Catégorie : Management

  • Sémawé lance son site pour accompagner en Holacratie des territoires anglophones

    Nous sommes fiers d’annoncer la mise en ligne de notre site web en anglais : www.semawe.us. Ce nouveau site permet aux organisations anglophones de découvrir nos services d’accompagnement à la transformation organisationnelle, notre approche du coaching de dirigeants, et nos formations en Holacracy.

    Sémawé accompagne des équipes à l’international et dans des contextes multiculturels. La création d’un site dédié en anglais s’inscrit dans la continuité de cette dynamique. Vous y retrouverez des contenus détaillés sur nos offres de coaching individuel, audits organisationnels, supervision de réunions, ou encore nos stages de découverte Holacracy, avec une structure claire et un ton adapté au public nord-américain et européen.

    Ce site a aussi pour objectif de renforcer notre visibilité à l’international. N’hésitez pas à le consulter, à le partager, et à le faire circuler dans vos réseaux :
    https://semawe.us

  • Ce que votre colère dit de vous : et si c’était votre « Ombre » qui pilotait ?

    En tant qu’accompagnante des transformations organisationnelles, je suis régulièrement amenée à coacher des individus, dirigeants, managers, collaborateurs.

    De façon récurrente dans ces accompagnements, apparaissent des zones d’agacement, des situations relationnelles qui se rigidifient et des doutes qui s’installent chez mon coaché « Ai-je vraiment le droit d’être en colère ? Est-ce normal de sentir un tel agacement ? »

    Bonne nouvelle la réponse est oui c’est tout à fait courant et ce n’est pas une question d’avoir le droit ou pas. Il s’agit plutôt de prendre un temps de recul pour faire le tri en soi…


    L’illusion du « c’est la faute de l’autre »

    Il y a des jours où tout semble légitime : votre colère contre ce collègue « trop lent », votre agacement viscéral face à ce manager « arrogant », ou votre mépris pour ce collaborateur « désorganisé ». Sur le moment, le diagnostic est simple : l’autre est le problème.

    Pourtant, dans mon métier, j’observe un phénomène récurrent : plus la réaction émotionnelle est disproportionnée, moins elle parle de l’autre, et plus elle parle de vous. C’est ici qu’entre en scène un concept clé de C.G. Jung, popularisé par les travaux de Jean Monbourquette : l’Ombre.

    Carl Gustav Jung (1875-1961) était un psychiatre suisse influent et le fondateur de la psychologie analytique ; il a révolutionné la compréhension de l’inconscient en introduisant des concepts tels que l’inconscient collectif, les archétypes et, précisément, l’Ombre.

    Jean Monbourquette (1933-2011), prêtre et psychologue québécois, s’est inspiré de la pensée jungienne pour créer des outils de croissance personnelle accessibles, devenant une référence mondiale dans l’accompagnement du deuil, du pardon et de l’estime de soi à travers ses best-sellers comme Apprivoiser son ombre.

    Qu’est-ce que l’ombre ?

    L’Ombre, c’est tout ce que vous avez refoulé en vous pour être « une personne bien ». C’est la remise au grenier de vos parts jugées inacceptables par votre éducation, votre culture ou votre milieu professionnel. Comme le souligne Monbourquette, plus on cache son ombre, plus elle prend de la puissance et cherche à sortir par la projection : nous percevons chez les autres ce que nous refusons de voir en nous-mêmes.

    Les trois visages de l’ombre : Identifiez la vôtre

    Pour Monbourquette, l’ombre n’est pas monolithique. Elle se présente sous trois formes distinctes :

    1. L’Ombre Individuelle : Vos propres « défauts » refoulés. Exemple : Le manager bourreau de travail qui déteste la paresse des autres car il s’interdit tout repos.
    2. L’Ombre Collective : Ce qu’un groupe (entreprise, famille, nation) refoule.
      Exemple : Une entreprise qui prône l’innovation mais méprise secrètement l’échec. L’ombre devient alors une culture du blâme qui étouffe toute créativité.
    3. L’Ombre Dorée : Elle contient vos talents, votre génie et votre puissance que vous n’osez pas incarner par peur de « faire de l’ombre » aux autres.
      Exemple : Admirer l’aisance d’un orateur alors que vous possédez ce talent, mais le gardez enfoui.

    Les conséquences de l’ombre ignorée : le coût invisible

    Ne pas mettre de conscience sur son ombre laisse un pilote automatique saboter votre efficacité :

    • La Rumination Mentale : L’ombre non reconnue tourne en boucle, consommant une énergie cognitive massive.
    • Le Verrouillage des Relations : La projection crée des murs. Vous ne voyez plus l’être humain, mais une caricature de votre propre défaut refoulé.
    • La Somatisation : L’effort permanent pour maintenir le grenier fermé crée des tensions physiques réelles (maux de dos, migraines, épuisement).

    Faire le tri : colère légitime ou ombre projetée ?

    • La colère Saine : Elle est centrée sur un fait. Elle vise à protéger une valeur. Elle est « propre », s’exprime fermement et s’arrête dès que la situation est adressée.
    • L’ombre : Elle est obsessionnelle. Elle s’accompagne de jugements de valeur (« il est nul »). Elle dure longtemps et vous « colle à la peau ».

    Pourquoi la transformation organisationnelle réveille-t-elle l’ombre ?

    C’est le point critique pour tout dirigeant qui lance une transition (vers l’Holacratie par exemple). Le changement est un puissant activateur d’ombre. Pourquoi ? Parce que transformer l’organisation, c’est changer les règles du jeu.

    • Les structures rassurantes disparaissent,
    • L’implicite doit devenir explicite,
    • Les zones de pouvoir floues sont mises en lumière.

    Dans ce moment de vulnérabilité collective, les greniers s’ouvrent. Ce que l’on arrivait à cacher dans l’ancien système (un besoin de contrôle, une peur de l’initiative, une difficulté à dire non) explose soudainement à la figure des collègues. La transformation organisationnelle ne crée pas les tensions, elle révèle les ombres qui étaient déjà là, mais que la bureaucratie masquait. Sans un travail sur l’ombre, le nouveau système de gouvernance sera utilisé comme une arme pour servir des projections individuelles.

    Que puis-je espérer de meilleur si je prends conscience de mon ombre ?

    À quoi sert ce travail de discernement ? C’est une quête de robustesse. En faisant la paix avec votre ombre, vous pouvez espérer :

    • Une liberté totale : Vous ne réagissez plus de manière compulsive aux provocations. Vous reprenez les commandes.
    • Un leadership magnétique : Un leader qui assume son ombre est « entier ». Sa vérité sécurise ses équipes.
    • L’accès à votre ombre dorée : C’est la voie vers un déploiement de vos talents sans précédent.

    Conclusion
    Oser regarder son grenier

    Jean Monbourquette disait qu’apprivoiser son ombre est un acte d’humilité, mais surtout un acte de liberté. Pour un leader, c’est le passage clé vers une maturité réelle.

    La prochaine fois qu’une personne vous « hérisse » au point de vous faire perdre votre calme, ne demandez pas : « Qu’est-ce qu’il a fait de mal ? ». Demandez-vous : « Quelle part de moi est en train de s’agiter dans mon grenier ? ».
    Il pourrait bien s’agir de votre ombre qui se réveille.

    Si vous avez envie d’en savoir plus et d’être accompagné, je serai ravie de vous y aider !

  • Aliocha Iordanoff au TEDx Pointe à Pitre

    Comment l’Holacratie dépasse le paradoxe du pouvoir ?

    Lecture : 2 minutes

    Réinventer la gouvernance d’entreprise : liberté, agilité et holacratie

    « Comment faire de votre entreprise un modèle d’agilité et d’autonomie ? »

    Voilà la question qui a été la porte d’entrée d’Aliocha en octobre 2024 pour son tout premier talk, dans l’exigeant format du TEDx à Pointe-à-Pitre.

    Dans ce talk inspirant, découvrez comment l’Holacratie transforme la manière dont les organisations s’adaptent et évoluent. Aliocha dévoile les pratiques managériales innovantes mises en place chez Sémawé, véritable laboratoire de l’innovation managériale, pour libérer la créativité et redonner à chacun la capacité de contribuer pleinement.

    À travers une approche structurée, il explique comment ce modèle résout le paradoxe entre verticalité et horizontalité, permettant à l’organisation de combiner structure et liberté.

    Ce talk vous offre des clés concrètes pour repenser votre gouvernance et donner une nouvelle impulsion à votre entreprise dans un monde en perpétuel changement.

    L’équipe TEDx Pointe à Pitre

    « Courtes, percutantes, émouvantes, les conférences TED, en bouleversant les codes de la prise de parole en public, permettent de faire circuler les idées qui changent le monde. » — Chris Anderson, Directeur de TED Conférences.1

    Le TEDx Pointe à Pitre est un formidable événement organisé localement grâce aux bénévoles et à l’Effet Papillon.

  • Le grand répertoire : 18 modèles managériaux pour transformer l’entreprise

    Lecture : 17 minutes

    Changer la façon dont une organisation fonctionne, c’est un peu comme se lancer dans une grande expédition. On sait où l’on veut aller – plus d’agilité, de collaboration, de sens – mais les chemins pour y parvenir sont souvent flous, semés d’obstacles, et parfois pavés de mauvaises interprétations. Des mots comme « Holacratie », « Sociocratie », ou « entreprise libérée » reviennent souvent dans les discussions, mais ils sont parfois mal compris, voire déformés. Cela crée des attentes imaginaires et, bien souvent, des déceptions.

    Avec cette série d’articles, notre ambition est simple : clarifier, démystifier et inspirer. Chaque concept clé du nouveau management que nous explorons est une boussole potentielle, capable de transformer une organisation en profondeur, à condition de bien comprendre ce qu’il peut – ou ne peut pas – apporter.

    Ce guide synthétique, conçu comme une vue d’ensemble, vous accompagne dans l’exploration de ces 18 concepts. Que vous soyez curieux d’en savoir plus ou à la recherche de solutions pour réinventer votre gouvernance, ce tour d’horizon vous donnera des clés pour mieux naviguer dans un univers où les modes et les buzzwords manquent parfois de solutions concrètes.

    Comme Sémawé fonctionne en Holacratie, nous pourrons dire pour chaque concept en quoi cela diffère ou ressemble aux principes de l’Holacratie. Nous assumons le parti pris subjectif avec lequel nous regardons ces systèmes, car nous savons que notre propre expérience détermine beaucoup comment nous percevons le monde.

    Vue d’ensemble sur les concepts

    1. Holacratie

    Créée en 2004, l’Holacratie est un système de gouvernance qui repose sur une constitution open source diffusée sous licence CC-by-SA. Elle définit des règles claires pour répartir l’autorité et les responsabilités dans une entreprise. Ce modèle unique allie la rigueur des structures hiérarchiques à la flexibilité des aspirations horizontales, garantissant ainsi une organisation à la fois fonctionnelle et efficiente. Avec environ 1500 entreprises l’ayant adoptée à travers le monde, l’Holacratie est reconnue pour ses mécanismes innovants : des rôles bien définis, des cercles interconnectés et des processus robustes pour la prise de décision. Elle répond au double enjeu de structure et d’agilité, crucial pour les organisations modernes.

    À la manière des statuts types qu’on peut utiliser lorsqu’on crée une entreprise, la constitution de l’Holacratie est un kit générique adaptable et modifiable à chaque entreprise qui veut s’en servir. Cela présente l’avantage de faire gagner beaucoup de temps et de profiter de l’expérience des autres organisations qui ont défriché cette voie !

    • Carte des organisations en Holacratie
    • Participer à une journée de découverte de l’Holacratie
    • Voir une étude de cas d’adoption de l’Holacratie

    2. Gouvernance partagée

    Une approche développée et promue notamment par l’Université du Nous, qui désigne un ensemble de pratiques et de principes permettant à un groupe de prendre des décisions collectivement. Contrairement à l’Holacratie, la gouvernance partagée n’est pas fondée sur une constitution formelle ou un cadre universel, mais offre une flexibilité qui permet aux organisations de co-construire leurs propres processus. Concrètement, elle s’appuie sur des outils structurés pour partager le pouvoir décisionnel, encourager une participation active et renforcer la responsabilisation collective. Elle vise à équilibrer les aspirations individuelles et collectives tout en s’écartant des modèles hiérarchiques.

    3. Sociocratie

    La sociocratie est un modèle de gouvernance qui repose sur le consentement, les cercles décisionnels et les doubles liens. Elle a été formalisée au XXe siècle par Gerard Endenburg, un ingénieur néerlandais, pour renforcer la collaboration et l’efficacité dans les organisations. Le principe central est le consentement : les décisions sont prises lorsque personne n’a d’objection raisonnable. Les cercles semi-autonomes sont interconnectés par des membres qui jouent un rôle de liaison, assurant la cohérence entre les niveaux de l’organisation.

    La sociocratie n’est pas une absence de structure ou de hiérarchie : bien qu’elle valorise la participation collective, elle repose sur des rôles et des processus clairement définis. Elle ne se limite pas non plus à un simple outil de prise de décision démocratique : c’est un cadre global qui régit l’organisation, la responsabilité et l’interaction entre les membres. Adaptable et inclusif, ce modèle est souvent utilisé dans des structures coopératives ou associatives, mais il inspire également des entreprises cherchant à renforcer leur démocratie interne.

    4. Gouvernance cellulaire

    La gouvernance cellulaire est une approche émergente inspirée des systèmes biologiques, où chaque unité d’une organisation fonctionne comme une cellule autonome et interdépendante. S’appuyant en partie sur les principes de la constitution de l’Holacratie, elle reprend les notions de rôles, de cercles et de distribution de l’autorité, mais l’a modifiée en intégrant une vision plus organique et adaptative.

    Dans ce modèle, les cellules disposent de leur propre autorité pour prendre des décisions tout en restant alignées avec le reste de l’organisation grâce à des mécanismes de coopération. Contrairement à l’Holacratie, la gouvernance cellulaire soutient un véritable parti pris de mettre de l’horizontalité dans l’organisation, et de supprimer les mécanismes de hiérarchie. Elle ne cherche pas à imposer un contrôle centralisé, mais favorise des interactions fluides et une résilience collective.

    5. Organisation opale

    L’entreprise opale, un concept popularisé par Frédéric Laloux dans son ouvrage Reinventing Organizations, décrit une nouvelle étape d’évolution des organisations. Ce modèle repose sur trois piliers fondamentaux : l’autogestion, la plénitude et un but évolutif.

    L’autogestion remplace les hiérarchies traditionnelles par des processus collaboratifs où chacun peut contribuer selon ses compétences. La plénitude invite à intégrer toutes les dimensions de l’individu au travail, en valorisant l’authenticité et l’épanouissement personnel. Enfin, le but évolutif se concentre sur la raison d’être de l’organisation, vue comme une entité vivante qui s’adapte et évolue au gré des changements de son environnement.

    Contrairement à des modèles purement structurels comme l’Holacratie, l’entreprise opale met davantage l’accent sur la transformation culturelle et humaine, ce qui peut représenter un défi dans des contextes où les résistances au changement sont fortes. Elle reste une source d’inspiration majeure pour les organisations cherchant à réconcilier performance et humanité.

    6. Entreprise libérée

    Un concept parfois galvaudé, où le focus est mis sur la suppression des contraintes pour favoriser la créativité. L’entreprise libérée, concept popularisé par Isaac Getz et Brian Carney, vise à redonner aux employés une liberté totale dans la manière de s’organiser et de travailler. Le rôle du dirigeant, dans ce modèle, est de créer un environnement où les collaborateurs peuvent prendre des décisions en toute autonomie, sans les contraintes d’une hiérarchie rigide.

    Ce concept repose sur l’idée que la suppression des règles inutiles et des processus bureaucratiques libère le potentiel créatif et productif des équipes. Il ne s’agit pas d’un modèle dénué de structure : l’entreprise libérée nécessite un cadre clair, basé sur la confiance, pour fonctionner efficacement.

    Contrairement à l’Holacratie ou à la Sociocratie, l’entreprise libérée ne propose pas de méthodologie formalisée. Elle s’appuie davantage sur une transformation culturelle, où le leadership est centré sur le soutien et l’inspiration. Ce modèle a inspiré de nombreuses organisations, mais son application dépend fortement de la vision et de l’engagement des dirigeants.

    7. Perma entreprise

    La permaentreprise, concept inspiré de la permaculture, transpose les principes de durabilité, d’équilibre et de résilience au monde des affaires. Ce modèle invite les organisations à fonctionner comme des écosystèmes, où chaque élément est optimisé pour collaborer harmonieusement avec les autres tout en respectant les ressources disponibles.

    Les principes clés de la perma-entreprise incluent une gestion attentive des ressources humaines et matérielles, la création de cycles vertueux et une vision à long terme. Contrairement à des modèles purement économiques, elle met l’accent sur l’impact environnemental et sociétal, cherchant à générer de la valeur non seulement pour l’entreprise mais aussi pour son environnement.

    En comparaison avec l’Holacratie, la perma-entreprise met davantage l’accent sur l’impact écologique et sociétal, alors que l’Holacratie se concentre principalement sur la structure organisationnelle et la répartition des rôles. Par ailleurs, les deux modèles partagent une approche systémique, mais la perma-entreprise intègre explicitement des principes éthiques et écologiques dans sa gouvernance.

    8. Leadership distribué

    Le leadership distribué est une approche dans laquelle la fonction de leadership n’est pas concentrée dans les mains d’une seule personne ou d’un groupe restreint, mais partagée à travers toute l’organisation. Chaque individu, selon son rôle et son expertise, peut exercer un leadership dans un domaine particulier.

    Ce modèle repose sur la confiance mutuelle et la responsabilisation, permettant à chacun de prendre des décisions éclairées sans attendre de directives hiérarchiques. En s’éloignant des schémas traditionnels de pouvoir, le leadership distribué favorise une prise de décision plus rapide et mieux adaptée aux réalités locales.

    Le concept a été initialement formalisé par James P. Spillane, Richard Halverson et John B. Diamond dans les années 2000, dans le cadre de leurs recherches sur la gestion scolaire. Depuis, il a été étendu à d’autres contextes organisationnels, mettant l’accent sur une gouvernance collaborative et une prise de décision collective.

    Comparé à l’Holacratie, qui formalise les rôles et les processus décisionnels, le leadership distribué offre une approche plus fluide et informelle, où les responsabilités émergent de manière naturelle selon les besoins de l’organisation. Ce modèle est particulièrement adapté aux environnements complexes et en évolution rapide, où l’agilité et la collaboration sont essentielles.

    9. Management Montessori

    Le management Montessori s’inspire des principes éducatifs de Maria Montessori pour les appliquer au monde du travail. Ce modèle met l’accent sur l’autonomie, la confiance et la responsabilisation des individus, en créant un environnement qui favorise l’apprentissage continu et la collaboration naturelle.

    L’idée centrale est de considérer chaque collaborateur comme un individu capable de s’auto-diriger, tout en bénéficiant d’un cadre structuré qui stimule sa créativité et son engagement. Les managers jouent un rôle de guides ou de facilitateurs, plutôt que de directeurs autoritaires, en veillant à ce que chaque membre de l’équipe ait les ressources nécessaires pour évoluer dans un contexte bienveillant et performant.

    Comparé à l’Holacratie, qui se concentre sur la structuration des rôles et des processus, le management Montessori met davantage l’accent sur le développement personnel et l’adaptabilité des individus. Ce modèle est particulièrement adapté aux organisations cherchant à concilier performance et épanouissement individuel.

    Exemples d’entreprises :

    • Clinitex : Thierry Pick s’est inspiré des principes Montessori pour imaginer un « management par l’appétence ».
    • My Human Kit : une organisation qui applique les principes Montessori pour favoriser l’autonomie et la créativité au sein de ses équipes de fabrication collaborative.
    • Living School : une école et entreprise éducative inspirée de la pédagogie Montessori, intégrant ses principes dans la gestion interne.
    • La Ruche qui dit Oui ! : qui favorise l’auto-organisation des équipes locales tout en créant des cadres structurants, dans un esprit Montessori.

    10. Organisation auto-organisée

    Une organisation auto-organisée est davantage une direction qu’un modèle. Elle repose sur l’autonomie des équipes pour prendre des décisions et gérer leurs responsabilités sans intervention hiérarchique directe. Ce type d’organisation met l’accent sur la confiance, la responsabilité individuelle et collective, et la capacité des équipes à se structurer selon leurs besoins.

    Les principes clés incluent une redistribution du pouvoir, des rôles flexibles, et des processus d’ajustement continu pour répondre aux défis en temps réel. L’auto-organisation ne signifie pas l’absence de cadre : elle nécessite des accords explicites, des outils collaboratifs, et des principes partagés pour fonctionner efficacement.

    Comparée à l’Holacratie, qui formalise les processus décisionnels à travers des rôles et des cercles, l’organisation auto-organisée est souvent plus informelle et émergente. C’est une approche particulièrement adaptée aux environnements dynamiques où l’agilité et l’innovation sont essentielles.

    11. Agilité organisationnelle

    L’agilité organisationnelle est la capacité d’une entreprise à s’adapter rapidement et efficacement aux évolutions de son environnement, qu’elles soient technologiques, économiques ou sociales. Elle s’appuie sur les principes fondateurs du “Manifeste Agile”, qui énonce 4 heuristiques clés :

    1. Donner la priorité aux individus et à leurs interactions plutôt qu’aux processus et outils.
    2. Produire des résultats fonctionnels plutôt que de la documentation exhaustive.
    3. Collaborer avec le client plutôt que de s’en tenir strictement aux contrats.
    4. Répondre au changement plutôt que de suivre un plan rigide.

    Les principes de l’agilité organisationnelle incluent :

    • Une orientation client forte, où les besoins du marché dictent les priorités.
    • Des équipes multidisciplinaires autonomes capables de prendre des décisions rapides.
    • Des cycles courts d’expérimentation et d’apprentissage pour ajuster les stratégies.

    Inspirée par les méthodologies agiles issues du développement logiciel, cette approche est appliquée à l’échelle de l’organisation entière pour maximiser la résilience et la compétitivité. Comparée à des modèles comme l’Holacratie, qui structure les interactions et les rôles de manière formelle, l’agilité organisationnelle met davantage l’accent sur l’adaptation continue et l’amélioration itérative des pratiques.

    L’Holacratie, bien qu’inscrite dans la filiation de l’agilité, va plus loin en intégrant le sujet de l’autorité et des règles. Là où l’agilité met l’accent sur la flexibilité et l’innovation, l’Holacratie fournit un cadre structuré pour clarifier les autorités décisionnelles, permettant aux organisations d’évoluer avec des mécanismes de gouvernance explicites.

    Elle est particulièrement prisée dans les secteurs en constante évolution, comme la tech, où des entreprises comme Spotify et ING Bank ont adopté des cadres d’agilité organisationnelle pour transformer leurs opérations.

    [Image showing traditional vs agile organizational model]

    12. Organisation fractale

    L’organisation fractale est davantage une métaphore qu’un modèle formalisé. Inspirée des principes mathématiques des fractales, elle suggère que chaque unité d’une organisation reflète la structure et les valeurs de l’ensemble, comme dans un système naturel ou biologique.

    Les organisations qui adoptent cette approche visent à créer des unités autonomes et connectées, capables de fonctionner indépendamment tout en contribuant à la vision ou aux objectifs globaux.

    Les caractéristiques principales incluent :

    • Autonomie locale : chaque unité (ou fractale) peut gérer ses propres opérations selon les besoins locaux.
    • Réplication des principes : les valeurs fondamentales et les processus clés sont reproduits dans toutes les unités.
    • Flexibilité et adaptabilité : les unités peuvent évoluer ou se réorganiser en fonction des changements de l’environnement.

    Cependant, ce concept ne dispose pas de cadre normatif ou de méthodologie universelle. Il s’agit d’une inspiration, souvent utilisée dans des contextes complexes et dynamiques pour stimuler la résilience et l’innovation. On peut qualifier l’Holacratie de système organisationnel fractal.

    Je reprends donc là où nous en étions pour votre Article 13, afin de vous fournir la version intégrale, fidèle et nettoyée du long article sur les paradigmes du management.


    13. Management 3.0 (suite)

    Les 6 vues principales du Management 3.0 incluent :

    1. Aligner les contraintes : définir un cadre clair et des objectifs partagés.
    2. Développer les compétences : favoriser l’apprentissage et l’évolution des individus.
    3. Autonomiser les équipes : donner aux collaborateurs le pouvoir de décision.
    4. Faire grandir la structure : optimiser les interactions au sein de l’organisation.
    5. Améliorer tout en continu : encourager les cycles d’apprentissage et d’amélioration.
    6. Favoriser les relations : construire un environnement de travail basé sur la confiance et le respect mutuel.

    Le Management 3.0 ne propose pas de modèle spécifique pour les organigrammes ou la répartition des autorités. Contrairement à des approches comme l’Holacratie, qui structure la gouvernance à travers des rôles et des cercles définis, cette méthode laisse une liberté totale aux organisations pour adapter leur structure selon leurs besoins. Elle met davantage l’accent sur les dynamiques humaines, la motivation des équipes et l’amélioration continue.

    Comparé à l’Holacratie, qui formalise fortement les processus et la gouvernance, le Management 3.0 est plus informel et centré sur les dynamiques humaines. Là où l’Holacratie structure les rôles, le Management 3.0 propose des outils pratiques pour renforcer la motivation et l’engagement des équipes.

    14. Sociocratie 3.0

    La Sociocratie 3.0 (S3) est un cadre de collaboration et de gouvernance évolutif, conçu pour aider les organisations à devenir plus agiles, résilientes et centrées sur l’humain. Elle combine des éléments de la Sociocratie traditionnelle, des méthodologies agiles et des pratiques Lean, tout en restant hautement adaptable aux besoins spécifiques des équipes et des organisations.

    Les principes clés de S3 incluent :

    • Consentement pour les décisions : les décisions sont prises lorsqu’il n’y a pas d’objections majeures, ce qui favorise une prise de décision rapide et inclusive.
    • Articulation des tensions : les tensions, perçues comme des opportunités d’amélioration, sont utilisées pour guider les évolutions de l’organisation.
    • Patrons (patterns) : un ensemble de pratiques réutilisables et flexibles, permettant aux équipes de résoudre des problèmes spécifiques tout en respectant leurs contextes uniques.

    Contrairement à d’autres cadres comme l’Holacratie, la Sociocratie 3.0 n’est pas une marque déposée. Elle est diffusée sous une licence Creative Commons Free Culture License, ce qui permet une utilisation libre et une adaptation ouverte. Cette approche favorise une appropriation décentralisée et encourage les utilisateurs à partager et modifier les ressources selon leurs besoins.

    De plus, S3 peut être perçue comme un recueil d’outils d’intelligence collective. À travers ses patterns, elle propose des solutions pratiques et flexibles pour renforcer la collaboration, résoudre des tensions et faire évoluer les pratiques organisationnelles. Des organisations dans des secteurs tels que la technologie, l’éducation et les ONG utilisent déjà S3 pour améliorer leur gouvernance et renforcer leur collaboration.

    15. Entreprise humaniste

    L’entreprise humaniste place les valeurs humaines et l’épanouissement des individus au cœur de sa stratégie et de son fonctionnement. Ce concept repose sur l’idée que la performance économique et le bien-être des collaborateurs sont interdépendants, et qu’une organisation prospère lorsqu’elle valorise la dignité, la diversité et la créativité de ses membres.

    Les principes fondamentaux incluent :

    • Respect de l’individu : chaque personne est considérée dans sa globalité, avec ses besoins, aspirations et contraintes.
    • Leadership bienveillant : les dirigeants se concentrent sur l’accompagnement, l’écoute et le soutien des collaborateurs.
    • Impact sociétal positif : l’entreprise cherche à contribuer au bien commun, au-delà de ses objectifs économiques.

    Des auteurs comme Jacques Lecomte, auteur de “Les entreprises humanistes”, et Isaac Getz, co-auteur de “L’entreprise altruiste”, ont largement contribué à développer et diffuser ce concept. Ils insistent sur l’interconnexion entre bienveillance, efficacité et impact sociétal positif. Le travail de Frédéric Laloux, dans “Reinventing Organizations”, et les idées de Viktor Frankl sur la recherche de sens ont également influencé cette approche.

    Comparée à des modèles comme l’Holacratie ou la Sociocratie, l’entreprise humaniste ne propose pas un cadre normatif ou des processus spécifiques. Elle met plutôt l’accent sur une transformation culturelle et sur les comportements qui favorisent une organisation harmonieuse et performante. Des entreprises comme Danone ou Patagonia se revendiquent de cette philosophie, en mettant en avant des pratiques qui allient rentabilité et respect des valeurs humaines.

    16. Self-management

    Le self-management ou auto-gestion, désigne une approche où les individus et les équipes sont pleinement autonomes pour organiser leur travail, prendre des décisions et gérer leurs responsabilités, sans dépendre d’une hiérarchie traditionnelle. Cette méthode repose sur la confiance mutuelle, la responsabilisation et des cadres clairs pour garantir la cohérence.

    Les caractéristiques clés incluent :

    • Prise de décision décentralisée : les collaborateurs prennent des décisions localement, en fonction de leur expertise et de leurs rôles.
    • Transparence : un accès équitable à l’information pour permettre à chacun de comprendre le contexte et les priorités.
    • Responsabilisation individuelle : chaque membre est pleinement engagé dans ses missions et assume les conséquences de ses choix.

    Comparé à l’Holacratie, qui fournit une structure explicite pour organiser les rôles et les cercles, le self-management est moins formalisé et davantage centré sur l’autonomie individuelle et collective. Ce concept s’inscrit également dans une vision d’épanouissement au travail, où les employés sont encouragés à innover et à collaborer librement. Des entreprises comme Morning Star, célèbre pour sa structure sans managers, ou Buurtzorg, un réseau d’infirmiers autogérés, sont des exemples de mise en œuvre réussie du self-management.

    17. Doctrine sociale de l’Église

    La doctrine sociale de l’Église est un ensemble de principes et de réflexions développés par l’Église catholique pour guider les interactions sociales, économiques et politiques selon une perspective éthique et humaniste. Ce cadre s’appuie sur des textes fondamentaux comme les encycliques papales (Rerum Novarum de Léon XIII, Quadragesimo Anno de Pie XI, et Laudato Si’ de François) et propose des principes applicables à la vie en société.

    Les principes clés incluent :

    • Dignité de la personne humaine : chaque individu est doté d’une valeur inaliénable et doit être respecté dans toutes ses dimensions.
    • Bien commun : les structures sociales et économiques doivent être orientées vers le bien collectif et non uniquement vers des intérêts individuels.
    • Subsidiarité : les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des personnes concernées, tout en garantissant un soutien approprié des niveaux supérieurs.
    • Solidarité : la coopération entre les individus et les communautés est essentielle pour construire une société juste et équitable.

    Des organisations en France s’inspirent explicitement de ces principes :

    • Les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (EDC) : un réseau de chefs d’entreprise catholiques qui promeut une gestion basée sur les valeurs de la doctrine sociale de l’Église.
    • La Nef : une coopérative financière éthique qui soutient des projets respectueux des personnes et de l’environnement.
    • Fondation Jean Rodhain : dédiée à des initiatives sociales et solidaires, alignées sur les principes de justice sociale et de dignité humaine.

    Comparée à des concepts comme l’entreprise humaniste, la doctrine sociale de l’Église apporte une dimension explicitement spirituelle et éthique, intégrant une vision transcendante des responsabilités humaines.

    18. L’entreprise régénératrice

    L’entreprise régénératrice, parfois appelée entreprise régénérative, est un concept émergent qui va au-delà de la durabilité en cherchant activement à régénérer les écosystèmes, les communautés et les ressources qu’elle impacte. Inspirée des principes de la régénération naturelle et de la permaculture, elle vise à avoir un effet net positif sur l’environnement et la société.

    Les caractéristiques principales incluent :

    • Régénération écologique : restaurer ou améliorer les écosystèmes naturels par des pratiques respectueuses et innovantes.
    • Impact sociétal positif : soutenir les communautés locales, réduire les inégalités, et favoriser un bien-être collectif durable.
    • Économie circulaire : repenser les modèles économiques pour éliminer les déchets et maximiser la réutilisation des ressources.

    Comparée à des concepts comme la perma-entreprise ou l’entreprise humaniste, l’entreprise régénératrice met un accent encore plus fort sur la restauration active et proactive des systèmes naturels et sociaux. Elle ne cherche pas seulement à limiter les impacts négatifs, mais à générer des bénéfices mesurables pour son environnement global. Des entreprises comme Patagonia ou Interface sont souvent citées comme des exemples de démarches régénératives, grâce à leurs engagements environnementaux et leurs initiatives pour restaurer les écosystèmes affectés par leurs activités.

    Comparaison générale et interconnexions

    Bien que ces concepts partagent des objectifs communs comme l’autonomie, la résilience ou la collaboration, ils diffèrent dans leurs approches et leurs mises en œuvre. Par exemple, la Sociocratie et l’Holacratie sont souvent comparées, mais elles divergent sur les mécanismes de prise de décision.

    Ce tableau comparatif vous aidera à visualiser les différences et similitudes entre ces notions. (Audit à venir).

    Guide pour choisir le bon cadre

    Il n’existe pas de solution universelle. Le choix d’un cadre dépend de plusieurs facteurs :

    • La taille de votre organisation.
    • Votre culture d’entreprise actuelle.
    • Vos objectifs stratégiques.
    • Le niveau d’engagement de vos équipes.

    En cas de doute, Sémawé propose un diagnostic personnalisé pour vous aider à identifier l’approche la mieux adaptée.

    Envie d’y voir plus clair pour transformer votre organisation ?

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  • Et si on rendait les entretiens 360° vraiment utiles ?

    Lecture : 4 minutes

    Chez Sémawé, on aime les processus et les outils… quand ils servent la relation plutôt que de l’abîmer. Et s’il y a bien un outil qui mérite d’être revisité, c’est celui de l’entretien 360°.

    Trop souvent vécu comme un bilan d’image — parfois cruel, parfois inutile — le 360° peut devenir un moment clé de clarification, de leadership et de reliance. À condition d’en revoir la philosophie et la mise en œuvre.

    Le 360°, ce qu’il devrait être (et ce qu’il n’est souvent pas)

    À l’origine, le feedback 360° est une méthode d’évaluation croisée : collaborateurs, collègues, managers (parfois même clients) sont invités à formuler un retour sur la manière dont une personne exerce son rôle.

    C’est une belle idée. Mais dans les faits, on voit souvent :

    • des questionnaires impersonnels remplis à la va-vite ;
    • des retours anonymes malveillants ou trop flous pour être utiles ;
    • des managers mis en posture d’accusés, priés de “se remettre en question” sans dialogue ;
    • un livret de 12 pages… qui finit dans un tiroir.

    Notre conviction : un bon feedback ne se mesure pas à sa quantité, mais à sa capacité à faire grandir. Et pour cela, il faut changer de posture, pas seulement de format.

    Un 360° incarné, dans le dialogue, responsabilisant

    Nous accompagnons les entretiens 360° comme des moments d’ajustement entre la perception que j’ai de moi et celle que les autres ont de moi. Ce sont des espaces vivants, parfois puissants, parfois subtils, toujours fertiles — à condition d’être bien guidés.

    Voici ce qui change dans notre approche :

    • Le manager est actif, pas passif. Il se prépare, il formule des questions, il devient acteur du processus.
    • Les retours ne sont pas anonymes et bruts, mais contextualisés, parfois partagés dans un cadre sécure, avec un processus si besoin.
    • Le cœur du processus, c’est la relation. L’entretien devient une occasion de se dire des choses qu’on ne se dit jamais. Avec justesse et profondeur, avec honnêteté finalement !

    Nous intégrons aussi la dimension appréciative, inspirée de la reconnaissance des talents, pour que l’entretien ne se limite pas à « corriger des défauts », mais éclaire ce que chacun rend possible autour de lui quand il est à son meilleur.

    Quelques questions puissantes

    Un avant-goût de la méthode, avec quelques questions qui changent la dynamique.

    Pour le manager, en amont :

    • « Qu’est-ce que j’aimerais mieux comprendre dans la façon dont je suis perçu ? »
    • « À quoi je veux vraiment contribuer dans mon rôle ? »
    • « Quel type de feedback me ferait progresser, même s’il est difficile à entendre ? »
    • « Qu’est-ce que je ne voudrais surtout pas que l’on dise de moi ? »

    Pour les répondants (collaborateurs, pairs, responsables) :

    • « Dans quelles situations cette personne exprime-t-elle son plein potentiel ? »
    • « Quel trait ou quelle posture gagnerait à être plus assumé ou plus visible ? »
    • « Quelle habitude de management pourrait être ajustée pour avoir plus d’impact ? »

    Mais le plus important, ce n’est pas la question, c’est le cadre dans lequel elle est posée : la posture d’écoute, la qualité de présence, la sécurité psychologique.

    Le 360° ne sert à rien… s’il n’est pas ancré dans une culture managériale vivante

    Un bon 360° ne devrait jamais être un acte isolé. Il devient puissant quand il s’inscrit dans une trajectoire :

    • Une culture de feedback régulier et sincère,
    • Un travail de fond sur la culture managériale,
    • Une explicitation des postures de leadership considérées comme responsables.

    Notre métier, chez Sémawé, ce n’est pas d’appliquer un protocole. C’est d’aider les dirigeants et les équipes à utiliser les bons outils pour ouvrir les bonnes conversations, au bon moment. Et ça, ça ne se fait pas avec un PDF de 30 pages, mais avec du discernement, du savoir-être, et parfois un bon coach à ses côtés.

    Vous préparez une vague d’entretiens 360° dans votre entreprise ?

    C’est l’occasion d’en faire un levier d’autonomie, de robustesse managériale et de clarté partagée !

    Nous accompagnons les dirigeants, DRH et managers dans la préparation, la facilitation et le suivi de ces processus, dans le respect du vivant de chaque organisation.


  • Comment concilier les statuts des personnes et les rôles ?

    Lecture : 16 minutes

    L’un des malentendus les plus fréquents quand une entreprise adopte l’Holacratie concerne la place des statuts des personnes. Faut-il créer un rôle “salarié” dans la gouvernance ? Un rôle “associé” ? Doit-on représenter quelque part que telle personne est mandataire social, ou membre du CODIR ? Ces questions sont récurrentes et légitimes.

    Car lorsqu’on fait l’expérience d’une gouvernance distribuée, tout ce qui échappe à l’architecture des rôles peut sembler flou, voire gênant. On cherche la cohérence et l’explicitation de toutes les attentes et responsabilités. On voudrait tout représenter. On voudrait que tout soit “dans la gouv”. Et pourtant, certains éléments de la réalité échappent, par nature, à la gouvernance en Holacratie. C’est le cas des statuts de personnes.

    Cette confusion tient au fait que dans nos habitudes organisationnelles classiques, le statut d’une personne est souvent confondu avec son “poste”. Or, en Holacratie, la notion de poste disparaît, au profit d’une structure dynamique de rôles pour décrire le travail fait par les personnes. On pourrait donc être tenté d’“encoder” le statut de salarié ou d’associé sous forme de rôle, pour ne pas le perdre de vue. Mais cela pose de nombreux problèmes que nous allons explorer.

    Cet article a pour objectif de clarifier les liens entre statuts et rôles dans une organisation fonctionnant en Holacratie, sans chercher à proposer une réponse unique. Au contraire : il s’agit d’introduire de la nuance, d’ouvrir des pistes, et de partager des pratiques concrètes issues du terrain. Car si l’Holacratie nous propose un cadre de gouvernance robuste, elle ne prétend pas absorber ou résoudre tous les héritages du droit du travail, du droit des sociétés, ou des cultures managériales.

    En d’autres termes : les statuts ne disparaissent pas avec l’Holacratie. Mais notre manière de les intégrer dans l’organisation peut évoluer. Encore faut-il distinguer ce qui relève du système juridique, de ce qui relève du système d’autorité. Et c’est là que les rôles entrent en scène.

    Rôles et statuts : deux logiques fondamentalement différentes

    L’un des fondements de la gouvernance en Holacratie, c’est la dissociation radicale entre les rôles que l’on tient dans l’organisation, et les personnes qui les tiennent. C’est cette dissociation qui permet d’éviter les conflits d’autorité implicite, les jeux de pouvoir personnels, ou les attentes non clarifiées. Pourtant, dans la réalité quotidienne d’une entreprise, les personnes arrivent toujours avec un “statut” : salarié, associé, stagiaire, indépendant, mandataire… Et cela peut brouiller les pistes si l’on n’y prend pas garde.

    Ce qu’est un rôle, en Holacratie

    Un rôle est une structure explicite, définie par trois éléments :

    • Une raison d’être (la finalité du rôle dans l’organisation),
    • Des redevabilités (les activités attendues de manière continue),
    • Éventuellement un ou plusieurs domaines (zones d’autorité exclusive).

    Ce qui rend un rôle opérationnel n’est donc pas son titre, mais les attentes qui y sont associées et la clarté sur ses limites. Ces rôles peuvent être modifiés, fusionnés, scindés, abandonnés, réaffectés — en fonction des besoins de l’organisation. Ils existent pour servir la raison d’être du cercle qui les contient.

    Extrait de la Constitution Holacracy, §1.4 :

    « Un Rôle est une entité organisationnelle que l’on peut définir avec une Raison d’Être, des Redevabilités, et des Domaines. Chaque Rôle appartient à un Cercle qui l’intègre dans sa propre gouvernance. »

    Ce qu’est un statut

    Le statut, lui, n’est pas une construction organisationnelle, mais une qualité juridique, sociale ou institutionnelle attachée à une personne. Il peut résulter :

    • d’un contrat de travail (statut de salarié),
    • d’un lien capitalistique (statut d’associé),
    • d’un pouvoir légal conféré par les statuts de l’entreprise (mandataire social),
    • ou d’un régime social particulier (freelance, intermittent, etc.).

    Un statut ne dépend pas de la gouvernance : il relève du droit du travail, du droit des sociétés, ou d’une convention contractuelle. Il détermine des responsabilités, des droits et parfois des pouvoirs que l’Holacratie ne peut ni créer, ni retirer, quand bien même l’organisation a signé une constitution.

    Les dangers de la confusion

    C’est ici que le risque apparaît : si l’on encode un statut comme un rôle, on induit l’idée que ce statut pourrait être modifié en réunion de gouvernance, ou qu’il serait soumis aux mêmes logiques d’évolution qu’un rôle classique.

    Par exemple :

    • Créer un rôle “Salarié” donnerait à penser qu’on pourrait devenir ou cesser d’être salarié par une simple affectation ou sortie du rôle, ou encore qu’on pourrait tout à fait modifier ce rôle dans un simple processus de gouvernance — ce qui est faux.
    • Donner une redevabilité “Signer les comptes annuels” à un rôle sans préciser qu’il faut être mandataire légal pour le faire crée une ambiguïté.

    En résumé : un rôle est gouvernable, un statut ne l’est pas. Il est donc essentiel de garder cette distinction claire, pour ne pas ouvrir la porte à des dérives de pouvoir ou à des incohérences juridiques.

    Dans l’absolu, il serait possible d’encoder aussi la règle qui précise que certains rôles écrits dans l’holarchie ne sont pas gouvernables, mais cela pose vraiment la question de la lisibilité d’un tel design de cercles et rôles. Serait-ce réellement au service de plus de clarté dans l’organisation ?

    Plusieurs organigrammes coexistent… et c’est normal

    Lorsqu’une organisation adopte l’Holacratie, elle remplace généralement un organigramme pyramidal par une structure de rôles organisée en cercles. C’est un changement profond, souvent libérateur. Mais il ne faut pas pour autant croire que l’organigramme holacratique remplace toutes les autres cartographies de l’organisation. En réalité, plusieurs types d’organigrammes coexistent, et c’est non seulement normal, mais souhaitable.

    L’organigramme fonctionnel, en cercles et rôles (la “gouvernance”)

    C’est la cartographie créée et maintenue par les règles du jeu de l’Holacratie. Elle décrit :

    • qui détient quelle autorité opérationnelle,
    • comment les rôles sont articulés en cercles,
    • les domaines protégés,
    • les redevabilités explicites de chaque rôle.Cette structure évolue en fonction des tensions de terrain, lors des réunions de gouvernance. Elle est vivante, distribuée, et centrée sur la raison d’être.

    L’organigramme RH, une hiérarchie de personnes

    C’est l’organigramme pyramidal si bien connu depuis la nuit des temps, qui présente une structure de personnes, rangées par ordre hiérarchique au sens où certaines personnes ont un lien de subordination avec d’autres.

    Quoi que l’on pense philosophiquement de cette idée de la subordination, la pyramide managériale au sens RH du terme existe bel et bien à partir du moment où une entreprise embauche des salariés. Un salarié a un supérieur hiérarchique qui a autorité pour signer avec lui les évolutions de son contrat de travail. La pyramide hiérarchique RH subsiste, même après l’adoption de l’Holacratie ; aucune entreprise ne peut s’extraire de ses devoirs d’employeur vis-à-vis du droit.

    Dans bien des cas, les leaders de cercle ne sont pas forcément les supérieurs hiérarchiques des leaders de rôles qui détiennent un rôle dans le cercle. La cohabitation des organigrammes fonctionnels et hiérarchiques est donc bien utile pour garder de la clarté sur les différences qui existent parfois entre une répartition des responsabilités fonctionnelles et hiérarchiques au sens RH.

    L’organigramme juridique

    Il s’agit ici d’un autre plan : celui des statuts légaux. On y trouve :

    • les mandataires sociaux (gérant, président, DG),
    • les associés, avec leurs droits de vote et leur capital,
    • les salariés, avec leurs contrats et leur protection sociale,
    • les indépendants, avec leurs relations contractuelles spécifiques.Cet organigramme est figé par le droit. Il ne peut pas être modifié par une réunion de gouvernance. Pourtant, il a des effets très concrets sur la vie de l’entreprise : responsabilité pénale, représentation légale, droit au chômage, etc.

    L’organigramme des personnes (et de l’informel)

    Ce plan est souvent implicite. Il comprend :

    • les relations interpersonnelles,
    • les affinités naturelles ou historiques,
    • les figures de leadership informel,
    • les perceptions de pouvoir non déclarées.Même dans un système de rôles, les personnes restent présentes, avec leur charisme, leur histoire, leur place dans le collectif. Ces dynamiques ne sont pas mauvaises en soi, mais il est utile de les rendre visibles pour mieux les comprendre. Pour autant, nous ne sommes pas forcément outillés pour représenter visuellement un tel organigramme.

    L’organigramme de la Source

    Certaines organisations, notamment celles qui s’inspirent des travaux de Peter Koenig ou de Stefan Merckelbach ou Tom Nixon, reconnaissent aussi un autre plan de structuration : celui de la Source. La Source est ici comprise comme la personne à l’origine du projet, qui continue à porter la vision profonde du projet et de ses valeurs.

    Ce plan n’a pas toujours de traduction juridique, ni de reconnaissance dans la gouvernance en Holacratie. Mais il a une influence réelle. Parfois, ce que nous appelons « tension » est en fait un frottement entre les choix d’un rôle… et l’intuition de la Source.

    Il serait certainement complexe de dessiner encore un autre organigramme pour différencier les Sources des leaders de cercles, mais la différence fondamentale entre cette structure de sources et celle des rôles et des cercles réside dans le fait que la source est intrinsèquement liée à une personne, là où en Holacratie la structure fonctionnelle repose précisément sur une distinction du rôle et de la personne.

    Assumer la coexistence, plutôt que chercher l’unification

    Vouloir forcer tous ces plans à coïncider, c’est créer des confusions ou des rigidités. Le vrai enjeu n’est pas d’unifier tous les organigrammes, mais d’apprendre à naviguer consciemment entre eux, en connaissant les limites et les possibilités propres à chacun. En Holacratie, on peut s’appuyer sur la gouvernance pour répartir des rôles fonctionnels. Mais cela ne nous dispense pas de prendre en compte les contraintes du droit, les dynamiques humaines, et parfois la légitimité d’une personne Source.

    Ce que l’Holacratie ne transforme pas

    L’Holacratie est un système de gouvernance. Elle permet de distribuer le pouvoir de manière explicite et évolutive à travers des rôles. Mais elle ne prétend pas remplacer les autres systèmes d’autorité existants dans une entreprise. En particulier, elle n’annule pas le droit du travail, le droit des sociétés, ni les réalités contractuelles ou institutionnelles.

    Le domaine du droit reste entier

    Dans une organisation en Holacratie, les personnes continuent d’avoir :

    • des contrats de travail qui définissent leur statut de salarié (ou non),
    • des liens capitalistiques qui font d’elles des associés, avec les droits qui en découlent,
    • parfois des mandats sociaux, qui leur confèrent une responsabilité légale envers les tiers (banque, URSSAF, tribunal, etc.).

    Aucun de ces éléments n’est encodé dans la Constitution Holacracy, et pour cause : ils relèvent d’un autre système d’autorité. Ils ne peuvent pas être modifiés par une décision de cercle. Il serait donc dangereux de faire comme si la gouvernance pouvait les absorber ou les transformer.

    Une gouvernance n’a pas le pouvoir de licencier, d’embaucher ou de nommer un mandataire

    Même si un cercle peut créer un rôle “Recrutement” avec la redevabilité “mener les entretiens d’embauche”, cela ne signifie pas que ce rôle peut juridiquement conclure un contrat de travail. Il faudra qu’une personne ayant la capacité juridique d’engager l’entreprise (souvent un mandataire social) signe ce contrat.

    De même, la gouvernance ne peut pas, à elle seule :

    • désigner ou révoquer un mandataire social,
    • exclure un associé,
    • négocier une rupture conventionnelle.Ces décisions nécessitent l’intervention de personnes physiques habilitées par d’autres règles que celles de la Constitution de l’Holacratie : les statuts juridiques de la société, le Code du travail, ou les pactes d’associés.

    Ce que cela signifie concrètement

    Cela ne veut pas dire que ces sujets doivent être mis “hors sol” ou seraient tabous. Cela veut dire qu’ils doivent être traités avec une clarté sur leur nature. Une bonne pratique consiste à se poser la question suivante :

    Cette autorité est-elle conférée par la gouvernance ? Ou bien par un contrat, un statut légal, une convention collective, ou un acte juridique ?

    Si c’est le second cas, il est inutile (voire dangereux) d’encoder cette autorité dans un rôle. Cela peut générer une illusion d’autonomie, ou une confusion des responsabilités — avec potentiellement des conséquences juridiques graves. D’ailleurs le préambule de la constitution précise bien que :

    « […] les Ratificateurs transfèrent leur pouvoir de gouverner et de diriger l’Organisation aux règles et processus décrits dans cette Constitution, à l’exception toutefois de tout pouvoir sur lequel les Ratificateurs n’ont pas autorité. »

    Comment représenter les statuts sans les fausser

    Même si les statuts ne relèvent pas de la gouvernance en Holacratie, il peut être utile de les rendre visibles dans l’organisation — à condition de ne pas les confondre avec des rôles. L’enjeu est de cartographier sans gouverner, de signaler sans créer d’illusion de contrôle. Autrement dit : représenter sans encoder.

    Voici plusieurs approches testées sur le terrain, avec leurs forces et leurs limites.

    1. Utiliser des rôles “non gouvernables” dans un cercle dédié

    Certaines organisations choisissent de créer un cercle spécial (par exemple : “Cercle des statuts”) dans lequel figurent des rôles comme :

    • “Salarié”
    • “Associé”
    • “Mandataire social”Ces rôles n’ont pas de raison d’être fonctionnelle, ni de redevabilités. Ils servent simplement de marqueurs symboliques ou juridiques. Ils ne sont pas destinés à être modifiés ou attribués via la gouvernance. Ils sont là à titre informatif. Pour éviter les malentendus, il est crucial d’accompagner cette pratique d’une note explicative : Ces rôles ne sont pas gouvernables, ne peuvent être ni fusionnés ni scindés, et ne confèrent aucune autorité opérationnelle.

    2. Utiliser des codes couleur ou des icônes dans l’outil de gouvernance

    Certains outils comme Holaspirit permettent d’ajouter des métadonnées ou des badges sur les personnes :

    • une pastille bleue pour les salariés,
    • une pastille verte pour les associés,
    • une couronne pour les mandataires sociaux.C’est simple, visuel, non intrusif. Et cela n’introduit pas de confusion dans la gouvernance. On peut même envisager un fichier externe (Notion, wiki, etc.) pour référencer ces informations de manière distincte.

    3. Gérer les statuts en dehors du système de rôles

    Une autre option consiste à ne rien représenter dans la gouvernance, mais à faire apparaître les statuts :

    • dans un annuaire interne,
    • dans un document de référence juridique,
    • dans les procédures RH ou administratives.C’est particulièrement adapté si l’organisation veut éviter toute hybridation entre le juridique et la gouvernance. On trace ici une frontière nette : la gouvernance sert à gérer le travail, le reste est traité ailleurs.

    4. Ce qu’il faut éviter : encoder un statut comme un rôle fonctionnel

    Par exemple :

    • créer un rôle “Associé·e” avec la redevabilité “voter en AG”,
    • créer un rôle “Mandataire” avec le domaine “représentation légale de l’entreprise”,
    • ou encore créer un rôle “Salarié” et y rattacher toutes les fonctions RH.Ce genre de confusion est risqué. Elle peut donner à penser que la gouvernance peut retirer ou réattribuer un statut, ou encore qu’un rôle confère un pouvoir qu’il n’a pas. Cela affaiblit à la fois la clarté juridique et la solidité du système en Holacratie.

    Trois cas à part : salarié, associé, mandataire

    Tous les statuts ne soulèvent pas les mêmes enjeux dans une organisation en Holacratie. Certains, comme celui de salarié, interfèrent avec des fonctions RH ou de management. D’autres, comme celui d’associé, touchent à la propriété et à la gouvernance juridique. Enfin, le mandataire social est un statut particulièrement délicat.

    Le statut de salarié

    Il s’apparente à un accord relationnel au sens de l’article 2.4 de la constitution. Il implique des obligations unilatérales de l’employeur (protection sociale, subordination…) et des attentes implicites de type “mon manager doit valider”.

    • À éviter : Créer un rôle “salarié” ou “employé” dans un cercle.
    • À faire : Créer un rôle RH en gouvernance avec des redevabilités précises (ex. : “mettre à jour les contrats de travail”), définir des règles claires (ex. : “tout recrutement doit être validé par un rôle ayant le domaine ‘signature de contrat’”).

    Le statut d’associé

    Être associé, c’est détenir une part du capital. Le piège fréquent est d’en faire un statut de pouvoir implicite (“puisque je suis associé, je dois valider ça”), ce qui brouille la lisibilité.

    • À faire : Gérer les engagements comportementaux dans un pacte d’associés ou des accords relationnels hors de la gouvernance Holacratie. Séparer les droits attachés au capital de l’autorité fonctionnelle.

    Le statut de mandataire social

    Le mandataire représente légalement l’entreprise. Ce n’est pas un rôle affectable dans un cercle.

    • À éviter absolument : Affecter ce statut via une décision de gouvernance ou croire qu’un rôle “Président” permet de signer les comptes sans habilitation légale.
    • À faire : Créer un cercle “Mandat social” contenant des rôles opérationnels délégués (ex. : “Préparer l’AG”). Documenter dans un fichier externe qui sont les mandataires et leurs pouvoirs.

    Posture, engagements, comportements : et si ce n’était pas une affaire de rôles ?

    Dans la pratique, de nombreuses tensions viennent d’un flou sur les postures attendues. La gouvernance en Holacratie n’est pas toujours le bon outil pour les traiter.

    Le piège : vouloir tout encoder dans des rôles

    Créer des redevabilités subjectives (“être exemplaire”) pose problème car elles ne sont pas gouvernables et confondent rôle et personne. La gouvernance sert à organiser le travail, pas à dire qui est une “bonne personne”.

    L’alternative : les accords relationnels

    Mieux vaut passer par des accords explicites hors du système de rôles (chartes relationnelles, pactes d’associés). Ils ne sont pas gouvernables, mais discutables. Ils vivent dans l’espace de la relation.

    Et si l’on veut poser des contraintes d’affectation ?

    Il est possible de créer des règles dans le cercle posant des contraintes objectives sur les affectations (ex. : “seuls les associés peuvent tenir ce rôle”). Mais cela ne peut jamais modifier le statut juridique de la personne.

    « Seul un Leader de Cercle peut affecter ou désaffecter un Rôle au sein du Cercle, à moins que le Cercle n’ait délégué le contrôle de l’affectation des Rôles à un autre Rôle ou processus. Une règle peut encadrer davantage le processus d’affectation ou de désaffectation de Rôle. » (Constitution Holacracy, §1.4.1)

    Ne pas corréler rôles, salaires et statuts : un enjeu de clarté

    Lier untel a le rôle “X” $\rightarrow$ donc il a tel salaire introduit une rigidité dangereuse. Les rôles ne sont pas des postes. Ils n’impliquent aucun engagement de durée ni contrepartie financière directe.

    Les effets pervers d’une corrélation directe

    Les personnes s’attachent émotionnellement à leurs rôles, il devient difficile de les scinder (vécu comme une perte de pouvoir) et le lien entre création de valeur réelle et rémunération se brouille.

    Des alternatives plus saines

    1. Dissocier explicitement rôle et rémunération : Le salaire dépend d’un système RH distinct (séniorité, contribution globale).
    2. Créer un rôle RH dédié à la rémunération.
    3. Documenter les règles de rémunération en dehors de la gouvernance (charte salariale).

    Conclusion — Clarifier sans tout vouloir gouverner

    Adopter l’Holacratie, ce n’est pas effacer l’histoire ou le droit. C’est apprendre à distinguer les espaces. Dans une organisation, il y a des rôles gouvernables et des statuts non gouvernables. L’Holacratie n’est pas un outil pour tout absorber, mais un outil pour clarifier qui fait quoi, pourquoi, et dans quel cadre d’autorité. C’est une boussole pour la complexité.

  • Expérimenter l’Holacratie dans l’Armée Suisse, un pari peu courant !

    Lecture : 5 minutes

    Comment une équipe a transformé son organisation sans imposer le cadre, mais en le révélant par la pratique.

    « Nous avons réduit nos réunions de quatre heures à une heure, sans perte d’efficacité. L’information circule mieux, les décisions sont prises plus vite, et surtout, chacun sait enfin qui fait quoi. » — Alexandre Julien Robatel

    Mettre en place l’Holacratie dans une institution militaire ? L’idée peut sembler paradoxale. Pourtant, c’est bien ce qu’a entrepris Alexandre Julien Robatel, Chef planification, finances et contrôle de gestion et Suppléant chef d’état-major au sein de l’Armée Suisse. Son approche : ne pas imposer un modèle, mais accompagner son équipe à le découvrir par l’expérimentation. Un an après, les résultats parlent d’eux-mêmes : une organisation plus fluide, une autonomie accrue, et des réunions transformées.

    Retour sur une transition étonnante et inspirante menée par un tempérament d’explorateur !

    Un changement nécessaire pour une équipe en mutation

    Quand Alexandre prend la direction de son équipe en janvier 2024, il hérite d’un mode de fonctionnement très hiérarchisé :

    « À mon arrivée, l’équipe fonctionnait en vase clos, avec une culture de contrôle très forte. Je devenais le chef d’une équipe en place depuis de nombreuses années. »

    Un tiers de l’équipe approche l’âge de la retraite et des habitudes de travail sont ancrées. Alexandre, en étant nommé à la tête de cette équipe, voit là une opportunité : plutôt que d’imposer immédiatement un nouveau système, il décide de poser un regard neuf sur les pratiques existantes.

    Observer avant d’agir : un rapport d’étonnement décisif

    Avant de prendre la moindre décision, Alexandre adopte une posture d’observation. Pendant un mois, il prend des notes sur tout ce qui le surprend, ce qui fonctionne et ce qui pourrait être amélioré. Il synthétise ses constats dans un « rapport d’étonnement » et le partage à son équipe.

    « Je n’ai pas cherché à juger. J’ai simplement mis en évidence ce qui m’a marqué : les doublons, les lenteurs administratives, les silos de communication… C’était très important pour moi de faire ce travail avec impartialité ! »

    Ce rapport crée une première onde de choc, mais pose surtout les bases de la future démarche de transformation.

    Démarrer sans dire « Holacratie » : une expérimentation guidée

    Plutôt que d’annoncer un changement radical, Alexandre engage son équipe dans une série d’expérimentations. Pendant un mois, il leur demande de répertorier l’ensemble de leurs activités quotidiennes sur un grand tableau dans leur bureau commun. Au bout d’un mois, Alexandre a de la matière pour commencer le travail de clarification du “Qui fait quoi ?”.

    « Je n’ai pas parlé d’Holacratie au départ. J’ai commencé par cartographier les activités de chacun et à les structurer en cercles. En simultané, j’ai demandé à chaque membre de l’équipe de choisir un rôle à formaliser dans cette cartographie. »

    L’équipe joue le jeu. Rapidement, les rôles émergent naturellement, et chacun se réapproprie ses missions.

    « On a découvert qu’on avait des tâches en double, que certaines étaient délaissées faute de clarté. Faire ce constat était très intéressant. »

    Petit à petit, Alexandre introduit les rituels de réunion et les principes de gouvernance distribuée, sans jamais imposer un cadre rigide.

    « On a mis en place des réunions tactiques, mais au début, on les appelait juste ‘tables rondes’. On a structuré les prises de décision, mais on a gardé des mots familiers. Je voulais que l’équipe découvre l’intérêt du système avant de lui mettre une étiquette. »

    Des résultats concrets : réunions plus courtes, décisions plus fluides

    L’impact est très rapide. Les réunions, qui duraient quatre heures, sont réduites à une heure.

    « Avant, les gens arrivaient en réunion et racontaient leur semaine. Maintenant, on ne garde que l’essentiel : les blocages, les décisions à prendre, les actions prioritaires. Et surtout, chacun sait pourquoi il est là et ce qu’il peut apporter. »

    L’équipe se prend au jeu. Chacun devient acteur de la gouvernance, les tensions se résolvent plus vite et les responsabilités sont clarifiées.

    Une contagion positive au-delà de l’équipe

    Le changement dépasse rapidement le cadre du service d’Alexandre.

    « Nous avons commencé à proposer la réunion tactique aux équipes avec lesquelles nous collaborons. Cela demande un peu de temps de mise en place, mais une fois la pédagogie installée, cela permet d’essaimer cette culture agile et pragmatique. »

    Son supérieur hiérarchique s’y intéresse à son tour et décide d’élargir l’expérimentation à d’autres unités.

    « L’Holacratie n’a pas été imposée par la hiérarchie, elle s’est diffusée parce qu’elle était utile. Nous avons d’ailleurs décidé d’élargir la démarche en faisant intervenir Sémawé lors d’une journée de sensibilisation. »

    L’humain au cœur de la transformation

    Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’impact humain du changement. Les profils seniors qui auraient pu être réticents deviennent des moteurs du projet :

    « Deux collègues proches de la retraite ont décidé de tester les rôles de scribe ou facilitateur avec enthousiasme, une autre collaboratrice a décortiqué la Constitution Holacracy ! »

    De même, une jeune collaboratrice à temps partiel, initialement sceptique, s’est révélée être un leader naturel.

    « Elle me disait : ‘Moi, je suis à 50 %, je ne peux pas être leader’. Je lui ai répondu que son pourcentage d’activité n’avait rien à voir avec sa légitimité. Aujourd’hui, elle pilote un cercle et prend des décisions clés. »

    Ou encore certains talents révélés.

    “Parmi les plus jeunes, des talents ont émergé car ces personnes ont compris qu’elles pouvaient proposer des choses. Elles sont désormais reconnues dans leur domaine d’expertise par le reste de l’organisation.”

    Un modèle agile pour une institution rigide ?

    Loin des clichés sur la rigidité militaire, cette transformation prouve qu’il est possible de réconcilier autonomie et discipline.

    « Nous n’avons pas mis en place l’Holacratie pour ‘faire moderne’. Nous l’avons mise en place parce que ça répondait à un besoin concret : mieux s’organiser, mieux collaborer, mieux décider sans passer par tous les échelons hiérarchiques. »

    Ce qu’on peut retenir de cette transition réussie

    1. L’expérimentation avant la théorie : L’équipe a découvert l’intérêt de la méthode avant qu’on lui mette un nom.
    2. Des bénéfices visibles rapidement : Réunions plus courtes, décisions plus claires, responsabilités mieux réparties.
    3. Un impact humain fort : Les talents émergent quand on leur laisse la place de s’exprimer.
    4. Une diffusion naturelle : Le modèle se propage parce qu’il est efficace, pas parce qu’il est imposé.
  • Ce que la recherche scientifique révèle sur l’Holacratie : Des entreprises plus agiles et innovantes

    Lecture : 5 minutes

    Quand j’ai commencé à utiliser l’Holacratie, je savais que je m’aventurais en territoire encore inexploré par la recherche académique. Mais aujourd’hui, une étape importante a été franchie : Marco Robledo, chercheur et auteur reconnu, vient de publier une analyse approfondie de l’Holacratie dans la prestigieuse revue scientifique International Journal of Organizational Analysis. Ce n’est plus seulement une expérimentation de terrain ou un outil pour les entreprises pionnières : c’est désormais un sujet légitime dans le champ de la recherche organisationnelle, avec des bases académiques solides.

    Marco Antonio Robledo

    Marco Antonio Robledo est professeur titulaire au Département d’économie des entreprises de l’Université des Îles Baléares (UIB) en Espagne. Il dirige également le programme de Master en administration des affaires (MBA) au sein de la même université.

    Parmi ses publications notables, on peut citer :

    • « 3D Management, an Integral Theory for Organisations in the Vanguard of Evolution » : Cet ouvrage présente une métathéorie intégrale du management, intégrant les connaissances organisationnelles dans un cadre explicite et non marginalisant.
    • « Building an Integral Metatheory of Management » : Un article publié dans l’European Management Journal, où il propose une métathéorie intégrale du management en classifiant et intégrant les théories existantes selon leurs paradigmes sous-jacents.

    Ces travaux reflètent son engagement à promouvoir des formes d’entreprise plus conscientes, humaines et responsables, en intégrant des théories novatrices telles que l’Holacratie et la Sociocratie 3.0.

    Un système révolutionnaire passé au crible de la science

    L’article scientifique qu’il publie, s’intitule « Holacracy: Redefining Organizational Ontology and Epistemology ». Il a été publié en 2024 dans l’International Journal of Organizational Analysis, une revue à comité de lecture. L’article se penche sur les fondements théoriques de l’Holacratie. C’est probablement l’une des premières analyses académiques approfondies de ce système de gouvernance. Et ce n’est pas anodin : l’Holacratie ne se contente pas de modifier la façon dont on prend des décisions en entreprise. Elle redéfinit complètement ce que signifie « être une organisation ».

    Voici les hypothèses majeures formulées dans l’article :

    1 – L’Holacratie réinvente les fondements des organisations.

    Ce système propose une nouvelle ontologie organisationnelle, basée sur des rôles et des cercles auto-organisés, et une épistémologie, centrée sur l’apprentissage continu et les boucles de rétroaction. L’article suggère que ce modèle pourrait offrir une alternative aux structures hiérarchiques traditionnelles, jugées inadéquates face à la complexité du monde actuel.

    2 – L’Holacratie favorise l’agilité et l’autonomie.

    L’auteur présuppose que les organisations pratiquant l’Holacratie sont plus adaptables aux changements rapides, grâce à une structure de gouvernance décentralisée et une prise de décision distribuée.

    3 – Les rôles, non les individus, sont au cœur du système.

    L’Holacratie distingue radicalement les personnes des rôles qu’elles occupent, permettant une approche fluide et dynamique du travail organisationnel.

    Quelles conclusions l’article propose-t-il ?

    Les conclusions sont prometteuses mais nuancées :

    • L’Holacratie est décrite comme un système permettant aux organisations de devenir plus agiles, plus efficaces, plus participatives et alignées sur leur raison d’être.
    • L’auteur qualifie L’Holacratie de « changement systémique complet » dans la façon dont les entreprises distribuent le pouvoir et structurent leurs activités.
    • Cependant, l’article avertit que son adoption nécessite une maturité organisationnelle élevée et une volonté de transformation culturelle. Des résistances peuvent apparaître, notamment face à la sensation de perte de pouvoir des cadres traditionnels et en particulier du management intermédiaire.

    Un extrait qui illustre cette transformation :

    « L’Holacratie prend certaines fonctions de conception organisationnelle traditionnellement réservées au PDG ou à l’équipe exécutive et les place dans des processus impliquant la participation de tous au sein de l’organisation. »

    (Robertson, 2015).

    L’auteur note également une complexité accrue due à la prolifération des rôles et soulignent que, pour réussir, il est essentiel d’accompagner cette transition avec soin. Cela implique de mettre en place des processus d’accompagnement clairs et progressifs. Les équipes doivent être formées aux nouvelles règles de gouvernance, et un suivi régulier est nécessaire pour adapter les pratiques au contexte unique de chaque organisation. L’accent doit également être mis sur la communication interne pour expliquer les changements et sur la gestion des résistances potentielles. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de mettre en œuvre des outils, mais de transformer les mentalités et les habitudes au sein des équipes.

    Ce qui rend cette publication unique

    Ce qui distingue cette publication, c’est sa portée académique et sa capacité à inscrire l’Holacratie dans une perspective théorique rigoureuse. Elle ne se contente pas de décrire les pratiques holacratiques : elle propose une analyse en profondeur de ses implications philosophiques, structurelles et organisationnelles. Voici pourquoi elle marque une avancée majeure :

    • Un des premiers cadres théoriques pour l’Holacratie : En traitant des concepts d’ontologie et d’épistémologie organisationnelle, cette publication ouvre la voie à une reconnaissance académique plus large et offre une base solide pour d’éventuelles recherches empiriques.
    • Une exploration des dynamiques de pouvoir : L’article met en lumière comment l’Holacratie redistribue l’autorité, en passant d’une logique de contrôle hiérarchique à une gouvernance distribuée et responsabilisante.
    • Un éclairage sur les défis organisationnels : Contrairement aux récits souvent enthousiastes mais simplistes, cette analyse reconnaît les limites et obstacles potentiels de l’Holacratie, comme la complexité accrue ou la nécessité d’un changement culturel profond.
    • Un lien avec les paradigmes émergents : La publication situe l’Holacratie dans le contexte plus large des « systèmes vivants », en lien avec des concepts comme l’auto-organisation et l’intelligence collective. Cela offre une perspective unique sur l’avenir des organisations dans un monde complexe.

    Un extrait illustre bien cette ambition théorique :

    « L’Holacratie, en adoptant une structure fractale et des mécanismes de gouvernance dynamiques, reflète une évolution organisationnelle alignée sur les principes de systèmes vivants. »

    (Robertson, 2007).

    En résumé, cette publication ne se contente pas d’observer : elle structure et formalise des idées fondamentales qui pourront inspirer tant les praticiens que les chercheurs dans leur compréhension et leur mise en œuvre de l’Holacratie.

    Et chez Sémawé, on fait quoi avec ça ?

    Chez Sémawé, nous avons choisi d’intégrer les principes de l’Holacratie pour accompagner les organisations dans leurs transformations. Nous voyons chaque jour comment ce modèle peut aider à libérer l’intelligence collective et clarifier les responsabilités, tout en favorisant une meilleure adaptation aux changements.

    Nous comprenons que l’adoption de l’Holacratie peut soulever des questions et des défis. C’est pourquoi nous avons développé une expertise pour guider les équipes et les dirigeants dans cette démarche, en prenant en compte leurs besoins spécifiques et leur contexte.

    Loin d’être une solution toute faite, l’Holacratie est un outil puissant pour ceux qui souhaitent repenser leurs modes de fonctionnement. Nous sommes là pour explorer ces possibilités avec vous.

    Envie de passer à l’étape suivante ?

    Nous croyons en des organisations capables de s’adapter rapidement tout en restant fidèles à leur raison d’être. Si l’Holacratie vous intrigue ou si vous souhaitez en savoir plus sur ce modèle, discutons ensemble pour imaginer les pistes adaptées à votre situation.

    Aliocha Iordanoff

  • Les systèmes de management de l’autonomie et les personnes neuroatypiques : une révolution à échelle humaine

    Lecture : 7 minutes

    Dans mon métier, je rencontre souvent des dirigeants et managers qui cherchent à mieux structurer leur organisation, à renforcer l’autonomie de leurs équipes ou encore à gérer des tensions relationnelles. Mais il y a un sujet qui reste rarement abordé de front : la diversité cognitive, et en particulier la neuroatypie.

    Et si les défis auxquels votre organisation fait face étaient en réalité des opportunités cachées ? Trop souvent, les talents les plus précieux passent inaperçus ou peinent à s’exprimer, enfermés dans des cadres de travail mal adaptés. C’est le cas des personnes neuroatypiques, mais pas seulement. Les modèles classiques de management — rigides, flous ou trop informels — montrent leurs limites face à la complexité croissante des organisations modernes.

    Le besoin d’autonomie, de clarté et de bien-être est désormais une attente partagée par toutes les générations au travail. Pourtant, beaucoup d’entreprises continuent de fonctionner avec des méthodes inadaptées, au détriment de leur efficacité et de leur capacité à innover.

    Il existe pourtant des solutions. Et elles ne profitent pas qu’à une minorité. En adoptant des systèmes inclusifs et structurés, comme l’Holacratie, il est possible de transformer radicalement son organisation. Non seulement pour inclure davantage, mais aussi pour mieux performer. Cet article explore pourquoi et comment.

    Les défis des modèles traditionnels face à la neurodiversité

    Dans mon expérience, la neurodiversité est un sujet rarement abordé ouvertement dans les organisations. Pourtant, elle est omniprésente. Les personnes neuroatypiques, qu’il s’agisse de troubles du spectre autistique, de TDA/H, de dyslexie ou d’autres profils cognitifs, représentent environ 10 % des collaborateurs. C’est énorme. Mais faute de cadre adapté, leurs talents restent souvent invisibles, étouffés par la nécessité de se sur-adapter.Image de Neurodiversity spectrum diagram

    Cette sur-adaptation, je l’ai vue de près : elle consomme une énergie considérable. Ces collaborateurs passent un temps démesuré à essayer de s’intégrer dans des environnements conçus pour une norme qu’ils ne partagent pas. Ils se heurtent à des codes implicites, à des interactions floues, ou encore à des attentes mal formulées. Cela génère du stress, de l’épuisement et parfois même un désengagement total.

    Et ce problème ne touche pas que les neuroatypiques. Les modèles classiques, avec leur rigidité ou leur manque de structure, finissent par peser sur tout le monde. Qui n’a jamais souffert d’une réunion interminable et mal cadrée, ou d’un rôle flou où personne ne sait exactement qui fait quoi ? Ces dysfonctionnements, fréquents, freinent la productivité et dégradent le climat de travail.

    Pourtant, il suffit parfois de quelques ajustements bien pensés pour transformer ces défis en opportunités. Et c’est précisément ce que permettent des systèmes de management inclusifs et structurés. Ils apportent de la clarté, du calme et un cadre propice à l’épanouissement de tous, neuroatypiques ou non. Toute l’énergie qui n’est pas dépensée en sur-adaptation peut être orientée vers beaucoup plus de création de valeur et de bien-être. Dans la suite de cet article, je vais vous montrer comment.

    Une solution : des systèmes inclusifs et performants

    Dans ma pratique, j’ai vu combien des systèmes comme l’Holacratie peuvent transformer une organisation. Contrairement à ce que certains imaginent, ces modèles ne sont pas réservés à une minorité ou à un type spécifique d’entreprise. Ils apportent une structure claire et adaptable, bénéfique à tous.

    L’Holacratie repose sur des principes simples mais puissants : une constitution pour donner des règles du jeu managérial, un organigramme fractal et réaliste qui décrit exactement qui est responsable de quoi, et des méthodes de décisions intégratives.

    Ces outils ne sont pas abstraits. Ils changent concrètement la manière de travailler. J’ai vu des équipes gagner en sérénité grâce à des réunions où tout le monde sait ce qui est attendu, des managers dégager du temps pour diriger efficacement, et des collaborateurs retrouver de l’autonomie et du plaisir à contribuer.

    Des exemples concrets de transformation

    J’aime m’appuyer sur des faits tangibles, et c’est précisément ce que l’Holacratie permet : des changements concrets, visibles, et ressentis par tous dans l’organisation.

    • Des réunions apaisées : Les réunions tactiques, avec leur processus bien défini, apportent une structure claire. Chez nous, les discussions chaotiques ou interminables ont laissé place à des échanges efficaces, où chacun sait ce qu’on attend de lui. Cette clarté est particulièrement précieuse pour les profils neuroatypiques, souvent perturbés par des interactions floues ou des interruptions intempestives.
    • Des rôles clarifiés : Au sein de notre équipe, chaque membre connaît ses responsabilités et celles des autres. Cette répartition explicite évite les doubles emplois ou les malentendus. Résultat : moins de frustrations, plus de fluidité, et une autonomie renforcée pour tous.
    • Une gestion apaisée des tensions : Plutôt que de laisser les problèmes s’accumuler ou de les traiter dans l’urgence, nous utilisons un cadre formel pour les aborder dès qu’ils surgissent. Cette approche favorise l’écoute et la résolution proactive, tout en désamorçant les conflits latents. C’est un soulagement, autant pour les neuroatypiques que pour le reste de l’équipe.

    Inclusion universelle : une opportunité, pas une contrainte

    Ce qui me frappe avec les systèmes inclusifs, comme l’Holacratie, c’est qu’ils ne se limitent pas à répondre aux besoins des minorités. Ils améliorent le quotidien de tout le monde. C’est un effet d’entraînement positif que j’ai observé à plusieurs reprises.

    Prenez l’exemple des rampes d’accès. À l’origine conçues pour les fauteuils roulants, elles profitent aussi aux parents avec poussettes ou aux livreurs chargés de colis. L’Holacratie fonctionne de la même manière : des outils qui permettent d’inclure la diversité cognitive permettent aussi à l’ensemble de l’équipe de mieux fonctionner.

    Inclure n’est pas une contrainte. C’est une manière de révéler les talents cachés, d’encourager l’innovation, et de bâtir des organisations résilientes.

    Premiers pas pour transformer votre organisation

    Je sais que se lancer dans une transformation organisationnelle peut sembler intimidant. Pourtant, il n’est pas nécessaire de tout révolutionner d’un coup.

    Voici quelques pistes concrètes pour amorcer cette transformation :

    1. Posez les bonnes questions : Quels aspects de votre organisation mériteraient d’être repensés pour s’adapter aux défis actuels ? Quels atouts souhaitez-vous préserver à tout prix ?
    2. Identifiez un leader du changement : Toute transformation a besoin d’un porteur de vision prêt à incarner ce projet.
    3. Testez des outils simples : Commencez par expérimenter un ou deux outils clés, comme des réunions structurées ou une formalisation des tensions.
    4. Participez à un atelier ou un séminaire : Rien ne vaut une expérience immersive pour poser les bases d’une transformation réussie.

    La pédagogie Montessori : une inspiration universelle

    Un parallèle éclairant peut être fait avec la pédagogie Montessori. À l’origine, cette méthode a été conçue pour accompagner des enfants en situation de handicap mental. Mais ses principes — favoriser l’autonomie, respecter les rythmes individuels, structurer un cadre clair — se sont avérés bénéfiques pour tous.

    L’Holacratie fonctionne de manière similaire. Ce qui a été pensé pour répondre à des besoins spécifiques des entreprises qui veulent développer le self-management, s’est révélé incroyablement efficace pour améliorer la dynamique globale des équipes.

    Une opportunité !

    En adoptant des systèmes inclusifs, vous créez plus qu’un environnement de travail fonctionnel : vous posez les bases d’une culture d’autonomie, de clarté et de confiance.

    Chaque pas vers un management plus clair et inclusif est un investissement dans la résilience et l’efficacité de votre organisation. Chez Sémawé, nous croyons fermement que des pratiques comme l’Holacratie sont non seulement des réponses aux défis de l’inclusion, mais aussi des catalyseurs de performance collective.

  • 10 excellentes raisons de ne pas utiliser l’Holacratie

    Lecture : 9 minutes

    Ah, l’Holacratie. Cette drôle d’idée où les équipes prennent des décisions autonomes, où les rôles sont clairs, et où, paraît-il, les organisations gagnent en agilité. Ça fait rêver certains… mais pas vous. Vous, vous avez vos raisons. Des raisons en béton, même.

    Et parce qu’il n’y a pas de honte à assumer qu’un modèle n’est pas fait pour tout le monde, voici 10 excellentes raisons de ne jamais utiliser l’Holacratie. Peut-être que vous vous y retrouverez. Peut-être que ça vous confortera. Ou peut-être que ça vous fera tiquer.

    Dans tous les cas, une chose est sûre : l’Holacratie, ce n’est pas pour vous. Enfin… c’est ce qu’on va voir.

    1. « J’adore tout décider moi-même ! »

    Il y a une satisfaction indéniable à tout orchestrer soi-même. Savoir que chaque décision – des plus petites aux plus stratégiques – reflète précisément votre vision. Après tout, c’est votre entreprise, votre projet, et qui mieux que vous pourrait en incarner l’essence ?

    Et c’est vrai : ce niveau d’implication peut être une source de fierté. Certains préfèrent ce modèle, où tout passe par eux. Cela leur permet de s’assurer que les choses sont faites comme ils le souhaitent, sans compromis.

    Laisser vos collaborateurs prendre des décisions autonomes reviendrait à leur confier un morceau de votre vision. Risqué. Parce que, soyons honnêtes : s’ils prennent de bonnes décisions sans vous, à quoi servez-vous encore ?

    Peut-être même que c’est exactement ce dont vous avez besoin en ce moment. Parce qu’après tout, chacun a son rythme, ses manières de diriger, et ce n’est pas forcément le moment pour vous de changer cela.

    2. « Les réunions, c’est fait pour parler… pas pour décider. »

    Les réunions, c’est le cœur battant de votre organisation. Un moment précieux où chacun peut partager ses idées, débattre, et surtout… repartir avec des sujets à reposer à la prochaine réunion. Vous le savez bien : la vraie valeur d’une réunion réside dans sa capacité à nourrir la réflexion collective, même si cela prend du temps. Beaucoup de temps.

    Mais en Holacratie, ce serait différent. On structurerait les échanges, on limiterait les digressions, et on s’attacherait à prendre des décisions concrètes. Ça peut sembler brutal, presque mécanique. Où est passée la richesse du débat ? Ce moment où les idées rebondissent dans tous les sens, où chacun peut se sentir entendu, même si rien n’avance vraiment ?

    Peut-être que ce n’est pas pour vous. Peut-être que vous appréciez, justement, ce temps pris ensemble, cette sensation que chaque voix a trouvé sa place, même si cela signifie qu’au bout de deux heures, rien n’est vraiment décidé.

    Et après tout, ce n’est pas une mauvaise chose, si c’est ce qui fonctionne pour vous et vos équipes.

    3. « Je suis le leader charismatique, ça suffit. »

    On vous regarde avec admiration. Vos collaborateurs savent que vous avez toujours la bonne réponse, le mot juste, la vision claire. Vous êtes l’âme de votre entreprise, son phare dans la tempête. Et c’est naturel : un leader joue un rôle crucial pour inspirer, fédérer, donner du sens.

    Mais peut-être qu’il y a autre chose derrière cette reconnaissance. Peut-être que, quelque part, vous pensez que c’est un gage de sécurité que tout dépende de votre charisme. Tant que votre leadership est central, les choses sont sous contrôle. Et cette admiration que vous recevez, elle valide votre place, elle renforce l’idée que vous êtes indispensable.

    L’Holacratie pourrait venir bousculer cette dynamique. Non pas en retirant votre rôle de guide – au contraire, ce rôle reste essentiel – mais en le redéfinissant. Avec des équipes plus autonomes, la reconnaissance ne vient plus uniquement de votre capacité à tout porter, mais de votre aptitude à créer un cadre où chacun peut briller.

    C’est une perspective intéressante… mais pas pour tout le monde. Si vous sentez que votre manière actuelle de diriger est aussi une manière de sécuriser l’organisation et vos relations avec vos collaborateurs, pourquoi changer ? Après tout, chacun avance à son rythme.

    4. « Changer, c’est risqué. »

    On le dit souvent : « On ne change pas une équipe qui gagne. » Et si ce n’est pas parfait, ce n’est pas dramatique non plus. Vous connaissez les forces et les faiblesses de votre organisation, et ce statu quo, aussi frustrant soit-il parfois, a le mérite d’être prévisible.

    Et puis, soyons honnêtes, pourquoi s’emballer pour des tendances managériales ? L’évolution, le changement… Ce ne sont peut-être que des modes, non ? Après tout, vous avez traversé les tempêtes en suivant une méthode éprouvée, et il n’y a aucune raison que demain ne ressemble pas à hier et aujourd’hui. La stabilité, voilà ce qui compte.

    Changer, c’est autre chose. Cela implique d’explorer l’inconnu, de remettre en question ce qui a été construit. Et qu’arrivera-t-il si ça ne marche pas ? Si vos collaborateurs ne suivent pas ? Ou pire : si ça marche, mais que cela demande plus d’efforts que prévu pour s’adapter ?

    Il y a une logique protectrice dans l’idée de ne pas changer. En restant dans un cadre que vous maîtrisez, vous protégez votre entreprise, vos équipes… et peut-être aussi vous-même. Après tout, on ne sait jamais quelles conséquences une transformation pourrait entraîner, surtout lorsqu’elle touche des aspects aussi fondamentaux que la gouvernance ou la prise de décision.

    Alors si, aujourd’hui, ce cadre actuel vous rassure et qu’il vous permet d’avancer, peut-être que c’est exactement ce qu’il vous faut. Parce qu’en fin de compte, chaque pas vers le changement demande un déclic, et ce déclic ne se force pas.

    5. « Je préfère être indispensable pour mes équipes »

    Il y a une certaine sécurité dans le fait d’être indispensable. Lorsque chaque décision, chaque étape importante passe par vous, vous savez où en est l’entreprise à tout moment. Vous êtes le centre, le point d’ancrage. Et quelque part, ce sentiment de contrôle rassure : sans vous, rien ne bouge vraiment.

    Et puis, cette dépendance des équipes, c’est aussi une forme de reconnaissance. Ils viennent chercher vos conseils, valider leurs idées, s’assurer qu’ils sont sur la bonne voie. Cela montre qu’ils vous font confiance, qu’ils savent que vous avez les réponses. Cette proximité nourrit un lien particulier entre vous et vos collaborateurs.

    Mais imaginez un instant que vos collaborateurs puissent avancer sans vous. Qu’ils aient les moyens de prendre des décisions et de résoudre les problèmes par eux-mêmes. Cette idée peut sembler étrange, voire déstabilisante : et si, en réalité, ils n’avaient pas autant besoin de vous que vous le pensez ?

    Le vrai défi n’est pas seulement de leur laisser cette autonomie, mais d’accepter que votre valeur ne repose pas uniquement sur votre capacité à décider pour eux. Peut-être que ce modèle actuel vous convient encore, mais êtes-vous sûr qu’il permet vraiment à votre entreprise de grandir à son plein potentiel ?

    6. « Les règles, c’est moi qui les fais (ou les enfreins). »

    Dans votre entreprise, les règles, c’est vous. Vous les créez en fonction des besoins du moment, vous les adaptez quand la situation l’exige. Et si elles deviennent un peu contraignantes… eh bien, vous avez la liberté de les contourner. Après tout, vous êtes le chef, n’est-ce pas ?

    Cette flexibilité vous donne une réactivité que peu de modèles peuvent offrir. Vous êtes l’exception qui confirme la règle, et cela fonctionne : les choses avancent, les décisions se prennent rapidement, et vos équipes savent qu’en cas de blocage, vous êtes là pour trancher.

    Mais en Holacratie, ce serait différent. Les règles sont claires, écrites, et s’appliquent à tous, y compris à vous. Pas de passe-droit, pas d’interprétation au gré des circonstances. Cette équité radicale peut sembler rigide, voire étouffante, d’après vous. Surtout si vous êtes habitué à ajuster les choses en fonction de votre instinct ou de vos priorités, et que vous croyez que pour garantir cela, il faut qu’aucune règle ne soit écrite.

    Peut-être que ce modèle n’est pas pour vous. Parce qu’aujourd’hui, vous êtes convaincu que les bons systèmes sont ceux dominés par un individu. Que la force d’une organisation repose sur celui ou celle qui la dirige, et non sur un cadre clair et partagé. Après tout, sans vous au sommet, comment les choses pourraient-elles fonctionner correctement ?

    Mais êtes-vous sûr que cette absence de règles solides est une preuve de souplesse, ou est-ce simplement une manière de rester au centre de tout ?

    7. « C’est trop d’efforts pour former mes équipes. »

    Former vos équipes ? Ça demande du temps, de l’énergie… et peut-être un peu de patience. Et soyons honnêtes, ce n’est pas comme si vous aviez ces ressources en trop. Vous êtes déjà pris dans mille responsabilités, alors pourquoi en rajouter ?

    Et puis, vos collaborateurs sont compétents, non ? Pourquoi chambouler leurs habitudes avec des concepts complexes ou des outils qu’ils ne maîtrisent pas encore ? Vous savez ce qu’on dit : « Si ce n’est pas cassé, pourquoi essayer de le réparer ? »

    Mais l’Holacratie demande un investissement. Apprendre à vos équipes à travailler autrement, à se saisir pleinement de leurs rôles, à prendre des décisions autonomes… tout ça prend du temps. Et cet effort, vous le voyez peut-être comme une montagne.

    Peut-être aussi que vous craignez qu’ils n’y arrivent pas. Que tout ce travail soit vain. Parce qu’au fond, vous pensez que certains sont faits pour suivre, pas pour décider. Et qu’un système plus structuré risquerait de les déstabiliser, de casser ce fragile équilibre qui permet à l’entreprise de tenir debout.

    Alors oui, c’est plus simple de laisser les choses comme elles sont. Plus sûr, aussi. Mais êtes-vous certain que c’est vraiment « plus simple » à long terme, ou est-ce juste une manière d’éviter de confronter vos équipes – et vous-même – à quelque chose de nouveau ?

    8. « Les conflits, c’est mon job (et mon adrénaline). »

    Les conflits, c’est là que vous brillez. Vous êtes le grand médiateur, celui qui apaise les tensions, tranche les débats et ramène l’ordre là où il n’y avait que chaos. Il y a même quelque chose d’énergisant là-dedans, une adrénaline qui vous pousse à donner le meilleur de vous-même.

    Mais imaginez un instant un système où les conflits trouvent leur propre résolution. Où les désaccords sont cadrés par des processus clairs, où chacun sait comment exprimer ses tensions et comment les adresser sans avoir besoin d’un arbitre suprême. En Holacratie, ce serait précisément ça.

    Et soyons francs : si vos équipes savaient résoudre leurs problèmes sans vous, que vous resterait-il ? Une organisation qui avance sans accroc, c’est bien. Mais une organisation où tout le monde est si autonome que votre rôle de pompier devient superflu… ça pourrait aussi être un peu ennuyeux, non ?

    Peut-être que ce modèle n’est pas fait pour vous. Parce qu’aujourd’hui, cette capacité à éteindre les incendies est votre fierté, votre marque de fabrique. Et qui voudrait se priver de l’occasion de briller dans les moments critiques ?

    Mais êtes-vous sûr que ce rythme de crise permanente est soutenable, ou est-ce simplement devenu une partie de votre identité au sein de l’entreprise ?

    9. « Mon entreprise est unique, ça ne peut pas marcher chez nous. »

    Bien sûr, votre entreprise, c’est une exception. Vous avez des défis que personne d’autre ne pourrait comprendre. Votre marché est particulier, votre équipe est différente, vos problèmes sont, disons-le, inimitables. Ce qui marche pour d’autres, c’est bien pour eux, mais vous… vous, c’est pas pareil.

    Et il faut reconnaître que cette logique est séduisante. Elle vous protège de l’idée que des solutions éprouvées ailleurs pourraient fonctionner chez vous. Parce qu’adopter un système comme l’Holacratie, ce serait presque admettre que votre entreprise n’est pas si spéciale, non ?

    Mais voilà le paradoxe : vous pouvez donner les mêmes outils à dix entreprises, et elles resteront dix cultures uniques. L’Holacratie ne fabrique pas des clones. C’est un cadre, pas une recette. Votre culture ne disparaît pas ; au contraire, elle trouve un terrain pour mieux s’exprimer.

    Mais peut-être que ce modèle n’est pas pour vous. Parce qu’aujourd’hui, vous êtes convaincu que la singularité de votre entreprise est incompatible avec tout ce qui ressemble à un cadre commun. Et si tout le monde se disait ça ? Peut-être que c’est précisément en pensant que « vous n’êtes pas comme les autres » que vous passez à côté de ce qui pourrait réellement vous aider à devenir ce que vous voulez être.

    10. « Et si l’Holacratie rendait mon entreprise incontrôlable ? »

    Adopter l’Holacratie, c’est accepter de lâcher une part de contrôle. Les décisions se prennent là où elles doivent être prises, les équipes deviennent plus autonomes, et les processus permettent à chacun de jouer son rôle pleinement. Mais ce qui ressemble à un rêve pour certains pourrait bien ressembler à un cauchemar pour vous.

    Car qui garantit que tout cela ne va pas tourner au chaos ? Que les décisions prises dans un coin de l’entreprise ne viendront pas perturber l’ensemble ? Vous avez toujours été celui ou celle qui veille à ce que les choses restent cohérentes, alignées. Si chacun commence à agir de son côté, comment s’assurer que l’ensemble garde un cap clair ?

    Peut-être que ce modèle n’est pas fait pour vous. Parce qu’aujourd’hui, l’idée même de ne pas tout superviser vous semble risquée. Mais êtes-vous sûr que cette peur du chaos est fondée ? Et si, au contraire, c’était précisément ce cadre structuré qui permettait à votre entreprise de devenir plus agile tout en restant alignée ?


    Alors, vous voilà arrivé au bout. Dix excellentes raisons de ne pas utiliser l’Holacratie. Peut-être que certaines ont résonné en vous. Peut-être même que toutes ont confirmé ce que vous pensiez déjà. Après tout, vous avez vos habitudes, votre manière de diriger, et ça fonctionne… plus ou moins.

    Mais une question reste en suspens : et si ces « excellentes raisons » n’étaient que des petites résistances déguisées ? Des réflexes bien humains face à la nouveauté, face au changement ?

    Parce qu’en réalité, l’Holacratie n’est pas là pour tout casser, mais pour révéler le potentiel de votre entreprise – sans effacer ce qui fait sa singularité, et sans vous mettre de côté. Vous pourriez être surpris de ce qui est possible quand on ose poser les bonnes bases.

    Alors, si vous êtes curieux, si quelque chose a fait écho, pourquoi ne pas en discuter ? Prenez rendez-vous avec nous chez Sémawé. Promis, on commence par écouter vos bonnes raisons.

    Aliocha Iordanoff

  • Mentir ou dire la vérité : ce que nos choix disent de nous

    Lecture : 19 minutes

    On ment tous. Oui, même vous. Un petit arrangement avec la réalité par-ci, une vérité oubliée par-là. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas toujours mal. Parce que le mensonge, c’est un peu comme un couteau : il peut couper, blesser, mais il peut aussi sculpter, protéger. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait.

    Mais pourquoi mentons-nous ? Est-ce pour protéger quelqu’un ? Pour éviter un conflit ? Ou juste parce que ça nous arrange ? Le plus fascinant, c’est que derrière chaque mensonge se cache une intention, un besoin. Et ces choix, qu’on le veuille ou non, en disent beaucoup sur nous.

    Dans cet article, je ne vais pas jouer au moralisateur. Pas de grandes leçons sur le bien et le mal. Je veux qu’on aille plus loin. Pourquoi le mensonge est-il si universel ? Peut-on vraiment détecter une tromperie ? Et surtout, comment réconcilier mensonge et vérité dans nos vies ? On parlera aussi d’honnêteté radicale, cette pratique audacieuse qui nous invite à dire ce qu’on pense, sans détour mais avec soin. Pas facile, hein ?

    Alors, préparez-vous. Ici, on ne cherche pas à juger, mais à comprendre. Parce qu’au fond, que ce soit dans nos vérités brutes ou nos illusions bienveillantes, je crois que nous humains, essayons vraiment de faire de notre mieux !

    1. Définir le mensonge : un acte complexe et contextuel

    1.1 Le mensonge selon Marwan Méry

    Le mensonge, c’est un art. Un art que l’on pratique tous, parfois sans même s’en rendre compte. Marwan Méry, dans son livre Vous mentez ! : Détecter le mensonge, démasquer les menteurs, nous rappelle que mentir, ce n’est pas juste dire quelque chose de faux. C’est bien plus subtil que ça. C’est agir sur la perception de l’autre pour l’amener à croire ce qu’on veut qu’il croit. C’est de l’intention pure. Pas de hasard, pas d’improvisation.

    Marwan Méry découpe le mensonge en trois formes principales :

    • L’altération : Vous tordez un peu la vérité, comme on ajuste une histoire pour la rendre plus crédible. « Je n’ai pris que 50 euros », alors que vous savez bien que c’était 100.
    • La suppression : Là, on joue franc jeu… sauf qu’on efface toute une partie de la vérité. « Non, je n’ai rien vu », quand en fait, vous avez tout vu.
    • L’omission : Le grand classique. Vous donnez une partie de l’information, juste assez pour orienter l’autre sans trop en dire. Une vérité tronquée, mais techniquement pas fausse.

    Et ce qui rend le mensonge si fascinant, c’est qu’il n’a pas de morale en soi. Ce n’est ni bon ni mauvais : tout dépend de pourquoi et comment on l’utilise. Mentir pour sauver la vie de quelqu’un, c’est autre chose que mentir pour obtenir une promotion.

    Le mensonge, c’est humain, profondément. Ce n’est pas une trahison systématique, c’est un mécanisme de survie, une manière de naviguer dans la complexité de nos vies et de nos relations. Et si vous pensez ne jamais mentir, désolé, mais vous venez peut-être de vous mentir à vous-même.

    1.2 Les motivations du mensonge

    Pourquoi on ment ? La vraie question serait presque : pourquoi on ne ment pas plus souvent ? Parce qu’en réalité, nos mensonges ont souvent une bonne raison d’exister. Marwan Méry, dans Vous mentez ! : Détecter le mensonge, démasquer les menteurs, explore ces motivations. Et spoiler : elles sont rarement gratuites.

    1. Pour protéger

    C’est le mensonge « bienveillant ». Celui qu’on utilise pour ne pas blesser, pour apaiser. Vous savez, comme quand vous dites à un ami que sa nouvelle coupe lui va bien alors qu’elle est… discutable. Pas de gain personnel ici, juste une envie de préserver l’autre.

    2. Pour éviter le conflit

    Vous mentez parce que la vérité complique les choses. « Je ne peux pas venir, j’ai un truc de prévu », alors que vous n’avez rien. Vous esquivez une confrontation, vous vous épargnez une situation inconfortable. C’est simple. C’est pratique.

    3. Pour briller

    Ah, le mensonge pour se valoriser. Exagérer un peu son CV, raconter des exploits qui n’ont jamais eu lieu, ou se donner des airs d’expert dans un dîner. Ici, on ment pour gonfler l’image qu’on projette aux autres.

    4. Pour gagner quelque chose

    Le mensonge utilitaire. Là, on est dans l’efficacité froide : mentir pour obtenir une promotion, pour éviter une sanction, pour s’assurer un avantage. C’est stratégique, mais risqué. Si ça passe, jackpot. Si ça casse, c’est la chute libre.

    5. Pour fuir une conséquence

    C’est le mensonge « j’ai pas le choix ». Comme l’enfant qui dit « on m’a volé ma trousse » pour éviter de se faire gronder. Ou l’adulte qui invente une excuse bidon pour justifier un retard. C’est basique, mais ça fonctionne… parfois.

    6. Pour le fun

    Oui, certains mentent juste pour le plaisir. Pas de raison logique, pas d’objectif clair. Juste une forme de jeu, voire de pathologie. Et ça, c’est un tout autre terrain.

    Chaque mensonge, au fond, raconte une histoire : celle d’un besoin, d’une peur ou d’une aspiration. On ment rarement « pour rien ». C’est toujours pour protéger quelque chose, que ce soit soi-même, un lien ou une opportunité. Alors, la prochaine fois que vous mentez, demandez-vous : Qu’est-ce que je cherche à préserver ?

    1.3 Idées reçues sur la détection du mensonge

    Soyons honnêtes : on aime tous penser qu’on peut détecter un mensonge. Un regard qui fuit, une hésitation dans la voix, et hop, le menteur est démasqué… Vraiment ? Eh bien, détrompez-vous. D’après Marwan Méry, nos compétences naturelles pour flairer une tromperie frôlent le niveau d’un pile ou face : 50 % de réussite, pas plus. Oui, ça pique un peu l’ego.

    Le mythe du « je le savais »

    Le vrai problème, c’est qu’on se croit bons. Trop bons. On surestime nos capacités et on fait confiance à des clichés. Vous savez, ce fameux « s’il croise les bras, il ment » ou « elle rougit, donc elle cache quelque chose ». En réalité, la plupart de ces signaux sont… bidons. Ce n’est pas parce que votre interlocuteur évite votre regard qu’il ment ; il est peut-être juste mal à l’aise (ou qu’il a mal dormi, qui sait).

    On appelle ça le biais de confiance et de surconfiance.

    Et les pros dans tout ça ?

    Vous pensez que les policiers, juges ou psy sont imbattables pour détecter les menteurs ? Raté. Selon Méry, même ces professionnels, exposés au mensonge au quotidien, atteignent à peine le niveau du hasard. La seule exception ? Les agents des services secrets, qui frôlent les 80 % de réussite. Mais bon, eux, c’est un autre niveau. Quant à nous, simples mortels, il va falloir faire mieux.

    Quand le contexte fait tout

    Parfois, certaines personnes développent une vraie aptitude à détecter la tromperie. Pas parce qu’elles sont nées avec un « super-pouvoir », mais parce que leur vie les a poussées à être hyper attentives. Les enfants issus de foyers instables, par exemple, apprennent à lire entre les lignes pour survivre. Et les aphasiques ? Privés de langage, ils compensent en devenant experts dans la lecture des micro-expressions.

    Peut-on s’améliorer ?

    Bonne nouvelle : détecter un mensonge, ça s’apprend. Entraîner son regard à capter les incohérences, croiser les indices verbaux et non verbaux, et surtout, calmer ses jugements hâtifs. Mais soyons clairs : il n’y aura jamais de méthode infaillible. Ce que Méry nous apprend, c’est que démasquer un mensonge, c’est avant tout rester humble et ouvert, plutôt que de se fier à des intuitions bancales.

    Alors, la prochaine fois que vous êtes sûr de tenir un menteur… prenez une grande respiration. Peut-être que le vrai mensonge, c’est ce que vous pensez savoir.

    2. Mensonge et honnêteté : une dualité polarisante

    2.1 Polarités en tension

    Mensonge ou vérité ? On adore se poser en chevaliers de la transparence, mais la réalité est bien plus subtile. Dire toute la vérité, tout le temps, ça vous semble tenable ? Moi non. Et mentir, c’est si facile que ça ? Pas vraiment non plus. Ces deux forces, mensonge et honnêteté, sont comme deux pôles d’un aimant : inséparables, complémentaires… et parfois franchement opposés.

    Les deux visions de l’éthique : Kant vs. Benjamin Constant

    Prenons un peu de hauteur. D’un côté, on a Kant, le philosophe un poil rigide ! Pour lui, le mensonge, c’est le mal absolu. Il faut dire la vérité quoi qu’il arrive. Même si un meurtrier vous demande où se cache votre meilleur ami, vous devez répondre honnêtement. Oui, vous avez bien lu : même dans ce cas-là. Pour Kant, mentir, c’est trahir la confiance qui lie les hommes entre eux. En gros, ça ruine tout.

    De l’autre, Benjamin Constant, qui nous dit : « Attendez deux secondes, soyons pragmatiques. » Si votre mensonge sauve une vie, alors il est justifié. Pas question de rester coincé dans un principe rigide quand les conséquences sont désastreuses. C’est ce qu’on appelle l’éthique des conséquences : ce n’est pas l’intention qui compte, mais l’effet réel de l’action.

    Et dans la vraie vie, on fait quoi ?

    Je ne sais pas pour vous, mais moi, je navigue souvent entre ces deux extrêmes. Parfois, il vaut mieux dire la vérité, même si ça pique. D’autres fois, un petit mensonge bien placé peut désamorcer une bombe. Ce n’est pas toujours confortable, mais c’est humain. Alors, est-ce qu’on doit choisir un camp ? Pas si sûr. Peut-être qu’il faut apprendre à jongler avec ces polarités, sans se perdre dans des dogmes qui ne tiennent pas face à la complexité de la vie.

    2.2 La dynamique des polarités

    Et si mensonge et vérité n’étaient pas des ennemis jurés, mais des partenaires inséparables dans la danse de nos vies ? Après tout, l’un n’existe que par rapport à l’autre. Vous n’appréciez une vérité brute que si elle contraste avec le flou d’une illusion. Et parfois, un mensonge vous pousse à chercher une vérité plus profonde. Bref, c’est moins un duel qu’un duo. vous pouvez lire mon article sur le management des polarités ! 

    La vérité nue… ou habillée ?

    Dans la vie, on adore se dire qu’on est du côté de la « vérité ». Mais soyons sérieux : qui dit tout ? Imaginez un monde où chaque pensée, chaque opinion serait lâchée sans filtre. « Oui, tu m’énerves », « Non, ton idée est mauvaise », « Oui, cette tenue te grossit ». Avouez, ce serait invivable. On choisit donc souvent de dire la vérité « habillée », polie, ajustée pour ne pas heurter. Est-ce encore la vérité ? Ou déjà une forme de mensonge ? La frontière est fine.

    Le mensonge : poison ou remède ?

    À l’inverse, un mensonge peut être un remède temporaire. Imaginez une situation tendue avec un collègue. Vous pourriez balancer tout ce que vous pensez et vous offrir un soulagement immédiat. Mais à quel prix ? Le mensonge, ici, peut désamorcer, apaiser, gagner du temps. Ce n’est pas glorieux, mais c’est efficace.

    C’est là que tout devient intéressant : la vérité peut blesser, et le mensonge peut réparer. Et inversement. Tout dépend du contexte.

    Au-delà de l’opposition : un duo inséparable

    Mensonge et vérité ne sont pas des ennemis. Ce sont deux faces d’une même pièce, des outils qu’on utilise en fonction des circonstances. La clé, ce n’est pas d’en choisir un, mais de comprendre quand et comment les utiliser. Dire une vérité qui aide. Mentir pour protéger. Trouver cet équilibre, c’est l’enjeu.

    Alors, la prochaine fois que vous êtes face à ce choix, demandez-vous : Qu’est-ce qui sert le mieux ce moment, cette relation ? Une vérité qui libère ou un mensonge qui protège ? Peut-être qu’il ne s’agit pas de prendre parti, mais d’assumer votre rôle dans cette danse subtile entre ombre et lumière.

    2.3 L’éthique intégrale de Ken Wilber et la Spirale Dynamique

    Mentir ou dire la vérité, ce n’est jamais aussi simple qu’un choix entre blanc et noir. Nos décisions sont influencées par bien plus que l’instant présent : elles s’ancrent dans nos valeurs, nos croyances, et même notre niveau de conscience. Ken Wilber avec la théorie intégrale et la Spirale Dynamique offrent des outils précieux pour mieux comprendre cette complexité.

    Des niveaux de conscience, des manières de mentir

    On évolue tous à travers des stades de développement, et ces stades dictent souvent notre rapport au mensonge et à la vérité. Faisons le voyage des niveaux de valeurs profonde du modèle de la spirale dynamique :

    • Beige (survie) : Ici, tout est permis pour rester en vie. Mentir, cacher, manipuler, c’est une question de survie, pas de morale.
    • Violet (tribu) : Le mensonge devient un acte collectif. Vous cachez la vérité pour protéger le groupe, pour éviter de déranger l’équilibre sacré du clan.
    • Rouge (pouvoir) : On ment pour dominer, pour imposer sa volonté. C’est brut, c’est direct. Vous exagérez, vous manipulez, parce que vous voulez que les autres vous obéissent.
    • Bleu (ordre) : Là, la vérité est une valeur absolue. On suit les règles. Mentir devient acceptable uniquement si cela sert une cause supérieure ou un dogme.
    • Orange (succès) : L’efficacité avant tout. Vous mentez stratégiquement, si ça peut vous aider à décrocher un contrat ou atteindre vos objectifs. Le résultat justifie souvent les moyens.
    • Vert (communauté) : L’authenticité prime. On dit la vérité, mais toujours avec bienveillance, pour renforcer les liens. Les mensonges blancs ? Tolérés, tant qu’ils ne blessent personne.
    • Jaune (systémique) : À ce niveau, le mensonge et la vérité deviennent des outils. Vous les utilisez consciemment, en fonction du contexte, pour gérer la complexité d’un système.
    • Turquoise (holistique) : Ici, on dépasse la dualité. La question n’est plus « dois-je mentir ou dire la vérité ? » mais « quel acte est le plus aligné avec une vision plus vaste, pour le bien collectif ? »

    Les quatre quadrants : une grille pour comprendre nos choix

    Ken Wilber ajoute une autre couche à cette réflexion avec sa théorie des quadrants. Selon lui, chaque acte, y compris un mensonge ou une vérité, peut être analysé sous quatre angles :

    • Individuel intérieur (ce que je ressens, mes intentions) : Suis-je aligné avec mes valeurs en mentant ou en disant la vérité ?
    • Individuel extérieur (ce que je fais, ce que les autres voient) : Est-ce que mes mots ou mes actes reflètent ce que je veux vraiment transmettre ?
    • Collectif intérieur (la culture, les croyances partagées) : Mon choix respecte-t-il les valeurs et normes du groupe auquel j’appartiens ?
    • Collectif extérieur (les systèmes, les règles sociales) : Est-ce que mon mensonge ou ma vérité impacte positivement ou négativement la structure dans laquelle j’évolue ?

    Ces quadrants nous rappellent que mentir ou dire la vérité, ce n’est jamais un acte isolé. Chaque choix s’inscrit dans un réseau complexe d’intentions personnelles, d’interactions sociales, de croyances partagées et de systèmes organisés.

    Devenir acteur de vos choix

    Le vrai défi, c’est de devenir conscient de ces mécanismes. Si vous mentez, pourquoi ? Si vous dites la vérité, pour qui ? Ce n’est pas une question de bien ou de mal, mais d’alignement. Êtes-vous en phase avec vos valeurs ? Avec le contexte ? Avec la personne en face de vous ?

    Naviguer entre mensonge et vérité, c’est accepter que la vie est complexe. Ce n’est pas toujours propre, pas toujours parfait. Mais si vos choix sont éclairés par une conscience claire et une intention sincère, alors vous ne serez jamais perdu dans cette danse subtile entre ombre et lumière.

    3. Au-delà de la morale : une réflexion sur les valeurs profondes

    3.1 Repenser les notions de « bien » et « mal »

    « Mentir, c’est mal. Dire la vérité, c’est bien. » Combien de fois on nous l’a martelé ? Mais à force de simplifier, on en oublie que la vie est tout sauf simple. Et si on arrêtait de juger le mensonge et la vérité comme des camps ennemis, pour plutôt s’interroger sur ce qu’ils signifient vraiment ? Essayer de comprendre nos intentions et les conséquences de nos actes ?

    Un petit podcast de Charles Pépin qui pourra vous inspirer sur ce sujet !

    Quand le mensonge fait plus de bien que la vérité

    Prenons un exemple : vous avez un ami dans une situation fragile, et il vous demande votre avis sur son projet. Vous n’y croyez pas du tout. Dire la vérité brute, c’est le détruire. Mentir, c’est lui donner un espoir temporaire. Alors, que faites-vous ? La morale rigide dirait : « Toujours la vérité, rien que la vérité. » Mais la réalité, c’est que tout dépend. Mentir pour protéger quelqu’un, c’est toujours mal ? Dire une vérité qui blesse, c’est toujours bien ?

    La morale rigide, ça coince

    Kant, ce bon vieux philosophe, dirait que mentir est toujours mal. Même pour sauver une vie. Pour lui, mentir, c’est saper la confiance humaine. Pas de négociation possible. Mais qui vit comme ça ? Je crois que la vérité absolue est un idéal qui explose quand il rencontre la réalité. Dire à un enfant qu’il n’y a pas de monstres sous son lit, est-ce vraiment une faute morale ? Non. C’est une façon d’apaiser une peur irrationnelle.

    Et si on dépassait le bien et le mal ?

    Le mensonge, comme la vérité, n’est pas en soi bon ou mauvais. Tout dépend de l’intention et des conséquences. Vous mentez pour manipuler, pour gagner ? Là, on est sur un terrain glissant. Mais si vous mentez pour préserver quelqu’un ou éviter une souffrance inutile ? Là, c’est une autre histoire.

    Au lieu de poser un jugement moral, pourquoi ne pas adopter une posture éthique ? Posez-vous ces questions :

    • Pourquoi je mens ? Est-ce pour moi ou pour l’autre ?
    • Quel impact aura ce que je dis ?
    • Suis-je en alignement avec mes valeurs, ou en train de me trahir ?

    Ce qui compte, c’est la clarté

    Le vrai enjeu, ce n’est pas de choisir entre « mentir ou dire la vérité ». C’est d’être clair avec soi-même sur ses intentions. La prochaine fois que vous êtes face à un dilemme, ne cherchez pas à savoir si c’est « bien » ou « mal ». Demandez-vous : « Est-ce que je me respecte, et est-ce que je respecte l’autre, en disant ça ? »

    3.2 Les valeurs profondes comme boussole

    Mentir ou dire la vérité, c’est rarement un choix simple. Mais si on creuse un peu, nos décisions révèlent toujours quelque chose de plus profond : nos valeurs. Ces principes qui nous définissent, qui influencent nos comportements, souvent sans qu’on s’en rende compte. Alors, que dit votre dernier mensonge de vous ? Ou votre dernière vérité brutale ?

    Vos valeurs et l’honnêteté

    Notre rapport à l’honnêteté change en fonction de ce que nous valorisons dans nos vies. Chaque niveau de la Spirale Dynamique apporte une vision unique de ce que signifie « être honnête ». Voici comment l’honnêteté s’exprime (ou non) à chaque étape de cette évolution :

    • Beige (Survie) : Honnêteté ? Ce concept n’existe même pas. Ici, c’est la survie avant tout. Dire ou cacher, peu importe, tant que cela vous maintient en vie.
    • Violet (Tribu) : Être honnête, c’est être loyal envers le clan. Vous dites ce qui renforce les liens familiaux ou communautaires, quitte à omettre des vérités qui pourraient nuire à l’unité du groupe. L’honnêteté devient un acte collectif, pas individuel.
    • Rouge (Pouvoir) : L’honnêteté est un outil de domination. Vous êtes honnête si cela renforce votre position ou montre votre force. Mais si la vérité vous affaiblit, vous la tordez sans hésiter.
    • Bleu (Ordre) : Ici, l’honnêteté est un devoir moral. Dire la vérité est une vertu en soi, une règle absolue dictée par les lois, la religion ou un code éthique. Mentir est une faute grave, sauf si cela sert un idéal supérieur, comme défendre une cause juste.
    • Orange (Succès) : L’honnêteté est stratégique. Elle n’est pas une fin, mais un moyen. Vous êtes honnête si cela vous permet d’atteindre vos objectifs, de construire une réputation solide ou de gagner la confiance des autres. Sinon, vous adaptez la vérité pour maximiser vos chances de succès.
    • Vert (Communauté) : Être honnête, c’est être authentique. Mais l’honnêteté doit être douce, bienveillante, et jamais brutale. Vous dites la vérité pour renforcer les relations, mais vous acceptez les petits mensonges blancs si cela protège les émotions des autres.
    • Jaune (Systémique) : À ce stade, l’honnêteté devient contextuelle. Vous comprenez que la vérité n’est pas universelle, mais qu’elle dépend du cadre, des relations, et des systèmes en jeu. Être honnête, c’est trouver le juste équilibre entre dire et taire, pour servir une vision plus large.
    • Turquoise (Global) : Ici, l’honnêteté transcende les frontières personnelles et relationnelles. Elle devient un alignement total entre vos mots, vos intentions et une vision globale du bien commun. Mentir ou dire la vérité, peu importe, tant que vos actions restent alignées avec une harmonie universelle.

    Quand l’honnêteté devient une question de valeurs

    Ce qui compte, ce n’est pas tant de « dire la vérité » ou « de ne jamais mentir », mais de comprendre ce que signifie l’honnêteté pour vous. Votre niveau de conscience influence vos choix, mais ce qui les rend puissants, c’est la clarté de vos intentions et l’alignement avec vos valeurs.

    Alignement ou trahison ?

    Le problème, ce n’est pas de mentir ou de dire la vérité. Le problème, c’est de le faire sans réfléchir, sans se demander si ça correspond vraiment à ce qu’on veut. Chaque fois que vous mentez, vous devriez vous poser une question simple : Est-ce que je suis en train de respecter mes valeurs ou de me trahir ?

    Dire la vérité pour soulager votre conscience, mais au prix de blesser quelqu’un, est-ce vraiment aligné avec vos principes ? Mentir pour éviter un conflit, mais en sacrifiant votre intégrité, est-ce le genre de personne que vous voulez être ?

    Les valeurs comme guide

    La vraie clé, ce sont vos valeurs profondes. Si vous êtes clair sur ce qui compte vraiment pour vous – la bienveillance, l’authenticité, l’efficacité – alors chaque décision devient plus simple. Pas facile, mais claire. Et ça change tout.

    Alors, à la prochaine croisée des chemins entre mensonge et vérité, faites une pause. Ne vous demandez pas si c’est bien ou mal. Demandez-vous : Est-ce que ça reflète la personne que je veux être ?

    4. Entre illusions et vérités : explorer l’humanité derrière le mensonge

    4.1 Les bénéfices cachés du mensonge

    Et si le mensonge n’était pas toujours le vilain de l’histoire ? Soyons réalistes : mentir peut parfois avoir des effets positifs. Ça choque ? Pourtant, des exemples concrets nous montrent que les bénéfices du mensonge sont bien réels, même s’ils restent cachés.

    Fluidifier les relations sociales

    Le mensonge est souvent l’huile dans les rouages des interactions humaines. Les « mensonges blancs » jouent un rôle clé dans le maintien de la courtoisie et de la paix sociale :

    • Répondre « Ca va, merci » quand un collègue demande comment vous allez, alors que vous êtes épuisé.
    • Complimenter un plat pour ne pas blesser la personne qui l’a préparé avec amour.

    Ces petits mensonges ne sont pas des actes de trahison, mais des outils pour naviguer dans un monde où la vérité brute n’est pas toujours bienvenue.

    Protéger les émotions des autres

    Parfois, mentir est un acte de protection. Dire la vérité peut blesser, voire détruire, là où un mensonge bien intentionné peut préserver l’autre. Exemple classique : rassurer un enfant effrayé en lui affirmant qu’il n’y a pas de monstre sous son lit, même si vous savez que ses peurs ne sont pas rationnelles.

    Servir un objectif supérieur

    Certains mensonges, souvent plus lourds, ont des implications collectives. Les mensonges d’État, par exemple, peuvent être justifiés dans des contextes de négociation ou de crise. Une information partiellement vraie peut sauver des vies dans une prise d’otages ou empêcher une panique généralisée. Dans ces cas-là, le mensonge devient un outil stratégique.

    Quand le mensonge aide à évoluer

    Enfin, certains mensonges peuvent avoir un impact inattendu : nous pousser à grandir. Mentir sur ses compétences dans un contexte professionnel, par exemple, peut vous amener à relever des défis que vous n’auriez jamais osé affronter autrement. Attention toutefois à ne pas confondre ambition et tromperie.

    Le mensonge n’est pas toujours l’ennemi. Il peut être un allié, un amortisseur, voire un levier pour le bien collectif. Mais comme tout outil puissant, il doit être utilisé avec précaution et intention. La question à se poser n’est donc pas « Est-ce mal de mentir ? », mais plutôt : « Pourquoi je mens et à quoi cela sert-il ? »

    4.2 L’équilibre entre vérité et fiction

    La vie n’est pas un tribunal où chaque mot doit être pesé pour prouver une vérité absolue. Nous jouons des rôles, nous enjolivons, nous simplifions – parfois pour nous protéger, parfois pour mieux vivre ensemble. Mais où s’arrête la vérité, et où commence la fiction ? Et si ces deux notions n’étaient pas aussi opposées qu’on le croit ?

    Le théâtre de nos vies

    Raconter une histoire, c’est déjà jouer avec la vérité. Au quotidien, nous interprétons nos rôles selon les contextes : professionnel au bureau, complice avec nos amis, affectueux avec nos proches. Chaque rôle implique une mise en scène, une forme de « mentir vrai », comme le disait Aragon. Ce n’est pas de la tromperie, mais une façon de s’adapter à la complexité de nos relations.

    Dire à un collègue « Ça va super » alors que vous êtes épuisé n’est pas un mensonge au sens strict : c’est une manière d’affirmer que vous êtes en mesure de tenir votre rôle, même temporairement. C’est une fiction sociale, au service de la fluidité.

    Quand la fiction éclaire la vérité

    La littérature, le théâtre ou même un simple récit personnel sont autant d’exemples où l’on « ment » pour révéler une vérité plus profonde. Pensez à un roman d’amour ou à une pièce de théâtre : l’histoire est inventée, mais elle nous parle de réalités universelles, comme l’amour, la trahison, ou la condition humaine. Ce type de mensonge – ou de fiction – ne cache pas la vérité, il la met en lumière.

    Dans nos vies, c’est pareil. Une anecdote enjolivée peut mieux transmettre une émotion qu’un récit brut et plat. Parfois, une vérité rigide empêche de faire passer le message. Alors, on arrange un peu, non pour tromper, mais pour mieux transmettre.

    L’art de doser entre vérité et fiction

    La clé, c’est l’intention. Êtes-vous en train de mentir pour manipuler, ou d’ajuster la réalité pour mieux connecter avec l’autre ? Cette distinction est cruciale. Un mensonge qui inspire, qui rassure ou qui fait avancer n’a pas la même portée qu’un mensonge qui cache une faute ou détruit une relation.

    Alors, dans ce théâtre qu’est la vie, laissons une place à la fiction. Pas pour trahir, mais pour enrichir. Car parfois, c’est dans les histoires que nous racontons – à nous-mêmes comme aux autres – que se trouve la vérité la plus profonde.

    5. Vers une éthique relationnelle intégrative

    Fini les « dire toute la vérité » contre « mentir est mal ». Ce duel manichéen est dépassé. La vérité et le mensonge ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes : ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. Et si on lâchait cette obsession de la morale pour bâtir une éthique plus fluide, plus relationnelle, où chaque décision s’aligne sur nos intentions, nos valeurs et le contexte ?

    Mensonge et vérité : des outils, pas des dogmes

    Dans une relation, chaque mot que vous prononcez est un choix. Et ce choix n’est pas toujours simple. Dire la vérité, même brute, peut créer une brèche ou une blessure. Mentir, même légèrement, peut préserver un équilibre ou tout détruire s’il est découvert. Plutôt que de se demander ce qui est « bien » ou « mal », posez-vous les bonnes questions :

    • Est-ce que je respecte l’autre en disant ça ?
    • Est-ce que je respecte mes valeurs ?
    • Quelle est la conséquence de ce que je choisis de dire (ou de taire) ?

    Une éthique relationnelle ne repose pas sur des règles rigides, mais sur une capacité à naviguer avec conscience dans les zones grises de la communication.

    L’honnêteté radicale : un pilier, pas une rigidité

    C’est ici que l’honnêteté radicale prend tout son sens. Cette pratique, qui consiste à dire sa vérité de manière directe mais bienveillante, n’est pas un dogme figé. Elle ne signifie pas tout balancer sans filtre ou blesser sous prétexte d’être sincère. Loin de là. Elle s’inscrit dans une éthique relationnelle où l’on choisit ses mots avec soin pour construire, pas pour détruire.

    Si vous pratiquez l’honnêteté radicale, vous savez que le cœur de cette approche, c’est la clarté. Elle n’est pas incompatible avec une certaine adaptation. Dire la vérité n’exclut pas d’ajuster le timing, la manière ou les mots pour respecter l’autre et le contexte.

    L’honnêteté fluide et radicale : deux alliées

    L’honnêteté fluide, que j’évoquais plus haut, n’est pas une trahison de l’honnêteté radicale. Elle en est une déclinaison dans des contextes plus complexes. Il ne s’agit pas de masquer, mais de choisir comment et quand dire sa vérité :

    • Parfois, l’honnêteté radicale exige de poser des mots clairs immédiatement, pour éviter toute ambiguïté.
    • D’autres fois, l’honnêteté fluide invite à temporiser ou à adapter son discours pour préserver une relation fragile ou un équilibre collectif.

    Ces deux approches ne s’opposent pas : elles se complètent. Elles permettent de conjuguer transparence et respect, sincérité et bienveillance.

    Faire des choix alignés

    La vraie question, quand vous hésitez entre mensonge et vérité, n’est pas « dois-je mentir ou non ? » mais « comment puis-je être honnête tout en respectant l’autre et moi-même ? ». Que ce soit à travers l’honnêteté radicale ou fluide, ce qui importe, c’est de rester aligné avec vos valeurs et vos intentions.

    Conclusion : le mensonge, une affaire humaine

    Je vais être direct : on ment tous. Et si vous pensez le contraire, eh bien… c’est peut-être déjà un mensonge. Mais est-ce vraiment si grave ? Pas forcément. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si vous mentez, mais pourquoi vous le faites et, surtout, ce que cela dit de vous.

    Le mensonge, ce n’est pas juste « le mal », et la vérité, ce n’est pas toujours « le bien ». C’est plus subtil que ça. Dans nos vies, ces deux forces jouent un rôle, comme des partenaires de danse un peu maladroits parfois, mais indispensables. On ment pour protéger, on dit la vérité pour blesser. On ment pour soi, on dit la vérité pour l’autre. Tout cela est profondément humain.

    Moi, je crois que ce qui compte, ce n’est pas d’opposer mensonge et vérité, mais d’apprendre à les manier avec conscience. Vous pouvez choisir la vérité brute, celle qui tranche, ou le mensonge bienveillant, celui qui soigne. Ce choix n’appartient qu’à vous, mais faites le pour les bonnes raisons plutôt que guidé par la peur. C’ets un chemin pour tenter de rester aligné avec vos valeurs.

    Et puis il y a l’honnêteté radicale. Un concept que j’aime défendre, parce qu’il bouscule nos habitudes. Elle nous pousse à être clairs, même quand c’est inconfortable. Mais attention : honnêteté radicale ne veut pas dire brutalité. C’est un art. Celui de dire les choses vraies, sans briser l’autre, sans vous trahir non plus.

    Alors, à la prochaine intersection entre mensonge et vérité, faites une pause. Posez-vous cette question : Qu’est-ce que je veux vraiment construire ici ? Parce qu’au final, mentir ou dire la vérité, ce n’est pas une simple décision. C’est un acte qui vous engage, vous révèle, et qui, dans un sens, vous rend profondément humain.

    ========================

    Les mensonges blancs

    Un mensonge blanc est une petite déformation de la vérité, souvent perçue comme inoffensive, qui vise à éviter de blesser quelqu’un, à préserver l’harmonie sociale ou à simplifier une situation. Contrairement aux mensonges plus graves ou manipulatoires, le mensonge blanc est généralement motivé par des intentions bienveillantes.

    Exemples de mensonges blancs :

    • Dire à un ami : « Ta présentation était super ! » alors que vous pensez qu’il pourrait améliorer certains points, mais vous ne voulez pas le décourager.
    • Répondre « Ça va très bien, merci » à un collègue, même si vous avez eu une mauvaise journée, pour éviter une discussion inconfortable.
    • Complimenter une tenue ou un plat : « J’adore cette robe sur toi »« Ce dîner était délicieux » alors que vous n’êtes pas convaincu.

    Pourquoi on les utilise :

    • Préserver les émotions : On veut éviter de blesser ou de déstabiliser une personne.
    • Faciliter les interactions : Parfois, une vérité brute pourrait compliquer inutilement une situation.
    • Maintenir la paix sociale : Les mensonges blancs contribuent souvent à la politesse et aux codes de courtoisie.

    Les débats autour du mensonge blanc :

    • Les pour : Ils sont considérés comme une forme de tact ou de bienveillance, et peuvent renforcer les relations en évitant des conflits inutiles.
    • Les contre : Même un petit mensonge peut miner la confiance, surtout s’il est découvert. Certains estiment aussi que cela revient à sous-estimer la capacité de l’autre à accepter une vérité.

    Bref, les mensonges blancs, bien qu’inoffensifs en apparence, soulèvent des questions sur notre rapport à la vérité et à la sincérité dans les relations. 😊

    Aliocha Iordanoff

  • L’honnêteté radicale : 5 idées reçues

    Lecture : 3 minutes

    L’Honnêteté Radicale : briser les mythes pour retrouver la liberté

    L’Honnêteté Radicale. Si ce terme te semble provocateur ou inconfortable, c’est normal. On confond souvent honnêteté avec franchise brutale ou absence totale de filtre, mais l’honnêteté radicale est tout autre chose : elle parle de liberté.

    Sur les réseaux sociaux, toutes sortes de vidéos et articles célèbrent des gens qui « disent leur vérité », et ils ont selon moi des comportements qui n’ont rien à voir avec l’honnêteté radicale mais cherchent plutôt à attirer l’attention ou à se justifier (pour échapper à la culpabilité ?).

    L’honnêteté radicale, comme je l’ai comprise en lisant le livre de Brad Blanton, c’est tout autre chose. C’est une quête de liberté.

    • Liberté face au brouhaha incessant dans notre esprit.
    • Liberté face aux masques sociaux que nous portons.
    • Liberté face aux murs invisibles qui nous séparent des autres.

    Voici cinq grands mythes autour de l’honnêteté radicale, et voyons pourquoi les déconstruire pourrait bien transformer ta vie.

    Mythe #1 : l’honnêteté radicale = tout dire, tout le temps

    Non, ce n’est pas une injonction à devenir un livre ouvert. Qui aurait envie de partager chaque pensée fugace ou chaque émotion passagère ? Ce serait épuisant, pour toi comme pour les autres.

    Ce que c’est vraiment : l’honnêteté radicale consiste à identifier les moments où une vérité enfouie pourrait te libérer d’une tension ou d’un malaise. C’est agir en conscience, pas sous la contrainte d’une règle.

    Mythe #2 : Être Radicalement Honnête, c’est être factuel à 100 %

    Bien sûr, la vérité factuelle a son importance. Mais l’honnêteté radicale va plus loin : elle invite à exprimer ce qui se passe en toi – tes sentiments, tes impulsions, tes vérités brutes.

    La nuance ? L’idée n’est pas de jeter les faits comme des projectiles, mais de partager ce qui te traverse avec vulnérabilité. C’est un pont vers les autres, pas un bouclier.

    Mythe #3 : l’honnêteté radicale, c’est balancer tout ce qu’on pense

    On voit souvent des gens « dire ce qu’ils pensent » en ligne, sous couvert de liberté d’expression. Mais soyons clairs : ce n’est pas ça, l’honnêteté radicale.

    La vérité : ce genre de comportement est souvent un moyen de maintenir le contrôle, d’attirer l’attention ou d’affirmer son pouvoir. Être radicalement honnête, c’est tout lâcher, y compris cette envie de contrôle, pour se reconnecter au moment présent.

    Mythe #4 : l’honnêteté radicale est une technique pour manipuler

    Utiliser la vérité de façon stratégique pour obtenir ce que vous voulez en la distillant à des moments choisis ? Ce n’est pas de l’honnêteté, encore moins radicale.

    Si vous partagez vos sentiments ou faites des compliments avec une arrière-pensée – qu’il s’agisse de culpabilité, de flatterie ou de manipulation – vous ne pratiquez pas l’honnêteté.

    L’objectif : L’honnêteté radicale exige que vous partagiez ouvertement en accueillant la réaction de l’autre quelle qu’elle soit. Il s’agit de créer des liens, et non de contrôler les résultats.

    Mythe #5 : dire la vérité fait toujours mal

    Oui, être honnête peut piquer. Mais mentir blesse bien plus profondément à long terme. Les mensonges empoisonnent les relations, érodent la confiance, et nous enferment dans des jeux de rôle épuisants.

    La leçon : dire la vérité, avec soin et empathie, permet d’apaiser les tensions, de surmonter les malentendus et de grandir ensemble.

    Pourquoi cela compte

    Le chemin vers l’Honnêteté Radicale n’est pas une ligne droite. Cela demande du courage, de la vulnérabilité, et une volonté de sortir de nos zones de confort. Mais c’est aussi un chemin vers une vie plus riche, plus connectée, et finalement plus vraie.

    Un conseil rapide : lorsque vous êtes sur le point de vous retenir de dire la vérité ou de mentir, faites une pause et posez-vous la question suivante : qui est-ce que je protège vraiment en faisant cela ?

    Le plus souvent, la réponse est vous-même. Vous essayez d’éviter l’inconfort, de garder le contrôle ou de maintenir la paix. Reconnaître cela et en prendre conscience est un premier pas important pour faire un choix différent.

    Alors, es-tu prêt à essayer ? Si cet article t’a interpellé, prends un moment pour réfléchir : quelle vérité, si tu la partageais aujourd’hui, te libérerait ?

    Et si tu as envie d’en apprendre plus sur l’Honnêteté Radicale, voici un dossier complet sur le sujet : Libère-toi des non-dits : le pouvoir transformateur de l’honnêteté radicale

  • L’honnêteté radicale pour sortir des non-dits

    Lecture : 20 minutes

    L’honnêteté radicale : une révolution intérieure

    Stage pour explorer l’honnêteté radicale

    L’honnêteté radicale est une pratique qui intrigue et qui souvent suscite des malentendus. On l’associe parfois à une franchise absolue, où chacun dirait tout ce qui lui passe par la tête sans considération pour les autres. Ce n’est pas le cas. L’honnêteté radicale, telle que développée par Brad Blanton, repose sur une exploration plus profonde de la vérité – pas seulement ce que l’on pense, mais ce que l’on ressent et comment cela influence nos vies.

    Dans cet article, nous allons explorer ce que signifie vraiment être honnête de manière radicale, les confusions courantes autour du concept et pourquoi il est souvent mal compris. Nous verrons également comment cette pratique s’inscrit dans une démarche à la fois personnelle et relationnelle, un chemin vers une plus grande authenticité. En nous appuyant sur des exemples concrets, tirés du livre de Blanton et d’autres cas pratiques, nous découvrirons comment elle peut transformer nos interactions et notre rapport à nous-mêmes.

    Loin d’être une simple technique de communication, l’honnêteté radicale propose une philosophie de vie qui invite à un regard honnête sur soi avant tout. C’est cette démarche que je vous propose de découvrir, en posant les bases d’une compréhension juste et nuancée du sujet.

    1. Les fondements de l’honnêteté radicale

    Dire la vérité : une pratique centrale

    À la base de l’honnêteté radicale se trouve un principe simple mais exigeant : dire la vérité. Cela ne signifie pas seulement s’abstenir de mentir, mais également dévoiler les pensées et émotions qui se cachent derrière nos paroles ou nos silences. Selon Brad Blanton, le mensonge n’est pas seulement une question morale, mais une source majeure de stress et de souffrance.

    Blanton illustre ce principe avec l’exemple d’un de ses patients, un homme d’affaires constamment anxieux, qui avait construit une grande partie de sa vie sur des omissions et des demi-vérités. Il mentait à ses collègues pour éviter les conflits, embellissait ses histoires pour maintenir une image de réussite, et taisait ses frustrations pour éviter de décevoir. Ce mode de vie l’avait conduit à une anxiété chronique et à une sensation de vide intérieur. Lorsque ce patient a commencé à pratiquer l’honnêteté radicale, il a d’abord dû affronter les conséquences inconfortables de ses révélations : des confrontations avec ses proches et des remises en question au travail. Mais il a rapidement découvert un soulagement inattendu. En disant la vérité, il a non seulement réduit son stress, mais il a également renforcé ses relations, qui sont devenues plus profondes et authentiques.

    L’honnêteté radicale va au-delà de la simple obligation de vérité. Elle implique de partager ce que l’on ressent sur le moment, sans cacher ou manipuler les faits. Cela demande un courage émotionnel, car il faut être prêt à affronter les réactions de l’autre et, parfois, les conséquences inconfortables de notre propre sincérité.

    Cependant, Blanton insiste sur un point crucial : dire la vérité ne signifie pas imposer brutalement ses pensées ou ses émotions. Il s’agit de communiquer avec authenticité tout en respectant le cadre relationnel et émotionnel dans lequel nous évoluons. La vérité, dans ce contexte, est un outil de connexion, pas une arme de confrontation.

    Ainsi, dire la vérité est une pratique centrale de l’honnêteté radicale, mais elle doit être accompagnée de discernement et de respect pour les personnes à qui nous nous adressons. C’est un premier pas vers une vie libérée des mensonges, où le stress de maintenir des apparences disparaît progressivement, laissant place à une existence plus alignée avec qui nous sommes réellement.

    Un mouvement vers soi avant d’être vers les autres

    L’honnêteté radicale commence par un voyage intérieur. Avant de pouvoir être honnête avec les autres, il faut d’abord l’être avec soi-même. Cela implique de se confronter à ses propres illusions, à ses dénis et à ses peurs. Brad Blanton insiste sur ce point : nous passons souvent une grande partie de notre vie à nous mentir à nous-mêmes, pour éviter de faire face à des vérités inconfortables.

    Prenons l’exemple d’une femme que Blanton a accompagnée en thérapie. Elle s’accrochait depuis des années à une carrière qu’elle détestait, persuadée que c’était la seule voie pour obtenir la reconnaissance de sa famille. En explorant ses émotions et ses pensées avec honnêteté, elle a réalisé qu’elle nourrissait un profond ressentiment à l’égard de cette situation. Cette prise de conscience l’a amenée à remettre en question ses choix, et, petit à petit, à se libérer des attentes qu’elle pensait devoir satisfaire.

    Ce travail intérieur est souvent inconfortable. Il exige de faire face à des blessures anciennes, à des regrets ou à des peurs que nous préférons éviter. Mais c’est un passage nécessaire pour atteindre une véritable authenticité. En reconnaissant nos propres vérités, nous pouvons alors entrer en relation avec les autres d’une manière plus sincère et plus alignée.

    Blanton compare ce processus à l’acte de retirer des couches d’un oignon : chaque couche représente un mensonge ou une illusion que nous nous sommes racontés. En les enlevant une par une, nous découvrons finalement ce qui est authentique en nous.

    Ainsi, l’honnêteté radicale n’est pas seulement une pratique relationnelle. C’est avant tout une démarche personnelle, un mouvement vers soi qui permet de retrouver une connexion profonde avec ce que nous sommes vraiment. Et ce n’est qu’en étant honnête avec nous-mêmes que nous pouvons espérer l’être pleinement avec les autres.

    Les trois niveaux de vérité

    Brad Blanton distingue trois niveaux de vérité, qui permettent de structurer la pratique de l’honnêteté radicale. Ces niveaux ne s’excluent pas, mais se complètent pour donner une vision complète et nuancée de ce que signifie être honnête. Chacun de ces niveaux implique un travail particulier sur soi et dans ses interactions avec les autres.

    1. la vérité factuelle

    La vérité factuelle concerne les événements tels qu’ils se sont réellement déroulés. Il s’agit de rapporter des faits sans déformation ni embellissement. Ce premier niveau peut sembler simple, mais il est souvent plus difficile qu’il n’y paraît. En effet, nous avons tous tendance à filtrer les faits à travers nos émotions et nos croyances, ce qui peut altérer notre perception de la réalité.

    Blanton donne l’exemple d’un manager qui, lors d’un conflit avec un employé, interprétait chaque action de ce dernier comme une attaque personnelle. En apprenant à se concentrer sur les faits – ce qui avait été dit et fait, sans y ajouter de suppositions ou de jugements – il a pu clarifier la situation et désamorcer le conflit.

    2. la vérité émotionnelle

    Le deuxième niveau de vérité implique de reconnaître et d’exprimer ce que l’on ressent à propos des faits. C’est ici que la pratique de l’honnêteté radicale devient plus complexe et engageante. Partager ses émotions demande de la vulnérabilité, mais c’est également ce qui permet de créer des relations authentiques et profondes.

    Un exemple tiré du livre de Blanton montre comment un père, distant avec ses enfants, a pu transformer sa relation avec eux en leur exprimant ses peurs et ses regrets. Plutôt que de simplement s’excuser pour son comportement passé, il a partagé ce qu’il ressentait vraiment : une peur de ne pas être à la hauteur et un regret profond de ne pas avoir été plus présent. Cette ouverture émotionnelle a permis de rétablir une connexion sincère avec ses enfants.

    3. la vérité existentielle

    Enfin, la vérité existentielle concerne le sens que nous donnons aux faits et aux émotions. C’est une réflexion plus profonde sur ce que ces expériences disent de nous, de nos valeurs et de nos aspirations. Ce niveau de vérité est souvent le plus difficile à atteindre, car il nécessite de questionner nos croyances fondamentales et d’explorer des zones d’inconfort.

    Blanton décrit une femme qui, après avoir exploré les deux premiers niveaux de vérité, a réalisé que ses choix de vie étaient largement dictés par une peur de la solitude. Cette prise de conscience lui a permis de réorienter sa vie vers des objectifs plus alignés avec ses véritables aspirations.

    Une approche holistique de la vérité

    Les trois niveaux de vérité permettent d’aborder la réalité de manière complète. Ils nous invitent à dépasser la surface des choses pour explorer les couches plus profondes de notre expérience. En intégrant ces trois dimensions dans notre pratique de l’honnêteté radicale, nous pouvons non seulement améliorer nos relations, mais aussi développer une meilleure compréhension de nous-mêmes.

    2. Les bienfaits de l’honnêteté radicale

    L’honnêteté radicale, en allant au-delà de la simple transparence, offre une multitude de bénéfices qui touchent à la fois la sphère personnelle et la qualité de nos interactions sociales et professionnelles. Dans cette section, nous allons explorer comment cette pratique peut transformer profondément notre rapport à nous-mêmes, nos relations et nos environnements professionnels.

    Sur le plan individuel, l’honnêteté radicale permet de se libérer des contraintes invisibles que nous impose le mensonge, qu’il soit dirigé vers les autres ou vers soi-même. Cette libération ouvre la voie à une vie plus authentique, où le stress de maintenir des apparences laisse place à une énergie retrouvée.

    Au niveau relationnel, elle favorise des échanges sincères et constructifs, où la confiance et la compréhension mutuelle prennent le pas sur les malentendus et les non-dits. 

    Dans le contexte professionnel, l’honnêteté radicale peut révolutionner la communication et renforcer la cohésion d’équipe en instaurant une culture de transparence et de respect.

    Transformation personnelle

    L’honnêteté radicale agit comme un levier puissant pour retrouver son authenticité. Lorsque nous cessons de jouer des rôles ou de cacher des parties de nous-mêmes, nous découvrons une forme de liberté qui transforme notre quotidien. Cette démarche implique d’affronter les inconforts du moment pour se libérer du poids accumulé par les mensonges, les non-dits et les masques que nous portons.

    Brad Blanton rapporte l’histoire d’un homme qui vivait dans un perpétuel état de stress, constamment préoccupé par ce que les autres pensaient de lui. En adoptant l’honnêteté radicale, il a peu à peu abandonné son besoin de plaire et s’est autorisé à être lui-même. Ce changement, bien qu’initialement difficile, a entraîné une diminution de son anxiété et une augmentation de son énergie vitale.

    Ce processus de transformation personnelle touche également à la santé mentale et physique. Blanton souligne que le stress lié aux mensonges, qu’ils soient grands ou petits, peut engendrer des troubles psychosomatiques comme des migraines, des insomnies ou des tensions musculaires. Dire la vérité, au contraire, permet de relâcher ces tensions et de retrouver un équilibre émotionnel.

    Mais cette transformation ne s’arrête pas là. En embrassant pleinement la pratique de l’honnêteté radicale, on accède à une meilleure compréhension de soi-même. Les décisions ne sont plus guidées par la peur ou les attentes des autres, mais par un alignement sincère avec ses propres valeurs et aspirations. Cela crée un sentiment d’harmonie intérieure, qui rayonne ensuite dans tous les aspects de la vie.

    Relations plus profondes et authentiques

    L’honnêteté radicale transforme profondément la manière dont nous interagissons avec les autres. En osant exprimer ce que nous ressentons vraiment, nous créons des liens plus sincères, libérés des jeux de masques et des non-dits. Ce n’est pas toujours confortable, mais cette approche permet de bâtir des relations fondées sur la confiance et le respect mutuels.

    Un exemple marquant dans le livre de Brad Blanton est celui d’un couple en crise, où les deux partenaires accumulaient des frustrations qu’ils n’osaient pas exprimer. Lorsqu’ils ont commencé à pratiquer l’honnêteté radicale, ils ont d’abord traversé une période de conflits intenses. Cependant, ces échanges honnêtes leur ont permis de mieux comprendre les besoins et les blessures de chacun. Avec le temps, leur relation s’est renforcée, devenant plus authentique et plus épanouissante.

    Cette pratique a également un impact sur les amitiés. En étant transparent sur nos attentes, nos limites et nos émotions, nous donnons à nos relations une solidité nouvelle. Les malentendus diminuent, car tout est mis sur la table. Cette clarté rend les interactions plus simples et évite les ressentiments qui naissent souvent des non-dits.

    “l’honnêteté radicale n’est pas un acte égoïste. Il ne s’agit pas de vider son sac au détriment de l’autre, mais de créer un espace où chacun peut s’exprimer sans crainte de jugement. Cette réciprocité est essentielle pour que les relations deviennent un lieu de croissance et de soutien mutuels.”

    Avec le temps, les relations qui s’appuient sur l’honnêteté radicale évoluent vers une forme de simplicité et d’authenticité qui est à la fois rare et précieuse. Elles ne sont pas exemptes de conflits, mais ces derniers deviennent des opportunités d’apprendre et de grandir ensemble.

    Impact au travail

    L’honnêteté radicale bouleverse la dynamique professionnelle en encourageant la transparence et en éliminant les jeux de pouvoir liés aux non-dits. Lorsqu’elle est pratiquée dans un cadre professionnel, elle permet de clarifier les attentes, de résoudre les tensions rapidement et de créer un environnement plus collaboratif.

    Brad Blanton rapporte l’exemple d’une entreprise où les employés étaient constamment en compétition, ce qui générait une atmosphère de méfiance. En introduisant des cercles de discussions hebdomadaires basés sur l’honnêteté radicale, les employés ont été invités à exprimer leurs frustrations et leurs attentes sans crainte de répercussions. Bien que les premières sessions aient été difficiles, elles ont progressivement permis de désamorcer des conflits latents. Les équipes ont retrouvé un sentiment d’unité et une productivité accrue.

    Dans un autre cas, un dirigeant a transformé sa manière de donner du feedback. Plutôt que de contourner les sujets sensibles ou de dissimuler ses véritables attentes, il a adopté une communication honnête mais soucieuse de la qualité des liens. Cette approche a non seulement renforcé la confiance de ses collaborateurs, mais a également permis à ces derniers de mieux comprendre leurs propres rôles et objectifs. En retour, les salariés ont témoigné se sentir bien plus en sécurité car ils savent pouvoir compter sur les paroles de leur dirigeant. C’est très rassurant de savoir que tout ce qui était à dire a été dit !

    Dans un environnement où la compétition et la pression sont fortes, l’honnêteté radicale peut sembler risquée. Cependant, elle s’avère être un levier de cohésion et de performance à long terme. En supprimant les masques et les jeux de pouvoirs implicites, elle favorise un climat de travail où chacun peut s’épanouir pleinement.

    3. Les obstacles à l’honnêteté radicale

    Les peurs courantes

    L’honnêteté radicale peut effrayer. Nous avons tous des peurs profondes qui nous retiennent de dire la vérité, qu’il s’agisse de craindre le rejet, de provoquer des conflits ou de montrer notre vulnérabilité. Ces peurs, bien que naturelles, sont souvent exagérées par notre esprit.

    L’une des craintes les plus répandues est celle de perdre une relation. Nous redoutons que notre vérité blesse ou éloigne l’autre. Cependant, ce risque est souvent surestimé. Lorsque nous nous exprimons avec authenticité et respect, les relations sincères ont tendance à s’approfondir, et les relations superficielles, à s’effacer.

    Un autre obstacle majeur est la peur du conflit. Dire la vérité peut mettre en lumière des désaccords ou des tensions, mais cela offre aussi une opportunité de les résoudre. Blanton partage l’histoire d’un couple qui, après avoir évité des sujets sensibles pendant des années, a trouvé un nouveau souffle en confrontant leurs frustrations et leurs attentes. Ces discussions honnêtes, bien que difficiles, ont permis de recréer une base de confiance mutuelle.

    Enfin, il y a la peur de révéler nos faiblesses. L’honnêteté radicale nous pousse à montrer nos insécurités et nos limites, ce qui peut être intimidant dans une société qui valorise souvent la perfection et la maîtrise. Mais c’est précisément en acceptant notre humanité que nous pouvons nouer des connexions authentiques avec les autres.

    Pour surmonter ces peurs, Blanton propose de commencer petit : dire une vérité inconfortable dans un contexte sûr, comme avec un ami de confiance. Ce premier pas, même modeste, aide à construire le courage nécessaire pour intégrer l’honnêteté radicale dans tous les aspects de notre vie.

    Le poids des normes sociales

    La société nous enseigne, dès le plus jeune âge, à filtrer nos paroles pour préserver les apparences ou éviter de heurter les autres. Ces normes sociales, bien qu’elles visent souvent à maintenir une harmonie superficielle, deviennent rapidement un frein à l’authenticité.

    L’une des principales contraintes imposées par ces normes est la pression de la politesse. On nous apprend à ne pas dire ce que nous pensons réellement, surtout si cela risque de déplaire. Par exemple, dans un contexte professionnel, il est courant de masquer des désaccords pour éviter des tensions. Ce type de comportement peut sembler inoffensif à court terme, mais il engendre une accumulation de frustrations et de malentendus.

    Une autre source de pression est la peur d’être jugé. Dire la vérité, c’est parfois s’exposer à des critiques ou à des regards désapprobateurs. Dans une culture où le conformisme est souvent valorisé, être authentique peut être perçu comme une menace à l’ordre établi. Cette pression sociale pousse de nombreuses personnes à privilégier des relations superficielles plutôt que de risquer des conversations honnêtes.

    Il y a aussi la peur de briser des conventions tacites. Blanton partage l’exemple d’un cadre supérieur qui n’osait pas remettre en question des pratiques internes qu’il jugeait inefficaces. En décidant de s’exprimer honnêtement, il a non seulement amélioré la dynamique de son équipe, mais a également permis à ses collègues de se sentir plus libres d’exprimer leurs propres idées.

    Pour dépasser le poids des normes sociales, il faut apprendre à redéfinir ce que signifie « respect » dans une relation. Être honnête ne signifie pas manquer de considération, mais plutôt avoir le courage d’ouvrir un dialogue sincère. Cette démarche peut inspirer les autres à faire de même, créant ainsi un environnement plus authentique et épanouissant pour tous.

    Les résistances internes

    Les résistances internes à l’honnêteté radicale sont souvent les plus difficiles à surmonter, car elles sont profondément ancrées dans nos mécanismes de défense et nos habitudes de pensée. Ces résistances prennent diverses formes, mais elles ont toutes pour origine une peur fondamentale : celle de faire face à soi-même.

    Brad Blanton insiste sur le fait que nous sommes souvent les premiers à nous mentir. Ces auto-mensonges, qui peuvent sembler anodins, sont en réalité des stratégies pour éviter des vérités inconfortables. Par exemple, une personne peut se convaincre qu’elle est heureuse dans son travail alors qu’elle ressent un profond mal-être. Ce décalage entre la réalité et ce que l’on s’autorise à voir crée une tension intérieure qui finit par peser sur le bien-être.

    Un autre type de résistance est la rationalisation. Nous trouvons des excuses pour éviter d’aborder des sujets délicats ou pour justifier nos comportements. Cette rationalisation nous éloigne de l’authenticité et nous maintient dans une zone de confort illusoire. Blanton donne l’exemple d’un homme qui évitait de confronter son frère à propos d’un conflit ancien, sous prétexte de préserver la paix familiale. En réalité, cette paix était factice et leur relation en souffrait.

    La culpabilité et la honte jouent également un rôle important dans ces résistances. Nous avons peur de reconnaître nos erreurs ou nos défauts, car cela pourrait nuire à l’image que nous avons de nous-mêmes. Pourtant, Blanton souligne que l’acceptation de ces parts d’ombre est une étape essentielle pour atteindre une véritable authenticité.

    Pour dépasser ces résistances internes, il est crucial d’adopter une attitude de compassion envers soi-même. L’honnêteté radicale ne consiste pas à se juger durement, mais à reconnaître ses limites et ses imperfections avec bienveillance. Ce processus, bien qu’exigeant, ouvre la voie à une vie plus alignée et libérée des tensions intérieures.

    4. Pratiquer l’honnêteté radicale

    Commencer par soi-même

    L’honnêteté radicale commence par un engagement personnel. C’est un face-à-face avec ses propres vérités, sans filtre ni embellissement. Mais par où commencer ? Pas besoin de révolutionner sa vie en une nuit. Blanton conseille de démarrer par un exercice simple mais percutant : écrire une liste de toutes les choses que l’on évite de se dire à soi-même.

    Prenez une feuille et un stylo. Posez-vous des questions directes : « Quelles sont les décisions que j’évite de prendre ? », « Qu’est-ce que je ressens vraiment à propos de mon travail, de mes relations, de mes habitudes ? ». L’objectif n’est pas de trouver des solutions immédiates, mais de nommer ce qui est souvent étouffé par le bruit du quotidien. En posant ces vérités par écrit, vous amorcez un dialogue honnête avec vous-même.

    Un exemple concret tiré du livre : une femme qui se persuadait qu’elle était satisfaite dans son mariage a réalisé, en écrivant, qu’elle était profondément malheureuse. Ce simple acte de poser la vérité l’a poussée à engager une conversation authentique avec son conjoint, initiant un changement qu’elle n’avait jamais osé envisager.

    Blanton insiste sur un point : ces vérités ne doivent pas être utilisées pour se critiquer ou se juger. Elles sont un miroir, une opportunité de se comprendre. Prenez le temps de relire vos écrits et d’y revenir régulièrement. Vous pourriez être surpris par ce que vous découvrez sur vous-même.

    Une fois ce premier pas accompli, passez à l’oral. Choisissez une personne de confiance, quelqu’un avec qui vous pouvez partager une vérité inconfortable mais significative. Ce test, même s’il semble anodin, est une première expérience de l’honnêteté radicale appliquée. Il ne s’agit pas de faire des aveux spectaculaires, mais de tester le pouvoir libérateur de dire ce qui est vrai.

    Commencer par soi-même, c’est s’offrir la liberté d’être aligné. Cela ne résout pas tout, mais cela pose les bases solides d’une vie plus authentique.

    Dans les relations

    Pratiquer l’honnêteté radicale dans ses relations, c’est sortir des échanges superficiels pour construire des liens authentiques. Mais attention : il ne s’agit pas de déverser brutalement toutes ses vérités. Il faut de l’intention, de la clarté et du respect.

    L’honnêteté radicale trouve un écho particulier dans les milieux polyamoureux ou des relations non exclusives. Dans ces contextes, où la communication ouverte et le consentement sont essentiels, cette pratique est souvent vue comme un fondement. Dire la vérité sur ses besoins, ses émotions ou ses doutes permet de construire des relations solides, basées sur la confiance mutuelle. Par exemple, exprimer clairement des limites ou des attentes dans une relation où plusieurs partenaires sont impliqués évite de tomber dans des malentendus ou des blessures involontaires.

    Brad Blanton évoque des témoignages de personnes polyamoureuses ayant intégré l’honnêteté radicale pour naviguer dans des dynamiques complexes. L’une d’entre elles raconte comment elle a pu exprimer, sans culpabilité, une jalousie qu’elle ressentait, ce qui a permis d’ouvrir un dialogue constructif et d’apaiser la relation. Cette transparence, bien qu’inconfortable à première vue, a renforcé le lien et permis une meilleure compréhension mutuelle.

    Pour vous lancer et introduire doucement de l’honnêteté radicale dans une relation, commencez par poser un cadre. Si vous souhaitez aborder une vérité difficile, prévenez votre interlocuteur. Dites quelque chose comme : « J’aimerais partager quelque chose d’important avec toi. Est-ce un bon moment ? » Ce simple geste montre que vous prenez en compte l’état d’esprit de l’autre, ce qui est essentiel pour ouvrir un espace d’échange constructif.

    Ensuite, exprimez-vous avec des mots qui reflètent vos propres ressentis, sans accuser. Par exemple, au lieu de dire : « Tu ne m’écoutes jamais », essayez : « Lorsque je parle et que je ne perçois aucune réaction, je me sens seul. J’aimerais que ça change. » Cette approche met l’accent sur vos émotions et vos besoins, évitant de mettre l’autre sur la défensive.

    Un exemple tiré du livre : un employé frustré par l’attitude autoritaire de son manager a décidé d’exprimer son ressenti lors d’un entretien. Plutôt que de l’attaquer, il a dit :

    « J’ai l’impression que mes idées ne sont pas prises en compte, et cela me démotive. Comment pourrions-nous améliorer notre collaboration ? »

    Ce retour honnête a permis d’entamer un dialogue constructif, transformant leur relation de travail.

    Blanton insiste aussi sur l’importance d’écouter activement les réactions de l’autre. L’honnêteté radicale n’est pas un monologue, mais un échange. Soyez prêt à accueillir les vérités de votre interlocuteur, même si elles sont inconfortables.

    Enfin, soyez patient. Les relations basées sur l’honnêteté radicale se construisent avec le temps. Chaque conversation honnête renforce la confiance mutuelle et crée un terrain fertile pour des échanges plus profonds et plus authentiques. C’est un travail de long terme, mais les résultats en valent largement la peine.

    Au travail

    Introduire l’honnêteté radicale dans un environnement professionnel peut sembler risqué. Pourtant, lorsqu’elle est pratiquée avec soin, elle devient un levier puissant pour améliorer la communication, renforcer la collaboration et résoudre les tensions de manière constructive.

    La première étape consiste à instaurer un climat de confiance. Les employés doivent sentir qu’ils peuvent s’exprimer sans crainte de représailles. Cela commence par l’exemple : un manager qui partage ses propres vérités, y compris ses doutes ou ses erreurs, ouvre la voie à une culture d’honnêteté. Brad Blanton rappelle qu’une transparence authentique de la part des dirigeants encourage les équipes à faire de même.

    Une méthode concrète pour intégrer l’honnêteté radicale est d’organiser des réunions dédiées au feedback sincère. Ces réunions permettent à chacun de partager ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui pourrait être amélioré. Une règle essentielle : chaque retour doit être formulé avec respect et dans un esprit de collaboration, en évitant les accusations.

    Par exemple, dans une entreprise décrite par Blanton, un employé a exprimé lors d’une réunion qu’il se sentait souvent exclu des décisions importantes. Plutôt que de le percevoir comme une critique, l’équipe a pris cela comme une opportunité d’ajuster ses processus et d’impliquer davantage chaque membre. Ce genre de conversations, bien que parfois inconfortables, renforce la cohésion et l’efficacité collective.

    Il est également important de distinguer l’honnêteté radicale d’une franchise brutale. L’objectif n’est pas de dire tout ce qui passe par la tête, mais de partager ce qui est pertinent pour améliorer les dynamiques de travail. Posez-vous cette question avant de parler : « Ce que je vais dire contribue-t-il à résoudre un problème ou à renforcer la relation ? »

    Enfin, introduire l’honnêteté radicale au travail demande du temps et de la persévérance. Ce n’est pas une solution miracle, mais un processus continu. Les premiers résultats peuvent être subtils, mais ils posent les bases d’une culture professionnelle plus saine et plus humaine.

    5. Honnêteté radicale et neuroatypies

    Pourquoi cela aide les profils neuroatypiques

    L’honnêteté radicale peut être un véritable soulagement pour les personnes neuroatypiques, en particulier celles qui vivent avec un trouble du spectre autistique ou un TDAH. Ces profils ont souvent du mal avec les sous-entendus, les implicites ou les jeux de pouvoir qui dominent de nombreuses interactions sociales. Dire les choses de manière claire et sincère élimine ces zones grises qui peuvent devenir sources de stress ou de confusion.

    Brad Blanton évoque dans ses travaux que l’honnêteté radicale offre une structure relationnelle où la transparence prévaut, ce qui est particulièrement rassurant pour les personnes neuroatypiques. Elles n’ont plus à décoder des comportements ambigus ou à interpréter des signaux contradictoires. Cela crée un environnement où chacun peut interagir avec de meilleures chances de s’intégrer.

    L’honnêteté radicale réduit les tensions liées au perfectionnisme ou à la peur de mal faire. Pour les personnes neuroatypiques, souvent hypersensibles à la critique ou au rejet, savoir que les vérités seront dites de manière respectueuse et non violente devient un facteur de sérénité.

    Cette pratique aide à créer des relations de travail plus authentiques et adaptées. Les équipes apprennent à reconnaître et à valoriser les différences, plutôt que de chercher à les masquer ou à les corriger. Pour les personnes neuroatypiques, cela signifie évoluer dans un espace où elles peuvent être elles-mêmes, sans avoir à constamment compenser ou camoufler leurs particularités.

    Exemples concrets

    Les exemples concrets montrent à quel point l’honnêteté radicale peut transformer le quotidien des personnes neuroatypiques. Brad Blanton illustre cela avec des témoignages poignants d’individus ayant expérimenté cette pratique dans leur vie personnelle et professionnelle.

    Un premier cas concerne un jeune homme diagnostiqué avec un TDAH, qui luttait pour trouver sa place dans son équipe. Il avait souvent l’impression que ses collègues le jugeaient pour son manque d’organisation ou ses oublis. En adoptant l’honnêteté radicale, il a pris l’initiative de partager ses difficultés lors d’une réunion d’équipe. Il a expliqué son fonctionnement, ce qu’il trouvait difficile et ce qui l’aidait à mieux travailler. Sa transparence a complètement changé la dynamique de groupe : ses collègues, qui interprétaient auparavant ses comportements comme un manque d’effort, ont commencé à lui apporter un soutien adapté.

    Un autre exemple est celui d’une femme autiste qui avait du mal à comprendre les attentes non verbalisées de ses supérieurs. Après avoir introduit une approche d’honnêteté radicale dans ses échanges, elle a pu demander des consignes claires et obtenir des retours directs sur son travail. Elle a décrit cette expérience comme un soulagement, car elle n’avait plus à déchiffrer des messages implicites. Cette clarté a renforcé sa confiance en elle et son sentiment de compétence.

    Enfin, Blanton raconte l’histoire d’une équipe mixte, composée de collaborateurs neurotypiques et neuroatypiques, qui a choisi d’intégrer l’honnêteté radicale dans ses réunions hebdomadaires. Les résultats ont été frappants : les malentendus et tensions latentes ont diminué, et la diversité des modes de pensée a été mieux valorisée. Les neuroatypiques se sentaient entendus et respectés, tandis que leurs collègues neurotypiques apprenaient à ajuster leur communication pour favoriser une collaboration harmonieuse.

    Ces exemples montrent que l’honnêteté radicale n’est pas une simple méthode, mais une clé pour libérer le potentiel des individus neuroatypiques et pour bâtir des relations professionnelles et personnelles plus authentiques.

    6. Approfondir la pratique de l’honnêteté radicale

    Les limites et contextes particuliers

    L’honnêteté radicale, bien que puissante, n’est pas toujours adaptée à toutes les situations ou contextes. Par exemple, dans un environnement où les relations sont particulièrement fragiles ou marquées par des dynamiques de pouvoir inégalitaires, une vérité brute peut causer des torts inattendus. Brad Blanton lui-même souligne que cette pratique exige un cadre approprié et une intention claire : renforcer les relations plutôt que blesser ou détruire.

    Il est crucial de se poser des questions avant de partager une vérité inconfortable : « Ce que je vais dire est-il utile pour la relation ? » ou « Est-ce le bon moment pour aborder ce sujet ? ». Dans certains cas, attendre ou formuler les choses avec plus de soin peut être plus bénéfique que de s’exprimer immédiatement.

    L’honnêteté radicale ne doit pas être une excuse pour manquer de tact ou ignorer l’état émotionnel de l’autre. Elle s’accompagne toujours d’une responsabilité envers les conséquences de nos paroles.

    Outils pratiques pour une honnêteté au quotidien

    Mettre en œuvre l’honnêteté radicale demande de la pratique et une certaine discipline. Voici quelques exercices simples pour intégrer cette philosophie dans votre quotidien :

    • L’écriture journalière : Prenez quelques minutes chaque jour pour écrire une vérité inconfortable que vous évitez d’affronter. Cela peut concerner une émotion refoulée, un conflit latent ou une décision en suspens. Cet exercice vous aide à clarifier vos pensées et à amorcer un dialogue interne honnête.
    • Les check-ins relationnels : Planifiez des moments réguliers avec vos proches ou collègues pour partager vos ressentis et vos besoins. Par exemple, commencez une conversation avec : « Je veux te dire quelque chose d’important sur ce que je ressens. » Ces échanges, même brefs, créent une habitude de transparence.
    • Les questions-reflets : À la fin de chaque journée, demandez-vous : « Ai-je évité une vérité aujourd’hui ? » ou « Comment aurais-je pu être plus authentique dans mes interactions ? ». Ces réflexions permettent de progresser à votre rythme.

    Critiques et idées reçues

    Lire l’article : 5 idées reçues sur l’honnêteté radicale !

    L’honnêteté radicale est souvent mal comprise. Beaucoup pensent qu’elle consiste à tout dire, tout le temps, sans filtre ni considération. Cette caricature, largement répandue, alimente des critiques selon lesquelles cette pratique serait agressive ou inadaptée.

    En réalité, l’honnêteté radicale n’est pas une invitation à la brutalité verbale. C’est une démarche consciente, qui s’appuie sur la vulnérabilité et le respect. Elle ne vise pas à imposer une vérité universelle, mais à partager sa propre expérience avec authenticité.

    Certains craignent également que cette pratique ne mette en péril leurs relations. Bien au contraire, lorsque l’honnêteté radicale est pratiquée avec bienveillance, elle renforce les liens en éliminant les malentendus et les non-dits. Comme le souligne Blanton, « la vérité rapproche plus qu’elle ne divise, à condition qu’elle soit partagée avec le cœur. »

    En répondant à ces critiques et malentendus, on clarifie davantage la portée et les intentions de l’honnêteté radicale, tout en dissipant les craintes liées à son application.

    Conclusion

    L’honnêteté radicale est une façon de s’affranchir des masques et des poids inutiles. Dire la vérité, en prenant soin du cadre et des intentions, transforme nos vies. Elle libère des tensions intérieures, renforce les relations et crée des environnements plus humains. Cette démarche demande du courage et de la bienveillance, mais elle offre en retour des connexions plus profondes et un sentiment d’alignement avec soi-même.

    Certains contextes, comme les milieux neuroatypiques ou polyamoureux, montrent à quel point la clarté et la transparence peuvent apaiser et enrichir les interactions. Pourtant, l’honnêteté radicale n’est pas sans défis. Peur du rejet, poids des normes, résistances internes : tout cela peut freiner l’élan. C’est pourquoi commencer petit, avec des outils simples comme l’écriture journalière ou des échanges authentiques, peut faire toute la différence.

    Il ne s’agit pas de tout dire à tout moment, ni de blesser sous prétexte de sincérité. Il s’agit de créer un espace où la vérité peut être partagée avec respect et vulnérabilité. Là réside le véritable pouvoir de cette pratique : faire émerger une authenticité qui libère et rapproche.

    Ce chemin n’est pas facile, mais il est profondément libérateur. Commencez par une vérité aujourd’hui, même petite. Une vérité qui compte, qui ouvre, qui aligne. C’est souvent ainsi que commencent les plus grandes transformations!

    Aliocha Iordanoff

  • Votre culture d’entreprise est-elle adaptée à l’Holacratie ?

    Lecture : 4 minutes

    Dans toute transformation organisationnelle, il n’est pas rare d’entendre qu’une transformation culturelle en premier lieu est essentielle. Comme si, pour se transformer, il était nécessaire de posséder des attributs ou d’observer des comportements collectifs particuliers. Pour adopter l’Holacratie comme système de gouvernance, par exemple, on imagine souvent qu’il faudrait une culture qui valorise la transparence, l’adaptation, la coopération ou encore la prise de décision collective. Et pourtant l’Holacratie n’indique rien de tout ça dans ses pré-requis.

    Cet article explore pourquoi l’Holacratie peut s’intégrer dans n’importe quelle organisation, indépendamment de sa culture, et comment elle peut catalyser des transformations en profondeur sans nécessiter de culture préalable spécifique.

    1. C’est quoi au juste la culture d’entreprise ?

    La culture d’entreprise représente les comportements, les croyances et les rituels implicites qui se manifestent au sein d’une organisation. Ces éléments ne sont pas toujours explicités, mais ils influencent fortement le fonctionnement quotidien. La culture, c’est finalement ce qui reste lorsqu’on a enlevé toutes les règles. Elle comprend les comportements automatiques que les employés adoptent sans forcément savoir pourquoi, parce qu’ils sont ancrés dans les pratiques collectives.

    Contrairement à une idée répandue, l’Holacratie ne requiert pas une culture d’entreprise préétablie pour réussir. Au contraire, ce système de gouvernance est conçu pour fonctionner dans des environnements culturels très divers. À Sémawé, nous avons accompagnés ces dernières années des institutions telles que la Métropole de Grenoble, des petites et moyennes entreprises comme Bike Solutions, ou encore des associations comme Terre de Liens, et aussi de grandes entreprise comme QoQa, dans différents secteurs BtoB, industrie, service, etc. Tous les témoignages sont à lire ici.

    Bien que les leaders qui choisissent l’Holacratie partagent souvent des croyances communes, telles que la reconnaissance de la complexité du monde et l’importance de rendre explicites les systèmes existants (écouter les témoignages de leaders en Holacratie), la diversité des cultures organisationnelles parmi les entreprises qui adoptent l’Holacratie prouve qu’il n’existe pas de modèle unique requis pour réussir cette transformation.

    2. Révélez la véritable culture de votre entreprise grâce à l’Holacratie

    En réalité, l’Holacratie agit comme un révélateur des croyances et des comportements implicites au sein de l’organisation. En rendant explicites les règles du jeu organisationnel, elle permet aux entreprises de prendre conscience de leurs pratiques et de les ajuster de manière dynamique et continue, si elles le souhaitent. Ce processus ne transforme pas immédiatement la culture, mais amorce un mûrissement, notamment en mettant en lumière des aspects souvent inconscients tels que les processus décisionnels, la distribution de l’autorité ou la gestion des tensions.

    L’Holacratie ne dicte pas comment la culture doit évoluer, mais elle fournit les outils nécessaires pour que chaque organisation puisse ajuster ses pratiques de manière plus consciente et délibérée, en fonction de ses besoins spécifiques.

    Par exemple, dans une entreprise où la culture de prise de parole spontanée est prédominante, l’introduction des processus d’Holacratie, comme les réunions de gouvernance structurées, peut initialement sembler contraignante. Cependant, au fil du temps, ces structures permettent de canaliser cette énergie spontanée vers des décisions plus réfléchies et efficaces, tout en conservant la richesse des idées générées par une telle culture.

    Enfin, L’Holacratie intègre le changement dans le quotidien de l’organisation, ce qui en fait un processus permanent plutôt qu’un événement ponctuel. Ce système considère les organisations comme des entités vivantes, en perpétuelle évolution. Plutôt que de transformer la culture en une seule fois, l’Holacratie encourage une adaptation continue. Les entreprises évoluent constamment, et ce système permet à cette évolution de se faire de manière plus fluide et naturelle.

    Conclusion

    L’idée que l’Holacratie nécessite une culture d’entreprise particulière pour réussir est un mythe à déconstruire. Ce système de gouvernance est non seulement adaptable à une grande variété de cultures, mais il agit également comme un catalyseur de transformation continue. Plutôt que de forcer un modèle culturel unique, l’Holacratie permet aux organisations de mûrir, d’évoluer et de s’ajuster en permanence, tout en respectant leur diversité culturelle. En fin de compte, ce n’est pas la culture initiale qui détermine le succès de l’Holacratie, mais la capacité de l’organisation à embrasser le changement continu et à évoluer avec agilité.

    Léa Chevalier

  • Comment la Métropole de Grenoble s’inspire-t-elle de l’Holacracy ?

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Geneviève vous recommande de lire cet article

    À ma connaissance, c’est une première en France : la métropole de Grenoble consolide sa réputation de pionnière en s’inspirant de l’Holacracy pour faire évoluer ses pratiques managériales et de coopération interne. Les échanges que j’ai pu avoir avec Hélène sont passionnants et pleins de promesses pour les institutions publiques : je suis ravie de les partager avec vous !

    Découvrez comment l’Holacracy s’immisce et inspire les managers au sein de la métropole de Grenoble. Hélène Clot, directrice stratégie, innovation et relations citoyennes, nous raconte son cheminement et en quoi l’Holacracy répond à des besoins et des enjeux pour la collectivité aujourd’hui. Elle partage les évolutions que cette approche a entraînées sur sa manière de manager et de coopérer avec son équipe.

    Que souhaites-tu dire de toi pour te présenter ?

    Je peux commencer par ma fonction au sein de la Métropole ! Je suis directrice stratégie, innovation et relations citoyennes. Cette direction regroupe trois équipes, en tout une trentaine de personnes, qui travaillent sur le pilotage, l’évaluation, l’innovation, la participation citoyenne et la relation métropolitaine aux usagers.

    Nous œuvrons à la fois sur les politiques publiques, s’adressant directement aux habitants du territoire, et sur les questions d’organisation interne. Notre équipe est donc au croisement de l’interne et de l’externe, nous sommes une fonction ressource. Nous accompagnons la transformation du service public, depuis la manière de concevoir des politiques publiques jusqu’à ses conséquences internes très pratiques, dans l’organisation.

    Comment en es-tu arrivée à l’Holacracy ?

    C’est en collectif, dans l’équipe dont je viens, que nous avions décidé de tester un management horizontal : nous avions un responsable hiérarchique qui avait peu de temps pour nous et nous avait encouragés à nous organiser tout seuls… ce qui fonctionnait très bien avec des membres très autonomes. J’étais vraiment convaincue par cette façon de s’organiser, jusqu’au moment où j’ai pris conscience que personne ne prenait soin du collectif et notamment des individus en difficulté. Finalement, j’ai réalisé qu’il manquait un rôle de leader-soutien.

    Et puis quand j’ai pris des fonctions managériales, je me suis interrogée sur ce que j’avais envie de susciter au sein de mon équipe. J’avais déjà des connaissances en Sociocratie et finalement avec l’Holacracy j’ai trouvé les éléments de méthode dont j’avais besoin.

    Aujourd’hui, fonctionner avec l’Holacracy permet une vraie distribution des rôles, une école du leadership dans notre équipe. C’est précieux pour que je ne sois pas à l’origine d’un goulot d’étranglement de nombreuses validations, qui crée de l’inertie.

    Ça change quoi de manager avec l’Holacracy ?

    Une chose vraiment aidante, c’est de clarifier les différents rôles que je joue. Je peux, au même titre que les autres membres de mon équipe, apporter mes tensions et bénéficier d’un espace d’écoute et d’apport par les autres rôles de l’équipe. Par exemple, j’ai pu expliciter mon double rattachement hiérarchique : technique et politique. Et le fait d’expliciter ces rôles de « relais auprès du Codir » et celui de « dialogue auprès des élus », ça me permet d’identifier des tensions spécifiques et de les porter en réunion tactique de manière claire et transparente dans le cercle de ma direction. Ça rend visible ce que je fais en tant que « manager » au-delà d’animer des temps d’équipe et d’attribuer des rôles. Je peux être dans une autre posture : je ne suis plus celle qui apporte uniquement des solutions, je peux aussi apporter mes problèmes !

    Une autre évolution permise par l’Holacracy, c’est de cultiver le pouvoir d’agir de mon équipe. Je passe d’un modèle où on attend de moi des solutions, à un modèle où on trouve ensemble des solutions, en équipe. Et on ose se dire ensemble : qu’est-ce qui t’empêche de décider ? As-tu besoin d’un conseil ? Mon apport devient souvent une bonification, je deviens partenaire de la décision.

    Nous utilisons Holaspirit pour tenir à jour nos rôles et suivre nos projets. Pour préparer les entretiens annuels par exemple, ça m’a aidée : je peux facilement faire le point sur les rôles et les projets des membres de mon équipe.

    Et puis, petit à petit, ça me permet d’envisager plus sereinement de jouer un rôle de « synthèse », sans avoir réponse à tout quand je suis interrogée par ma hiérarchie. Ce rôle de synthèse est simplifié par l’utilisation d’Holaspirit, car je peux facilement prendre connaissance des rapports de réunions tactiques là où je n’étais pas présente. Ça m’aide vraiment à déléguer.

    Pour en savoir plus sur les réunions tactiques, je vous recommande la lecture de cet article : « La réunion tactique : opérationnelle et efficace ».

    Quelles sont les attentes de la direction générale en matière de management et en quoi est-ce compatible avec l’Holacracy ?

    La commande de la direction générale, c’est d’améliorer les qualités de management avec une demande claire de développer la transversalité et l’efficacité.

    La recherche d’efficacité se situe au niveau des prises de décision et de la participation aux réunions : gagner en rapidité de prise de décision et clarifier qui participe à quoi. La demande est aussi de permettre le développement de la transversalité, ce que nous pouvons traduire en développement de la capacité à coopérer.

    La direction stratégie, innovation et relation citoyenne, forte de son expérience de fonctionnement d’équipe, a proposé à la direction générale de s’inspirer de l’Holacracy, en réponse à ses attentes. Plusieurs équipes se sont formées et les outils comme la réunion tactique sont très largement diffusés auprès des collègues.

    Pour nous, ce système vient soutenir le déploiement de ces compétences de délégation et de coopération.

    Est-ce qu’il y a des choses évidentes que tu repères, très compatibles avec l’Holacracy ?

    Oui, il y a plusieurs choses !

    Par exemple, pour outiller des services sur le fonctionnement en mode projet ou sur des questions de bonne articulation entre deux équipes. Mon équipe peut être sollicitée en interne sur ces sujets, et notre grille de lecture s’appuie sur les réflexes de l’Holacracy : quelle est la raison d’être de chacun ? Ces raisons d’être sont-elles assez connues, claires, complémentaires ? Est-ce qu’il y a des domaines à expliciter, qui supposent donc que lorsque quelqu’un veut agir dans ce domaine, il doit en informer la personne ? Quelles sont les redevabilités de chacun ? Que peut-on attendre très clairement de ses collègues ? Qu’est-on en droit de lui demander pour bien travailler ? C’est très aidant de regarder le fonctionnement de cette façon et ça donne des pistes d’actions concrètes.

    Et puis au sein de la Métropole, nous avons créé des « cercles de transversalité » pour traiter des sujets hors compétences métropolitaines, au sens juridique. Il s’agit de champs sur lesquels la Métropole agit sans avoir strictement de compétence, donc sans avoir un service dédié : différents services sont mobilisés et ça générait jusque-là soit de la confusion, des doublons ou des gros trous dans la raquette. Nous avons proposé que tous les cercles soient animés par un binôme facilitateur/scribe, avec le format de la réunion tactique. Celle-ci permet de répondre à un besoin de coordination et de synergies à trouver. C’est le cas par exemple pour la biodiversité ou les questions liées à la jeunesse. Mais aussi sur des sujets plus techniques comme les relations avec l’université ou l’agence d’urbanisme.

    Les facilitateurs et les scribes de ces cercles jouent un rôle fondamental pour que la transversalité existe et soit incarnée. Un membre de la direction générale a un rôle de « sponsor » à l’intérieur de ces cercles, pour garantir le lien avec la DG. Ces cercles ont des domaines, ce qui leur permet d’avoir une vision transversale de ce que la Métropole réalise, commande ou met en place. Ils sont légitimes pour animer un réseau interne, créer de la coopération et capitaliser des expériences. Ils sont également identifiés à l’extérieur, ce qui donne à la Métropole un meilleur niveau de dialogue avec ces partenaires.

    Enfin, récemment j’ai pris conscience que les stratégies de nos cercles pourraient être explicitées. Les élus définissent des priorités de politiques publiques, la direction générale fixe via le dialogue de gestion des priorités de travail : nous les connaissons mais elles ne sont pas inscrites formellement dans les cercles.

    Tout ça rend complètement compatible l’organisation hiérarchique de la collectivité avec un fonctionnement en Holacracy !

    Pour explorer en quoi les stratégies sont de réelles aides à la priorisation du travail individuel et collectif, je vous recommande la lecture de cet article : « Comprendre les priorités en Holacracy ».

    La gouvernance des équipes de Grenoble Alpes Métropole utilisant l’Holacracy est visible ici.

    Geneviève Goubel

  • Comment surmonter les problèmes apparemment insolubles grâce au management des polarités ?

    Lecture : 6 minutes

    Le monde est complexe. Certains problèmes semblent parfois insolubles. Vous cherchez des solutions qui résoudraient définitivement ces problèmes, mais malgré vos efforts, ils persistent et se répètent. Pourquoi cela se produit-il ? Pourquoi les approches traditionnelles ne fonctionnent-elles pas ? Que se passerait-il si nous arrêtions de voir les choses comme des problèmes qu’il suffirait de résoudre ?

    Comprendre la complexité des problèmes

    Dans un monde simple, résoudre un problème consiste à trouver une solution qui adresse la cause sous-jacente. Cependant, dans un monde complexe, les problèmes sont souvent multifactoriels. Même si vous parvenez à transformer une cause particulière, le problème peut réapparaître sous une autre forme.

    La notion même de problème est une simple étiquette que l’on aime bien poser sur ce que l’on ne comprend pas, ou ce qui vient contrecarrer nos plans. Avez-vous déjà remarqué que ce que vous appelez un problème peut constituer une solution du point de vue de quelqu’un d’autre ? Surtout quelqu’un qui aurait des opinions différentes des vôtres sur la situation.

    Les polarités, des forces contradictoires

    La gestion des polarités est une invitation à changer votre regard sur les problèmes. Au lieu de considérer les problèmes comme des obstacles à surmonter, vous pouvez les voir comme la facette dysfonctionnelle d’autre chose qui est parfois fonctionnelle. Sur le plan du comportement, cela revient à considérer qu’un défaut est une qualité en excès !

    Les polarités sont des forces apparemment contradictoires qui coexistent et sont interdépendantes. Tels un pôle Nord et un pôle Sud sur un aimant, elles sont des forces opposées indissociables !

    Chaque polarité d’une paire de polarités contient des avantages et des inconvénients. Nous pourrions dire aussi des facettes fonctionnelles et des facettes dysfonctionnelles. Voir le monde au travers de ce prisme des polarités permet de considérer alors que les dysfonctionnements ne sont qu’une manifestation d’une polarité qui peut aussi générer des bénéfices. Et ce que l’on considère souvent comme une solution n’est que la facette avantageuse d’une polarité qui a aussi sa part d’ombre !

    Prenons l’exemple du management dans les entreprises. Visualisons deux polarités que sont le management directif (la structure verticale de pouvoir) et le management participatif (faisant davantage appel à l’intelligence collective et aux équipes autonomes).

    Dans bien des entreprises, on cherche à résoudre les inconvénients du management directif, en les regardant comme des problèmes. Pensons au manque d’autonomie, à la perte de motivation, au silotage des décisions.

    Les partisans du changement défendent un management participatif qui nous promet l’implication des salariés, le sens dans le travail, la créativité des équipes, l’agilité !

    Jusqu’ici, le management participatif est présenté comme une solution. Partout où ces changements sont à l’œuvre, vous avez déjà entendu parler de cette fameuse “résistance au changement” ?

    Ces “résistants au changement” voient à l’inverse tous les inconvénients qui les attendent dans une entreprise au management participatif, tels que des décisions plus lentes, du flou sur les autorités, une moindre productivité, un temps infini passé en réunion ! Ce sont les désavantages du management participatif, le plus souvent ignorés des défenseurs de ce nouveau paradigme organisationnel.

    Les mêmes “résistants” soutiennent que le management traditionnel plus vertical et directif a l’avantage de la clarté sur qui a le pouvoir et qui prend les décisions, un organigramme clair, des consignes mieux appliquées, des décisions rapides. Ils préfèrent souvent ignorer que ce système hérité du taylorisme connaît aussi sa part dysfonctionnelle.

    La boucle des polarités

    La gestion des polarités propose d’appréhender cette situation non pas comme un problème à résoudre, mais comme deux polarités dans lesquelles naviguer. L’enjeu n’est pas de choisir entre le management directif et le management participatif, mais plutôt de trouver un moyen de faire coexister ces deux approches. Cela peut sembler difficile, mais c’est la clé pour surmonter les problèmes insolubles.

    Il n’existe pas de solution définitive. La gestion des polarités est un processus continu et dynamique. Les besoins de l’organisation changent, et son environnement évolue, vous pouvez ajuster votre approche en conséquence. Il peut y avoir des moments où vous devez privilégier l’une des polarités au détriment de l’autre.

    L’idée n’est pas de se situer dans un entre-deux qui ne serait ni l’une ni l’autre, mais bien de savoir naviguer entre ces deux polarités en allant chercher chez chacune ce qu’il y a de plus fonctionnel. La gestion des polarités fonctionne si et seulement si l’entreprise apprend à détecter très rapidement la manifestation de la facette dysfonctionnelle de l’une des polarités pour très vite aller chercher du côté opposé l’inspiration qui viendra compenser ce manque.

    Le risque cependant serait de passer son temps à osciller de plus en plus vite entre deux directions et de perdre tout le monde en route, tel un bateau qui naviguerait sans cap et n’arriverait jamais nulle part.

    L’Holacracy : une approche pour intégrer les polarités

    L’Holacracy est un modèle de gouvernance qui vise à intégrer les polarités dans les organisations. Au lieu d’adopter une approche strictement hiérarchique ou participative, ce système permet de trouver un alliage bien dosé de management directif et participatif. Dans ce modèle, les rôles et les autorités sont clairement définis, ce qui permet de laisser de la place à l’autonomie et à l’initiative individuelle. C’est une technologie managériale qui est à la fois verticale et horizontale.

    En Holacracy, les décisions ne sont pas prises par un chef, mais par des cercles de rôles qui travaillent ensemble pour atteindre les objectifs de l’organisation. Chaque rôle a ses propres responsabilités et peut prendre des décisions dans le cadre de son autorité définie. Cela permet de combiner l’efficacité du management directif avec les avantages de l’intelligence collective.

    La verticalité du système se retrouve dans le principe de subsidiarité des cercles. Les cercles plus larges ont tout pouvoir de modification sur les cercles contenus à l’intérieur. Les leaders de cercle ont toute autorité pour manager le travail des rôles au travers de la priorisation et de l’autorité d’affectation des rôles.

    Contrairement aux idées reçues, l’Holacracy est bien un système de gouvernance agnostique en matière de management et laisse toute latitude à l’entreprise qui l’adopte pour développer son propre style de management et ses propres règles de fonctionnement.

    Conclusion

    La gestion des polarités est une approche puissante pour résoudre les problèmes apparemment insolubles auxquels nous sommes confrontés dans nos organisations et dans nos vies. Plutôt que de chercher une solution unique, nous devons apprendre à équilibrer les forces contradictoires. Le management des polarités nous invite à regarder l’interdépendance de ce que nous aurions envie d’opposer.

    L’Holacracy offre un cadre pour mettre en pratique cette approche en reconnaissant la valeur des différentes perspectives et en cherchant un équilibre entre les polarités. En adoptant cette approche, nous trouvons un moyen de regarder les divergences du monde en mettant un ET plutôt qu’un OU entre les polarités.

    Aliocha Iordanoff

  • Témoignage d’une entreprise en Holacracy qui a réussi sa certification ISO 9001:2015

    Lecture : 6 minutes

    Dans cet article, je vais expliquer comment Sémawé a obtenu la certification ISO 9001 : 2015 grâce à son fonctionnement en Holacratie.

    Quand on évoque la « certification ISO 9001 », quelles pensées nous traversent l’esprit ? Peut-être quelque chose de laborieux, parfois imposé, voire rigide ? Je vais vous raconter comment, dans mon rôle ISO 9001, j’ai facilité la mise en place des vingt pages d’exigences et de recommandations de la norme au sein de Sémawé.

    À vrai dire, ce n’est pas vraiment moi qui ai facilité la mise en place d’ISO 9001 dans l’entreprise. C’est surtout notre fonctionnement en Holacratie qui comporte de nombreux points de convergence avec la norme. Dans cet article non exhaustif, je vous présente ces similitudes entre le système Holacratie et la norme ISO 9001 :

    1. Une plus grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun.
    2. De l’amélioration continue à tous les niveaux de l’organisation.
    3. La surveillance et l’évaluation, chacun dans ses rôles.

    Cet article ne vise pas à vendre une success story, mais plutôt à partager notre expérience de la certification ISO 9001 en tant qu’organisation guidée par l’Holacratie.

    1. Une plus grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun

    Parmi les exigences de la norme ISO 9001, l’organisation doit s’assurer que les différents rôles, responsabilités et autorités soient clairs et assumés à tous les niveaux de l’entreprise. La norme suggère donc de créer une cartographie des processus. Cependant, cette cartographie peut devenir rigide. Elle est valable en mars, mais en juin, elle peut devenir obsolète, car l’entreprise évolue et ses besoins changent.

    Cette exigence qualité devrait permettre une meilleure gestion de l’entreprise en clarifiant qui fait quoi et qui a le pouvoir sur quoi, mais les processus risquent d’être peu utiles à la gestion de l’entreprise s’ils ne représentent plus la réalité présente.

    La principale limite d’une cartographie de processus comme celle-ci est qu’elle est figée.

    Refléter la réalité actuelle

    Avec l’Holacratie, la cartographie de notre fonctionnement prend la forme de rôles et de cercles interconnectés, agissant comme des petites PME au service les unes des autres. Grâce aux descriptions des rôles, nous bénéficions d’une grande clarté quant aux responsabilités et aux autorités de chacun. Nous pouvons naviguer dans une cartographie fluide et évolutive, reflétant en permanence la réalité actuelle.

    Elle évolue au fur et à mesure que la gouvernance est mise à jour, avec l’aide du logiciel Holaspirit. La norme ISO 9001 nous a simplement aidés à expliciter davantage nos processus en les traduisant dans cet organigramme dynamique.

    Ci-dessus une partie de la gouvernance de Sémawé, représentée via le logiciel Holaspirit

    2. De l’amélioration continue à tous les niveaux de l’organisation

    L’amélioration continue est au cœur de la norme ISO 9001. Les organisations doivent constamment évoluer pour s’adapter à un environnement en perpétuel changement. Le principe est simple :

    1. Détecter un problème (une non-conformité)
    2. Le corriger
    3. Mettre en place des mesures pour prévenir sa récurrence
    4. S’assurer que les mesures mises en place sont efficaces

    En théorie, cela semble simple, mais en pratique, de nombreux obstacles se dressent sur notre chemin. L’expérience de Sémawé démontre qu’il est possible de résoudre rapidement et efficacement les non-conformités à tous les niveaux de l’organisation grâce à l’Holacratie.

    Une amélioration continue pilotée par… les tensions !

    En Holacratie, ce sont les tensions qui guident les rôles. La constitution Holacratie demande à tout Leader de Rôle de traiter tout écart entre la réalité actuelle et ce qui pourrait créer plus de valeur (article 1), y compris les non-conformités. Chaque personne est tenue de gérer les tensions qu’elle ressent dans ses rôles.

    Pour cela, elle mobilise uniquement les rôles pertinents en formulant des demandes claires pour une plus grande efficacité.

    Des espaces dédiés pour traiter ses tensions…

    En Holacratie, nous disposons de 2 processus pour traiter les tensions :

    1. La réunion tactique pour synchroniser les opérations et lever les obstacles au travail.
    2. La réunion de gouvernance lorsque le traitement d’une tension (ou d’une non-conformité) fait évoluer la structure de gouvernance. On va alors modifier les règles, les rôles ou les autorités.

    …Et sollicitables à tout moment

    Dès qu’une personne ressent une tension dans l’un de ses rôles, elle peut organiser ou solliciter une réunion tactique ou de gouvernance avec les rôles appropriés. Chez Sémawé, nos réunions tactiques sont fréquentes. Cela peut être des micro-réunions de 10 minutes impliquant trois personnes ou des réunions de 1h30 avec une participation plus importante, en fonction des tensions à traiter.

    En Holacratie, l’amélioration continue est omniprésente. À tous les niveaux de l’organisation, les individus sont encouragés à résoudre leurs tensions, qu’il s’agisse de divergences par rapport à la norme, de risques perçus, d’opportunités à saisir, d’erreurs à corriger, et bien plus encore. Chacun agit au nom de son rôle, au service de l’organisation, en toute légitimité.

    3. Surveillance et évaluation : chacun dans ses rôles

    La norme ISO 9001:2015 exige que l’organisme définisse des méthodes de surveillance et d’évaluation de la performance du système de management de la qualité. Au premier abord, cela peut sembler déconnecté de l’Holacratie.

    Cependant, si l’on examine de plus près la norme, l’organisme a la liberté de choisir ses méthodes, offrant ainsi une marge de manœuvre considérable.

    Des contraintes, seulement là où c’est nécessaire

    En Holacratie, il n’y a pas obligatoirement de division entre ceux qui agissent et ceux qui évaluent le travail. Les individus sont au service des rôles, qui, à leur tour, servent l’organisation.

    Par exemple, dans mon rôle de responsable de podcast, je crée des podcasts de manière autonome. Si mes actions suscitent des tensions dans le système, c’est-à-dire qu’elles créent des frictions chez d’autres personnes dans leurs rôles, alors ces personnes aborderont ces tensions en émettant des demandes de rôle à rôle. En revanche, si mon travail ne génère pas de tensions, pas besoin de contraintes ou de règles. L’Holacratie nous permet de décliner dans notre gouvernance les endroits contraignants sur la manière de délivrer de la valeur, de la satisfaction client.

    Le meilleur indicateur : l’individu

    L’Holacratie repose sur la croyance que ce sont les individus qui sont les meilleurs indicateurs dans le système, et ils sont les meilleurs instruments pour mesurer l’écart entre la réalité actuelle et l’amélioration potentielle. En plus des observations des individus dans leurs rôles, nous disposons d’indicateurs quantitatifs collectés par ces rôles. Ces éléments orientent nos rôles et jouent un rôle essentiel dans notre démarche d’amélioration continue. L’Holacratie nous permet de transcender le schéma managérial classique, tout en maintenant un niveau élevé d’exigence en matière de qualité.

    Conclusions d’une expérimentation : Holacratie et ISO font bon ménage

    Après avoir passé avec succès notre audit en mai 2023, sans aucune non-conformité, nous pouvons affirmer avec assurance que l’Holacratie et les normes telles que l’ISO 9001:2015 se complètent parfaitement. L’Holacratie constitue un système de management de la qualité, qui opère dans toute l’organisation, en permanence.

    Si vous souhaitez en savoir davantage sur notre certification, écoutez notre podcast.

    Si vous souhaitez en savoir plus sur nos accompagnements liés au système de management de la qualité prenons contact !

    Emma Louwagie

  • Les organisations réellement flexibles aiment l’autorité

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Jeanne de Sémawé, coach en Holacracy, vous conseille de lire cet article

    Dans cet article, Tom Nixon retrace les grandes lignes de l’histoire des organisations et de leur modèle managérial. C’est fondamental car il explique comment a émergé chaque modèle et les limites rencontrées. Pour les modèles les plus récents qui reposent sur l’auto-gouvernance et un aplatissement de la hiérarchie, la principale limite est que les individus ont peur de l’autorité et ont peur de leur propre affirmation. Le risque est que plus personne n’ose poser de vision et que le groupe forme un “nous” informe.

    En tant que coach, ce qui me passionne dans l’Holacracy c’est la capacité d’un modèle à combiner du vertical et de l’horizontal, du collectif et de l’individuel. C’est un système qui reconnaît l’affirmation et l’autorité dans sa forme fonctionnelle : celle de la créativité et de la capacité à porter une vision.

    Article original de Tom Nixon disponible ici.

    Pour passer des hiérarchies de pouvoir à l’autogestion, il est essentiel d’apprendre à aimer l’autorité créative.

    Hiérarchies industrielles

    Les entreprises de l’ère industrielle sont devenues de grandes institutions hiérarchiques. Elles étaient stables et duraient des décennies, voire des siècles. Elles employaient les masses et nous fournissaient les produits que nous voulions, et bien d’autres dont nous n’avions aucune idée que nous voulions.

    Le système hiérarchique fait incroyablement bien fonctionner l’autorité. Tout le monde sait qui détient l’autorité – il suffit de regarder vers le haut de l’organigramme. Les fondateurs de méga-entreprises peuvent voir leurs visions se concrétiser grâce au commandement et au contrôle de l’énorme machine qu’ils ont construite sous leurs ordres. Ils élaborent la stratégie et la transmettent pour exécution, comme un général commandant une bataille.

    Des problèmes de croissance

    Nous avons appris depuis que ces hiérarchies formelles présentent de gros défauts. Elles deviennent lentes, les décisions mettant une éternité à passer d’un échelon à l’autre. L’innovation à la périphérie est étouffée par le contrôle descendant et la bureaucratie. Le contrôle et les systèmes de validation sont omniprésents.

    Les hiérarchies deviennent déshumanisantes, car les structures d’autorité représentent un pouvoir sur les personnes, et pas exclusivement un pouvoir de faire. La personne « au-dessus » de vous contrôle vos performances et approuve votre fiche de poste. Les êtres humains, avec tous leurs dons uniques et leurs bizarreries, sont enfermés dans une identité fixe au travail.

    La compétitivité est intégrée dans le système d’exploitation. Il faut rivaliser avec les autres pour monter dans la hiérarchie. La collaboration et la compassion sont beaucoup moins récompensées. Non pas que la compétitivité soit mauvaise en soi, mais elle est nécessaire dans un juste équilibre avec la collaboration, et une structure hiérarchique nuit à cet équilibre.

    Hiérarchies post-industrielles

    Dans le monde post-industriel, nous avons donc commencé à modifier le modèle hiérarchique. Nous avons créé des organisations matricielles afin que l’information et le contrôle puissent circuler à travers l’organisation ainsi que de haut en bas. La ligne pointillée sur l’organigramme était née. Nous avons aplati les hiérarchies pour réduire le nombre d’étapes dans le processus de prise de décision et de communication. Les managers se sont formés à adopter un style de coachant et responsabilisant. Ils écoutent autant qu’ils donnent des instructions. La voix de chacun est entendue et tout le monde doit innover. L’entreprise ressemble davantage à une communauté, dirigée par un leader compatissant, et moins à une machine dont les leviers sont actionnés par un leader-opérateur.

    Mais il ne s’agit là que d’ajustements. En aplatissant la hiérarchie, nous remplaçons les longues et lentes chaînes de commandement par des goulets d’étranglement en matière de gestion, car un plus grand nombre de personnes dépendent d’une seule et même personne. Un manager passe le plus clair de son temps à gérer les personnes et non à se concentrer sur son propre travail. L’autonomisation et la responsabilisation sont des compromis délicats, car la personne au-dessus de vous détient toujours le pouvoir sur vous. Vous pouvez seulement donner du pouvoir à quelqu’un qui n’en avait pas par défaut. Un style de management par le coaching adoucit les angles, mais l’autorité est toujours clairement distribuée en cascade du haut vers le bas.

    La concurrence reste également vive. Aujourd’hui, il y a moins de postes de direction à pourvoir. Les évaluations à 360 degrés donnent une illusion d’égalité, mais il est clair que seuls quelques-uns peuvent « monter en grade ».

    L’autogestion fait son apparition

    Les limites du système hiérarchique ont poussé à l’apparition d’organisations plus adaptatives et qui fonctionnent en réseau. La sociocratie, qui existe depuis les années 1970, connaît enfin son heure de gloire, et son cousin Holacracy fait également beaucoup parler de lui. Ces nouveaux modèles sont bien plus qu’une simple adaptation des anciens systèmes. Ils représentent un nouveau paradigme dans la manière dont nous structurons nos organisations.

    Le pouvoir hiérarchique voulant contrôler les personnes a enfin disparu, remplacé par des cercles interdépendants. Nous pouvons encore diviser le travail en hiérarchies, mais les gens assument une multitude de rôles dans l’entreprise, sans fiche de poste ni titre de poste fixes. Les gens apparaissent à différents endroits de l’organigramme en fonction du travail qu’ils trouvent utile et gratifiant. Il n’y a pas de patron à qui rendre des comptes. L’organisation est dynamique et évolue au fil du temps. La collaboration l’emporte sur la concurrence dans ces structures, ce qui encourage l’innovation et de véritables relations de pair à pair.

    Mais ces nouveaux modèles présentent un défaut bien handicapant.

    L’autorité est devenue un tabou

    Les fondateurs de nombreuses entreprises post-industrielles ont peur de l’autorité. Ils ne veulent pas, à juste titre, devenir les dictateurs du passé. Ils renoncent donc à leur autorité et la transmettent à des groupes. Parler de « je » ou de « moi » est devenu un crime. Tout doit être « nous » et « on ». Une noble intention aux conséquences désastreuses.

    En plus de supprimer le pouvoir et l’autorité formels d’un être humain sur un autre, ces nouveaux modèles organisationnels ont perdu leur lien avec l’autorité créative. C’est-à-dire le pouvoir de donner vie à la vision créative d’un individu. Les gens renoncent à leur droit de s’exprimer pleinement et de vivre leur vocation personnelle. Au lieu de cela, ils se soumettent au groupe.

    Ce qui se passe ici, c’est l’amalgame entre l’autorité formelle et l’autorité créative. L’autorité formelle peut être étouffante, mais l’autorité créative est la source de la passion dans une organisation. Il n’y a rien de plus vital qu’une personne qui poursuit sa vision – il suffit d’observer le fondateur d’une start-up en pleine action. Retirez-lui cela et vous verrez son énergie se vider.

    Le mythe de l’âme organisationnelle

    Pour combler le vide laissé par l’absence d’autorité créatrice individuelle, un mythe est apparu selon lequel l’organisation elle-même a un but, comme une âme propre. Selon ce mythe, la raison d’être de l’organisation est indépendante de la vision individuelle qui l’a créée et est en fait guidée par une “vision commune” du groupe.

    Je ne crois pas qu’il soit utile de considérer qu’une organisation a une âme. Il n’est pas utile de la traiter comme une entité vivante. Il est bien plus utile de considérer les organisations comme des histoires créées par des êtres humains. L’histoire commence lorsqu’une personne fait le premier pas pour réaliser une vision – un acte créatif. Toutes les organisations partent d’une seule graine et se développent à partir de là. La vision du fondateur est toujours présente, qu’elle soit reconnue ou non. Croire que l’organisation s’est détachée de l’homme et a pris une vie propre est une superstition.

    L’organisation véritablement réactive et créative

    Bien que les modèles sociocratiques/holacratiques présentent un défaut majeur, il existe une solution simple mais efficace.

    Il s’agit de surmonter le tabou de l’autorité en séparant l’autorité formelle de l’autorité créative. Nous n’avons pas besoin d’avoir un pouvoir formel sur les gens. Lorsqu’il s’agit d’une structure formelle, il peut s’agir d’un « nous ». Nous pouvons construire des organisations avec des accords volontaires conclus par des pairs, et non des ordres venant d’en haut. Cependant, lorsqu’il s’agit d’autorité créative, nous sommes d’abord des individus. Nous devons être intransigeants dans notre quête de notre vision personnelle et dans notre travail en ce sens. Cela ne doit pas compromettre la possibilité pour les autres de faire de même. Nous pouvons travailler ensemble dans un réseau de relations de collaboration et de soutien si nous cherchons à comprendre la vision que les autres essaient de réaliser et si nous les aidons du mieux que nous pouvons, tout en recherchant l’aide des autres.

    Cette approche commence dès la naissance d’une organisation, en identifiant qui a exercé son autorité créatrice en faisant le premier pas, peut-être en demandant de l’aide à quelqu’un d’autre. Bien qu’il puisse sembler que deux ou plusieurs personnes aient commencé ensemble, un examen plus approfondi permet toujours de remonter à une seule personne – la source. Reconnaître la source, comprendre sa vision et travailler consciemment avec elle est la clé pour fonder les organisations du futur.

    En adoptant pleinement l’autorité créative, nous pouvons construire des organisations réactives, collaboratives et créatives avec le meilleur des deux mondes : aucun pouvoir sur les personnes et le plein potentiel de chacun pour réaliser sa vision. 

    Crédits

    Cet article est inspiré de conversations et d’échanges de mails avec Charles Davies, pionnier de l’utilisation de l’autorité créative dans les organisations. Charles s’appuie sur les travaux de Peter Koenig, qui mène des recherches sur le sujet depuis de nombreuses années.

  • L’humanité de l’Holacracy par Brian Robertson

    Lecture : 6 minutes

    Pourquoi Emma de Sémawé vous conseille de lire cet article

    Lors de mes accompagnements j’ai déjà entendu des réactions fortes des équipes à qui l’on présentait l’Holacratie pour la première fois : “ce système est trop froid, nous avons besoin de prendre soin les uns des autres !”. Cet article nous permet de faire un pas de côté sur les notions d’entraide, de soin porté aux autres et à soi, de responsabilité individuelle.

    4 façons dont Holacracy fait ressortir le meilleur des personnes

    Article original écrit par Brian Robertson disponible ici.

    S’il y a une critique de Holacracy que j’entends encore et encore, c’est à chaque fois une déclinaison de ce sujet :

    « Holacracy est trop rigide. Les gens ne sont pas des robots. C’est inhumain ! »

    C’est une idée fausse, mais je comprends d’où elle vient. Surtout au début, les processus de réunion peuvent sembler rigides et restrictifs. Il peut sembler gênant et peu naturel de suivre un nouvel ensemble de règles plutôt que de faire les choses comme on les a toujours faites. Mais une fois que les gens ont surmonté cette transition initiale, voici ce qu’ils découvrent : Holacracy est en fait le système le plus « humain » qui soit pour diriger une organisation.

    Holacracy honore certaines des meilleures parties de notre humanité, et nous met au défi de nous développer et de devenir plus humains, pas moins. Voici quatre façons dont la pratique de Holacracy fait ressortir le meilleur des personnes.

    Chacun son tour

    Les processus de réunion en Holacracy comprennent des règles très précises concernant les personnes qui peuvent prendre la parole et le moment où il est approprié ou non pour les autres de répondre. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le système, c’est souvent un point de friction. « Que voulez-vous dire, je n’ai pas le droit de dire ce que je pense ou ce que je ressens ? Je ne suis pas un robot – j’ai des sentiments, et j’ai le droit de les exprimer ! »

    Voici le problème que pose cette approche. Avez-vous déjà pris conscience de quelque chose qui pourrait fonctionner mieux qu’il ne le fait aujourd’hui ? (En Holacracy, nous appelons cela une « tension » – le sentiment d’un écart entre ce qui est et ce qui pourrait être). Vous apportez votre tension à une réunion, dans l’espoir d’apporter un changement et d’améliorer la situation. Les mots sont à peine sortis de votre bouche qu’un de vos collègues intervient. « Oui, je suis d’accord que X ne fonctionne pas. Mais vous savez quoi ? Y ne fonctionne pas non plus ! ». Avant que vous ne vous en rendiez compte, chacun a ajouté ses propres tensions sur la table, et vos tentatives de créer un changement dans un domaine spécifique sont bloquées.

    Les réunions en Holacracy sont conçues pour éviter cette situation courante et frustrante. Elles protègent l’espace pour qu’une personne puisse faire émerger une tension, proposer une solution et initier réellement un changement significatif. Pour ce faire, les processus de réunion ne permettent pas aux autres personnes d’empiler simplement leurs propres réactions et les problèmes qui y sont liés. Cela peut sembler rigide ou inhumain, mais en fait, c’est profondément respectueux de l’être humain qui fait la proposition.

    Et pour tous les autres, cela leur demande simplement de mettre en pratique une compétence humaine fondamentale que nous apprenons tous dès l’enfance : le tour de rôle. Les jeunes enfants ont du mal à être patients, à faire de la place aux autres, à permettre aux autres de passer en premier. Lorsqu’ils maîtrisent cette compétence, c’est une étape importante de leur développement. Malheureusement, en tant qu’adultes, nous semblons oublier les leçons de la cour de récréation lorsque nous nous asseyons autour d’une table avec nos collègues.

    En Holacracy, chacun a l’occasion de traiter ses propres tensions et de partager ses idées. Mais afin de donner à chaque personne un espace sûr pour le faire, nous ne pouvons pas tous parler en même temps, et les tensions doivent être traitées une à une. Il est demandé à chacun de faire preuve de patience, de suspendre son jugement, d’écouter et d’honorer son collègue de son attention. Si ce ne sont pas là des vertus humaines, je ne sais pas ce que c’est !

    Honorer la créativité humaine

    Lorsque je pense à ce qui fait de nous des êtres humains, l’une des choses qui me frappe est notre créativité. Nous remarquons les problèmes et nous trouvons des solutions. Notre conscience peut sentir quand quelque chose ne fonctionne pas (une « tension »), et nous imaginons comment cela pourrait fonctionner mieux. Nous ne nous contentons pas de faire au mieux avec les choses telles qu’elles sont. L’holacratie est conçue spécifiquement pour exploiter et honorer cette capacité humaine unique.

    Trop souvent, dans les organisations, nous éprouvons une grande frustration parce que nous pouvons sentir des tensions mais nous n’avons pas la capacité de les transformer en améliorations créatives. Lorsqu’une organisation fonctionne en Holacracy, chacun a la possibilité de traiter ses tensions. La créativité et l’ingéniosité humaines deviennent l’outil le plus précieux de l’entreprise, non seulement pour créer de nouveaux produits ou services, mais aussi pour améliorer en permanence la façon dont les gens travaillent ensemble et s’organisent. Le résultat, pour chaque être humain dans une organisation alimentée par l’Holacracy, est une expérience beaucoup plus enrichissante, celle d’être un partenaire créatif plutôt qu’un rouage du système.

    Encourager la conscience de soi

    Une autre capacité qui différencie les humains de leurs congénères est la conscience de soi. La conscience humaine peut réfléchir sur elle-même. Nous pouvons observer l’émergence de nos pensées, de nos sentiments et de nos réactions, et faire des choix quant à ceux sur lesquels nous agissons. Nous ne sommes pas de simples esclaves de nos instincts. Holacracy invite les personnes à exercer ce don – à devenir plus conscients d’eux-mêmes et, le cas échéant, à faire preuve de maîtrise de soi lorsque c’est le tour de quelqu’un d’autre de s’exprimer. Je ne suggère pas que nous devions supprimer notre humanité, dans tout son désordre, mais je pense qu’il est sain d’apprendre à ne pas se laisser guider aveuglément par elle.

    Nos réponses instinctives peuvent être très puissantes. L’inquiétude, l’excitation, la compétitivité, l’inspiration, le jugement, le soulagement, la défensive – toutes ces réactions et bien d’autres peuvent surgir lorsque nous écoutons quelqu’un d’autre traiter sa tension. Si nous n’avons pas conscience de nous-mêmes, nous pouvons ne pas nous rendre compte des sentiments qui motivent nos réactions. Lorsque le facilitateur nous coupe la parole ou que nous nous surprenons à vouloir parler à tort et à travers, cela met en lumière ce qui nous motive. La réflexion qui en résulte peut ne pas être confortable, mais elle nous aidera à mieux nous connaître.

    Et dans le processus, je crois que nous devenons de meilleurs êtres humains, avec une conscience de soi et une maîtrise de soi plus profondes. On parle beaucoup de « pleine conscience » dans le monde de l’organisation. Holacracy offre la possibilité de mettre la pleine conscience en pratique, tous les jours, et, ce faisant, de créer des lieux de travail plus conscients.

    Traiter les gens comme des adultes

    Au début du développement d’Holacracy, nous faisions du remue-méninges pour trouver des « slogans » pour notre support marketing, et ma femme et partenaire commerciale Alexia Bowers a suggéré, à moitié en plaisantant, « Organisation pour adultes ». J’ai toujours pensé que c’était l’une des descriptions les plus précises de ce que Holacracy cherche à atteindre.

    Ceux qui considèrent Holacracy comme « inhumain » se plaignent souvent qu’il ne s’occupe pas assez des gens. Et c’est vrai – le processus n’est pas conçu pour prendre soin de tout le monde ; il est conçu pour permettre aux gens de prendre soin d’eux-mêmes, grâce au traitement des tensions. Trop d’organisations adoptent une relation paternaliste avec leurs employés. Les hiérarchies de gestion modernes traitent presque inévitablement les gens comme des enfants, qu’il faut superviser, à qui il faut dire quoi faire et dont il faut s’occuper.

    Holacracy honore la souveraineté de chaque personne, en la considérant comme parfaitement capable de se gérer elle-même, de conduire ses projets, de rester motivée et de prendre soin de ses propres besoins. En d’autres termes, elle les traite comme des adultes. L’Holacracy ne traite pas les gens comme des subordonnés qui ont besoin d’être gérés, motivés ou maternés. Elle les considère comme suffisamment matures pour gérer leurs propres flux de travail, diriger leurs propres rôles et rechercher l’aide et les ressources dont ils ont besoin pour le faire.

    Cela ne veut pas dire que les gens n’ont pas besoin d’un espace sécurisé pour s’épanouir ; des chercheurs de la division « People Operations » de Google ont récemment mené une étude sur plusieurs années pour déterminer ce qui fait la réussite d’une équipe et ont découvert que le sentiment de « sécurité psychologique » était de loin la caractéristique la plus importante. Les processus de réunion structurés en Holacracy contribuent à créer ce sentiment de sécurité en protégeant le droit de chaque individu à traiter ses tensions.

    Il est donc vrai que Holacracy ne prend pas soin des gens. Cependant, plutôt que d’être inhumain, il s’agit d’une approche plus humaine : donner aux gens l’espace et la sécurité nécessaires pour exercer leur créativité humaine, protéger leur droit de le faire, les encourager à développer une conscience de soi et les traiter comme des adultes. C’est ce genre d’humanité dont nous avons besoin sur nos lieux de travail.

    Lire aussi : 4 types de pouvoir (pertinents pour la pratique d’Holacracy)

  • Le « principe Source » : partout où il y a un projet, il y a une « Source »

    Lecture : 5 minutes

    Concept inventé par Peter John Koenig, consultant et formateur anglais résidant à Zurich, “la source est une personne qui a une idée et qui prend des initiatives et des risques pour la réaliser” (S. Merckelbach, Un petit livre rouge sur la Source). En initiant quelque chose qui n’était pas en marche auparavant, la personne devient “source” de cette initiative.

    Le parallèle avec l’eau est approprié dans la mesure où une source d’eau ne jaillit pas de nulle part. Souvent, une personne devient source d’une initiative parce que de multiples interactions ont fait jaillir en elle une idée dont elle se saisit. S’ensuit l’idée de rivière : une personne peut être “source globale” parce qu’elle met en œuvre une idée nouvelle ou alors “source spécifique” si elle rejoint l’initiative de quelqu’un d’autre. Les petits ruisseaux font les grandes rivières…

    Le “principe source” est à la fois “l’ensemble des phénomènes qui caractérisent l’activité de la personne source en tant que sujet”, mais aussi “la mise en œuvre de la source en tant qu’objet” (S. Merckelbach). Ces principes “nous aident à nous engager énergétiquement dans toutes nos initiatives et à encourager ceux qui nous entourent à faire de même. Ils invitent à vivre un management plus inspiré, stimulent notre implication créative et donnent un sens nouveau à nos liens professionnels et personnels” (S. Merckelbach).

    De la source au projet collectif

    Quand une personne source lance un projet, par exemple de création d’entreprise, d’autres personnes peuvent être attirées par la vision et les valeurs portées par l’initiative et souhaiter rejoindre cet élan. La source globale, en intégrant ces sources spécifiques et en les responsabilisant comme telles, leur permet de contribuer à la réalisation du projet dans le respect de ses valeurs.

    Les sources spécifiques “reconnaissent ainsi dans le projet une opportunité d’exprimer leurs valeurs à elles (qui résonnent avec celles du projet) et d’y réaliser, au moins en partie, leurs visions particulières, tout en promouvant la vision et les valeurs du projet ».

    Peut-être à cet instant pensez-vous à des projets collectifs auxquels vous avez participé ? Avez-vous comme moi ces souvenirs de moments où le collectif en question rêvait de “démocratie” et que chacun puisse s’exprimer sur tous les sujets ? Ou bien à l’inverse des souvenirs de leader laissant peu de place à ses collaborateurs pour s’assurer d’avoir le contrôle de son entreprise ?

    C’est là qu’interviennent deux principes très importants dans ce concept de source.

    Quelle gouvernance au service du projet selon la source ?

    Il n’est pas question ici de tomber dans les travers du “tout vertical” ni du “tout horizontal”. Mobiliser les pratiques de l’intelligence collective et du management participatif peut permettre de répondre au premier principe : l’équivalence.

    Il “reconnaît à chaque acteur une égale valeur d’être et un même pouvoir d’influence dans les décisions vitales du collectif. Ce principe établit l’équivalence fondamentale de tous les êtres humains, qu’ils soient source spécifique, source globale, ou pas encore consciemment source de quelque chose : chacun a la possibilité de devenir source et force de proposition.” (S.Merckelbach).

    Et en même temps, le deuxième principe allant de pair avec le premier, contrecarre les effets indésirables de la recherche de consensus : c’est le principe de primauté, qui “reconnaît à la source globale une place spéciale dans le collectif, du fait de son pouvoir et autorité sur le projet, et de sa responsabilité particulière envers la vision et les valeurs. La source globale se porte garante des origines, de l’identité et du développement du projet, et donc aussi du collectif” (S.Merckelbach).

    Il ne s’agit pas de “faire sa loi”, mais plutôt de faire profiter à l’ensemble du collectif de ses intuitions, de veiller au maintien du cap de la vision du projet, même si cela peut passer par moments par une voix plus directive.

    Prendre soin de ses sources

    Conscientiser son rôle dans l’organisation par le biais de la notion de source permet de comprendre que celle-ci a besoin de l’énergie de chacun pour fonctionner. Développer ses capacités en tant que source, globale ou spécifique, permet ainsi de passer de l’”amateur” (celui qui sait ce qu’il faut faire) au “professionnel” (celui qui sait ce qu’il ne faut pas faire).

    Pour ce faire, se positionner sur l’échelle des pathologies de sources et identifier les remèdes peut être fort soutenant !

    Pathologie n°1 : l’ignorant

    C’est celui qui ne se sait pas ou ne se reconnaît pas comme personne source. Cela génère de l’inaction qui va freiner l’organisation : déni de responsabilité, perte de motivation ou de confiance, sentiment de ne pas être légitime, manque de conscience et de clarté sur les rôles…

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses peurs… quoi de plus normal que d’avoir des blocages de cette sorte. L’idée c’est d’en réduire les effets en allant à leur rencontre, avec du soutien, de l’accueil de soi et de la prise de responsabilité.

    Pathologie n°2 : le despote

    C’est celui qui confond l’idée de source avec son ego, c’est-à-dire “se croire le propriétaire, au lieu du dépositaire, de son initiative” (S.Merckelbach). D’autant que les aspects légaux peuvent parfois renforcer cette confusion (entreprise privée, bailleur de fonds principal…). Cela génère une concentration de l’énergie de source au service de la personne elle-même davantage que de son projet.

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses projections sur ce que c’est d’être source, ses peurs…

    Pathologie n°3 : le mou

    C’est celui qui néglige le travail de source : il se reconnaît source mais ne passe pas à l’action. Cela génère un manque de vitalité dans le projet qui peut engendrer de la démotivation, le départ des sources spécifiques et à terme la fin de l’initiative. Toute personne peut passer par cette pathologie à différents moments de sa vie, mais certaines ont un peu plus de difficultés pour s’en extirper.

    Remèdes : travailler la confiance en soi, ses croyances limitantes, ses peurs… mais aussi :

    • Prendre la résolution d’agir en tant que personne source. En faire […] une intention profonde […] comme une mise en marche, un déclencheur, le moteur de démarrage de mon action”
    • “Prendre du recul pour poser la vision et clarifier les prochains pas. Réserver de l’énergie et du temps correspondant dans mon agenda, exclusivement consacré à des réflexions (seul et à plusieurs) de ‘personne-source’, et le répéter avec régularité”.
    • Prendre sa responsabilité de source, joyeusement. […] Si le prochain pas consiste à prendre un risque, alors vivre ma responsabilité de source revient à y aller sans hésiter ; si le prochain pas est de prendre une initiative, il est responsable d’y aller franco ; s’il s’agit d’intervenir pour rappeler le cadre, je vais le faire sans tarder, et ainsi de suite.” (S.Merckelbach)

    Conclusion

    Pour conclure, la passion qui grandit dans la personne source en se reconnaissant comme telle et en développant sa capacité à vivre en cohérence avec cela, devient rapidement contagieuse et libère une énergie phénoménale au service du projet et de la vision portés collectivement. Sans plus tarder, ressourcez-vous !

  • Pourquoi accompagner en Holacracy demande une certification ?

    Lecture : 4 minutes

    Le saviez-vous ? L’accompagnement en Holacracy est réglementé par une certification que les coachs doivent obtenir. La certification délivre à l’organisation le statut de Provider, c’est-à-dire l’autorisation à accompagner des organisations en Holacratie.

    C’est au prix d’un entraînement intensif que Sarah, Juliette et Jeanne ont obtenu leur certification cette année ! Leur motivation ? Accompagner nos clients avec une posture soutenante et une maîtrise de la Constitution.

    Holacracy, qu’est-ce que c’est ?

    Pour un brief vidéo en 2 minutes :

    Accompagner une équipe en Holacracy, c’est coacher l’organisation et les individus !

    Ça veut dire quoi être coach Holacracy exactement ? Dans le langage holacratique, on parlera plutôt du rôle « Coach Holacracy ». Il doit permettre une pratique autonome de l’Holacracy dans les organisations accompagnées.

    La certification précise qu’un Coach Holacracy doit passer l’examen et démontrer la mise à jour de ses compétences régulièrement. Pour cela, les Coachs Holacracy constituent une communauté d’échanges de pratiques qui permet à tous et toutes de progresser.

    Concrètement, les coachs Holacracy sont les rôles qui interviennent dans les organisations qui veulent adopter Holacracy. On parle de coaching car le but est non pas d’enseigner mais d’accompagner les clients dans leur cheminement d’adoption.

    Adopter Holacracy, c’est adopter de nouveaux codes de travail, de nouveaux codes relationnels. Cela demande du temps et c’est un changement pas facile à opérer car il bouscule les repères du management classique. Notre rôle est à la fois de transmettre les processus définis par la Constitution et d’accompagner le changement de posture de chaque personne dans l’organisation.

    Auprès des leaders, le coach Holacracy soutient :

    • Leur leadership dans leurs rôles.
    • L’explicitation de leurs attentes implicites auprès des autres membres de l’organisation.
    • La traduction opérationnelle des nombreuses tâches qu’ils réalisent simplement parce qu’ils sont leader d’une organisation.

    Auprès des équipiers, le coach Holacracy soutient :

    • Leur leadership dans leurs rôles.
    • La traduction de leurs attentes envers les autres membres de l’organisation, leader compris.
    • L’explicitation des rôles invisibles qu’ils énergisent au quotidien.

    De l’importance de se faire accompagner par des coachs certifiés

    Pourquoi dépenser tant d’énergie pour un examen ? La certification de coach Holacracy est un gage de qualité pour les accompagnements. Via l’examen, HolacracyOne, l’entreprise à l’origine de la méthode, souhaite s’assurer du niveau des intervenants, car pour accompagner des organisations, il faut un certain niveau de maîtrise de la Constitution et la capacité à adopter une posture cadrante et soutenante à la fois.

    Pour passer cet examen, il faut déjà pratiquer Holacracy et y consacrer de nombreuses heures d’entraînement. La diversité des situations travaillées au cours des entraînements renforce notre expérience. C’est donc pour nous une grande occasion d’apprentissage, tant dans les entraînements que lors de l’examen lui-même. Les feedbacks des assesseurs sont précis et factuels, ce qui permet de progresser dans sa pratique.

    Aujourd’hui, il y a 4 organisations en France à être certifiées Provider en Holacracy et une cinquantaine dans le monde.

    Un entraînement intensif pour devenir coach certifié

    L’examen se déroule en visio avec 2 assesseurs. Il y a un examen pour le coaching d’une équipe débutante lors d’une réunion tactique et un examen pour la réunion de gouvernance. Dans les deux cas, les assesseurs jouent des débutants en Holacracy. Le coach doit trouver l’équilibre entre une facilitation fluide et la transmission des processus et des règles Holacratiques.

    Sarah, Juliette et moi (Jeanne) nous sommes entraînées activement pendant 1 an pour trouver la juste posture et maîtriser les subtilités de la Constitution 5.0. Comment avons-nous fait ? Nous avons pratiqué encore et encore avec l’aide de nos associés et partenaires (merci Vincent, coach Holacracy chez HappyWork pour les belles occasions de coaching que tu nous as offertes).

    À tour de rôle, nous avons joué des personnages débutants en Holacracy : parfois naïfs, blasés, motivés, voire trop motivés, contrôlants, spontanés… bref nous sommes passées par toutes les gammes d’émotions pour offrir à chaque candidate l’occasion de s’entraîner.

    Aller à un entraînement Holacracy, c’est comme aller au Dojo. On sait que l’on va chuter sur le tatami puis recommencer, réussir, rechuter… et surtout apprendre, jusqu’à trouver la façon de soutenir les leaderships partout où ils sont et transmettre les processus de réunion.

    Une compétence modélisante aussi en interne

    Enfin, c’est aussi pour nous l’occasion de soutenir la pratique d’Holacracy dans l’équipe. Nous sommes désormais 4 à pouvoir coacher l’équipe pendant et en dehors des réunions. Nous allons pouvoir restituer nos apprentissages au collectif et un jour nous pourrons nous aussi entraîner d’autres personnes de l’équipe à passer la certification.

    Obtenir la certification de coach n’est que le début du chemin. Plus qu’une fin, la certification ouvre la possibilité de commencer à accompagner. Fortes de nos entraînements et de notre expérience, nous sommes toutes les trois ravies d’accompagner nos clients à la découverte d’Holacracy !

  • La Fabrique des Alpes : pour les organisations de demain !

    Lecture : 2 minutes

    Le 5 juillet dernier, se tenait la deuxième édition de La Fabrique des Alpes. L’ambition de cette journée : semer des graines, impulser le changement, donner envie aux participants ou à leurs organisations de se mettre en chemin !

    Elle s’adresse aux personnes faisant partie d’une équipe quelle que soit la forme de leur organisation. Pensée par Sémawé en partenariat avec Cap ou pas cap, la journée s’est déroulée dans une ambiance conviviale riche en rencontres, découvertes et apprentissages. En tout une quinzaine d’ateliers ont permis à chaque participant de concevoir leur programme en fonction de leurs attentes :

    • expérimenter et tester de nouvelles méthodes en atelier : les principes sources, la rétrospective d’équipe, la posture d’écoute, la méthode ESPERE, le looping créatif, la réunion de triage…
    • se nourrir et s’inspirer : un cercle de dialogue sur le temps, une conférence sur la sagesse du leadership sauvage (comment le leadership s’exprime dans la faune), des témoignages d’organisations innovantes, des partages d’expériences.

    Le rythme de la journée laissait de la place pour les rencontres et les échanges que ce soit lors des pauses ou du déjeuner, prévus avec soin par l’équipe du restaurant de Cap ou pas cap qui ne s’est pas ménagée pour l’occasion !

    En plus du programme aux petits oignons, le beau temps était au rendez-vous et les espaces extérieurs comme intérieurs ont vraiment rendu cette journée agréable, captivante et enthousiasmante autant pour l’équipe organisatrice que pour les participants qui ont globalement apprécié la dimension à taille humaine de la journée !

    Ce sont les participants qui en parlent le mieux, ils répondent aux questions suivantes :

    • Pourquoi venir à la Fabrique des Alpes ?
    • Quelle est votre pépite de la matinée ou de la journée ?

    Pour aller plus loin

    Sur la gouvernance

    Sur les relations :

    Retenez la date pour l’édition 2023 !

    Save the date

  • 4 astuces que tout titulaire d’un rôle en Holacracy devrait connaître

    Lecture : 7 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/four-hacks-every-holacracy-role-filler-should-know-46058927b939

    Les 4 astuces :

    1. Sous-traitez votre travail

    Ce n’est pas parce que vous remplissez un rôle que vous allez nécessairement faire le travail. Remplir un rôle, c’est comme être un entrepreneur. Et se préoccuper d’un rôle signifie simplement que l’on attend de vous que vous vous intéressiez à cette zone de travail – la façon dont vous y parvenez ne dépend que de vous. Il s’agit d’une auto-organisation à tous les niveaux, y compris au sein de votre propre rôle, car vous pouvez déterminer la meilleure façon de vous organiser et d’utiliser les ressources disponibles pour atteindre l’objectif défini par le rôle.

    Par exemple, pendant un certain temps, j’ai occupé un poste de graphiste, même si je ne suis pas un graphiste professionnel. J’ai plutôt engagé un graphiste professionnel pour la plupart des projets. Le travail que je faisais consistait principalement à définir la portée du projet, à obtenir l’approbation du budget et à travailler avec l’entrepreneur.

    Voici quelques exemples de situations où cette connaissance peut être utile :

    • Quelqu’un demande au rôle de soutien au programme d’études de développer un quiz pour le cours de développement de logiciels. La titulaire du rôle pense que le résultat correspond techniquement à son rôle, mais ne veut pas accepter le projet parce qu’elle n’a pas d’expertise en matière de développement de logiciels. Rappelez-lui que 1) si elle pense que cela correspond à son rôle (et que c’est un résultat qui a du sens), alors elle doit l’accepter et en assurer le suivi ; 2) elle peut atteindre ce résultat en programmant des réunions régulières avec l’instructeur du cours, en recueillant sa sagesse et en faisant évoluer le quiz en fonction de ses commentaires.
    • Les organisations qui ont beaucoup de personnel bénévole ou d’employés saisonniers pour lesquels une formation poussée à la pratique de Holacracy ne vaut pas le coût peuvent trouver qu’au lieu de créer des rôles pour le personnel temporaire, elles pourraient créer un rôle unique (par exemple « Voix des bénévoles ») dont l’objectif et les responsabilités incluent la gestion du travail continu effectué par les bénévoles.
    • En tant que Leader de Cercle, vous avez du mal à trouver un occupant pour un rôle spécifique. Même si l’expertise n’est pas disponible en interne, y a-t-il quelqu’un qui a de l’expérience dans la gestion d’un contrat ? Souvent, le fait de disposer d’un occupant ayant de bonnes compétences générales ou en gestion de projet est suffisant. Par exemple, une personne peut remplir le rôle de « comptable », mais elle sert surtout de liaison avec un cabinet comptable externe.

    Remarque : je ne dis pas que ces exemples sont toujours la bonne solution. Ce ne sont que des exemples illustratifs.

    2. Demandez votre résultat parfait

    En gros, cela signifie : demandez ce que vous voulez, et pas seulement ce que vous pensez que quelqu’un peut vous donner. Supposons que vous ayez du mal à expliquer à vos clients pourquoi vos produits sont meilleurs que ceux de vos concurrents et que vous souhaitiez que le responsable du site Web crée un diagramme visuel montrant comment votre produit se positionne.

    Mais au lieu de demander cette chose spécifique (c’est-à-dire le diagramme visuel) comme projet, envisagez plutôt le projet suivant « La page Web nous différencie clairement de nos concurrents » et laissez à leur jugement la meilleure façon d’atteindre ce résultat.

    « Ne soyez jamais si sûr de ce que vous voulez, vous ne prendriez pas quelque chose de mieux. » – Chris Voss

    Bien sûr, vous pouvez aussi suggérer qu’un diagramme pourrait être un excellent moyen d’atteindre ce résultat, et si vous êtes certain que c’est la seule façon de le faire, alors très bien. Demandez-le. Mais j’ai constaté que les praticiens finissent souvent par se limiter eux-mêmes (et leurs cercles) en prenant trop de responsabilités et en essayant d’être trop spécifiques. L’une des meilleures choses de la pratique d’Holacracy est que vous pouvez facilement vous décharger de l’obligation de déterminer comment quelqu’un d’autre va atteindre un résultat.

    Voici quelques exemples de situations où cette connaissance peut être utile :

    • Lors d’une réunion tactique, vous évoquez un point de l’ordre du jour pour expliquer un problème et après environ 5 minutes, la discussion s’est transformée en un débat sur 2 ou 3 solutions possibles. Au lieu d’essayer de trouver comment résoudre le problème maintenant, proposez simplement au rôle responsable un projet du type : « Le problème ne se reproduira plus jamais. »
    • Vous proposez un projet à un autre rôle, du type « Traduction de tous les documents marketing », et bien que le rôle Marketing soit responsable des traductions, l’occupant du rôle ne pense pas que ce résultat spécifique ait un sens. Plutôt que de débattre ou de perdre du temps à essayer de deviner ce qu’il trouverait acceptable, demandez plutôt : « Compte tenu de ce que j’ai expliqué sur le sujet, quel résultat serait logique pour toi ? »

    Pensez une proposition de projet comme à une proposition de gouvernance ; vous devez commencer avec vos 100%. Ne commencez pas par l’édulcorer. Ce n’est pas votre travail de déterminer comment ils vont y arriver. C’est votre travail de déterminer ce que vous voulez. C’est en partie la magie de la définition d’un projet comme étant simplement « un résultat ».

    3. Faites en sorte que les réunions vous servent

    N’allez pas à une réunion tactique ou de gouvernance simplement parce que vous pensez que vous êtes censé le faire. Si vous devez y aller, allez-y. Mais n’y allez pas inconsciemment par un vague sentiment d’obligation. Faites en sorte que les réunions vous servent, ce qui signifie plusieurs choses :

    • Sautez les réunions lorsque c’est nécessaire. Les heures de réunion sont toujours un compromis entre de nombreuses priorités et calendriers concurrents, et parfois il n’est pas judicieux d’y aller. La question à se poser est la suivante : « Si tout le monde était d’accord pour que je ne participe pas à cette réunion, est-ce que je voudrais quand même y aller ? ».
    • Arrivez tard, ou partez tôt. Si vous ne disposez que d’un peu de temps, n’hésitez pas à passer à l’improviste. Ou, si vous souhaitez aborder un sujet spécifique, ne vous sentez pas mal de limiter votre participation à cette seule question. Dites simplement : « Je pars tôt, alors demandez au facilitateur de donner la priorité à tous les points qui me concernent ».
    • Ajoutez égoïstement vos propres points à l’ordre du jour. Ce n’est pas à vous de vous assurer que vous ne prenez pas trop de temps au groupe. C’est celui du facilitateur. Le processus veut que vous soyez égoïste parce que vous savez mieux que quiconque ce que vous voulez. Et si vous n’ajoutez pas vos propres éléments, votre tension refoulée a tendance à s’échapper pendant l’élément de quelqu’un d’autre de toute façon. Puisque le facilitateur est responsable de la hiérarchisation des éléments et que nous nous relayons tous, vous pouvez vous concentrer uniquement sur l’obtention de ce dont vous avez besoin.
    • Planifiez vos propres réunions de partenariat de réflexion. Les réunions tactiques et de gouvernance sont le fondement de la pratique d’Holacracy, mais ce sont rarement les seules réunions dont vous aurez besoin. Vous souhaitez vous concentrer sur un projet spécifique sur lequel vous travaillez ? Envoyez des invitations à des réunions et faites appel à la sagesse des autres. Et il n’est même pas nécessaire d’avoir un rôle pertinent pour le faire. En fait, les gens sont souvent plus disposés à offrir leur aide lorsqu’il est clair que vous la considérez comme un don et non comme une attente.

    4. Quitter un rôle

    La gouvernance dynamique de Holacracy nous permet de faire évoluer continuellement les rôles que nous remplissons – mais ce n’est pas la seule façon dont l’organisation évolue. Décider qui occupe quel rôle peut également transformer le paysage organisationnel. Trop souvent, les personnes qui remplissent des rôles oublient que, à moins qu’une politique explicite ne dise le contraire, elles peuvent quitter tout rôle qu’elles remplissent.

    « L’essence de la stratégie consiste à choisir ce qu’il ne faut pas faire. » – Michael Porter

    Ne considérez pas cela comme un abandon de vos responsabilités. Ce n’est pas le cas. N’oubliez pas que c’est au Leader de Cercle de trouver des occupants, pas à vous. Le fait de quitter un rôle ouvre de nouvelles possibilités. Le simple fait de faire part de votre intention de quitter un rôle peut déclencher une conversation de clarification. Mais ne rien faire et cacher la douleur de ne pas vouloir remplir un rôle n’aide ni vous ni l’organisation.

    Voici quelques exemples concrets de cas où j’ai utilisé cette méthode :

    • J’ai occupé le rôle de concepteur de formation dans HolacracyOne pendant longtemps. J’en suis arrivé au point où je n’avais plus beaucoup d’énergie, mais je ressentais toujours le fardeau d’avoir à traiter des messages et à suivre et réviser de nombreux projets. J’ai donc informé le Leader de Cercle que je souhaitais quitter ce rôle. Dans ce cas, la réponse que j’ai reçue a été du genre : » Vous êtes toujours la personne la mieux adaptée que je puisse trouver dans l’organisation, et même si vous faites rarement quelque chose, vous êtes toujours mon premier choix. » Avec cette connaissance, j’ai continué à remplir le rôle pendant encore 6 mois, mais je me sentais tellement plus à l’aise en le dépriorisant.
    • Lors d’une réunion de gouvernance, le Leader de Cercle a proposé une nouvelle redevabilité pour mon rôle qui ne m’a pas plu. Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que cette redevabilité correspondait en fait au rôle, mais que je ne voulais pas faire ce travail. En d’autres termes, ma tension ne provenait pas uniquement du point de vue du rôle, mais aussi de moi personnellement. Alors, qu’est-ce que j’ai fait ? Eh bien, je n’ai pas soulevé d’objection. Au lieu de cela, j’ai immédiatement écrit un courriel au Leader de Cercle de ce cercle pour lui dire que je voulais quitter ce rôle.

    Conclusion

    Si Holacracy est comme un jeu, alors ses règles ne sont qu’un début. L’art vient de la façon dont les joueurs décident d’appliquer et de mettre en œuvre les règles ; comment ils les tissent ensemble pour résoudre élégamment leurs défis uniques. Ces « astuces » font partie des mouvements stratégiques les plus importants (et les moins appréciés) dont disposent les praticiens. N’ayez pas peur de les utiliser.

  • 4 types de pouvoir pertinents pour la pratique d’Holacracy

    Lecture : 9 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan :
    https://blog.holacracy.org/four-types-of-power-relevant-for-holacracy-practice-d1afd9bfb717

    Il existe de nombreuses manières de découper et de catégoriser le pouvoir. Ce dernier est particulièrement profond et a de multiples facettes. Il existe donc de nombreuses façons de l’expliquer.

    Mais je suis obligé d’en ajouter une autre, car aussi bonnes que soient les autres manières, je pense qu’il existe une façon plus simple de penser le pouvoir. Et qui simplifie également la compréhension d’Holacracy. Parce que tant que nous ne savons pas ce que le « pouvoir » signifie vraiment, pourquoi devrions-nous nous soucier de le modifier ?

    Les 4 types de pouvoir :

    Remarques :

    1) Cet article est volontairement conceptuel et manque de conseils concrets. Il s’agit simplement de partager certaines distinctions philosophiques que j’ai trouvées utiles pour comprendre Holacracy. Cela dit, je crois aussi le psychologue organisationnel Kurt Lewin quand il dit : « Il n’y a rien de plus pratique qu’une bonne théorie. »

    2) Je tiens à préciser que j’oriente ces types en fonction de ce qu’ils nous font ressentir. Parce qu’en fin de compte, la sensation de pouvoir est quelque chose à laquelle nous pouvons tous nous identifier. En d’autres termes, mon argument est que ces différents types existent phénoménologiquement (c’est-à-dire dans notre expérience humaine), et non qu’ils existent nécessairement ontologiquement (c’est-à-dire dans une réalité objective et impersonnelle) et si cela n’a pas de sens maintenant, j’espère que cela en aura quand vous lirez les descriptions.

    Types de pouvoir

    1. Le « contrôle »

    « Contrôler » signifie que j’ai le contrôle à 100% sur quelque chose. Je peux contrôler les mouvements de mon bras. Je peux le bouger de haut en bas ou d’un côté à l’autre. Le contrôle que j’exerce sur mon bras est absolu (ce qui m’aide vraiment à m’habiller le matin). Maintenant, il m’arrive d’avoir de petites contractions musculaires que je ne peux pas contrôler, et je n’ai aucun contrôle conscient de mon bras lorsque je dors, mais c’est à peu près le plus grand « contrôle » que l’on puisse avoir sur quoi que ce soit, et cela devra donc suffire pour cette définition.

    Exemple : Si je veux clouer deux morceaux de bois ensemble, et que j’ai les outils et les compétences nécessaires pour le faire, ça va se faire et ni les clous, ni le bois, ni le marteau ne pourront dire « Non ».

    Le contrôle signifie que les entrées et les sorties sont fondamentalement 1:1.

    Ça fait du bien de contrôler quelque chose. C’est l’une des choses les plus importantes à apprendre aux enfants, car ils ont très peu de contrôle sur presque tout dans leur vie. Ainsi, le fait de sentir qu’ils peuvent contrôler quelque chose favorise leur croissance et leur développement psychologique. Bien sûr, en tant qu’adultes, nous aimons aussi le sentiment de contrôle, bien que, comme je le dirai plus tard, probablement un peu trop.

    Nous pouvons dire familièrement des choses comme « Mes enfants contrôlent mes week-ends » ou « Le patron contrôle ses employés », mais bien que ces expressions puissent convenir dans le langage de tous les jours, parce que, bien sûr, elles peuvent donner cette impression, selon ma définition du contrôle, elles ne sont techniquement pas exactes. Elles seraient plutôt plus proches de…

    2. L’ « Influence »

    Si je peux contrôler mon bras, je ne peux certainement pas contrôler les autres. Ainsi, je peux lever la main en classe, mais le professeur n’est pas obligé de m’interpeller. Or, les normes sociales suggèrent que lever la main est un bon moyen d’attirer l’attention, donc même si je ne peux pas contrôler le professeur, je peux facilement influencer son comportement.

    Il est important de distinguer le contrôle de l’influence, car si nous sommes constamment influencés par les autres, il est rare qu’une personne exerce un contrôle réel, physique et direct sur une autre (en dehors de l’esclavage). Par conséquent, la plupart du temps, les relations humaines sont régies par l’influence et non par le contrôle.

    Exemple : Si je veux faire pousser un plant de tomate, et que j’ai les outils et les compétences nécessaires pour le faire, eh bien, avec un peu de chance, le plant poussera, mais il n’y a aucune garantie. La terre peut être mauvaise, ou la graine peut simplement ne pas se développer. En fin de compte, je ne peux pas contrôler le résultat. Mais je peux l’influencer. Je peux veiller à ce qu’il reçoive beaucoup d’eau et de soleil, ce qui ne déterminera pas nécessairement si le plant de tomate va prospérer, mais le rendra certainement plus probable.

    Ainsi, bien qu’il soit possible pour quelqu’un d’avoir tellement d’influence sur vous que c’est presque comme s’il avait le contrôle, il est extrêmement important de faire la distinction entre les deux. L’influence peut ressembler au contrôle, mais elle n’est pas identique au contrôle.

    Et bien sûr, le sentiment d’influence varie considérablement. Si j’ai, disons, 90 % d’influence sur ce que vous faites, c’est plutôt agréable (mais c’est encore plus ennuyeux lorsque les 10 % l’emportent). À l’inverse, si je sais que je n’ai que 10 % d’influence sur un résultat, il est plus facile de rester serein. Puisque je ne peux pas m’identifier au succès ou à l’échec, je peux simplement faire de mon mieux et en rester là.

    3. La « capacité d’adaptation » (ou le « pouvoir de réponse »)

    Maintenant, le contrôle et l’influence exigent tous deux que vous ayez une sorte d’intention. Vous voulez que quelque chose se produise. Je lève la main pour poser une question, ou je veux vous vendre une voiture, ou obtenir votre vote. Mais il existe un autre type de pouvoir, catégoriquement différent, qui concerne le pouvoir que vous avez de répondre à quelque chose, c’est-à-dire votre capacité à vous adapter, autrement appelé « adaptabilité ».

    Par exemple, je ne peux pas contrôler la météo. Je ne peux pas non plus l’influencer. Il m’arrive tout simplement quelque chose. On ne me demande pas mon avis ou mon consentement. Cependant, même si je ne peux pas influencer le temps, je peux y répondre. Je ne peux pas contrôler la pluie, mais je n’en suis pas totalement victime. Je peux reporter le pique-nique ou apporter mon parapluie, et cette liberté d’adaptation est une forme de pouvoir (comparez-la à celle de quelqu’un qui n’était pas au courant de la pluie).

    Le temps nous affecte sans notre consentement, mais en général, nous ne nous sentons pas victimes de ce phénomène.

    Exemple : Si je vais chez Starbucks, mais qu’ils sont fermés pour cause de rénovation, je peux aller ailleurs. Mais s’il n’y a pas d’autres options dans les environs, je vais me sentir assez impuissant.

    Maintenant, avoir une grande capacité d’adaptation est une bonne chose car vous êtes moins affecté lorsque les choses vont mal. Vous avez des options. Ainsi, même si c’est toujours aussi pénible d’être coincé dans les embouteillages, si vous avez maintenant le temps d’écouter votre podcast préféré, alors les choses ne sont pas si mauvaises.

    Étant donné qu’une grande partie de la réalité échappe à notre influence, et encore plus à notre contrôle, je pense que la capacité d’adaptation est la plus grande source potentielle de pouvoir disponible. Encore une fois, je me concentre ici sur le sentiment de pouvoir, et lorsque je suppose que je devrais avoir le contrôle ou l’influence sur tout ce qui se passe (c’est-à-dire que je devrais être capable d’empêcher tout ce qui est mauvais de m’arriver), alors le pouvoir de réponse ne semble pas si bénéfique.

    Mais si, au contraire, je remarque que la réalité m’est toujours déjà arrivée, alors bien sûr, ça craint toujours quand de mauvaises choses arrivent, mais je suis moins susceptible de me sentir frustré à force de me taper la tête contre le mur en espérant que le mur change.

    4. L’ « abandon » (ou l’ « impuissance »)

    Enfin, si je ne peux même pas m’adapter à la situation, alors je suis vraiment impuissant. C’est le contraire du contrôle. Au lieu de me sentir en charge, je me sens faible et vulnérable. Comme un chien enchaîné dans le jardin pendant un orage. Il ne peut aller nulle part. Physiquement. Il est complètement à la merci de la météo.

    En général, les humains sont incroyablement adaptables. Les prisonniers trouvent des moyens de s’adapter à la prison et les personnes qui souffrent de blessures physiques horribles trouvent des moyens de s’adapter à leurs nouvelles limites. Mais, indépendamment de la résilience générale de l’humanité aux circonstances (que j’appellerais une forme d’adaptabilité), nous devons reconnaître que certaines choses nous affectent sans notre consentement, ET ne nous donnent aucune option acceptable. Et encore une fois, même si vous n’acceptez pas le postulat selon lequel la véritable impuissance existe (c’est-à-dire que vous croyez que personne n’est jamais vraiment une victime), vous devez au moins concéder que le sentiment d’impuissance existe.

    Et dans la plupart des organisations, le sentiment d’impuissance abonde. Avec autant de parties mobiles et de dynamiques complexes, chacun est susceptible de se sentir complètement impuissant à certains moments. Mais en réalité, à moins que vous ne soyez littéralement, physiquement enchaîné à votre bureau, vous n’êtes pas impuissant. Par exemple, vous pouvez trouver un autre emploi. Non pas que vous voudriez le faire, ou qu’il n’y aurait pas de coûts, mais le fait est que c’est VOUS qui ne voulez pas le faire. C’est VOUS qui ne voulez pas payer ces coûts. Donc, vous avez peut-être une capacité d’adaptation limitée, et ça craint, vraiment, vraiment. Mais n’appelons pas cela de l’impuissance.

    Et même si vous êtes complètement impuissant face à une situation, il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire : l’accepter. L’abandon n’est pas forcément synonyme de faiblesse ou de défaite. Parfois, reconnaître une réalité difficile est la chose la plus courageuse que vous puissiez faire.

    Conclusion

    Voilà, c’est tout. J’espère que vous trouverez certaines de ces distinctions utiles. C’est le cas pour moi. À cette fin, voici quelques façons dont elles m’ont permis de mieux comprendre Holacracy.

    1. Holacracy ne dit pas que les managers ou les cadres ne devraient pas contrôler les gens, il s’agit simplement de reconnaître qu’ils ne le font pas. Ils n’ont jamais eu le « contrôle » (à moins, encore une fois, qu’un manager ne saisisse physiquement la main de quelqu’un pour le forcer à écrire un e-mail). Les managers ont toujours eu de l’influence, et il n’y a rien de mal à avoir de l’influence.
      Le problème est en fait un manque de clarté ; il s’agit de confondre influence et contrôle, et vice-versa. Holacracy ne corrige pas automatiquement cette confusion, mais il me permet de remarquer plus facilement quand je les confonds ; par exemple, l’illusion qui se cache dans des pensées comme « Mon patron me fait refaire ma présentation ».
    2. De temps en temps, Brian Robertson dit quelque chose comme : « L’holacracy n’enlève pas de pouvoir aux personnes au sommet, elle ne fait qu’en ajouter à tous les autres. » Si vous avez tendance à penser que quelqu’un contrôle l’organisation (c’est-à-dire que le pouvoir est un jeu à somme nulle), alors cette déclaration est ridicule. Mais si vous pensez plutôt en termes d’influence ou de pouvoir de réponse, il est plus facile de voir comment Holacracy peut augmenter les voies d’accès pour les autres, tout en ne limitant pas les voies d’accès pour ceux qui les avaient déjà.
    3. Bien que ces types de pouvoir soient différents, il semble également y avoir une certaine direction dans leur développement (contrôle → influence → adaptabilité → impuissance → contrôle → influence → etc.).
      Donc, de manière générale, un enfant doit apprendre à contrôler (lui-même spécifiquement) tout en s’adaptant à ses tentatives ratées de contrôler les autres. Cela conduit à des leçons d’influence tout au long de la vie, qu’en tant qu’adultes, surtout lorsque nous travaillons avec d’autres adultes, nous essayons de maîtriser (c’est pourquoi l’étude du leadership est en grande partie l’étude de l’influence).
      Cependant, si nous avons de la chance, nous pouvons également nous rendre compte des limites de l’influence (principalement, que la réalité ne se soucie pas trop de nos intentions). Ainsi, nous nous concentrons davantage sur l’augmentation de notre capacité à nous adapter à ces inconnues connues, c’est-à-dire sur le passage d’un état d’esprit de prédiction et de contrôle à un état d’esprit de détection et de réponse. Ce qui nous prépare ensuite à nous confronter et à nous abandonner à de nouvelles limites (« impuissance »), ce qui stimule à son tour le développement de nouvelles capacités (pour acquérir le « contrôle »).
    4. C’est contre-intuitif, mais apprendre à travailler dans une organisation alimentée par Holacracy, c’est autant accepter ses limites (identifier les frontières de sa propre impuissance) que s’affirmer dans son autorité.
      Le changement de pouvoir de Holacracy, s’il se produit, n’a pas lieu dans un pays utopique où tout le monde peut être PDG. Il a lieu dans la réalité et la réalité a des limites. Mais accepter la réalité ne signifie pas nécessairement perdre du pouvoir. Et j’ai constaté qu’il est beaucoup plus facile de comprendre Holacracy quand on accepte le principe suivant : « Chacun a le droit d’être qui il est ». Ce qui signifie que si vous voulez changer les choses, et que vous voulez connaître le meilleur point de levier pour le faire, ne vous concentrez pas sur ce que les autres pensent ou ce qu’ils croient. Non pas que cela n’aide pas, mais parce qu’essayer de forcer quelqu’un à être différent, même si ce n’est que dans votre propre esprit, ce n’est pas mettre votre énergie au bon endroit.
      Au lieu de cela, j’ai constaté que la pratique d’Holacracy est infiniment plus facile et vous permet de changer les choses de manière plus puissante lorsque vous partez d’une position de respect et de curiosité plutôt que de jugement.
  • Les bases de l’Holacracy : Comprendre les redevabilités

    Lecture : 14 minutes

    Traduction de l’article de Chris Cowan : 
    https://blog.holacracy.org/holacracy-basics-understanding-accountabilities-5f14e45fd744

    Les redevabilités sont l’une des trois parties composant un rôle et sont les plus courantes (les autres sont la Raison d’être et le Domaine). Pour couvrir rapidement le terrain, voici ce que vous devez savoir…

    1. Les redevabilités sont des activités permanentes
    2. Les redevabilités sont des allocations d’attention
    3. Votre interprétation a pleine autorité
    4. Les redevabilités n’allouent pas de ressources
    5. Les redevabilités définissent les attentes
    6. Que faire si une redevabilité est manquante ?

    Les redevabilités n’accordent pas d’autorité

    1. Les redevabilités sont des activités permanentes

    La Constitution définit les redevabilités comme les « activités permanentes » d’un rôle, ce qui explique que le premier mot de redevabilité soit toujours un verbe d’action à l’infinitif (par exemple, « Mettre en œuvre… », « Concevoir… », « Exécuter… »). Et cela est vrai quelle que soit l’échelle ou la portée du travail. En ce sens, une redevabilité signifie essentiellement : « Le travail qu’un rôle est censé faire ».

    Voici quelques exemples :

    • Organiser des webinaires
    • Animer les réunions du cercle exigées par la constitution.
    • Élaborer et mettre en œuvre tous les processus nécessaires pour solliciter, évaluer et financer efficacement des projets externes au moyen de subventions.

    Mais il y a un bémol à cela. En effet, même si l’on peut généralement dire qu’une redevabilité correspond au travail effectué par un rôle, cela ne signifie pas que vous le ferez réellement, mais simplement que vous envisagerez régulièrement de le faire. Pourquoi cela ?

    Parce que les redevabilités sont une composante de la gouvernance, et la gouvernance, par définition, consiste simplement à vous donner une carte des attentes, des autorités et des restrictions. Donc, d’une certaine manière, une redevabilité est vraiment…

    2. Des allocations d’attention

    En tant que modalité de gouvernance, la redevabilité signifie que l’on attend de vous que vous consacriez du temps et de l’attention à examiner le travail défini, mais elle laisse ouverte la question de savoir si vous allez effectivement le faire.

    En d’autres termes, elle divise la question « Que dois-je faire ? » en deux questions distinctes :

    Question n° 1 : « À quoi dois-je prêter attention ? »

    Question n°2 : « Parmi les choses auxquelles il m’incombe de prêter attention, que devrais-je faire en ce moment (c’est-à-dire aujourd’hui, cette semaine, cet instant, etc.) ? »

    Examinons chacune de ces questions.

    Question n° 1 : « A quoi dois-je prêter attention ? »

    Les redevabilités indiquent à votre rôle ce à quoi vous devez prêter attention. C’est comme si nous étions tous de garde et qu’une redevabilité disait essentiellement : « Surveillez cette zone » ou « Occupez-vous de cette zone ». Ainsi, une redevabilité pour « Tenir les registres financiers » signifie que ce rôle se préoccupe de tout ce qui a trait à la comptabilité et que les autres, sachant que vous le faites, peuvent plus facilement surveiller leurs zones (par exemple, si je sais que vous surveillez la porte de derrière, je peux être plus présent pour garder la porte d’entrée).

    Les redevabilités sont définies lors des réunions de gouvernance d’un cercle (c’est-à-dire qu’un rôle ne peut pas créer sa propre redevabilité en dehors d’une réunion de gouvernance), ce qui signifie qu’elles proviennent du niveau de l’équipe. Ainsi, au jour le jour, chacun fait ce qu’il pense être le mieux, mais il ne fait pas que cela.

    Chacun utilise également la gouvernance comme un cahier des charges partagé des attentes et des responsabilités. Et il n’y a pas un seul individu qui détermine qui fait quoi – le groupe décide à quoi ressemble le cahier des charges en traitant ses tensions une par une. Ainsi, une fois le cahier des charges défini, chacun peut faire preuve de discernement au jour le jour.

    Question n°2 : « Parmi les choses auxquelles je suis chargé de prêter attention, que dois-je faire maintenant ? »

    Maintenant, après avoir défini les paramètres de notre attention, que faites-vous réellement ? Ah ! Bonne question. Mais, chose intéressante, les redevabilités n’y répondent pas pour vous.

    Ceci est dû au fait qu’il s’agit en fait d’une question de temps disponible, d’énergie, de contexte et de priorité. Et si les leaders de cercles sont responsables de la définition des priorités, les autres activités de vos rôles ne peuvent pas vraiment être définies pour vous.

    Pensez-y comme ceci : on pourrait dire qu’un être humain a des redevabilités comme « manger », « travailler » et « dormir », mais en tant qu’adultes, chacun d’entre nous peut décider lui-même quand et si nous faisons ces activités. Il s’agit plutôt d’une question de temps et de circonstances.

    Donc, une fois que vous avez reçu vos directives du cercle (c’est-à-dire vos responsabilités), ce que vous faites et quand vous le faites réellement est une question à laquelle vous répondez pour vous-même de manière opérationnelle. Vous pouvez le faire parce que…

    3. Votre interprétation a pleine autorité

    Quelle que soit la manière dont une redevabilité est définie, la constitution vous donne toujours la pleine autorité, en tant que leader de rôles, de vous servir de votre interprétation (article 3.4). En fait, laissez-moi le redire…

    VOUS AVEZ TOUTE AUTORITÉ, EN TANT QUE LEADER DE RÔLE, POUR UTILISER VOTRE INTERPRÉTATION AFIN D’ÉNERGISER LES REDEVABILITÉS DE VOTRE RÔLE.

    J’insiste sur ce point parce que chaque fois que nous utilisons le langage, nous avons affaire à des questions d’interprétation. Et il est impossible d’avoir une clarté parfaite.

    Au lieu de cela, avec la gouvernance, nous obtenons suffisamment de clarté pour faire avancer les choses. Et si des conflits d’interprétation surviennent (ils surviendront), Holacracy fournit des voies pour les traiter (c’est-à-dire : demander au Secrétaire une décision temporaire [§3.4.1], et/ou simplement proposer une clarification dans la gouvernance).

    Supposons que vous ayez une redevabilité telle que « Notifier les fournisseurs lorsque les commandes changent ». Cela pourrait signifier que vous prenez deux minutes pour envoyer un e-mail, ou cela pourrait signifier que vous prenez plusieurs mois et dépensez 15 000 € pour développer un système automatisé. Il n’y a pas qu’une seule interprétation.

    C’est pourquoi…

    4. Les redevabilités n’allouent pas de ressources

    Puisque les redevabilités sont ouvertes à l’interprétation de la personne qui assume le rôle, elles n’allouent pas nécessairement une quantité spécifique de temps, d’énergie ou d’argent. Combien de temps vous faudrait-il pour énergiser une responsabilité telle que « Publier un bulletin d’information » ?

    On ne peut pas le savoir. Il n’y a pas de norme objective. Cela peut prendre une heure ou un an. Il est important de comprendre cela, notamment lors des réunions de gouvernance, lorsque des objections du type « Nous n’avons pas le temps de faire cela » sont soulevées. Ce n’est pas une objection valable, car une redevabilité n’affecte pas de ressources.

    C’est juste une allocation d’attention. C’est pourquoi un facilitateur peut demander : « Si le temps et l’argent étaient illimités, aurais-tu encore cette objection ? » En général, la réponse est « Non ».

    Note : Il y a des exceptions où la réponse peut être « Oui ». Par exemple, une redevabilité formulée comme « Nettoyer le bureau tous les jours » ou « S’assurer que tous les documents électroniques sont sauvegardés dans au moins trois endroits différents » pourrait susciter l’objection suivante : « Même avec un temps et des ressources illimités, cela n’aurait toujours pas de sens d’essayer de stocker tous les documents dans trois endroits différents. Et même en sachant que je peux interpréter cela comme je le souhaite, il n’y a pas beaucoup de marge d’interprétation. »

    Pour finir, si vous voulez comprendre comment vous devriez gérer des choses comme les heures de travail plutôt que d’essayer de les intégrer dans les redevabilités, alors lisez cet article : https://blog.holacracy.org/policies-governing-people-in-holacracy-ffeae61828eb

    Suivre est différent de faire

    Il est particulièrement important de se rappeler que « les redevabilités n’allouent pas de ressources » lorsque d’autres personnes se réfèrent à vos redevabilités pour demander des projets (voir le point 5). Par exemple, avez-vous déjà refusé un projet (ou voulu le refuser) parce que vous n’avez pas le temps ? Ou parce que vous avez des choses plus importantes à faire ?

    Encore une fois, il s’agit d’un amalgame de deux questions, que la pratique Holacracy sépare…

    Première question : « Quel travail correspond à mon rôle ? »

    Demandez ensuite : « Parmi tout le travail qui correspond à mon rôle (c’est-à-dire le travail que je suis en train de suivre), qu’est-ce que je devrais faire maintenant (c’est-à-dire aujourd’hui, cette semaine, ce moment, etc.) ? »

    Cela signifie que lorsque quelqu’un demande un projet ou une prochaine-action à votre rôle, la première question que vous posez toujours est : « Est-ce que ce travail correspond à mon rôle ? » (ou « Mon rôle s’en occupe-t-il ? »). Nous voulons simplement savoir où se situe le travail et les redevabilités nous aident à le faire.

    Parce que le fait d’avoir une redevabilité ne signifie pas nécessairement que vous devrez y consacrer un certain niveau objectif de temps, d’argent ou d’énergie. En fait, cela ne signifie pas nécessairement que vous le ferez un jour. N’oubliez pas qu’il s’agit simplement d’une question d’attention. Il faut simplement envisager sérieusement de le faire.

    Imaginez que votre rôle de Designer ait un projet de « conception d’un nouveau logo », mais que plus tard, alors que vous n’avez jamais donné suite au projet de logo, vous appreniez que les clients se sont attachés au logo actuel et qu’il est préférable de le conserver. Allez-vous conserver le projet de logo ? J’espère que non. En résumé, même si vous avez convenu que ce projet correspondait à votre rôle et que vous l’avez suivi sur le tableau des projets du cercle, il ne s’est jamais concrétisé.

    Encore une fois, ce n’est pas parce que vous suivez un projet que vous allez le réaliser. Bien sûr, cela ne signifie pas non plus que vous ne le ferez pas – cela signifie simplement que c’est l’une des nombreuses choses parmi lesquelles vous devrez choisir. Mais si vous ne le notez pas, comment pouvez-vous le classer par ordre de priorité par rapport à tout le reste ?

    Enfin, n’oubliez pas que les redevabilités ne permettent pas d’allouer des ressources (n°4). Ainsi, même si une redevabilité dit « Dépenser de l’argent pour les fêtes », par définition, elle n’accorde pas le pouvoir de le faire – elle définit simplement quel rôle « s’occupe » de cette fonction.

    Note : Le pouvoir de dépenser de l’argent en Holacracy est complexe à expliquer. Pour l’instant, souvenez-vous que le pouvoir de dépenser de l’argent appartient à un cercle et qu’un processus est prévu dans la constitution pour obtenir l’autorisation de dépenser de l’argent.

    N’oubliez pas qu’une redevabilité ne fait qu’allouer de l’attention à des activités continues spécifiquement définies. Et avec cette connaissance en main, nous pouvons auto-organiser et coordonner notre travail, car…

    5. Les redevabilités définissent les attentes

    Les redevabilités sont un moyen de rendre les attentes opérationnelles. Plus précisément, lorsque votre rôle comporte une redevabilité, cela signifie deux choses : 

    1. On attend de vous que vous la dynamisiez de manière proactive.
    2. Les autres peuvent s’attendre à ce que vous acceptiez un travail basé sur cette redevabilité. 

    Encore une fois, examinons chacun de ces éléments indépendamment.

    1. On attend de vous que vous soyez proactif

    Selon la constitution, chaque fois que vous assumez un rôle avec des redevabilités, n’importe quel rôle, vous acceptez de :

    1. Sentir et traiter les tensions que vous percevez en rapport avec ses redevabilités (§1.2.1)
    2. Identifier de manière proactive le travail à accomplir pour exprimer ses redevabilités (§1.2.2)
    3. Définir explicitement au moins une prochaine étape pour tout projet lié à ses redevabilités (§1.2.3).
    4. Suivez vos projets, vos prochaines actions et vos tensions dans une base de données (quelque part en dehors de votre esprit, qu’il s’agisse d’un carnet ou d’un logiciel) (§1.2.4)
    5. Priorisez votre attention pour accomplir les tâches qui apportent le plus de valeur ajoutée à un moment donné, tant que cela est en accord avec les priorités données par la stratégie du cercle ou le leader de cercle (§1.2.5 & §4.1.3).

    Ainsi, chaque fois que vous acceptez de prendre un rôle, vous acceptez également d’être engagé par ces attentes globales (ne vous inquiétez pas de les mémoriser toutes – c’est pourquoi nous les écrivons).

    2. On attend de vous que vous traitiez les demandes de travail

     Désormais, en plus de réfléchir de manière proactive à la manière de dynamiser vos redevabilités, les autres peuvent se référer à vos responsabilités pour vous demander des choses. En ce sens, une redevabilité est presque comme un contrat ou un accord.

    Ainsi, si vous avez une redevabilité de « Développer les sites Web et enregistrer les noms de domaine » et que je vous demande de prendre un projet tel que « Une page d’accueil est créée pour la nouvelle FAQ », je peux m’attendre à ce que vous l’acceptiez.

    Et c’est l’une des façons les plus puissantes dont la pratique de l’Holacracy peut transformer votre façon de travailler. Parce que c’est comme si vous et moi nous étions réunis et avions passé un accord – vous avez dit : « Hé, à l’avenir, si vous avez besoin de moi pour développer un site web ou enregistrer un nom de domaine, faites-le moi savoir car ce sera avec grand plaisir que je le ferai », et j’ai dit : « OK, cool. Tu es génial ! » Donc, quand vient le moment de demander ce site web, je n’ai pas besoin de vous passer de la pommade ou de tourner autour du pot. Je peux simplement vous le demander.

    Pour vous faire une meilleure idée, imaginez que vous êtes serveur dans un restaurant chic et que, lorsque vous demandez la commande d’un client, celui-ci vous dit : « Oh, d’accord… je suis désolé, je ne sais pas si c’est possible… et je ne veux pas vous déranger, c’est juste que j’ai eu une longue journée, et encore une fois, je ne veux pas vous ennuyer ou vous déranger, mais si vous avez le temps… et que ça ne vous dérange pas… est-ce que je pourrais juste prendre un verre d’eau ? ». Vous serez probablement agacé.

    Vous avez déjà accepté d’être un serveur. Ce n’est pas comme si vous leur faisiez une faveur. Vous voulez juste faire votre travail. C’est ce qu’on ressent quand on a déjà passé un accord. On peut tout simplement passer à autre chose. On a déjà accepté de dynamiser nos rôles, alors pourquoi toutes ces belles paroles ? Je veux juste savoir, « De quoi avez-vous besoin ? »

    Et puisque les redevabilités n’allouent pas nécessairement des ressources, et puisque le suivi est différent de l’action, lorsque quelqu’un vous demande un projet, ne vous demandez pas : « Est-ce que je veux le faire ? » ou « Est-ce que j’ai le temps de le faire ? » ou même « Est-ce important de le faire ? ».

    Ce sont des questions importantes. Mais posez-les plus tard.

    D’abord, demandez-vous : « Est-ce que cela correspond aux redevabilités (ou à la raison d’être) de mon rôle ? » Si c’est le cas, mettez-le sur votre liste de projets. Ensuite, déterminez où il se situe dans vos priorités.

    Ou, si vous voulez demander quelque chose à quelqu’un d’autre, demandez-vous : « Qui a déjà accepté de travailler sur ce genre de choses ? » ou « Qui a l’autorité pour prendre cette décision ? » . Et comment connaissez-vous la réponse ? Examinez les redevabilités (ou la raison d’être) du rôle.

    Bien sûr, il est très probable, surtout au début de votre pratique, que vous trouverez des lacunes dans votre gouvernance. Dans ces cas-là, vous devez savoir…

    6. Que faire si une redevabilité est manquante ?

    Par exemple, vous voulez que quelqu’un achète de nouvelles chaises de bureau et le rôle « Mobilier de bureau » vous répond : « Pas dans mes redevabilités ». Ou encore, un client fait une demande spéciale, mais il n’est pas clair de savoir qui a le pouvoir de l’accorder. Ce n’est pas grave. Car les rôles et les redevabilités ne sont toujours qu’un point de départ.

    Par exemple, disons que votre cercle doit passer en revue un grand nombre d’indicateurs complexes et que la gestion des données pendant la réunion prend trop de temps. Quelqu’un doit trouver un logiciel pour résoudre le problème et vous êtes le seul membre de l’équipe à posséder cette expertise.

    À ce stade, la tentation est de demander : « Dois-je le faire ? » ou « Ai-je le temps de le faire ? ». Mais ce ne sont pas les bonnes questions à se poser. Au lieu de cela, rappelez-vous que la première question à poser est : « Qui a DÉJÀ accepté de travailler sur ce genre de choses ? » Qui assume un rôle dont c’est la redevabilité ?

     Est-ce le facilitateur ? Le leader de cercle ? Le secrétaire ? Non, non, non et non. Ah ! Maintenant, avant de passer à la résolution opérationnelle du problème, nous avons appris quelque chose et cela doit être enregistré. Donc, chaque chose en son temps. Vous (ou toute autre personne qui remarque la lacune) enregistrez une tension pour la prochaine réunion de gouvernance et, ce faisant, vous renforcez les capacités de l’organisation. Ainsi, avec un peu de chance, vous n’aurez plus à vous poser la question « qui se préoccupe de ce type de travail ? ». Allez-y !

    Une « Initiative individuelle », c’est quand vous faites des choses en dehors de vos rôles.

     Ceci étant fait, demandez-vous maintenant : « Y a-t-il quelque chose à faire sur le plan opérationnel avant cette réunion de gouvernance ? ». 

     Et si oui, faites-le ! C’est aussi simple que cela. 

     Et comme vous n’agissez pas dans un rôle, vous demanderez simplement au secrétaire de l’enregistrer comme « initiative individuelle » (§4.3), ce qui signifie simplement que le travail est en dehors de vos rôles actuels, mais qu’il s’agit tout de même d’un sujet qui intéresse le cercle ou l’organisation en général.

    Donc, vous venez de faire deux choses. Vous traitez la question à long terme de la clarification de la redevabilité via le processus de gouvernance ET vous traitez également la question opérationnelle à court terme.

    Si vous êtes nouveau dans la pratique de l’Holacracy, comme on vous demande souvent « Dans quel rôle tu t’exprimes ? » « A quel rôle fais-tu cette demande ? », vous pourriez vous demander si vous avez fait quelque chose de mal lorsque vous ne connaissez pas la réponse. Mais ce sont des questions de clarification. Ce ne sont pas des jugements. Ne pas connaître le rôle, ou découvrir une redevabilité manquante, c’est bien. Le plus important est de ne pas s’arrêter là.

     Ainsi, la découverte de lacunes fait couramment partie de la pratique. Et comme tout changement doit être motivé par une tension ressentie (c’est-à-dire qu’il ne peut pas être purement intellectuel), nous ne comblons que les lacunes nécessaires. Il est donc important de se rappeler que…

    7. Les redevabilités n’accordent pas d’autorité

    L’idée reçue la plus courante concernant les redevabilités est qu’elles vous donnent la permission de faire certaines choses. Ce n’est pas le cas. La confusion vient du fait que la permission fonctionne différemment dans la hiérarchie managériale conventionnelle et dans les règles d’Holacracy.

    L’hypothèse par défaut des organisations conventionnelles est la suivante : « Toute action est interdite à moins d’être explicitement autorisée par l’autorité légitime », alors que l’approche de l’Holacracy est la suivante : « Toute action est permise à moins d’être explicitement interdite par l’autorité légitime ».

    En gardant cela à l’esprit, il est facile de comprendre pourquoi quelqu’un supposerait qu’il a besoin d’une redevabilité pour « Attribuer des salles de conférence sur demande », afin de le faire (ou d’empêcher les autres de le faire). Mais en fait, si vous voulez empêcher les autres de faire quelque chose, vous aurez besoin d’une politique, et si vous voulez donner à un rôle un contrôle exclusif sur quelque chose, vous aurez besoin d’un domaine.

    Sans politique ni domaine, techniquement parlant, n’importe qui peut attribuer des salles de conférence. Mais est-ce un problème ?

    Peut-être pas. Si vous êtes la seule personne à disposer d’un accès administrateur au système de réservation des salles, même si, techniquement, les règles l’autorisent, cela n’a pas d’importance. En réalité, personne d’autre ne peut le faire.

    C’est pourquoi il est important de se rappeler que les redevabilités doivent toujours être « fondées sur les tensions ». Si vous considérez déjà que quelque chose comme « Attribuer des salles de conférence sur demande » fait partie de la raison d’être de votre rôle, alors vous n’avez pas besoin d’une redevabilité pour le faire.

    Exemples

    Les symptômes de cette idée reçue sont assez évidents. Comme le fait d’avoir des rôles avec de longues listes de redevabilités très détaillées. Cela se produit souvent parce que l’on suppose que les redevabilités doivent spécifier tout ce que le rôle peut avoir à faire. Mais là encore, ce n’est pas comme ça qu’un rôle fonctionne en Holacracy.

    Cette confusion se produit parfois parce que lorsque nous disons familièrement qu’un rôle « s’occupe de … » ou que les praticiens devraient « s’approprier leurs rôles », cela peut donner l’impression qu’une redevabilité est « un travail que vous vous appropriez exclusivement ». Mais dans l’Holacracy, rappelez-vous que l’exclusivité du contrôle est définie à l’aide de domaines – nous disons « s’approprier son rôle », comme une simplification pratique de l’attente d’être proactif, décrite au point 5.

    Un autre exemple courant est celui d’une personne qui propose constamment d’ajouter de nouvelles redevabilités à son propre rôle. Comme s’il s’agissait de communiquer aux autres : « Reculez ! Ce sont mes affaires ! » Dans ce cas, prenons l’exemple de quelqu’un d’autre qui fait quelque chose dont vous êtes normalement redevable.

    Disons que vous êtes redevable de « vider les poubelles » et que Clément décide un jour d’aller les vider (Clément est bizarre comme ça). Maintenant, votre premier réflexe pourrait être de vous offenser. Après tout, il dit en substance que vous ne faites pas votre travail, n’est-ce pas !?

    Eh bien, en fait, probablement pas. Clément ressent une tension et il prend des mesures pour la résoudre. Et c’est tout. En fait, il aide votre rôle à remplir son objectif. Même s’il sait que votre rôle est redevable, il pense qu’il est plus logique de le faire lui-même.

    Nous ne voulons donc pas empêcher quelqu’un de prendre soin de lui-même. Si votre service commercial a besoin d’une brochure personnalisée pour un nouveau client potentiel, mais que le service marketing est redevable de la « conception des brochures de vente », cela ne devrait pas vous empêcher de la créer vous-même.

    Si vous voulez et pouvez le faire vous-même, la seule question à poser est la suivante : « Y a-t-il un domaine ou une politique qui m’empêche de le faire ? ». Si ce n’est pas le cas, lancez-vous ! Et au lieu de supposer le pire, faites confiance aux autres pour traiter leur tension au cas où votre action en créerait une.

    Conclusion

    Les redevabilités sont des choses très différentes. Elles sont « le travail que fait un rôle », « les activités en cours », « les allocations d’attention » et « les attentes définies ». Elles sont comme une carte partagée des attentes et des responsabilités, définies au niveau du cercle (c’est-à-dire de l’équipe), mais toujours ouvertes à l’interprétation et à la pratique individuelles.

  • Trajectoires Tourisme : un collectif de professionnels du tourisme clarifie sa gouvernance !

    Lecture : 5 minutes

    Trajectoires Tourisme est l’organisme de formation pour les professionnels du tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes. Les structures membres proposent un catalogue de formation riche et varié aux acteurs touristiques de la région. Mais qui dit plusieurs structures dit création d’une gouvernance commune.

    Le collectif est composé des Fédérations et Unions Départementales des Offices de Tourisme de l’Isère, de la Loire et de la Savoie, des Agences de Développement Touristique de l’Ardèche et de la Drôme et d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.

    “Notre spécificité c’est que nous sommes un collectif de 6 structures institutionnelles qui devons collaborer au quotidien pour déployer un projet. Mais il n’y a pas de relation hiérarchique entre nous et les structures ont des tailles, des moyens financiers et humains très différents”

    précise Stéphane Orsini, initiatrice de la démarche et responsable du Pôle Professionnalisation au sein d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme.

    En 2020, les 6 structures du collectif ont souhaité travailler sur leur gouvernance pour :

    • Clarifier le qui fait quoi et les engagements de chacun
    • Redéfinir le modèle de répartition économique
    • Définir une charte de fonctionnement

    Nous (Sémawé et Ivolve) avons accompagné le collectif avec les principes d’Holacracy, sans pour autant aller vers une adoption complète.

    1. Une gouvernance clarifiée

    Encoder les rôles

    L’accompagnement a débuté avec “l’encodage” des rôles. C’est-à-dire que l’on a commencé par décrire l’existant. Chacun et chacune essaie de décrire ce qu’il ou elle fait au quotidien. Ce travail permet de :

    • Mettre des mots sur les rôles de chacun au quotidien.
    • Rendre visible les tâches invisibles, pour soi-même et pour les autres.
    • Détecter les tâches faites en double.
    • Détecter là où il y a des manques, c’est-à-dire des tâches qui devraient être réalisées mais qui ne sont attribuées à personne.

    Plusieurs séances ont été nécessaires pour avoir une photographie de l’organisation interne du collectif.

    Clarifier les règles de fonctionnement

    Pour fonctionner le collectif a besoin de règles de fonctionnement pour définir notamment :

    • Les critères d’entrée et de sortie du collectif
    • Les processus de prise de décision

    Le collectif a donc écrit une charte en s’appuyant sur la Constitution Holacracy. Le document précise :

    • La Raison d’être du Collectif
    • Sa structure organisationnelle
    • Qui est la structure d’autorité dans le collectif
    • Le mode de coordination en interne
    • Les rôles obligatoires pour faire partie du collectif
    • Les engagements humains et financiers
    • Le processus d’exclusion du collectif
    • Le processus de décision pour la mise à jour des rôles

    2. Le modèle de rétribution économique

    Concernant le modèle de rétribution de chacune des 6 structures, nous avons conçu un outil sur-mesure. Là aussi c’est par itérations et échanges avec le collectif qu’a émergé l’idée d’une “clé de rétribution.”

    Une application pour répartir la valeur dans un collectif

    Le collectif disposait déjà d’un modèle de répartition économique mais avec lequel il était en tension. Le modèle reposait sur un critère unique de répartition de la valeur par nombre de stagiaires accueillis par chaque structure. Ce système valorisait les territoires avec une grande force de vente et ne prenait pas en compte l’énergie mise dans des rôles supports par exemple.

    “Nous avions besoin d’imaginer un nouveau modèle de rétribution qui réponde aux besoins des différentes structures pour une plus juste répartition des coûts et de la valeur”, souligne Stéphane Orsini.

    Une clé de rétribution à 3 critères

    Pour valoriser l’ensemble des actions menées par les membres, le collectif a identifié 3 critères :

    • La rémunération par rôle, pour rendre compte de l’énergie mise au service du collectif.
    • La répartition par heure de formations organisées sur chaque territoire, pour valoriser les activités d’organisation de sessions et d’accueil des stagiaires.
    • La répartition par chiffre d’affaires généré par les professionnels issus de son territoire, pour valoriser la force de vente et encourager les structures à commercialiser l’ensemble de l’offre de Trajectoires Tourisme.

    Pour Stéphane Orsini :

    “l’articulation autour des 3 critères de répartition permet de valoriser différentes formes d’engagement à la hauteur de ce que chaque structure peut apporter. Il n’y a pas de hiérarchisation des critères car tous contribuent à la réussite du projet.”

    Au-delà du gain de clarté sur la répartition financière, l’application génère des comportements tournés vers la réussite du collectif. Elle :

    • Soutient l’énergie donnée dans le groupe.
    • Encourage les membres à organiser des formations sur leur territoire.
    • Valorise les actions menées pour générer du chiffre d’affaires.
    • Favorise la coopération entre les territoires.

    Le multi-critère laisse à chaque structure le choix de s’investir sur le critère qui lui correspond le plus. Cet espace de choix favorise l’implication des membres car chacun choisit sa forme de contribution. Le modèle rassemble les différentes énergies pour les mettre au service du collectif.

    Dans cet exemple, la clé de répartition se fait entre différentes structures membres d’un même collectif. Nous pouvons donc imaginer le même système au sein d’une seule entreprise organisée en différents pôles qui doivent chacun obtenir un budget et sont chacun tenus de contribuer à la réussite de l’organisation.

    Imagination, confrontation, ajustement

    Comment s’est déroulé cet accompagnement ?

    Par un travail collectif, créatif et itératif. Que ce soit pour les rôles ou la clé de rétribution, nous avons avancé pas à pas avec le collectif. À partir de la matière première apportée par le groupe nous avons avancé par propositions, tests et ajustements.

    “Ce que j’ai aimé, c’est l’ensemble des outils apportés qui ont permis de travailler la responsabilisation de chacun et notre manière de coopérer. J’ai apprécié que l’équipe soit à l’écoute de nos besoins et s’adapte avec agilité au fil de l’eau.”

    Selon Stéphane Orsini, l’accompagnement mené a permis :

    “D’avoir des règles communes et explicites et qui nous aident à évoluer dans un environnement complexe. J’observe un engagement plus fort des différentes personnes grâce à la clarification des rôles et des attentes.”

    Et demain ?

    “Notre nouveau modèle a permis à de nouvelles structures de rejoindre le collectif. Il est structuré et concret, il rassure et donne envie à nos futurs partenaires. En interne, j’ai une attention à accompagner chaque acteur dans son appropriation du fonctionnement.”

    En tant qu’accompagnants, il y a quelque chose de magique dans l’énergie de créativité et dans le fait d’aboutir à un outil spécifique et adapté au groupe accompagné. Nous continuons notre recherche-action sur la répartition de la valeur économique. Nous sommes nous-mêmes en train d’expérimenter une clé collective de répartition salariale … la suite au prochain épisode !

  • Les bases d’Holacracy : comprendre les objections (Chris Cowan)

    Lecture : 5 minutes

    Article traduit de Chris Cowan par Juliette Brunerie : https://blog.holacracy.org/holacracy-basics-understanding-objections-d87b579d00d1

    Certains aspects de la pratique d’Holacracy demandent plus d’attention, notamment les objections et le test des objections qui nécessitent du temps pour les comprendre réellement. Rien ne vaut l’expérience. Nous espérons que ces quelques exemples et métaphores vous aideront à mieux vivre cette expérimentation.

    Note : considérez cet article comme une 1ère approche du sujet de l’objection. Si vous recherchez des apports plus avancés, voici l’article en anglais : “Une meilleure façon de tester les objections”

    Qu’est-ce que la gouvernance ?

    Pour comprendre ce que sont les objections, il est important de commencer par appréhender quel genre de décisions peuvent être prises dans une réunion de gouvernance en Holacracy. La gouvernance est représentée comme une carte unique des attentes récurrentes, restrictions et domaines d’autorité de l’organisation. Une sorte de carte routière.

    Ce qui signifie qu’une proposition est une suggestion pour mettre à jour cette carte. Lorsqu’une personne lève une objection en réunion de gouvernance, elle dit “Je pense que faire cette modification serait néfaste pour la carte de notre organisation”.
    A chaque objection, chacun se demande “Comment peut-on abîmer une carte ?” Et bien, si vous la rendez inexacte, confusante ou pas claire.

    Lorsque quelqu’un objecte une proposition en disant “Nous n’avons pas le temps de faire cela”, un des membres peut demander “Une carte alloue-t-elle des ressources de temps” ? La réponse est “non”. Une carte des USA ne détermine en rien comment s’y prendre pour se rendre de New York en Virginie, ou les ressources nécessaires pour un voyageur pour faire son trajet. La carte ne fait que montrer des chemins possibles.

    De la même façon, la gouvernance d’une organisation n’est qu’une carte qui explique où peuvent être adressées les demandes. Voilà pourquoi on ne prend jamais de décision opérationnelle en réunion de gouvernance. L’unique fonction de la gouvernance est de mettre à jour la carte de l’organisation pour pouvoir agir toujours plus rapidement chaque jour.

    C’est aussi pour cela que les réunions opérationnelles servent à travailler “dans l’organisation” et la gouvernance à travailler “sur l’organisation”. Pour la plupart des gens, cette distinction n’est pas intuitive, elle est pourtant importante à saisir si vous souhaitez comprendre le principe de l’objection.

    Qu’est-ce qu’une objection?

    En Holacracy, une objection est une raison logique qui prouve que la proposition cause du tort. Dans ce contexte une raison est un argument qui peut être évalué logiquement sans nécessiter une observation ou expérience concrète. . Par exemple, l’argument “J’ai faim, j’ai donc besoin de manger” est logiquement cohérent même si vous n’avez aucune idée de si j’ai vraiment faim (vs une raison telle que “J’ai faim donc j’ai besoin de nouvelles chaussures”).

    Une raison connecte simplement les points entre une cause et son effet. C’est ce que l’ont entend lorsqu’on dit que le Facilitateur “ne juge pas” les arguments. Le facilitateur ne juge pas si la raison correspond à la réalité, mais bien si la raison telle que présentée paraît saine (i.e que le facilitateur ne juge pas l’argument raisonnable, mais seulement si cela paraît raisonné).

    Un facilitateur ne peut jamais vraiment être sûr si une objection est valide ou non. Il peut seulement tester comment les choses sont exprimées. Il ne teste pas le tort causé mais si l’objecteur croit qu’un tort va être causé. Je mets cela en lumière car il est important de se rappeler qu’in fine, la clarté de l’objection est déterminée par la capacité de l’objecteur à exprimer sa tension (même si parfois on aimerait que les autres lisent dans nos pensées!)

    Techniquement parlant, n’importe quel argument donné par un objecteur est par définition une objection. Cependant, une objection valide doit exprimer comment la proposition (critère 2) va nécessairement créer (critère 3) du tort (critère 1) à l’un des rôles énergisé par l’objecteur (critère 4). (Les 4 critères sont présents dans le processus de test des objections)

    Qu’est-ce qu’un tort ?

    Bien que chaque critère de la constitution de l’Holacracy mentionnés ci-dessus offrent une vraie distinction et méritent sa propre analyse, pour ce récapitulatif, je ne vais me concentrer que sur le 1er critère qui dit :

    Si les tensions restaient non traitées, la capacité du cercle à exprimer sa raison d’être ou à mettre en œuvre ses redevabilités serait dégradée. Donc, la tension n’est pas juste déclenchée par une meilleure idée ou une potentielle future amélioration mais bien parce que la proposition ferait reculer le cercle dans sa capacité actuelle. Avec l’intention de ce critère, “réduire la clarté” est considéré comme une dégradation de la capacité du cercle, alors que “échouer à clarifier” ne l’est pas. Cela veut dire que bien souvent, la majorité des objections, telles que présentées par l’objecteur ne sont pas des raisons pour lesquelles la carte se dégraderait. La meilleure façon de comprendre est de regarder des exemples concrets et essayer de détecter ce qui ne fonctionne pas avant de lire mon analyse.

    *Attention : Lever une objection non valide n’est jamais une mauvaise chose. Cette information est pour illustrer le propos. Une personne pratiquant Holacracy ne devrait jamais ressentir de pression pour amener une objection valide. N’utilisez jamais les informations qui suivent pour pré-filtrer votre objection. Tout comme une proposition, toute information peut être le point de départ d’une objection.

    “Nous devons ajouter X à cela….” ou “Cela appartient au rôle Finance”

    Il n’y a que des solutions, pas de problèmes. Rappelez vous qu’une objection doit décrire un tort. Quand cela se présente lorsque je facilite, je dis généralement “Cela semble être une super solution, mais à quel problème ?” J’ai besoin de savoir “Quel est le problème si nous n’appliquons pas ce que tu proposes ?”

    “Je n’aime juste pas cette proposition,” ou “Je ne suis pas d’accord avec la proposition.”

    Il n’y a rien de mal à avoir un avis marqué mais nous ne cherchons pas l’accord de tous (ie un consensus). Quand vous déjeunez avec vos collaborateurs, vous n’avez pas besoin de recueillir l’accord de chacun pour décider de ce que vous allez commander à manger pour vous-même. De la même façon, une proposition est une solution que vous commandez pour résoudre votre propre tension. Que se passe-t-il si vous voulez un sandwich au thon mais la personne à côté de vous ne peut pas supporter l’odeur du thon ? Dans ce cas votre commande va l’impacter (serait donc une objection valide)

    “Nous n’en avons pas besoin », ou « Cela ne résout rien »

    Ces déclarations décrivent la neutralité, pas le préjudice. En ce qui concerne une réunion de gouvernance, une absence d’amélioration de la carte est parfaitement acceptable. Les objections sont des raisons pour lesquelles la proposition rendrait la carte pire qu’elle ne l’était avant le début de la réunion.

    “Oui cela va causer du tort”

    Il est évident que cette réponse ne nous renseigne en rien, mais c’est pourtant très commun, lorsqu’un facilitateur un peu stressé, a raté le tort initialement décrit par l’objecteur et a tendance a demander mécaniquement “Est-ce que cela va causer du tort ou est-ce inutile ou incomplet ?”. L’objecteur ayant déjà décrit le tort a tendance à répondre à cette question bizarre un effrayant “Oui, du tort”. Sans tenir compte de pourquoi cela se produit, le facilitateur a besoin de clarifier cette objection “Quel tort vois-tu ?” “J’ai dû le rater, quel est le tort causé déjà ?”

    “Ce n’est pas le vrai sujet”

    Il est possible qu’il y ait un ou plusieurs autres sujets importants à discuter, mais cela n’est pas notre préoccupation pendant le tour d’objection. Nous travaillons une proposition à la fois à l’exclusion de tous les autres sujets, sachant que l’objecteur peut simplement ajouter un point à l’ordre du jour pour qu’on s’en occupe. Imaginez un chirurgien en pleine intervention. Il réalise qu’il a oublié de fermer la porte de son garage. Il est important de s’en occuper, mais plus tard. Dans les réunions conventionnelles, l’ordre du jour est souvent composé de sujets à discuter par le groupe, plutôt que des tensions à traiter individuellement, c’est donc un malentendu commun. Amenez simplement un nouveau point à l’agenda, il sera traité ensuite comme les autres !

    La gouvernance est comme une carte. Les objections sont des raisons logiques à exprimer. Une objection valide doit décrire le tort causé !

  • Interview de Fabio Monte, leader de QoQa : Holacracy avec une équipe de 180 personnes, un challenge ambitieux

    Lecture : 6 minutes

    Interview de Fabio Monte, leader de QoQa

    QoQa est l’un des plus gros acteurs du marché suisse de l’e-commerce. L’idée de cette plateforme est lancée en 2005 par Pascal Meyer, son fondateur. Le concept est simple : Des produits triés sur le volet disponibles durant seulement 24 heures à prix cassé et avec un stock limité. Aujourd’hui ce sont plus de 900 000 suisses qui achètent de façon régulière sur la plateforme communautaire de vente en ligne. En 15 ans, QoQa a grandi et accueille aujourd’hui 180 salariés. Rencontre avec l’un de ces leaders !

    Comment avez-vous pris la décision d’embarquer en Holacracy ?

    Ça a été un mix de 2 choses, on l’a découvert au contact de notre agence Liip qui était passionnée d’Holacracy et par l’impulsion de personnes internes comme Joann (leader du cercle chargé du développement web). On était intrigués, et nous avons donc commencé à nous renseigner. Mais ce qui nous a motivé à passer le cap, c’est qu’on n’avait pas véritablement de gouvernance et l’équipe venait de passer le cap des 100 personnes. Il y avait par conséquent en interne des problématiques pour identifier les rôles et missions de tout le monde. On voulait également rester agile avec la méthode scrum, rester dans cette mouvance… Ce qui nous semblait possible avec l’Holacracy.

    Quelles ont été les bonnes surprises dans votre adoption d’Holacracy ?

    La bonne surprise, c’est définitivement la rapidité d’intégration de la méthode par les 180 collaborateurs (oui, on a grandi très vite entre-temps !). Pour moi, le choix était évident après plus de 2 ans de recherche et de formation. Mais tout le monde n’avait pas eu la chance de passer autant d’heures sur ce sujet. J’ai trouvé donc assez agréable de voir la rapidité avec laquelle les gens ont dit “ok, on suit”, sans connaître forcément les conséquences et la suite. Dans notre entourage, nous avons aussi eu des remarques un peu perplexes, les gens peuvent avoir des réserves sur le fait de tout mettre à plat, avec beaucoup de transparence. Et il ne faut pas oublier les craintes de certains “leaders” qui pourraient craindre la perte du pouvoir. Mais je pense aujourd’hui que les gens ont saisi le plus important : le pouvoir ne disparaît pas, il est simplement plus global, et à la portée de tout le monde.

    Qu’avez-vous mis en place en interne pour garantir le succès de cette transformation ?

    Évidemment, le Covid n’a pas aidé : on est tous à distance depuis tellement longtemps… Il y a beaucoup de personnes déjà formées, et cela continue actuellement. C’est un investissement important. Plus il y a de personnes qui comprennent les subtilités d’Holacracy, plus ce sont des gens qui vont porter et ne pas lâcher face aux premières difficultés. La supervision des séances par les coachs d’Ivolve et Sémawé nous permet aussi d’avoir une vue d’ensemble et de mettre l’accent là où les cercles coincent. Avoir ce regard extérieur et pouvoir faire des time out permet de répondre à des questions et surtout des questions individuelles. Il s’agit de trouver comment l’outil peut nous aider à résoudre nos problèmes. La théorie paraît facile, mais c’est toujours autre chose d’être confronté à un bloquant dans la pratique.

    Vous avez créé un cercle dédié à la montée en compétence en Holacracy. Peux-tu nous en dire plus sur ce cercle ?

    On a créé le cercle QoQa Academy d’abord pour identifier le porteur de la transformation. Il est leadé par Christos, qui a coordonné depuis le début ce projet que ce soit dans la recherche du partenaire ou la mise en place des formations de l’équipe. L’avantage c’est que tout le monde chez QoQa saura que lorsqu’il y a un besoin de coaching ou de supervision car il y a un sujet chaud, il sera possible de se référer à ce cercle pour avoir des réponses. C’est aussi ce cercle qui fait le lien avec les coachs externes d’Ivolve et Semawe. Cela crée un filtre et évite que tout le monde contacte nos coachs externes. Les coachs internes peuvent aussi voir s’il est nécessaire d’impliquer un coach externe ou pas.

    Quelles sont les particularités identitaires de QoQa qui vous rendent compatibles avec Holacracy ?

    J’ai écrit un jour dans une de nos présentations “Chacun fait ce en quoi il est bon”. Nous avons longtemps eu une culture qui consistait à laisser les gens s’annoncer spontanément pour faire autre chose que leur compétence première. Pour Holacracy, Christos s’est par exemple proposé et à la base il est développeur. Le fait que les gens osent proposer et travailler sur des choses sur lesquelles ils sont bons et sortent de leur périmètre initial nous rend particulièrement compatibles. Chez QoQa les gens s’expriment librement. Dans l’ensemble les gens sont bienveillants, s’expriment et proposent des choses. Avec Holacracy aujourd’hui ils peuvent aller plus loin que la critique et proposer.

    Quel est le prochain challenge dans votre pratique d’Holacracy ?

    Il y a beaucoup de travail, j’ai peur que l’organisation comme on la dessine ne se mette pas à jour aussi vite que le reste, qu’on oublie Holacracy et retombe dans notre tendance à revenir comme avant où on bossait avec le fameux “bon sens”. Je le vois à des réflexes comme “On le mettra après dans notre gouvernance” ou dans le fait qu’on utilise pas toujours les formats proposés par Holacracy de réunion tactique ou de gouvernance.

    Tout le monde peut remettre en question la gouvernance mais certains pensent encore qu’ils n’ont pas la possibilité de changer, de prendre le lead pour proposer un changement. On a vu 2 ou 3 fois des frustrations de certains qui disent “Mais je ne peux pas faire de changement”, qui ont des besoins de revoir une organisation par exemple. J’ai vu quelquefois, des personnes qui n’étaient pas claires sur un rôle et n’ont pas osé le dire. Elles attendent encore que les leaders qui étaient anciennement responsables de tout, le fassent pour elles. Il y a un besoin d’apprivoiser mieux la gouvernance pour tous les rôles du cercle et que chacun se dise : “J’ai une problématique, j’essaye de la poser en gouvernance, peut-être que ça ne donnera rien mais au moins le sujet est posé”.

    Observes-tu des changements dans ton équipe ?

    Pour moi, il y a eu un grand changement quand je suis devenu leader du cercle QoQa. Pascal, le fondateur et “loutre in chief” historique est toujours évidemment très présent. Ça a permis de clarifier et mieux définir nos périmètres respectifs. Cela met plus de clarté pour le reste de l’équipe aussi. Ça améliore le fonctionnement car il garde le projet sur l’ADN de QoQa. Il a aussi le rôle d’agitateur, qui s’occupe de secouer le bananier. L’avantage c’est que quand il y a besoin de disrupter je discute beaucoup avec Pascal et quand il faut mettre en place les choses avec l’équipe, c’est moi qui prends le lead.

    Concernant le reste de l’équipe, toutes les personnes qui ont des responsabilités ont été officialisées avec le rôle de leader de leur cercle. Ça leur permet de pouvoir assumer et de prendre leur responsabilité. Avant on disait qu’ils étaient responsables de pôle mais on ne savait pas trop ce que cela voulait dire. J’ai vu un changement de posture de beaucoup de gens. C’est clair que ça met en danger parfois, et en même temps pour ceux qui le prennent et qui avancent c’est une opportunité pour qu’ils puissent s’exprimer et revendiquer un peu leur légitimité :

    “Je suis responsable de ce rôle, si vous prenez cette décision, cela doit m’appartenir, car je suis responsable de cette partie du projet”

    Y a-t-il des choses que tu trouves plus sensibles dans l’adoption ?

    La partie RH est plus délicate, même si Holacracy définit des rôles, il y a toujours un lien crucial avec les ressources humaines. Des questions réflexes émergent comme “C’est quoi mon titre officiel ?”, “Qu’est-ce que je mets sur linkedin ? “, “Est-ce que je mets tous mes rôles ?”. Je pense qu’il faut apprendre à jongler avec les deux mondes. Il y a aussi la suite avec notre review annuelle, sans oublier les réalités économiques avec la question des salaires, une réalité en termes d’identité vers l’extérieur. L’autre élément délicat, c’est notre travail actuel sur la vision. Même si tout peut être remodelé, revu, challengé avec Holacracy, comme toute organisation, on a besoin de définir une vision. On a cet enjeu de pousser tout le monde à travailler là-dessus et de s’engager à «Où je veux arriver”. C’est vrai qu’il y a chez QoQa beaucoup de leaders qui le sont aujourd’hui car ils le méritent mais qui n’ont pas l’habitude d’être leader et de déterminer une vision, une ambition. Ce travail de coaching plus classique dans l’entreprise est à hybrider avec notre système de gouvernance en Holacracy.

    Une chose à ajouter ?

    J’ai envie de partager quelques secrets pour les personnes ou entreprises qui veulent se lancer dans Holacracy : je pense qu’il faut une communication interne rapide, intégrer tout le monde dans la réflexion dès le début et donner rapidement un avant-goût avec des exemples concrets pour qu’ils comprennent la démarche. Chez QoQa, on a ainsi mis en place des ateliers en amont de la décision pour que les gens comprennent le potentiel du virage. Et – évidemment – le choix du partenaire est très important. Un coach ne doit pas seulement outiller en donnant les clés d’Holacracy, il doit aussi voir les particularités de l’organisation. Holacracy ne fait pas seulement travailler sur la gouvernance mais sur la manière avec laquelle tu travailles individuellement, et avec les autres. C’est un voyage dont l’on ressort grandi, quelle qu’en soit l’issue!

  • La spirale dynamique du point de vue des principes source de Peter Koenig

    Lecture : 10 minutes

    J’ai choisi de traduire en français cet article de Tom Nixon, car il propose une bonne entrée en matière sur les principes Source dans une organisation avec la lecture de la Spirale Dynamique. La Source offre une belle vision pour alimenter un travail sur l’explicitation des rôles de Leader, et le modèle de la Spirale Dynamique permet de mieux comprendre comment les principes Source peuvent s’exprimer en fonction des valeurs dominantes dans une organisation.

    Les principes de la Source de Peter Koenig et la Spirale Dynamique sont tous deux incroyablement utiles pour comprendre les dynamiques entre les individus, et au sein des organisations.

    J’ai constaté que les personnes dont l’état d’esprit autour des organisations et du travail est dominant dans un MÊME particulier de la Spirale Dynamique rejettent parfois d’emblée la Source parce qu’elles pensent qu’elle entre en conflit avec leurs modèles mentaux sur les personnes et les organisations. D’autres embrassent la Source, mais pour de mauvaises raisons, car elle peut alimenter les côtés sombres d’un MÊME aussi bien que ses côtés positifs.

    Cependant, lorsque la Source est correctement comprise, je pense qu’il est clair que c’est un concept très compatible avec le modèle de la Spirale Dynamique et qu’elle fournit une vision très utile pour étudier les initiatives humaines. Les principes de la Source sont universels, et actifs dans les initiatives humaines à tous les niveaux de la spirale. Ils aident à expliquer pourquoi les initiatives réussissent ou échouent parfois à chaque niveau, et nous donnent des indices sur la façon dont nous pouvons créer des entreprises toujours plus fructueuses à mesure que la conscience humaine devient plus complexe.

    Bien que je travaille avec le principe Source depuis un certain temps, je ne prétends pas être un expert en matière de spirale dynamique et je serais heureux de recevoir des commentaires d’autres personnes pour améliorer cet article.

    Ce qui suit est un guide sur le fonctionnement des initiatives du point de vue des principes Source et de la Spirale Dynamique, en commençant par le niveau Rouge.

    Rouge

    Les individus prennent l’initiative et se lancent dans de nouvelles entreprises avec une vision et une passion souvent ancrées dans le pouvoir et la domination. La source s’appuie sur la peur, la coercition et la force pour obtenir l’« aide » des autres, qui s’impliquent parce que la peur de ne pas se conformer est plus grande que la peur de s’impliquer. Les sous-sources ont parfois l’impression de ne pas avoir le choix.

    Pensez aux marins que l’on force à se joindre à un voyage sur un navire. Pris de force et menacés de 50 coups de fouet s’ils ne suivent pas les ordres. Parfois, le « pistolet sur la tempe » peut être très réel, comme des soldats recrutés dans une milice. Les sous-sources peuvent également s’engager pour satisfaire un besoin d’aventure, de rébellion ou de vengeance contre un autre groupe.

    La source est une idée très naturelle pour les leaders des organisations Rouges. Ils comprennent le pouvoir des individus qui prennent l’initiative et font travailler les autres pour eux. De nouvelles terres peuvent être découvertes (et conquises) et de grands monuments érigés sous la direction d’une source. Cependant, la domination de la peur et le recours à la force peuvent rendre les initiatives des Rouges très instables. La source est susceptible d’être renversée si elle ne parvient pas à maintenir une peur ou une force suffisante pour assurer le respect des règles. Un soulèvement populaire peut se produire lorsque la souffrance au sein de l’initiative devient si grande qu’il vaut la peine de prendre le risque de contrer la force par la force. L’initiative prend fin, peut-être même avec le meurtre de la source.

    La vie est un peu meilleure pour les lieutenants de sous-source les plus proches de la source. Ils sont récompensés pour avoir aidé la source à conserver le pouvoir et beaucoup vont créer des sous-initiatives, canalisant le pouvoir de la source dans leurs propres initiatives. Cela permet de satisfaire les besoins des sources Rouges en sous-sources, mais les récompenses doivent aussi revenir à la source, sinon… Une sous-source puissante peut aussi être une grande menace pour la source. Elle peut mener les autres dans une mutinerie ou défier la source en face à face avec des menaces ou de la violence, comme des mâles alpha en compétition dans un groupe de primates ou une meute de loups.

    Bleu

    Dans de nombreuses cultures à dominante Bleue, Dieu est considéré comme la source ultime de tous les efforts humains. Les initiatives humaines sont considérées comme des sous-initiatives d’un plan directeur, visant à respecter et à suivre les ordres de l’autorité supérieure et à promouvoir une position particulière sur le bien et le mal. Il existe des règles et des règlements stricts qui donnent aux gens des lois et des codes de conduite auxquels il faut obéir en toutes circonstances. Les textes sacrés fournissent des conseils, rassurent et menacent.

    Contrairement à ce qui se passe en Rouge, la force n’est pas toujours nécessaire pour se conformer en Bleu. Les lois du niveau Bleu précisent les attentes. Si vous suivez les règles, tout ira bien. La rébellion est également beaucoup plus rare. La menace ou les récompenses possibles de la part du pouvoir le plus élevé (« Vous irez en enfer/au paradis ») suffisent à garder les gens dans le rang la plupart du temps.

    Le niveau Bleu peut créer des initiatives très stables – comme l’église catholique – qui durent des siècles, avec une source clairement transmise d’un individu à l’autre, souvent avec une cérémonie très publique.

    La prise d’initiative en Bleu est encouragée, à condition que vous travailliez pour la plus haute autorité ou Dieu – le « plus grand bien » – et que vous suiviez toutes les règles. Les initiatives qui ne font que satisfaire les besoins d’un individu sont mal vues et il y a peu d’innovation puisque les règles sont fixes et que le bien et le mal sont absolus. Cela peut créer une répression de l’individu qui peut étouffer la créativité, l’innovation et l’épanouissement.

    Orange

    Avec le niveau Orange, la spirale revient à une perspective individualiste, mais contrairement aux besoins purement primaires du rouge, l’Orange recherche l’amélioration de soi, la réussite et l’autonomie.

    Les initiatives sont lancées par toute personne qui a une vision pour satisfaire ses propres besoins, et des sous-sources peuvent être recrutées avec des promesses de récompenses pour satisfaire les leurs.

    L’argent est un puissant pouvoir pour les besoins dans le niveau Orange. Les sources développent des entreprises pour gagner de l’argent en espérant que cela permettra de satisfaire leurs besoins sous-jacents. Les sous-sources peuvent être achetées avec de l’argent pour exactement la même raison.

    Comme en Bleu, les organisations en Orange sont très hiérarchisées. La stratégie et les instructions sont transmises de haut en bas. Il s’agit d’un système très puissant pour une source entrepreneuriale qui souhaite réaliser sa vision.

    L’organisation Orange est très innovante, elle cherche de nouvelles et meilleures façons de faire les choses. La rationalité et l’expérimentation prennent le pas sur le dogme du niveau Bleu. Grâce aux essais, aux erreurs et au travail acharné, l’Orange peut satisfaire les besoins individuels à une échelle toujours plus grande. L’état d’esprit d’Orange a permis la révolution industrielle et se poursuit aujourd’hui dans la Silicon Valley avec ses startups et ses investisseurs en capital-risque.

    Cependant, la recherche de l’augmentation de sa consommation individuelle a un impact sur la satisfaction de vivre qui diminue de manière exponentielle. L’environnement naturel souffre de l’exploitation excessive des ressources, tout comme les familles dont les enfants voient rarement leurs parents surmenés et stressés.

    Alors que les sous-sources peuvent être achetées en échange d’un bon salaire, quelqu’un d’autre peut leur offrir davantage pour leur voler leur loyauté. Et dans tous les cas, il a été prouvé que les récompenses extrinsèques ne permettent pas d’obtenir les meilleures performances des personnes sur le long terme.

    Des centaines de millions de personnes ont été sorties de l’extrême pauvreté grâce au niveau Orange de la spirale dynamique, mais passer de l’agriculture de subsistance au travail pénible d’un atelier industriel n’est pas un grand pas.

    Vert

    Le Vert tente de répondre aux défauts d’Orange avec une perspective pluraliste-empathique. Les besoins collectivistes d’égalité et de communauté occupent une place centrale. Le Vert recherche l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et la motivation intrinsèque, en trouvant son épanouissement dans le travail lui-même, et pas seulement dans les récompenses. Les milliardaires qui ont fait fortune en Orange donnent un sens plus profond à leur vie en faisant don de leur fortune à des causes philanthropiques pendant leur retraite.

    Les initiatives sont prises non seulement pour répondre aux besoins égoïstes, mais aussi pour améliorer la vie de toutes les parties prenantes : la source, ses sous-sources, la communauté au sens large, les clients, les fournisseurs et l’environnement physique. Des stratégies innovantes sont créées pour aligner les intérêts de toutes les parties prenantes. Des organisations caritatives et des ONG sont créées pour répondre aux besoins des moins fortunés.

    Le pouvoir sur les gens inhérent aux couleurs Rouge, Bleu et Orange est remplacé par la décentralisation et l’autonomisation.

    Travailler avec les principes de la Source peut mettre les personnes mal à l’aise en Vert. Les dirigeants ne veulent pas être les dictateurs hiérarchiques du passé. Ils savent que cela ne permet pas de tirer le meilleur parti des sous-sources et que « personne n’est plus intelligent que nous tous ». Le pouvoir sur les gens n’est pas aussi efficace qu’une communauté de pairs, travaillant ensemble pour le bien commun.

    Au sein d’une organisation Verte, les individus abandonnent leur autorité et leur responsabilité individuelles au profit d’une autorité et d’une responsabilité collective. La voix de chacun est valorisée et, grâce au consensus ou à la prise de décision basée sur le consentement, beaucoup plus de voix contribuent aux décisions, tant créatives que fonctionnelles.

    L’aversion du Vert pour le pouvoir individuel sur les autres peut également supprimer la capacité d’un individu à donner vie à sa vision personnelle. Contrairement à ce qui se passe en niveau Orange, la stratégie est créée par des processus de groupe, impliquant une vision et une conception collectives. Un leader peut être élu ou nommé par le groupe, mais son pouvoir est limité. Une grande partie du temps est consacrée à la gestion des « tensions » plutôt qu’au travail dans un état de fluidité.

    Cependant, si les groupes peuvent apporter un éclairage, des idées et un soutien à une idée, la vision individuelle de la source est finalement diluée ou compromise pour répondre aux besoins d’un plus grand nombre de personnes. Pour le niveau Vert, un groupe raisonnablement satisfait est plus important qu’une source heureuse. Les fondateurs visionnaires ayant cédé leur autorité créative au groupe peuvent perdre leur passion pour leur organisation et finir par partir pour réaliser leur vision individuelle ailleurs. La source peut en souffrir, car une partie de son énergie est toujours liée à l’organisation, même si elle est physiquement partie, et ceux qui restent peuvent trouver que l’initiative dérive avec beaucoup moins de passion qu’au début.

    Comme dans les niveaux Orange et Bleu avant lui, le niveau Vert peut être limité par la pensée organisationnelle. L’organisation est traitée comme une entité en soi avec des frontières claires autour d’elle. Les gens sont dedans ou dehors. Cela crée un sentiment de rareté. Si les gens ne peuvent pas contribuer à la vision de l’organisation, ils ne peuvent pas se sentir complètement valorisés ou épanouis. Pour les Verts, cette situation est oppressante, elle rappelle le processus stratégique descendant des Orange et ils se méfient des dirigeants qui tentent de « s’approprier » une vision et de dire ce qui est dedans et ce qui est dehors.

    Jaune

    La transition du Vert au Jaune marque un saut beaucoup plus important que les étapes précédentes. Lorsque les individus et les organisations passent au Jaune, ils ont accès à tous les niveaux de la spirale qui les a précédés. Ils ont la possibilité de bénéficier des aspects positifs de chaque niveau : La créativité, la passion et l’aventure du Rouge ; le sens du but, les valeurs et l’ordre (lorsque l’ordre est utile) du Bleu ; l’innovation, l’autonomie et l’amélioration de soi de l’Orange ; et le lien avec la communauté, l’égalité, la durabilité environnementale et l’épanouissement profond du Vert. Le Jaune adopte une vision systémique des organisations et valorise l’adaptabilité et l’intégration.

    En accédant à la spirale complète, l’individu et le collectif peuvent tous deux être pleinement valorisés. La gamme complète des besoins humains peut être exprimée en s’inspirant des initiatives des autres et en s’y joignant.

    Le Jaune est le premier niveau de la spirale où la Source peut se manifester de manière très efficace. Le Jaune peut séparer l’autorité créative de l’autorité fonctionnelle. Les individus peuvent assumer la pleine autorité et la responsabilité de la réalisation de leur vision sans se soumettre aux caprices du groupe. Cependant, cela peut être fait sans avoir besoin d’exercer un pouvoir sur les gens comme dans le Bleu et l’Orange.

    Un bon exemple en est donné par W.L. Gore Associates, où tous les employés peuvent lancer de nouvelles initiatives sans autorisation. Les autres sont recrutés non pas par la force (Rouge), le devoir (Bleu), la promesse de récompenses (Orange) ou l’égalité (Vert), mais volontairement. Si le fait de travailler sur l’initiative d’une source répond à un besoin pour une sous-source et l’aide à réaliser sa propre vision personnelle, elle choisira de la suivre.

    Dans le Jaune, la vision collective du Vert n’est plus nécessaire pour créer des organisations très efficaces. Au lieu de cela, une source, à commencer par le tout premier fondateur, peut « recruter » des individus (lorsque les besoins correspondent bien) et constituer des groupes pour les aider à mieux formuler leur vision et à l’étendre par des moyens auxquels ils n’auraient peut-être pas pensé eux-mêmes. La source peut toujours avoir le dernier mot sur ce qui entre et ce qui sort. Contrairement à ce qui se passe dans le niveau Vert, cela ne doit pas créer un sentiment de pénurie ou la crainte d’une dictature, puisque tout le monde peut à tout moment rejoindre d’autres initiatives ou lancer la sienne. Il y a une abondance d’opportunités pour que chacun puisse réaliser sa vision personnelle, et cela peut se faire en partie à l’intérieur et en partie à l’extérieur d’une organisation, si nécessaire.

    Turquoise (et au-delà)

    La pensée organisationnelle peut être transcendée dans le niveau Turquoise. Le Turquoise ne voit plus les parties prenantes comme le fait le niveau Vert – comme des groupes séparés qui doivent être « alignés ». Il n’y a pas de mur absolu autour d’une organisation. Pour Turquoise, toutes les personnes et autres formes de vie existent dans un réseau infiniment complexe et impressionnant de connexions interdépendantes.

    Le Turquoise adopte une perspective holistique et globale. Il y a moins de séparation entre les besoins individuels et collectifs, puisque nous sommes tous connectés comme les neurones d’un cerveau. La compassion – le soulagement de la souffrance – est la force motrice. Certaines cultures de sagesse anciennes la décrivent comme un voyage vers l’illumination, où toute souffrance disparaît. Des individus, animés par la compassion, lancent des initiatives, et d’autres les rejoignent pour les aider, tout en lançant également leurs propres initiatives.

    Aujourd’hui, le Turquoise peut encore utiliser des constructions organisationnelles comme une « entreprise » à des niveaux inférieurs de la spirale, car les systèmes socio-économiques du monde actuel sont dominés par les mentalités Bleue, Orange et Verte. Cependant, il s’agit là d’une pure commodité et le travail s’étend bien au-delà des murs de l’organisation.

    À mesure que l’humanité dans son ensemble évolue vers un état d’esprit Turquoise, nous pourrions finir par repenser complètement nos hypothèses les plus fondamentales sur la loi, l’argent et les organisations, en trouvant de nouvelles façons de travailler avec compassion envers tous les êtres. Nous pouvons être sûrs que les humains continueront à prendre des initiatives au fur et à mesure, comme ils l’ont fait depuis les premiers jours de la conscience humaine.

    À propos de l’auteur

    Tom Nixon est le fondateur de Nixon McInnes. Il travaille avec des sources pour développer des organisations utiles.

    Article original : https://tomnixon.medium.com/spiral-dynamics-from-peter-koenig-s-source-perspective-70b617dc7cbd

    D’autres lectures sur les principes Source :

  • La Fabrique des Alpes

    Lecture : 4 minutes

    En juin 2021, Sémawé lance l’événement La Fabrique des Alpes (FDA). La journée est un concentré d’expériences et d’inspirations pour les organisations de demain. Retour sur cette journée haute en couleurs et en réflexions.

    Intention de l’évènement

    Notre intention est de proposer un espace d’échanges pour changer les manières de faire en équipe. Nous avons pensé cet événement pour offrir des espaces et prendre le temps de réfléchir à des sujets comme la gouvernance, la coopération en équipe, les relations de travail apaisées, l’autonomie, le leadership de chacun et chacune. Le programme est destiné à toute forme d’organisation, composée d’une ou plusieurs équipes. Nous souhaitons nous adresser à celles et ceux qui veulent sortir des formats classiques de travail.

    “Il y avait une dimension inspirante très importante dans notre démarche. Il ne s’agit en aucun cas de critiquer ce qui ne fonctionne pas mais bien de proposer de nouvelles pratiques, témoigner de ce qu’il est possible de faire pour des équipes plus émancipées. Nous avons travaillé à choisir des intervenants dans ce sens” précise Juliette, contributrice du programme de la journée.

    Il nous a paru essentiel de faire un focus sur Holacratie et d’élargir aussi en proposant des ateliers sur des thèmes complémentaires. Dans toutes formes d’organisation il est possible de faire évoluer les manières d’échanger et de coopérer. C’est la raison d’être de la Fabrique des Alpes : des expériences et des inspirations pour les organisations de demain.

    “C’était une rencontre très inspirante pour moi. Cette journée arrivait pile au bon moment pour moi qui avais déjà quelques bases sur Holacratie et étais à la recherche de contacts dans ce domaine en France. Les contenus concrets étaient très pertinents”, témoigne Cécile, participante de l’événement.

    Les thèmes et les ressources liées à l’événement

    Nous avons eu un grand plaisir à organiser cette journée et à rassembler des orateurs inspirants pour nous. Anne-Muriel Bagur, coach et oratrice pendant la journée, raconte :

    “Lors de la FDA, j’ai eu l’occasion d’animer un “café philo” sur la Raison d’Être des organisations, sujet qui me passionne. J’avais préparé un topo introductif avec quelques références et pistes de réflexion. Les échanges et les “débats philosophiques” qui ont suivi avec la 15 aine de participants étaient denses, riches, ouverts, diversifiés. Je me suis sentie nourrie, challengée dans mes propres convictions aussi, par les visions, les avis, les résonances qui ont été partagées. L’exercice était une première pour moi, à refaire avec enthousiasme !”

    La journée s’est articulée autour des thèmes suivants :

    • La communication interpersonnelle
    • La médiation
    • La spirale dynamique (un modèle psycho-social)
    • La pratique de Holacratie au quotidien dans les organisations, et même dans une ferme agricole et une école démocratique !
    • Des initiatives inspirantes : CoopVenture, un fond d’investissement participatif, le Comex 40 de Medef, un rassemblement de 45 dirigeant.e.s de moins de 40 ans, Solenciel une organisation Opale qui travaille à la réinsertion de personnes sorties de réseaux de prostitution.

    “J’ai adoré la session sur la raison d’être, le concept que l’organisation peut être assimilée à un organisme vivant et juste l’idée qu’elle peut donc respirer … j’ai même rêvé que la raison d’être de nos organisations publiques pouvait peut-être se situer au-dessus des sphères élues et de direction … mais la fin de session zoom m’a réveillé ! et un verbatim sur l’agilité m’a doucement caressé : « la valeur s’apprécie dans les yeux du client ». Merci à vous pour cette journée et belle continuation pour la suite, rendez-vous à la prochaine fabrique !” – Vincent, participant à l’événement.

    “J’ai suivi la session sur les accords relationnels. Cette session interactive m’a aussi beaucoup apporté, et j’ai déjà introduit le concept au sein de mon organisation. Je me sentais capable de le faire après cette session!” – Cécile

    Ces thèmes vous intéressent ? Retrouvez les ressources liées à l’événement :

    • Webinaire, découvrir Holacratie en 45 minutes
    • La coopération entre deux organisations en Holacratie
    • Notre organisation au quotidien – tome 2

    Et pour aller plus loin sur la compréhension d’Holacratie :

    C’est quand la prochaine édition ?

    Le succès de cette première édition nous donne bien sûr l’envie d’en organiser une autre, avec d’autres thèmes et encore plus d’espaces de pratique. Pour vous tenir au courant de la prochaine édition, suivez Sémawé sur les réseaux : https://www.linkedin.com/company/semawe/

    Merci aux intervenants :

    Anne-Muriel Bagur, Julie Abbo, Emmanuel Levard, Juliette Brunerie, Emilie Vialettes, Aliocha Iordanoff, Romain de Tellier, Solen Bel Latour, Céline Cusset, Pauline Loriot, Rodolphe Baron, Franck Rageade, Bastoun Talec, Catherine Silvestre, Emile Iordanoff, Olivier Althuser, Sarah Dantz.

    Merci à l’équipe support : Thomas Mady et Emma Louwagie.

    Et Merci à tous les participants !

  • Deux règles non écrites et bien utiles dans votre pratique en Holacracy (Chris Cowan)

    Lecture : 4 minutes

    Traduction d’un article écrit par Chris Cowan : https://www.holacracy.org/blog/two-helpful-unwritten-holacracy-rules/

    Chris Cowan est coach en Holacracy, il publie régulièrement des articles sur la pratique quotidienne de la méthode.

    Voici une traduction de l’une de ses publications.

    “Sauf indication contraire, nous sommes juste des personnes”

    La constitution Holacracy, c’est comme les règles d’un jeu. Le jeu du travail. Mais comment savoir quand vous jouez le jeu et quand vous ne le jouez pas ? Il n’y a pas de coup de sifflet. Pas d’uniformes. Donc, avant même de parler des règles, nous devons clarifier quand nous « jouons » et quand nous ne jouons pas. Après tout, si vous jouez au rugby, vous pouvez pousser et bousculer les gens, mais si vous le faites en rentrant chez vous, vous pouvez être arrêté pour agression. Nous avons donc besoin de deux choses :

    1. un postulat par défaut qui soit clair sur le contexte ou l’espace dans lequel nous allons opérer ;
    2. des moyens de clarifier quand nous jouons le jeu.

    Tout d’abord, utilisez le postulat par défaut : « Nous sommes juste des personnes, sauf indication contraire. » Parce que lorsque nous travaillons pour l’organisation, nous utilisons des règles du jeu. Nous parlons des rôles. Nous demandons des projets. Nous examinons les responsabilités.

    Mais qu’en est-il lorsque nous sommes autour de la machine à café ? Ou quand nous marchons dans le couloir ? Quels rôles jouons-nous alors ? Nous ne sommes probablement dans aucun rôle. Et c’est ce qui nous importe ici.

    Maintenant, disons que vous voulez vraiment utiliser les règles d’Holacratie.

    Il existe plusieurs façons de clarifier vos attentes :

    • Demandez : « Puis-je te demander quelque chose dans un de tes Rôles ? »
    • Le Leader de Cercle vous dit de faire quelque chose : « Oh, en fait, je ne suis pas dans un Rôle en ce moment. J’ai besoin d’une pause. Demande-moi plus tard. »
    • « Je peux te demander quelque chose en rapport avec le travail ? »
    • À la machine à café : « Je peux te demander quelque chose à propos de ton Rôle “Finances” ? »
    • « Est-ce une décision officielle de ton Rôle, ou partages-tu simplement ton opinion en tant que personne ? »

    Et rappelez-vous, « Non » est toujours une réponse acceptable. Holacratie vous donne la possibilité d’entrer ou de sortir de vos Rôles chaque fois que cela est nécessaire. Et le seul moment où vous avez besoin d’être dans vos Rôles, c’est lorsque vous prenez des décisions ou que vous agissez au nom de l’organisation. Sinon, restons simplement humains.

    C’est toujours à moi d’obtenir la clarté dont j’ai besoin

    La pratique de l’Holacratie est un effort de groupe. Je t’aide – tu m’aides. Alors, que se passe-t-il lorsque l’ancien manager commence à imposer des choses ?

    Il s’attend à ce que les choses se passent. Et la vérité, c’est qu’il en a tout à fait le droit. Ce n’est pas très modélisant, mais bon, nous sommes tous imparfaits.

    Puisque vous savez que vous n’avez pas à vous conformer, il n’y a pas de problème. Donc, si vous vous pliez à ses exigences, sans demander « Est-ce que c’est une priorisation officielle du Leader de Cercle, ou est-ce que tu fais une demande que je dois prendre en compte ? », alors la seule personne dont vous devriez vous inquiéter, c’est vous. Il ne s’agit pas de repousser les demandes de l’autre, mais d’obtenir de la clarté. Et c’est une chose extraordinairement encourageante à faire.

    Alors, bien sûr, c’est génial si les anciens détenteurs du pouvoir prennent de bonnes habitudes comme le fait de dire « Je n’ai pas l’autorité pour décider de ça pour toi » ou « J’aimerais te proposer de réviser le rapport… ». Oui, c’est une bonne habitude. Oui, ça aide.

    Mais nous ne pouvons pas attendre de tout le monde qu’il soit modélisant tout le temps. Par conséquent, la seule stratégie qui a du sens est :

    « C’est toujours à moi d’obtenir la clarté dont j’ai besoin. »

    En d’autres termes, lorsque je communique quelque chose, je dois apporter toute la clarté que je juge utile – après tout, je veux qu’il soit facile pour les autres de répondre à mes messages (comme lorsqu’on envoie une lettre à la bonne adresse). Mais je ne peux pas m’attendre à toujours y parvenir. Aidez-moi donc en posant des questions de clarification. Je veux avoir le droit d’être un être humain imparfait. Si vous ne savez pas de quel Rôle je parle, ou à quel Rôle je m’adresse, alors, s’il vous plaît, demandez-le moi.

    Donc :

    « Julie continue à donner des ordres aux gens » devient « Julie, est-ce que tu me donnes une priorité en tant que Leader de Cercle, ou bien est-ce que tu me donnes juste ton opinion ? ».

    « Bill doit s’affirmer davantage » devient : « Bill, je n’ai pas le pouvoir de prendre cette décision à ta place – veux-tu juste mon opinion ? »

    « J’attends Max depuis des jours maintenant – c’est si frustrant » devient, « Max, quelle est ta prochaine action sur le projet ? J’en ai vraiment besoin, alors… est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider, ou te retirer quelque chose d’autre pour te libérer un peu de temps ? »

    Chris Cowan – article original en anglais Two Helpful Unwritten Holacracy Rules

  • Comprendre les projections et les deadlines (Chris Cowan)

    Lecture : 15 minutes

    Article original de Chris Cowan : https://blog.holacracy.org/holacracy-basics-understanding-projections-a5a7f32f2e8b

    Au premier abord, la façon de gérer les projections et les deadlines en Holacratie peut sembler contre-intuitive, voire absurde.

    Par exemple, si je vous regarde droit dans les yeux et que je vous promets que j’aurais fini mon projet d’ici vendredi, vous ne devez surtout pas me croire. Si votre réaction est quelque chose comme “hein ?!”, alors vous êtes sur le bon chemin.

    Les projections portent avec elles beaucoup de confusion parce que pour vraiment les comprendre, il faut opérer plusieurs changements de paradigme à la fois. La bonne nouvelle est que si vous y arrivez et que vous en comprenez l’intérêt alors vous comprendrez bien mieux la façon dont Holacratie fonctionne.

    Voici un résumé pour mieux cerner de quoi on parle :

    1. une projection est une estimation approximative, jamais un engagement, une promesse ou un accord
    2. les projections nous permettent de distinguer un engagement dans le cadre d’une relation interpersonnelle et un engagement à atteindre un certain résultat
    3. le résultat attendu implique des éléments comme le niveau d’importance ou le délai, mais la projection ne s’occupe que du délai
    4. les projections nous aident à éviter de créer de fausses échéances pour inciter les autres à agir
    5. les projections mettent en évidence que nous ne voulons pas d’un système de management du temps, mais plutôt de management de l’attention
    6. les projections nous permettent de ressentir et d’exprimer des tensions dans un ou des rôles qui nous appartiennent
    7. les projections nous permettent de redéfinir la notion de confiance envers quelqu’un.

    1. Une projection est une estimation approximative, jamais un engagement, une promesse ou un accord

    Commençons par regarder ce que nous dit la constitution sur les projections :

    Projections : vous devez fournir une projection de la date à laquelle vous prévoyez de terminer l’un de vos Projets ou Prochaines-Actions. Une estimation approximative tenant compte de votre contexte et de vos priorités actuelles est suffisante. Aucune analyse ou planification détaillée n’est requise, et cette projection n’est en aucun cas un engagement. Sauf indication contraire de la Gouvernance, vous n’avez aucune obligation de faire le suivi de la projection ni de faire le suivi auprès du destinataire en cas de changement.” article 2.1.3

    Qu’est-ce que ça signifie ? En bref, lorsque l’on parle de votre travail dans l’un de vos rôles, vous ne devez pas vous engager sur la deadline de quelqu’un d’autre. Vous n’en avez pas le droit selon la constitution d’Holacratie.

    Cela ne veut pas dire que vous devez ignorer les deadlines en général. Si vous voulez vous envoler pour Londres mardi matin, l’avion ne va pas vous attendre. Cela veut juste dire que vous ne devez pas vous engager sur une deadline qui n’est pas la vôtre. (voir la partie 4 sur les fausses deadlines)

    Remarquez que la règle dit également que vous devez fournir une projection lorsqu’on vous le demande. C’est-à-dire être transparent. Donc si quelqu’un vous demande quand est-ce que vous aurez terminé un tel travail, même si vous jugez que cette personne remet en cause vos compétences, vous ne pouvez pas lui répondre “Ne t’inquiète pas…fais moi confiance”. Vous devez lui donner une estimation de la date probable à laquelle vous aurez terminé ce projet.

    Après avoir donné cette estimation, et même si les choses changent entre-temps, vous n’êtes pas tenu de prévenir qui que ce soit. MAIS…vous devez fournir une mise à jour chaque fois qu’on vous le demande. Donc si quelqu’un vous demande une projection pour un rendu tous les jours pendant dix jours, vous devez fournir une projection tous les jours.

    On voit ici comment une projection est bien différente d’un engagement, d’une promesse ou d’un accord. Donc une bonne demande sur une projection ressemble à « peux-tu me donner une projection sur quand tu penses pouvoir mettre à jour le site web ?” et non pas à “hey, peux-tu mettre à jour le site web demain ?”

    2. Les projections nous permettent de distinguer un engagement dans le cadre d’une relation interpersonnelle et un engagement pour accomplir un certain résultat

    “C’est une utilisation inappropriée de l’amour et de la considération de les utiliser pour affecter un résultat”-David Allen

    Normalement, on peut obtenir de quelqu’un quelque chose auquel on tient parce que cette personne nous aime ou nous considère. Alors que cette personne prend soin de nous, et que nous nous inquiétons pour un certain résultat ou projet, il semble logique que cette personne, elle aussi, s’inquiète pour ce même résultat.

    Holacratie nous permet des distinctions plus fines au sein de l’espace relationnel en nous donnant ainsi certains points de vigilance dont nous n’avons généralement pas conscience. En sachant que chaque partie a fait des choix en conscience de ce qui fait sens pour elle dans son travail (ex: énergiser un rôle) et des résultats vers lesquels il fait sens pour elle de travailler (ex: les projets dont s’occupe un rôle), on élimine le besoin de compter sur l’approche « obtenir son engagement » comme seul moyen d’obtenir la certitude que quelque chose va se produire.

    Note : ce thème fait écho au “Quoi pour quand” dont parle Brian Robertson dans son article disponible en anglais “The Insanity of What-by-When”.

    Pratiquer Holacratie signifie que l’on transforme une simple question, “es-tu d’accord avec ceci” ou “t’engages-tu à faire cela” en plusieurs questions plus spécifiques qui donneront de la clarté sur les engagements pris.

    La première question à se poser est celle-ci : “cette personne a-t-elle accepté de prendre un rôle qui considère ce type de travail ?”. Il est inutile de me demander de mettre à jour le site web si je n’ai aucun rôle qui ait à voir avec le site web. Mais disons que j’énergise un rôle appelé “Site Web” qui a la redevabilité de “mettre à jour le site web”, vous parlez au moins à la bonne personne.

    Ok, maintenant vous me demandez si cela fait sens pour moi dans mon rôle de mettre de l’énergie sur ce résultat spécifique ? Disons que vous aimeriez que je change le style d’écriture du site en le passant d’Arial à Times New Roman.

    À ce stade, vous ne me demandez pas si j’en ai envie, ou si j’en ai le temps. Vous voulez juste savoir si cette action aurait du sens dans mon rôle. On s’abstient intentionnellement de formuler des questions relatives au temps. Donc une question adéquate ressemblerait à quelque chose comme : “est-ce que cela fait sens que tu prennes cette action….si tu n’as pas d’autres priorités ?” Si oui, je le noterai immédiatement comme action ou projet pour travailler dessus lorsque j’en aurai le temps.

    À ce niveau, c’est peut-être tout ce dont vous aviez besoin. Vous vouliez un résultat spécifique, “une mise à jour du site web”, j’ai accepté le projet, donc vous pouvez tourner la page, rassuré par la pensée que je me suis approprié le projet et que je vais le mener à bien (notez que c’est parce que cela fait sens dans mon rôle que j’ai pris ce projet, pas parce que vous me l’avez demandé, pas pour vous faire plaisir). C’est peut-être tout ce dont vous aviez besoin.

    Vous pouvez aussi me demander « À quel point mettre à jour le site web est important comparé à tes autres projets ?” Et si je vous réponds “et bien mettre à jour le site web est ma priorité en ce moment”, vous vous sentirez encore plus confiant de m’avoir proposé ce projet.

    Et oui. Cela fait beaucoup de questions à poser. Ne serait-ce pas plus facile de dire “hey, tu peux faire ça pour moi ?” Et la réponse est oui, ça le serait, et ça le sera aussi en utilisant les règles d’Holacratie. L’idée n’est pas de vous contraindre.

    Ce sont simplement des options lorsque vous n’avez pas de clarté sur un aspect du résultat – des options qui sont nécessaires parce que sans ces questions, comme c’est le cas dans la plupart des relations, nous ne pouvons nous appuyer que sur l’un des deux niveaux d’engagement conscient, soit :

    1. leur engagement à faire une chose très spécifique (par exemple « J’ai besoin que tu t’engages à faire ceci »)
    2. leur engagement envers la relation elle-même (par exemple, nous devons nous rendre service l’un à l’autre, sinon nous allons endommager notre relation).

    Pour aller plus loin voir le chapitre 7.

    3. Le résultat attendu implique des éléments comme le niveau d’importance ou le délai, mais les projections ne concernent que les délais

    Normalement, les engagements fonctionnent parce que nous avons de la clarté. Si vous êtes d’accord pour “m’emmener à l’aéroport samedi », c’est peut-être suffisant. Mais peut-être pas. Peut-être que vous avez besoin de savoir quel aéroport, et à quelle heure.

    Revenons à l’exemple du projet de “mise à jour du site web”. Et si toutes les informations que vous avez récoltées à partir des questions-types énoncées plus haut ne vous suffisent pas. Et si vous avez besoin que je mette à jour le site internet aujourd’hui ?

    Alors vous avez besoin de clarté sur mon emploi du temps, ce qui est une demande de projection. (exemple : “Quand penses-tu pouvoir mettre le site à jour a priori ?”)

    La question du délai est distincte de la question de l’importance (priorisation) mais peut facilement être confondue avec la définition du résultat lui-même.

    Ainsi, si vous me demandez de mettre à jour le site web et que je vous réponds “bien sûr, ça sera la première chose que je vais faire l’année prochaine”, vous ne considéreriez probablement pas du tout cela comme un accord. Pour vous, avoir une mise à jour du site l’année prochaine ne va pas traiter votre tension.

    Parfois, il est vraiment utile de préciser le délai estimé pour un résultat, mais ce n’est pas toujours facile à faire. Souvent, nous ne remarquons même pas que tous les résultats incluent un élément temporel, qui pourrait être extrait et évalué séparément.

    L’autre grande source de confusion est la question de l’importance. C’est donc une question de priorisation. Par défaut, chaque personne qui assume un rôle est responsable de la priorisation de son propre travail à chaque instant, conformément à la constitution (qui comprend des priorisations par défaut telle que « traiter les demandes des autres rôles avant votre propre travail ») et à toute priorisation officielle qui vous a été donnée par un leader de l’un de vos cercles.

    Cependant, au sens strict, une priorisation ne dit pas quand quelque chose sera fait. Une priorisation vous indique quel résultat est le plus important par rapport aux autres, mais c’est tout ce qu’elle vous dit. D’autres facteurs, comme le temps ou l’énergie disponibles, ou le contexte dans lequel vous vous trouvez, vous aideront également à déterminer ce que vous pouvez faire.

    Les règles de l’Holacratie nous aident ici en posant des règles distinctes pour demander à quelqu’un de travailler vers un résultat spécifique (c’est-à-dire un « projet »), pour demander à quelqu’un de vous donner de la transparence sur sa priorisation et pour demander de la transparence sur un délai estimé (c’est-à-dire une « projection »). Nous pouvons être aussi précis que nécessaire.

    4. Les projections nous aident à éviter de créer de fausses échéances pour inciter les autres à agir

    « Au cours des deux dernières décennies, une approche pour surmonter la complaisance a été de créer un faux sentiment d’urgence. Ce sentiment est souvent basé sur un sentiment de peur, d’anxiété ou de colère. » – John Kotter

    C’est un autre aspect important des projections : elles nous aident à éviter de créer de fausses deadlines pour motiver les autres. Souvent, nous fixons des dates limites arbitraires parce que nous craignons que sans elles, le travail ne soit jamais fait. Mais cela crée un climat de stress et de méfiance.

    Dans les méthodes traditionnelles de collaboration, si j’ai besoin que vous fassiez quelque chose, j’obtiens votre engagement à le faire, puis je peux l’oublier. Et c’est l’oubli qui semble particulièrement attrayant. Loin des yeux, loin du cœur. L’ignorance est comme une bénédiction.

    D’un autre côté, lorsqu’on nous demande de faire quelque chose pour quelqu’un d’autre, nous aimons généralement nous engager à le faire. S’inscrire dans un cadre temporel est une bonne chose car cela nous donne un sentiment d’orientation et de clarté. Nous n’avons pas besoin d’envisager toutes les choses complexes qui peuvent entrer dans notre monde d’un moment à l’autre, car nous savons maintenant ce que nous sommes censés faire (c’est-à-dire les choses pour lesquelles nous nous sommes engagés).

    C’est la même raison pour laquelle David Allen, auteur de Getting Things Done, soutient que nous aimons secrètement les urgences; elles sont extrêmement clarifiantes. Nous n’avons pas à nous débattre avec toute la complexité de notre réalité en constante évolution. Non. L’objectif est clair. Ce projet. J’ai besoin de finir ce projet. Sachant cela, généralement inconsciemment, nous nous engageons facilement.

    Lorsque je vous demande quand vous allez faire quelque chose, nous sommes tous deux incités à interpréter cette donnée comme un engagement. Si vous l’acceptez, j’ai un sentiment de sécurité. Vous obtenez un sentiment de clarté. Et la relation elle-même semble se renforcer car, au fur et à mesure que les engagements sont pris et respectés, nous nous faisons de plus en plus confiance.

    Bien sûr, à un moment donné, la méthode du temps limité peut ne plus fonctionner aussi bien. Des choses nouvelles et inattendues se sont ajoutées à votre travail et ont nécessité votre attention. Vous vous sentez maintenant stressé. Bien sûr, d’une certaine manière, c’est le processus qui fonctionne comme prévu. Vous vouliez tirer parti de vos propres sentiments de stress ou de culpabilité pour vous motiver, et le fait d’imaginer que votre relation est en jeu (ou votre compétence ou votre fiabilité perçues) vous permet de rester concentré sur votre tâche.

    Mais à quel prix ? Brûler de l’essence polluante peut permettre de faire le travail, mais ça laisse un résidu désagréable. Comme nous échouons inévitablement à gérer toutes les échéances auxquelles nous nous sommes engagés, nous finissons par décevoir les personnes qui nous sont chères. Et elles nous déçoivent. Et pire encore, nous en tirons de mauvaises leçons. Nous avons tendance à prendre ces échecs personnellement et à faire la promesse vide d’être plus fiable la prochaine fois ou, si quelqu’un d’autre a violé notre accord, à nous venger (ouvertement ou de manière passive-agressive).

    Mais qu’en est-il si ce n’est pas du tout un problème de personnalité? Et si le problème résidait dans les hypothèses inconscientes et non examinées sur la façon dont le travail est effectué  ? Ces hypothèses  nous rendent vulnérables à ces incitations contre-productives. Et si nous pouvions obtenir les mêmes (ou meilleurs) résultats en adoptant une approche différente ? Eh bien, c’est exactement ce que propose l’approche d’Holacratie en matière de projections.

    5. Les projections mettent en évidence que nous ne voulons pas d’un système de management du temps, mais plutôt de management de l’attention

    « Diriger l’attention là où elle doit aller est la tâche première du leadership » – Daniel Goleman

    Les projections sont la seule notion définie de la constitution qui traite explicitement du temps. Si vous venez d’un environnement de travail traditionnel, il peut sembler étrange qu’un élément aussi important que le temps n’apparaisse que dans cette toute petite règle.

    La raison qui explique cela est que les règles sont basées sur une compréhension différente de ce qu’il faut faire pour que les choses soient faites. Le paradigme conventionnel utilisé pour encadrer la productivité personnelle a toujours été la gestion du temps. Comment devriez-vous utiliser votre temps ? Comment vos partenaires commerciaux passent-ils leur temps ? Mais est-ce vraiment le temps qui nous intéresse ?

    Est-ce vraiment le temps qui nous intéresse ? Imaginez passer beaucoup de temps à être physiquement présent, mais n’avoir aucune conscience ou engagement dans ce que vous faites.

    Vous pouvez facilement rester assis à un bureau pendant de nombreuses heures et ne rien accomplir de valable, et vous pouvez trouver une solution brillante à un problème complexe en un clin d’œil.

    Lorsque nous utilisons le mot « temps » dans le contexte de la gestion du temps, nous nous servons de ce mot pour remplacer des mots tels que « concentration », « engagement », « conscience » ou « attention ». Bien sûr, le temps est plus facile à mesurer. La concentration ou la conscience ne le sont pas autant. Il a donc son utilité, mais il ne faut pas oublier que ce n’est pas le temps, au sens propre, qui nous intéresse.

    Cela explique également pourquoi les responsabilités de type Holacratie ne sont en fait que des allocations d’attention (voir Comprendre les Redevabilités) et pourquoi la redevabilité du leader de rôle pour « l’allocation des ressources » ne signifie pas l’allocation du temps des personnes.

    Plus encore, le changement de paradigme du temps à l’attention devrait également nous permettre de mieux comprendre comment les règles d’Holacratie ont transcendé le besoin de contrôle de la hiérarchie de gestion traditionnelle sans perdre les leviers réels nécessaires pour obtenir un alignement au sein d’un groupe de personnes.

    Holacratie ne permet pas à un seul individu de diriger le temps des autres. Mais elle donne à chacun le pouvoir de diriger l’attention des autres. Nous pouvons demander des projets. Nous pouvons obtenir des mises à jour régulières sur des éléments spécifiques de la check-liste et des indicateurs. Nous pouvons avoir de la transparence sur les prochaines actions, les interprétations et les tensions de chacun à tout moment. Et si tout le monde accepte de respecter ces règles, l’Holacratie permet à l’organisation de faire le meilleur usage possible de la conscience que nous lui apportons. 

    6. Les projections nous permettent de ressentir et d’exprimer des tensions dans un ou des rôles qui nous appartiennent

    « Avant je disais : « Si tu prends soin de moi, je prendrai soin de toi. Maintenant je dis, ‘Je prendrai soin de moi POUR toi, si tu prends soin de toi POUR moi.’ » – Jim Rohn

    Avez-vous déjà essayé d’inciter quelqu’un à élever votre enfant ? Vous savez, glisser astucieusement votre bambin dans sa maison quand il ne regarde pas ? Non ? Eh bien, les vachers et les coucous le font tout le temps. En fait, environ 1% de toutes les espèces d’oiseaux trompent d’autres oiseaux pour qu’ils élèvent leurs petits à leur place. C’est une stratégie efficace. Horrible, mais efficace.

     “Déjà 14 jours et ils ne suspectent toujours rien”

    Malheureusement, c’est exactement la même stratégie que nous utilisons – encore une fois de manière totalement inconsciente – lorsque nous utilisons la colère, la culpabilité et la honte pour inciter quelqu’un d’autre à traiter notre tension à notre place. Comme le coucou, nous essayons de tromper les gens pour qu’ils élèvent notre enfant à notre place. (Une stratégie inconsciente similaire, que j’appelle “Notre gangster intérieur”, existe avec l’aide non sollicitée).

    La principale raison pour laquelle les règles de l’Holacratie stipulent qu’une projection ne peut être qu’une estimation approximative, et ne constitue en aucun cas un engagement contraignant, est que nous ne voulons pas séparer les enfants (c’est-à-dire les tensions) de leurs parents (c’est-à-dire les rôles qui ressentent ces tensions). Bien sûr, nous ne ferions jamais cela consciemment. Le problème est ancré dans certains de nos vieux postulats, non examinés, sur les relations.

    Les tensions sont délicates, surtout dans les relations. Il n’est pas toujours clair qu’une tension n’appartient qu’à une seule personne OU à l’autre. Cela peut sembler un déni de ce qui fait qu’une relation est une relation. Mais si vous pouvez ressentir des tensions similaires, il est important de se rappeler que vous ne pouvez pas ressentir la tension d’une autre personne pour elle.
    (Si vous n’avez pas encore lu “Comprendre les tensions”, je vous le recommande pour comprendre ce point précis).

    Bien sûr, cela ne signifie pas que les relations consistent exclusivement à maintenir des limites individuelles distinctes. Ce ne serait pas vraiment une relation. Cela signifie simplement qu’elles ne sont pas non plus exclusivement axées sur une union sans frontières. Ce principe est joliment illustré par des maximes telles que « Mets d’abord ton masque à oxygène » et « Les bonnes clôtures font les bons voisins ». L’autonomie et l’alignement sont tous deux importants.

    Cela dit, il faut savoir gérer ses tensions au sein d’une relation. Nous sommes des créatures sociales et le fait d’avoir un cerveau rempli de neurones miroirs signifie que je suis triste lorsque je vois que vous êtes triste. L’alignement émotionnel est assez naturel. Nous devons travailler notre autonomie. Nous devons en fait travailler à gérer une frontière saine, et l’intention de la définition constitutionnelle des projections n’est qu’une pratique pour nous aider à le faire.

    Remarque : Un « je » peut ressentir une tension « nous » (c’est-à-dire une tension concernant la relation elle-même, et pas seulement l’autre personne), mais il ne s’agira toujours que de la version distincte de ce « je ».

    L’une des raisons pour lesquelles une projection de type Holacratie ne peut jamais être un engagement contraignant (par définition constitutionnelle) est de s’assurer que chacun assume la responsabilité des résultats qui lui tiennent à cœur, même si ce n’est pas lui qui les fait.

    7. Les projections nous permettent de redéfinir la notion de confiance envers quelqu’un

    « La confiance grandit parce que la transparence grandit ». – Gary Vaynerchuk

    Les règles disent que vous n’avez « aucun devoir de suivre la projection, de gérer votre travail pour l’atteindre ou de suivre le destinataire si quelque chose change. » Et si c’est la nouvelle règle, alors il est intéressant de se demander, quelle était l’ancienne ?


    Eh bien, normalement, nos relations sont régies par deux règles implicites :

    • Si je vous dis que je vais faire quelque chose, je le ferai (et je suis donc digne de confiance).
    • Si vous devez me demander quand je vais le faire, cela signifie que vous ne me faites pas confiance.

    Vous pouvez ne pas être d’accord avec cette formulation spécifique, mais je pense que c’est probablement assez proche de la façon dont la plupart d’entre nous ont appris à penser aux engagements. Puisqu’ils se soucient de nous et que nous nous soucions du résultat spécifique, il semble logique de s’attendre à ce qu’ils se soucient également du résultat.

    Remarquez aussi que quelque chose ne tourne pas rond dans ces règles. Elles semblent un peu étranges. Je pense que c’est parce qu’elles ne visent pas vraiment à obtenir la vérité. Elles ne sont pas basées sur la transparence. Ce sont juste des règles pour gérer notre réputation, pas pour construire une relation.

    L’ancienne façon de faire accorde une grande valeur à la confiance, ce qui est logique car, dans la plupart des relations, nous ne disposons pas d’un moyen pratique de faire la différence entre un engagement envers un résultat spécifique et un engagement envers la relation elle-même (voir point 1).

    C’est souvent pour cette raison que le mot « confiance » apparaît en cas de conflit dans une relation. Encore une fois, les limites d’une relation sont essentiellement égales aux accords, promesses ou engagements pris par les parties qui s’y engagent. Vous n’allez pas accepter une relation avec quelqu’un en qui vous n’avez pas confiance. (Ou si vous le faites, les détails de votre arrangement expliqueront votre manque de confiance).

    Dans la plupart des relations humaines, la confiance est créée lorsque les attentes sont définies et satisfaites. Au fil du temps, cela crée un sentiment de confort et de sécurité, car l’autre personne est fiable. Mais bizarrement, se faire confiance semble souvent aller à l’encontre de la transparence, comme dans la question « Pourquoi me demandes-tu des nouvelles sur ce projet ? Tu ne me fais pas confiance ? »

    Mais la confiance n’est pas le seul principe nécessaire à une relation saine. Si je ne peux pas vous demander une mise à jour de votre projet (c’est-à-dire obtenir de la transparence et de l’honnêteté) sans que cela soit interprété comme un défi pour vous, eh bien, qu’est-ce que cela dit de la relation ? Que signifie réellement la confiance ?

    La règle constitutionnelle stipule que vous « devez » fournir une projection, car si nous ne pouvons pas exiger que les gens soient dignes de confiance, nous pouvons exiger qu’ils soient transparents. Bien sûr, la transparence en elle-même ne conduit pas nécessairement à la confiance. Elle vous donne simplement un meilleur baromètre pour déterminer dans quelle mesure vous devez faire confiance à quelqu’un. Par exemple, si les projections de quelqu’un sont constamment très éloignées de la réalité, vous serez naturellement sceptique la prochaine fois qu’il vous en donnera une.

    Conclusion

    Pour comprendre les projections, il faut comprendre en profondeur certaines notions, comme les différences entre un engagement sur la relation et un engagement sur un résultat, l’importance et l’urgence, le temps et l’attention, et la confiance et la transparence. Pour la plupart des gens, ces distinctions ne sont pas intuitives. Il est donc compréhensible que la règle 2.1.3 d’Holacratie concernant les projections semble bizarre.

    Mais la pratique est importante. Peut-être contre-intuitive, peut-être maladroite, mais importante. Si quelqu’un vous demande : « Pouvez-vous m’envoyer ce rapport d’ici la semaine prochaine ? », préparez-vous à donner une réponse nuancée, du genre : « Eh bien, je pense que oui… c’est ma projection. Mais rappelez-vous, ce n’est pas un engagement…, n’hésitez pas à me contacter à tout moment pour une mise à jour. »

    Et, je comprends. Des déclarations comme ça sont gênantes. Mais si vous voulez vous faire sincèrement confiance, vivre sans le spectre du blâme et de la culpabilité qui hante la plupart des relations, et aussi vraiment faire des choses, alors je vous invite à expérimenter la façon dont Holacratie gère les engagements temporels.

    La règle sur les projections peut sembler folle. Et elle peut donner lieu à des conversations gênantes et délicates au début. Mais étant donné ce que nous avons à gagner en l’utilisant pour distinguer la façon de gérer les délais et les engagements, je pense qu’il est encore plus fou de ne pas essayer.

    Traduction : Emma Louwagie

  • 1 an de pratique d’Holacracy dans une PME, témoignage de Céline chez Diverty Events

    Lecture : 4 minutes

    Dirigeante de Diverty Events depuis 2006, année de sa création, Céline Cusset embarque dans le navire Holacracy en 2019 avec son équipe d’une quinzaine de personnes. Diverty Events est une entreprise basée à Voreppe qui propose des espaces de Team Building, des séminaires d’entreprise ainsi que de la facilitation et de la formation en intelligence collective. Accompagnés par Sémawé pour s’approprier les outils d’Holacracy pendant plus d’un an, Céline et son équipe ont vécu une véritable transformation dans leur organisation et leur travail.

    Peux-tu décrire en quelques mots ton entreprise et ton poste ?

    Chez Diverty nous oscillons entre 12 et 17 collaborateurs, nous allons passer à une vingtaine quand nous aurons ouvert toutes nos activités et que le Covid nous permettra de travailler. Notre entreprise a 15 ans. Je suis collaboratrice, associée unique et dirigeante du groupe Diverty. Et notre raison d’être est de créer de la cohésion d’équipe par le jeu.

    Qu’est-ce qui t’a convaincu d’adopter Holacracy ?

    Depuis toujours je recherchais un fonctionnement participatif. J’avais remarqué que le reste ne fonctionnait pas : j’ai vécu plusieurs échecs, des personnes avec beaucoup de talent qui sont parties, pas forcément à cause de mon management, mais surtout à cause de l’organisation dans laquelle elles ne se reconnaissaient pas car pas assez participative. En interne tout le monde était très directif à son niveau, donc en plus d’être pyramidal c’était un système directif. Nous avions des processus-métiers très clairs, mais malgré tout, quelque chose ne fonctionnait pas.

    Après de grandes remises en question, nous avons fait du coaching d’équipe pour essayer de travailler sur la communication, mais ce n’était pas assez profond, ça restait trop superficiel. Plus tard nous avons découvert la méthode Agile qui nous a apporté beaucoup de réponses, de structuration dans notre gestion de projet mais pas au quotidien, c’est-à-dire que dans nos réunions et pour la communication, ça ne nous a pas apporté les bonnes réponses.

    Lorsque j’ai commencé à entendre parler d’Holacracy, je me suis dit mais oui ! C’est exactement ça dont nous avons besoin : faire tomber nos égos, travailler au service de quelque chose de plus grand, impliquer les collaborateurs dans la gestion de l’entreprise… J’ai donc cherché des coachs en Holacracy, et quand j’ai rencontré les membres de Sémawé : Aliocha Iordanoff et Jeanne De Kerdrel, j’ai tout de suite embarqué.

    Je leur ai expliqué mes problématiques de communication, de leadership et mon incompréhension lorsque je dis à mes salariés de prendre plus de décisions et d’autonomie mais qu’ils ne le font pas. Nous avons donc démarré l’aventure il y a un an et demi.

    Comment les collaborateurs se sont approprié ce leadership ?

    Il y a eu des parcours différenciés pour chacun : des gens pour qui Holacracy a été immédiatement une évidence, comme pour moi. Ça a fait sens assez rapidement, et pour des personnes que je n’avais pas du tout envisagées là-dedans. Nous sommes passés par des étapes que j’appelle “de purge”, à travers un coup de projecteur sur l’organisation, et avec des choses qu’Aliocha, notre coach, a identifiées comme à revoir du tout au tout. Donc beaucoup de choses ont profondément changé à ce moment-là. Et chacun a géré les choses différemment.

    Il y a eu des personnes pour qui c’est allé très vite, de manière très intuitive et naturelle. Il y en a eu d’autres qui n’ont pas pris, qui ont plutôt challengé, avec des postures plutôt sceptiques et une certaine retenue. Mais au bout d’un moment, la méthode a fait ses preuves, c’est vrai qu’Aliocha maîtrise très bien son sujet, ce qui fait que même les sceptiques ont, avec le temps, embarqué. Donc c’est vraiment un parcours individuel, et je n’ai perdu personne en route.

    Qu’est ce qu’Holacracy t’a apporté en tant que leader de l’organisation ?

    Je suis sortie de la posture “je supervise tout, je fais tout”. Je remarque aussi qu’au bout d’un an et demi, le positionnement des collaborateurs a changé : ils sont là où je veux qu’ils soient : ils proposent, ils conçoivent, ils imaginent…

    Et un des points très difficiles pour moi était que je répétais à mes collaborateurs la nécessité de communiquer, dire lorsque ça ne va pas, et qu’ils puissent en parler entre eux également. Mais ça ne fonctionnait pas. Les tensions étaient déposées à la machine à café, ça faisait des clans, et malgré le fait que je recentre, que je recadre, que je demande à l’équipe de dépasser cela, je ne trouvais pas de solution, j’étais dans le brouillard. J’avais une intention très claire, mais je ne savais pas du tout comment m’y prendre.

    Dans ma posture de dirigeante, ce que je constate aujourd’hui c’est que nous sommes clairement sortis du brouillard, nous avons clarifié tout l’implicite, les petites choses qui pouvaient créer des tensions. Les tensions sont maintenant posées au bon endroit, avec des propositions de solutions à la sortie. Les réunions sont devenues beaucoup plus efficaces.

    Ce qui est ressorti c’est que les processus-métiers ne fonctionnaient pas parce que c’était moi qui posais les stratégies, je mettais un cadre, et eux appliquaient. Aujourd’hui, ce n’est plus moi qui pose le cadre, et c’est très bien comme ça parce que c’est leur réalité à eux, et ils sont maintenant extracteurs parce que s’ils ne posent pas leur cadre et leur fonctionnement, personne ne le fait pour eux.

    Ça a nécessité que je travaille beaucoup sur moi, et ça n’a pas été simple parce que j’avais un besoin de contrôle, un besoin d’être rassurée, de savoir que ça tourne. Et de voir que ça fonctionne mieux lorsque ce n’est pas moi qui le fais, c’est très encourageant pour continuer sur cette voie.

    Dans les réunions je donnais mon avis sur tout, je prenais une grande place. Maintenant il y a beaucoup de moments où je ne peux pas donner mon avis, et c’est mieux comme ça parce que c’est le fait de ne pas me prononcer sur tout qui permet que les collaborateurs puissent être autonomes. Donc tout le processus est cohérent. Les managers ne sont plus des managers, ou de moins en moins. Et le leadership de chacun monte, en particulier des personnes qui se sont révélées comme leaders, là où je ne m’y attendais pas du tout. Il y a une libération d’énergie, ils proposent beaucoup de choses, on sent qu’ils ont envie.

    La vraie difficulté aujourd’hui ce sont les nouveaux entrants, comment les déformater quand ils ont l’habitude de formats classiques de travail. En plus d’une intégration dans une entreprise, ils vont être confrontés à l’intégration dans un nouveau système de gouvernance. Il y a donc tout un processus d’accompagnement à mettre en place.

  • Holacracy dans une PME, 1 an après l’adoption – Témoignage de Toinon chez Diverty Events

    Lecture : 6 minutes

    Collaborateur chez Diverty Events depuis 5 ans, Toinon Guillon a participé à la transformation de cette entreprise qui décide en 2019 d’adopter Holacracy. Diverty Events est une entreprise située à Voreppe qui propose des espaces de Team Building, des séminaires d’entreprise ainsi que de la facilitation et de la formation en intelligence collective.

    Toinon a pu se former ainsi que toute l’équipe de Diverty Events pendant un an avec le coach en Holacracy Aliocha Iordanoff. Additionnellement, il a participé à une formation sur la gouvernance en Holacracy proposée par Sémawé et a pu ainsi se perfectionner dans sa pratique et devenir modélisant pour son équipe.

    Quel est ton poste chez Diverty Events ?

    Je m’occupe principalement des salles de travail “Cap ou Pas cap”. C’est une marque qui fait partie du groupe Diverty Events. Cette marque est un cercle dont j’occupe la plupart des rôles, c’est comme ça que s’est construit mon poste. Je gère le processus depuis la commercialisation jusqu’à l’accueil des groupes.

    Lorsque Diverty Events a décidé d’adopter Holacracy, quel était ton positionnement ?

    Je me souviens très bien de la séance dans laquelle notre cheffe d’entreprise Céline Cusset et le coach en Holacracy Aliocha Iordanoff nous ont présenté le système de gouvernance d’un point de vue général. Dans l’équipe, il y a eu des réactions assez différentes.

    Pour nous positionner à la fin de la séance nous avions fait une grille avec deux axes : la puissance et l’intérêt de ce nouvel outil d’une part, et d’autre part sa pertinence vu notre entreprise (avec sa taille, son contexte…). Pour ma part je me suis placé dans le cadran positif/positif, c’est-à-dire que je trouvais à la fois l’outil puissant et adapté à Diverty Events. Même si c’est une petite structure, je pensais que c’était tout à fait réalisable, en tout cas adapté et que ça valait le coup d’essayer.

    Comment cet outil a changé ta façon de travailler ?

    Pour moi il y a deux niveaux de réponse ici, un niveau à très court terme et un niveau à plus long terme. À très court terme il y a eu très peu de changement pour ma part car j’étais assez isolé dans le travail en équipe. C’est-à-dire que je gérais une grosse partie tout seul de Cap ou Pas Cap, la gestion de projet était relativement simple étant donné que j’étais seul. Donc dans un premier temps cela n’a pas changé grand-chose si ce n’est qu’on avait un nouvel organigramme en forme de rôles et de cercles.

    En revanche, sur un plus long terme et avec plus de pratique, certaines choses ont complètement changé, nous avons dû réfléchir autrement, notamment au niveau de la communication avec les autres cercles. Holacracy nous a donné des outils pour répondre à ce besoin-là.

    Sur le long terme est-ce que cela a permis de faire émerger des leaderships au sein de l’équipe ?

    Je ne pense pas car nous avions déjà à l’origine un fonctionnement atypique, et Holacracy est plutôt venu mettre en lumière notre fonctionnement. Nous avions déjà une organisation plutôt horizontale. Mais effectivement les quelques liens hiérarchiques encore présents se sont un peu effacés une fois que tout le monde a compris l’intérêt d’adopter Holacracy et quelles étaient les missions des leaders de cercle.

    Donc il y a eu un changement, mais je pense qu’il était moins prononcé que pour des entreprises au fonctionnement très hiérarchique et très pyramidal à l’origine, ce qui n’était pas notre cas. Par contre là où il y a eu une transformation à mon sens importante grâce à Holacracy c’était au niveau du leadership. Il y avait des leaderships naturels qui subsistaient de manière implicite dans la boîte, et Holacracy a apporté de la transparence là-dessus, ainsi que de la transparence sur les rôles et dans les réunions entre rôles.

    Le fait d’avoir de la transparence sur les projets, sur ce qu’on doit faire, le fait d’avoir les grandes lignes, nous permet de nous adapter et de venir questionner si nous sommes impactés dans nos rôles. C’est pour moi un des principaux avantages d’Holacracy.

    Quel a été le plus grand challenge auquel vous avez été confronté ?

    Pour moi il y a eu plusieurs choses qui ont ralenti notre appropriation de l’outil, il y a bien sûr le jargon, qui demande au début un temps d’appropriation. Cela n’a pas été facile pour l’équipe, notamment ceux qui étaient un peu moins convaincus de l’outil et de son application chez Diverty. L’appropriation de chacun était différente, et forcément il fallait embarquer l’intégralité de l’équipe, parce qu’embarquer seulement 50% des collaborateurs ça perdait de son intérêt.

    Le point où on a eu le plus de difficulté pour moi c’était sur le design de notre gouvernance. Au moment où nous avons décidé d’adopter Holacracy, nous étions en train de créer trois marques différentes, avec des produits (de communication et commerciaux) complètement différents, par conséquent ça a été assez difficile de remanier les deux. D’un côté nous avions à retravailler notre communication et notre commercialisation suite à la création des nouvelles marques, d’un autre côté nous devions expliciter et rendre transparente une organisation qui était alors en construction.

    Il y a eu beaucoup d’allers-retours. Avec plusieurs versions de notre organisation. Auparavant nous avions des postes structurés par équipes, indépendamment des marques. Cette organisation a créé des tensions chez certaines personnes qui avaient peur d’être verrouillées par ce fonctionnement dans leur travail. Nous n’avions à ce moment-là pas encore totalement saisi les outils d’Holacracy, notamment dans la gestion des cercles, des réunions de triage et de gouvernance.

    D’un point de vue opérationnel, la structuration par cercle-métiers sans prendre en compte les différentes marques de Diverty Events ne fonctionnait pas. Les personnes qui avaient des rôles par exemple sur la communication d’une certaine marque avaient des problématiques très spécifiques liées à cette marque, et donc très différentes des mêmes rôles de communication pour une autre marque. Et c’était valable pour l’ensemble de la chaîne de production.

    Cela créait des tensions qui se révélaient en réunions. Pour ma part je participais aux réunions de l’équipe commerciale, mais je ne partageais que 10% des problématiques puisque je ne travaillais pas pour la même marque. Donc j’avais l’impression de perdre mon temps. Et donc c’est d’un point de vue opérationnel que l’on s’est rendu compte que cela ne fonctionnait pas, ce qui nous a permis d’éclater les cercle et de les recomposer par marque, ce qui semble aujourd’hui plus logique. Cela ne veut pas dire que l’équipe commerciale de Cap ou Pas Cap ne peut pas communiquer avec l’équipe commerciale de Studio Pop-corn.

    Nous avions peur au début que ces cercles nous segmentent, nous enferment dans des silos et limitent nos échanges, à la fois par le design et aussi par le processus de réunions qui était assez strict. Nous avons eu du mal à nous libérer de cette peur. Une fois que l’on a compris que ces passerelles étaient beaucoup plus simples que ce que l’on pensait, on a pu profiter de la puissance de ces réunions, on est devenu plus efficaces et performants parce que nous avions saisi comment ça fonctionnait, sans pour autant verrouiller et bloquer l’échange d’informations, notamment en intercercle.

    Selon toi quel est ton plus grand apprentissage à travers cette expérience, au niveau personnel et professionnel ?

    Il y a deux choses. D’abord Holacracy m’a aidé à mener des réunions de triage, que je pratiquais peu jusqu’ici puisque j’étais seul dans mon cercle. Grâce à un stage en Gouvernance partagée chez Semawe j’ai vraiment compris la puissance de l’outil et ça c’est top. Maintenant je peux reproduire clairement ce que j’ai appris et être modélisant auprès des autres rôles et des autres cercles.

    D’un point de vue plus large, en tant que personne, je pense qu’Holacracy m’a fait ouvrir les yeux sur comment on peut fonctionner en entreprise, j’ai travaillé dans plusieurs entreprises et c’est vrai que c’est totalement différent. J’ai découvert cette nouvelle méthode de gouvernance que j’apprécie particulièrement. J’ai vu comment pousser l’intraprenariat, c’est-à-dire comment en interne on peut être responsable de son parcours, de ses missions, de ses rôles et de ses responsabilités. Et ça c’est génial, et je pense qu’Holacracy pousse vers ça, et permet par son système de vraiment le faire. C’est ma plus grande révélation à titre personnel. 

    Qu’est-ce qui reste encore difficile aujourd’hui ?

    Malgré tout, il y a encore une partie de l’équipe qui n’est pas complètement dans la méthode. Donc il faut les embarquer, ce qui est difficile lorsque la personne n’a pas envie, et aussi pour les nouveaux arrivants. Pour moi spécifiquement qui ai suivi une formation supplémentaire de gouvernance partagée, j’ai encore du mal à trouver de la légitimité, à impulser des changements qui vont dans la continuité de la méthode Holacracy comme les stratégies par exemple. Une autre collaboratrice et moi avons proposé de travailler là-dessus avec l’ensemble des leaders de cercle. A priori tout a été compris, nous avions bien répondu aux questions, mais derrière il n’y a pas eu de grands changements opérationnels. Je pense que ça reflète bien la difficulté de l’équipe à penser Holacracy en dehors des réunions. Là où ça a vraiment avancé c’est le jour où Aliocha est revenu pour travailler spécifiquement sur les stratégies, il a ré-expliqué des choses, et la légitimité d’Aliocha a fait que tout le monde s’est impliqué à 100%. Mais là je porte un regard assez critique alors qu’aujourd’hui je considère qu’on a fait dans l’ensemble une avancée énorme par rapport à notre point de départ.

  • 10 idées reçues sur Holacracy

    Lecture : 7 minutes

    “Holacracy, ne fonctionne pas pour les grosses entreprises”. “Holacracy est un système standardisé, on ne peut pas faire de sur-mesure” … Holacracy est un terme qui génère de nombreuses idées reçues. À travers cet article découvrez 10 bonnes raisons de vous intéresser à Holacracy pour la vie de votre équipe.

    1. Holacracy, ne fonctionne que pour les petites entreprises

    Holacracy est un système de gouvernance tous terrains. Les entreprises qui l’adoptent sont de taille variée : de 2 (SAS Ivolve en France) à 1500 (Zappos aux États-Unis), pour les exemples que l’on connaît.

    Pour une grande entreprise, Holacracy permet d’avoir une vision fractale de l’organisation. Autrement dit, l’organisation est divisée en cercles. Les cercles regroupent généralement quinze personnes maximum. Chaque cercle peut contenir autant de rôles que nécessaire pour son fonctionnement et une personne peut avoir plusieurs rôles.

    La vision par cercles offre une vue d’ensemble de l’organisation où il est facile de voir qui fait quoi, quelle que soit sa place dans l’entreprise. Savoir qui fait quoi en quelques clics est un réel gain de temps pour obtenir une information ou faire une demande auprès de la bonne personne.

    2. Holacracy, ne fonctionne pas pour les petites équipes

    Holacracy fonctionne même à deux personnes. Elle permet de rendre explicite ce que fait chacun en le traduisant avec des rôles. Ce travail d’explicitation permet ensuite d’avoir une vision partagée de là où est mise l’énergie. De fait, chacun sait dans quel rôle il agit. Pour les petites équipes, cela permet de mettre de la conscience sur ce qui existe et de ne rien oublier. Et, en cas d’absence, cela permet d’avoir un endroit où sont clairement identifiées les actions habituellement menées par l’autre.

    3. Holacracy est un système standardisé, on ne peut pas faire de sur-mesure

    Oui Holacracy est un système standardisé… et avec lequel on peut faire du sur-mesure. Je m’explique :

    Holacracy est un système de gouvernance qui repose sur une Constitution. Elle définit les règles du jeu. Cela signifie que chacun et chacune reconnaît comme règles du jeu communes, la Constitution. En ce sens, Holacracy est bien un système “sur l’étagère”, déjà utilisé par 3000 entreprises dans le monde.

    Mais la Constitution ne dit rien sur le contenu. Elle ne dit pas comment doit être la gouvernance. Pour prendre une métaphore, Holacracy est comme le système d’exploitation de votre ordinateur. Ce système de base est générique. Une fois votre ordinateur allumé vous avez toute latitude pour le configurer selon vos souhaits. Chaque ordinateur est donc unique, sur-mesure. Une gouvernance en Holacracy c’est pareil.

    Avec Holacracy, chaque entreprise dessine sa gouvernance selon ses besoins, dans le cadre de la Constitution. Si une entreprise décide de modifier la Constitution alors c’est autre chose, ce n’est plus de l’Holacracy.

    4. En Holacracy, on décide de tout tous ensemble

    Non et heureusement ! Ce serait inefficace. Rappelez-vous qu’Holacracy est un système qui soutient l’efficacité des organisations. L’efficacité d’Holacracy réside dans les rôles qui ont un périmètre d’action défini par leurs redevabilités et/ou un domaine d’autorité. Holacracy favorise l’autonomie des personnes dans les rôles. Si aucun domaine ne me limite, j’ai toute autorité pour décider de mettre en place une action ou un projet. Par contre si cela crée une tension à quelqu’un je me dois d’être à l’écoute. Après discussion je peux ajuster mon action ou mon projet.

    Il y a cependant un moment de décision collective en Holacracy. C’est la réunion de gouvernance. Le processus de la réunion de gouvernance permet à un groupe de dessiner des rôles. Dans cette réunion les membres présents prennent une décision collectivement. Le processus de décision est décrit noir sur blanc par la constitution. Il s’agit de la décision intégrative. Ce procédé découpé en phases précises permet de modifier ou ajouter de nouveaux rôles. L’objection permet de limiter les discussions qui seraient des préférences et peuvent prendre beaucoup de temps sans pour autant que cela soit nécessaire, ou bloquer une décision alors que cela ne met pas en danger l’organisation.

    5. Il n’y a plus de manager en Holacracy

    Ah bon ? Où est-ce écrit ? En tout cas pas dans la Constitution. Holacracy ne dit rien sur le rôle de manager. Holacracy est un système où l’autorité du manager est distribuée. Pour sortir des schémas classiques de management, chaque cercle dispose d’un leader. Ce rôle revient à l’essence même du management : aider les autres rôles, en fixant des stratégies et des priorités relatives. Pour ce qui est des autres prérogatives managériales, elles sont distribuées à des rôles :

    • Le secrétaire a l’autorité d’interprétation des règles.
    • Le facilitateur coach l’équipe pour débloquer des situations grâce au processus de réunions.
    • La répartition des rôles revient au leader de cercle qui a comme autorité l’affectation des bonnes personnes dans le bon rôle.
    • Les décisions de modification de la structure de gouvernance sont prises collectivement grâce à un processus robuste : la décision intégrative.

    Si une organisation a besoin de faire figurer un rôle manager dans sa gouvernance, rien ne l’interdit. Le processus permet justement d’expliciter ce qui est attendu du rôle de manager. C’est un bon moyen de gagner en clarté sur ce rôle à tous les étages de l’organisation.

    6. Holacracy, génère du stress

    Faire ce reproche n’est pas fondé car les Risques Psycho-Sociaux n’ont pas été créés par Holacracy. Je peux néanmoins comprendre à quoi cette idée fait référence. Holacracy est un système qui favorise l’autonomie et la prise de décision dans les rôles que l’on énergise. Holacracy propose aussi de s’affranchir des deadline et invite à réfléchir en “meilleure projection de réalisation”.

    En réunion il y a bien une revue de projet mais ce n’est pas du reporting. Les rôles se passent des informations et s’il n’y a rien de nouveau sur un projet peuvent dire “rien de nouveau”, sans se justifier. C’est un changement de notre relation au travail. Holacracy nous invite à nous affranchir des systèmes de validation. Et c’est parfois déroutant. Au début en tout cas. Même si je peux compter sur les autres et sur le leader de cercle pour avoir des avis, Holacracy me pousse à prendre toute initiative pour réaliser mes redevabilités.

    7. En Holacracy chaque individu peut bloquer l’organisation s’il n’est pas d’accord

    Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation mais je vois où peut être la confusion. En réunion de gouvernance, n’importe quel membre du cercle peut apporter une objection à une proposition. Cela intervient souvent lorsque l’on a un doute ou que l’on anticipe un risque. L’objecteur doit décrire le tort créé. À cette étape très précisément, le facilitateur peut tester l’objection. Plusieurs questions guident l’objecteur pour déterminer si le tort décrit est une préférence ou une objection. Si c’est une objection, le facilitateur procède à l’intégration. C’est-à-dire qu’il ouvre un espace de discussion entre la personne qui a fait la proposition et l’objecteur. Le facilitateur peut ouvrir la discussion à l’ensemble du groupe. La proposition sera validée lorsque le proposeur et l’objecteur seront d’accord sur les modifications à apporter à la proposition.

    Ce processus qui peut paraître contraignant a aussi la vertu d’offrir au rôle toute latitude pour s’organiser sur le “comment” sans craindre d’ingérence de la part des autres rôles. La conséquence directe c’est la prise d’autonomie et la responsabilisation.

    8. Avec Holacracy, on passe encore plus de temps en réunion

    Holacracy s’inspire de l’Agilité et de GTD. C’est donc une chasse permanente au travail inutile. En gouvernance ou en tactique (opérationnel) les réunions sont efficaces. De nombreux points sont traités au fil de l’eau pour ne garder que les points complexes en réunion. Et comme Holacracy est un système fractal, il y a rarement plus de 10 personnes autour de la table. Les réunions en Holacracy permettent de s’aligner en équipe. Ces temps de synchronisation sont essentiels pour passer les bonnes informations et débloquer des situations. Le reste du temps est donc pleinement consacré à la production. Bien sûr cette efficacité se gagne avec la pratique. Au début l’adoption d’Holacracy demande du temps. Et puis, plus la gouvernance se stabilise, moins les réunions sont fréquentes. Finalement, c’est le temps global de réunions internes qui diminue puisque chacun a un rôle clair, avec des redevabilités et des projets.

    9. Holacracy repose sur la gestion par consentement et les élections sans candidats

    Je remarque que les termes “Gestion par consentement” et “élections sans candidat” sont de plus en plus utilisés, dans des associations comme des entreprises. Ce vocabulaire est issu de la gouvernance en Sociocratie. Holacracy fait référence à la Décision Intégrative et à l’élection intégrative.

    La différence ? Dans le cas d’Holacracy, quand une objection est posée, la question est toujours la même : est-ce que cette proposition cause du tort à l’organisation ? De fait, toute tentative de blocage pour une raison personnelle ou une préférence est écartée. C’est la principale différence avec l’objection en sociocratie qui elle fait référence à “Est-ce que je peux vivre avec” qui a un ressort plus personnel et compliqué à remettre en cause, au risque de limiter l’avancée de l’organisation.

    10. Holacracy c’est risqué car on ne peut pas vérifier ce que font les rôles

    C’est tout le contraire ! Sauf que ce ne sont pas les managers qui contrôlent, mais chaque membre de l’organisation. En Holacracy l’individu est un détecteur de tensions qu’il a la responsabilité de traiter le plus rapidement possible. Chaque membre a également une obligation de transparence sur ses prochaines actions ou prochains projets.

    Holacracy nous invite à changer notre façon de gérer les projets et les équipes. Le modèle de management classique repose sur des deadline et des objectifs à atteindre. Holacracy repose sur des projections et des priorités relatives. C’est un changement de paradigme fort, notamment pour les managers qui souhaitent sortir d’une posture de contrôle pour aller vers une posture soutenante. Concrètement, je vais demander à mes collaborateurs leur meilleure projection de réalisation sur un projet. Si cela me paraît trop tard, je peux demander au leader de cercle de changer les priorités. De fait, chaque rôle concerné sera orienté, guidé, pour prioriser différemment ses tâches. Les priorités relatives m’aident particulièrement lorsque j’ai des tâches toutes plus importantes les unes que les autres. Ces regards croisés favorisent la responsabilité de chaque individu et offre une alternative au micro-management où une personne doit vérifier le travail de quinze autres.

  • Une école unique au monde : l’Atelier des Possibles

    Lecture : 9 minutes

    Je m’appelle Emma Louwagie et je cumule deux activités professionnelles depuis quelques mois : je suis à la fois stagiaire chez Sémawé, une entreprise coopérative qui fonctionne en Holacracy et facilitatrice dans une école démocratique, “l’Atelier des Possibles” qui utilise elle aussi Holacracy pour son fonctionnement.

    Dans cet article, je vous raconte l’histoire de cette école unique en son genre, qui a décidé il y a un an d’adopter le système Holacracy et d’intégrer tous les membres, enfants et adultes, dans cette aventure. Ma position à la fois externe et interne me permet de vous raconter, avec mes mots, le cheminement d’une école démocratique vers “Holacracy”.

    Vous avez dit école démocratique ?

    L’Atelier des Possibles a été créé il y a trois ans avec un modèle de gouvernance démocratique. Cette école s’inscrit dans un réseau international d’écoles démocratiques qui s’inspire de la pédagogie “Sudbury”, école de notoriété mondiale basée au Massachusetts.

    Ce modèle se base avant tout sur le principe de libre arbitre. À L’Atelier des Possibles, l’enfant a le droit d’apprendre ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut et avec qui il veut. Il s’agit de laisser les enfants prendre en main leur propre éducation en apportant le soutien dont ils ont besoin pour y parvenir. L’école prône la responsabilité et l’autonomie des individus, enfants et adultes.

    Les règles de l’école sont élaborées et modifiées par le collectif tout entier, enfants compris. Le quotidien suit un rythme personnalisé, avec des temps individuels et collectifs, des explorations de jeux libres, des temps formels sur demande, des échanges intenses et parfois légers, selon la curiosité de chacun. Le respect du règlement et l’entretien de l’école sont pris en main par l’ensemble du collectif.

    L’école accueille une trentaine d’enfants de 5 à 15 ans accompagnés par une équipe de « facilitateurs ». Ces facilitateurs sont des adultes bénévoles ou employés par l’école qui accompagnent les enfants dans leurs projets personnels, ainsi que dans leur appropriation des outils d’Holacracy.

    Une école alternative sur le chemin d’Holacracy

    Il y a un peu plus d’un an, l’Atelier des Possibles a pris la décision de changer radicalement son approche en termes de gouvernance en adoptant Holacracy. Devenir une organisation mature en Holacracy ne se fait pas en un jour, et les membres de l’école sont encore aujourd’hui dans une exploration quotidienne des possibilités qu’offre Holacracy.

    Des rôles au-delà des personnes

    Avec Holacracy, un rôle attribué à une personne, ou en l’occurrence, à un enfant lui donne toute autorité dans ses actions pour répondre à la raison d’être du rôle. La gouvernance d’Holacracy responsabilise et autonomise ainsi les enfants à travers les rôles qui leur sont attribués.

    Emile (13 ans) m’explique ses différents rôles : “J’ai le rôle « facteur » qui est de déposer le courrier dans les boîtes aux lettres, j’ai le rôle « animateur Mélane », où j’anime la mélane tous les matins, un moment où les membres de l’école se rassemblent et font des annonces, s’il y a des activités communes par exemple. J’ai aussi le rôle « facilitateur » où j’anime les réunions de gouvernance et de triage du cercle quotidien opérationnel”.

    La répartition des rôles permet aussi une répartition du pouvoir dans l’école et s’inscrit dans la continuité de la philosophie “démocratique” de l’école. Marie-Laure, facilitatrice à l’ADP témoigne : “Lorsque nous avons créé l’école, nous avons mis en place un système de gouvernance par consentement, dans lequel nous prenions en considération l’avis de chacun. Toutes les décisions se prenaient en Conseil d’École, tout était centralisé et c’était extrêmement chargé, y compris mentalement. Il y avait aussi des prises de pouvoirs etc… Avec Holacratie nous avons pu déléguer des domaines, des prises de décision etc… Aujourd’hui le pouvoir et les responsabilités sont moins centralisés.”

    Systématiser l’explicite

    Holacracy s’appuie sur la certitude que l’explicite est essentiel dans une organisation qui recherche des relations saines et durables entre ses membres. La réunion tactique et la réunion de gouvernance permettent de traiter les tensions des membres de l’école et de faire évoluer les politiques.

    Marie-Laure nous raconte ce qui a changé avec Holacracy dans les prises de décisions de l’école : “Aujourd’hui, on n’est pas obligé d’être au courant des décisions de tout le monde. Si j’ai besoin d’un budget pour aller faire du jardinage, je vais aller voir le rôle budget activité, je ne suis pas obligée de passer par un Conseil d’École. Et si j’ai un problème avec ce rôle alors il y a des instances pour le traiter. Aujourd’hui c’est plus clair, tu peux t’appuyer sur la Constitution, sur ce système qui est bien rodé. Moi aujourd’hui ça m’apporte de la clarté, et qui fait que quand j’agis, je peux m’appuyer sur quelque chose qui est déjà construit.”

    Que signifie Holacracy pour les enfants ?

    Les enfants membres de l’Atelier des Possibles dont l’âge varie de 5 ans à 15 ans s’approprient chacun à leur manière et à leur rythme les instances prévues par Holacracy. Clément (9 ans) nous explique comment chacun peut faire évoluer les règles de l’école : “Quand tu as un problème, si tu veux créer une règle tu vas en réunion de gouvernance ou alors dans un cercle comme le cercle écran.”

    Les réunions de gouvernance sont régulières et permettent d’apporter des réponses de façon rapide et efficace. Paul-Augustin (12 ans) a passé une nouvelle politique en réunion de gouvernance : “j’ai passé une règle sur les chaussures, que tout le monde range ses chaussures à l’entrée parce que les gens mettent tout au milieu et comme c’est moi qui range l’entrée ça me pose problème.”

    L’Atelier des Possibles a adapté certaines instances prévues par Holacracy, comme les réunions de gouvernance, pour répondre aux besoins spécifiques des enfants : les politiques issues des réunions de gouvernance constituent le règlement intérieur de l’école.

    Le regard du coach

    Être accompagné par un coach professionnel en Holacracy est rapidement devenu une nécessité lorsque l’Atelier des Possibles a décidé de changer de mode de gouvernance. L’école a donc fait appel à Aliocha Iordanoff, coach en Holacracy et fondateur de la Scop Sémawé, qui accompagne bénévolement l’école depuis 2 ans.

    Interview Aliocha Iordanoff

    Quels sont les challenges principaux auxquels l’Atelier des Possibles a été confronté (en intégrant Holacracy dans la gouvernance) ?

    Il y a des challenges pour toute organisation qui adopte Holacracy, c’est en soi un défi donc ces challenges sont vécus par l’ADP comme par n’importe quelle organisation qui adopte Holacracy. C’est une épreuve globale parce que c’est un changement de paradigme organisationnel complet.

    Il y avait des basiques, des fondamentaux qui étaient intéressants à l’ADP parce qu’il y avait déjà une culture qui tenait plutôt de la sociocratie c’est-à-dire une culture où on essaie de gouverner en cercle. Ce n’était pas extrêmement précis, il n’y avait pas une Constitution, il n’y avait pas de processus complètement établis, néanmoins un certain nombre d’outils de la boîte à outils de la sociocratie comme la gestion par consentement, ou les élections sans candidats, font que dans un cercle on peut se réunir et prendre des décisions d’une manière qui est déjà plus intelligente et plus élaborée que le vote majoritaire par exemple.

    C’est intéressant parce qu’il y a certains de ces principes que l’on va retrouver en Holacracy néanmoins c’est quand même un challenge parce qu’on va quitter ce monde-là qui est très pluraliste et empathique et qui cherche absolument à convenir à tous les individus pour leur permettre de se sentir bien avec une intention très bienveillante. On ne va pas le trouver tel quel en Holacracy parce que le système de gouvernance est absolument neutre. Le système de gouvernance n’a pas d’empathie. Les humains qui sont dedans peuvent en avoir, mais en tant que système lui, n’a pas d’empathie, il est juste là pour faire fonctionner une organisation. Donc le changement de paradigme est que l’on se décentre des individus vers l’organisation. C’est un pas qui n’est pas facile à voir et à faire parce que ça demande de bouger à l’intérieur de soi-même.

    Un autre challenge important c’est de passer vers une organisation constitutionnelle. Utiliser ce vocabulaire et partir du principe que l’on va avoir une Constitution pour faire fonctionner une organisation, c’est un changement de modèle mental. (…) Et au lieu que ça soit juste une équipe de fondateurs qui tient le projet, on va mettre des règles au-dessus qui font que même le jour où ces fondateurs partent, le projet peut continuer.

    Holacracy avec des enfants, ça donne quoi ?

    C’est un autre challenge ! Non pas parce qu’ils sont enfants mais parce que parmi ces enfants certains ne sont pas encore à l’aise avec l’écrit, et beaucoup ne sont pas encore connectés numériquement : pas d’adresse mail, pas de d’usages du web etc…Les outils numériques sont de super soutiens dans les gouvernances du type holacratique. Si on n’utilise pas le numérique, tout faire en papier peut devenir un peu lourd. Je pense que c’est un des enjeux à l’Atelier des Possibles parce qu’il faut à la fois transposer des choses dans la sphère numérique et dans la sphère physique (papier). Mais la principale difficulté que j’ai rencontré en tant que coach, c’est la croyance des adultes qu’Holacracy est trop compliqué pour des enfants. Et je le vois vraiment comme une projection des adultes qui trouvent eux, que c’est compliqué, donc ils supposent que ça sera beaucoup trop compliqué pour les enfants. Ça a été amené notamment auprès des enfants comme quelque chose de compliqué, donc de difficile. Donc les enfants ont peu embarqué. Quand mon fils me raconte certains jeux de rôle qui ont lieu dans la cour d’école, ils ont des règles plus compliquées que les règles d’Holacracy !
    Je pense que les enfants n’ont pas de problèmes avec les règles complexes, alors que les adultes, oui. Parce que dans une école démocatique qui va favoriser l’autonomie, la libre initiative etc; il y a une sorte de croyance un peu subtile et parfois diffuse que cette liberté là va avec l’absence de règles. Holacracy comme tous les systèmes de gouvernance distribuée, propose un principe libéral de droit négatif, c’est-à-dire qu’il y a des règles, mais tout ce qui n’est pas interdit on a le droit de le faire. Ca c’est un principe de base d’Holacracy. Cela suppose d’accepter qu’il y a des règles, et notamment des règles de processus de réunion. J’ai pu constater que par exemple l’adoption de certains processus de réunion était vécue comme quelque chose de difficile pour certains membres adultes, mais pas tant chez les enfants. Il y avait, avant Holacracy, des pratiques de réunion, notamment des conseils d’école, qui fonctionnaient avec la gestion par consentement sur toutes les décisions. Ce qu’on n’a absolument pas en Holacracy parce qu’on va au contraire favoriser l’autonomie des rôles. Ces décisions par consentement étaient des décisions interminables sur des micro-sujets qui aboutissaient à une forme de tyrannie de l’individu sur le collectif puisque n’importe qui pouvait bloquer n’importe quelle petite décision. Ca a aussi créé une sorte de pouvoir par la disponibilité, c’est à dire que les individus, enfants ou adultes qui étaient les plus disponibles pour venir à toutes les réunions, avaient beaucoup plus de pouvoir que ceux qui venaient moins aux réunions. Puisque tout se passe dans les réunions. En Holacracy on a des processus de réunion mais les réunions représentent peut être 5% du temps, les régles d’Holacracy continuent de vivre y compris en dehors des réunions.. Donc c’est un système de gouvernance qui n’est pas juste un système de réunion.

    Quelques mots sur ce que tu as pu observer en venant coacher les membres de l’école ?

    Il y a eu un certain nombre de réunions que j’ai accompagné et coaché dans lesquelles il y avait enfants et adultes et il y en a eu quelques unes où il n’y avait que des enfants. C’était les plus faciles ! Les réunions les plus compliquées à coacher pour tenir le processus en tant que coach, c’était des réunions où il n’y avait que des adultes. Donc j’ai pu constater par l’expérience que c’est pas plus compliqué pour les enfants. Là où par contre il y a un vrai enjeu qui probablement n’est toujours pas résolu c’est de leur faire faire le premier pas. Qu’ils viennent. Qu’ils se saisissent de ça. Et ça c’est quelque chose qui n’est pas tout à fait terminé aujourd’hui. Ça veut dire que les membres adultes sont plus actifs aujourd’hui dans les rôles, la gouvernance, la saisie des rôles… l’idéal serait qu’ils arrivent eux-mêmes à se mettre en posture de coach auprès des enfants. Pour qu’Holacracy ne soit pas une consigne où on leur dit “toi tu vas en réunion”, mais qu’on leur dise “tu sais, ton problème là, si tu vas en réunion tu pourras mieux le résoudre que si tu n’y vas pas.” Et si les adultes commencent à faire ça avec les enfants, les enfants saisissent qu’une réunion de gouvernance ou tactique est géniale parce qu’ils vont enfin pouvoir expliciter leurs attentes, ça va devenir un outil qui leur appartient, qu’ils vont adopter. Mais il faut que les adultes soient coachant, c’est-à-dire ne pas faire à leur place, mais les aider à s’émanciper. Et ça en Holacracy c’est explicité, en particulier pour les facilitateurs qui ont la redevabilité d’être coach. Le facilitateur en Holacracy coach les membres pour les aider à s’approprier les règles du jeu. C’est, je pense, un des rôles clé dans son adoption.

    Démocratiser Holacracy

    Lorsque l’on parle d’Holacracy, la plupart des gens imaginent des équipes de professionnels en costume-cravate devant leurs ordinateurs. Mais pourquoi pas un groupe d’enfants assis en cercle qui créent un rôle “compost” ? Nous avons ici l’exemple qu’Holacracy n’est pas un système de gouvernance bureaucratique et réservé au monde du travail ou même à des adultes. Il peut s’ouvrir et s’adapter à d’autres publics, d’autres formes d’organisations. Il est d’autant plus pertinent auprès de groupes qui ont besoin d’autonomie et de responsabilités pour leur épanouissement comme des enfants.

  • 17 principes de coaching en Holacracy

    Lecture : 12 minutes

    Traduction en français de l’article de Chris Cowan du 18/04/2018.

    Disponible dans sa version anglaise ici : https://www.holacracy.org/blog/17-holacracy-coaching-principles

    Merci à Chris Cowan, Coach Holacracy Australien, qui publie régulièrement des articles à destination des praticiens d’Holacracy.

    Quelques règles de base

    Les règles de l’Holacratie sont claires, mais décider comment les mettre en œuvre dépend souvent de l’interprétation. Et tout comme les différences d’interprétation, les personnes intelligentes ne seront pas d’accord. Mon objectif avec cet article est de partager certains de mes choix stylistiques personnels – mes lignes directrices pour une facilitation et un coaching efficaces. Les voici, sans ordre particulier.

    #1. Chacun a le droit d’être là où il est

    En tant que facilitateur, n’essayez pas de réguler les émotions des autres. Donnez à chacun le droit de ressentir ce qu’il ressent. Indiquez clairement que vous êtes prêt à aider, mais ce n’est pas parce que quelqu’un a l’air frustré que vous devez l’inviter à s’exprimer. Ce n’est pas votre travail d’empêcher les sentiments négatifs. Changer une façon de penser et de se comporter engendre souvent de la peur, de la confusion ou de la frustration. C’est une part naturelle du processus d’apprentissage. Laissez de l’espace pour ces émotions. Soyez comme un hôte qui accueille – accueillez-les et divertissez-les tous. Donc, si on vous demande des conseils, ou si quelqu’un a clairement du mal avec quelque chose, vous pouvez peut-être y répondre, même si dans une situation de difficulté je demanderais d’abord : « Voulez-vous un Time out ? » et sinon, permettez-leur simplement de vivre leur expérience. Ce n’est pas votre travail de changer les cœurs et les esprits. Si cela doit se produire, cela se fera dans un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Comme l’éclosion d’un œuf !

    #2. Ne prévoyez pas les questions

    Ironiquement, j’ai vu des coachs souligner le changement de paradigme de « prédire et contrôler » à « s’adapter et réagir », mais de manière très prévisible et contrôlée. Cela se manifeste généralement en disant trop tôt trop de choses – comme suggérer trop de possibilités, être trop cadrant ou d’une manière générale répondre aux questions avant qu’elles ne soient posées. La motivation semble être (et je parle ici en le reconnaissant pour moi-même), d’éviter les problèmes inconfortables (c’est-à-dire les tensions) avant qu’ils ne surviennent. Bien sûr, c’est exactement la dynamique que nous essayons de modifier. Au lieu de cela, le coaching devrait être minimal et juste suffisant pour éliminer le blocage présent dans la compréhension et rien de plus. Répondez à la question. Proposez la bonne invitation. Passez à la suite. Et rappelez-leur qu’ils peuvent toujours demander un Time out. Ayez confiance en vos connaissances et soyez à l’aise dans votre droit de dire : « Je ne sais pas. Puis-je revenir vers toi après la réunion ? »

    #3. N’épatez pas avec vos connaissances

    Ne prenez pas un Time out pour expliquer quelque chose, pour reprendre immédiatement le processus. Si vous entrez dans un Time out, ne précipitez pas les choses. Après tout, dans l’espace de Time out, vous n’avez aucune autorité particulière. Un Time out ne fonctionne vraiment que s’il semble informel. Le processus a des règles – pas les Time out. Les Time out sont une possibilité d’avoir une « discussion » ou une « conversation » informelle sur ce qui se passe, c’est génial. Je vois souvent des facilitateurs dire quelque chose comme : « Time out… en fait, dans Holacracy, nous n’avons pas de date limite, donc à la place, vous pouvez demander une priorisation… Time in ! », laissant le participant choqué dans l’incertitude quant à ce qu’il faut faire ensuite. C’est comme si en jouant une partie d’échecs, votre adversaire appelait un « Time out », déplaçait un tas de pièces, puis disait : « OK, on reprend la partie ! ». C’est étrange. Au lieu de cela, demandez au moins : « Cela t’a-t-il aidé ? » ou « Est-ce que cela a du sens ? » avant de revenir au processus (et si votre point de coaching n’a pas abouti, prenez plus de temps, demandez à nouveau ou clarifiez que vous pouvez y revenir après la réunion).

    #4. Les Participants ne peuvent pas être mauvais

    C’est le job du facilitateur de garder la réunion sur la bonne voie. Pas celui des participants. Tout comme dans le sport, lorsqu’un joueur sort des limites, il ne se comporte pas mal. Souvent, ce sont les individus qui jouent le plus intensément qui sortent des limites. Donc, en tant que facilitateur, vous ne pouvez pas me pousser à bout. Je ne suis qu’un arbitre. Un guide. Et lorsque les sorties de processus sont comprises de cette façon, il est plus facile de gérer le processus et de rediriger les participants vers le chemin approprié. Vous seriez surpris de voir comment cela s’exprime. Par exemple, même une explication innocente comme « Objection : GNV. Comme je l’ai dit dans ma réaction… » suggère que le proposeur a fait quelque chose de mal (il en déduira probablement que vous préférez ne pas vous répéter). Alors, centrez-vous simplement sur le principe : il est impossible que les participants soient mauvais. Bien sûr, vous aurez des réunions mauvaises ou inefficaces, mais blâmer les participants n’aide jamais. Je préfère penser : « C’est toujours de ma faute », puis j’essaie d’identifier ce que je pourrais mieux faire la fois suivante.

    #5. Partagez votre raisonnement

    Peu de choses sont aussi puissantes que de dire : « C’est mon autorité de prendre cette décision et je me trompe peut-être, mais voici mon raisonnement pour le faire de cette façon… » Même si les autres ne sont pas d’accord, vous gagnerez toujours leur respect. Par exemple, vous êtes dans un Time out et vous vous sentez stressé, vous passez trop de temps à essayer d’expliquer quelque chose. Au lieu de tout garder dans votre tête, nommez-le simplement ; par exemple : « Vous savez, j’aurais aimé arriver à mieux vous expliquer cela, mais ma principale préoccupation est maintenant de traiter les points de l’ordre du jour dans le temps qu’il nous reste… alors, j’aimerais revenir sur votre préoccupation après la réunion et revenir au processus… Cela a-t-il du sens ? » Parfois, nous pensons que la facilitation devrait être comme un spectacle de magie où le public ne peut pas voir ce qui se passe dans nos manches. Ce n’est pas ça. Il est bon de révéler vos secrets au public. Même lorsque vous faites un mauvais choix, il sera difficile de ne pas respecter votre transparence.

    #6. Méfiez-vous de l’apprentissage pour l’apprentissage

    Poser toutes les questions du test d’objection parce que « je veux aider le groupe à apprendre les critères » est une erreur. L’apprentissage aide souvent à traiter les tensions, mais ce genre d’apprentissage sert à faire avancer les choses, ce n’est pas une fin en soi. Poser toutes les questions du test d’objection lorsque vous n’en avez pas besoin et vous dire : « C’est pour les aider à apprendre… », c’est probablement masquer le fait que vous ne savez tout simplement pas quelle question poser. Et c’est ok ! Mais ne dissimulez pas votre ignorance en vous disant que c’est pour l’apprentissage des autres.

    D’autres exemples :

    • Le fait de ne pas soulever d’objection « Gouvernance Non Valide » (GNV) « … pour voir si d’autres vont la soulever ».
    • Hésiter à fournir une solution à votre propre objection GNV pendant l’intégration, parce que « je veux voir s’ils peuvent trouver comment y remédier ».

    Les bonnes pratiques pour être modélisant dans son rôle sont beaucoup plus puissantes que d’essayer de manipuler et de fabriquer des apprentissages pour quelqu’un d’autre. Au pire, « apprendre pour apprendre » est un mensonge. Au mieux, c’est une très mauvaise façon de faciliter. Donc, si vous vous retrouvez à justifier un choix sur cette base, soyez sceptique.

    #7. C’est ok de créer une tension dans une intention stratégique

    La plus grande erreur de coaching est de donner des conseils à un public qui ne ressent aucune tension sur le problème. Imaginez que vous facilitez une réunion tactique et qu’Amy (Leader de Cercle) dit : « Ted, en tant que secrétaire, peux-tu annuler la réunion de la semaine prochaine ? Je serai absent ce jour-là. » Ce à quoi Ted répond : « Bien sûr. » Maintenant, en tant que coach, vous voulez probablement enquêter sur ce qui vient de se passer, car il y a de fortes chances que Ted ne fasse pas un choix conscient au sujet de la réunion. Il fait juste ce que dit Amy. Mais le problème est qu’à ce stade, ni Amy ni Ted ne ressentent de tension sur cette question. Leur problème est résolu. Donc que faire ?

    La plupart des coachs commenceraient simplement à leur parler. Une autre solution est de créer une certaine tension pour eux. J’appelle cette stratégie « provocation ». Par exemple, lors d’une réunion tactique, Karen est clairement déçue que Tim n’ait rien fait. Le coach intervient en disant : « Eh bien Karen, puisque le rôle de Tim “Production” n’est pas responsable de cela, tu n’as pas le droit de t’attendre à ce qu’il le fasse… [pause dramatique]… aimerais-tu avoir le droit de l’attendre ? OK super. Alors captons une tension pour la gouvernance. » Comme vous pouvez l’imaginer, dire à quelqu’un qu’il n’a pas le droit d’attendre quelque chose est assez dramatique. Cela crée des tensions. Et c’est l’astuce. Le coaching crée des tensions avant de les résoudre. Si les participants ne ressentent aucune tension, alors votre coaching n’a pas de place pour atterrir. C’est une graine semée sur un rocher. Donc, parfois, la meilleure chose à faire est de préparer le terrain en premier.

    #8. Traitez certaines tensions dans votre tête

    Un bon facilitateur traite une tension à la fois et ne permet pas à quelqu’un de violer l’espace de traitement d’une tension d’un autre. Pourtant, les coachs font souvent exactement cela lorsqu’ils injectent leur coaching. Bien sûr, en tant que facilitateur, vous ressentirez des tensions quant à la façon dont quelqu’un traite quelque chose. C’est inévitable. Et c’est ok. Mais en fin de compte, ce n’est pas votre espace. Ce n’est pas votre tour. Ainsi, tout ce que vous faites pour traiter votre tension doit toujours être au service du traitement de la tension actuellement sur la table. Souvent, la meilleure solution est de traiter votre tension dans votre propre tête sans impliquer le groupe.

    Par exemple, si un participant recherche un consensus, au lieu de mettre en évidence pourquoi c’est une mauvaise idée, commencez par déterminer si le point de coaching doit être fait à ce moment-là ou s’il serait distrayant. C’est une question de priorité. Si je viens de passer 10 minutes à me concentrer sur la nécessité d’utiliser un langage basé sur les rôles (par exemple, « En tant que marketing, je ressens une tension… »), alors je ne vais pas diluer les choses en me lançant dans une nouvelle dissertation sur les comportements de recherche de consensus. Mais je ne vais pas l’ignorer non plus – je traite simplement la tension dans ma tête ; par exemple : « Oh, ils recherchent un consensus ici… hmmm… Je vais simplement demander : « Qui a le pouvoir de prendre cette décision ? » Et voir où cela nous mène… ». Encore une fois, en tant que facilitateur, votre rôle est autorisé à ressentir des tensions sur la façon dont quelqu’un traite quelque chose – c’est très bien. Soyez simplement attentifs à ne pas placer vos propres besoins au-dessus des besoins de la personne que vous essayez d’aider.

    #9. Toujours un arbitre, parfois un coach

    J’ai remarqué que les nouveaux facilitateurs sont parfois meilleurs sur la mécanique des réunions que les plus expérimentés. Comment l’expérience peut-elle dégrader vos compétences ? Ma théorie est que les facilitateurs deviennent trop à l’aise et se relâchent sur la mécanique afin de rendre «l’expérience d’apprentissage» plus acceptable. C’est une erreur. Quel que soit le contexte, si vous êtes la personne la plus compétente en Holacratie, vous donnerez le ton sur le degré de sérieux d’application des règles. L’autorité distribuée basée sur des règles ne fonctionne pas si les règles n’ont aucune autorité. Cela signifie que lorsque la constitution dit: «Le Facilitateur doit immédiatement arrêter l’échange et interdire tout commentaire hors de son tour», vous n’avez pas le pouvoir de déterminer subjectivement quand ou si vous devez autoriser la discussion. Vous êtes tenu aux règles comme tout le monde. Ce n’est qu’après avoir respecté fidèlement toutes les règles que vous devriez vous soucier de meilleures façons de les appliquer (par exemple, le coaching).

    #10. “Abaissez la barre”, ou “Graissez les rouages”

    Si Holacracy est un système d’exploitation, le coaching est comme l’interface utilisateur. Vous ne devriez pas avoir besoin d’être un expert en Holacracy pour que cela fonctionne. Les meilleurs coachs permettent aux novices de gérer facilement leurs tensions, tout comme n’importe qui peut entrer dans une pièce et actionner un interrupteur sans avoir à comprendre les subtilités des circuits électriques. Bien sûr, en tant que Facilitateur, vous faites de votre mieux. Vous n’avez pas besoin de vous occuper des gens (voir #1), mais plus vous pouvez relier les points entre ce qu’une personne exprime et les moyens les plus efficaces de réduire la tension, meilleure sera la facilitation.

    #11. Choisissez votre bataille

    « La discrétion est la meilleure partie de la valeur. » – Falstaff. Pour devenir un coach efficace, vous devez savoir quand intervenir, mais pour devenir un coach magistral, vous devez aussi apprendre quand ne pas intervenir. Et malgré cela, vous pouvez rencontrer de nombreux problèmes différents, tous les problèmes ne sont pas créés de la même manière. Ainsi, l’ordre de priorité recommandé est le suivant :

    1. Tout d’abord, abordez tout ce qui enfreint les règles de la constitution, tout ce qui brouille les frontières entre les rôles et les personnes, ou tout ce qui ressemble à un Leader de Cercle qui prend des décisions de manager.
    2. Deuxièmement, traitez les recherches de consensus ou tout ce qui vous est demandé directement.
    3. Enfin, traitez les faux postulats sur la manière dont le travail est effectué (projets, projections, hiérarchisations, suivi, etc.).

    #12. Laissez les autres contribuer

    Avec les groupes avec une diversité d’expériences, j’aime souvent décliner les questions et voir si quelqu’un d’autre veut y répondre. Non seulement cela aide à soutenir l’apprentissage de ces personnes, et comme elles ont plus de contexte sur le travail de leur organisation, elles donnent souvent de bien meilleures réponses que moi. Bien sûr, vous devez équilibrer ces opportunités en donnant simplement une réponse claire pour faire avancer les choses à d’autres moments. C’est différent de l’apprentissage pour l’apprentissage (#6), car d’autres personnes ont parfois une manière de décrire quelque chose que vous ne pouvez pas avoir (et il se trouve que l’impact d’apprentissage est également exponentiel ; Il s’agit d’enseigner à pêcher plutôt que de donner du poisson). Cela est particulièrement vrai si vous êtes un facilitateur extérieur au Cercle, car comprendre le contexte du client peut être difficile, mais aussi si vous travaillez dans un cercle avec des degrés d’exposition divers à Holacracy.

    #13. Facilitez le processus et laissez le processus faciliter les personnes

    Brian Robertson dit cela dans les formations, et je pense que c’est sous-utilisé (ou même légèrement mal appliqué). Ceci s’applique aux deux types de réunions, mais est beaucoup plus pertinent pour les réunions de gouvernance dans lesquelles le facilitateur est chargé de maintenir le cadre. Soit ils voient quelqu’un devenir frustré, soit ils veulent les aider à améliorer leur proposition, soit ils veulent simplement être utiles. Ce sont de bonnes intentions, mais déplacées. Revenez au #1, chacun a le droit d’être là où il est, donc l’animateur ne devrait pas s’inquiéter d’essayer de façonner une expérience particulière. Suivez simplement les règles rigoureusement. Cela dit, il existe de bonnes et mauvaises façons de suivre rigoureusement les règles. Et vous pouvez trouver des moyens de rendre la rigidité plus soutenante et humaine ici.

    #14. Blâmez “le processus”

    Au lieu de faire de tout leur choix, ou votre choix, blâmez le processus. Donc, au lieu de dire: «Allez-y et faites une proposition… tout est un bon point de départ», dîtes plutôt, “Allez-y et faites une proposition… le processus dit que tout est un bon point de départ. » Faites comme s’il avait sa propre personnalité. Cela diffère du simple fait de dire « Faites ceci parce que c’est une règle », car cela leur donne une orientation vers l’intention derrière les règles. C’est une manière plus douce et plus accessible de comprendre comment utiliser le processus. En dépersonnalisant les choix, cela aide les participants à résister aux attentes implicites de recherche de consensus.
    Voici quelques exemples :
    ”Le processus veut que vous soyez égoïste à ce stade”
    “Le processus ne veut pas” que vous fassiez un rapport sur la situation du projet, mais juste que vous partagiez les progrès faits depuis la dernière fois.”
    “Le processus veut que vous souleviez une objection s’il y a quelque chose qui ne va pas dans la proposition.”

    #15. Limitez les options

    Le livre de Barry Swartz, «The Paradox of Choice: Why More is Less», démontre de manière convaincante que nous sommes facilement submergés face à trop d’options. Surtout lorsque nous ne sommes pas suffisamment éduqués pour vraiment comprendre ou apprécier les différences offertes par ces choix. C’est pourquoi il est bon de limiter les options. Donc, au lieu de simplement tracer 3 voies possibles pour quelqu’un, pourquoi ne pas commencer par la première ? Et si cela ne fonctionne pas, sachez que vous pouvez toujours offrir la deuxième et la troisième. Les Facilitateurs ont tendance à proposer plusieurs choix à l’avance car ils ne peuvent pas connaître toutes les nuances de la situation pour en sélectionner définitivement un seul, et nous espérons que les participants pourront relier les points par eux-mêmes. Le défi est que les participants ne sont pas toujours suffisamment éduqués pour faire eux-mêmes ces choix. Imaginez si un serveur vous demandait: «Nous avons quelques délicieux choix pour le dîner ce soir… Option A, Option B, ou si vous avez de la chance, il nous reste peut-être encore l’option C. Laquelle veux-tu? » Vous n’avez aucun moyen de répondre à cette question. Vous ne savez pas ce que vous commandez. Vous n’avez aucune idée de l’impact de votre choix. Et pire, puisque vous l’avez choisi, vous allez être responsable de ce résultat. Les nouveaux praticiens de l’holacratie sont souvent confrontés au même défi.

    #16. Tenez-leur la main

    En tant que Facilitateur, vous essayez d’aider les gens à arriver là où ils veulent aller. Nous faisons cela dans le monde physique en utilisant une carte, une boussole ou une navigation pas-à-pas. Ces solutions fonctionnent toutes bien, mais si vous êtes dans un nouveau pays, préférez-vous essayer de mémoriser une carte générale de la région ou demander à un guide de vous guider étape par étape en temps réel ? De toute évidence, le guide en temps réel va avoir un taux de réussite plus élevé (c’est-à-dire s’assurer que les gens arrivent à leur destination prévue). Pourtant, les Facilitateurs abordent souvent une réunion comme s’ils vendaient des cartes dans une boutique de souvenirs. Ils font un excellent travail pour encadrer la réunion, ou une étape particulière du processus, mais c’est tout. Ils expliquent simplement comment cela fonctionne, puis laissent les participants errer dans la jungle. Par exemple, « OK, maintenant les questions de clarifications… proposeur, vous pouvez toujours dire » Non spécifié « . Ce qui est un excellent cadrage. Mais lorsque le proposeur a du mal à répondre à une question, il se contente de rester assis et de le regarder lutter. Ne faites pas ça. Entrez dans la jungle et prenez les participants par la main. Bien sûr, vous l’avez dit dans le cadrage, mais alors ? L’important est qu’ils sachent qu’ils ont cette option exactement au bon moment. Il est donc préférable de faciliter / coacher comme si vous conduisiez des aveugles dans une pièce. Donnez des instructions concrètes et opportunes. « OK Secrétaire… maintenant fais défiler vers le bas et clique sur le bouton « Accepter la proposition » en bas à droite. »

    #17. Souvenez-vous de l’esprit de la loi

    Le coaching est un bel équilibre entre la lettre et l’esprit de la loi. Ne sacrifiez pas la précision, mais ne manquez pas non plus l’esprit. Ainsi, en tant que Facilitateur ou coach, vous pouvez dire des choses comme: « Techniquement, ce n’est pas spécifié, mais voici comment cela se fait généralement. » Par exemple, répondre à des questions telles que «Comment Holacracy gère-t-elle la rémunération?» Il est techniquement exact de dire: «Ce n’est pas géré…» car il n’y a rien dans la constitution sur la manière dont toutes les organisations devraient structurer leurs systèmes de rémunération. Mais sans surprise, ce n’est pas une réponse utile. Au lieu de cela, vous pouvez dire: « Eh bien, les règles ne vous limitent pas, vous pouvez donc consulter des exemples d’autres entreprises, comme les systèmes basés sur des badges ou de notation par les pairs. » Élargissez votre compréhension de la question. Ou imaginez que vous participez à une réunion de gouvernance et que quelqu’un demande un Time Out; «Donc, si nous créons ce nouveau rôle… serai-je dans ce rôle?» Un Facilitateur pourrait dire: «Je n’en ai aucune idée. C’est une décision opérationnelle du Leader de Cercle. » Mais s’il ressort clairement du contexte que la personne occuperait le nouveau rôle, alors pourquoi ne pas le lui dire ?

    Article traduit par Aliocha Iordanoff, coach certifié en Holacracy

  • Quelles différences entre les constitutions Holacratie en version 4.1 et version 5 ?

    Lecture : 15 minutes

    Article publié le 7 février 2020.

    Article mis à jour le 8 février 2021.

    Cet article propose une première analyse des différences et nouveautés apportées par la version 5.0 de la constitution Holacratie par rapport à la version 4.1. Je m’adresse ici à des lecteurs qui connaissent la version 4 de la constitution, ou s’intéressent aux évolutions de l’Holacratie comme système de gouvernance des organisations.

    La version stable actuelle est la version 4.1, disponible sur le site holacracy.org/constitution et traduite par iGi Partners. La version 5 est en travail sur Github depuis plusieurs années. Une version Release Candidate est disponible depuis juin 2020 et la version stable de la Constitution Holacratie 5 devrait être prête pour le mois de février 2021.

    La version 5.0 actuelle de la constitution Holacratie traduite en français par Sémawé est disponible ici et diffusée sous licence CC-BY-SA.

    Ce qui change sur la forme dans la version 5

    La version 5.0 de la constitution Holacratie contient 20% de mots en moins et deux fois plus de paragraphes que la précédente ! Un but clairement posé est de simplifier son écriture, pour la rendre plus accessible, plus lisible. Un des objectifs est de rendre ce texte plus facile à traduire, et surtout de permettre des traductions plus fidèles à l’esprit de l’original en anglais.

    Adoption partielle de la constitution rendue possible

    La structure du document a été décomposée en 6 chapitres, pensés pour permettre une adoption partielle de cette constitution. Ce n’était pas le cas jusqu’à la version 4.1.

    Le préambule et l’article 1 sont la base et l’incontournable si la constitution est ratifiée dans une organisation. La déclaration d’adoption qui se trouve à fin du document propose ensuite pour les articles 2 à 6 une adoption modulaire. Les signataires choisissent les articles qu’ils souhaitent appliquer et il est explicitement stipulé pour chacun d’eux que les anciens systèmes prévalent si l’article n’est pas adopté.

    Par exemple, si l’article 2 sur la structure d’autorité distribuée n’est pas adopté, cela veut dire que les Leaders de Cercle devront aligner leurs actions et décisions sur celles du Leader « supérieur ». Il n’acquiert pas d’autonomie et l’organisation maintient sa dimension pyramidale.

    Nous n’avons que très peu de recul sur des adoptions partielles de la constitution et c’est une possibilité que nous regardons de près. De nombreuses organisations peuvent être tentées par cette flexibilité. Et nous savons aussi qu’un des principaux écueils dans une transformation organisationnelle réside dans une adoption partielle des règles du jeu qui laisserait de côté celles qui demandent le plus d’efforts ou de remise en question.

    Le pari qui est fait avec cette structure modulaire de la constitution Holacratie est de favoriser un plus grand nombre d’entreprises pratiquant au moins une partie de ce système de gouvernance. Une autre hypothèse est que des adoptions partielles conduiront à l’adoption de nouveaux articles de la constitution à mesure que l’organisation rencontrera des difficultés pour s’adapter ou fonctionner. C’est le pari de la démocratisation d’Holacratie.

    Les grandes évolutions dans les règles de la constitution dans la version 5

    Tout ce qui n’est pas interdit est autorisé

    La règle d’or sur les permissions en Holacratie est plus clairement explicitée dans l’article 2 : vous pouvez entreprendre toute action utile dans vos rôles, à moins qu’une règle ne dise le contraire !

    Ce principe fort de la constitution n’est pas nouveau mais il est rendu plus explicite et c’est une bonne chose car il réside dans ce principe de droit négatif un pilier émancipateur de ce système de gouvernance. C’est la source du powershift, du changement intrinsèque de posture déclenché par l’Holacratie chez les individus.

    Les Leaders de rôle

    Les personnes qui remplissent un rôle sont désignées Leader de Rôle.

    Ce détail est important car il préfigure une possibilité structurelle offerte par cette nouvelle version : les rôles peuvent se décomposer eux-mêmes en cercle. Dans cette opération, un Leader de Rôle devient Leader de Cercle. L’homonymie porte bien l’intention sémantique de la constitution : un cercle et un rôle sont une seule et même chose, le premier est simplement décomposé en entités plus petites avec d’autres rôles.

    Choisir ce terme pour désigner les membres de l’organisation qui portent un rôle participe aussi sur le plan symbolique au mouvement de powershift. Être Leader de Rôle soutient bien l’idée que l’on peut entreprendre toute action pour exprimer la raison d’être de son rôle en faisant appel à son jugement, à condition bien sûr de ne pas enfreindre une règle existante et explicitée.

    Tout Rôle peut se constituer en Cercle

    Tout Rôle peut devenir un Cercle, sur simple décision de son Leader de Rôle. Plus besoin d’une décision de gouvernance pour qu’un rôle, s’il le juge nécessaire, se constitue lui-même en Cercle et se décompose en plusieurs Rôles. Le Leader de Rôle devient mécaniquement Leader de Cercle.

    Cette nouvelle possibilité est très intéressante et libère la créativité des individus au service de leurs Rôles. La légèreté du processus est une invitation à accepter les Rôles importants ou dont la mise en œuvre peut sembler complexe, puisque les Leaders de ces Rôles auront toute latitude pour s’organiser eux-mêmes en Cercle et répartir le travail entre plusieurs Rôles s’ils le souhaitent.

    Cela exclut les rôles de Leader de Cercle, Représentant de Cercle, Facilitateur et Secrétaire, qui eux ne peuvent pas se constituer en Cercle.

    Cette nouveauté est un chamboulement culturel, surtout pour les organisations les plus conventionnelles au niveau managérial. Toute personne peut maintenant créer un Cercle depuis son Rôle, sans avoir à demander d’autorisation ni solliciter une décision de son Super-Cercle. Et dans ce Cercle, les décisions seront prises en autonomie ! Les équipes peuvent initier des processus de gouvernance n’incluant plus forcément leur manager !

    Le rôle Leader de Cercle

    Le terme Leader de Cercle remplace celui de Premier Lien.

    Jusqu’à la version 4 de la constitution, les Lead Link, traduit par 1er lien en français, reprenait un langage hérité de la Sociocratie pour désigner les double-liens qui lient les Cercles entre eux. Il me semble très intéressant et positif d’avoir une autre dénomination, car celle-ci pouvait intuitivement induire une sorte de hiérarchie entre les deux. Ces deux liens continuent d’exister, le principe du double lien est simplement nommé de manière plus accessible.

    Le Rôle de Leader de Cercle est simplifié dans la version 5 de la constitution. Sa raison d’être est de détenir la Raison d’Être du Cercle global.

    Il conserve le domaine d’autorité d’attribution des Rôles du Cercle et la constitution prévoit qu’il détient toutes les Redevabilités du Cercle dans la mesure où elles ne sont pas couvertes par les Rôles ou Processus du Cercle. Rien de plus.

    Une redevabilité importante qui existait dans la version précédente, demandait à ce Rôle de donner du Feedback aux Rôles du Cercle pour les aider à mieux énergiser leur Rôle. Cette formule disparaît.

    Le principe qu’il soit redevable des Rôles vacants met toujours ce Rôle dans une situation de responsabilité par rapport aux Rôles du Cercle dont il est Leader. Il a ainsi tout intérêt à ce que ces Rôles fonctionnent bien. Leur offrir du feedback est une manière de procéder. Rien ne le lui interdit.
    Le rôle de facilitateur hérite lui d’une nouvelle redevabilité de coacher les membres de l’organisation pour les aider à s’approprier les processus de la constitution.
    Ce déplacement de redevabilité est intéressant car la redevabilité du Premier Lien de coacher les membres telle qu’elle figurait dans la version 4, pouvait conduire les Premier Lien à une posture haute vis à vis du facilitateur pendant les réunions, pour coacher des membres par exemple.
    Cette évolution vient avec la disparition d’une interdiction de cumul de rôles : il est maintenant possible pour un Leader de Cercle d’être élu Facilitateur.
    Cela vient soutenir une réalité dans les organisations qui adoptent Holacratie, où ce sont souvent les Leaders qui sont à l’initiative et au début de la démarche au moins, les plus formés aux processus de la constitution. Mon expérience en tant que Leader est que dans un démarrage de transition, on est souvent la personne la mieux placée pour faciliter les premières réunions et introduire cette nouvelle pratique de gouvernance.

    Le Leader de Cercle n’a plus la redevabilité d’allocation des ressources qu’avait le Premier Lien dans la version 4, mais il conserve un rôle particulier dans les processus d’autorisation de dépenses d’argent. Cf le paragraphe sur les dépenses d’argent.

    Il est à noter que le Leader de Cercle n’a plus l’autorité d’inviter un membre à une réunion d’un Cercle dont il ne fait pas partie.

    Modifier le Rôle de Leader de Cercle

    Un Cercle ne peut pas modifier la Raison d’Être de son Rôle Leader de Cercle, ni supprimer le Rôle, mais il peut lui ajouter des Redevabilités ou des Domaines, et ces ajouts s’appliquent automatiquement au Rôle Leader de Cercle de chaque Sous-Cercle, de manière récursive.

    Donc concrètement, il est possible de rajouter des redevabilités ou autorités à un Leader de Cercle, à condition que cette augmentation de pouvoir soit récursive, donc se décline dans tous les sous-cercles.
    Cela donne une flexibilité nouvelle et permet à des organisations pyramidales d’adopter plus facilement Holacratie. Cette récursivité crée un mécanisme de délégation proportionnel à l’autorité conférée à un Leader d’un Super-Cercle.
    Ainsi, en voulant augmenter l’autorité exclusive des managers par exemple, on augmente aussi celle des Leaders des sous-cercles.

    Le Représentant de Cercle

    On parle maintenant de “Circle Rep” au lieu de “Rep Link”, qui avait été traduit par Second lien dans les précédentes versions de la constitution. “Circle Rep” est une contraction de “Circle Representative”.

    Ce rôle peut être désigné, mais ce n’est pas obligatoire. Il reste un rôle élu comme le secrétaire et le facilitateur. Son élection peut être demandée à tout moment par un membre dans le processus de gouvernance.

    Un contrainte est posée sur ce Rôle, de non cumul avec le Rôle de Leader de Cercle. Cela dans le respect du principe de double lien hérité de la Sociocratie.

    Enfin ce Rôle est le seul, dans cette nouvelle version de la constitution, à avoir le droit d’inviter une personne extérieure au Cercle pendant une réunion.

    Le terme de Représentant de cercle sera certainement plus explicite pour les organisations qui adoptent Holacratie que Second Lien, car l’expression désigne bien le rôle.
    La constitution est plus pédagogique aussi sur son fonctionnement, en indiquant clairement que le Représentant, représente son Cercle tout comme le Leader du Cercle. La différence entre ces deux rôles réside bien sûr dans la source de leur légitimité, l’une venant de l’extérieur du Cercle (pour le Leader), l’autre de l’intérieur (pour le Représentant).

    Le Cercle d’ancrage

    Le Cercle d’Ancrage n’a pas de Leader de Cercle, sauf indication contraire dans une Politique du Cercle. Concrètement, le Cercle d’ancrage, par défaut, est un Cercle sans Leader de Cercle.

    Cette nouveauté est importante car jusqu’ici, Holacratie proposait dans sa constitution un Cercle d’ancrage avec un Premier Lien et il était possible de fonctionner sans.
    On a maintenant un Cercle d’ancrage sans Leader de Cercle, mais qui peut définir une Politique pour s’en doter ! L’esprit “par défaut” de la constitution fait un pas de plus vers la distribution de l’autorité et la sortie de l’organisation pyramidale des organisations.

    Un Cercle peut créer au travers de son processus de gouvernance un Rôle pour contrôler les affectations dans d’autres Rôles, et cela devient son Domaine d’autorité. Quiconque remplit un Rôle avec ce domaine peut affecter des personnes pour remplir le Rôle cible ou supprimer des personnes de ce rôle à tout moment.

    Cela veut dire que l’organisation, notamment à partir de son Cercle d’ancrage, ne peut plus faire l’économie d’expliciter la manière dont elle entend affecter les Rôles, et si cette autorité est confiée à un Rôle, il faut aussi définir la manière dont ce Rôle est lui même pourvu.
    C’est un pas vers plus de maturité dans un système d’autorité constitutionnel distribué.

    Le Cercle d’ancrage peut changer sa propre Raison d’Être ou clarifier ses propres redevabilités via une Politique.

    Le Cercle d’ancrage est donc bien le seul Cercle qui peut modifier lui-même son enveloppe, sa définition.
    Cela donne une possibilité très utile à l’organisation pour expliciter au travers de redevabilités les attentes auxquelles l’organisation répond vis-à-vis d’acteurs extérieurs, de contraintes légales, d’autres organisations, etc.
    Le Cercle d’ancrage peut aussi modifier sa raison d’être, ce qui manifeste la possibilité pour une organisation de mettre à jour régulièrement l’explicitation de sa propre raison d’être. Cela soutient la vision de la raison d’être évolutionnaire, comme étant la manifestation profonde du but ultime de l’organisation. La phrase qui décrit cette raison d’être peut évoluer, car l’organisation pour faire évoluer la valeur ajoutée qu’elle crée dans le monde pour contribuer à la vision du monde qu’elle porte.

    Les Rôles Liés

    Un Cercle peut maintenant décider, par une décision de gouvernance, de « lier » dans son Cercle un Rôle provenant d’un autre Cercle. L’assignation de ce Rôle reste une autorité détenue par le Cercle d’origine du Rôle. Le Cercle qui invite un Rôle peut lui ajouter des redevabilités, qu’il pourra ensuite modifier, mais ne peut pas modifier des redevabilités ajoutées par le Cercle d’origine. De la même façon, le Cercle qui a créé le Rôle ne peut pas modifier des redevabilités ajoutées par un autre Cercle. Quand un Rôle se “délie” d’un Cercle qui l’avait invité, tous les ajouts faits dans la gouvernance du Cercle invitant sont de fait supprimés.

    La notion d’entité liée disparaît de la constitution Holacratie dans sa version 5, avec les rôles de Lien Transverses qui en découlaient. Ce nouveau fonctionnement est plus clair et offre des possibilités de liens en interne comme avec d’autres organisations extérieures.
    A l’usage ces Rôles Liés sont très pratiques à utiliser, intuitifs, et facilitent la collaboration entre les Cercle tout en limitant les effets de doublons de Rôles.

    Références à un Rôles

    Chaque fois que la gouvernance en dehors du Cercle fait référence au Cercle lui-même ou à tout Rôle dans le Cercle, le Leader de Cercle peut mettre à jour cette référence pour faire référence à un autre Rôle dans le cercle. Cela ne nécessite pas d’utiliser le processus de gouvernance de l’un ou l’autre des Cercles concernés.

    Ce fonctionnement sera plus efficace car il permet d’interpeller directement les rôles concernés et limite les intermédiaires dans la sollicitation de redevabilités auprès des Leaders de Cercles.

    Les politiques, plus simples à utiliser

    Une Politique n’a plus à être attachée à un Domaine d’autorité d’un Rôle. Une politique est maintenant définie comme des octrois, des restrictions d’autorité, ou des règles spéciales qui s’appliquent au sein d’un Rôle ou d’un Cercle.

    Cela peut sembler être un détail, mais dans la pratique, j’ai vu beaucoup d’organisations ne pas respecter cette règle de la version 4 de la constitution. La définition est plus accessible, et correspond mieux à l’usage qui est fait des politiques dans les organisations.

    Les réunions tactiques

    Les réunions tactiques (jusqu’ici traduite en français par réunions de triage) sont disponibles pour tout le monde à tout moment, pas seulement dans les Cercles mais aussi entre des Rôles appartenant à plusieurs Cercles.

    Tout ce qui peut être attendu de quelqu’un dans une réunion tactique tels que des indicateurs, des points sur les projets, peut maintenant être demandé à tout moment en asynchrone à un Rôle. C’est une dynamique qui apparaît naturellement dans les organisations qui ont de la pratique en Holacracy, et c’est maintenant clairement décrit dans la constitution.

    La personne qui convoque la réunion peut solliciter le facilitateur du Cercle qu’il juge pertinent pour faciliter cette réunion.

    Cette flexibilité dans l’utilisation de la réunion tactique est très puissante. C’est un encouragement à adopter des pratiques de réunions utiles pour l’organisation, plus que des réunions protocolaires ou bureaucratiques.
    Tout membre peut organiser des réunions quand il le souhaite, avec qui il le souhaite, et ce n’est plus au Secrétaire seul de planifier ces réunions.

    Les dépenses d’argent

    La nouvelle version de la constitution propose une règle pour l’allocation de ressources, inspirée de ce qui est pratiqué depuis plusieurs années chez HolacracyOne.

    Tout membre peut dépenser les ressources du Cercle en annonçant son intention de le faire, par écrit, auprès des Leaders de Rôle dont il cherche à obtenir l’autorisation. Cela peut se faire en proposant par exemple sur Slack en annonçant “Dans le Rôle xxxx, j’ai l’intention de dépenser cette somme d’argent”. Un délai est laissé au Rôle pour réagir ou délibérer. Tant qu’il y a délibération, la dépense ne peut pas être engagée, jusqu’à ce que plus personne ne voit à discuter, ou qu’un des Leaders du Rôle interrompt la délibération.

    Une Politique peut modifier ce processus ou définir des seuils.

    Cette nouvelle version de la constitution permet donc aussi bien de garder un fonctionnement très contrôlé et centralisé des dépenses ou au contraire de donner une grande indépendance aux Cercles pour gérer leurs dépenses et revenus. C’est un changement intéressant.
    La formulation de cette règle invite à un système de contrôle des dépenses par un Cercle.

    Des rôles autonomes dans leur priorisation

    Un Leader de Rôle peut être amené à prioriser ses actions et projets selon un ordre contraire aux priorités d’un Cercle. Dans ce cas, il doit en informer le Leader de Cercle en question.

    Ce point clarifie l’importance d’entrer dans l’explicite en permanence en ce qui concerne la priorisation des tâches dans l’organisation tout en donnant une autonomie et une responsabilité plus explicite aux individus sur la gestion de leur priorisation.

    Gouvernance : le processus plus que des réunions

    La constitution en version 5 décrit le processus de gouvernance qui permet de modifier des Rôles ou des politiques avant de parler des réunions de gouvernance.

    Cette inversion de l’ordre de présentation des choses sur la gouvernance en Holacratie donne une orientation qui peut se résumer dans cette heuristique : le processus de gouvernance plus que des réunions de gouvernance.
    Cela veut dire que les réunions de gouvernance sont très bien, très utiles, conformes à la constitution, mais qu’avant toute chose ce qui est important est bien d’utiliser le processus de gouvernance décrit dans cette constitution.
    Donc la constitution nous invite à pratiquer le processus de gouvernance de manière asynchrone, hors réunion, chaque fois que cela est possible.

    Des élections asynchrones

    Un nouveau point est explicité dans cette version de la constitution. Il s’agit de la possibilité pour tout membre d’une Cercle de demander une Élection Sans Candidat conduite en asynchrone, c’est-à-dire hors d’une réunion de gouvernance.

    Une source de gain de temps intéressante qu’il faudra certainement outiller du bon logiciel pour que le processus soit rapide et léger !
    A cette date les logiciels GlassFrog et Holaspirit n’offrent pas encore cette fonctionnalité. Chez nous, au sein de l’équipe de Semawe, nous pratiquons ces élections asynchrone en utilisant Slack. Sur invitation du facilitateur, les membres d’un Cercle envoient des messages directs au facilitateur qui anime ensuite les différentes étapes de l’élection intégrative sans candidat. Cela fonctionne bien et fait gagner du temps en réunion !

    Les réunions spéciales de gouvernance

    En plus des réunions ordinaires de Gouvernance que le Secrétaire doit convoquer, un Secrétaire peut convoquer rapidement des réunions de gouvernance « spéciales » à la demande de tout membre. Le membre qui sollicite cette réunion de Gouvernance spéciale peut aussi spécifier les intentions et limites de cette réunion de gouvernance. Par exemple, un focus sur une tension ou certains Rôles. Dans ce cas, l’autorité de cette réunion sera limitée à ces sujets. Le membre qui a demandé la réunion peut prioriser l’ordre du jour, ce n’est plus l’autorité exclusive du Rôle Facilitateur.

    Cette possibilité introduit une autre possibilité de souplesse et de réactivité, dans la droite ligne de la philosophie Agile. Cela complète la possibilité qui existe déjà de procéder à des décisions de gouvernance asynchrones, en ouvrant la porte à des réunions de gouvernance très ciblées, plus spécifiques, plus courtes.

    Invitation d’un membre à une réunion de gouvernance

    En plus des membres du Cercle et des Rôles élus, le Représentant d’un des Cercle présents dans le Cercle peut inviter un Partenaire à participer à toute réunion de gouvernance, pour aider à processer une tension spécifique ressentie par le Représentant du Cercle.

    Ce qui est nouveau ici, est la limitation de cette possibilité à une seule personne sur invitation du Représentant de Cercle, là où précédemment le Premier Lien et les Liens transverses avaient aussi cette faculté.
    Cette tendance donne de l’importance au Rôle de Représentant de Cercle dont beaucoup d’organisations avaient du mal à se saisir et limite par ailleurs le pouvoir des Leaders de Cercle, qui ne peuvent plus inviter des membres extérieurs aux réunions.

    Le Time out dans la constitution

    Pendant une réunion de gouvernance, tout membre du Cercle peut demander un « Time Out » que la facilitation peut accepter ou refuser. Le « Time Out » permet de discuter des règles de la constitution ou de points administratifs mais jamais des tensions, des propositions ou des objections. La facilitation interrompt le « Time Out » quand elle le souhaite.

    On voit traduite ici cette intention que le Rôle de Facilitation soit dans une posture de coach des Rôles pour les aider à processer leurs tensions. La constitution invite ici clairement les organisations à se saisir de cette opportunité.
    La pratique du Time Out était déjà très présente mais seulement comme une pratique des coach Holacracy. La constitution a encodé cette pratique pour inviter tous les facilitateurs à l’adopter.

    Les accords relationnels

    L’organisation peut donner le statut de Partenaire à toute personne qui accepte de se conformer aux règles de la constitution et de travailler au nom de l’organisation. Les partenaires peuvent conclure entre eux des “Accords Relationnels”, pour définir la façon dont ils entendent interagir entre eux.

    Ces “Accords Relationnels” servent à définir des comportements sous-jacents au travail, et ne servent pas à définir la liste de ce qui est attendu des personnes dans le travail. Ils peuvent spécifier des actions concrètes ou des attentes comportementales à honorer, mais pas lister des objectifs ou des qualités abstraites. Donc ce ne sont pas des redevabilités.

    En tant que Partenaire, vous pouvez demander un Accord Relationnel à un autre Partenaire, parce que c’est votre souhait personnel ou parce que vous en avez besoin pour énergiser vos Rôles. Ce Partenaire peut accepter ou non cet Accord, selon ses convenances personnelles. Un Accord Relationnel peut être rompu unilatéralement sauf si autre chose a été spécifié.

    Ce fonctionnement introduit du consentement personnel comme il existe en Sociocratie pour l’acceptation de ces Accords Relationnel, dans le champ des relations interpersonnelles.
    Les Partenaires ont l’obligation de respecter les Accords Relationnels qu’ils ont acceptés. Un Facilitateur peut aussi renforcer ces Accords Relationnels en facilitant des réunions, tant qu’elles n’entrent pas en conflit avec la constitution.
    La constitution permet de cette façon d’introduire par exemple des règles de résolution des conflits ou de régulation des relations interpersonnelles.
    C’est une belle et riche évolution qui est apportée ici car elle permet d’inclure une forme de charte relationnelle entre les membres de l’organisation. C’est un aspect qui était perçu comme un manque ou une lacune par plusieurs organisations qui avaient testé Holacratie, mais n’avaient pas réussi à mettre en pratique cette dimension de régulation des relations interpersonnelles dans le cadre de la version 4.1 de la constitution.
    Je pense que les règles existantes le permettaient, mais demandaient une ingénierie de gouvernance pas toujours intuitive. Il y a maintenant une possibilité et une invitation claire à investir le champ relationnel.

    Des changements dans le processus de rédaction de la constitution elle-même

    Jusqu’à la version 4.0, la constitution Holacracy était développée par Brian Robertson et son entreprise HolacracyOne. Pour écrire la version 4.1 il a fait appel à des contributeurs que sont Rashid Gilanpour, Alexia Bowers, Djwork, Martina Röll, Olivier Compagne, Koen Veltman, Mieke Byerley, Diederick Janse, Karilen Mays, Bernard-Marie Chiquet, Tim Kelley, Dien Kwik, Kræn Hansen et Jeffrey Anthony.

    La version 5.0 a jusqu’ici bénéficié des apports de 10 contributeurs que l’on peut voir sur la plateforme GitHub https://github.com/holacracyone/Holacracy-Constitution/blob/v5.0-beta/Holacracy-Constitution.md

    Découvrez la traduction complète de la constitution Holacracy 5.0 : Découvrir

  • Comment structurer ses réunions pour les rendre efficaces ?

    Lecture : 4 minutes

    Des réunions structurées, efficaces et agréables, c’est possible !

    Les réunions occupent une place non négligeable dans nos agendas. Qu’elles soient en équipe ou avec des personnes extérieures, on ne sait pas toujours dans quel objectif on s’y rend, ni quel va être notre rôle. Trop souvent, la réunion se transforme en un exposé durant lequel chacun.e répond discrètement – ou pas – à ses mails sur son téléphone.

    Pourtant le mot réunion signifie l’unité, le lien commun, un moment privilégié où l’on va parler de la vie collective.

    Avec l’équipe de Sémawé, nous avons décidé que s’ennuyer en réunion n’était pas une fatalité ! Au contraire, une réunion peut aussi être un moment d’échanges enrichissants !

    Se réunir ? Oui mais pourquoi faire ?

    Pourquoi faire des réunions ? Pour partager de l’information, pour gérer un projet, prendre une décision, se rencontrer… À chaque réunion son intention. Plus elle sera identifiée, plus elle agira comme un levier de mobilisation et de motivation sur les participant.e.s. De cette intention découlent des objectifs permettant de rythmer et structurer les différentes phases d’une réunion. À Sémawé, nous observons qu’au-delà des thèmes ou des projets à aborder, nos réunions se structurent autour de quatre objectifs : faire remonter des informations, générer des idées, prioriser, décider.

    À travers ces objectifs, c’est l’efficacité de nos réunions que nous visons. Pour ce faire, nous focalisons notre attention sur deux aspects :

    • le contenu de la réunion : nos objectifs sont clairs pour éviter d’aborder des sujets annexes qui feraient perdre du temps au groupe
    • la forme de la réunion : nous la souhaitons participative pour que chaque personne puisse s’impliquer et contribuer

    Cette vigilance crée les conditions pour un travail collectif agréable, nourrissant et pertinent.

    Les incontournables du travail en groupe

    Nos réunions reposent sur 4 fondamentaux :

    1. La gestion du temps : la réunion commence et finit à l’heure. Nos réunions les plus courtes durent 10 minutes, nos réunions les plus longues 1 h 30. 2 à 3 fois par an, nous dédions une journée entière à l’équipe sous la forme d’un forum ouvert.
    2. La gestion de la parole : quelqu’un régule les prises de parole. Cette personne peut proposer de faire un tour de table, elle peut faire passer un bâton de parole ou déposer sur la table différents sabliers pour rendre visible le temps qui s’écoule.
    3. L’ordre du jour : s’il a été décidé à l’avance, il est affiché. Sinon, il peut être co-construit avec les participant.e.s en début de réunion. En lien avec la gestion du temps, on peut choisir de définir la durée de chaque point de l’ordre du jour.
    4. Le cadre : il pose des règles de non-jugement, invite à s’exprimer à la première personne pour éviter les généralités, et rappelle que la parole doit circuler.

    Un début, une fin

    Au-delà des objectifs souhaités, nous vous invitons à prendre soin de l’ouverture et de la clôture.

    L’ouverture

    Elle donne le ton de la réunion, permet de créer du lien entre les personnes présentes. Elle peut répondre à deux objectifs : favoriser l’interconnaissance si le groupe ne se connaît pas, et/ou permettre à chacun.e de livrer son état d’esprit. L’intention reste cependant la même : prendre le temps d’accueillir chaque personne.

    Les jeux d’interconnaissance offrent la possibilité de se présenter de façon décalée, c’est le moyen d’éviter un tour de table formel où chacun.e se présente par son prénom et son statut.

    La météo s’attache aux émotions. Chaque personne peut livrer ce avec quoi elle arrive à la réunion. Ce temps d’expression permet de déposer les tensions, qu’elles soient en lien ou extérieures à la réunion. Par exemple, si une personne arrive tendue à cause des bouchons ou que son GPS l’a faite passer par un chemin improbable pour finalement l’amener dans une impasse, elle peut l’exprimer et sa tension ne ressortira pas pendant la réunion.

    En équipe, c’est également un moment privilégié, un baromètre interne de l’état d’esprit de chaque membre de l’équipe. À Sémawé, la météo c’est au quotidien. Juste avant notre mêlée d’équipe, chacun.e partage son état d’esprit de la journée. Comme un baromètre interne, ces quelques minutes de partage guident nos journées pour mieux travailler ensemble.

    La clôture

    En écho à la météo, la clôture a pour objectif de recueillir les ressentis et identifier avec quoi chacun.e repart. Pour la personne qui anime, c’est le moyen de savoir comment la réunion a été vécue, si elle a répondu aux attentes. C’est aussi l’occasion de prendre le temps de se dire au revoir, quelques minutes avant la fin de la réunion qui, on le sait, terminera à l’heure (!).

    La clôture peut être un simple tour de table : tout le monde donne son ressenti, un mot, une émotion. Pour approfondir le débrief, chacun.e peut livrer une « pépite », c’est-à-dire une chose qui a été particulièrement appréciée, et un « caillou », à l’image de celui qui gêne au fond de la chaussure.

    Quels outils d’animation choisir ?

    Selon l’intention, la météo de chacun.e et le temps imparti, nous choisissons une méthode qui active l’intelligence collective de l’équipe. Pour citer quelques-unes de nos pratiques :

    • Faire remonter des informations : l’île au trésor, le speed-boat, Dare-Care-Share
    • Générer des idées : le brainstorm, le brainstorm inversé (ou pire scénario), le lean-café
    • Prioriser : vote par points, planning poker
    • Décider : vote à main levée, vote par consentement

    Et comme l’animation, ça se partage, nous veillons à ce que la personne qui facilite ne soit pas toujours la même !

    La réunion est pour nous un véritable lieu de co-construction et de prise de décisions. Elle représente même un moment privilégié pour nous éloigner des écrans, échanger en direct de façon sereine et exprimer notre créativité.

    Pour faciliter les prises de notes de compte-rendu, nous invitons parfois les outils de la facilitation graphique. Sur ce dernier point, promis, on vous en dit plus dans un prochain article !

  • Sémawé facilite des débats citoyens à l’échelle de la Métropole de Grenoble

    Lecture : 3 minutes

    Depuis le mois d’avril, l’équipe de Sémawé cultive son esprit démocratique avec le groupe des Grenopolitains. Les Grenopolitains se définissent eux-mêmes comme « des habitant.e.s, des militant.e.s, des chef.fe.s d’entreprises, des élu.e.s des territoires… tous et toutes uni.e.s autour d’un même objectif : construire un projet métropolitain avec les citoyen·es autour de valeurs communes à la fois de gauche, écologistes et humanistes. »

    Le groupe échange, élabore, débat, rédige des propositions concrètes pour répondre aux défis sociaux et environnementaux de demain. Leur appel s’adresse à toutes les communes, « des plaines jusqu’aux sommets de la Métropole ».

    Les Grenopolitains : un espace de débat pour répondre à l’appétit démocratique et réinventer l’action publique à l’échelle de la Métropole

    Inspirés par les innovations citoyennes qui naissent à Barcelone, les Grenopolitains ont choisi de mettre en ligne leurs propositions et de provoquer le débat. Dans un esprit de co-construction, le groupe soumet aujourd’hui ses propositions aux citoyen.ne.s. Chacun.e peut réagir et bonifier les idées présentées.

    Et pour incarner ces débats, le groupe a prévu 4 temps forts, ouverts à tous.tes, dans 4 villes du territoire : Champagnier, Le Sappey en Chartreuse, Saint-Égrève et Grenoble. Sémawé intervient lors de ces 4 « Apéro’Politains » pour :

    • faciliter les prises de parole
    • faire émerger le débat
    • aider à l’élaboration de propositions concrètes

    Notre méthodologie

    L’équipe de Sémawé apporte ses méthodes participatives pour favoriser un débat constructif.

    Pas de sujets prédéfinis ; en début d’atelier, chaque participant.e affiche le sujet qu’il.elle veut aborder. Par un jeu de regroupement, les sujets similaires se rassemblent par familles et forment plusieurs petits groupes.

    Chaque groupe thématique part alors en discussion, chacun.e livre son approche du sujet traité, sa vision des choses. Après ces échanges, les participant.e.s sont invité.e.s à faire une proposition. Cette proposition est passée au crible du processus du vote par consentement. Autrement dit, une proposition n’est retenue que s’il n’y a aucune objection. Si objection il y a, le rôle de l’animateur.rice est d’aider le groupe à lever cette objection et à apporter les bonifications (améliorations) nécessaires pour que le groupe entier tombe d’accord sur une proposition.

    Une fois validée au consentement, la proposition peut être présentée au grand groupe en fin de séance.

    Par exemple sur le sujet de l’accueil des migrant.e.s, un groupe a proposé de regrouper les réseaux existants d’hébergement et de mettre en place une allocation solidaire pour les familles qui hébergent pendant une ou plusieurs nuits.

    Ce qui nous porte

    La démarche initiée par les Grenopolitains est une démarche d’ouverture qui fait écho à notre façon de concevoir le débat public. La dimension participative du projet nous semble fondamentale et nous avons plaisir à animer ces matinées.

    D’une part, nous apportons notre méthodologie et permettons aux participant.e.s de découvrir d’autres modes de prise de décision, comme la décision par consentement. Et d’autre part, nous repartons nourri.e.s par toutes les idées qui émergent pendant l’animation. Ce sont des idées concrètes pour faire avancer la Métropole vers plus de démocratie.

    Enfin, c’est un moment convivial où l’on partage des produits locaux, dans des lieux porteurs d’initiatives sur le territoire. C’est pour nous une démarche enthousiasmante et encourageante !

    Prochain rendez-vous

    Le prochain rendez-vous est donné : le samedi 6 juillet 2019 à la Bifurk à Grenoble !

    Retrouvez le programme de cette journée sur la page Facebook.

    Vous avez déjà plein d’idées, voici la plateforme pour participer : https://grenopolitains.fr/

    Vous souhaitez échanger avec le groupe des Grenopolitains ? contact@grenopolitains.fr

  • Le Festival Off d’Avignon, co-construire et rassembler !

    Lectutre : 3 minutes

    Vous connaissez probablement le célèbre Festival d’Avignon, son festival IN et son festival OFF.

    Chaque année depuis 1967 se tient le Festival Off d’Avignon qui attire pas moins de 1400 pièces de théâtre et 1 million de spectateurs sur 3 semaines dans les rues d’Avignon !

    À l’occasion du lancement du programme 2019, nous avons été sollicité.e.s pour animer un moment de rencontre initié par les organisateurs du Festival Off.

    Tout l’enjeu était de faire collaborer compagnies de théâtres, élus, commerçants, habitants et organisateurs du festival pour trouver un terrain d’entente et co-construire un avenir commun.

    Du jamais vu dans l’histoire du Festival Off. Cette initiative portée par le président d’Avignon Festival & Compagnie, Pierre Beffeyte, a été saluée par les participants qui attendaient pour certains ce moment d’échange depuis plusieurs années.

    La jeune et dynamique équipe du Festival a montré sa volonté de rentrer dans un nouveau cycle et d’améliorer les conditions pour tous les acteurs du territoire.

    Le site Profession spectacle a d’ailleurs rédigé un article enthousiaste au sujet de cet événement !

    Fluidifier les échanges et canaliser le groupe

    L’idée de départ était de recueillir les axes d’amélioration de chaque partie prenante pour créer un espace de partage.

    Sémawé a été missionnée pour animer et faciliter ce temps de concertation. Nous avons proposé de pousser le format pour en faire un échange participatif et solidarisant, notre envie étant de créer du lien entre des publics qui, à première vue, étaient plutôt dans des postures revendicatrices.

    3 thématiques ont été abordées : hébergement, mobilité, commerce restauration et éco-festival.

    Jeanne, Juliette et Aliocha ont animé chaque groupe dans le but de faire réfléchir les participant.e.s à des solutions qui pourraient améliorer les problématiques liées à chaque thème.

    La méthode d’intelligence collective des Chapeaux de Bono a permis de traiter les tensions et le besoin de partage et d’expression de l’ensemble des personnes présentes pour laisser ensuite place à la créativité et la recherche de nouvelles solutions constructives.

    Le rôle de Sémawé a été de créer le cadre qui permette :

    • la circulation égale de la parole
    • le respect de chacun.e sur les avis des autres
    • l’écoute mutuelle de chaque partie prenante
    • la construction d’un avenir commun en utilisant la force d’intelligence du collectif

    Les propositions retenues ont ensuite été présentées en débat mouvant, une phase d’échange collectif qui a permis de laisser remonter les objections des participant.e.s et d’affiner encore l’adhésion collective lorsqu’il y en avait.

    Un moment émouvant

    Après des années sans espace de discussion, la bienveillance commune et l’attachement partagé par chacun.e concernant le Festival Off ont suscité beaucoup d’émotion dans l’assistance.

    La prise de conscience et la joie de la co-construction ont été deux éléments révélateurs de l’envie de toutes et tous de prendre soin du Festival Off, un événement précieux pour le territoire !

    Des participant.e.s enthousiastes

    La clôture de la matinée a permis à chacun.e de s’exprimer sur son degré de satisfaction suite aux échanges. Le groupe s’est montré très enthousiaste quant à l’optimisme ressenti. Un soulagement commun a également été visible. Toutes et tous ont réalisé que peu importait le statut de chacun.e, les mêmes enjeux sont partagés en période de Festival !

    Notre analyse de la situation

    Quel que soit le sujet à travailler, lorsqu’il est nécessaire de rassembler un collectif avec des idées et des enjeux différents, la méthode de démarche participative est un élément indispensable pour créer les conditions d’une véritable écoute et d’une coopération constructive. Elle est la garante de l’écoute mutuelle puisqu’elle définit les règles de prise de parole et de la créativité positive en séparant bien les phases de réflexion.

    Rien de plus vrai pour créer du lien et donner envie aux personnes de changer de posture !

  • Comment conjuguer travail et bien-être en entreprise ?

    Lecture : 5 minutes

    Entreprise libérée, intelligence collective, marque employeur, l’humain au centre du travail…

    Le changement des modes de management et de fonctionnement structurel des entreprises est un sujet qui étonne, fait réagir, passionne, parfois agace…

    Depuis plusieurs années, nous pratiquons tous les jours, au sein de notre PME, un fonctionnement dit “d’entreprise libérée”. Cette démarche demande individuellement de l’exigence et de l’humilité en continu, mais elle est la source d’une profonde confiance partagée et d’un épanouissement de chaque membre de l’équipe ! Ce n’est pas un délire d’agence jeune et “branchée”, bien au contraire, ce sont nos convictions profondes qui nous ont menés jusque-là…

    L’entrée dans le monde du travail

    J’ai 32 ans, et comme beaucoup de professionnels de la communication, j’ai d’abord fait mon expérience dans des entreprises de grandes villes, car c’est là que les premières embauches semblent les plus faciles. Qui dit grande ville, dit modernisme et dynamisme me direz-vous ? J’ai découvert avec stupéfaction qu’il n’en était rien !

    Les méthodes de management rigides et autoritaires que j’ai connues à cette époque supposaient de subir en silence de l’agressivité librement exprimée. Le stress et la pression du résultat imposés par mes supérieurs m’ont fait fuir vers des eaux plus calmes et plus humaines !

    Avant d’intégrer l’équipe de Semawe, je n’avais jamais imaginé que la relation entre dirigeants et salariés pouvait ressembler à autre chose qu’une succession d’ordres et de devoirs devant être exécutés le mieux et le plus vite possible sans possibilité de dialogue.

    Les entreprises collaboratives ne sont pas une vue de l’esprit

    À force de témoigner du fonctionnement très horizontal que nous avons réussi à mettre en place au sein de Semawe, nous nous sommes aperçus que la thématique pouvait à la fois intéresser et faire peur parfois.

    Le principal frein exprimé est souvent que les dirigeants et les équipes n’ont pas été formés aux nouvelles formes de management.

    Certes, j’entends bien ! Lorsqu’une formation de ce genre existera, nous aurons franchi une étape majeure dans l’histoire culturelle des entreprises.

    Mais selon moi, ce motif est un leurre un peu trop facile… C’est un peu comme dire : “Je ne l’ai jamais fait donc je n’essaye pas et je continue sans me poser de questions, même si je ressens de l’inconfort”.

    Il appartient à chacun.e de prendre la responsabilité de se saisir de cette question essentielle de la vie d’entreprise. À commencer par le dirigeant, qui est le seul à pouvoir insuffler au départ un climat de confiance et d’écoute au sein de ses équipes.

    Ils nous répondent parfois, lors des ateliers que nous animons sur le sujet, qu’ils ne “font pas confiance tant que leur employé n’a pas fait ses preuves”.

    Comment dans ce cas créer les conditions de bienveillance et de confiance qui vont permettre à une personne d’exprimer pleinement son potentiel, lorsque son supérieur hiérarchique lui fait comprendre qu’il ne lui fait pas confiance ? La question reste ouverte : pourquoi considérer que les salariés d’une entreprise doivent obligatoirement fournir des preuves à leur patron ? Et pourquoi pas l’inverse ? Que gagne-t-on à imposer dès le début une relation déséquilibrée et basée sur la présomption de l’incompétence ou de la non-fiabilité de l’autre ?

    Pourquoi ne pas miser sur l’accompagnement et la confiance comme base relationnelle ?

    Une plongée dans le modèle scolaire

    Cela me rappelle étrangement les notions que l’on nous enseigne toute notre vie :

    • l’obéissance aux référents adultes, parents, professeurs puis employeurs, sous-entendu “supérieurs”,
    • l’impossibilité de choisir ou de proposer tant que nous ne sommes pas considérés comme “adultes”,
    • le suivi d’un programme imposé sans prise en compte de notre rythme individuel ou de nos envies,
    • l’évaluation et la notation permanente par des tiers les 20 premières années de notre vie.

    Et cela continue dans le monde du travail. Pas étonnant que les classes s’affrontent en restant bien campées sur leurs positions respectives : les salariés d’un côté qui ne veulent pas plus de responsabilité que ce qui est écrit dans leur “fiche de poste”, les patrons de l’autre qui ne font pas confiance à leurs équipes.

    Pourtant, les entreprises à visage humain existent et commencent à éveiller l’intérêt des générations Y et Z, souvent qualifiées d’indomptables ou d’imprévisibles.

    Laisser aux équipes la liberté de leur propre autonomie et responsabiliser les salariés est une démarche qui a du sens, dans un monde où beaucoup de gens vont travailler en pilote automatique. Il ne reste plus qu’à s’y mettre !

    L’apprentissage par la prise d’autonomie

    Cette démarche demande une gestion attentive de l’équipe et du dialogue humain. La magie peut opérer seulement si le groupe adhère et pratique quotidiennement cette bienveillance partagée. C’est d’ailleurs ce qui m’interpelle chez les détracteurs de ce modèle qui, 90% du temps, le critiquent sans jamais l’avoir pratiqué, par simple a priori !

    Un des principaux aspects de cette bienveillance partagée est la gestion des erreurs. Se débarrasser de la gêne est un gage de réussite, car c’est dans l’accompagnement que les personnes s’épanouissent et cessent de reproduire les mêmes erreurs. Aboutissant ainsi à des façons de travailler plus humaines et plus efficaces. L’ouverture de la parole permet d’éviter les effets dévastateurs d’une erreur cachée et répétée.

    En tant que salariée ayant vécu l’expérience, je peux en témoigner.

    Je n’ai jamais autant progressé qu’en partageant mes erreurs avec mes collaborateurs aux oreilles attentives, sans avoir peur d’être jugée.

    La prise de décision en autonomie est aussi un élément crucial de la démarche. Elle permet aux salariés de décider plus vite, souvent bien mieux que le dirigeant car ils connaissent leur dossier. Les gains obtenus sont énormes : efficacité d’exécution, recherche autonome de solution, intelligence dans la prise de décision, amélioration de la confiance en soi et du climat général dans l’entreprise.

    De l’importance de transmettre le message aux autres générations

    Il nous paraît aujourd’hui essentiel d’essayer de transmettre une partie des valeurs qui nous tiennent à cœur à Semawe : bientraitance, respect de l’individualité, écoute réciproque, remise en question… Cette nouvelle vision a sa place dans les TPE et les PME ! Il est humain d’avoir envie de s’investir dans son travail en étant écouté.e, encouragé.e et responsabilisé.e par son employeur et par ses collaborateurs ! Et cela relève du possible 🙂

    Ce vaste sujet du bien-être au travail et de l’épanouissement individuel est un sujet trop important pour être négligé. Le sujet de toute une vie professionnelle ! Il concerne toutes les générations qui sont capables de travailler au changement de leurs méthodes de management. Il concerne aussi les générations à venir, celle de nos enfants qui méritent d’avoir une vie professionnelle heureuse ; après tout, le travail représente 1/3 de notre vie !

    Et vous qu’en pensez-vous ? Avez-vous envie d’évoluer dans un contexte où travail et bonheur vont de pair ?

    D’autres articles sur des sujets parallèles que nous avons expérimenté en équipe :

    Crédits photo : Léa Major et Sémawé

  • Expérience : la rétrospective Agile dans un collège Montessori de Grenoble

    Lecture : 6 minutes

    Voici le récit d’une expérimentation menée en 2018 à Grenoble, dans un petit collège associatif. Il s’agit d’une occasion rare d’introduire les pratiques Agiles pour des jeunes publics, avec un vrai enjeu de cohésion et de vie du groupe. Le but était de répondre à un besoin urgent de mieux-vivre ensemble, dans un temps court, cela en quelques interventions. La rétrospective Agile aura permis de faire bouger certaines postures !

    Le contexte

    Un Collège Montessori à Grenoble, qui connaît dans son groupe de collège (12-15 ans) des difficultés relationnelles entre les enfants et avec l’éducatrice.

    Je propose à cette école de prendre du temps pour tester avec ce groupe une approche Agile. Introduire l’Agilité dans un cadre pédagogique est une occasion formidable de confronter les pratiques Agiles que nous appliquons dans l’équipe de Sémawé, à un contexte d’éducation et à un public d’adolescents !

    La proposition

    Organiser tous les 15 jours une rétrospective Agile, dont je suis le facilitateur. Tout le groupe participe : les collégiens et leur éducatrice. Les rétrospectives durent 2 heures et ont pour but d’améliorer le vivre ensemble du groupe et les conditions de travail de ce petit collège Montessori de Grenoble.

    L’expérimentation Agile dans le collège

    Je prépare la première rétrospective comme j’ai l’habitude de les concevoir pour Sémawé ou lorsque j’anime des rétrospectives d’équipe dans des entreprises ou d’autres organisations. Je propose au groupe d’utiliser des exercices qui me semblent plutôt simples, c’est mieux pour aborder un format de réunion tout à fait nouveau.

    L’accueil mi-curieux, mi-désabusé des adolescents du groupe est déjà une surprise. Il y a dans le groupe une très forte hétérogénéité d’envies et d’objectifs, si bien qu’il n’est pas évident d’aligner tout le monde sur un objectif commun.

    Une école est un contexte un peu particulier par rapport à une entreprise. Tous les enfants n’ont pas choisi d’être là ! Que répondre à un ado qui vous lance : « moi si j’avais le choix, je n’irais pas à l’école » ? L’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. Point. Mais tout d’un coup, les grands principes de liberté sont compliqués à appliquer dans l’immédiat avec une telle remarque. Je suis obligé de reconnaître qu’il y a une contrainte dans la rétrospective. Mais c’est finalement précisément son objectif, que d’arriver à améliorer un contexte de travail contraint.

    C’est en soi un parallèle intéressant avec les situations que l’on rencontre dans des entreprises pyramidales. Il existe cette perception des salariés de ne pas avoir réellement le choix de leur présence. La crainte de la difficulté à changer d’emploi par exemple peut contraindre d’une certaine façon des individus à accepter des environnements qui ne leur conviennent pas.

    Le retour sur l’expérience

    Les difficultés du groupe pour suivre une rétrospective Agile ont été les mêmes que celles rencontrées par les groupes d’adultes que j’ai accompagnés sur ce même exercice dans leur entreprise.

    1- Difficultés d’attention : Les adultes papotent, pianotent sur leur smartphone, ou rêvassent pendant qu’on donne les consignes d’un exercice… Et les enfants font de même, avec un peu moins d’inhibition ! Au lieu de regarder leur profil Facebook, ils se bagarrent, montent sur les tables, ou se mettent à pousser d’étranges hurlements ! Mais finalement, il s’agit bien du même déficit de concentration, de la même difficulté à se poser pour entrer vraiment dans un moment de concentration sécurisé.

    2- Difficultés à respecter une consigne très simple : Lorsque chacun doit poser ses post-it au tableau et expliquer aux autres ce qu’il ou elle a voulu dire, cela crée un petit tumulte où plusieurs personnes se retrouvent debout, pressées de présenter leurs post-it, mais pas très attentives à écouter la personne qui parle. Et chacun de se scandaliser du peu d’écoute dont il ou elle bénéficie pendant son explication !

    3- Une tendance à l’accusation : Comme s’il existait un conditionnement à rejeter la faute sur les autres, à identifier la source des problèmes chez les autres. Dans une rétrospective Agile, il n’est pas permis de critiquer une personne ou l’accuser. Ce qui ne doit pas empêcher d’exprimer une frustration, une crainte. Pour autant, cette consigne est difficile à respecter lorsqu’un passif de ressentiments négatifs est bien installé. C’était donc le cas pendant cette expérience.

    Et d’un autre côté, il était évident qu’il existait dans ce groupe une vraie propension à la bienveillance, puisque dans les exercices où il s’agissait de dire des choses positives et agréables sur les autres membres du groupe, ils n’ont éprouvé aucune difficulté à le faire.

    4 – En chemin vers plus de responsabilisation : Malgré les surprises liées au contexte de ces rétrospectives Agiles en milieu scolaire, malgré l’introduction tardive de cette méthode dans le groupe (nous sommes en fin d’année scolaire), il s’est produit un effet positif très net.

    Les enfants ont su manifester sur le champ le simple fait qu’ils ont passé un bon moment. Puis lors de mes passages suivants dans le collège, plusieurs sont venus spontanément m’apporter leur soutien en me disant : « Ah ! Merci beaucoup de revenir animer une rétro, ça fait vraiment du bien au groupe chaque fois ! ». En tant que facilitateur, c’était assez surprenant, tant il y avait de tensions accumulées qui s’exprimaient pendant les rétrospectives, mais j’ai pris ces signaux pour des encouragements à persévérer.

    Du point de vue de l’éducatrice du groupe, le bénéfice se traduisait plutôt par l’introduction de nouveaux outils méthodologiques pour piloter le groupe. Nous avons vu éclore notamment dans les semaines qui ont suivi les premières rétrospectives de nouvelles pratiques de responsabilisation des enfants. Cela passait par exemple par la prise en charge des tâches de vie quotidienne par les collégiens eux-mêmes sur une base volontaire.

    Ce que j’en retire

    La conclusion de cette expérience forte et complexe est que l’Agilité – et en particulier l’exercice de la rétrospective – se prête malgré tout parfaitement au fonctionnement d’un groupe dans un cadre scolaire.

    Il est évident que la méthode aurait pu apporter beaucoup plus si elle avait été introduite dès la constitution du groupe, c’est-à-dire en début d’année scolaire.

    Ce que l’expérience montre aussi, c’est que dans un contexte imparfait à de nombreux points de vue, l’Agilité a une bonne efficacité curative pour traiter des problèmes existants et anciens.

    Une école Montessori est probablement un cadre de test un peu spécifique par rapport à une école conventionnelle, mais cette expérience est aussi rassurante sur ce point. L’essentiel des difficultés de fonctionnement du groupe pendant la rétrospective venait de comportements issus très directement des apprentissages comportementaux dans l’école « classique ». La quasi-totalité des enfants du groupe ayant vécu une majeure partie de leur scolarité dans des écoles conventionnelles. C’est-à-dire notamment dans un contexte de grande infantilisation, où la parole de l’enfant est perçue comme peu fiable, à faible valeur. Et par ailleurs, une forte attente de la part des enfants à provoquer la réaction des encadrants adultes, parce qu’ils ont appris pendant leur scolarité qu’ils devaient obtenir la reconnaissance (ou les réprimandes) des adultes et non pas travailler pour eux-mêmes.

    Venir faciliter des ateliers Agiles dans une école est une expérience de facilitateur assez remarquable, hors du commun, très enrichissante. Le feed-back en direct du public est moins inhibé que chez les adultes, et la force des conventions sociales est très présente néanmoins. Hors du commun parce que c’est une occasion rare à l’échelle de la société de pouvoir échanger avec un groupe de jeunes tout en les considérant comme des individus autonomes et libres de penser et d’agir. Enrichissante parce que ces terrains nouveaux de l’application de l’Agilité sont une occasion de progrès dans ma posture de facilitateur. La facilitation – au contraire de l’animation – induit une position de support du groupe, une position basse, pour permettre des apprentissages par l’expérience. Déjà Socrate nous disait que le savoir n’est pas une chose que l’on dépose dans la tête des enfants, l’important étant d’apprendre à apprendre !

    Mon but était d’offrir au groupe la possibilité de mieux vivre son quotidien, d’apporter du bien-être à ces adolescents en situation d’apprentissage. La proposition de l’approche méthodologique Agile présente l’atout de permettre une évolution des postures individuelles dans le groupe. À ce titre cette expérimentation gagnerait certainement à être reproduite dans d’autres écoles, collèges, universités.

    Je souhaite renouveler l’expérience aussi parce que cela permet de sortir des cadres connus du monde du travail et cela réinterroge et permet d’améliorer les pratiques de la facilitation Agile.

    Le déroulement

    Voici comment se découpe généralement une rétrospective :

    • Ouverture
    • Remontée d’informations
    • Générer des idées
    • Décider des actions
    • Clôture

    Les exercices peuvent être différents d’une fois sur l’autre. Nous pouvons nous inspirer d’idées trouvées par exemple sur ce site : plans for retrospectives.

    Et parfois nous en inventons et les testons ! La créativité n’est jamais brimée à Sémawé !

    Les actions

    Il s’agit d’un point important car elles représentent une sorte de pont entre la rétrospective qui vient de se terminer et celle d’après. Ce sont notamment elles qui vont nous permettre de nous améliorer sur certains points. Avant de décider de leur pertinence, nous les passons par le filtre « **SMART** ». C’est ainsi qu’une action se doit d’être :

    • Spécifique (à un problème donné)
    • Mesurable (avec un indicateur de succès ou d’échec)
    • Acceptable (par les parties prenantes concernées)
    • Réalisable (en terme de moyens, délais, ressources…
    • Temporellement définie (avec une limite et/ou une durée)

    Ensuite, chacun(e) prend en charge une action à mettre en place, et c’est parti jusqu’à la prochaine !

    Vous avez envie d’essayer ? Si oui, alors lancez-vous ! Le meilleur moyen d’avancer, c’est de tester, ajuster, retester… En tous cas, c’est le leitmotiv de Sémawé et ça nous plaît bien !

  • La pédagogie Montessori : une source d’inspiration pour l’entreprise

    Lecture : 5 minutes

    Vous connaissez la pédagogie Montessori ? Une approche conçue par Maria Montessori en Italie dans les années 1900. Elle est la première pédagogue à concevoir une science de l’éducation. Cette pédagogie repose sur une très grande autonomie de l’enfant, un environnement adapté à lui, une attention individualisée, le libre choix des activités, du matériel pédagogique autocorrectif…

    Imaginée dans le but de venir en aide aux enfants porteurs de handicap mental, cette pédagogie alternative s’est révélée être très intéressante pour tous les enfants, puisqu’elle répond à l’aspiration profonde de chaque jeune enfant à apprendre, et à découvrir le monde.

    Alors, quel lien avec l’entreprise ?!

    L’entreprise est une organisation sociale dans laquelle les individus contribuent par leur travail à un but commun. Dans la vision moderne de l’entreprise, sans forcément aller jusqu’à l’entreprise libérée, on a besoin d’apprendre sans cesse.

    Le monde change, l’évolution de la technologie apporte des modifications substantielles des comportements, des cadences de travail, et même du type d’effort intellectuel qu’il faut fournir. Les agendas en ligne, la disponibilité de l’information sur Internet, et les outils d’échanges numériques comme l’email ou Slack (messagerie d’équipe) allègent considérablement nos efforts de mémoire. Par contre, notre cerveau doit savoir trouver très vite une information parmi des sommes astronomiques de données. Finalement, les processus cognitifs à l’œuvre ne sont plus du tout les mêmes.

    Si la pédagogie Montessori produit de si remarquables résultats pour des enfants en situation d’apprentissage, alors pourquoi ne pas s’en inspirer pour nous adultes, qui sommes aussi en situation permanente d’adaptation et d’apprentissage ?

    Comment Montessori peut inspirer l’entreprise ?

    Le pair-travail : c’est-à-dire le travail entre pairs.

    Cet outil permet de travailler avec une autre personne de son équipe, sous forme de sessions assez courtes pendant lesquelles un travail similaire est effectué en même temps et au même endroit, dans le but de pouvoir s’entraider, se stimuler, et de bénéficier du regard bienveillant d’un pair sur son propre travail. Ce type de pratique permet de sortir du rapport sachant-apprenant et valorise considérablement l’esprit d’équipe et d’entraide.

    Le travail en binôme est un outil bien connu chez les développeurs qui pratiquent des méthodes Agiles et en particulier l’extreme programming (ou pair programming). Cette méthode permet à 2 personnes de travailler sur une même tâche en même temps et sur un même ordinateur :

    • un « conducteur » réalise le travail.
    • un « observateur » assiste le conducteur en essayant de détecter les améliorations possibles de son travail, en lui proposant des solutions de contournement.

    Les rôles peuvent s’interchanger aussi souvent que souhaité.

    Peu de temps collectifs obligatoires

    « La ligne » dans une classe Montessori est un moment court de partage entre tous les membres de la classe, avec une attention particulière pour les prises de parole. On y parle du travail, mais pas seulement.

    « La mêlée » chez Sémawé est le seul rendez-vous collectif auquel toute l’équipe se doit de participer (la participation aux autres réunions/ateliers étant laissée à l’appréciation de chacun). Il s’agit d’une réunion rapide que nous tenons debout, sans notes, elle dure 10 minutes et les prises de parole ne dépassent pas la minute. Cela permet à chacun de bénéficier de toute l’attention de ses coéquipiers et de s’informer en très peu de temps sur la vie collective et les actualités des autres. Cette technique de réunion est un grand classique de l’Agilité, on retrouve des daily stand-up meeting dans Scrum en particulier. La dimension cérémoniale de la mêlée Agile est aussi importante que les informations qui s’échangent pendant ces 10 minutes quotidiennes !

    Valoriser l’échec comme une formidable chance d’apprendre !

    Dans une école Montessori, le travail des enfants n’est pas évalué par des notes. Ainsi, il n’y a ni récompense pour un travail bien fait, ni punition pour un échec ou une erreur. Le but est que l’enfant apprenne à travailler pour lui-même et non pour satisfaire les attentes d’un adulte. C’est ainsi qu’il cultive sa curiosité profonde naturelle.

    Dans l’entreprise, c’est un principe qui peut se traduire. Mais cela demande de l’accompagnement quand les personnes ont eu l’habitude d’un système d’évaluation permanente. Si l’on arrive à instaurer ce principe dans une équipe professionnelle, cela donne un collectif ultra-motivé, dans lequel les individus font ce qu’ils font car ils en ont envie, et en confiance avec les autres car ils ne sont pas jugés sur leur travail. C’est ainsi qu’un climat d’entraide et de solidarité peut s’installer. Plus loin encore, c’est la base d’un climat de travail apaisé et sécurisant, dans lequel l’erreur devient une belle occasion d’apprendre, une information que l’on a envie de partager avec ses collègues !

    Un parallèle entreprise-école : risqué ?

    Premier écueil : confondre salariés et élèves. Est-il utile de préciser qu’il ne s’agit pas d’infantiliser les salariés alors que ce sont des adultes ?

    Si cette crainte existe, c’est bien parce que le paradigme de l’apprentissage tel qu’il s’installe dès le plus jeune âge dans l’école de la république, pose comme fondation que l’enfant est irresponsable, ignorant, fainéant, tricheur, violent. Alors naturellement, il faut l’encadrer, le contraindre, lui enseigner des apprentissages, le faire obéir, le surveiller.

    Je pose l’hypothèse que si tous ces comportements existent chez certaines adultes, c’est peut-être en partie parce que c’est précisément le regard qui a été posé sur eux enfants.

    Certaines pédagogies alternatives comme Montessori posent le principe de la confiance en l’enfant comme fondatrice de toute une approche de l’évolution. De la même façon, on peut dans une entreprise poser cette confiance comme un apriori.

    Plutôt que de partir du principe que la personne salariée doit faire ses preuves avant qu’on ne lui accorde de la confiance, essayons d’investir de la confiance dans nos relations professionnelles !

    Salarié = adulte, Adulte = Responsable ?

    Un adulte est responsable dans la société. A compter de ses 18 ans, il n’a pas besoin de demander une autorisation à quelqu’un d’autre pour initier un projet, pour aller demander un emprunt dans une banque, pour acheter une maison ou une voiture, pour aller voter, etc.

    Alors pourquoi lorsque ce même adulte franchit la porte de son entreprise le matin, deviendrait-il un être dénué de bon sens et de ses capacités de raisonnement ? Tout d’un coup, il faut que ce même adulte responsable et émancipé demande des autorisations, des validations pour tout et n’importe quoi. Il ne peut plus conduire de projet selon son idée, choisir ses horaires, aider ou se faire aider selon son envie et ses besoins. Il devient un subalterne de son “supérieur hiérarchique”, il perd ses capacités de responsabilité, d’autonomie et de liberté d’adulte citoyen. Quelque part, les règles de la vie d’entreprise le font re-devenir un enfant selon la définition courante dans notre société : un irresponsable. 

    Alors finalement ?

    L’entreprise et le monde du travail plus largement a bien à apprendre des processus d’apprentissage, donc de la pédagogie. Et si de nombreux adultes s’accordent pour remettre en question la façon dont on a essayé de leur faire acquérir des savoirs à l’école, pourquoi ne pas poursuivre cette remise en question sur les règles qui dominent les rapports humains dans le travail ?!

    Inversement, les pratiques innovantes de la pédagogie s’enrichissent parfois des expériences du monde de l’entreprise. Comme par exemple l’école démocratique qui s’inspire de l’entreprise libérée.

    Voilà un beau principe de vases communicants !

    Pour aller plus loin, un autre article à découvrir : Les super-héros de demain