de talent. Ces deux polarités mises en coopération peuvent produire des résultats de qualité, à la fois créatifs et réalistes. Chaque contribution a de la valeur. Cela peut d’ailleurs faire partie du cadre sécurisé posé en début de journée. Dans une équipe, il y a des leaders naturels et il est aussi nécessaire d’avoir des souteneurs qui contribuent à générer une énergie complémentaire. Dans votre séminaire, avez-vous pensé à prévoir des espaces de travail contributifs pour que les membres de votre organisation fassent équipe au-delà de leur quotidien ? Réfléchissez-y, car cela peut avoir un impact de long terme sur la cohésion.

    Le rôle et la posture des managers

    Comment s’inscrivent les managers dans ce type de journée ? Quelle est la culture de votre organisation sur la posture managériale ? Réfléchissez bien à ce que vous souhaitez produire dans les groupes de travail. Si vous avez une culture où la place hiérarchique est un élément important et que les managers prennent beaucoup de décisions eux-mêmes, et qu’en même temps vous souhaitez laisser la place aux collaborateurs pour contribuer, il serait intéressant de leur laisser un espace sans le regard de leur manager. Ou d’intervertir les managers pour qu’ils travaillent avec une équipe qu’ils ne côtoient pas habituellement, ou encore de leur proposer un espace de travail dédié pour qu’ils puissent contribuer exactement de la même façon que le reste du groupe. À mon sens, l’option la moins stimulante serait de leur confier un rôle passif ou de ne pas les inclure du tout. Si un tel choix est fait, il est certain que les managers doivent adhérer à la proposition pour éviter l’effet déceptif pour les collaborateurs d’un côté qui peuvent avoir l’impression de contribuer sans résultat, et pour les managers de l’autre qui peuvent se sentir dépossédés de leur responsabilité décisionnelle.

    Si vous avez le souhait de faire évoluer la culture managériale de votre organisation, il serait peut-être adapté de lancer d’abord un accompagnement des managers avant de le modéliser pendant un séminaire où toute l’équipe est réunie.

    Les conditions matérielles du séminaire

    Deux éléments qui peuvent paraître triviaux mais sont pourtant marqueurs de souvenirs :

    • ce que l’on mange
    • ce que dégage le lieu dans lequel l’équipe se retrouve

    Bien manger, prendre du plaisir à partager un moment convivial contribue grandement à l’ambiance du temps de travail. Si le budget ne permet pas d’obtenir un menu de qualité, peut-être pourriez-vous envisager de mettre à contribution l’équipe ? Comme lorsqu’une famille se réunit et s’auto-organise pour les repas. Cela ajoute à la dimension sympathique et authentique de l’événement, tout en mettant dès le début l’équipe à contribution pour l’événement.

    Ce que dégage le lieu du séminaire est déterminant. Dans notre vie d’entreprise, nous avons toujours fait le choix de nous retrouver dans des lieux proches de la nature, dans lesquels nous pouvons sortir de notre quotidien opérationnel et prendre de la hauteur : un chalet dans le Beaufortain, une ancienne ferme dans le Trièves, une maison au-dessus de la plage à Noirmoutier, une longère en Bretagne, etc. Cela a toujours eu l’effet de nous plonger dans une bulle de réflexion intense hors du quotidien dans un endroit inspirant où chacun peut approfondir le sens qu’il trouve dans son travail. Pour en savoir plus sur notre dernière retraite d’équipe : Retraite dans un chalet d’alpage : un moment magique en équipe !

    Lieu de séminaire pour André Cros

    Lieu de séminaire pour SCOP Alter-SI

    Il y a quelques semaines, je faisais un retour à un client pour lequel j’ai animé un séminaire sur le lieu choisi par celui-ci et notamment la salle de travail en sous-sol sans fenêtre. J’ai été étonnée de ce choix, pour une équipe dispersée sur le territoire et qui ne se retrouve qu’une fois par an. Mon client en avait conscience et m’a partagé l’attention qu’il tâcherait de porter pour le prochain événement rassembleur de son organisation.

    Le lieu que vous choisissez parle de l’attention que vous souhaitez mettre dans votre événement. Il n’est souvent pas plus onéreux de trouver un gîte qui combine salle de travail et espace pour se loger. Ce cocon offert par un lieu proche de la nature permet de laisser émerger l’identité singulière de votre organisation, l’atmosphère générée par ses membres, concentrés ensemble sur leur journée, réunis au service de l’objectif commun, hors de leur quotidien dans un lieu qui invite à se centrer sur le présent. Ne lésinez pas sur la luminosité des espaces de travail. La lumière produit un effet stimulant, une sensation d’ouverture, et permet à l’équipe de travailler sur des temps longs sans avoir l’impression d’être enfermée dans une grotte !

    À la belle saison, si vous avez la possibilité de proposer des espaces de travail extérieurs, vous pouvez augmenter les conditions d’une profonde cohésion d’équipe. Se réunir dehors pour réfléchir à un avenir qui fait sens, échanger en marchant, travailler à l’ombre d’un arbre peut créer de nouveaux espaces de réflexion et de partage entre les personnes.

    Du soin donné à la clôture du séminaire

    Au même titre que le démarrage est important, la clôture l’est tout autant. Laissez de l’espace à chacun pour mettre de la conscience sur ce qu’il ou elle a vécu durant cette journée d’équipe. Une clôture peut se pratiquer dans l’espace en posant des questions :

    • Ai-je pu contribuer comme je le souhaitais ?
    • Suis-je optimiste pour la suite du travail entamé ce jour-là ?
    • Ai-je découvert des choses que j’ignorais sur mon équipe ?
    • Ai-je apprécié la façon dont le séminaire s’est déroulé ?

    Toutes ces questions vous permettent de sentir le groupe, et le groupe a conscience d’où il se situe visuellement avec la diversité des ressentis qui le composent, une autre façon de mettre de la conscience sur l’équipe !

    Une clôture peut aussi se pratiquer en petit groupe de 3 ou 4 personnes. Par exemple, nous utilisons souvent des questions d’autoréflexion. Quelques exemples :

    • Qu’ai-je appris sur moi aujourd’hui ?
    • Quel est le prochain pas que j’ai envie de mettre en œuvre ?
    • Qu’est-ce que je retiens de cette journée ?

    Enfin, sachez vous entourer. Y a-t-il dans votre équipe des personnes à l’aise avec l’animation ? Si non, faites appel à un facilitateur professionnel qui peut vous aider en amont en vous posant des questions qui vous feront avancer et mettre de la finesse sur ce moment essentiel et peuvent aussi vous aider le jour J en proposant la méthode et le cadre sécurisé pour que chacun se sente dans sa juste et libre contribution.

    Alors êtes-vous prêts à préparer votre prochain séminaire ? À sortir de vos habitudes pour proposer un événement plus incarné, ouvert à ses membres ? Si tel est votre choix, vous prenez probablement un risque oui, celui de l’ambition, celui de l’expérimentation, et après tout que risquez-vous vraiment ?

  • Retraite dans un chalet d’alpage : un moment magique en équipe !

    Lecture : 8 minutes

    Cela fait maintenant 7 ans que nous avons pris l’habitude de faire des retraites d’équipe au vert pendant quelques jours. Au début il ne s’agissait que d’une journée ou deux. Avec le temps et nos relations s’approfondissant, nous avons commencé à rallonger le format pour en faire de vrais moments suspendus sur plusieurs jours de suite.

    Aujourd’hui je vous embarque dans notre dernière retraite d’équipe à l’été 2022 en espérant que vous y trouverez une source de réflexion.

    Tout commence par l’anticipation

    Nous sommes aujourd’hui une équipe de 12 personnes, toutes assez occupées sur le terrain et dans nos vies en général. Autant vous dire que ces quelques jours de retraite sont planifiés au minimum 6 mois à l’avance pour être sûrs d’assurer la présence de l’entièreté de l’équipe !

    Des rôles clairement répartis dans l’équipe

    Il y a ceux qui s’occupent de la partie choix du lieu, ceux qui s’occupent de la partie victuailles, rôle qui n’est pas des moindres vu la proportion que prend la gourmandise et les bonnes choses dans nos temps d’équipe, et enfin ceux qui s’occupent de la partie purement technique, matériel de travail etc. Ces rôles tournent dans l’équipe si bien que l’organisation n’a jamais été un poids, et génère plutôt de l’enthousiasme et du soin par ceux qui s’en occupent !

    Le choix du lieu, pierre angulaire d’une retraite réussie !

    Bien que le lieu à lui seul, ne suffise pas, il reste un paramètre qui peut tout changer. Depuis plusieurs années nos choix se sont portés sur différents endroits, générateurs d’un sentiment de retrait du monde, propice à nos échanges de fond, nos partages spirituels et opérationnels sur notre organisation. Nous nous sommes rendus compte de l’importance du beau qui infuse nos échanges discrètement. Parmi les exemples les plus récents :

    Un chalet dans le Beaufortain qui nous a permis d’écrire notre livre en une semaine sous la neige

    Une ancienne ferme dans le Trièves avec un bain Norvégien dans lequel nous avons posé notre vision à l’hiver 2022

    Une maison en Bretagne dans laquelle nous avons expérimenté pour la première fois une semaine ensemble mêlant travail opérationnel et temps de réflexion sur notre avenir de SCOP.

    Et cet été un chalet d’alpage perché à 2400 m dans la vallée de la Maurienne, lieu dans lequel s’est produit ce que je m’apprête à partager avec vous.

    Tous ces endroits ont de commun un isolement du monde, confortable pour respecter les espaces individuels, ouverts et lumineux sur la grande nature, entourés du silence des grands espaces ou du son des éléments.

    Le séjour commence avec une grande randonnée en équipe, pendant laquelle nous avons pris de la hauteur, littéralement parlant avec un bon dénivelé et des paysages grandioses, un soleil éclatant. Comme une invitation à sortir du quotidien, à se ressourcer devant la beauté du monde, à se replacer humblement dans l’immensité de la nature, à la fois individuellement et tous ensemble.

    Ce premier temps a généré une vraie détente, de la complicité entre les membres les plus anciens et les nouveaux arrivés depuis quelques mois. Créer des souvenirs communs hors du temps génère une puissante connexion dès le départ. Sur le chemin des discussions à 2 ou 3 se sont engagées par-ci par-là.

    Un endroit idéal pour rentrer en introspection et partager

    Le lendemain nous avons mené des revues appréciatives. Il s’agit d’une heure consacrée à un membre de l’équipe qui prend un temps pour regarder les éléments de satisfaction, mais aussi les obstacles rencontrés et les progrès sur une période écoulée. Puis l’équipe offre un temps de miroir avec des questions et un partage de ce qu’elle trouve de précieux dans le fait de travailler avec le membre dont la revue est en train d’être faite. C’était la première fois que nous faisions ce travail de mise au centre de chaque membre de l’équipe. Cela a généré beaucoup d’émotions, d’écoute sincère et silencieuse, de partages intimes et enfin d’ouverture et de confiance mutuelle. Évidemment chaque membre est libre de partager ce qu’il souhaite, personne n’oblige personne.

    Pratiquer cet exercice dans les alpages, isolés du monde, dans un cocon protégé, dans la douceur de l’air d’été, a été une vraie révélation pour notre équipe. Cela fait des années que nous avons des relations privilégiées et que nous recherchons sans cesse des espaces d’approfondissement de nos liens, nous avons trouvé là un format accélérateur d’intégration. Une de nos futures associées arrivée en mai a osé jouer le jeu et cela a permis d’augmenter considérablement, dans un temps très court, notre complicité et notre perception de la façon dont elle vit son arrivée dans notre équipe.

    Cette première journée d’échanges intenses s’est clôturée avec des temps de partage en binôme avec Aliocha, notre leader, que nous appelons « Tour d’Horizon ». Ces temps d’échanges ont été placés par-ci par-là durant le séjour. Aliocha a pu sentir ses associés et jouer son rôle de soutien quand il le faut, de challenger quand cela est nécessaire.

    Une raison d’être évolutive

    Depuis notre dernier travail sur notre raison d’être il y a 3 ans, il s’est passé beaucoup de choses dans notre entreprise. Cette étoile polaire évolue comme l’organisation, comme un être vivant qui avance dans la vie et change avec le temps.

    Pour vous donner une idée de notre temporalité, notre métier actuel est en place depuis 5 ans, à l’époque nous avions fait un travail d’émergence pour clarifier à quelle étoile polaire nous voulions nous fier pour avancer. Entre temps nous avons eu un projet de fusion avec deux autres organisations qui n’a finalement pas vu le jour, 4 nouvelles personnes sont arrivées, notre offre a évolué avec une spécialisation dans les accompagnements en Holacracy. 6 mois après la clarification de notre vision, nous éprouvions le besoin de retravailler notre raison d’être, dans ce nouveau contexte avec notre équipe qui gagne en maturité et notre taille qui augmente.

    Nous avons utilisé les niveaux logiques de Robert Dilts pour faire un travail exploratoire, mélangé à des déplacements dans l’espace pour marquer chaque étape de travail. Chacun a pu se connecter à un souvenir heureux dans la SCOP et expliciter les éléments de la réussite, les compétences exprimées, à quoi cela répond d’important, pour enfin exprimer individuellement la mission de la SCOP. Les marcheurs qui passaient par là ont bien dû se demander que faisait ce groupe abrité sous un parasol dans les alpages qui se déplaçait régulièrement de quelques mètres ! Tant pis nous assumons sereinement notre groupe tout singulier qu’il puisse paraître de l’extérieur !

    S’en sont suivis des échanges en petits groupes puis plusieurs propositions. Parmi ces propositions, une personne a été porteuse d’une raison d’être qui lui semblait faire le plus sens. La décision a été prise avec l’aide du processus de décision par consentement. Et oui, les amateurs d’Holacracy savent qu’on parle habituellement de décision intégrative avec la question : « Penses-tu qu’adopter cette raison d’être pourrait causer du tort à l’organisation ? » Ici nous avons fait le choix d’utiliser la question posée en sociocratie, qui renvoie à une contribution beaucoup plus incarnée à savoir : « Peux-tu vivre avec cette raison d’être ? »

    Le choix de cette question a été guidé par l’idée qu’une fois cette raison d’être adoptée en tant qu’individu dans l’organisation, tout ce qui en découle doit être à son service et donc au service de notre organisation. Son adoption demande donc de l’engagement individuel et une réelle adhésion.

    Après la raison d’être quel champ de valeur est important pour nous ?

    La seconde partie de la journée a été dédiée à l’explicitation du champ des valeurs qui sont importantes pour notre équipe. Ce concept a été clarifié pour nous lors de notre récent travail sur les sources. Nous sommes partis toutes et tous ensemble pendant 2 jours en Suisse nous former au principe Source. La source est la personne qui initie un projet, elle est rejointe par des sources spécifiques qui viennent contribuer au projet et élargir son champ de vision, de compétence, d’action. La source globale a la responsabilité de clarifier et donner une direction claire à son équipe, les valeurs en font partie. Qu’est-ce qui est important pour cette source ? Qu’est-ce qui est acceptable et ne l’est pas en termes de comportements ? Ces éléments qui constituent notre vision du monde et ce que nous attendons les uns des autres dans nos relations d’équipe fera l’objet d’un travail d’explicitation que nous communiquerons dans les prochains mois.

    Pour que l’agrandissement de l’équipe soit une réussite

    Enfin nous nous sommes posés une journée pour identifier comment les missions de chacun et chacune pouvaient évoluer, être transférées, pour assurer un volume d’activité qui nous permette de sécuriser les 6 nouveaux postes créés.

    Après la raison d’être, les valeurs, les temps de partage individuels, ces moments de prise de hauteur, il était important de ne pas négliger la mise en oeuvre de la fin de notre année 2022.

    Et ça fait quoi de vivre une retraite en équipe quand on vient d’arriver ?

    Le retour de Geneviève arrivée en avril :

    “Nouvellement arrivée dans l’équipe, vivre ce moment m’a permis de réaliser à quel point je suis en phase avec cette manière d’envisager le travail. Nous fonctionnons en Holacracy et ma vision aujourd’hui c’est que ce système permet d’être efficace et de répondre aux exigences de notre monde contemporain. Ça signifie que dans notre quotidien à l’Agence, nous sommes centrés sur du travail opérationnel et portons une attention particulière à ce que nos rôles soient « à jour » avec les situations que nous rencontrons.

    À Bessans, nous avons consacré du temps à tout autre chose de très important également : nourrir nos relations, prendre du recul sur la façon dont nous travaillons ensemble, échanger sur nos envies, redéfinir notre raison d’être. Nous avons également pris le temps de réaliser nos repas et de les partager, de randonner et cueillir des plantes : déconnexion garantie, et chez moi ça entraîne une grande disponibilité pour le moment présent ! C’est vraiment précieux, ça nourrit mon besoin d’authenticité dans les relations de travail, et ça m’a permis de me sentir pleinement intégrée à l’équipe. Je pense vraiment que des temps comme celui-là permettent aussi de cultiver l’engagement et la motivation.”

    Le retour de Léa arrivée en mai :

    “Quelques jours avant de partir, je ressentais à la fois beaucoup d’excitation mais aussi un peu d’appréhension à l’idée de passer 4 jours isolés avec ces personnes que je côtoie seulement depuis 3 mois. Il m’a fallu faire preuve d’un peu de lâcher-prise pour les suivre dans ce chalet. Finalement ce temps suspendu m’a paru tout à fait naturel. C’était pour moi une occasion unique pour en apprendre encore un peu plus sur tous les membres de l’équipe Sémawé, mais aussi pour m’ouvrir davantage à eux. J’ai beaucoup apprécié que chacun partage ses ressentis suite aux dernières décisions prises en équipe, notamment au sujet des recrutements. Je me suis sentie encore plus reconnaissante de travailler pour cette organisation et avec ses individus uniques. Le rythme était idéal, entre les temps de travail, les temps partagés ensemble et les temps plus personnels, introspectifs et silencieux pour assimiler toutes ces émotions. Je suis revenue de Bessans avec un grand sourire aux lèvres et plus motivée que jamais pour continuer à faire grandir notre organisation !”

  • Pourquoi as-tu choisi Holacracy pour ton équipe ? Interview de Samuel, fondateur et dirigeant de la SCOP Le Messageur

    Lecture : 10 minutes

    En tant que fondateur et dirigeant : comment en es-tu arrivé là ?

    Au départ je viens du monde de l’éducation populaire, je suis un ancien animateur socio-culturel. Je me reconnais très fortement dans les valeurs de l’économie sociale et solidaire. Ce qui me porte vraiment c’est

    “comment tendre collectivement vers un but socialement utile, créer un projet collectif où chacun trouve sa place selon un modèle économique participatif ?”

    En 2008, dans le cadre d’une de mes missions, je découvre l’association des devenus sourds et malentendants de la Manche (l’ADSM Surdi 50). Il s’agit véritablement d’une rencontre avec un univers dont j’ignorais tout jusque-là. Je croyais que ces personnes arrivaient bien à communiquer grâce à la langue des signes et à la lecture labiale, voire qu’avec des aides auditives les conditions de l’échange étaient réunies. Or j’apprends à ce moment-là que non : 99% des personnes malentendantes ne communiquent pas en langue des signes et les aides auditives ne résolvent pas vraiment leur problème ! La communication entre personnes entendantes et malentendantes pose de véritables difficultés qui leur compliquent vraiment la vie.

    Je m’empare alors de ce sujet : comment contourner cet obstacle et créer des conditions favorables de communication entre personnes entendantes et malentendantes ? C’est ce qui m’anime encore aujourd’hui !

    Peux-tu nous raconter ta rencontre avec Holacracy ?

    En 2012 je crée la Scop le Messageur avec mon acolyte Jean-Luc, papa d’un fils autiste et sourd. Nous partageons la même vision et son expérience de vie est précieuse. Malgré tout, nous avons beaucoup de choses à apprendre : notre expertise est alors en construction sur les techniques liées au son, à la gestion des prises de parole et sur les méthodes qui permettent d’écrire à la vitesse de la parole…

    Nous nous lançons, nous osons et nous avançons par itérations, en utilisant nos échecs comme source d’apprentissages.

    Entre 2012 et 2017, l’équipe fluctue entre 2 et 4 personnes, et chaque prestation est une occasion de progresser. Nous collaborons régulièrement aussi avec des indépendants.

    À partir de 2019, je vais devoir continuer l’aventure seul, Jean-Luc doit arrêter progressivement son activité. À cette époque, l’entreprise est très vulnérable, et manque de stratégie. Moi-même j’ai la croyance que si nous réalisons un travail de qualité, alors les clients doivent arriver seuls jusqu’à nous.

    Et puis je participe à une AG des SCOP et j’assiste à cette occasion, à la présentation d’un DU de Business Management, de Paris Dauphine, conçu pour les dirigeants de Scop et de Scic. Je décide à ce moment-là de me former pour acquérir les outils qu’il me manque et me permettre de prendre confiance en moi.

    Je m’inscris au DU en 2018 et c’est à ce moment-là que je découvre l’Holacracy. Un des intervenants nous parle d’Holacracy pour nous dire que ça ne fonctionne pas. Et grâce à des collègues de SCOP qui connaissent déjà, ça devient un vrai sujet de débat que nous abordons en soirée, après les cours ! Tout ça me donne envie de creuser cette piste, sans penser qu’Holacracy est forcément ce qu’il nous faut.

    Je suis à la recherche d’un management qui permette le respect et l’épanouissement des individus dans leur vie professionnelle et personnelle.

    Qu’est-ce que tu as entrepris pour aller plus loin avec Holacracy ?

    J’ai suivi un MOOC de l’Université Du Nous sur la gouvernance partagée, j’ai lu le livre de Frédéric Laloux « Reinventing organizations” et la bande dessinée “changer de technologie managériale avec l’Holacracy”. Puis j’ai découvert Sémawé pendant le confinement en suivant les webinaires proposés et j’ai lu votre livre “Histoires singulières d’une Scop en Holacratie”.

    Pour moi c’est évident que j’ai besoin d’évoluer dans ma manière de manager. Si je continue à pratiquer comme je sais le faire, je ne serai pas innovant par rapport à la responsabilisation des membres de l’équipe, ni exemplaire en matière de gouvernance partagée. Et j’ai vraiment l’ambition de permettre à notre SCOP de développer ses activités selon un modèle coopératif exemplaire !

    Pour en savoir plus sur Holacracy :

    Et finalement tu décides d’embarquer ton équipe dans l’aventure Holacracy : peux-tu nous raconter ton cheminement de leader d’entreprise ?

    Depuis 2008 nous avons acquis beaucoup d’expérience et affiné notre méthodologie pour transformer les situations hostiles en situations accessibles pour les malentendants.

    Le DU Business Management m’a aidé à ficeler le projet, à le traduire en plan d’actions. J’ai compris qu’il fallait que l’on s’appuie sur des fonctions supports pour nous développer. J’ai alors décidé de recruter même si nous n’avions pas encore le chiffre d’affaires pour, de manière à nous laisser une chance de croître.

    Malgré tout ça, l’année 2019 a été très chaotique : Jean-Luc a officiellement quitté la SCOP et, à la même période, les difficultés se sont enchaînées. J’ai vraiment cru mettre la clé sous la porte, le bateau était à la dérive !

    Finalement c’est la crise sanitaire qui a changé la donne. Cette période était tellement compliquée pour les malentendants : se retrouver en télétravail, en visio, puis revenir au travail avec des masques ; s’adapter à ces conditions était insurmontable. Notre activité a alors très vite décollé. En parallèle, le service communication a travaillé à nous rendre plus visibles. Nous avons pu à nouveau recruter des fonctions supports, de plus en plus indispensables pour l’organisation de la SCOP.

    En 2020, lors d’un séminaire d’équipe au cours duquel nous travaillons le projet de la SCOP, nous partageons le constat suivant : nos savoir-faire sont bien calés et nous voulons grandir pour impacter davantage de monde ! Et nous voulons réaliser tout ça selon un modèle coopératif exemplaire, qui permette l’épanouissement de chacun.

    Notre activité croît et nous serons une vingtaine d’ici la fin 2022. Un certain nombre de questions émergent avec la croissance de l’équipe : comment faire pour que les nouveaux se sentent intégrés, soient force de proposition ? Le management me prend plus de temps (coacher, conseiller, soutenir chacun), notre climat social est bon, nos process s’affinent, et je sais que j’ai besoin et envie de continuer à être sur le terrain : notre fonctionnement doit évoluer pour me permettre de trouver cet équilibre et pour que chacun trouve sa place.

    En plus de mes lectures dont j’ai déjà parlé, j’ai rencontré Aliocha au congrès national des SCOP à Rennes cette année. J’avais déjà l’intuition qu’Holacracy était une bonne piste pour nous et nos échanges ont fini de me convaincre :

    si je veux vraiment être innovant pour ma structure et avec notre ambition d’exemplarité, nous devons emprunter le chemin d’Holacracy !

    Qu’est-ce qui te motive et te rend enthousiaste dans ton envie de transformation avec Holacracy ?

    Comment est-ce qu’on entreprend ensemble collectivement pour tendre vers notre but ?

    Je suis ultra enthousiaste à l’idée d’expérimenter un fonctionnement qui va dans le sens de l’autonomie pour agir.

    C’est ce qui guide notre action pour nos clients également : nous visons l’autonomie des personnes malentendantes. Je serai heureux de permettre d’atteindre cette cohérence entre ce que nous vivons en interne et notre manière de faire pour nos clients et les bénéficiaires de nos prestations.

    J’ai vraiment envie de sortir de la vision de la pyramide avec laquelle on a grandi. Entreprendre ensemble, avec chacun des possibilités, être audacieux ensemble !

    Je souhaite que chacun des individus de notre SCOP expérimente un mode de fonctionnement humain qui transforme sa vision du monde, sa relation aux autres et que chacun assume les responsabilités qu’il peut prendre. Je souhaite que chacun puisse s’épanouir, dire ce qu’il a à dire et puisse être lui-même. C’est valable pour moi aussi bien-sûr !

    C’est ça la promesse avec Holacracy et j’ai envie de me donner les moyens d’accompagner assez les équipes pour y arriver. Je pense que le chemin sera long et va nécessiter de l’exigence et de l’implication.

    Je regarde tout ça avec joie et grand bonheur ! Peu d’entreprises ont pris ce chemin, c’est aussi enthousiasmant d’être parmi les pionniers et de profiter de ceux qui partagent leur expérience.

    Holacracy fait partie d’un tout. C’est un pas de plus vers le but de notre SCOP.

    Quels problèmes cherches-tu à résoudre ?

    Par exemple, actuellement des décisions ne sont pas prises car chacun pense que c’est à d’autres de les prendre, au gérant ou autre.

    J’ai vraiment l’intuition que si on se donne les moyens, nous allons gagner en efficacité de fonctionnement.

    L’équipe est en attente aussi, elle a envie de monter des marches ! Moi-même je n’ai pas parlé directement d’Holacracy avec l’équipe, mais Aliocha est intervenu en réunion d’équipe. Depuis, je vois que l’équipe emprunte volontiers les livres à disposition, celui de Laloux, la bande dessinée et le livre de Sémawé. Je viens de terminer les entretiens annuels et j’ai sondé chacun : il y a de l’envie ou au pire des personnes qui n’en pensent pas grand-chose, mais pas de frein détecté à ce stade.

    Je pense que nous avons atteint une bonne taille d’équipe pour mener ce chantier. C’est sûr que nous sommes accaparés par tous nos sujets et en pleine croissance. Ça rajoute une difficulté supplémentaire mais ça sera structurant à bien des niveaux et notamment pour les relations entre collègues. Je ne souhaite pas différer ce sujet et c’est aussi pour cela que je ne tergiverse pas sur l’accompagnement et le coaching !

    Qu’est-ce qui te paraît compatible à ce stade entre le statut de SCOP et Holacracy ?

    Vraiment je pense que tant qu’on fonctionnait à 4, nous n’avions pas besoin d’Holacracy. Avec d’autres collègues de SCOP, nous avons pas mal regardé ce qui se faisait ailleurs, car nous avons des attentes en matière de gouvernance partagée. C’est le point faible du mouvement des SCOP à mon sens. Et finalement qu’est-ce qui permet, au quotidien, de créer les conditions de l’implication ?

    Pour notre SCOP, je souhaite que chacun puisse participer à un fonctionnement démocratique et partager ses points de vue même avant d’être sociétaire. Nos sujets sont travaillés avec les salariés avant le vote des sociétaires, pour que les personnes soient concernées par la fabrication de la décision. C’est comme ça qu’on prépare chacun à devenir sociétaire. C’est un enjeu dans la vie quotidienne de notre SCOP.

    Je pense qu’Holacracy va nous apporter beaucoup en matière de fonctionnement pour créer les conditions de l’implication de chacun.

    De quoi as-tu envie pour la suite ?

    J’aimerais pouvoir échanger avec d’autres ! Toute ma promo du DU de Paris Dauphine est au courant du chemin que nous prenons. Je partage aussi mon expérience dans le réseau des SCOP, notamment parce que mon bureau est dans la maison des SCOP de Rennes.

    Je pourrai montrer comment on travaille, ce qui fonctionne bien et moins bien. En restant toujours humble, notre équipe pourra partager cette expérience.

    Retrouver deux témoignages de leaders d’entreprises ayant adopté Holacracy :

    Crédit photo : Frédérique Jouvin.

  • 4 astuces que tout titulaire d’un rôle en Holacracy devrait connaître

    Lecture : 7 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/four-hacks-every-holacracy-role-filler-should-know-46058927b939

    Les 4 astuces :

    1. Sous-traitez votre travail

    Ce n’est pas parce que vous remplissez un rôle que vous allez nécessairement faire le travail. Remplir un rôle, c’est comme être un entrepreneur. Et se préoccuper d’un rôle signifie simplement que l’on attend de vous que vous vous intéressiez à cette zone de travail – la façon dont vous y parvenez ne dépend que de vous. Il s’agit d’une auto-organisation à tous les niveaux, y compris au sein de votre propre rôle, car vous pouvez déterminer la meilleure façon de vous organiser et d’utiliser les ressources disponibles pour atteindre l’objectif défini par le rôle.

    Par exemple, pendant un certain temps, j’ai occupé un poste de graphiste, même si je ne suis pas un graphiste professionnel. J’ai plutôt engagé un graphiste professionnel pour la plupart des projets. Le travail que je faisais consistait principalement à définir la portée du projet, à obtenir l’approbation du budget et à travailler avec l’entrepreneur.

    Voici quelques exemples de situations où cette connaissance peut être utile :

    • Quelqu’un demande au rôle de soutien au programme d’études de développer un quiz pour le cours de développement de logiciels. La titulaire du rôle pense que le résultat correspond techniquement à son rôle, mais ne veut pas accepter le projet parce qu’elle n’a pas d’expertise en matière de développement de logiciels. Rappelez-lui que 1) si elle pense que cela correspond à son rôle (et que c’est un résultat qui a du sens), alors elle doit l’accepter et en assurer le suivi ; 2) elle peut atteindre ce résultat en programmant des réunions régulières avec l’instructeur du cours, en recueillant sa sagesse et en faisant évoluer le quiz en fonction de ses commentaires.
    • Les organisations qui ont beaucoup de personnel bénévole ou d’employés saisonniers pour lesquels une formation poussée à la pratique de Holacracy ne vaut pas le coût peuvent trouver qu’au lieu de créer des rôles pour le personnel temporaire, elles pourraient créer un rôle unique (par exemple « Voix des bénévoles ») dont l’objectif et les responsabilités incluent la gestion du travail continu effectué par les bénévoles.
    • En tant que Leader de Cercle, vous avez du mal à trouver un occupant pour un rôle spécifique. Même si l’expertise n’est pas disponible en interne, y a-t-il quelqu’un qui a de l’expérience dans la gestion d’un contrat ? Souvent, le fait de disposer d’un occupant ayant de bonnes compétences générales ou en gestion de projet est suffisant. Par exemple, une personne peut remplir le rôle de « comptable », mais elle sert surtout de liaison avec un cabinet comptable externe.

    Remarque : je ne dis pas que ces exemples sont toujours la bonne solution. Ce ne sont que des exemples illustratifs.

    2. Demandez votre résultat parfait

    En gros, cela signifie : demandez ce que vous voulez, et pas seulement ce que vous pensez que quelqu’un peut vous donner. Supposons que vous ayez du mal à expliquer à vos clients pourquoi vos produits sont meilleurs que ceux de vos concurrents et que vous souhaitiez que le responsable du site Web crée un diagramme visuel montrant comment votre produit se positionne.

    Mais au lieu de demander cette chose spécifique (c’est-à-dire le diagramme visuel) comme projet, envisagez plutôt le projet suivant « La page Web nous différencie clairement de nos concurrents » et laissez à leur jugement la meilleure façon d’atteindre ce résultat.

    « Ne soyez jamais si sûr de ce que vous voulez, vous ne prendriez pas quelque chose de mieux. » – Chris Voss

    Bien sûr, vous pouvez aussi suggérer qu’un diagramme pourrait être un excellent moyen d’atteindre ce résultat, et si vous êtes certain que c’est la seule façon de le faire, alors très bien. Demandez-le. Mais j’ai constaté que les praticiens finissent souvent par se limiter eux-mêmes (et leurs cercles) en prenant trop de responsabilités et en essayant d’être trop spécifiques. L’une des meilleures choses de la pratique d’Holacracy est que vous pouvez facilement vous décharger de l’obligation de déterminer comment quelqu’un d’autre va atteindre un résultat.

    Voici quelques exemples de situations où cette connaissance peut être utile :

    • Lors d’une réunion tactique, vous évoquez un point de l’ordre du jour pour expliquer un problème et après environ 5 minutes, la discussion s’est transformée en un débat sur 2 ou 3 solutions possibles. Au lieu d’essayer de trouver comment résoudre le problème maintenant, proposez simplement au rôle responsable un projet du type : « Le problème ne se reproduira plus jamais. »
    • Vous proposez un projet à un autre rôle, du type « Traduction de tous les documents marketing », et bien que le rôle Marketing soit responsable des traductions, l’occupant du rôle ne pense pas que ce résultat spécifique ait un sens. Plutôt que de débattre ou de perdre du temps à essayer de deviner ce qu’il trouverait acceptable, demandez plutôt : « Compte tenu de ce que j’ai expliqué sur le sujet, quel résultat serait logique pour toi ? »

    Pensez une proposition de projet comme à une proposition de gouvernance ; vous devez commencer avec vos 100%. Ne commencez pas par l’édulcorer. Ce n’est pas votre travail de déterminer comment ils vont y arriver. C’est votre travail de déterminer ce que vous voulez. C’est en partie la magie de la définition d’un projet comme étant simplement « un résultat ».

    3. Faites en sorte que les réunions vous servent

    N’allez pas à une réunion tactique ou de gouvernance simplement parce que vous pensez que vous êtes censé le faire. Si vous devez y aller, allez-y. Mais n’y allez pas inconsciemment par un vague sentiment d’obligation. Faites en sorte que les réunions vous servent, ce qui signifie plusieurs choses :

    • Sautez les réunions lorsque c’est nécessaire. Les heures de réunion sont toujours un compromis entre de nombreuses priorités et calendriers concurrents, et parfois il n’est pas judicieux d’y aller. La question à se poser est la suivante : « Si tout le monde était d’accord pour que je ne participe pas à cette réunion, est-ce que je voudrais quand même y aller ? ».
    • Arrivez tard, ou partez tôt. Si vous ne disposez que d’un peu de temps, n’hésitez pas à passer à l’improviste. Ou, si vous souhaitez aborder un sujet spécifique, ne vous sentez pas mal de limiter votre participation à cette seule question. Dites simplement : « Je pars tôt, alors demandez au facilitateur de donner la priorité à tous les points qui me concernent ».
    • Ajoutez égoïstement vos propres points à l’ordre du jour. Ce n’est pas à vous de vous assurer que vous ne prenez pas trop de temps au groupe. C’est celui du facilitateur. Le processus veut que vous soyez égoïste parce que vous savez mieux que quiconque ce que vous voulez. Et si vous n’ajoutez pas vos propres éléments, votre tension refoulée a tendance à s’échapper pendant l’élément de quelqu’un d’autre de toute façon. Puisque le facilitateur est responsable de la hiérarchisation des éléments et que nous nous relayons tous, vous pouvez vous concentrer uniquement sur l’obtention de ce dont vous avez besoin.
    • Planifiez vos propres réunions de partenariat de réflexion. Les réunions tactiques et de gouvernance sont le fondement de la pratique d’Holacracy, mais ce sont rarement les seules réunions dont vous aurez besoin. Vous souhaitez vous concentrer sur un projet spécifique sur lequel vous travaillez ? Envoyez des invitations à des réunions et faites appel à la sagesse des autres. Et il n’est même pas nécessaire d’avoir un rôle pertinent pour le faire. En fait, les gens sont souvent plus disposés à offrir leur aide lorsqu’il est clair que vous la considérez comme un don et non comme une attente.

    4. Quitter un rôle

    La gouvernance dynamique de Holacracy nous permet de faire évoluer continuellement les rôles que nous remplissons – mais ce n’est pas la seule façon dont l’organisation évolue. Décider qui occupe quel rôle peut également transformer le paysage organisationnel. Trop souvent, les personnes qui remplissent des rôles oublient que, à moins qu’une politique explicite ne dise le contraire, elles peuvent quitter tout rôle qu’elles remplissent.

    « L’essence de la stratégie consiste à choisir ce qu’il ne faut pas faire. » – Michael Porter

    Ne considérez pas cela comme un abandon de vos responsabilités. Ce n’est pas le cas. N’oubliez pas que c’est au Leader de Cercle de trouver des occupants, pas à vous. Le fait de quitter un rôle ouvre de nouvelles possibilités. Le simple fait de faire part de votre intention de quitter un rôle peut déclencher une conversation de clarification. Mais ne rien faire et cacher la douleur de ne pas vouloir remplir un rôle n’aide ni vous ni l’organisation.

    Voici quelques exemples concrets de cas où j’ai utilisé cette méthode :

    • J’ai occupé le rôle de concepteur de formation dans HolacracyOne pendant longtemps. J’en suis arrivé au point où je n’avais plus beaucoup d’énergie, mais je ressentais toujours le fardeau d’avoir à traiter des messages et à suivre et réviser de nombreux projets. J’ai donc informé le Leader de Cercle que je souhaitais quitter ce rôle. Dans ce cas, la réponse que j’ai reçue a été du genre : » Vous êtes toujours la personne la mieux adaptée que je puisse trouver dans l’organisation, et même si vous faites rarement quelque chose, vous êtes toujours mon premier choix. » Avec cette connaissance, j’ai continué à remplir le rôle pendant encore 6 mois, mais je me sentais tellement plus à l’aise en le dépriorisant.
    • Lors d’une réunion de gouvernance, le Leader de Cercle a proposé une nouvelle redevabilité pour mon rôle qui ne m’a pas plu. Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que cette redevabilité correspondait en fait au rôle, mais que je ne voulais pas faire ce travail. En d’autres termes, ma tension ne provenait pas uniquement du point de vue du rôle, mais aussi de moi personnellement. Alors, qu’est-ce que j’ai fait ? Eh bien, je n’ai pas soulevé d’objection. Au lieu de cela, j’ai immédiatement écrit un courriel au Leader de Cercle de ce cercle pour lui dire que je voulais quitter ce rôle.

    Conclusion

    Si Holacracy est comme un jeu, alors ses règles ne sont qu’un début. L’art vient de la façon dont les joueurs décident d’appliquer et de mettre en œuvre les règles ; comment ils les tissent ensemble pour résoudre élégamment leurs défis uniques. Ces « astuces » font partie des mouvements stratégiques les plus importants (et les moins appréciés) dont disposent les praticiens. N’ayez pas peur de les utiliser.

  • 4 types de pouvoir pertinents pour la pratique d’Holacracy

    Lecture : 9 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/four-types-of-power-relevant-for-holacracy-practice-d1afd9bfb717

    Il existe de nombreuses manières de découper et de catégoriser le pouvoir. Ce dernier est particulièrement profond et a de multiples facettes. Il existe donc de nombreuses façons de l’expliquer.

    Mais je suis obligé d’en ajouter une autre, car aussi bonnes que soient les autres manières, je pense qu’il existe une façon plus simple de penser le pouvoir. Et qui simplifie également la compréhension d’Holacracy. Parce que tant que nous ne savons pas ce que le « pouvoir » signifie vraiment, pourquoi devrions-nous nous soucier de le modifier ?

    Les 4 types de pouvoir :

    Remarques :

    1) Cet article est volontairement conceptuel et manque de conseils concrets. Il s’agit simplement de partager certaines distinctions philosophiques que j’ai trouvées utiles pour comprendre Holacracy. Cela dit, je crois aussi le psychologue organisationnel Kurt Lewin quand il dit : « Il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie. »

    2) Je tiens à préciser que j’oriente ces types en fonction de ce qu’ils nous font ressentir. Parce qu’en fin de compte, la sensation de pouvoir est quelque chose à laquelle nous pouvons tous nous identifier. En d’autres termes, mon argument est que ces différents types existent phénoménologiquement (c’est-à-dire dans notre expérience humaine), et non qu’ils existent nécessairement ontologiquement (c’est-à-dire dans une réalité objective et impersonnelle) et si cela n’a pas de sens maintenant, j’espère que cela en aura quand vous lirez les descriptions.

    Types de pouvoir

    1. Le « contrôle »

    « Contrôler » signifie que j’ai le contrôle à 100% sur quelque chose. Je peux contrôler les mouvements de mon bras. Je peux le bouger de haut en bas ou d’un côté à l’autre. Le contrôle que j’exerce sur mon bras est absolu (ce qui m’aide vraiment à m’habiller le matin). Maintenant, il m’arrive d’avoir de petites contractions musculaires que je ne peux pas contrôler, et je n’ai aucun contrôle conscient de mon bras lorsque je dors, mais c’est à peu près le plus grand « contrôle » que l’on puisse avoir sur quoi que ce soit, et cela devra donc suffire pour cette définition.

    Exemple : Si je veux clouer deux morceaux de bois ensemble, et que j’ai les outils et les compétences nécessaires pour le faire, ça va se faire et ni les clous, ni le bois, ni le marteau ne pourront dire « Non ».

    Le contrôle signifie que les entrées et les sorties sont fondamentalement 1:1.

    Ça fait du bien de contrôler quelque chose. C’est l’une des choses les plus importantes à apprendre aux enfants, car ils ont très peu de contrôle sur presque tout dans leur vie. Ainsi, le fait de sentir qu’ils peuvent contrôler quelque chose favorise leur croissance et leur développement psychologique. Bien sûr, en tant qu’adultes, nous aimons aussi le sentiment de contrôle, bien que, comme je le dirai plus tard, probablement un peu trop.

    Nous pouvons dire familièrement des choses comme « Mes enfants contrôlent mes week-ends » ou « Le patron contrôle ses employés », mais bien que ces expressions puissent convenir dans le langage de tous les jours, parce que, bien sûr, elles peuvent donner cette impression, selon ma définition du contrôle, elles ne sont techniquement pas exactes. Elles seraient plutôt plus proches de…

    2. L’ « Influence »

    Si je peux contrôler mon bras, je ne peux certainement pas contrôler les autres. Ainsi, je peux lever la main en classe, mais le professeur n’est pas obligé de m’interpeller. Or, les normes sociales suggèrent que lever la main est un bon moyen d’attirer l’attention, donc même si je ne peux pas contrôler le professeur, je peux facilement influencer son comportement.

    Il est important de distinguer le contrôle de l’influence, car si nous sommes constamment influencés par les autres, il est rare qu’une personne exerce un contrôle réel, physique et direct sur une autre (en dehors de l’esclavage). Par conséquent, la plupart du temps, les relations humaines sont régies par l’influence et non par le contrôle.

    Exemple : Si je veux faire pousser un plant de tomate, et que j’ai les outils et les compétences nécessaires pour le faire, eh bien, avec un peu de chance, le plant poussera, mais il n’y a aucune garantie. La terre peut être mauvaise, ou la graine peut simplement ne pas se développer. En fin de compte, je ne peux pas contrôler le résultat. Mais je peux l’influencer. Je peux veiller à ce qu’il reçoive beaucoup d’eau et de soleil, ce qui ne déterminera pas nécessairement si le plant de tomate va prospérer, mais le rendra certainement plus probable.

    Ainsi, bien qu’il soit possible pour quelqu’un d’avoir tellement d’influence sur vous que c’est presque comme s’il avait le contrôle, il est extrêmement important de faire la distinction entre les deux. L’influence peut ressembler au contrôle, mais elle n’est pas identique au contrôle.

    Et bien sûr, le sentiment d’influence varie considérablement. Si j’ai, disons, 90 % d’influence sur ce que vous faites, c’est plutôt agréable (mais c’est encore plus ennuyeux lorsque les 10 % l’emportent). À l’inverse, si je sais que je n’ai que 10 % d’influence sur un résultat, il est plus facile de rester serein. Puisque je ne peux pas m’identifier au succès ou à l’échec, je peux simplement faire de mon mieux et en rester là.

    3. La « capacité d’adaptation » (ou le « pouvoir de réponse »)

    Maintenant, le contrôle et l’influence exigent tous deux que vous ayez une sorte d’intention. Vous voulez que quelque chose se produise. Je lève la main pour poser une question, ou je veux vous vendre une voiture, ou obtenir votre vote. Mais il existe un autre type de pouvoir, catégoriquement différent, qui concerne le pouvoir que vous avez de répondre à quelque chose, c’est-à-dire votre capacité à vous adapter, autrement appelé « adaptabilité ».

    Par exemple, je ne peux pas contrôler la météo. Je ne peux pas non plus l’influencer. Il m’arrive tout simplement quelque chose. On ne me demande pas mon avis ou mon consentement. Cependant, même si je ne peux pas influencer le temps, je peux y répondre. Je ne peux pas contrôler la pluie, mais je n’en suis pas totalement victime. Je peux reporter le pique-nique ou apporter mon parapluie, et cette liberté d’adaptation est une forme de pouvoir (comparez-la à celle de quelqu’un qui n’était pas au courant de la pluie).

    Le temps nous affecte sans notre consentement, mais en général, nous ne nous sentons pas victimes de ce phénomène.

    Exemple : Si je vais chez Starbucks, mais qu’ils sont fermés pour cause de rénovation, je peux aller ailleurs. Mais s’il n’y a pas d’autres options dans les environs, je vais me sentir assez impuissant.

    Maintenant, avoir une grande capacité d’adaptation est une bonne chose car vous êtes moins affecté lorsque les choses vont mal. Vous avez des options. Ainsi, même si c’est toujours aussi pénible d’être coincé dans les embouteillages, si vous avez maintenant le temps d’écouter votre podcast préféré, alors les choses ne sont pas si mauvaises.

    Étant donné qu’une grande partie de la réalité échappe à notre influence, et encore plus à notre contrôle, je pense que la capacité d’adaptation est la plus grande source potentielle de pouvoir disponible. Encore une fois, je me concentre ici sur le sentiment de pouvoir, et lorsque je suppose que je devrais avoir le contrôle ou l’influence sur tout ce qui se passe (c’est-à-dire que je devrais être capable d’empêcher tout ce qui est mauvais de m’arriver), alors le pouvoir de réponse ne semble pas si bénéfique.

    Mais si, au contraire, je remarque que la réalité m’est toujours déjà arrivée, alors bien sûr, ça craint toujours quand de mauvaises choses arrivent, mais je suis moins susceptible de me sentir frustré à force de me taper la tête contre le mur en espérant que le mur change.

    4. L’ « abandon » (ou l’ « impuissance »)

    Enfin, si je ne peux même pas m’adapter à la situation, alors je suis vraiment impuissant. C’est le contraire du contrôle. Au lieu de me sentir en charge, je me sens faible et vulnérable. Comme un chien enchaîné dans le jardin pendant un orage. Il ne peut aller nulle part. Physiquement. Il est complètement à la merci de la météo.

    En général, les humains sont incroyablement adaptables. Les prisonniers trouvent des moyens de s’adapter à la prison et les personnes qui souffrent de blessures physiques horribles trouvent des moyens de s’adapter à leurs nouvelles limites. Mais, indépendamment de la résilience générale de l’humanité aux circonstances (que j’appellerais une forme d’adaptabilité), nous devons reconnaître que certaines choses nous affectent sans notre consentement, ET ne nous donnent aucune option acceptable. Et encore une fois, même si vous n’acceptez pas le postulat selon lequel la véritable impuissance existe (c’est-à-dire que vous croyez que personne n’est jamais vraiment une victime), vous devez au moins concéder que le sentiment d’impuissance existe.

    Et dans la plupart des organisations, le sentiment d’impuissance abonde. Avec autant de parties mobiles et de dynamiques complexes, chacun est susceptible de se sentir complètement impuissant à certains moments. Mais en réalité, à moins que vous ne soyez littéralement, physiquement enchaîné à votre bureau, vous n’êtes pas impuissant. Par exemple, vous pouvez trouver un autre emploi. Non pas que vous voudriez le faire, ou qu’il n’y aurait pas de coûts, mais le fait est que c’est VOUS qui ne voulez pas le faire. C’est VOUS qui ne voulez pas payer ces coûts. Donc, vous avez peut-être une capacité d’adaptation limitée, et ça craint, vraiment, vraiment. Mais n’appelons pas cela de l’impuissance.

    Et même si vous êtes complètement impuissant face à une situation, il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire : l’accepter. L’abandon n’est pas forcément synonyme de faiblesse ou de défaite. Parfois, reconnaître une réalité difficile est la chose la plus courageuse que vous puissiez faire.

    Conclusion

    Voilà, c’est tout. J’espère que vous trouverez certaines de ces distinctions utiles. C’est le cas pour moi. À cette fin, voici quelques façons dont elles m’ont permis de mieux comprendre Holacracy.

    1. Holacracy ne dit pas que les managers ou les cadres ne devraient pas contrôler les gens, il s’agit simplement de reconnaître qu’ils ne le font pas. Ils n’ont jamais eu le « contrôle » (à moins, encore une fois, qu’un manager ne saisisse physiquement la main de quelqu’un pour le forcer à écrire un e-mail). Les managers ont toujours eu de l’influence, et il n’y a rien de mal à avoir de l’influence.
      Le problème est en fait un manque de clarté ; il s’agit de confondre influence et contrôle, et vice-versa. Holacracy ne corrige pas automatiquement cette confusion, mais il me permet de remarquer plus facilement quand je les confonds ; par exemple, l’illusion qui se cache dans des pensées comme « Mon patron me fait refaire ma présentation ».
    2. De temps en temps, Brian Robertson dit quelque chose comme : « L’holacracy n’enlève pas de pouvoir aux personnes au sommet, elle ne fait qu’en ajouter à tous les autres. » Si vous avez tendance à penser que quelqu’un contrôle l’organisation (c’est-à-dire que le pouvoir est un jeu à somme nulle), alors cette déclaration est ridicule. Mais si vous pensez plutôt en termes d’influence ou de pouvoir de réponse, il est plus facile de voir comment Holacracy peut augmenter les voies d’accès pour les autres, tout en ne limitant pas les voies d’accès pour ceux qui les avaient déjà.
    3. Bien que ces types de pouvoir soient différents, il semble également y avoir une certaine direction dans leur développement (contrôle → influence → adaptabilité → impuissance → contrôle → influence → etc.).
      Donc, de manière générale, un enfant doit apprendre à contrôler (lui-même spécifiquement) tout en s’adaptant à ses tentatives ratées de contrôler les autres. Cela conduit à des leçons d’influence tout au long de la vie, qu’en tant qu’adultes, surtout lorsque nous travaillons avec d’autres adultes, nous essayons de maîtriser (c’est pourquoi l’étude du leadership est en grande partie l’étude de l’influence).
      Cependant, si nous avons de la chance, nous pouvons également nous rendre compte des limites de l’influence (principalement, que la réalité ne se soucie pas trop de nos intentions). Ainsi, nous nous concentrons davantage sur l’augmentation de notre capacité à nous adapter à ces inconnues connues, c’est-à-dire sur le passage d’un état d’esprit de prédiction et de contrôle à un état d’esprit de détection et de réponse. Ce qui nous prépare ensuite à nous confronter et à nous abandonner à de nouvelles limites (« impuissance »), ce qui stimule à son tour le développement de nouvelles capacités (pour acquérir le « contrôle »).
    4. C’est contre-intuitif, mais apprendre à travailler dans une organisation alimentée par Holacracy, c’est autant accepter ses limites (identifier les frontières de sa propre impuissance) que s’affirmer dans son autorité.
      Le changement de pouvoir de Holacracy, s’il se produit, n’a pas lieu dans un pays utopique où tout le monde peut être PDG. Il a lieu dans la réalité et la réalité a des limites. Mais accepter la réalité ne signifie pas nécessairement perdre du pouvoir. Et j’ai constaté qu’il est beaucoup plus facile de comprendre Holacracy quand on accepte le principe suivant : « Chacun a le droit d’être qui il est ». Ce qui signifie que si vous voulez changer les choses, et que vous voulez connaître le meilleur point de levier pour le faire, ne vous concentrez pas sur ce que les autres pensent ou ce qu’ils croient. Non pas que cela n’aide pas, mais parce qu’essayer de forcer quelqu’un à être différent, même si ce n’est que dans votre propre esprit, ce n’est pas mettre votre énergie au bon endroit.
      Au lieu de cela, j’ai constaté que la pratique d’Holacracy est infiniment plus facile et vous permet de changer les choses de manière plus puissante lorsque vous partez d’une position de respect et de curiosité plutôt que de jugement.
  • Les rôles fondamentaux en Holacracy

    Lecture : 7 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan : https://blog.holacracy.org/holacracys-core-roles-constitution-v5-0-for-modular-adoption-bb71d2ca1b11

    La version 5.0 de la constitution Holacracy vous donne la possibilité d’adopter les règles article par article. Cette approche modulable permet une certaine souplesse d’adoption, mais il est un peu plus difficile de fournir des réponses concises à des questions telles que « Que fait un leader de cercle dans Holacracy v5.0 ? », car cela dépend des articles adoptés par l’organisation.

    La répartition des attentes et des pouvoirs

    Dans la version 5.0 de la constitution, les rôles fondamentaux de leader de cercle, de facilitateur, de secrétaire et de représentant de cercle ne sont plus des rôles définis de manière singulière. En d’autres termes, les attentes et les pouvoirs qui les définissent sont désormais répartis dans chacun des cinq articles, les différents éléments étant « mis en œuvre » lorsque l’article correspondant est adopté.

    La liste suivante est ma réponse soigneusement organisée à cette question pour chaque rôle clé, avec toutes les mises en garde et notes pertinentes, et avec les importantes citations constitutionnelles (par exemple, §3.2) pour vous donner des indications sur le moment de mise en œuvre de chaque élément.

    1. Le leader de cercle
    2. Le facilitateur
    3. Le secrétaire
    4. Le représentant du cercle

    Le leader de cercle

    Remarque : Un cercle ne peut pas modifier la raison d’être du rôle de leader de cercle, ni le supprimer. Un cercle peut ajouter des redevabilités ou des domaines au rôle de leader de cercle, puis supprimer ces ajouts. Cependant, tout ajout s’applique automatiquement au rôle de leader de cercle de chaque sous-cercle. Un cercle ne peut pas ajouter des redevabilités ou des domaines uniquement à son propre rôle de leader de cercle, ou tout autre élément uniquement pertinent au sein de ce cercle.

    En outre, un cercle peut supprimer toute redevabilité, tout domaine, toute autorité ou toute fonction de son propre rôle de leader de cercle. Il peut le faire soit en les confiant à un autre rôle du cercle, soit en définissant un autre moyen de les mettre en œuvre. Ce faisant, il retire automatiquement l’autorité ou l’élément concerné du rôle de leader de cercle, tant que la délégation reste en place (§1.4.5).

    Raison d’être : Il est le garant de la raison d’être générale du cercle. Article 1 (§1.4)

    Domaine* : Il se charge de l’attribution et de l’orientation des rôles. Article 1 (§1.4.1)

    *Remarque : à proprement parler, la constitution n’appelle pas cela un domaine, mais les règles de la section 1.4.1, « Attribution des rôles », indiquent clairement que le leader du cercle détient le contrôle (à moins qu’ils ne soient délégués à un autre rôle ou à un autre processus), tout comme il le ferait pour un domaine.

    Redevabilité : Il est chargé de toutes les redevabilités du cercle, sauf si elles sont couvertes par d’autres rôles ou processus au sein du cercle. Article 1 (§1.4)

    Redevabilité : Il est automatiquement considéré comme le leader de rôle de tous les rôles non remplis au sein du cercle. Article 1 (§1.4.2)

    Redevabilité : Il est automatiquement considéré comme le leader de rôle lorsqu’un rôle est rempli uniquement par des personnes qui ne sont pas des associés de l’organisation. Article 1 (§1.4.2)

    Autorité additionnelle* : Un leader de cercle peut juger de la valeur relative des efforts potentiels du cercle pour résoudre les conflits de priorité entre les rôles. Il peut également définir une « stratégie » pour le cercle, ou plusieurs stratégies, qui sont des heuristiques guidant la hiérarchisation des priorités dans le cercle. Article 1 (§1.4.3)

    *Remarque : il ne s’agit pas de redevabilités (c’est-à-dire d’activités permanentes attendues de la part du rôle), mais plutôt de pouvoirs supplémentaires et facultatifs que le rôle peut exercer, mais il n’est pas tenu de le faire. Il s’agit d’une différence par rapport à la constitution v4.1 dans laquelle le « Leader de Cercle » est responsable de ce travail.

    Autorité additionnelle : Lorsque la gouvernance à l’extérieur du cercle fait référence au cercle lui-même ou à un rôle dans le cercle, un leader de cercle peut mettre à jour cette référence pour faire plutôt référence à un autre rôle dans le cercle. Cette clarification n’est pas considérée comme un changement de la gouvernance de ce cercle. Article 1 (§1.4.4)

    Autorités additionnelles :

    Remarque : Ces autorités additionnelles sont particulièrement pertinentes si l’article 1 est le seul article adopté. Veuillez également noter qu’à mesure que chacun des articles suivants sera ratifié, les autorités énumérées seront retirées du rôle de leader de cercle.

    • Si l’article 2 n’est pas adopté, les leaders de cercle peuvent préciser les devoirs d’un associé en matière de coopération avec les autres lorsqu’il travaille au sein de son cercle, sauf indication contraire d’un leader de cercle plus large ou des ratifications.
    • Si l’article 3 n’est pas adopté, l’organisation conservera ses habitudes de réunion actuelles, jusqu’à ce qu’un leader de cercle en décide autrement, ou jusqu’à ce qu’un leader de cercle plus large ou les ratificateurs de la constitution en décident autrement.
    • Si l’article 4 n’est pas adopté, les leaders de rôle doivent aligner toutes leurs actions et décisions sur les conseils ou orientations donnés par un responsable de cercle de leur cercle ou de tout cercle plus large, sauf indication contraire d’un responsable de cercle plus large ou des ratifications.
    • Si l’article 5 n’est pas adopté, les leaders de cercle peuvent exclusivement modifier la gouvernance au sein de leur cercle à tout moment ou permettre à d’autres de le faire, et résoudre tout conflit d’interprétation de la gouvernance de leur cercle, sauf indication contraire d’un leader de cercle plus large ou des ratificateurs de la constitution.

    Le facilitateur

    Remarque : Un cercle peut ajouter des redevabilités ou des domaines à son propre rôle de facilitateur, ainsi que modifier ou supprimer ces ajouts. Aucun cercle ne peut modifier ou supprimer la raison d’être du rôle, ni les redevabilités ou domaines attribués au rôle par la constitution (§1.3.5).

    Raison d’être : Une gouvernance et des pratiques opérationnelles conformes à la constitution. Article 1 (§1.3.5)

    Autorité additionnelle : Toute personne qui facilite une réunion ou un processus pour l’organisation peut également faire appliquer tout accord relationnel au cours de cette réunion ou de ce processus, pour autant qu’il n’entre pas en conflit avec ce qui est défini dans la constitution. Article 2 (§2.4)

    Redevabilité : Faciliter les réunions tactiques régulières du cercle. Article 3 (§3.2)

    Redevabilité : Faciliter le processus de gouvernance du cercle.* Article 5 (§5.1.2)

    *Remarque : Les sections 5.3 et 5.4 comprennent plusieurs règles plus spécifiques qui s’appliquent au facilitateur pendant la facilitation du processus de gouvernance. Ces règles concernent notamment la vérification des objections (par exemple, « Le facilitateur doit vérifier une objection si un membre du cercle le demande ») et la facilitation du processus d’élection intégrative, pour ne donner que deux exemples.

    Redevabilité : Déclencher de nouvelles élections pour les rôles élus du cercle après l’expiration de chaque mandat électoral. Article 5 (§5.3.5)

    Redevabilité : Auditer les réunions et les dossiers d’un sous-cercle pour rechercher une éventuelle rupture de processus et la déclarer si elle est découverte, à la demande de tout associé concerné. Article 5 (§5.5)

    Autorité supplémentaire : Le facilitateur détient une autorité pour déclarer une rupture de processus.

    Remarque : En plus de celles listées ci-dessous, si une rupture de processus a été déclarée, le facilitateur acquiert des pouvoirs et des redevabilités temporaires pour restaurer le processus. Celles-ci sont détaillées dans la section §5.5.2.

    • Il doit déclarer une rupture de processus dans son cercle ou un sous-cercle lorsque celui-ci présente un modèle de comportement ou de production qui viole les règles de la constitution. Article 5 (§5.5)
    • Doit déclarer une rupture de processus si une proposition de gouvernance ne parvient pas à être résolue après que les personnes impliquées aient consacré un temps et des efforts raisonnables à sa résolution. Article 5 (§5.5.1)

    Le secrétaire

    Remarque : Un cercle peut ajouter des redevabilités ou des domaines à son propre rôle de secrétaire, ainsi que modifier ou supprimer ces ajouts. Aucun cercle ne peut modifier ou supprimer la raison d’être du rôle, ni les redevabilités ou domaines attribués au rôle par la Constitution (§1.3.5).

    Raison d’être : Gérer les réunions et les registres qui sont requis par la constitution. Article 1 (§1.3.5)

    Redevabilité : Fixer des réunions tactiques régulières pour le cercle. Article 3

    Redevabilité : Capturer et publier les résultats des réunions tactiques (pour toutes les réunions programmées). Article 3 (§3.2)

    Redevabilité : Résoudre les conflits d’interprétation de la constitution et de tout ce qui relève de son autorité, sur demande. Article 4 (§4.2.1)

    Redevabilité : Se prononcer sur la validité de toute gouvernance au sein du cercle ou du sous-cercle sur demande, puis annuler toute gouvernance invalide s’il a conclu qu’elle violait les règles de la constitution ; et après l’avoir fait, communiquer rapidement ce qu’il a annulé et pourquoi à tous les associés remplissant des rôles au sein de ce cercle. Article 4 (§4.2.2)

    Domaine : Les documents de gouvernance du cercle. Article 5 (§5.1.2)

    Redevabilité : Fixer des réunions de gouvernance régulières et également des réunions de gouvernance spéciales à la demande de tout membre du cercle. Article 5 (§5.4)

    Redevabilité : Capturer et publier les résultats du processus de gouvernance du cercle.* Article 5 (§5.1.2)

    *Remarque : La section 5.4.5 comprend quelques règles plus spécifiques qui s’appliquent au secrétaire pendant une réunion de gouvernance, comme l’interprétation de la validité d’une proposition à la demande du facilitateur, ou la lecture de la proposition pendant une question de clarification si un participant le demande.

    Autorité additionnelle : Définir le ou les canaux de communication approuvés utilisés pour modifier la gouvernance du cercle. Article 5 (§5.3)

    Le représentant du cercle

    Remarque : L’élection d’un représentant de cercle n’est pas déclenchée automatiquement lors de la première réunion de gouvernance du cercle. Au contraire, toute personne peut demander l’élection ou la réélection à tout moment. En outre, un cercle peut ajouter des redevabilités ou des domaines à son propre rôle de représentant de cercle, ainsi que modifier ou supprimer ces ajouts. Aucun cercle ne peut modifier ou supprimer la raison d’être du rôle, ni les redevabilités qui lui sont attribuées par la constitution (§5.1.1).

    Raison d’être : Les tensions relatives au processus dans un cercle plus large y sont apportées et traitées. Article 5 (§5.1.1)

    Redevabilité : Chercher à comprendre les tensions véhiculées par les leaders des rôles au sein du cercle. Article 5 (§5.1.1)

    Redevabilité : Discerner les tensions qu’il est pertinent de traiter au sein d’un cercle plus large qui contient le cercle. Article 5 (§5.1.1)

    Redevabilité : Traiter les tensions au sein d’un cercle plus large afin de lever les contraintes qui pèsent sur le cercle. Article 5 (§5.1.1)

    Autorité additionnelle : Le Représentant de Cercle élu devient un Membre de Cercle de tout Cercle contenant ce Cercle, avec l’autorité pour y représenter son Cercle, tout comme un Leader de Cercle. Article 5 (§5.1.1)

    Vous voulez en savoir plus sur Holacracy ?

    Retrouvez notre guide de démarrage en Holacracy.

  • 4 règles d’or pour améliorer votre prise de décision

    Lecture : 6 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/4-rules-of-thumb-to-improve-your-decision-making-c3c81dc28f2f

    Les 4 règles d’or :

    Dans les entreprises auto-organisées, un plus grand nombre de personnes prendront plus de décisions ayant plus de conséquences. Cela signifie que le nombre de décisions nécessaires au sein de l’organisation pourrait facilement surpasser leur qualité.

    Et je parle ici de décisions délibératives, pas de décisions intuitives. Autrement dit, je ne parle pas de décisions immédiates ou réactives (par exemple, lorsque vous répondez à la question d’un journaliste, ou lorsque vous devez rapidement tourner à gauche ou à droite à la prochaine intersection), mais de décisions délibératives. Il s’agit de décisions pour lesquelles vous avez le temps de réfléchir aux options ou aux alternatives avant d’agir.

    La hiérarchie dans le management habituel semble parfaitement conçue pour protéger les individus contre l’impact de leurs décisions (seuls ceux qui sont au sommet n’ont rien à cacher, c’est pourquoi nous les payons grassement). Mais lorsque nous distribuons consciemment l’autorité à tous, chacun doit devenir un meilleur décideur.

    Alors comment s’améliorer ? Eh bien, comme le dit le dicton, le bon jugement tend à venir de l’expérience, et l’expérience tend à venir du mauvais jugement. Mais généralement, l’expérience seule n’est pas suffisante. Vous devez comprendre votre expérience pour la métaboliser pleinement.

    À cette fin, j’ai rassemblé quelques heuristiques de prise de décision, qui pourraient vous aider à naviguer plus élégamment dans votre expérience.

    « Qu’est-ce qui déclencherait le besoin de réexaminer cette décision ? »

    Le livre Decisive, de Chip & Dan Heath décrit l’histoire suivante, que je raccourcis un peu :

    En 1981, Kodak, la plus grande société de films photographiques de l’époque, a évalué l’impact potentiel du marché émergent de la photographie numérique sur son activité. Elle en a conclu que :

    • La qualité des tirages à partir d’images électroniques ne sera pas assez acceptable pour les consommateurs pour remplacer les films photographiques.
    • Le désir du consommateur d’afficher et de distribuer des tirages ne peut être remplacé par des dispositifs numériques.
    • Le prix des systèmes électroniques ne sera pas assez bas pour être attrayant.

    Après avoir complètement mal évalué le marché du numérique, Kodak a déposé le bilan en janvier 2012. Que s’est-il passé ? Eh bien, l’analyse qu’ils ont faite en 1981 était tout à fait exacte tout au long des années 80 et même des années 90. Leur analyse minutieuse ne leur donnait aucune raison de s’inquiéter, mais comme les changements au jour le jour sont graduels, ils ne se sont jamais fixé d’échéance pour réévaluer leur participation au marché du numérique. Ils étaient en pilotage automatique.

    Et si, à la place, après avoir conclu leur analyse, ils avaient établi des déclencheurs. Ainsi, « Le désir du consommateur d’afficher et de distribuer des tirages imprimés ne peut être remplacé par des dispositifs numériques », aurait permis d’établir un déclencheur tel que « Nous agirons lorsqu’un certain type de système de visualisation électronique sera acquis par plus de 5% du public. »

    Il s’agit d’établir un système d’alerte précoce. Et la façon dont la plupart d’entre nous gèrent les futurs imprévisibles est de jouer à un jeu appelé « Je vais juste attendre et voir ». Le problème avec cette approche est que nous ne savons pas vraiment ce que nous attendons.

    « Retarder la décision jusqu’au dernier moment responsable. »

    En d’autres termes, ne stressez pas pour une décision que vous pourrez prendre plus tard. Imaginez que vous et moi planifions un voyage à Hawaï dans 6 mois et que je vous demande si vous voulez faire du parachute ascensionnel pendant le voyage. Je pense que ce sera amusant. Tu n’en es pas si sûr. Eh bien, je pourrais maintenant me sentir un peu ennuyé parce que tu n’es pas aussi enthousiaste que moi, mais la question que je dois vraiment me poser est la suivante : « Cette décision doit-elle être prise maintenant… 6 mois à l’avance ? » Probablement pas.

    Mais peut-être que si. Comment pourrais-je faire la différence ? Eh bien, rassemblez quelques données. Y a-t-il une énorme réduction pour une réservation 6 mois à l’avance ? Non, pas du tout. J’appelle quelques vendeurs et tous disent qu’ils prennent les réservations le jour même. Le parachute ascensionnel nécessite-t-il des affaires personnelles spécifiques que nous devons emporter avant de partir ? Non, encore une fois. Donc, en fait, la décision de faire ou de ne pas faire de parachute ascensionnel peut être prise à la volée, une fois sur place. C’est un exemple de retardement de la décision jusqu’au dernier moment responsable.

    Non seulement cela permet généralement de prendre des décisions de meilleure qualité, mais cela peut aussi vous éviter d’avoir des discussions qui n’auraient jamais dû avoir lieu. En évitant de prendre une décision prématurée, nous risquons moins d’être victimes de notre propre psychologie (par exemple, l’erreur des coûts irrécupérables, etc.), qui nous inciterait à rester fidèles à une ligne de conduite même si de nouveaux éléments nous indiquent que ce n’est pas la bonne chose à faire.

    « Dans quelle mesure cette décision est-elle réversible ? »

    C’est particulièrement important pour déterminer la quantité de données que vous devrez recueillir avant d’aller de l’avant. Cela revient à demander : « Quelle est l’importance de cette décision ? » ou « Quel sera son impact ? », mais ces deux questions semblent vagues comparées à la précision d’une question explicite sur la réversibilité d’une décision.

    Les personnes qui ont suivi la formation de praticien Holacracy se posent souvent la question « Est-ce assez sûr pour être essayé ? » longtemps après la fin de la formation. Pourquoi ? Parce que c’est une excellente heuristique. C’est une question utilisée pour tester les objections lors d’une réunion de gouvernance, mais son utilité va bien au-delà de ce contexte spécifique. Une autre version est « Sois une Ferrari », qui est mémorable et transmet à peu près le même message, mais là encore, je trouve ces deux heuristiques moins utiles que « Dans quelle mesure cette décision est-elle réversible ? », car la « réversibilité » est à la fois originale et spécifique (c’est-à-dire qu’elle définit ce que « suffisamment sûr » signifie vraiment).

    Donc, si ma femme et moi nous disputons pour savoir quelle photo accrocher au mur, c’est que nous sommes probablement tombés dans un piège. Peu importe la photo qui est accrochée en ce moment, elle peut facilement être changée. Alors, pourquoi se disputer ? Accrochez l’une ou l’autre. Voyez comment ça se passe et adaptez si nécessaire.

    Cela peut également être utile lorsque vous n’êtes pas à l’aise pour prendre une décision qui aura un impact sur les autres, en vous demandant : « Quelle est l’importance de la participation à cette décision ? » S’il s’agit de créer un nouveau secteur d’activité, alors bien sûr, recueillez beaucoup d’avis. Mais s’il s’agit d’une décision qui peut facilement être modifiée demain, il n’y a probablement pas lieu de recueillir des avis au départ. Allez-y.

    « Dois-je m’en préoccuper ? »

    Il n’y a aucun intérêt à prendre une décision que quelqu’un d’autre devrait prendre. Le piège est de supposer que, parce que quelque chose est entré dans notre monde, c’est à nous de le gérer. La réponse la plus appropriée est peut-être de la transmettre à quelqu’un d’autre.

    Ce n’est pas parce que j’ai reçu un courriel d’une personne que j’ai rencontrée me demandant si HolacracyOne recrute, que je dois m’en occuper. Grâce à la clarté des rôles, je peux faire la distinction entre une décision que je dois prendre et une décision que quelqu’un d’autre devrait prendre, sans tomber dans le piège de supposer que si je ne fais pas quelque chose, personne ne le fera.

    « Mon rôle est-il concerné ? » Arbre de décision

    Il est facile de supposer que si quelque chose retient votre attention c’est qu’il doit retenir votre attention. Après tout, l’email vous a été envoyé. L’idée brillante que vous avez eue est la vôtre. Et en général, c’est vrai. La plupart des sujets de travail que vous rencontrez s’appliquent à l’un de vos rôles, mais dans le monde connecté d’aujourd’hui, vous avez une visibilité bien au-delà des limites de vos rôles, alors soyez conscient de ce qu’il ne faut PAS faire.

    Et même si personne ne veut être considéré comme quelqu’un qui ne se soucie pas de son équipe, ce n’est pas le genre de préoccupation dont nous parlons ici. Si un gardien de but se soucie de l’équipe, il ne doit pas se soucier de marquer des points. S’il quitte la cage et essaye de marquer, il ne fait pas bien son travail. Il rend son équipe vulnérable et se met en travers du chemin des autres. Ce n’est pas un bon joueur en équipe.

    Afin de se concentrer sur une chose, nous devons ne pas nous concentrer sur les autres. Ainsi, ce n’est pas parce que vous répondez « non » à la question « Mon rôle est-il concerné ? » que vous laissez tomber. Il ne s’agit pas d’éviter les responsabilités. Il s’agit de déterminer où se situe ce travail. Il s’agit de demander sincèrement « Qui s’en soucie ? » afin de l’acheminer au bon endroit. Encore une fois, il ne sert à rien de se débattre avec une décision difficile que quelqu’un d’autre devrait prendre.

  • 20 questions fréquentes sur ce qu’est Holacracy

    Lecture : 17 minutes

    Pourquoi parle-t-on de système de gouvernance ?

    Cette expression est intéressante : c’est un système. Ce n’est pas juste une boîte à outils ou des méthodes d’intelligence collective. C’est conçu comme un système. Il y a des équilibres. C’est un ensemble fait pour fonctionner dans n’importe quel type d’organisation. On trouve des petites entreprises en Holacracy et des grandes, et pour des métiers très variés. Dans tous les cas de figure, ces organisations ont utilisé le même point de départ, les mêmes règles du jeu pour mettre en place ce fonctionnement.

    Un résumé en une phrase pourrait être : l’Holacracy est un système d’organisation qui clarifie et explicite toutes les attentes opérationnelles et toutes les autorités qui ont cours dans l’organisation, avec des processus pour les faire vivre.

    Et au fait, ça vient d’où ?

    L’Holacracy a été créée il y a 18 ans aux États-Unis par une entreprise qui a voulu mettre en place les principes de la sociocratie, ceux de l’Agilité et ceux d’une méthode qui s’appelle GTD « getting things done », une méthode de traitement par tâche. Cette société, Ternary Softwares, a prototypé pendant plusieurs années un système de gouvernance pour elle-même. Une fois satisfaits, ils l’ont diffusé. Ils ont commencé à partager le texte de leurs propres règles du jeu. Ils ont appelé ça une Constitution. C’était vraiment l’idée d’un socle avec lequel tout le monde fonctionne.

    À partir de là, comme pour un logiciel open source, d’autres gens l’ont utilisé et ont partagé des retours sur ce qui fonctionne ou pas. Petit à petit, le système s’est amélioré, s’est modifié. Ce qui était superficiel a été supprimé. Aujourd’hui, plus de quinze ans après, le document des règles du jeu a évolué. La version change, comme pour un logiciel. On est à la version 5.0 de la Constitution de l’Holacracy.

    Cette version est très aboutie. C’est le fruit de toutes ces années de travail dans des organisations très variées, des entreprises dans le monde entier. Ça fonctionne déjà, c’est un point fondamental.

    Les organisations en Holacracy sont pilotées par les “tensions” : ça veut dire quoi ? En quoi est-ce économe en énergie ?

    Le mot « tensions » est précisé dans la Constitution. Ce n’est pas forcément négatif. C’est une acception large. Une tension, c’est une différence de potentiel entre la situation telle qu’elle est aujourd’hui et celle que je voudrais qu’elle soit quand je suis dans mes rôles.

    Cette différence de potentiel, on appelle ça une tension. Un peu comme en électricité. C’est une différence de potentiel entre une polarité positive et négative. Plus la différence de potentiel est forte, plus la tension augmente. Et si la tension est élevée, il y a beaucoup d’énergie.

    Il faut voir la tension comme une source d’énergie. Ce qui va nous mettre en mouvement, ce qui va faire qu’on prend une décision, c’est qu’il existe une tension.

    Les personnes en Holacracy sont responsables d’apporter leurs tensions. C’est écrit comme ça dans la Constitution. Il y a un chapitre qui s’appelle « les règles de coopération ». Il ne faut pas mettre les tensions sous le tapis. Il faut les traiter dès qu’elles se présentent et avant qu’elles soient un problème. Les réunions tactiques et de gouvernance permettent d’amener les tensions pour trouver des solutions, notamment grâce à un facilitateur qui tient un processus de réunion très précis et qui va aider à transformer ces tensions.

    Ce traitement des tensions est intéressant. Ça permet de faire les choses uniquement quand elles sont nécessaires. Dans une organisation en Holacracy, énormément de travail inutile est évité. C’est une organisation assez frugale.

    C’est quoi exactement un rôle dans une organisation ?

    Un rôle est une petite entité organisationnelle, décrite de manière précise, avec des redevabilités, c’est ce que le rôle doit faire. Il peut détenir des domaines d’autorités, ce sont des choses que le rôle contrôle de manière exclusive, si on veut qu’il ait une autorité forte sur un sujet. Il possède également une raison d’être.

    Avec ces trois paramètres, on définit ce qu’est le rôle. On va définir tous les rôles de tout ce que font toutes les personnes dans l’organisation. Ça se fait progressivement.

    Un exemple tout simple, dans notre entreprise : le rôle “boîte aux lettres”. Il a comme redevabilité de relever le courrier tous les jours. Son but ultime, c’est que la boîte aux lettres soit vide. Il doit notifier les bonnes personnes. C’est tout petit, le rôle “boîte aux lettres”. Il est porté par une personne. On sait toujours qui a le rôle. Ce rôle peut changer de main. Il peut être porté par une autre personne. Un peu comme une veste qu’on enfilerait. Je peux porter la veste du rôle “boîte aux lettres”. Je peux quitter la veste et la donner à quelqu’un d’autre. La personne qui hérite du rôle “boîte aux lettres” hérite des mêmes redevabilités, et de la même raison d’être.

    Alors s’il y a autant de rôles, en quoi l’organisation peut-elle être claire ?

    Comme ils sont nombreux, ils sont rassemblés en cercles et sous-cercles. Ils sont imbriqués les uns dans les autres. Ça permet de décrire l’organisation de manière dynamique. C’est-à-dire qu’on a une sorte d’organigramme en cercles concentriques, perpétuellement mis à jour lors des réunions de gouvernance tenues par chacun des cercles.

    On a énormément de rôles dans une organisation. C’est beaucoup plus fin et précis qu’une fiche de poste.

    Une réunion pour la gouvernance : c’est là qu’on se met tous d’accord sur le fonctionnement ?

    La réunion de gouvernance est une des méthodes proposées par la Constitution. Elle permet de mettre à jour les rôles. Parfois, on se rend compte, que l’organisation n’est plus très adaptée, qu’il faut changer quelque chose, qu’on a oublié d’ajouter une autorité à un rôle dont on a besoin.

    Chaque fois que quelqu’un ressent une tension, une nécessité d’adapter la réalité, il peut porter une proposition de gouvernance. Pendant la réunion, un facilitateur va tenir un processus, le processus de décision intégrative, permettant d’aboutir à une décision de gouvernance. Chaque participant va prendre la parole, tour à tour, pour réagir et objecter. Et en même temps, on ne cherche pas forcément à mettre tout le monde d’accord. Ce n’est pas une recherche de consensus. Ce qu’on recherche, c’est un consentement, c’est-à-dire une absence d’objection sur une proposition, une absence de raison qui ferait que ça pourrait causer du tort.

    Autrement dit, cette réunion de gouvernance permet vraiment aux personnes d’essayer des choses, de faire des propositions ambitieuses, audacieuses. Même si tout le monde ne soutient pas la proposition, mais juste parce qu’on pense que ça pourrait nous aider à résoudre un problème, que ça pourrait nous aider à avancer mieux : on va essayer. Peut-être qu’on va se rendre compte que ça ne marche pas ou qu’il faut l’adapter. Ce n’est pas grave. On va créer de nouvelles modifications. On va adapter les propositions en créant de nouvelles redevabilités et en créant de nouveaux rôles. C’est dynamique.

    Ça donne une grande agilité dans la possibilité de mieux répartir les rôles, de les transférer, de changer la manière de s’organiser et de s’adapter aux imprévus.

    En quoi le consentement est-il au service de l’organisation ?

    Permettre à toute personne de faire une proposition et vérifier que personne n’ait une objection : c’est ça l’idée.

    Il y a plusieurs étapes dans le processus de gouvernance pour cela.

    Première étape : les questions de clarification. On prend tout son temps pour questionner, faire preuve de curiosité par rapport à la proposition. On ne donne pas son avis à ce moment-là. Après, il y a un tour de réaction. Là, chacun peut donner son avis, proposer des améliorations. Le proposeur reprend la parole. Il peut ajuster et amender sa proposition, la clarifier. Et on termine avec le tour d’objection. C’est une question qui est posée à chaque membre autour de la table : “est-ce que tu vois une raison qui fait que l’adoption de cette proposition pourrait causer du tort ?”

    Cette phrase est très forte. On se positionne par rapport à la raison d’être du cercle. Est-ce que, par rapport à notre raison d’être, essayer cette proposition portée par un collègue, pourrait causer du tort ? On ne me demande pas si je suis d’accord ou si je n’aurais pas une meilleure idée. C’est : « est-ce que je veux prendre le risque d’essayer ?”. Tout d’un coup, il y a quelque chose qui se relâche intérieurement. Même si, en soi, j’ai un avis un peu différent, je peux accepter qu’on tente quelque chose. C’est très émancipateur. Ça permet de se décentrer. C’est un processus altero centré. On se met au service de l’organisation quand on pose cette question : “est-ce que ça cause du tort ?”

    Ça permet d’aboutir à une décision. L’équipe n’est jamais paralysée par un désaccord. Rien n’est jamais gravé dans le marbre. À tout moment, on peut revenir modifier ce qui a été décidé la veille, l’ajuster ou ajouter quelque chose. Ça crée un climat très apaisé par rapport à la gestion des divergences dans une équipe.

    Et l’autre réunion, la réunion tactique, ça sert à quoi ?

    La réunion tactique est une réunion très rapide, redoutablement efficace, avec une cadence assez soutenue, dont le but est de lever tous les obstacles à la bonne réalisation du travail.
    Toute personne peut amener des points à l’ordre du jour. Le facilitateur va tenir le point jusqu’à ce que les obstacles rencontrés par la personne soient levés. Cette réunion permet également de prendre des décisions, mais en soutenant la légitimité des rôles pour qu’ils prennent leur propre décision.

    Pourquoi dit-on qu’adopter Holacracy permet de cultiver l’engagement ?

    Si une personne a besoin d’avis pour prendre une décision, on va d’abord vérifier de quoi elle a vraiment besoin pour prendre une décision. Dans la plupart des cas, on se rend compte que la personne pourrait prendre sa décision seule. Néanmoins, parfois, obtenir des avis est utile, ça permet des ajustements. Je demande des avis, mais à la fin, je prends la décision.

    Par rapport à une culture du consensus, c’est différent. Ici, l’idée est de ne pas se cacher derrière un semblant de décision qu’on aurait prise à plusieurs. Car, en réalité, le plus souvent, cela dilue la responsabilité : “on” a décidé, donc personne n’a décidé. “On” est responsable, donc personne n’est responsable. C’est le défaut du système consensuel. Quand il y a des décisions un peu engageantes à prendre, nous n’avons pas l’habitude de nous exposer à la responsabilité.

    La réunion tactique, c’est une école du leadership où chacun va progressivement prendre corps avec les rôles et devenir capable d’être leader de ses rôles. En Holacracy, quand on a un rôle, on dit qu’on est leader de rôle, quel que soit le rôle. L’idée est bien qu’en tant que leader, on peut proposer et agir, prendre des décisions dans le cadre de son rôle.

    N’y a-t’il pas un risque à tomber dans la réunionite avec ces deux formats de réunion ?

    Souvent, au début, nous conseillons une réunion de gouvernance, toutes les deux semaines, dans chaque cercle. Voire toutes les semaines au tout début. Lorsqu’on commence, tous les rôles ne sont pas décrits. Il y a beaucoup d’ajustements à faire. On a besoin des réunions de gouvernance, comme ça, on peut s’ajuster facilement et les tensions n’ont pas le temps de devenir des problèmes.

    Très vite, la gouvernance du cercle va se stabiliser et les réunions de gouvernance vont probablement se raréfier. Il y en aura de nouvelles si on rencontre vraiment un dysfonctionnement ou qu’on se rend compte que l’organisation n’est pas adaptée.

    Mais pour les réunions tactiques, c’est le contraire. Nous conseillons une cadence régulière, des réunions courtes, mais fréquentes. Avec la réunion tactique, on cherche à lever les obstacles dans le travail et à bien synchroniser l’équipe. Il y a besoin que les réunions se tiennent souvent. Mais en même temps, ces réunions ne sont jamais considérées comme obligatoires, et elles sont déclenchées en fonction des besoins. Comme les participants ne se sentent pas obligés d’être là et comme c’est efficace, ce sont des moments agréables. Les temps de réunions vont se raccourcir avec la pratique.

    Les réunions tactiques nous apprennent à sélectionner les points qu’il est pertinent d’apporter en équipe, parce qu’on a besoin d’échanges à plusieurs, d’intelligence collective. On va apprendre que la grande majorité des points qu’on a culturellement l’habitude d’amener dans des réunions peuvent être avantageusement traités en dehors des réunions. Si nous avons besoin de traiter d’un sujet précis, concernant nos rôles, on n’a pas toujours besoin d’avoir des spectateurs qui assistent à notre discussion. C’est classique dans une réunion, d’avoir un point qui ne concerne que deux ou trois personnes. On peut très bien se dire que c’est intéressant que les autres entendent, mais est-ce qu’au fond, les autres diraient la même chose ? Est-ce aussi intéressant que ça pour eux-mêmes ? C’est un format moins efficace. On peut voir des participants distraits, qui font autre chose, traitent leurs e-mails.

    Avec la pratique, les réunions tactiques deviennent moins nombreuses et plus intéressantes et plus courtes. Elles vont se raréfier, mais pas tout de suite, peut-être au bout d’un an et demi, deux ans. Beaucoup plus de petits espaces d’interaction transversaux de rôle à rôle, vont voir le jour, comme une dentelle finement ciselée, quelque chose de très précis.

    Et pour l’attribution des rôles : il y a un casting ? Ça se passe comment ?

    Il y a un mécanisme proposé par défaut dans la Constitution, si on ne le change pas, c’est celui-là qui va s’appliquer. Vous pouvez le modifier. Le mécanisme par défaut, c’est que c’est le leader d’un cercle qui assigne les personnes aux rôles du cercle et ainsi de suite dans les sous-cercles. C’est le leader de cercle qui a cette autorité. Mais ça ne veut pas dire qu’il le fait de manière autocratique. Un leader de cercle a besoin que la personne soit d’accord. Il peut y avoir des échanges à ce sujet ! Parfois il existe des contraintes de compétences, des rôles qui demandent des compétences particulières.

    Rien n’interdit de mettre en place d’autres mécanismes, comme des foires aux rôles : ils sont placés au centre de la table et attribués. On peut utiliser l’élection sans candidat. C’est intéressant pour des rôles qui ont besoin d’une légitimité particulière. On peut aussi avoir des principes de rôles qui tournent, par exemple pour les rôles contraignants pour lesquels il n’y a pas forcément de volontaires enthousiastes. On peut se mettre d’accord pour faire tourner le rôle.

    Et quand quelqu’un part en congés, concrètement ça se passe comment ?

    C’est très facile de répartir son travail. On ne va pas répartir tous les rôles de la personne qui part en congés : certains peuvent attendre le retour de congé et d’autres non. On va alors les distribuer, mais un par un. Et en regardant ce qui est encodé pour le rôle, la personne qui le reprend sait très précisément ce qu’elle a à faire. Il y a une immense clarté sur ce qu’elle récupère comme responsabilités.

    Il y a deux rôles par défaut dans chaque cercle : facilitateur et secrétaire. Pas de casting non plus ?

    Le secrétaire et le facilitateur sont les binômes qui cadrent les réunions. Les processus de réunion sont assez cadrés. Ça nécessite que le facilitateur puisse bien les tenir. Le facilitateur, c’est le rôle qui facilite les réunions, et au-delà il aide les membres du cercle à vivre avec les règles du jeu. Le secrétaire programme les réunions et consigne les décisions prises.

    Le secrétaire et le facilitateur sont élus grâce au processus d’élection sans candidat. Ça signifie qu’il n’y a pas de candidat qui se présente. Tout le monde pourra s’exprimer. On ne va proposer personne. Ce processus en plusieurs étapes donne une grande légitimité aux rôles élus.

    Un leader de cercle, finalement c’est la même chose qu’un chef de service ou un directeur non ?

    Chaque cercle détient un leader de cercle. C’est un rôle spécifique dont les autorités sont clairement écrites dans la Constitution. Un leader de cercle à deux autorités.

    • La première : affecter les rôles. Il est responsable de pourvoir les rôles de son cercle avec la contrainte que les gens soient d’accord. Si le leader exerce son leadership de manière trop autoritaire, il rencontrera des difficultés à pourvoir les rôles. Il a intérêt à cultiver l’autonomie, à donner du feedback, à accompagner la montée en compétences et en leadership des personnes dans leur rôle, pour que ça se passe le mieux possible. C’est un leader assez soutenant et très coopératif.
    • La deuxième autorité d’un leader : établir les stratégies du cercle. Une stratégie telle qu’on l’entend en Holacracy, c’est une priorisation du travail. C’est le leader du cercle qui est chargé d’établir les priorités relatives à ce cercle. Quand des personnes ou des rôles à l’intérieur du cercle sont en difficulté, en surcharge de travail, c’est vers le leader du cercle qu’elle peuvent se tourner pour lui demander de clarifier les stratégies.

    C’est tout ce que fait un leader. Tout le reste, qu’on inclut dans les autorités managériales, ne fait pas partie de l’autorité d’un leader. Ça ne veut pas dire qu’un leader ne peut rien faire en matière de management. Si un leader fait d’autres choses, en général, c’est parce qu’il a d’autres rôles. Le leader de cercle a aussi d’autres rôles, opérationnels.

    On change le fonctionnement des échéances avec l’Holacracy, alors comment chacun organise-t-il son travail ?

    On va s’adapter à la réalité en priorisant ce qu’on a à faire, avec des priorités qui sont bien des priorités relatives. Il peut toujours y avoir des échéances sur des projets. Mais nous sommes au clair sur le fait que ce n’est qu’une forme de priorisation parmi d’autres.

    Ce qui est important au fond, c’est bien de faire ce qui avait le plus de valeur, d’où cette attente très importante qu’on a sur les leaders de cercle d’être capables de donner des priorités claires aux membres de leur cercle.

    Plutôt que de dire que tous les sujets sont prioritaires, on va dire lesquels sont prioritaires dans quel ordre. S’il y a des choses qu’on ne fait pas, c’est assumé, c’est parce qu’on a fait autre chose qui était jugé plus important.

    Ça nous permet de sortir de cette organisation permanente d’urgence. C’est très intéressant. Ça permet d’avoir une grande vitesse de travail et beaucoup de clarté sur ce qui est prioritaire par rapport à quoi et de ne pas cultiver une sorte de culpabilité sur le travail en retard.

    Et comment devient-on leader de cercle ? Est-ce que tout le monde peut être leader de cercle ?

    Les règles du jeu (la Constitution) ne donnent pas de contraintes particulières pour désigner un leader. Le leader du cercle plus grand, nomme les leaders des cercles en dessous. Le leader a intérêt à ce que la personne mise dans le rôle soit bien adaptée. Il va nommer une personne parce qu’il la sent compétente et parce qu’il imagine que ça lui fait envie. Si elle a envie, mais ne se sent pas complètement compétente, il peut la soutenir, l’aider pour y arriver.

    Finalement il y a des rôles dédiés à l’organisation : c’est bien ça ?

    Les rôles de secrétaires, facilitateurs et leaders sont des rôles structurels. Ils n’exécutent pas de travail particulier, mais ils sont là pour faire fonctionner chaque cercle.

    Il existe encore un quatrième rôle structurel : le représentant de cercle. Il est utile dans de grandes organisations. C’est un rôle qu’on peut élire dans le cercle pour représenter le cercle, dans le cercle du dessus. Ca peut être intéressant dans le cas où le cercle aurait des difficultés qu’il n’arrive pas à résoudre tout seul et que le leader n’arrive pas à résoudre non plus. C’est une sorte de représentant du cercle, en plus du leader, qu’on peut élire quand on en a besoin.

    Les cercles peuvent être vus comme une membrane au-delà de laquelle le cercle est autonome pour s’organiser.

    Et le logiciel dans tout ça : Holaspirit ou Glassfrog, à quoi ça sert ?

    Le logiciel va me permettre de trouver les informations sur les cercles, les rôles et de savoir qui s’occupe de quoi.

    Par exemple : j’ai besoin de savoir qui est la personne qui relève le courrier. Je vais regarder. Si je ne veux pas déranger la personne, je vais lui laisser un message dans Teams (ou Slack) via le canal du rôle « courrier ». Ça permet d’éviter de déranger, de poser des questions quand l’information est accessible directement.

    C’est pour ça que l’Holacracy, ce n’est pas obligatoire, mais ça va très bien avec des systèmes de communication horizontaux tels que Teams ou Slack, avec un grand nombre de canaux et des petits sujets de conversation, plutôt que des canaux où il y a beaucoup de choses.

    Comme chaque cercle peut faire bouger ses rôles, leur description, à tout moment, c’est indispensable d’avoir un outil numérique. En utilisant Holaspirit, on gagne en clarté, en rapidité, il y a un moteur de recherche. Et puis il y a cette représentation visuelle tellement pratique. On peut naviguer entre les cercles, zoomer ou au contraire prendre de la hauteur pour regarder l’organisation selon nos rôles, nos besoins.

    Ces logiciels soutiennent bien la pratique des réunions également. Tout est prévu dedans et globalement, c’est un incontournable dans l’adoption de l’Holacracy.

    Si chaque cercle est autonome pour s’organiser, finalement ça revient au même qu’une organisation en silos ? Comment garde-t-on la cohérence avec l’ensemble de l’organisation ?

    Le contenu d’un cercle, les rôles, ne peuvent être qu’au service de l’enveloppe plus large. Ils sont définis par une raison d’être et des redevabilités. Ça offre une garantie que l’autonomie du cercle ne soit pas une indépendance. Ça évite que chacun parte de son côté et que chacun fasse quelque chose de complètement différent. Tout en permettant des adaptations. D’un cercle à l’autre, on observe des différences, des manières de faire. Peut-être parce que les métiers sont différents, parce que les gens sont différents, parce que c’est une localisation différente.

    Partout, les règles du jeu sont les mêmes. Partout, les systèmes de réunion, de prise de décision sont bien les mêmes. C’est ça qui permet un lâcher-prise de la part des leaders en particulier, ou des managers, sur la volonté de contrôle de ce qui se passe dans le cercle. Pas besoin de contrôler ce qui se passe dans le cercle, car son fonctionnement est connu et clair. Chaque cercle suit les mêmes règles du jeu.

    Les leaders de cercles, vont communiquer entre eux sur la vision du cercle sans rentrer dans le détail : voilà nos besoins, nos limites, nos ressources, notre vision.

    Le fait d’avoir une organisation en cercles et en sous-cercles, encodée sur un logiciel, permet de choisir le niveau de finesse d’information dont on a besoin. Si j’ai besoin d’information très globale, je vais plutôt regarder à l’échelle du grand cercle, donc des leaders de cercles. Si j’ai besoin d’aller voir une information très précise sur un rôle très précis à l’intérieur d’un sous-cercle, c’est possible, je peux aller consulter directement le rôle qui m’intéresse. On a la possibilité d’accéder à des canaux d’information à différents niveaux, on choisit celui dont on a besoin. La transversalité et la subsidiarité sont cultivées.

    Les membranes des cercles préservent l’autonomie de fonctionnement par rapport à la gouvernance. Cette membrane est nette et précise. Elle détermine qui peut participer à une réunion de gouvernance. On ne peut pas faire d’ingérence. Je ne peux pas aller dans une réunion de gouvernance d’un cercle dont je ne suis pas membre. Ça garantit leur autonomie.

    Mais cette membrane est poreuse dès qu’on parle du travail opérationnel. Comme tout a été mis à plat et que les rôles travaillent au service de tous les autres rôles, il n’y a pas de limite, j’ai le droit d’aller voir toutes les personnes. Au contraire. En plus, les règles de coopération demandent à tout le monde de donner de la transparence sur son travail, de donner de la clarté sur ses priorités. Donc finalement, on a un système qui est très facilitant sur la possibilité d’accéder aux informations au niveau où on en a besoin.

    Quelle est la place donnée aux tensions de la vie personnelle ?

    Toute source de tension est recevable. On ne filtre pas les tensions. Mais ce qui va se passer, c’est qu’en fonction de la tension, il y a peut-être des choses qu’on pourra faire dans l’organisation, mais parfois, non. Si quelqu’un apporte une tension en disant qu’il a des problématiques personnelles dans sa famille, probablement que le mieux qu’on pourra lui offrir, c’est un temps d’écoute, mais on ne pourra pas décider grand-chose qui pourra l’aider. Ce n’est pas une tension qui se présente au service de la raison d’être de l’organisation, mais plutôt quelque chose qu’il ressent lui, comme individu.

    Si quelqu’un ne va pas bien à titre personnel et partage cette information au travail, ce n’est pas pour qu’on aille s’occuper de sa grand-mère ou de sa petite sœur qui ne va pas bien. C’est pour qu’on soit capable de prendre en compte que, émotionnellement, c’est un peu compliqué en ce moment et que peut-être, sa façon d’être, sera impactée par ça.

    Le fait d’offrir la possibilité de l’entendre, va permettre de mieux s’adapter et de demander à la personne de quoi elle aurait besoin. Tu as besoin de prendre une demie-journée de congé ? Tu veux un temps d’écoute ? Et donc de voir ce qui est possible dans l’espace du travail, non pas pour nier le problème de la personne, mais proposer quelque chose.

    Un grand classique des tensions opérationnelles en entreprise : « je ne suis pas content parce que tu es en retard. Tu devais me livrer ce rendu hier et je ne l’ai toujours pas. » Nous en parlons, il s’agit de tensions opérationnelles. Ce sont les plus faciles à résoudre.

    Il y a aussi des tensions interpersonnelles. Ce n’est pas tant sur le travail fait ou pas fait, mais plutôt sur la manière d’être et de faire. Un comportement de quelqu’un qui serait source d’agacement, c’est une tension relationnelle, qui est bien dans le travail, mais pourtant, ce n’est pas lié à un rôle. C’est juste la manière de faire. Un exemple assez classique : un collègue qui aurait l’habitude de ne jamais laver sa tasse à café et la laisserait traîner sur les bureaux. Ça m’agace. Ça va donc me créer une tension relationnelle, sur la façon d’être. La Constitution propose une façon de traiter cette tension, je ne vais pas utiliser les rôles pour ça, c’est juste en tant que personne.

  • 5 questions sur l’adoption d’Holacracy

    Lecture : 6 minutes

    Adoption, accompagnement

    On parle d’adoption d’Holacracy : ça prend combien de temps ?

    C’est un système, ça prend du temps à mettre en place. Entre le moment où on décide d’y aller et le moment où il y a une pratique fonctionnelle, il faut trois, quatre mois. Pour une pratique mature, il faut un an ou un peu plus. Et pour une pratique autonome, qui se passe d’un accompagnement, il faut compter deux ans.

    Il faut désapprendre certains réflexes et en apprendre de nouveau. Comme tout processus de changement, il suscite des résistances. Les coachs de la transformation, ont l’habitude de rencontrer ces résistances. Nous voyons cela d’un bon œil. Les gens qui résistent à une transformation ont généralement de bonnes raisons. Ils ont identifié des risques, ils ont des craintes. Cela nous informe sur les points d’attention, de vigilance. L’idée d’une transformation, c’est d’aller vers quelque chose de mieux. Les promesses des systèmes comme Holacracy sont : une organisation plus agile, mieux adaptée à un monde qui change vite, une organisation qui sait croître de manière sereine, pour cultiver un certain bonheur au travail. On va toujours garder en tête le cap et le but du changement.

    En même temps, il ne s’agit pas de tout effacer, il y a plein de choses qu’il faut absolument préserver. L’idée, c’est d’aborder une transformation du système de gouvernance avec un regard équilibré entre ce qu’on veut préserver, ce qu’on veut changer, ce qu’on veut supprimer, en se reposant régulièrement la question si on avance dans le bon sens.

    Quels sont les facteurs clés de succès ?

    Le premier facteur clé : un alignement de leadership, une vraie décision des leaders. C’est fondamental pour engager une transformation.

    La décision d’embarquer une organisation dans l’Holacracy doit venir du leader de l’organisation.

    Le deuxième facteur clé de succès : prendre tout le système Holacracy. Comme dans tout système, il y a des équilibres, si on enlève une pièce du système, il ne va pas fonctionner. Ou alors on aura l’impression qu’il marche, mais au bout d’un moment on va se rendre compte que non.

    Prenons l’exemple d’un système mécanique, une voiture. Elle possède plein de choses superflues. Il y a un hayon arrière, une lunette arrière. Si vous l’enlevez, la voiture marche tout aussi bien. C’est peut-être juste un peu moins joli. Mais il y a d’autres pièces du système, comme la pédale de frein, si je l’enlève, c’est la catastrophe. Mais ne vous ne le verrez pas tout de suite. Vous allez pouvoir démarrer, sortir du parking, mais attention à ce qui va se passer après.

    En Holacracy, si on enlève une pièce du système, c’est la pédale de frein qui vous manque. C’est une des conditions du succès. Le système a été dépouillé de ce qui était superflu. Il n’y a pas la lunette arrière ni le rétroviseur central. Il n’y a que ce qui est indispensable. C’est pour ça que si vous prenez juste le texte des règles du jeu de la Constitution, vous ne pourrez rien en faire. Ce n’est pas par là qu’on rentre dans l’Holacracy.

    On va d’abord expérimenter, apprendre à vivre les réunions, former à la facilitation, et après on arrivera à la Constitution.

    C’est un peu comme si vous décidiez de vous mettre au tennis pour faire du sport. La première chose que vous allez faire, c’est de prendre une raquette, une balle et apprendre à taper dedans. Vous n’allez pas commencer par lire le règlement de la Fédération internationale du tennis. L’Holacracy, c’est pareil. On prend une balle, on tape dedans et on joue. C’est comme un jeu. Au fur et à mesure, on va se perfectionner, ça va devenir très intéressant d’aller voir les règles. Connaître les règles va permettre d’évoluer dans le système.
    Le troisième facteur clé de succès : former suffisamment de gens à la pratique du système Holacracy.

    Il faut former au minimum entre un quart et un tiers des personnes de l’équipe pour que ça puisse prendre et se transmettre en interne.

    Comment se déroule concrètement un accompagnement à l’adoption d’Holacracy ?

    Le premier travail c’est l’encodage d’une structure initiale : avec les rôles et les cercles, on va réaliser la version 0 de l’organisation. Ça permet de gagner six mois. L’organisation pourrait le faire, mais ce serait long et coûteux.
    L’idée, c’est de traduire l’existant et le rentrer dans le logiciel. Avec ce qu’on a perçu de l’organisation, ça va permettre d’essayer de tenir une réunion de gouvernance, une réunion tactique, un traitement de tension, une élection sans candidat, toutes sortes de choses qui font partie de l’Holacracy pour que l’organisation puisse les vivre.

    Ensuite nous proposons à l’équipe un séminaire qui va durer deux jours ou trois jours. A l’issue, l’organisation pourra décider d’acter ou pas, d’aller au bout du chemin. Ca nous semble important d’essayer avant de décider. Si l’organisation décide d’y aller, alors nous l’invitons à signer la Constitution. Elle n’a pas été lue dans le détail, c’est comme les conditions générales de vente. Vous ne lisez pas tout. Mais c’est là pour offrir certaines garanties et pour avoir un référentiel auquel se rapporter quand on ne comprend pas ou quand il se passe quelque chose qui n’était pas prévu.

    À partir de là, c’est le J1 de l’adoption d’Holacracy. Pendant un temps, l’organisation va continuer à fonctionner avec les systèmes hérités du fonctionnement précédent. Pendant cette période, on va former des personnes pour apprendre à faciliter les réunions. Au début, nous facilitons les premières. Petit à petit, on va laisser la main jusqu’à l’autonomie. Cette étape prend douze à dix-huit mois, le temps qu’il faut pour être à 100 % autonome. Au début, nous posons un filet. On viendra tous les quinze jours trois semaines pour observer des réunions et réaliser des supervisions. Nous donnons du feedback sur les pratiques pour permettre à l’organisation de suivre les bons rails et ne pas prendre de mauvaises habitudes.

    C’est une période au cours de laquelle nous proposons du coaching pour les leaders de cercles. Être leader de cercle ne s’improvise pas. Il y a un enjeu de posture à trouver qui n’est pas automatique. Nous vous aidons à aller chercher cette posture de leader en Holacracy. Nous vous aidons également à être facilitateur en Holacracy. Et à vivre l’Holacracy.

    Vers la fin de la première année de pratique, il y aura un enjeu à former encore un peu plus certaines personnes qui auraient l’envie et l’ambition d’être un peu ambassadrices de l’Holacracy. C’est comme ça qu’elles pourront veiller à l’intégration de nouvelles personnes que l’organisation embauchera. Il va falloir apprendre à transmettre.

    Et petit à petit, notre accompagnement va se raréfier puis disparaître. On pourra peut-être continuer à apporter de la valeur ajoutée en venant une fois de temps en temps, parce que les choses évoluent, ou parce que les personnes ont envie d’être challengées dans leurs pratiques.

    Retrouver deux témoignages :
    Interview de Fabio Monte, leader de QoQa : Holacracy avec une équipe de 180 personnes, un challenge ambitieux
    Trajectoire d’une start-up en Holacracy, témoignage de Stéphane Labartino chez Comongo

    L’Holacracy pour qui ?

    Pour une petite organisation est-ce vraiment intéressant ?

    Les processus de partage de décision ou de gouvernance, de manière très horizontale, collaborative, fonctionnent très bien jusqu’à dix-douze personnes. Un individu n’est pas capable de gérer de bonnes relations avec plus de onze personnes simultanément lors d’un processus de décision.

    L’importance d’avoir des entités plus petites pour arriver à garder cette intelligence collective et cette collaboration, c’est fondamental.

    Que fait classiquement une organisation qui grandit ? Quand elle dépasse 10, 15, 20 personnes, elle met un management intermédiaire. C’est très compliqué de garder une logique de gouvernance partagée dans un contexte de management intermédiaire. C’est hérité de la culture pyramidale, de la vision tayloriste du travail. Dans un monde simple, prévisible, peut-être que ça a marché relativement. C’est discutable. Mais dans le monde présent, surtout en portant une vision d’entreprise collaborative, ce n’est pas satisfaisant. Donc le risque, c’est qu’en grandissant, ce soit difficile pour une organisation de ne pas être influencée par une structure managériale classique. D’où l’idée de la structure en cercles.

    Les structures en cercle de gouvernance dites partagées ont parfois une limite ou un risque : la réunionite. Sous prétexte qu’on serait en cercle, on se met à discuter, et à discuter, et à discuter… Et on ne travaille plus. Ça ne marche pas. L’organisation est surtout une entreprise. Elle doit produire de la valeur, équilibrer un bilan, payer des salaires. Elle a besoin d’une certaine efficience de travail. Elle doit conjuguer collaboratif et efficience. D’où l’idée de s’appuyer sur un système qui a fait ses preuves en la matière et qui conjugue les deux. Ce sont des paradoxes qu’il faut intégrer.

    Les SCOP n’ont pas vraiment besoin de système comme Holacracy ?

    C’est un système qui s’adapte à merveille avec le principe de SCOP. Il y a parfois une confusion entre SCOP et gouvernance partagée : être une SCOP impliquerait de fait, fonctionner en gouvernance partagée. C’est en partie vrai, ça donne une culture. Mais une voix par personne ne dit rien sur l’organisation du travail au quotidien. La SCOP ne concerne que l’enveloppe extérieure de l’entreprise. Mais dans les projets, chaque jour, sur les décisions, sur le fonctionnement interne, la SCOP ne dit rien.

    L’idée avec l’Holacracy est d’apporter un système qui est à la fois un accélérateur et une solidification de la culture SCOP, pour devenir suffisamment robuste et que l’organisation puisse grandir.

  • Checklist mentale pour le facilitateur lors des réunions tactiques

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/a-facilitators-mental-checklist-for-tactical-meetings-fc71b33e3d9d

    Guide pour les facilitateurs en Holacracy

    1. Traiter rapidement au moins un point à l’ordre du jour
    2. Saisir un grand nombre de résultats
    3. Repérer des failles dans la gouvernance
    4. Trouver l’occasion de demander : « Selon ton interprétation, cela sert-il la raison d’être ou les redevabilités de ton rôle de faire cela ? »
    5. Trouver une occasion d’expliquer : « Tu as toute l’autorité nécessaire pour prendre n’importe quelle mesure ou décision pour servir ton rôle, tant que cela n’enfreint pas une règle explicite. »

    Puisque la réunion tactique n’a rien de spécial (c’est-à-dire que vous pouvez y faire tout ce que vous pouvez également faire en dehors d’une réunion tactique), la réunion tactique est un microcosme de l’ensemble de la pratique. Tout et n’importe quoi peut surgir. Pour la plupart des facilitateurs, la complexité est éreintante. Il y a tout simplement trop de choses à faire.

    En réponse, les facilitateurs semblent penser « Je vais faire de mon mieux pour faire face à ce qui se présente ». Et si faire de son mieux est louable, ce n’est pas très clair ou concret, ce qui signifie que c’est en fait difficile à réaliser. Résultat ? Les facilitateurs en font trop ou pas assez.

    Un facilitateur qui en fait trop s’occupe de tout, interrompt constamment le processus et ralentit les choses. Il se fatigue aussi. Ce genre de vigilance a un prix. Au bout d’un certain temps, il est tellement épuisé qu’il devient trop passif et commence à justifier son manque d’implication. « Hé, je n’ai pas besoin de résoudre les tensions de qui que ce soit, non ? » « Hé, c’est un groupe expérimenté. Ils savent ce qu’ils font. »

    Mais il y a un juste milieu entre « Je dois aborder chaque problème » et « Je n’ai pas besoin d’être impliqué ». Car même s’il existe une variété presque infinie de problèmes et de points de coaching possibles, je vous recommande de vous concentrer sur ces cinq points. C’est une sorte de checklist mentale pour vous guider.

    Note : je tiens à préciser que ce ne sont pas les seules choses dont vous devez vous préoccuper. Ce que je veux dire, c’est qu’en tant que facilitateur élu, vous devez appliquer ces cinq pratiques lors de chaque réunion tactique que vous animez, et ne pas trop vous préoccuper d’autres choses avant d’en avoir acquis une certaine maîtrise. Si vous les maîtrisez, vous ne serez pas seulement un meilleur facilitateur, mais ce sera aussi plus facile.

    1. Traiter rapidement au moins un point à l’ordre du jour

    Et le plus tôt sera le mieux. Si le traitement d’un élément prend trop de temps, revenez simplement à la question « Est-ce que cela t’aide ? » ou « As-tu obtenu ce dont tu avais besoin ? » et essayez de clôturer l’élément aussi rapidement que possible.

    Puisque le facilitateur peut classer les points par ordre de priorité, vous pouvez demander au groupe : « Quelqu’un a un point à traiter rapidement ? ». Et bien que j’éviterais normalement de changer l’ordre pour la toute première réunion d’un cercle, car cela ajoute de la complication à une situation déjà compliquée, cela fonctionne bien avec les groupes plus expérimentés. L’autre situation dans laquelle l’établissement de priorités est utile est celle où vous avez fait quelques tâches complexes ou qui prennent du temps ; c’est le moment de voir si les tâches restantes peuvent être faites rapidement.

    Et si chaque élément semble compliqué, apportez simplement votre propre élément en tant que facilitateur pour montrer comment vous pouvez le traiter rapidement ; par exemple, partagez simplement quelques informations, précisez que vous faites de la place pour les questions ou les réactions, et passez à autre chose. Le rôle de modèle peut être très puissant et vous n’avez pas besoin d’attendre pour avoir l’occasion de le faire. Vous pouvez simplement le faire.

    Enfin, si le traitement d’un point prend beaucoup de temps, considérez que vous êtes peut-être en train de trop coacher, et soyez prêt à laisser tomber un point de coaching important pour des raisons de rapidité. Il est généralement préférable d’agiter le drapeau blanc et de chercher une autre occasion de revenir sur la question, ou simplement d’apporter votre propre point à l’ordre du jour (par exemple : « Ce dont j’ai besoin ici, c’est de revenir sur la question des horaires dont parlait Stéphane, car il y a quelque chose sur Holacracy que je veux expliquer »).

    Pourquoi c’est important ?

    Pour les personnes qui vivent leur première réunion tactique, Holacracy = la réunion, c’est par ce processus que les personnes prennent contact avec leur première pratique. En d’autres termes, les gens se demandent vraiment : « Puis-je faire confiance à ce processus ? Est-ce que ça va marcher pour moi ? » Et ils ont raison. On leur a demandé de se lancer et d’essayer quelque chose sans le comprendre complètement et ils veulent juste être orientés. Ainsi, le fait de traiter rapidement un point, au moins un, démontre que « Holacracy » peut être aussi efficace qu’une réunion normale. C’est, après tout, à cela qu’ils le comparent.

    Un facilitateur doit rechercher de manière proactive les opportunités, car s’il ne fait pas attention, il peut facilement finir par sur-animer chaque élément. Et même si vous êtes techniquement précis dans tout ce que vous faites, vous risquez d’accroître la peur et l’inquiétude. En ce sens, le moyen est le message, faites en sorte que le moyen ne soit pas trop lourd pour les participants.

    Le traitement des tensions devrait généralement être rapide, mais il faut de la pratique. Pour une nouvelle personne, ou un nouveau groupe en particulier, c’est difficile à croire. Le traitement rapide d’au moins un élément vous donne au moins une occasion de montrer que le processus ne nécessite pas nécessairement beaucoup de règles ou de langage nouveau et complexe. De plus, c’est un rappel utile pour vous, en tant que facilitateur, de faire avancer les choses.

    Exemples :

    • Vous commencez à penser que vous sur-coachez. Résolvez le problème du propriétaire de l’élément dès que possible, même si vous devez revenir sur un point de coaching en apportant votre propre élément (n’oubliez pas que vous pourrez ensuite donner la priorité à votre élément).
    • Apportez votre propre tension pour poser une question ou partager des données. Obtenez ce dont vous avez besoin et passez à autre chose.
    • Interrogez le groupe : « Quelqu’un a-t-il un point à traiter rapidement ? »

    2. Saisir un grand nombre de résultats

    Il est évidemment essentiel d’impliquer le secrétaire, car c’est lui qui saisit les résultats, alors prévenez-le de vos intentions. « En tant que secrétaire, ton travail aujourd’hui est de capturer les résultats de la réunion. Cela signifie saisir toute action ou projet lorsque quelqu’un se porte volontaire pour la prendre, et je serai là pour t’aider. » Donnez-lui la permission de saisir d’abord et de réviser ensuite. Il s’adressera toujours à vous pour obtenir des instructions, mais il est bon de fixer certaines attentes.

    Encouragez le secrétaire à saisir les résultats sous forme de brouillons. Ils peuvent facilement être édités et clarifiés par la suite.

    Les participants novices sont généralement heureux de capturer quelque chose qu’ils ne captureraient pas normalement. Après tout, il s’agit d’un nouveau type de réunion et ils sont généralement prêts à apprendre. En tant que facilitateur, facilitez les choses en disant des choses comme « OK, j’ai entendu dire que tu allais envoyer cet e-mail à Marie, alors pour le bien de cet exercice, saisissons-le comme une action ».

    Si quelqu’un a déjà participé à des réunions tactiques, il aura une idée implicite de ce qui doit être capturé comme résultat et de ce qui doit être laissé de côté. Ce n’est pas grave, saisissez-le quand même. La résistance à la saisie des résultats n’est jamais due à la volonté de cacher l’information, mais plutôt au fait que cela semble prendre trop de temps. Mais ne gagnez pas de temps en sautant l’étape de capture. Gagnez plutôt du temps en traitant rapidement certains éléments (cf. point n° 1) et en travaillant avec votre secrétaire. En d’autres termes, tenez-vous à la discipline de capturer tous les résultats que vous pouvez, car cela, au bout d’un moment, vous rendra plus rapide.

    Les éléments clés à saisir sont les prochaines actions, les projets et les tensions de gouvernance. Il n’est pas nécessaire de saisir 1) les décisions qui ont été prises, ou 2) les informations qui ont été partagées.

    Enfin, même si un remplaçant est absent de la réunion, les demandes peuvent toujours être capturées. Vous pouvez expliquer que GlassFrog ou Holaspirit enregistre les résultats de la réunion et envoie un courriel à tout le monde, et que la saisie des éléments apporte une certaine transparence aux procédures. Et puisque le projet ou l’action n’a pas été accepté par le détenteur du rôle, je recommande de contextualiser le résultat, qu’il verra dans sa notification, en plaçant un « [A considérer :]… » au début (voir l’exemple ci-dessous).

    Pourquoi c’est important ?

    Tout comme le point numéro 1, le but est de démontrer quelque chose sur le processus de réunion lui-même. Plus précisément : il permet de faire avancer les choses. Le fait d’avoir beaucoup de résultats à la fin donne aux participants un artefact visuel de ce qui a été accompli. Cela donne l’impression que la réunion est substantielle.

    La deuxième raison de le faire est que les résultats saisis sont des ancrages. En tant que facilitateur, ils vous donnent une base sur laquelle vous appuyer. Et je ne parle pas seulement d’un enregistrement de ce qui s’est passé après coup. Je veux dire que c’est un moyen de vous aider à traiter le sujet. Trop souvent, les facilitateurs essaient de tout comprendre EN PREMIER lieu, et une fois que tout le monde a parfaitement compris, ils encouragent le secrétaire à saisir quelque chose. À ce moment-là, ils doivent revenir sur chaque point… unique… encore… et encore… à nouveau. C’est fou et inutile.

    Si vous entendez quelqu’un qui veut que quelque chose se produise (c’est-à-dire un résultat = un projet), vous n’avez pas besoin de déterminer d’abord le rôle. Demandez simplement au secrétaire de saisir la demande dans le champ de texte. Maintenant, une fois la demande saisie, les options déroulantes du logiciel vous guident pour sélectionner « Rôle » et « Personne ». N’est-ce pas agréable ?

    Essayer de capturer beaucoup de résultats vous aidera également à traiter les tensions plus facilement. Car en réalité, la réunion tactique ne sert qu’à faire avancer les choses d’un pas. Nous ne sommes pas nécessairement en train de résoudre ces problèmes. Si quelque chose n’est toujours pas clair et que le temps presse, le fait de capturer une prochaine action spécifique (par exemple, programmer une réunion) pour une personne spécifique (par exemple, Julien) permet de relâcher la pression. Il est beaucoup plus facile de passer à autre chose lorsque le propriétaire de l’élément peut voir un pas en avant tangible.

    C’est aussi pourquoi il est utile d’être transparent sur le temps dont vous disposez (et de s’y adapter). Si vous avez 10 points à l’ordre du jour et qu’il ne vous reste que 15 minutes, dites-le. L’urgence les aidera à proposer des projets ou des actions qu’ils n’auraient peut-être pas envisagés autrement.

    Exemples :

    • Pour toutes les actions suivantes qu’une personne déclare qu’elle va faire. Soyez directif. « Ah ! Super ! Secrétaire, veuillez capturer ‘Transférer l’email ‘Nouvelle Image artistique’ pour Tony ».
    • Si le temps est compté et qu’il y a un problème complexe sur la table, proposez de capturer une sortie pour le propriétaire du point de l’ordre du jour afin de programmer une réunion spéciale sur ce sujet.
    • N’enfermez pas artificiellement tout dans des rôles. L’absence d’un rôle n’est pas un problème. Cela signifie simplement qu’il faut probablement en définir un. Donc, saisissez simplement l’action ou le projet sous « Action individuelle », et passez à autre chose. Ceci est particulièrement utile si vous essayez également de…

    3. Repérer des failles dans la gouvernance

    Il est pratiquement impossible que la structure initiale d’un cercle englobe tout ce qui se passe actuellement. Donc, si vous ne trouvez pas de faille dans votre gouvernance, c’est probablement parce que vous ne cherchez pas assez. Cherchez donc une excuse pour mettre en évidence une faille, la capturer en tant que résultat, ET montrez à l’équipe qu’elle peut encore y faire face sur le plan opérationnel (sans toutefois avoir le droit d’attendre de quelqu’un d’autre qu’il fasse quelque chose).

    Pour vraiment apprécier la clarté que la pratique de Holacracy peut apporter, les participants doivent faire confiance à leur propre gouvernance. Ils doivent la comprendre et s’appuyer sur elle. Laissez-moi le répéter. ILS doivent la comprendre. Un facilitateur ne peut pas s’en occuper pour eux.

    Et la pire façon de trouver des failles est de poser la question : « Quel rôle ? » Le plus souvent, les gens n’entendent pas une question de clarification. Ils entendent un jugement. Si vous vous contentez de demander « Quel rôle ? », vous envoyez le message qu’ils devraient connaître le rôle et que les dossiers devraient être suffisamment complets pour contenir tous les rôles. Mais ni l’un ni l’autre n’est vrai. Surtout au début.

    Il n’est pas nécessaire de connaître le nom du rôle spécifiquement défini pour commencer à traiter un élément. Comment cela se fait-il ? Il y a probablement des tonnes de failles. Donc, au lieu de demander « Quel rôle ? », demandez « Quel rôle ? … et ce n’est pas grave si tu ne sais pas ». Vous voulez qu’il soit très facile d’identifier les failles. En voici d’autres :

    • « As-tu un rôle en tête, ou veux-tu de l’aide pour en trouver un ? »
    • « As-tu un rôle en tête et si non, c’est très bien. Certains rôles peuvent manquer. »
    • « Sais-tu si quelqu’un a déjà accepté de s’occuper de ce genre de questions ? Si non, nous pouvons vérifier les rôles. »

    Pourquoi c’est important ?

    Pour utiliser efficacement Holacracy, les praticiens doivent considérer leur gouvernance comme deux choses : 1) une structure évolutive qui n’est jamais tout à fait parfaite (c’est-à-dire qu’elle peut changer), et 2) l’ensemble actuel et convenu des attentes, des restrictions et des pouvoirs que nous suivons tous (c’est-à-dire que c’est officiel). Repérer les failles et montrer aux participants comment y faire face vous permet de communiquer ce message subtil et important.

    La deuxième raison pour laquelle cela est important est plus pratique. Vous avez besoin de matière pour leur première réunion de gouvernance. Et plus le point à l’ordre du jour est important, meilleur est l’apprentissage. Ainsi, n’espérez pas seulement qu’ils apportent de bonnes choses à la gouvernance (au début, la distinction est généralement floue), aidez-les à identifier les tensions lors de la réunion tactique qu’ils peuvent efficacement résoudre par la gouvernance.

    Exemples :

    • Quelqu’un fait quelque chose, ou prend des décisions officielles, de manière continue en dehors de tout rôle défini. REMARQUE : Si cela correspond toujours à l’objectif de l’un de ses rôles actuels, il ne s’agit pas d’une faille.
    • Une demande est adressée à une personne spécifique, mais elle ne correspond actuellement pas à l’objet de ses redevabilités définies.
    • Une question est soulevée, mais il n’y a pas de clarté sur qui a l’autorité pour prendre cette décision, ou si quelqu’un a déjà accepté de travailler sur ces questions (c’est-à-dire qu’il n’y a pas de rôle défini).
    • Si vous voyez quelque chose sous la rubrique « Action individuelle », enquêtez. Posez la question suivante : « S’agit-il d’une action ponctuelle ou d’une action permanente ? ». S’il s’agit d’une action permanente, enregistrez-la pour la réunion de gouvernance.

    4. Trouver l’occasion de demander : « Selon ton interprétation, cela sert-il la raison d’être ou les redevabilités de ton rôle de faire cela ? »

    Cette question est fondamentale pour une bonne pratique de Holacracy. Bien sûr, elle n’est pas facile à prononcer, mais c’est pour cela qu’elle est précieuse. Elle aide à briser le modèle de l’acquiescement pathologique. Elle vous fait vous arrêter. Et réfléchir. Et pas seulement à répondre de façon robotique, « Oui, bien sûr ».

    « Ne dites pas juste robotiquement, « Ouais, bien sûr. » Je veux vraiment savoir si vous pensez que cela correspond à votre rôle, car si ce n’est pas le cas, c’est OK. Cela signifie simplement que je dois continuer à chercher ou que je le fais moi-même. »

    En tant que facilitateur, il est essentiel de dire toute la phrase. L’utilisation de raccourcis (par exemple, « Es-tu d’accord avec cela ? ») n’est pas la pire chose au monde, car le langage peut facilement sembler lourd et mécanique si vous n’avez pas plusieurs façons d’obtenir la même information, au moins UNE FOIS, faites une pause et attirez l’attention de tous sur la question spécifique ci-dessus. Dites-le avec moi : « Selon ton interprétation, est-ce que cela sert la raison d’être ou les redevabilités de ton rôle de faire cela ? »

    Toute question que vous posez en tant que Facilitateur est aussi une question que se pose un bon praticien. N’oubliez pas que tout ce qui est utile dans une réunion tactique l’est aussi en dehors. Un bon facilitateur le sait et transmet ses connaissances et son expérience de la pratique efficace plutôt que d’essayer de garder tout cela dans sa tête.

    Pourquoi c’est important ?

    Cette phrase met en évidence deux changements monumentaux. Premièrement, la phrase « Dans ton interprétation… » ne peut être surévaluée. Parfois, je prends un soin particulier à souligner gestuellement et verbalement, » …TON interprétation.

    Cela signifie que je ne vais pas demander au Cercle, je ne vais pas demander au Premier Lien, je ne vais pas vérifier avec le Secrétaire. Je vous demande, à vous, l’expert de votre rôle, de l’interpréter pour nous maintenant. » C’est une façon de renforcer l’autorité individuelle.

    Deuxièmement, cela place la raison d’être du rôle et ses redevabilités comme seule base pour prendre des engagements de travail. Ce n’est pas parce que vous êtes une personne sympathique. Ou parce que vous avez du temps. Ou parce que vous voulez aider. Ces choses sont peut-être vraies, mais si vous dites « Oui », vous le faites au service de votre rôle. Et si vous dites « Non », c’est également au service de votre rôle. Les deux réponses sont parfaitement acceptables.

    Exemples :

    • Quelqu’un accepte immédiatement une demande de projet d’un autre membre. (par exemple : « Super, alors juste pour être sûr, selon ton interprétation, est-ce que cela sert la raison d’être ou les redevabilités de ton rôle de faire cela ? »)
    • Vous pensez que quelqu’un pourrait faire quelque chose en dehors de son rôle actuel. (par exemple : « Donc, la question à se poser est la suivante : « Selon mon interprétation, ce travail correspond-il à la raison d’être ou aux redevabilités de ce rôle, ou est-ce quelque chose à faire dans un nouveau rôle ? »)
    • Je l’ai déjà mentionné, mais cela vaut la peine de le répéter : n’oubliez pas de poser des questions sur la raison d’être du rôle. Si vous ne demandez que les redevabilités, cela encourage en fait un malentendu selon lequel « tout doit être défini dans les redevabilités. » Cela dit, ne faites pas pression sur la personne qui remplit le rôle pour qu’elle élargisse son interprétation. Demandez simplement : « OK, qu’en est-il de la raison d’être du rôle ? En regardant cette raison d’être, penses-tu qu’il serait utile pour TOI de faire cela ? C’est la question que vous devez vous poser… »

    5. Trouver une occasion d’expliquer : “Tu as toute l’autorité nécessaire pour prendre n’importe quelle mesure ou décision pour servir ton rôle, tant que cela n’enfreint pas une règle explicite.”

    Encore une fois, chaque partie de la question est importante, donc au moins une fois, ne la simplifiez pas ou ne la résumez pas. Dites simplement la longue et maladroite phrase telle qu’elle est. Si vous êtes comme moi, vous devrez la répéter, mais cela en vaut la peine, car c’est la formulation maladroite qui la rend efficace.

    J’ai vu deux variations sur ce point. La première met l’accent sur le fait de leur faire ressentir la tension inhérente au fait de devoir assumer leur autorité. C’est-à-dire qu’ils sont mal à l’aise.

    Cela ressemble à ceci : « TU as la pleine autorité pour prendre N’IMPORTE QUELLE action ou décision pour servir ton rôle tant que cela n’enfreint pas une règle explicite… alors de quoi as-tu besoin pour prendre TA décision… [pause dramatique] ? » Et vous gardez votre attention sur la personne jusqu’à ce qu’elle dise quelque chose. J’adore ça. J’adore vraiment. On a tendance à oublier à quel point la pratique d’Holacracy peut être un changement radical et que même faire des petits pas en dehors de sa zone de confort peut être un vrai défi. Nous aurons donc toutes et tous besoin de beaucoup de soutien, mais aussi de coups de pouce.

    La deuxième variation est moins génératrice de tension. C’est un peu plus doux et peut-être un peu plus lâche. Elle ressemble à ceci : « Ah ! On dirait que tu veux entendre les pensées et les réactions des autres, n’est-ce pas ? Si c’est le cas, c’est génial ! N’oublies pas que tu as toute l’autorité nécessaire pour prendre n’importe quelle mesure ou décision pour servir ton rôle, tant qu’elle n’enfreint pas une règle explicite. » Vous devez toujours tout dire, mais vous n’avez pas toujours besoin de les mettre mal à l’aise pour faire avancer le point.

    Pourquoi c’est important ?

    Bien que cela ne soit jamais explicitement indiqué dans la constitution de l’Holacracy, les règles sont basées sur l’hypothèse que tout est permis sauf interdiction explicite. Et c’est le contraire des organisations conventionnelles dans lesquelles rien n’est permis à moins d’être explicitement autorisé. Si un praticien ne comprend pas cette hypothèse, un grand nombre de règles n’auront pas de sens. Mais cela peut être difficile à expliquer sur le plan conceptuel, ce qui est la principale raison de l’importance de ce message. Vous n’avez pas besoin de l’expliquer philosophiquement. Rappelez-vous simplement d’utiliser la question et elle fera le travail pour vous.

    Exemple :

    • Quelqu’un cherche à obtenir la permission ou le consensus (c’est-à-dire s’assurer que les autres sont d’accord) sur quelque chose que son rôle peut décider. Le facilitateur doit dire quelque chose comme : « Il n’y a rien de mal à rassembler des données pour prendre une décision, c’est parfois nécessaire. La question à vous poser est la suivante : « Sachant que j’ai toute l’autorité nécessaire pour prendre n’importe quelle décision ou action au service de mes rôles, tant que cela n’enfreint pas une règle, de quoi d’autre ai-je besoin pour prendre ma décision ? »

    Conclusion

    Bien faciliter des réunions tactiques requiert deux compétences rares. Premièrement, vous devez savoir quand aider. Deuxièmement, vous devez savoir comment aider. Et rassurez-vous, cela vous demandera probablement du temps de pratique, c’est tout à fait courant !

  • Résoudre les conflits en équipe : le cercle restauratif

    Lecture : 5 minutes

    Accueillis et transformés, les conflits peuvent être une source d’apprentissage pour les équipes et aider une organisation à grandir. Les cercles restauratifs, une méthode de résolution collective de conflit, appréhendent les conflits sous un œil nouveau. Ils confèrent à l’équipe un rôle de facilitateur et la positionnent comme garante des accords obtenus. Ce faisant, les cercles restauratifs participent à rendre l’équipe de travail plus résiliente et à développer une plus grande maturité relationnelle entre ses membres.

    Le besoin de changer de lunettes

    Les conflits sont généralement perçus comme un problème. Un problème qu’il faut éviter ou résoudre au plus vite. Dans les équipes, beaucoup d’énergie est mobilisée pour ne pas les voir, pour les minimiser, voire pour les justifier. Des croyances se développent alors, celles que les conflits disparaîtront d’eux-mêmes, avec le temps ou si ce n’est pas le cas, qu’il faut vivre avec, s’en accommoder en quelque sorte. Le système équipe agit alors comme un frein à toute évolution. La persistance des conflits crée un sentiment de fatalité au prix de grandes souffrances individuelles.

    En tant que médiateur, j’ai pu toucher la difficulté d’opérer un pas de côté par rapport à cette représentation usuelle du conflit. Pour un médiateur, le conflit est naturel et inhérent à toute organisation humaine. Il est davantage le symptôme d’un dysfonctionnement qu’un problème en lui-même. Mon intention de médiateur est d’aider les personnes à s’approcher du conflit, à l’apprivoiser en quelque sorte. L’enjeu est de renouer le fil de la parole et d’encourager l’écoute. Retisser la relation est un préalable à toute recherche de solutions.

    Le contexte professionnel, un lieu d’exploration

    Le contexte professionnel n’est pas un lieu pour exprimer ses tensions. C’est une idée communément admise. Quand le conflit est trop visible, qu’il n’est plus possible de le cacher, la négociation s’engage et en dernier recours une voie judiciaire existe pour le traiter. Ces pratiques favorisent l’expression des rapports de force et des jeux de pouvoir.

    La médiation professionnelle invite à la libération de la parole. Elle crée un espace dédié et sécurisé par la présence d’un tiers. Un espace où il est possible de dire et de s’écouter. L’expression de chacun, avec la patiente reformulation du médiateur, permet de cheminer vers le cœur des désaccords. Ce travail déshabille le conflit des malentendus, des interprétations ou autres procès d’intention. À l’os, le désaccord peut être attrapé. L’écoute du point de vue de chacun fait avancer la compréhension, elle éveille la perception de la diversité des points de vue. Il devient alors possible d’envisager la suite, de s’approcher de pistes de solution.

    L’approche collective des cercles restauratifs

    Le recours à un médiateur pour résoudre une tension relationnelle entre deux personnes est un réflexe salutaire et très souvent bienvenu. Néanmoins, lorsque cette tension émerge au sein d’un collectif, elle peut s’avérer insuffisante. La résolution risque parfois de passer à côté des vrais enjeux. L’équipe a joué un rôle dans la situation conflictuelle. Un rôle, au moins passif, dans sa construction. Soit en laissant faire, par la culture du non-dit, soit en l’alimentant par celle du “on dit“. L’approche systémique initiée par la méthode des “cercles restauratifs” est alors pertinente. Elle permet d’approcher la complexité des conflits sans la dénaturer. Cette méthode apporte des clés intéressantes qui donnent sa pleine responsabilité au collectif de travail.

    Une approche systémique qui bouscule nos représentations

    Le cercle restauratif est né dans les favelas de Rio au Brésil sous l’impulsion de Dominic Barter, dans un contexte où la moindre tension peut entraîner des conséquences dramatiques, et parfois engager un cycle de vengeances qu’il est difficile de stopper. Le cercle restauratif a été créé pour enrayer la mécanique du conflit et pour permettre aux communautés impactées de continuer à vivre ensemble. Le point de départ, c’est de s’efforcer de ne plus penser en termes dichotomiques une victime, un coupable. Au sein d’un cercle on va isoler un acte, une personne qui l’a reçu, le receveur, et une personne qui l’a donné, l’auteur. Cette différence sémantique évite les étiquettes négatives qui enferment chacun dans un rôle convenu et sabordent les possibilités de faire naître un dialogue. Le cercle invite à ouvrir un champ d’exploration pour se dire les choses et imaginer des voies compensatrices.

    La connexion au cœur du processus

    Le milieu professionnel est certes bien différent des favelas de Rio. Depuis, l’expérience des cercles restauratifs a essaimé au-delà des frontières du Brésil dans une multitude de contextes, notamment dans les communautés éducatives. L’intention du cercle restauratif c’est de restaurer la relation et de prendre soin des personnes qui traversent un conflit. La connexion est au cœur du processus. La connexion entre les personnes en conflit, la connexion interne pour apaiser les tensions qui s’impriment à l’intérieur de chacun, et enfin, la connexion du système équipe en tant que communauté de travail. Le processus de reconnexion est recherché sur ces trois plans.

    Des étapes structurées et sécurisantes

    • Le cercle offre un contenant sécurisé. Il traverse patiemment trois étapes qui mettent le conflit sur la table et aident à le clarifier. L’expression de tous ceux qui le souhaitent est encouragée et non uniquement les personnes identifiées par le conflit. Ceux qui sont autour des personnes sont invités par les protagonistes. La compréhension mutuelle est visée comme un premier pas. Un pas nécessaire avant d’envisager d’aller plus loin. Le médiateur isole un acte représentatif de la situation de tension. On l’explore sous différents angles, on s’intéresse à la façon dont il est vécu par chacun. Des messages sont adressés précisément. Un travail de reformulation exigeant s’engage pour chasser l’implicite et s’assurer de la qualité de la réception des messages. C’est un travail inconfortable et éprouvant où la tension est palpable.
    • Puis chacun est invité à assumer une part de responsabilité dans la situation. C’est un moment clé, un point de bascule. Lors du dernier cercle que j’ai animé, j’ai ressenti physiquement ce moment. Les poils des avant-bras se dressent, un climat de détente s’installe, comme un relâchement. Le silence auparavant pesant devient serein.
    • Enfin et seulement l’émergence de solutions relationnelles ou techniques est activée. Chacun participe à sa hauteur. Une dynamique de co-construction s’enclenche. Les solutions trouvées deviennent les solutions de l’équipe. Une équipe engagée et garante des accords élaborés.

    Un outil puissant de résolution au sein d’une équipe

    Outil puissant et efficace, le cercle restauratif ne s’improvise pas. Il prend sens au sein d’une même communauté de travail. Sa facilitation est un art subtil qui invite à plonger au cœur des conflits tout en prenant pleinement soin des personnes. Un après-cercle lui succède à quelques semaines de distance pour veiller au respect des accords et engagements pris. Une dernière étape nécessaire pour encourager l’équipe à se débarrasser des mauvaises habitudes et à tracer un nouveau chemin. Son nouveau chemin.

  • Les bases de l’Holacracy : Comprendre les redevabilités

    Lecture : 14 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan : 
    https://blog.holacracy.org/holacracy-basics-understanding-accountabilities-5f14e45fd744

    Les redevabilités sont l’une des trois parties composant un rôle et sont les plus courantes (les autres sont la Raison d’être et le Domaine). Pour couvrir rapidement le terrain, voici ce que vous devez savoir…

    1. Les redevabilités sont des activités permanentes
    2. Les redevabilités sont des allocations d’attention
    3. Votre interprétation a pleine autorité
    4. Les redevabilités n’allouent pas de ressources
    5. Les redevabilités définissent les attentes
    6. Que faire si une redevabilité est manquante ?

    Les redevabilités n’accordent pas d’autorité

    1. Les redevabilités sont des activités permanentes

    La Constitution définit les redevabilités comme les « activités permanentes » d’un rôle, ce qui explique que le premier mot de redevabilité soit toujours un verbe d’action à l’infinitif (par exemple, « Mettre en œuvre… », « Concevoir… », « Exécuter… »). Et cela est vrai quelle que soit l’échelle ou la portée du travail. En ce sens, une redevabilité signifie essentiellement : « Le travail qu’un rôle est censé faire ».

    Voici quelques exemples :

    • Organiser des webinaires
    • Animer les réunions du cercle exigées par la constitution.
    • Élaborer et mettre en œuvre tous les processus nécessaires pour solliciter, évaluer et financer efficacement des projets externes au moyen de subventions.

    Mais il y a un bémol à cela. En effet, même si l’on peut généralement dire qu’une redevabilité correspond au travail effectué par un rôle, cela ne signifie pas que vous le ferez réellement, mais simplement que vous envisagerez régulièrement de le faire. Pourquoi cela ?

    Parce que les redevabilités sont une composante de la gouvernance, et la gouvernance, par définition, consiste simplement à vous donner une carte des attentes, des autorités et des restrictions. Donc, d’une certaine manière, une redevabilité est vraiment…

    2. Des allocations d’attention

    En tant que modalité de gouvernance, la redevabilité signifie que l’on attend de vous que vous consacriez du temps et de l’attention à examiner le travail défini, mais elle laisse ouverte la question de savoir si vous allez effectivement le faire.

    En d’autres termes, elle divise la question « Que dois-je faire ? » en deux questions distinctes :

    Question n° 1 : « À quoi dois-je prêter attention ? »

    Question n°2 : « Parmi les choses auxquelles il m’incombe de prêter attention, que devrais-je faire en ce moment (c’est-à-dire aujourd’hui, cette semaine, cet instant, etc.) ? »

    Examinons chacune de ces questions.

    Question n° 1 : « A quoi dois-je prêter attention ? »

    Les redevabilités indiquent à votre rôle ce à quoi vous devez prêter attention. C’est comme si nous étions tous de garde et qu’une redevabilité disait essentiellement : « Surveillez cette zone » ou « Occupez-vous de cette zone ». Ainsi, une redevabilité pour « Tenir les registres financiers » signifie que ce rôle se préoccupe de tout ce qui a trait à la comptabilité et que les autres, sachant que vous le faites, peuvent plus facilement surveiller leurs zones (par exemple, si je sais que vous surveillez la porte de derrière, je peux être plus présent pour garder la porte d’entrée).

    Les redevabilités sont définies lors des réunions de gouvernance d’un cercle (c’est-à-dire qu’un rôle ne peut pas créer sa propre redevabilité en dehors d’une réunion de gouvernance), ce qui signifie qu’elles proviennent du niveau de l’équipe. Ainsi, au jour le jour, chacun fait ce qu’il pense être le mieux, mais il ne fait pas que cela.

    Chacun utilise également la gouvernance comme un cahier des charges partagé des attentes et des responsabilités. Et il n’y a pas un seul individu qui détermine qui fait quoi – le groupe décide à quoi ressemble le cahier des charges en traitant ses tensions une par une. Ainsi, une fois le cahier des charges défini, chacun peut faire preuve de discernement au jour le jour.

    Question n°2 : « Parmi les choses auxquelles je suis chargé de prêter attention, que dois-je faire maintenant ? »

    Maintenant, après avoir défini les paramètres de notre attention, que faites-vous réellement ? Ah ! Bonne question. Mais, chose intéressante, les redevabilités n’y répondent pas pour vous.

    Ceci est dû au fait qu’il s’agit en fait d’une question de temps disponible, d’énergie, de contexte et de priorité. Et si les leaders de cercles sont responsables de la définition des priorités, les autres activités de vos rôles ne peuvent pas vraiment être définies pour vous.

    Pensez-y comme ceci : on pourrait dire qu’un être humain a des redevabilités comme « manger », « travailler » et « dormir », mais en tant qu’adultes, chacun d’entre nous peut décider lui-même quand et si nous faisons ces activités. Il s’agit plutôt d’une question de temps et de circonstances.

    Donc, une fois que vous avez reçu vos directives du cercle (c’est-à-dire vos responsabilités), ce que vous faites et quand vous le faites réellement est une question à laquelle vous répondez pour vous-même de manière opérationnelle. Vous pouvez le faire parce que…

    3. Votre interprétation a pleine autorité

    Quelle que soit la manière dont une redevabilité est définie, la constitution vous donne toujours la pleine autorité, en tant que leader de rôles, de vous servir de votre interprétation (article 3.4). En fait, laissez-moi le redire…

    VOUS AVEZ TOUTE AUTORITÉ, EN TANT QUE LEADER DE RÔLE, POUR UTILISER VOTRE INTERPRÉTATION AFIN D’ÉNERGISER LES REDEVABILITÉS DE VOTRE RÔLE.

    J’insiste sur ce point parce que chaque fois que nous utilisons le langage, nous avons affaire à des questions d’interprétation. Et il est impossible d’avoir une clarté parfaite.

    Au lieu de cela, avec la gouvernance, nous obtenons suffisamment de clarté pour faire avancer les choses. Et si des conflits d’interprétation surviennent (ils surviendront), Holacracy fournit des voies pour les traiter (c’est-à-dire : demander au Secrétaire une décision temporaire [§3.4.1], et/ou simplement proposer une clarification dans la gouvernance).

    Supposons que vous ayez une redevabilité telle que « Notifier les fournisseurs lorsque les commandes changent ». Cela pourrait signifier que vous prenez deux minutes pour envoyer un e-mail, ou cela pourrait signifier que vous prenez plusieurs mois et dépensez 15 000 € pour développer un système automatisé. Il n’y a pas qu’une seule interprétation.

    C’est pourquoi…

    4. Les redevabilités n’allouent pas de ressources

    Puisque les redevabilités sont ouvertes à l’interprétation de la personne qui assume le rôle, elles n’allouent pas nécessairement une quantité spécifique de temps, d’énergie ou d’argent. Combien de temps vous faudrait-il pour énergiser une responsabilité telle que « Publier un bulletin d’information » ?

    On ne peut pas le savoir. Il n’y a pas de norme objective. Cela peut prendre une heure ou un an. Il est important de comprendre cela, notamment lors des réunions de gouvernance, lorsque des objections du type « Nous n’avons pas le temps de faire cela » sont soulevées. Ce n’est pas une objection valable, car une redevabilité n’affecte pas de ressources.

    C’est juste une allocation d’attention. C’est pourquoi un facilitateur peut demander : « Si le temps et l’argent étaient illimités, aurais-tu encore cette objection ? » En général, la réponse est « Non ».

    Note : Il y a des exceptions où la réponse peut être « Oui ». Par exemple, une redevabilité formulée comme « Nettoyer le bureau tous les jours » ou « S’assurer que tous les documents électroniques sont sauvegardés dans au moins trois endroits différents » pourrait susciter l’objection suivante : « Même avec un temps et des ressources illimités, cela n’aurait toujours pas de sens d’essayer de stocker tous les documents dans trois endroits différents. Et même en sachant que je peux interpréter cela comme je le souhaite, il n’y a pas beaucoup de marge d’interprétation. »

    Pour finir, si vous voulez comprendre comment vous devriez gérer des choses comme les heures de travail plutôt que d’essayer de les intégrer dans les redevabilités, alors lisez cet article : https://blog.holacracy.org/policies-governing-people-in-holacracy-ffeae61828eb

    Suivre est différent de faire

    Il est particulièrement important de se rappeler que « les redevabilités n’allouent pas de ressources » lorsque d’autres personnes se réfèrent à vos redevabilités pour demander des projets (voir le point 5). Par exemple, avez-vous déjà refusé un projet (ou voulu le refuser) parce que vous n’avez pas le temps ? Ou parce que vous avez des choses plus importantes à faire ?

    Encore une fois, il s’agit d’un amalgame de deux questions, que la pratique Holacracy sépare…

    Première question : « Quel travail correspond à mon rôle ? »

    Demandez ensuite : « Parmi tout le travail qui correspond à mon rôle (c’est-à-dire le travail que je suis en train de suivre), qu’est-ce que je devrais faire maintenant (c’est-à-dire aujourd’hui, cette semaine, ce moment, etc.) ? »

    Cela signifie que lorsque quelqu’un demande un projet ou une prochaine-action à votre rôle, la première question que vous posez toujours est : « Est-ce que ce travail correspond à mon rôle ? » (ou « Mon rôle s’en occupe-t-il ? »). Nous voulons simplement savoir où se situe le travail et les redevabilités nous aident à le faire.

    Parce que le fait d’avoir une redevabilité ne signifie pas nécessairement que vous devrez y consacrer un certain niveau objectif de temps, d’argent ou d’énergie. En fait, cela ne signifie pas nécessairement que vous le ferez un jour. N’oubliez pas qu’il s’agit simplement d’une question d’attention. Il faut simplement envisager sérieusement de le faire.

    Imaginez que votre rôle de Designer ait un projet de « conception d’un nouveau logo », mais que plus tard, alors que vous n’avez jamais donné suite au projet de logo, vous appreniez que les clients se sont attachés au logo actuel et qu’il est préférable de le conserver. Allez-vous conserver le projet de logo ? J’espère que non. En résumé, même si vous avez convenu que ce projet correspondait à votre rôle et que vous l’avez suivi sur le tableau des projets du cercle, il ne s’est jamais concrétisé.

    Encore une fois, ce n’est pas parce que vous suivez un projet que vous allez le réaliser. Bien sûr, cela ne signifie pas non plus que vous ne le ferez pas – cela signifie simplement que c’est l’une des nombreuses choses parmi lesquelles vous devrez choisir. Mais si vous ne le notez pas, comment pouvez-vous le classer par ordre de priorité par rapport à tout le reste ?

    Enfin, n’oubliez pas que les redevabilités ne permettent pas d’allouer des ressources (n°4). Ainsi, même si une redevabilité dit « Dépenser de l’argent pour les fêtes », par définition, elle n’accorde pas le pouvoir de le faire – elle définit simplement quel rôle « s’occupe » de cette fonction.

    Note : Le pouvoir de dépenser de l’argent en Holacracy est complexe à expliquer. Pour l’instant, souvenez-vous que le pouvoir de dépenser de l’argent appartient à un cercle et qu’un processus est prévu dans la constitution pour obtenir l’autorisation de dépenser de l’argent.

    N’oubliez pas qu’une redevabilité ne fait qu’allouer de l’attention à des activités continues spécifiquement définies. Et avec cette connaissance en main, nous pouvons auto-organiser et coordonner notre travail, car…

    5. Les redevabilités définissent les attentes

    Les redevabilités sont un moyen de rendre les attentes opérationnelles. Plus précisément, lorsque votre rôle comporte une redevabilité, cela signifie deux choses : 

    1. On attend de vous que vous la dynamisiez de manière proactive.
    2. Les autres peuvent s’attendre à ce que vous acceptiez un travail basé sur cette redevabilité. 

    Encore une fois, examinons chacun de ces éléments indépendamment.

    1. On attend de vous que vous soyez proactif

    Selon la constitution, chaque fois que vous assumez un rôle avec des redevabilités, n’importe quel rôle, vous acceptez de :

    1. Sentir et traiter les tensions que vous percevez en rapport avec ses redevabilités (§1.2.1)
    2. Identifier de manière proactive le travail à accomplir pour exprimer ses redevabilités (§1.2.2)
    3. Définir explicitement au moins une prochaine étape pour tout projet lié à ses redevabilités (§1.2.3).
    4. Suivez vos projets, vos prochaines actions et vos tensions dans une base de données (quelque part en dehors de votre esprit, qu’il s’agisse d’un carnet ou d’un logiciel) (§1.2.4)
    5. Priorisez votre attention pour accomplir les tâches qui apportent le plus de valeur ajoutée à un moment donné, tant que cela est en accord avec les priorités données par la stratégie du cercle ou le leader de cercle (§1.2.5 & §4.1.3).

    Ainsi, chaque fois que vous acceptez de prendre un rôle, vous acceptez également d’être engagé par ces attentes globales (ne vous inquiétez pas de les mémoriser toutes – c’est pourquoi nous les écrivons).

    2. On attend de vous que vous traitiez les demandes de travail

     Désormais, en plus de réfléchir de manière proactive à la manière de dynamiser vos redevabilités, les autres peuvent se référer à vos responsabilités pour vous demander des choses. En ce sens, une redevabilité est presque comme un contrat ou un accord.

    Ainsi, si vous avez une redevabilité de « Développer les sites Web et enregistrer les noms de domaine » et que je vous demande de prendre un projet tel que « Une page d’accueil est créée pour la nouvelle FAQ », je peux m’attendre à ce que vous l’acceptiez.

    Et c’est l’une des façons les plus puissantes dont la pratique de l’Holacracy peut transformer votre façon de travailler. Parce que c’est comme si vous et moi nous étions réunis et avions passé un accord – vous avez dit : « Hé, à l’avenir, si vous avez besoin de moi pour développer un site web ou enregistrer un nom de domaine, faites-le moi savoir car ce sera avec grand plaisir que je le ferai », et j’ai dit : « OK, cool. Tu es génial ! » Donc, quand vient le moment de demander ce site web, je n’ai pas besoin de vous passer de la pommade ou de tourner autour du pot. Je peux simplement vous le demander.

    Pour vous faire une meilleure idée, imaginez que vous êtes serveur dans un restaurant chic et que, lorsque vous demandez la commande d’un client, celui-ci vous dit : « Oh, d’accord… je suis désolé, je ne sais pas si c’est possible… et je ne veux pas vous déranger, c’est juste que j’ai eu une longue journée, et encore une fois, je ne veux pas vous ennuyer ou vous déranger, mais si vous avez le temps… et que ça ne vous dérange pas… est-ce que je pourrais juste prendre un verre d’eau ? ». Vous serez probablement agacé.

    Vous avez déjà accepté d’être un serveur. Ce n’est pas comme si vous leur faisiez une faveur. Vous voulez juste faire votre travail. C’est ce qu’on ressent quand on a déjà passé un accord. On peut tout simplement passer à autre chose. On a déjà accepté de dynamiser nos rôles, alors pourquoi toutes ces belles paroles ? Je veux juste savoir, « De quoi avez-vous besoin ? »

    Et puisque les redevabilités n’allouent pas nécessairement des ressources, et puisque le suivi est différent de l’action, lorsque quelqu’un vous demande un projet, ne vous demandez pas : « Est-ce que je veux le faire ? » ou « Est-ce que j’ai le temps de le faire ? » ou même « Est-ce important de le faire ? ».

    Ce sont des questions importantes. Mais posez-les plus tard.

    D’abord, demandez-vous : « Est-ce que cela correspond aux redevabilités (ou à la raison d’être) de mon rôle ? » Si c’est le cas, mettez-le sur votre liste de projets. Ensuite, déterminez où il se situe dans vos priorités.

    Ou, si vous voulez demander quelque chose à quelqu’un d’autre, demandez-vous : « Qui a déjà accepté de travailler sur ce genre de choses ? » ou « Qui a l’autorité pour prendre cette décision ? » . Et comment connaissez-vous la réponse ? Examinez les redevabilités (ou la raison d’être) du rôle.

    Bien sûr, il est très probable, surtout au début de votre pratique, que vous trouverez des lacunes dans votre gouvernance. Dans ces cas-là, vous devez savoir…

    6. Que faire si une redevabilité est manquante ?

    Par exemple, vous voulez que quelqu’un achète de nouvelles chaises de bureau et le rôle « Mobilier de bureau » vous répond : « Pas dans mes redevabilités ». Ou encore, un client fait une demande spéciale, mais il n’est pas clair de savoir qui a le pouvoir de l’accorder. Ce n’est pas grave. Car les rôles et les redevabilités ne sont toujours qu’un point de départ.

    Par exemple, disons que votre cercle doit passer en revue un grand nombre d’indicateurs complexes et que la gestion des données pendant la réunion prend trop de temps. Quelqu’un doit trouver un logiciel pour résoudre le problème et vous êtes le seul membre de l’équipe à posséder cette expertise.

    À ce stade, la tentation est de demander : « Dois-je le faire ? » ou « Ai-je le temps de le faire ? ». Mais ce ne sont pas les bonnes questions à se poser. Au lieu de cela, rappelez-vous que la première question à poser est : « Qui a DÉJÀ accepté de travailler sur ce genre de choses ? » Qui assume un rôle dont c’est la redevabilité ?

     Est-ce le facilitateur ? Le leader de cercle ? Le secrétaire ? Non, non, non et non. Ah ! Maintenant, avant de passer à la résolution opérationnelle du problème, nous avons appris quelque chose et cela doit être enregistré. Donc, chaque chose en son temps. Vous (ou toute autre personne qui remarque la lacune) enregistrez une tension pour la prochaine réunion de gouvernance et, ce faisant, vous renforcez les capacités de l’organisation. Ainsi, avec un peu de chance, vous n’aurez plus à vous poser la question « qui se préoccupe de ce type de travail ? ». Allez-y !

    Une « Initiative individuelle », c’est quand vous faites des choses en dehors de vos rôles.

     Ceci étant fait, demandez-vous maintenant : « Y a-t-il quelque chose à faire sur le plan opérationnel avant cette réunion de gouvernance ? ». 

     Et si oui, faites-le ! C’est aussi simple que cela. 

     Et comme vous n’agissez pas dans un rôle, vous demanderez simplement au secrétaire de l’enregistrer comme « initiative individuelle » (§4.3), ce qui signifie simplement que le travail est en dehors de vos rôles actuels, mais qu’il s’agit tout de même d’un sujet qui intéresse le cercle ou l’organisation en général.

    Donc, vous venez de faire deux choses. Vous traitez la question à long terme de la clarification de la redevabilité via le processus de gouvernance ET vous traitez également la question opérationnelle à court terme.

    Si vous êtes nouveau dans la pratique de l’Holacracy, comme on vous demande souvent « Dans quel rôle tu t’exprimes ? » « A quel rôle fais-tu cette demande ? », vous pourriez vous demander si vous avez fait quelque chose de mal lorsque vous ne connaissez pas la réponse. Mais ce sont des questions de clarification. Ce ne sont pas des jugements. Ne pas connaître le rôle, ou découvrir une redevabilité manquante, c’est bien. Le plus important est de ne pas s’arrêter là.

     Ainsi, la découverte de lacunes fait couramment partie de la pratique. Et comme tout changement doit être motivé par une tension ressentie (c’est-à-dire qu’il ne peut pas être purement intellectuel), nous ne comblons que les lacunes nécessaires. Il est donc important de se rappeler que…

    7. Les redevabilités n’accordent pas d’autorité

    L’idée reçue la plus courante concernant les redevabilités est qu’elles vous donnent la permission de faire certaines choses. Ce n’est pas le cas. La confusion vient du fait que la permission fonctionne différemment dans la hiérarchie managériale conventionnelle et dans les règles d’Holacracy.

    L’hypothèse par défaut des organisations conventionnelles est la suivante : « Toute action est interdite à moins d’être explicitement autorisée par l’autorité légitime », alors que l’approche de l’Holacracy est la suivante : « Toute action est permise à moins d’être explicitement interdite par l’autorité légitime ».

    En gardant cela à l’esprit, il est facile de comprendre pourquoi quelqu’un supposerait qu’il a besoin d’une redevabilité pour « Attribuer des salles de conférence sur demande », afin de le faire (ou d’empêcher les autres de le faire). Mais en fait, si vous voulez empêcher les autres de faire quelque chose, vous aurez besoin d’une politique, et si vous voulez donner à un rôle un contrôle exclusif sur quelque chose, vous aurez besoin d’un domaine.

    Sans politique ni domaine, techniquement parlant, n’importe qui peut attribuer des salles de conférence. Mais est-ce un problème ?

    Peut-être pas. Si vous êtes la seule personne à disposer d’un accès administrateur au système de réservation des salles, même si, techniquement, les règles l’autorisent, cela n’a pas d’importance. En réalité, personne d’autre ne peut le faire.

    C’est pourquoi il est important de se rappeler que les redevabilités doivent toujours être « fondées sur les tensions ». Si vous considérez déjà que quelque chose comme « Attribuer des salles de conférence sur demande » fait partie de la raison d’être de votre rôle, alors vous n’avez pas besoin d’une redevabilité pour le faire.

    Exemples

    Les symptômes de cette idée reçue sont assez évidents. Comme le fait d’avoir des rôles avec de longues listes de redevabilités très détaillées. Cela se produit souvent parce que l’on suppose que les redevabilités doivent spécifier tout ce que le rôle peut avoir à faire. Mais là encore, ce n’est pas comme ça qu’un rôle fonctionne en Holacracy.

    Cette confusion se produit parfois parce que lorsque nous disons familièrement qu’un rôle « s’occupe de … » ou que les praticiens devraient « s’approprier leurs rôles », cela peut donner l’impression qu’une redevabilité est « un travail que vous vous appropriez exclusivement ». Mais dans l’Holacracy, rappelez-vous que l’exclusivité du contrôle est définie à l’aide de domaines – nous disons « s’approprier son rôle », comme une simplification pratique de l’attente d’être proactif, décrite au point 5.

    Un autre exemple courant est celui d’une personne qui propose constamment d’ajouter de nouvelles redevabilités à son propre rôle. Comme s’il s’agissait de communiquer aux autres : « Reculez ! Ce sont mes affaires ! » Dans ce cas, prenons l’exemple de quelqu’un d’autre qui fait quelque chose dont vous êtes normalement redevable.

    Disons que vous êtes redevable de « vider les poubelles » et que Clément décide un jour d’aller les vider (Clément est bizarre comme ça). Maintenant, votre premier réflexe pourrait être de vous offenser. Après tout, il dit en substance que vous ne faites pas votre travail, n’est-ce pas !?

    Eh bien, en fait, probablement pas. Clément ressent une tension et il prend des mesures pour la résoudre. Et c’est tout. En fait, il aide votre rôle à remplir son objectif. Même s’il sait que votre rôle est redevable, il pense qu’il est plus logique de le faire lui-même.

    Nous ne voulons donc pas empêcher quelqu’un de prendre soin de lui-même. Si votre service commercial a besoin d’une brochure personnalisée pour un nouveau client potentiel, mais que le service marketing est redevable de la « conception des brochures de vente », cela ne devrait pas vous empêcher de la créer vous-même.

    Si vous voulez et pouvez le faire vous-même, la seule question à poser est la suivante : « Y a-t-il un domaine ou une politique qui m’empêche de le faire ? ». Si ce n’est pas le cas, lancez-vous ! Et au lieu de supposer le pire, faites confiance aux autres pour traiter leur tension au cas où votre action en créerait une.

    Conclusion

    Les redevabilités sont des choses très différentes. Elles sont « le travail que fait un rôle », « les activités en cours », « les allocations d’attention » et « les attentes définies ». Elles sont comme une carte partagée des attentes et des responsabilités, définies au niveau du cercle (c’est-à-dire de l’équipe), mais toujours ouvertes à l’interprétation et à la pratique individuelles.

  • Trajectoires Tourisme : un collectif de professionnels du tourisme clarifie sa gouvernance !

    Lecture : 5 minutes

    Trajectoires Tourisme est l’organisme de formation pour les professionnels du tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes. Les structures membres proposent un catalogue de formation riche et varié aux acteurs touristiques de la région. Mais qui dit plusieurs structures dit création d’une gouvernance commune.

    Le collectif est composé des Fédérations et Unions Départementales des Offices de Tourisme de l’Isère, de la Loire et de la Savoie, des Agences de Développement Touristique de l’Ardèche et de la Drôme et d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.

    “Notre spécificité c’est que nous sommes un collectif de 6 structures institutionnelles qui devons collaborer au quotidien pour déployer un projet. Mais il n’y a pas de relation hiérarchique entre nous et les structures ont des tailles, des moyens financiers et humains très différents”

    précise Stéphane Orsini, initiatrice de la démarche et responsable du Pôle Professionnalisation au sein d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.

    En 2020, les 6 structures du collectif ont souhaité travailler sur leur gouvernance pour :

    • Clarifier le qui fait quoi et les engagements de chacun
    • Redéfinir le modèle de répartition économique
    • Définir une charte de fonctionnement

    Nous (Sémawé et Ivolve) avons accompagné le collectif avec les principes d’Holacracy, sans pour autant aller vers une adoption complète.

    1. Une gouvernance clarifiée

    Encoder les rôles

    L’accompagnement a débuté avec “l’encodage” des rôles. C’est-à-dire que l’on a commencé par décrire l’existant. Chacun et chacune essaie de décrire ce qu’il ou elle fait au quotidien. Ce travail permet de :

    • Mettre des mots sur les rôles de chacun au quotidien.
    • Rendre visible les tâches invisibles, pour soi-même et pour les autres.
    • Détecter les tâches faites en double.
    • Détecter là où il y a des manques, c’est-à-dire des tâches qui devraient être réalisées mais qui ne sont attribuées à personne.

    Plusieurs séances ont été nécessaires pour avoir une photographie de l’organisation interne du collectif.

    Clarifier les règles de fonctionnement

    Pour fonctionner le collectif a besoin de règles de fonctionnement pour définir notamment :

    • Les critères d’entrée et de sortie du collectif
    • Les processus de prise de décision

    Le collectif a donc écrit une charte en s’appuyant sur la Constitution Holacracy. Le document précise :

    • La Raison d’être du Collectif
    • Sa structure organisationnelle
    • Qui est la structure d’autorité dans le collectif
    • Le mode de coordination en interne
    • Les rôles obligatoires pour faire partie du collectif
    • Les engagements humains et financiers
    • Le processus d’exclusion du collectif
    • Le processus de décision pour la mise à jour des rôles

    2. Le modèle de rétribution économique

    Concernant le modèle de rétribution de chacune des 6 structures, nous avons conçu un outil sur-mesure. Là aussi c’est par itérations et échanges avec le collectif qu’a émergé l’idée d’une “clé de rétribution.”

    Une application pour répartir la valeur dans un collectif

    Le collectif disposait déjà d’un modèle de répartition économique mais avec lequel il était en tension. Le modèle reposait sur un critère unique de répartition de la valeur par nombre de stagiaires accueillis par chaque structure. Ce système valorisait les territoires avec une grande force de vente et ne prenait pas en compte l’énergie mise dans des rôles supports par exemple.

    “Nous avions besoin d’imaginer un nouveau modèle de rétribution qui réponde aux besoins des différentes structures pour une plus juste répartition des coûts et de la valeur”, souligne Stéphane Orsini.

    Une clé de rétribution à 3 critères

    Pour valoriser l’ensemble des actions menées par les membres, le collectif a identifié 3 critères :

    • La rémunération par rôle, pour rendre compte de l’énergie mise au service du collectif.
    • La répartition par heure de formations organisées sur chaque territoire, pour valoriser les activités d’organisation de sessions et d’accueil des stagiaires.
    • La répartition par chiffre d’affaires généré par les professionnels issus de son territoire, pour valoriser la force de vente et encourager les structures à commercialiser l’ensemble de l’offre de Trajectoires Tourisme.

    Pour Stéphane Orsini :

    “l’articulation autour des 3 critères de répartition permet de valoriser différentes formes d’engagement à la hauteur de ce que chaque structure peut apporter. Il n’y a pas de hiérarchisation des critères car tous contribuent à la réussite du projet.”

    Au-delà du gain de clarté sur la répartition financière, l’application génère des comportements tournés vers la réussite du collectif. Elle :

    • Soutient l’énergie donnée dans le groupe.
    • Encourage les membres à organiser des formations sur leur territoire.
    • Valorise les actions menées pour générer du chiffre d’affaires.
    • Favorise la coopération entre les territoires.

    Le multi-critère laisse à chaque structure le choix de s’investir sur le critère qui lui correspond le plus. Cet espace de choix favorise l’implication des membres car chacun choisit sa forme de contribution. Le modèle rassemble les différentes énergies pour les mettre au service du collectif.

    Dans cet exemple, la clé de répartition se fait entre différentes structures membres d’un même collectif. Nous pouvons donc imaginer le même système au sein d’une seule entreprise organisée en différents pôles qui doivent chacun obtenir un budget et sont chacun tenus de contribuer à la réussite de l’organisation.

    Imagination, confrontation, ajustement

    Comment s’est déroulé cet accompagnement ?

    Par un travail collectif, créatif et itératif. Que ce soit pour les rôles ou la clé de rétribution, nous avons avancé pas à pas avec le collectif. À partir de la matière première apportée par le groupe nous avons avancé par propositions, tests et ajustements.

    “Ce que j’ai aimé, c’est l’ensemble des outils apportés qui ont permis de travailler la responsabilisation de chacun et notre manière de coopérer. J’ai apprécié que l’équipe soit à l’écoute de nos besoins et s’adapte avec agilité au fil de l’eau.”

    Selon Stéphane Orsini, l’accompagnement mené a permis :

    “D’avoir des règles communes et explicites et qui nous aident à évoluer dans un environnement complexe. J’observe un engagement plus fort des différentes personnes grâce à la clarification des rôles et des attentes.”

    Et demain ?

    “Notre nouveau modèle a permis à de nouvelles structures de rejoindre le collectif. Il est structuré et concret, il rassure et donne envie à nos futurs partenaires. En interne, j’ai une attention à accompagner chaque acteur dans son appropriation du fonctionnement.”

    En tant qu’accompagnants, il y a quelque chose de magique dans l’énergie de créativité et dans le fait d’aboutir à un outil spécifique et adapté au groupe accompagné. Nous continuons notre recherche-action sur la répartition de la valeur économique. Nous sommes nous-mêmes en train d’expérimenter une clé collective de répartition salariale … la suite au prochain épisode !

  • Les bases d’Holacracy : comprendre les objections (Chris Cowan)

    Lecture : 5 minutes

    Article traduit de Chris Cowan par Juliette Brunerie : https://blog.holacracy.org/holacracy-basics-understanding-objections-d87b579d00d1

    Certains aspects de la pratique d’Holacracy demandent plus d’attention, notamment les objections et le test des objections qui nécessitent du temps pour les comprendre réellement. Rien ne vaut l’expérience. Nous espérons que ces quelques exemples et métaphores vous aideront à mieux vivre cette expérimentation.

    Note : considérez cet article comme une 1ère approche du sujet de l’objection. Si vous recherchez des apports plus avancés, voici l’article en anglais : “Une meilleure façon de tester les objections”

    Qu’est-ce que la gouvernance ?

    Pour comprendre ce que sont les objections, il est important de commencer par appréhender quel genre de décisions peuvent être prises dans une réunion de gouvernance en Holacracy. La gouvernance est représentée comme une carte unique des attentes récurrentes, restrictions et domaines d’autorité de l’organisation. Une sorte de carte routière.

    Ce qui signifie qu’une proposition est une suggestion pour mettre à jour cette carte. Lorsqu’une personne lève une objection en réunion de gouvernance, elle dit “Je pense que faire cette modification serait néfaste pour la carte de notre organisation”.
    A chaque objection, chacun se demande “Comment peut-on abîmer une carte ?” Et bien, si vous la rendez inexacte, confusante ou pas claire.

    Lorsque quelqu’un objecte une proposition en disant “Nous n’avons pas le temps de faire cela”, un des membres peut demander “Une carte alloue-t-elle des ressources de temps” ? La réponse est “non”. Une carte des USA ne détermine en rien comment s’y prendre pour se rendre de New York en Virginie, ou les ressources nécessaires pour un voyageur pour faire son trajet. La carte ne fait que montrer des chemins possibles.

    De la même façon, la gouvernance d’une organisation n’est qu’une carte qui explique où peuvent être adressées les demandes. Voilà pourquoi on ne prend jamais de décision opérationnelle en réunion de gouvernance. L’unique fonction de la gouvernance est de mettre à jour la carte de l’organisation pour pouvoir agir toujours plus rapidement chaque jour.

    C’est aussi pour cela que les réunions opérationnelles servent à travailler “dans l’organisation” et la gouvernance à travailler “sur l’organisation”. Pour la plupart des gens, cette distinction n’est pas intuitive, elle est pourtant importante à saisir si vous souhaitez comprendre le principe de l’objection.

    Qu’est-ce qu’une objection?

    En Holacracy, une objection est une raison logique qui prouve que la proposition cause du tort. Dans ce contexte une raison est un argument qui peut être évalué logiquement sans nécessiter une observation ou expérience concrète. . Par exemple, l’argument “J’ai faim, j’ai donc besoin de manger” est logiquement cohérent même si vous n’avez aucune idée de si j’ai vraiment faim (vs une raison telle que “J’ai faim donc j’ai besoin de nouvelles chaussures”).

    Une raison connecte simplement les points entre une cause et son effet. C’est ce que l’ont entend lorsqu’on dit que le Facilitateur “ne juge pas” les arguments. Le facilitateur ne juge pas si la raison correspond à la réalité, mais bien si la raison telle que présentée paraît saine (i.e que le facilitateur ne juge pas l’argument raisonnable, mais seulement si cela paraît raisonné).

    Un facilitateur ne peut jamais vraiment être sûr si une objection est valide ou non. Il peut seulement tester comment les choses sont exprimées. Il ne teste pas le tort causé mais si l’objecteur croit qu’un tort va être causé. Je mets cela en lumière car il est important de se rappeler qu’in fine, la clarté de l’objection est déterminée par la capacité de l’objecteur à exprimer sa tension (même si parfois on aimerait que les autres lisent dans nos pensées!)

    Techniquement parlant, n’importe quel argument donné par un objecteur est par définition une objection. Cependant, une objection valide doit exprimer comment la proposition (critère 2) va nécessairement créer (critère 3) du tort (critère 1) à l’un des rôles énergisé par l’objecteur (critère 4). (Les 4 critères sont présents dans le processus de test des objections)

    Qu’est-ce qu’un tort ?

    Bien que chaque critère de la constitution de l’Holacracy mentionnés ci-dessus offrent une vraie distinction et méritent sa propre analyse, pour ce récapitulatif, je ne vais me concentrer que sur le 1er critère qui dit :

    Si les tensions restaient non traitées, la capacité du cercle à exprimer sa raison d’être ou à mettre en œuvre ses redevabilités serait dégradée. Donc, la tension n’est pas juste déclenchée par une meilleure idée ou une potentielle future amélioration mais bien parce que la proposition ferait reculer le cercle dans sa capacité actuelle. Avec l’intention de ce critère, “réduire la clarté” est considéré comme une dégradation de la capacité du cercle, alors que “échouer à clarifier” ne l’est pas. Cela veut dire que bien souvent, la majorité des objections, telles que présentées par l’objecteur ne sont pas des raisons pour lesquelles la carte se dégraderait. La meilleure façon de comprendre est de regarder des exemples concrets et essayer de détecter ce qui ne fonctionne pas avant de lire mon analyse.

    *Attention : Lever une objection non valide n’est jamais une mauvaise chose. Cette information est pour illustrer le propos. Une personne pratiquant Holacracy ne devrait jamais ressentir de pression pour amener une objection valide. N’utilisez jamais les informations qui suivent pour pré-filtrer votre objection. Tout comme une proposition, toute information peut être le point de départ d’une objection.

    “Nous devons ajouter X à cela….” ou “Cela appartient au rôle Finance”

    Il n’y a que des solutions, pas de problèmes. Rappelez vous qu’une objection doit décrire un tort. Quand cela se présente lorsque je facilite, je dis généralement “Cela semble être une super solution, mais à quel problème ?” J’ai besoin de savoir “Quel est le problème si nous n’appliquons pas ce que tu proposes ?”

    “Je n’aime juste pas cette proposition,” ou “Je ne suis pas d’accord avec la proposition.”

    Il n’y a rien de mal à avoir un avis marqué mais nous ne cherchons pas l’accord de tous (ie un consensus). Quand vous déjeunez avec vos collaborateurs, vous n’avez pas besoin de recueillir l’accord de chacun pour décider de ce que vous allez commander à manger pour vous-même. De la même façon, une proposition est une solution que vous commandez pour résoudre votre propre tension. Que se passe-t-il si vous voulez un sandwich au thon mais la personne à côté de vous ne peut pas supporter l’odeur du thon ? Dans ce cas votre commande va l’impacter (serait donc une objection valide)

    “Nous n’en avons pas besoin », ou « Cela ne résout rien »

    Ces déclarations décrivent la neutralité, pas le préjudice. En ce qui concerne une réunion de gouvernance, une absence d’amélioration de la carte est parfaitement acceptable. Les objections sont des raisons pour lesquelles la proposition rendrait la carte pire qu’elle ne l’était avant le début de la réunion.

    “Oui cela va causer du tort”

    Il est évident que cette réponse ne nous renseigne en rien, mais c’est pourtant très commun, lorsqu’un facilitateur un peu stressé, a raté le tort initialement décrit par l’objecteur et a tendance a demander mécaniquement “Est-ce que cela va causer du tort ou est-ce inutile ou incomplet ?”. L’objecteur ayant déjà décrit le tort a tendance à répondre à cette question bizarre un effrayant “Oui, du tort”. Sans tenir compte de pourquoi cela se produit, le facilitateur a besoin de clarifier cette objection “Quel tort vois-tu ?” “J’ai dû le rater, quel est le tort causé déjà ?”

    “Ce n’est pas le vrai sujet”

    Il est possible qu’il y ait un ou plusieurs autres sujets importants à discuter, mais cela n’est pas notre préoccupation pendant le tour d’objection. Nous travaillons une proposition à la fois à l’exclusion de tous les autres sujets, sachant que l’objecteur peut simplement ajouter un point à l’ordre du jour pour qu’on s’en occupe. Imaginez un chirurgien en pleine intervention. Il réalise qu’il a oublié de fermer la porte de son garage. Il est important de s’en occuper, mais plus tard. Dans les réunions conventionnelles, l’ordre du jour est souvent composé de sujets à discuter par le groupe, plutôt que des tensions à traiter individuellement, c’est donc un malentendu commun. Amenez simplement un nouveau point à l’agenda, il sera traité ensuite comme les autres !

    La gouvernance est comme une carte. Les objections sont des raisons logiques à exprimer. Une objection valide doit décrire le tort causé !

  • Interview de Fabio Monte, leader de QoQa : Holacracy avec une équipe de 180 personnes, un challenge ambitieux

    Lecture : 6 minutes

    Interview de Fabio Monte, leader de QoQa

    QoQa est l’un des plus gros acteurs du marché suisse de l’e-commerce. L’idée de cette plateforme est lancée en 2005 par Pascal Meyer, son fondateur. Le concept est simple : Des produits triés sur le volet disponibles durant seulement 24 heures à prix cassé et avec un stock limité. Aujourd’hui ce sont plus de 900 000 suisses qui achètent de façon régulière sur la plateforme communautaire de vente en ligne. En 15 ans, QoQa a grandi et accueille aujourd’hui 180 salariés. Rencontre avec l’un de ces leaders !

    Comment avez-vous pris la décision d’embarquer en Holacracy ?

    Ça a été un mix de 2 choses, on l’a découvert au contact de notre agence Liip qui était passionnée d’Holacracy et par l’impulsion de personnes internes comme Joann (leader du cercle chargé du développement web). On était intrigués, et nous avons donc commencé à nous renseigner. Mais ce qui nous a motivé à passer le cap, c’est qu’on n’avait pas véritablement de gouvernance et l’équipe venait de passer le cap des 100 personnes. Il y avait par conséquent en interne des problématiques pour identifier les rôles et missions de tout le monde. On voulait également rester agile avec la méthode scrum, rester dans cette mouvance… Ce qui nous semblait possible avec l’Holacracy.

    Quelles ont été les bonnes surprises dans votre adoption d’Holacracy ?

    La bonne surprise, c’est définitivement la rapidité d’intégration de la méthode par les 180 collaborateurs (oui, on a grandi très vite entre-temps !). Pour moi, le choix était évident après plus de 2 ans de recherche et de formation. Mais tout le monde n’avait pas eu la chance de passer autant d’heures sur ce sujet. J’ai trouvé donc assez agréable de voir la rapidité avec laquelle les gens ont dit “ok, on suit”, sans connaître forcément les conséquences et la suite. Dans notre entourage, nous avons aussi eu des remarques un peu perplexes, les gens peuvent avoir des réserves sur le fait de tout mettre à plat, avec beaucoup de transparence. Et il ne faut pas oublier les craintes de certains “leaders” qui pourraient craindre la perte du pouvoir. Mais je pense aujourd’hui que les gens ont saisi le plus important : le pouvoir ne disparaît pas, il est simplement plus global, et à la portée de tout le monde.

    Qu’avez-vous mis en place en interne pour garantir le succès de cette transformation ?

    Évidemment, le Covid n’a pas aidé : on est tous à distance depuis tellement longtemps… Il y a beaucoup de personnes déjà formées, et cela continue actuellement. C’est un investissement important. Plus il y a de personnes qui comprennent les subtilités d’Holacracy, plus ce sont des gens qui vont porter et ne pas lâcher face aux premières difficultés. La supervision des séances par les coachs d’Ivolve et Sémawé nous permet aussi d’avoir une vue d’ensemble et de mettre l’accent là où les cercles coincent. Avoir ce regard extérieur et pouvoir faire des time out permet de répondre à des questions et surtout des questions individuelles. Il s’agit de trouver comment l’outil peut nous aider à résoudre nos problèmes. La théorie paraît facile, mais c’est toujours autre chose d’être confronté à un bloquant dans la pratique.

    Vous avez créé un cercle dédié à la montée en compétence en Holacracy. Peux-tu nous en dire plus sur ce cercle ?

    On a créé le cercle QoQa Academy d’abord pour identifier le porteur de la transformation. Il est leadé par Christos, qui a coordonné depuis le début ce projet que ce soit dans la recherche du partenaire ou la mise en place des formations de l’équipe. L’avantage c’est que tout le monde chez QoQa saura que lorsqu’il y a un besoin de coaching ou de supervision car il y a un sujet chaud, il sera possible de se référer à ce cercle pour avoir des réponses. C’est aussi ce cercle qui fait le lien avec les coachs externes d’Ivolve et Semawe. Cela crée un filtre et évite que tout le monde contacte nos coachs externes. Les coachs internes peuvent aussi voir s’il est nécessaire d’impliquer un coach externe ou pas.

    Quelles sont les particularités identitaires de QoQa qui vous rendent compatibles avec Holacracy ?

    J’ai écrit un jour dans une de nos présentations “Chacun fait ce en quoi il est bon”. Nous avons longtemps eu une culture qui consistait à laisser les gens s’annoncer spontanément pour faire autre chose que leur compétence première. Pour Holacracy, Christos s’est par exemple proposé et à la base il est développeur. Le fait que les gens osent proposer et travailler sur des choses sur lesquelles ils sont bons et sortent de leur périmètre initial nous rend particulièrement compatibles. Chez QoQa les gens s’expriment librement. Dans l’ensemble les gens sont bienveillants, s’expriment et proposent des choses. Avec Holacracy aujourd’hui ils peuvent aller plus loin que la critique et proposer.

    Quel est le prochain challenge dans votre pratique d’Holacracy ?

    Il y a beaucoup de travail, j’ai peur que l’organisation comme on la dessine ne se mette pas à jour aussi vite que le reste, qu’on oublie Holacracy et retombe dans notre tendance à revenir comme avant où on bossait avec le fameux “bon sens”. Je le vois à des réflexes comme “On le mettra après dans notre gouvernance” ou dans le fait qu’on utilise pas toujours les formats proposés par Holacracy de réunion tactique ou de gouvernance.

    Tout le monde peut remettre en question la gouvernance mais certains pensent encore qu’ils n’ont pas la possibilité de changer, de prendre le lead pour proposer un changement. On a vu 2 ou 3 fois des frustrations de certains qui disent “Mais je ne peux pas faire de changement”, qui ont des besoins de revoir une organisation par exemple. J’ai vu quelquefois, des personnes qui n’étaient pas claires sur un rôle et n’ont pas osé le dire. Elles attendent encore que les leaders qui étaient anciennement responsables de tout, le fassent pour elles. Il y a un besoin d’apprivoiser mieux la gouvernance pour tous les rôles du cercle et que chacun se dise : “J’ai une problématique, j’essaye de la poser en gouvernance, peut-être que ça ne donnera rien mais au moins le sujet est posé”.

    Observes-tu des changements dans ton équipe ?

    Pour moi, il y a eu un grand changement quand je suis devenu leader du cercle QoQa. Pascal, le fondateur et “loutre in chief” historique est toujours évidemment très présent. Ça a permis de clarifier et mieux définir nos périmètres respectifs. Cela met plus de clarté pour le reste de l’équipe aussi. Ça améliore le fonctionnement car il garde le projet sur l’ADN de QoQa. Il a aussi le rôle d’agitateur, qui s’occupe de secouer le bananier. L’avantage c’est que quand il y a besoin de disrupter je discute beaucoup avec Pascal et quand il faut mettre en place les choses avec l’équipe, c’est moi qui prends le lead.

    Concernant le reste de l’équipe, toutes les personnes qui ont des responsabilités ont été officialisées avec le rôle de leader de leur cercle. Ça leur permet de pouvoir assumer et de prendre leur responsabilité. Avant on disait qu’ils étaient responsables de pôle mais on ne savait pas trop ce que cela voulait dire. J’ai vu un changement de posture de beaucoup de gens. C’est clair que ça met en danger parfois, et en même temps pour ceux qui le prennent et qui avancent c’est une opportunité pour qu’ils puissent s’exprimer et revendiquer un peu leur légitimité :

    “Je suis responsable de ce rôle, si vous prenez cette décision, cela doit m’appartenir, car je suis responsable de cette partie du projet”

    Y a-t-il des choses que tu trouves plus sensibles dans l’adoption ?

    La partie RH est plus délicate, même si Holacracy définit des rôles, il y a toujours un lien crucial avec les ressources humaines. Des questions réflexes émergent comme “C’est quoi mon titre officiel ?”, “Qu’est-ce que je mets sur linkedin ? “, “Est-ce que je mets tous mes rôles ?”. Je pense qu’il faut apprendre à jongler avec les deux mondes. Il y a aussi la suite avec notre review annuelle, sans oublier les réalités économiques avec la question des salaires, une réalité en termes d’identité vers l’extérieur. L’autre élément délicat, c’est notre travail actuel sur la vision. Même si tout peut être remodelé, revu, challengé avec Holacracy, comme toute organisation, on a besoin de définir une vision. On a cet enjeu de pousser tout le monde à travailler là-dessus et de s’engager à «Où je veux arriver”. C’est vrai qu’il y a chez QoQa beaucoup de leaders qui le sont aujourd’hui car ils le méritent mais qui n’ont pas l’habitude d’être leader et de déterminer une vision, une ambition. Ce travail de coaching plus classique dans l’entreprise est à hybrider avec notre système de gouvernance en Holacracy.

    Une chose à ajouter ?

    J’ai envie de partager quelques secrets pour les personnes ou entreprises qui veulent se lancer dans Holacracy : je pense qu’il faut une communication interne rapide, intégrer tout le monde dans la réflexion dès le début et donner rapidement un avant-goût avec des exemples concrets pour qu’ils comprennent la démarche. Chez QoQa, on a ainsi mis en place des ateliers en amont de la décision pour que les gens comprennent le potentiel du virage. Et – évidemment – le choix du partenaire est très important. Un coach ne doit pas seulement outiller en donnant les clés d’Holacracy, il doit aussi voir les particularités de l’organisation. Holacracy ne fait pas seulement travailler sur la gouvernance mais sur la manière avec laquelle tu travailles individuellement, et avec les autres. C’est un voyage dont l’on ressort grandi, quelle qu’en soit l’issue!

  • La spirale dynamique du point de vue des principes source de Peter Koenig

    Lecture : 10 minutes

    J’ai choisi de traduire en français cet article de Tom Nixon, car il propose une bonne entrée en matière sur les principes Source dans une organisation avec la lecture de la Spirale Dynamique. La Source offre une belle vision pour alimenter un travail sur l’explicitation des rôles de Leader, et le modèle de la Spirale Dynamique permet de mieux comprendre comment les principes Source peuvent s’exprimer en fonction des valeurs dominantes dans une organisation.

    Les principes de la Source de Peter Koenig et la Spirale Dynamique sont tous deux incroyablement utiles pour comprendre les dynamiques entre les individus, et au sein des organisations.

    J’ai constaté que les personnes dont l’état d’esprit autour des organisations et du travail est dominant dans un MÊME particulier de la Spirale Dynamique rejettent parfois d’emblée la Source parce qu’elles pensent qu’elle entre en conflit avec leurs modèles mentaux sur les personnes et les organisations. D’autres embrassent la Source, mais pour de mauvaises raisons, car elle peut alimenter les côtés sombres d’un MÊME aussi bien que ses côtés positifs.

    Cependant, lorsque la Source est correctement comprise, je pense qu’il est clair que c’est un concept très compatible avec le modèle de la Spirale Dynamique et qu’elle fournit une vision très utile pour étudier les initiatives humaines. Les principes de la Source sont universels, et actifs dans les initiatives humaines à tous les niveaux de la spirale. Ils aident à expliquer pourquoi les initiatives réussissent ou échouent parfois à chaque niveau, et nous donnent des indices sur la façon dont nous pouvons créer des entreprises toujours plus fructueuses à mesure que la conscience humaine devient plus complexe.

    Bien que je travaille avec le principe Source depuis un certain temps, je ne prétends pas être un expert en matière de spirale dynamique et je serais heureux de recevoir des commentaires d’autres personnes pour améliorer cet article.

    Ce qui suit est un guide sur le fonctionnement des initiatives du point de vue des principes Source et de la Spirale Dynamique, en commençant par le niveau Rouge.

    Rouge

    Les individus prennent l’initiative et se lancent dans de nouvelles entreprises avec une vision et une passion souvent ancrées dans le pouvoir et la domination. La source s’appuie sur la peur, la coercition et la force pour obtenir l’« aide » des autres, qui s’impliquent parce que la peur de ne pas se conformer est plus grande que la peur de s’impliquer. Les sous-sources ont parfois l’impression de ne pas avoir le choix.

    Pensez aux marins que l’on force à se joindre à un voyage sur un navire. Pris de force et menacés de 50 coups de fouet s’ils ne suivent pas les ordres. Parfois, le « pistolet sur la tempe » peut être très réel, comme des soldats recrutés dans une milice. Les sous-sources peuvent également s’engager pour satisfaire un besoin d’aventure, de rébellion ou de vengeance contre un autre groupe.

    La source est une idée très naturelle pour les leaders des organisations Rouges. Ils comprennent le pouvoir des individus qui prennent l’initiative et font travailler les autres pour eux. De nouvelles terres peuvent être découvertes (et conquises) et de grands monuments érigés sous la direction d’une source. Cependant, la domination de la peur et le recours à la force peuvent rendre les initiatives des Rouges très instables. La source est susceptible d’être renversée si elle ne parvient pas à maintenir une peur ou une force suffisante pour assurer le respect des règles. Un soulèvement populaire peut se produire lorsque la souffrance au sein de l’initiative devient si grande qu’il vaut la peine de prendre le risque de contrer la force par la force. L’initiative prend fin, peut-être même avec le meurtre de la source.

    La vie est un peu meilleure pour les lieutenants de sous-source les plus proches de la source. Ils sont récompensés pour avoir aidé la source à conserver le pouvoir et beaucoup vont créer des sous-initiatives, canalisant le pouvoir de la source dans leurs propres initiatives. Cela permet de satisfaire les besoins des sources Rouges en sous-sources, mais les récompenses doivent aussi revenir à la source, sinon… Une sous-source puissante peut aussi être une grande menace pour la source. Elle peut mener les autres dans une mutinerie ou défier la source en face à face avec des menaces ou de la violence, comme des mâles alpha en compétition dans un groupe de primates ou une meute de loups.

    Bleu

    Dans de nombreuses cultures à dominante Bleue, Dieu est considéré comme la source ultime de tous les efforts humains. Les initiatives humaines sont considérées comme des sous-initiatives d’un plan directeur, visant à respecter et à suivre les ordres de l’autorité supérieure et à promouvoir une position particulière sur le bien et le mal. Il existe des règles et des règlements stricts qui donnent aux gens des lois et des codes de conduite auxquels il faut obéir en toutes circonstances. Les textes sacrés fournissent des conseils, rassurent et menacent.

    Contrairement à ce qui se passe en Rouge, la force n’est pas toujours nécessaire pour se conformer en Bleu. Les lois du niveau Bleu précisent les attentes. Si vous suivez les règles, tout ira bien. La rébellion est également beaucoup plus rare. La menace ou les récompenses possibles de la part du pouvoir le plus élevé (« Vous irez en enfer/au paradis ») suffisent à garder les gens dans le rang la plupart du temps.

    Le niveau Bleu peut créer des initiatives très stables – comme l’église catholique – qui durent des siècles, avec une source clairement transmise d’un individu à l’autre, souvent avec une cérémonie très publique.

    La prise d’initiative en Bleu est encouragée, à condition que vous travailliez pour la plus haute autorité ou Dieu – le « plus grand bien » – et que vous suiviez toutes les règles. Les initiatives qui ne font que satisfaire les besoins d’un individu sont mal vues et il y a peu d’innovation puisque les règles sont fixes et que le bien et le mal sont absolus. Cela peut créer une répression de l’individu qui peut étouffer la créativité, l’innovation et l’épanouissement.

    Orange

    Avec le niveau Orange, la spirale revient à une perspective individualiste, mais contrairement aux besoins purement primaires du rouge, l’Orange recherche l’amélioration de soi, la réussite et l’autonomie.

    Les initiatives sont lancées par toute personne qui a une vision pour satisfaire ses propres besoins, et des sous-sources peuvent être recrutées avec des promesses de récompenses pour satisfaire les leurs.

    L’argent est un puissant pouvoir pour les besoins dans le niveau Orange. Les sources développent des entreprises pour gagner de l’argent en espérant que cela permettra de satisfaire leurs besoins sous-jacents. Les sous-sources peuvent être achetées avec de l’argent pour exactement la même raison.

    Comme en Bleu, les organisations en Orange sont très hiérarchisées. La stratégie et les instructions sont transmises de haut en bas. Il s’agit d’un système très puissant pour une source entrepreneuriale qui souhaite réaliser sa vision.

    L’organisation Orange est très innovante, elle cherche de nouvelles et meilleures façons de faire les choses. La rationalité et l’expérimentation prennent le pas sur le dogme du niveau Bleu. Grâce aux essais, aux erreurs et au travail acharné, l’Orange peut satisfaire les besoins individuels à une échelle toujours plus grande. L’état d’esprit d’Orange a permis la révolution industrielle et se poursuit aujourd’hui dans la Silicon Valley avec ses startups et ses investisseurs en capital-risque.

    Cependant, la recherche de l’augmentation de sa consommation individuelle a un impact sur la satisfaction de vivre qui diminue de manière exponentielle. L’environnement naturel souffre de l’exploitation excessive des ressources, tout comme les familles dont les enfants voient rarement leurs parents surmenés et stressés.

    Alors que les sous-sources peuvent être achetées en échange d’un bon salaire, quelqu’un d’autre peut leur offrir davantage pour leur voler leur loyauté. Et dans tous les cas, il a été prouvé que les récompenses extrinsèques ne permettent pas d’obtenir les meilleures performances des personnes sur le long terme.

    Des centaines de millions de personnes ont été sorties de l’extrême pauvreté grâce au niveau Orange de la spirale dynamique, mais passer de l’agriculture de subsistance au travail pénible d’un atelier industriel n’est pas un grand pas.

    Vert

    Le Vert tente de répondre aux défauts d’Orange avec une perspective pluraliste-empathique. Les besoins collectivistes d’égalité et de communauté occupent une place centrale. Le Vert recherche l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et la motivation intrinsèque, en trouvant son épanouissement dans le travail lui-même, et pas seulement dans les récompenses. Les milliardaires qui ont fait fortune en Orange donnent un sens plus profond à leur vie en faisant don de leur fortune à des causes philanthropiques pendant leur retraite.

    Les initiatives sont prises non seulement pour répondre aux besoins égoïstes, mais aussi pour améliorer la vie de toutes les parties prenantes : la source, ses sous-sources, la communauté au sens large, les clients, les fournisseurs et l’environnement physique. Des stratégies innovantes sont créées pour aligner les intérêts de toutes les parties prenantes. Des organisations caritatives et des ONG sont créées pour répondre aux besoins des moins fortunés.

    Le pouvoir sur les gens inhérent aux couleurs Rouge, Bleu et Orange est remplacé par la décentralisation et l’autonomisation.

    Travailler avec les principes de la Source peut mettre les personnes mal à l’aise en Vert. Les dirigeants ne veulent pas être les dictateurs hiérarchiques du passé. Ils savent que cela ne permet pas de tirer le meilleur parti des sous-sources et que « personne n’est plus intelligent que nous tous ». Le pouvoir sur les gens n’est pas aussi efficace qu’une communauté de pairs, travaillant ensemble pour le bien commun.

    Au sein d’une organisation Verte, les individus abandonnent leur autorité et leur responsabilité individuelles au profit d’une autorité et d’une responsabilité collective. La voix de chacun est valorisée et, grâce au consensus ou à la prise de décision basée sur le consentement, beaucoup plus de voix contribuent aux décisions, tant créatives que fonctionnelles.

    L’aversion du Vert pour le pouvoir individuel sur les autres peut également supprimer la capacité d’un individu à donner vie à sa vision personnelle. Contrairement à ce qui se passe en niveau Orange, la stratégie est créée par des processus de groupe, impliquant une vision et une conception collectives. Un leader peut être élu ou nommé par le groupe, mais son pouvoir est limité. Une grande partie du temps est consacrée à la gestion des « tensions » plutôt qu’au travail dans un état de fluidité.

    Cependant, si les groupes peuvent apporter un éclairage, des idées et un soutien à une idée, la vision individuelle de la source est finalement diluée ou compromise pour répondre aux besoins d’un plus grand nombre de personnes. Pour le niveau Vert, un groupe raisonnablement satisfait est plus important qu’une source heureuse. Les fondateurs visionnaires ayant cédé leur autorité créative au groupe peuvent perdre leur passion pour leur organisation et finir par partir pour réaliser leur vision individuelle ailleurs. La source peut en souffrir, car une partie de son énergie est toujours liée à l’organisation, même si elle est physiquement partie, et ceux qui restent peuvent trouver que l’initiative dérive avec beaucoup moins de passion qu’au début.

    Comme dans les niveaux Orange et Bleu avant lui, le niveau Vert peut être limité par la pensée organisationnelle. L’organisation est traitée comme une entité en soi avec des frontières claires autour d’elle. Les gens sont dedans ou dehors. Cela crée un sentiment de rareté. Si les gens ne peuvent pas contribuer à la vision de l’organisation, ils ne peuvent pas se sentir complètement valorisés ou épanouis. Pour les Verts, cette situation est oppressante, elle rappelle le processus stratégique descendant des Orange et ils se méfient des dirigeants qui tentent de « s’approprier » une vision et de dire ce qui est dedans et ce qui est dehors.

    Jaune

    La transition du Vert au Jaune marque un saut beaucoup plus important que les étapes précédentes. Lorsque les individus et les organisations passent au Jaune, ils ont accès à tous les niveaux de la spirale qui les a précédés. Ils ont la possibilité de bénéficier des aspects positifs de chaque niveau : La créativité, la passion et l’aventure du Rouge ; le sens du but, les valeurs et l’ordre (lorsque l’ordre est utile) du Bleu ; l’innovation, l’autonomie et l’amélioration de soi de l’Orange ; et le lien avec la communauté, l’égalité, la durabilité environnementale et l’épanouissement profond du Vert. Le Jaune adopte une vision systémique des organisations et valorise l’adaptabilité et l’intégration.

    En accédant à la spirale complète, l’individu et le collectif peuvent tous deux être pleinement valorisés. La gamme complète des besoins humains peut être exprimée en s’inspirant des initiatives des autres et en s’y joignant.

    Le Jaune est le premier niveau de la spirale où la Source peut se manifester de manière très efficace. Le Jaune peut séparer l’autorité créative de l’autorité fonctionnelle. Les individus peuvent assumer la pleine autorité et la responsabilité de la réalisation de leur vision sans se soumettre aux caprices du groupe. Cependant, cela peut être fait sans avoir besoin d’exercer un pouvoir sur les gens comme dans le Bleu et l’Orange.

    Un bon exemple en est donné par W.L. Gore Associates, où tous les employés peuvent lancer de nouvelles initiatives sans autorisation. Les autres sont recrutés non pas par la force (Rouge), le devoir (Bleu), la promesse de récompenses (Orange) ou l’égalité (Vert), mais volontairement. Si le fait de travailler sur l’initiative d’une source répond à un besoin pour une sous-source et l’aide à réaliser sa propre vision personnelle, elle choisira de la suivre.

    Dans le Jaune, la vision collective du Vert n’est plus nécessaire pour créer des organisations très efficaces. Au lieu de cela, une source, à commencer par le tout premier fondateur, peut « recruter » des individus (lorsque les besoins correspondent bien) et constituer des groupes pour les aider à mieux formuler leur vision et à l’étendre par des moyens auxquels ils n’auraient peut-être pas pensé eux-mêmes. La source peut toujours avoir le dernier mot sur ce qui entre et ce qui sort. Contrairement à ce qui se passe dans le niveau Vert, cela ne doit pas créer un sentiment de pénurie ou la crainte d’une dictature, puisque tout le monde peut à tout moment rejoindre d’autres initiatives ou lancer la sienne. Il y a une abondance d’opportunités pour que chacun puisse réaliser sa vision personnelle, et cela peut se faire en partie à l’intérieur et en partie à l’extérieur d’une organisation, si nécessaire.

    Turquoise (et au-delà)

    La pensée organisationnelle peut être transcendée dans le niveau Turquoise. Le Turquoise ne voit plus les parties prenantes comme le fait le niveau Vert – comme des groupes séparés qui doivent être « alignés ». Il n’y a pas de mur absolu autour d’une organisation. Pour Turquoise, toutes les personnes et autres formes de vie existent dans un réseau infiniment complexe et impressionnant de connexions interdépendantes.

    Le Turquoise adopte une perspective holistique et globale. Il y a moins de séparation entre les besoins individuels et collectifs, puisque nous sommes tous connectés comme les neurones d’un cerveau. La compassion – le soulagement de la souffrance – est la force motrice. Certaines cultures de sagesse anciennes la décrivent comme un voyage vers l’illumination, où toute souffrance disparaît. Des individus, animés par la compassion, lancent des initiatives, et d’autres les rejoignent pour les aider, tout en lançant également leurs propres initiatives.

    Aujourd’hui, le Turquoise peut encore utiliser des constructions organisationnelles comme une « entreprise » à des niveaux inférieurs de la spirale, car les systèmes socio-économiques du monde actuel sont dominés par les mentalités Bleue, Orange et Verte. Cependant, il s’agit là d’une pure commodité et le travail s’étend bien au-delà des murs de l’organisation.

    À mesure que l’humanité dans son ensemble évolue vers un état d’esprit Turquoise, nous pourrions finir par repenser complètement nos hypothèses les plus fondamentales sur la loi, l’argent et les organisations, en trouvant de nouvelles façons de travailler avec compassion envers tous les êtres. Nous pouvons être sûrs que les humains continueront à prendre des initiatives au fur et à mesure, comme ils l’ont fait depuis les premiers jours de la conscience humaine.

    À propos de l’auteur

    Tom Nixon est le fondateur de Nixon McInnes. Il travaille avec des sources pour développer des organisations utiles.

    Article original : https://tomnixon.medium.com/spiral-dynamics-from-peter-koenig-s-source-perspective-70b617dc7cbd

    D’autres lectures sur les principes Source :

  • La Fabrique des Alpes

    Lecture : 4 minutes

    En juin 2021, Sémawé lance l’événement La Fabrique des Alpes (FDA). La journée est un concentré d’expériences et d’inspirations pour les organisations de demain. Retour sur cette journée haute en couleurs et en réflexions.

    Intention de l’évènement

    Notre intention est de proposer un espace d’échanges pour changer les manières de faire en équipe. Nous avons pensé cet événement pour offrir des espaces et prendre le temps de réfléchir à des sujets comme la gouvernance, la coopération en équipe, les relations de travail apaisées, l’autonomie, le leadership de chacun et chacune. Le programme est destiné à toute forme d’organisation, composée d’une ou plusieurs équipes. Nous souhaitons nous adresser à celles et ceux qui veulent sortir des formats classiques de travail.

    “Il y avait une dimension inspirante très importante dans notre démarche. Il ne s’agit en aucun cas de critiquer ce qui ne fonctionne pas mais bien de proposer de nouvelles pratiques, témoigner de ce qu’il est possible de faire pour des équipes plus émancipées. Nous avons travaillé à choisir des intervenants dans ce sens” précise Juliette, contributrice du programme de la journée.

    Il nous a paru essentiel de faire un focus sur Holacratie et d’élargir aussi en proposant des ateliers sur des thèmes complémentaires. Dans toutes formes d’organisation il est possible de faire évoluer les manières d’échanger et de coopérer. C’est la raison d’être de la Fabrique des Alpes : des expériences et des inspirations pour les organisations de demain.

    “C’était une rencontre très inspirante pour moi. Cette journée arrivait pile au bon moment pour moi qui avais déjà quelques bases sur Holacratie et étais à la recherche de contacts dans ce domaine en France. Les contenus concrets étaient très pertinents”, témoigne Cécile, participante de l’événement.

    Les thèmes et les ressources liées à l’événement

    Nous avons eu un grand plaisir à organiser cette journée et à rassembler des orateurs inspirants pour nous. Anne-Muriel Bagur, coach et oratrice pendant la journée, raconte :

    “Lors de la FDA, j’ai eu l’occasion d’animer un “café philo” sur la Raison d’Être des organisations, sujet qui me passionne. J’avais préparé un topo introductif avec quelques références et pistes de réflexion. Les échanges et les “débats philosophiques” qui ont suivi avec la 15 aine de participants étaient denses, riches, ouverts, diversifiés. Je me suis sentie nourrie, challengée dans mes propres convictions aussi, par les visions, les avis, les résonances qui ont été partagées. L’exercice était une première pour moi, à refaire avec enthousiasme !”

    La journée s’est articulée autour des thèmes suivants :

    • La communication interpersonnelle
    • La médiation
    • La spirale dynamique (un modèle psycho-social)
    • La pratique de Holacratie au quotidien dans les organisations, et même dans une ferme agricole et une école démocratique !
    • Des initiatives inspirantes : CoopVenture, un fond d’investissement participatif, le Comex 40 de Medef, un rassemblement de 45 dirigeant.e.s de moins de 40 ans, Solenciel une organisation Opale qui travaille à la réinsertion de personnes sorties de réseaux de prostitution.

    “J’ai adoré la session sur la raison d’être, le concept que l’organisation peut être assimilée à un organisme vivant et juste l’idée qu’elle peut donc respirer … j’ai même rêvé que la raison d’être de nos organisations publiques pouvait peut-être se situer au-dessus des sphères élues et de direction … mais la fin de session zoom m’a réveillé ! et un verbatim sur l’agilité m’a doucement caressé : « la valeur s’apprécie dans les yeux du client ». Merci à vous pour cette journée et belle continuation pour la suite, rendez-vous à la prochaine fabrique !” – Vincent, participant à l’événement.

    “J’ai suivi la session sur les accords relationnels. Cette session interactive m’a aussi beaucoup apporté, et j’ai déjà introduit le concept au sein de mon organisation. Je me sentais capable de le faire après cette session!” – Cécile

    Ces thèmes vous intéressent ? Retrouvez les ressources liées à l’événement :

    • Webinaire, découvrir Holacratie en 45 minutes
    • La coopération entre deux organisations en Holacratie
    • Notre organisation au quotidien – tome 2

    Et pour aller plus loin sur la compréhension d’Holacratie :

    C’est quand la prochaine édition ?

    Le succès de cette première édition nous donne bien sûr l’envie d’en organiser une autre, avec d’autres thèmes et encore plus d’espaces de pratique. Pour vous tenir au courant de la prochaine édition, suivez Sémawé sur les réseaux : https://www.linkedin.com/company/semawe/

    Merci aux intervenants :

    Anne-Muriel Bagur, Julie Abbo, Emmanuel Levard, Juliette Brunerie, Emilie Vialettes, Aliocha Iordanoff, Romain de Tellier, Solen Bel Latour, Céline Cusset, Pauline Loriot, Rodolphe Baron, Franck Rageade, Bastoun Talec, Catherine Silvestre, Emile Iordanoff, Olivier Althuser, Sarah Dantz.

    Merci à l’équipe support : Thomas Mady et Emma Louwagie.

    Et Merci à tous les participants !

  • Trajectoire d’une start-up en Holacracy, témoignage de Stéphane Labartino chez Comongo

    Lecture : 4 minutes

    Dirigeant de Comongo depuis 2016, année de sa création, Stéphane Labartino s’engage sur le chemin d’Holacracy quelques années plus tard avec son équipe. Comongo est une start-up grenobloise qui propose de faire évoluer l’image renvoyée par une entreprise grâce à l’analyse des ressentis. Ces données collectées permettent aux entreprises d’adapter leur stratégie de communication. Accompagnés depuis plus d’un an par Sémawé, Stéphane et son équipe ont adopté Holacracy pour transformer leur organisation de travail.

    Décris moi ton entreprise et ton poste

    Comongo développe une solution d’analyse du ressenti qui aide les organisations à comprendre comment elles sont perçues, par des clients, des partenaires, ou des salariés. Ce qui permet d’identifier des vecteurs qui peuvent être porteurs dans la communication, ou dans le fonctionnement, et d’identifier des freins qu’il faut gommer. Nous sommes six actuellement à plein temps et cinq à temps partagés (personnes sous mandat).

    Comment avez-vous décidé d’adopter Holacracy ?

    Nous avons d’abord fait un an de formation : six mois d’accompagnement puis six mois de pratique en solo. Nous avons fait une seconde piqûre de rappel lors de cette dernière année.

    Qu’est ce qui t’a convaincu d’adopter Holacracy ?

    J’avais une expérience managériale dans le passé, et je ne voulais pas reproduire les modèles que j’ai connus, notamment lorsque j’ai eu un poste de directeur général, où j’ai vécu des échecs. J’ai eu un parcours universitaire également dans lequel j’ai fait beaucoup de recherches sur la communication managériale. Déjà en 2010 je me disais qu’il y avait mieux à faire.

    Quelques années après la création de Comongo en 2015, j’annonce à mes actionnaires et à mes associées que nous n’allions pas manager de manière traditionnelle, que je voulais trouver une autre manière de fonctionner. Et c’est à cette époque que j’ai rencontré une associée de Sémawé tout à fait par hasard. Je savais ce que faisait l’équipe de Sémawé. Et l’histoire de transformation de cette Scop m’avait interpellé. A peu près six mois après cette rencontre, j’ai recontacté Sémawé. Entre temps je m’étais renseigné sur les autres méthodes proposées: Opale, le livre de Laloux etc… Mais c’est cette proximité et cette confiance envers les associés de Sémawé qui m’a convaincu.

    Je savais par mes expériences que je n’aurais jamais les réponses à toutes les questions qui émergeraient au fil de la vie de Comongo, que je ne pourrais pas donner une ligne de conduite ou définir les plans d’action de chacun dans leur job. Il fallait donc que je trouve un moyen de travailler là-dessus, mais aussi un moyen de rassurer les gens dans le fait qu’ils puissent par eux-même, trouver des solutions. Et ça demande réellement une transformation du management, c’est-à-dire que tout ne pouvait plus venir seulement de la direction de l’entreprise.

    Qu’est-ce qui a changé dans la communication au sein de l’équipe ?

    A Comongo, il y a une envie partagée par tous de travailler ensemble, c’est une posture que l’on a toujours eu, et Holacracy a permis de nous donner une méthode d’écoute. C’est très différent de se dire “j’écoute et je débats”, et de se dire” j’écoute et je fais construire l’autre” : je l’aide à se construire, je le mets dans une position où il va pousser la réflexion plus loin. La méthode que propose Holacracy a beaucoup aidé dans ce sens, à condition de faire confiance. Donc il fallait aussi lâcher prise, accepter d’apprendre une méthode de gouvernance, d’échange et de travail inédite pour chacun de nous.

    Dans mon équipe, je me suis retrouvé avec des personnes (les plus âgées) qui considéraient Holacracy comme un truc de hippies, pas adapté au monde de l’entreprise, et d’autres (les plus jeunes) qui attendaient qu’on leur dise quoi faire. Ces deux cultures aujourd’hui savent exactement où elles vont, sont très bien organisées, le système est clair pour tout le monde. Chacun a ses projets, ses tâches. Ça donne une feuille de route sur la semaine, sur le mois ou même quotidienne. Celles et ceux qui attendaient les instructions arrivent à réaliser que par eux même ils parviennent à tracer le chemin. Et les autres qui craignaient une liberté à outrance, y voient une manière de travailler portée par une communication non violente, plus constructive que jamais.

    Quel intérêt d’apporter de la visibilité sur le travail et la gouvernance dans l’organisation ?

    Tout est clair, tout est lisible, d’un coup les équipes réalisent qu’il n’y a aucun tabou, il n’y a plus de faux-semblant, de violence, de critiques: il y a juste les « pour quoi” (le sens), le “comment” et le “construisons ensemble”. Il y a aussi cette prise de conscience qu’ils peuvent poser toutes les questions qu’ils veulent et cette liberté pour moi de leur dire que je n’ai pas toutes les réponses. Donc aidez-moi à les trouver.

    Quel était le challenge dans tout ça ?

    Le challenge était de faire travailler des gens, en leur donnant un sens tous les jours, d’abord pour eux, et qu’ils participent au projet commun. Holacracy donne plus de pouvoir aux individus, et cette position là les fait progresser énormément, ils gagnent en expérience, en autonomie beaucoup plus vite que dans une entreprise traditionnelle.

    J’ai une ambition dans ce projet, et l’équipe partage cette même vision, c’est que notre projet de start-up a une fin, c’est-à-dire que notre ambition est de vendre notre technologie à une organisation qui pourra la déployer au niveau mondial. Mais quand les salariés sortiront, ils sortiront avec un bagage qui les mettra au-dessus de la pile, qui les rendra incontestables sur le marché du travail. Et à la fin, ils auront le choix de monter leur propre business, d’aller où ils veulent, de rester avec l’acquéreur s’ils le souhaitent, ils auront plus de facilités pour trouver du travail par la suite qu’en temps normal.

    Il y a encore des individus qui doutent dans leur travail. La méthode nous aide à lever ces doutes. Lorsqu’une personne doute d’elle-même, lorsqu’elle se sent un peu perdue, on peut mettre en place un environnement dans lequel la personne peut en parler pleinement, avec des pistes de travail qui peuvent l’aider à y trouver du sens. Cela montre que l’on est capable de mettre les moyens pour que la personne trouve une meilleure place, pour qu’elle se réalise plus, et si elle se réalise plus, cela servira le projet. Ma grande victoire à la fin ne sera pas seulement de vendre notre société, mais de voir que l’on a pu monter quelque chose, avec des individus qui ont gagné en maturité comme ils n’auraient jamais pu gagner autant ailleurs.

  • Holacracy et ISO9001, un oxymore ?

    Lecture : 12 minutes

    Nous sommes une Scop qui fonctionne depuis plusieurs années en Holacracy et travaillons depuis six mois à l’obtention de la certification ISO 9001. Nous voulons prouver qu’il est possible pour une organisation en Holacracy de créer des interfaces avec d’autres organisations dont le fonctionnement, en l’occurrence de type normatif, est essentiellement différent.

    Obtenir la certification ISO 9001 est un enjeu de taille pour nous. L’accompagnement en Holacracy d’autres organisations est encore confidentiel en France et il est nécessaire de déconstruire les idées reçues sur la méthode. Une certification ISO valorise notre approche et contribue au renforcement de notre crédibilité.

    L’amélioration continue et le système management de la qualité sont en essence déjà profondément présents dans notre philosophie Agile et dans notre gouvernance en Holacracy. En effet, la plasticité et l’adaptabilité que nous permet Holacracy visent avant tout à adapter notre entreprise à un écosystème en constante évolution. Les processus Agiles quant à eux, exploitent le changement qui est considéré comme une opportunité et non comme une menace.

    La norme ISO 9001 version 2015 s’intéresse au système de management de la qualité de l’organisation et à son aptitude à fournir des produits ou services conformes aux exigences des clients. Elle est basée sur trois concepts fondamentaux que sont l’approche processus, l’amélioration continue et les risques. La spécificité de la version 2015 est qu’elle est davantage orientée « résultats » que « moyens » et laisse ainsi à l’organisation une grande marge de manœuvre quant à ses moyens et outils de fonctionnement. Compte-tenu de notre gouvernance en Holacracy et des modes d’organisation qu’elle implique, cela représentait pour nous une véritable opportunité.

    En Août 2020, Semawe avait déjà obtenu la certification Qualiopi, une norme axée sur la professionnalisation des formations. Cette première expérience nous a prouvé qu’une démarche qualité pouvait ne pas être lourde, ni contraignante, ni difficile à mettre en place mais au contraire était une occasion pour apprendre et améliorer nos pratiques. La norme ISO 9001 constitue un défi de taille parce qu’elle concerne l’ensemble des activités créatrices de valeur et des activités supports de notre organisation. Dans cet article je vous partage la modélisation de notre démarche en 3 points.

    S’approprier la norme

    L’interprétation de la norme est importante car à bien y regarder on se rend compte que les outils que nous utilisons dans notre fonctionnement en Holacracy répondent déjà à une grande partie des exigences de la norme. Il est important de ne pas multiplier les approches formalistes inutiles (documentation à outrance, faire des processus pour faire des processus etc…). Ma préconisation est, dans un premier temps, de se pencher sur la norme en l’interprétant pour tenter de voir qu’est-ce qui dans votre fonctionnement y répond. L’important est de pouvoir justifier l’utilisation de tel outil pour répondre à la norme plutôt qu’un autre. C’était en tout cas la philosophie avec laquelle nous nous sommes engagés dans la démarche de certification et la condition pour la mener jusqu’au bout : on ne crée pas de processus juste pour se conformer à la norme, on traduit ce que nous faisions déjà et on intègre ce qui reste à modifier de la manière la moins coûteuse possible.

    La cartographie des processus

    Un requis de la norme auquel il est difficile d’échapper est la cartographie des principaux processus qui structurent l’activité de l’organisation. Il y a les processus créateurs de valeur : production de bien ou de service, vente etc… et les processus supports : pilotage, ressources, administration, amélioration continue etc… Si votre gouvernance est structurée par activité et non par projet, les cercles et leurs rôles vont vous aider à cartographier vos processus. Dans notre organisation, c’est par exemple la Lead du cercle accompagnement qui logiquement est pilote du processus “coaching collectif”, puisqu’il s’agit d’une de nos formes d’accompagnement. De la même manière, lorsqu’on détaille les activités nécessaires à un processus, on s’aide des rôles du cercle concerné qui ont bien souvent dans leurs redevabilités des actions nécessaires au processus.

    Ici la cartographie d’une de nos activités majeures : le coaching collectif

    Les indicateurs de pilotage

    La norme exige l’utilisation d’indicateurs visant à mesurer la conformité et l’efficacité des processus et à repérer les non conformités : les indicateurs de pilotage. Or, Holacracy prévoit des espaces comme les réunions de triage et gouvernance qui répondent parfaitement à la norme car elles intègrent déjà des process qui incluent le traitement des tensions, la synchronisation sur les projets etc…

    C’est ici que les organisations en Holacracy peuvent véritablement faire la différence par rapport à des organisations au management plus traditionnel.

    Des espaces proposés par la méthode Agile peuvent aussi être des indicateurs de pilotage. Ils peuvent servir à analyser et évaluer les processus : le Forum Ouvert, la rétrospective, les projets encodés dans Asana ou Teams etc, les informations passées sur des logiciels comme Slack et à travers des Stand Up Meetings. Ces espaces dédiés au partage d’information, à la synchronisation ou encore aux retours sur la pratique permettent de fluidifier le travail entre personnes et activités et de limiter les erreurs, blocages et pertes d’information.

    Les indicateurs de résultat

    Les indicateurs de résultats servent à faire le suivi et mesurer notre évolution notamment pour anticiper les éventuelles non conformités ou vérifier qu’on s’améliore en cas de non conformité avérée. Cette approche nous pousse à nous améliorer dans le suivi de ces axes d’amélioration en allant regarder des éléments concrets. Nous utilisons en complément quelques indicateurs au sens Holacratique du terme comme : le volume de facture par mois, le nombre d’abonnés sur notre newsletter, le chiffre d’affaires trimestriel… L’idée est de mettre en avant ceux qui existent et d’en expliciter quelques-uns en veillant à ne pas créer des indicateurs inutiles.

    L’approche par les risques

    On peut résumer l’approche par les risques comme un ensemble d’actions préventives face aux risques et opportunités. L’approche par les risques est culturellement assez éloignée du fonctionnement en Holacracy car elle privilégie la planification et le contrôle plus que le ressenti et l’ajustement, mais la constitution d’Holacracy intègre des éléments qui répondent à la norme :

    • Les indicateurs : en Holacracy, les indicateurs sont des données chiffrées qui servent aux membres du cercle à piloter leur activité dans le cercle.
    • La phase de synchronisation sur les projets (et plus largement la réunion tactique) qui limite les risques de blocage, de non passage d’informations et donc d’inefficacité.
    • La réunion de gouvernance qui assure une plasticité et une amélioration en continu de la structure de l’organisation.

    L’approche par les risques concerne aussi le traitement des non conformités.

    Les non conformités

    Notre définition : une non conformité s’apparente à une tension en Holacracy, c’est un écart partiel ou entier à une exigence. Il y a 4 sources d’exigence :

    • les normes et référentiels que l’entreprise s’est engagée à appliquer
    • la volonté des rôles qui ont autorité
    • les exigences formelles des clients (et de l’ensemble des parties prenantes)
    • les lois et règlements

    Tous les leaders de rôle sont chargés de processer les non conformités comme des tensions.

    Selon la norme, une non conformité doit être intégrée au processus de la démarche qualité en 4 étapes :

    1. la détecter
    2. communiquer dessus
    3. prendre des actions correctives
    4. vérifier l’efficacité des actions prises

    Tout cela est en grande partie déjà présent dans la constitution : les rôles doivent détecter et processer toute tension qui se présente à eux. Le seul point qui n’est pas formalisé par la constitution d’Holacracy est la vérification de l’efficacité des actions prises (d’où l’utilité des rétrospectives). Le besoin de vérification dépend surtout de la gravité de la non conformité.

    Accompagner le changement

    Accompagner le changement auprès des personnes membres de l’organisation est l’étape la plus sensible et qui nécessite beaucoup de finesse pour que le changement ne soit pas subi mais accueilli et embrassé. Notre fonctionnement en Holacracy ainsi que notre approche agile nous ont beaucoup aidé dans ce sens là. De plus, la transparence, la pédagogie et l’intégration des équipes dans le processus sont évidemment nécessaires pour assurer une bonne transition.

    Pour que l’organisation dans sa globalité puisse s’approprier la norme ISO 9001, il convient de réaliser un travail de communication en interne sur l’intérêt des changements, les restructurations en cours etc.. . Il peut aussi être intéressant en amont du projet de discuter avec l’ensemble des équipes sur les intérêts et les limites dans le fait de préparer la certification.

    Voici sa composition :

    • Raison d’être : Pour une amélioration continue et une certification ISO 9001
    • Stratégie : Les changements introduits par la norme sont encodés dans Glassfrog plus qu’ailleurs.
    • Domaines : les politiques/redevabilités/notes encodées avec [ISO]
    • Redevabilités :
      • Impulser des changements de processus.
      • Proposer des processus explicites d’amélioration continue de la qualité.
      • Traduire la norme en langage Semawe.
      • Accompagner les rôles dans le changement.
      • Mettre à jour la politique qualité chaque semestre.

    L’intérêt d’avoir un rôle ou un cercle ISO est que toutes les tâches et les autorités qui lui incombent sont explicitées. De cette manière, si un jour ce rôle est vacant et qu’on cherche à le pourvoir, toutes les informations nécessaires pour énergiser ce rôle seront disponibles et rassemblées au même endroit.

    Notre cercle ISO 9001 encodé dans Holaspirit

    Réunions tactiques

    Il nous a été très utile de faire des réunions tactiques du cercle ISO régulièrement en invitant les leaders des cercles principaux de l’organisation. Cet espace peut être utilisé pour passer de l’information et pour faire des demandes aux leaders de cercle : la norme va nécessiter changements et restructurations et les leaders de cercle sont bien placés pour les impulser au sein de leur cercle. Par exemple, à Semawe des stratégies ont été explicitées dans certains cercles sous l’impulsion de la norme comme « L’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan » Cette philosophie existait déjà dans notre organisation mais la norme nous a permis de la rendre explicite auprès de tous ses membres.

    La gouvernance

    Adapter son fonctionnement pour qu’il soit compatible avec la norme induit des restructurations plus ou moins profondes de la gouvernance. Pour éviter la multiplication de protocoles, de feuilles volantes dans des dossiers qui vont prendre la poussière une fois la certification passée, j’ai choisi d’encoder tous les requis de la norme qui concernent les tâches récurrentes à faire dans Glassfrog. Toutes les tâches récurrentes pour la qualité sont maintenant des redevabilités de rôles dans la gouvernance. Par exemple, remplir une fois par an le tableau de compétences est une redevabilité du rôle “associé”. De plus, les règles requises par ISO deviennent des politiques sur Glassfrog.

    Par exemple la norme nous demande de garder des traces des actions prises suite à nos réunions qui visent à nous améliorer comme les Rétrospectives, nous avons donc ajouté une politique dans Glassfrog concernant les Rétrospective : “Les projets et actions pris après une rétrospective sont notés dans Asana par l’organisateur.rice de la réunion”. Je recommande que chaque politique ou rôle créés dans le but de se conformer à ISO soient annotés d’un [ISO] et qu’ils soient tous sous le domaine d’autorité du rôle ISO. Cela permet d’éviter d’effacer une politique ou un rôle lié à ISO par mégarde.

    Eviter la lubie normative

    Pour préparer notre certification nous avons fait appel à un cabinet de consultant. Certains changements ou procédures que nous a préconisé notre consultante étaient coûteux en énergie et en temps et ne servaient à rien dans notre fonctionnement. Par exemple un tableau de compétences très complet basé sur des variables quantifiables ce qui ne répondait pas à nos besoins internes car nous ne fonctionnons pas de cette manière. Il est important de toujours relire la norme et de l’interpréter car elle laisse en réalité assez de marge d’interprétation. Nous avons choisi de toujours nous poser la même question lorsque l’on introduit un changement dans le fonctionnement de l’organisation pour répondre à la norme : est-ce que ce que je suis en train de faire est utile pour mon entreprise, ou suis-je seulement en train de me conformer à la norme ? La réponse nous évite de perdre de l’énergie et du temps sur des démarches inutiles. Une autre porte de sortie qui nous a aidé était de se demander : “quelle est l’action minimum que je peux mettre en place pour satisfaire la norme sans alourdir le fonctionnement interne ?”

    Préparer la certification

    Les audits internes

    En s’appuyant sur les points proposés par la norme, chaque pilote de processus procède à un audit interne (avec l’aide du rôle ISO) et relève les non conformités (incohérences, décalages avec la réalité, process sur-designés ou sous-designés etc.). L’audit consiste donc à évaluer chaque étape créatrice de valeur ou indispensable au fonctionnement du processus selon différents angles :

    • la pertinence de l’étape compte tenu de l’orientation stratégique de l’organisation
    • son efficacité
    • les risques et opportunités associés
    • dernières mises à jour/modalités de mise à jour

    À Semawe nous avons listé dans Asana la liste des éléments à évaluer lors de l’audit. De cette manière tout est rassemblé à un même endroit et de manière plus digeste que le texte de la norme.

    Ici le plan que nous avons élaboré pour l’audit interne sur Asana : les éléments à évaluer sont listés par processus

    Le rôle ISO est pilote de l’audit interne, sous réserve de maîtriser plusieurs choses :

    • le texte de la norme
    • la traduction de cette norme pour être applicable à l’organisation
    • la détection et le traitement des non conformités
    • les audits internes

    Comme exprimé plus haut, ce n’est pas le rôle ISO qui réalise les audits internes, ce sont les pilotes des différents processus qui doivent évaluer l’efficacité du Système de Management de la Qualité au sein des processus. Par exemple à Semawe, c’est la Lead du cercle Business qui pilote le processus “Vente” et donc qui va auditer son propre processus. Ils sont accompagnés par ISO qui les guide. A Semawe ils n’ont qu’à suivre le plan d’audit interne sur Asana qui leur liste les éléments à évaluer (image ci-dessus). Vous pouvez aussi réaliser des audits croisés, avec un membre d’un cercle qui va auditer un autre cercle dans lequel il n’a pas ou peu de rôles pour offrir un point de vue différent.
    Les non conformités repérées lors de l’audit serviront d’ordre du jour pour la revue de direction.

    La revue de direction

    La revue de direction est une réunion a posteriori des audits internes pour traiter les non conformités repérées, pour rendre compte des tendances macro au niveau des principaux processus créateurs de valeur dans l’organisation et pour fixer la vision pour l’année à venir (nouvelles opportunités, nouveaux risques…). La revue de direction est une étape importante dans la certification et le maintien de la norme ISO9001. Elle a lieu une à deux fois par an.
    Nous l’avons structurée comme une réunion tactique. Pendant la phase de synchronisation sont abordés :

    • les indicateurs les plus pertinents pour rendre compte des grandes tendances de l’organisation (volume des factures sur l’année, performance des processus, volume de clients actifs, satisfaction client etc…)
    • le degré de réalisation des objectifs qualité (phase de nouvelles sur les projets dans la réunion tactique)

    L’ordre du jour est constitué de toutes les non conformités repérées lors des audit internes, et ainsi traitées comme des tensions. A l’ordre du jour sont également prévues des discussions autour de la politique qualité, des besoins en ressources, des prestataires externes, de la satisfaction clients et enfin des risques et opportunités.
    Nous avons listé l’ordre du jour de ces réunions tactiques sur Asana pour faciliter la réunion et ne rien oublier.

    Les éléments de sortie de la revue de direction sont les mêmes que ceux d’une réunion tactique :

    • une action est prise
    • un projet est pris
    • un point de gouvernance est noté

    Faciliter l’audit

    Pour faciliter l’audit je recommande l’élaboration d’un document destiné à l’auditeur.trice pour consultation en amont de l’audit, et qui explique globalement le fonctionnement en Holacracy d’une organisation. Il peut être intéressant de faire un travail de traduction pour l’auditeur notamment pour expliquer le système de gouvernance :

    • un ensemble de rôles équivaut à une fiche de poste
    • la raison d’être d’un cercle ou d’un rôle s’apparente à un objectif à atteindre
    • un domaine d’autorité se rapproche d’un périmètre d’autorité
    • une stratégie d’un cercle équivaut à une orientation qui permet d’aider l’équipe à faire des choix et à prioriser son travail

    Je vous conseille d’expliquer les différents temps forts qui rythment le quotidien dans l’organisation (réunions tactiques, réunions de gouvernance, Stand Up Meeting, rétrospectives…) et l’intérêt qu’ils portent (synchronisation, alignement, communication, modification de la gouvernance….)

    Il est aussi important que l’auditeur.rice comprenne comment fonctionne la distribution de l’autorité et des responsabilités en Holacracy :

    • la totalité de l’autorité dans l’organisation est régie par les règles de la constitution
    • la distribution de l’autorité est explicitée avec les rôles
    • toute autorité est réelle/valable à partir du moment où elle est explicitée
    • ces règles s’appliquent à tout le monde de la même manière etc…

    De plus, il peut être utile de présenter dans le texte introductif les différents outils que l’on utilise au quotidien. Par exemple Slack pour communiquer, Asana ou Teams pour la gestion de projet, et le logiciel Holaspirit ou Glassfrog pour représenter la gouvernance. Cela peut faciliter la prise en main/compréhension de ces outils par l’auditeur.rice le jour de l’audit.

    Conclusion

    Voici un résumé de notre démarche pour obtenir la certification. En tant que pilote de ce projet et lead du cercle ISO, j’ai pu observer que la démarche qualité que nous avons mis en place nous a permis d’améliorer notre fonctionnement sur plusieurs aspects :

    • Traduire son fonctionnement dans un autre langage que le sien permet de déceler des risques, des dysfonctionnements mais aussi des opportunités que l’on n’aurait jamais perçu autrement.
    • Expliciter des attentes, des besoins, des règles et des priorités qui n’étaient jusqu’alors pas verbalisés ou clairs pour tout le monde ce qui apporte plus de transparence dans l’organisation.
    • Avoir une attention sur l’harmonisation de notre pilotage interne notamment avec la gestion de projets mais aussi sur le suivi de la satisfaction de nos clients.

    Obtenir la certification ISO nous apportera aussi une crédibilité et une légitimité avantageuses vis à vis de la qualité de nos accompagnements auprès de nos clients.

    Nous devrions passer l’audit d’ici la fin de l’année 2021. En croisant les doigts pour devenir la première organisation en Holacracy à être certifiée ISO9001. On vous tient au courant !