Catégorie : Non classé

  • Le théâtre d’impro au service de la réflexion collective


    Lecture : 4 minutes

    Quand l’impro théâtrale détonne dans une réunion de 300 agents : retour d’expérience

    Comment dynamiser un temps collectif avec 300 agents, aborder des sujets sensibles et maintenir l’attention jusqu’à la fin de la matinée ? Pour Ludovic Chillotti, chef de projet au sein du Département de l’Isère, la réponse a pris une forme inattendue : faire appel à des comédiens-coachs pour mobiliser l’outil de l’improvisation théâtrale au service des enjeux de la journée et des besoins des participants. Il nous raconte comment l’idée est née, les surprises, et les bénéfices de ce format audacieux.

    Objectif : capter l’attention du public

    Depuis quatre ans, Pascale Callec, Directrice au sein du Département de l’Isère, organise des journées de rencontre entre les agents d’une des directions du Département. Regroupant 300 agents principalement issus des collèges de l’agglomération, ces réunions ont pour but de dynamiser le projet de direction. Au fil des éditions, un écueil revenait systématiquement dans les retours des participants : une fin de matinée trop lourde, trop descendante, avec des restitutions d’ateliers longues et peu engageantes.

    « Cette année, on voulait trouver une autre manière de faire passer des messages clés, de décaler le regard, tout en gardant les personnes attentives et qu’elles puissent se reconnaître dans les situations. »

    L’impro, un format interactif et puissant

    Ce qui a convaincu Ludovic ? Le mélange d’interactivité, de justesse et de finesse dans la mise en scène :

    « Ils jouaient des scènes qui étaient à la fois vraies et caricaturales, avec cette capacité à faire réagir la salle, à arrêter le jeu pour questionner, pour ajuster. C’est bluffant. »

    L’introduction de la journée, comme la restitution, n’est alors plus un moment subi, mais une séquence collective où chacun se reconnaît, réagit, rit et se sent concerné. Les thèmes abordés, parfois sensibles (comme les relations hiérarchiques ou les tensions de terrain), deviennent plus faciles à exprimer.

    Une démarche intégrée, pas un spectacle à côté

    « On ne s’est pas servi du théâtre comme d’un prétexte pour faire autrement. On s’en est vraiment servi pour faire démarrer et atterrir les journées », précise Ludovic.

    Les comédiens sont restés toute la journée, ont écouté les ateliers, pris des notes, et construit la restitution finale en direct. « On sentait qu’ils s’étaient vraiment imprégnés du matériau récolté. Et en tant qu’organisateur, c’est aussi un confort : ils prennent le relais sur la restitution, et permettent aux animateurs d’ateliers de souffler. »

    Rire ensemble, mais pas que

    Dans une ambiance de 300 personnes, le changement était palpable :

    « L’année précédente, les gens étaient fatigués en fin de matinée. Là, ils riaient. Et pas seulement pour rire. Il y avait de la tension, du décalage, de l’émotion aussi. »

    Les scènes ont permis aux agents de se reconnaître, parfois d’exagérer une situation pour dire : « Regardez, c’est ça qu’on vit. » Et souvent, cela ouvrait le dialogue.

    « Waouh, ils ont osé ! »

    Ça fait partie des surprises de l’impro ! Les comédiens et comédiennes captent aussi ce qui ne se dit pas mais qui est là. Si Ludovic reconnaît qu’il faut un certain « lâcher-prise » pour oser proposer ce type de format, il souligne aussi à quel point il est fin :

    « C’est un média qui permet d’aborder des sujets délicats, de générer des prises de conscience, et de faire participer même ceux qui d’habitude ne parlent pas. C’est très riche, il faut se l’autoriser. »

    Un pari réussi donc, qui donne envie de renouveler l’expérience.

    Pour aller plus loin

    Yann Salètes, comédien et facilitateur au sein de Sémawé, a réalisé cette prestation grâce à un partenariat avec la compagnie Les Bandits Manchots.

    • L’approche du théâtre d’impro au service des collectifs est à retrouver ici [Insérer le lien vers la page d’approche].
    • D’autres utilisations du théâtre avec des groupes : « comment faire pour que les consignes de sécurité soient respectées sur les chantiers ?

  • Robustesse, subsidiarité et vivant : la boussole des entreprises régénératives

    Lecture : 9 minutes

    Ce que le « régénératif » nous invite à revisiter dans nos organisations.

    Croire que nos organisations humaines vont réparer les écosystèmes abîmés par l’activité économique me semble une posture bien prétentieuse. Alors, comment prendre ce mouvement au sérieux, sans tomber dans l’illusion d’omnipotence ? Comment accompagner ce désir sincère de transformation, tout en gardant une profonde modestie ?

    C’est ce chemin que je vous propose d’explorer ici : en reliant le régénératif à la question de la Source, à la Spirale Dynamique, et à une nouvelle stratégie de robustesse, plus féconde que la quête sans fin de performance.

    Le mot « régénératif » est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Les entreprises veulent devenir « régénératives », les territoires aussi, et certaines marques commencent même à en faire un argument marketing, comme un label de responsabilité. Pourtant, une évidence s’impose : le vivant n’a pas attendu les entreprises pour se régénérer.

    Dans ce contexte, la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) a joué un rôle majeur. Elle a permis à des milliers de dirigeants d’ouvrir les yeux sur l’urgence écologique et sur leur responsabilité, tout en leur donnant des repères positifs et pragmatiques pour se mettre en mouvement. Grâce à la CEC, des entrepreneurs de tous horizons expérimentent une bascule intérieure : celle qui fait passer d’une logique d’optimisation économique à une logique de contribution au vivant. Ce mouvement est porteur d’un véritable élan collectif, sincère et nécessaire.

    Pour autant, un risque guette : croire que nos entreprises vont « sauver le vivant » comme on répare une machine abîmée. Croire que l’économie humaine va « régénérer » le monde est, en soi, une vision un peu orgueilleuse, non ?

    Alors comment accueillir cet élan vers le régénératif sans basculer dans la prétention ? Comment canaliser cette énergie nouvelle, en gardant une profonde modestie, et surtout, en renforçant la robustesse de nos organisations dans un monde devenu hautement imprévisible ?

    1. Le vivant, la régénération, et l’humilité nécessaire

    La régénération est l’état naturel du vivant. Les forêts repoussent après un incendie. Les sols s’enrichissent par la décomposition de la matière organique. La vie trouve toujours des chemins de résilience et d’expansion. Depuis des milliards d’années, la nature invente des mécanismes d’adaptation, de réparation et de renouvellement bien plus puissants que tous nos processus humains réunis.

    Ce processus de régénération n’a donc pas besoin de nous. Nous sommes, au mieux, invités à nous y réinscrire. Parler « d’entreprises régénératives » nous invite à un profond geste d’humilité. Une organisation dite « régénérative » ne doit pas se penser comme un acteur extérieur qui viendrait « réparer » ce qui est abîmé. Elle est une tentative – fragile, précieuse – de se réaligner avec les lois systémiques du vivant : cycles, interdépendances, diversification, sous-optimalité fertile.

    Dans cette optique, la vraie question n’est pas : « Comment mon entreprise peut-elle être régénérative ? » mais plutôt « Comment mon entreprise peut-elle cesser de s’extraire du vivant et redevenir un acteur humble parmi d’autres dans son écosystème ? »

    Cette posture demande un vrai basculement intérieur pour les leaders d’organisation : passer de l’idée que nous serions les « sauveurs de la planète » à celle que nous sommes d’abord appelés à retrouver notre juste place au sein du vivant. Une entreprise alignée sur cette conscience n’est plus centrée sur elle-même : elle devient un nœud vivant au sein d’un tissu plus vaste. Tout d’un coup, la notion de raison d’être des organisations prend toute sa puissance et son sens.

    2. De la performance à la robustesse : un changement de paradigme

    Pendant des décennies, la performance a été la valeur phare de nos entreprises. Faire mieux, plus vite, moins cher. Cette quête obsessionnelle a façonné le visage du monde économique moderne. Elle correspond parfaitement à une logique Orange dans la Spirale Dynamique : celle du succès individuel, de l’efficacité et de la compétitivité.

    Mais aujourd’hui, ce modèle montre ses limites. Dans un monde devenu chaotique, incertain, complexe et volatil, la performance seule devient une stratégie fragile. Elle nous pousse à avancer toujours plus vite, sans toujours vérifier si nous courons dans la bonne direction. La transition vers une économie régénérative nous appelle à changer d’altitude :

    • Passer de l’optimisation à la résilience.
    • De l’exploitation des ressources à leur fertilisation.
    • De la domination sur la nature à la coopération avec elle.

    Ce changement correspond à l’émergence d’une nouvelle vision du monde, celle que Frédéric Laloux a popularisée en parlant d’entreprises Opales — ces organisations du niveau Jaune de la Spirale Dynamique. La robustesse devient alors une stratégie centrale. Non plus briller à court terme, mais tenir, évoluer, se régénérer en lien avec les transformations du vivant.

    3. La subsidiarité : bâtir des organisations robustes

    Face à la complexité croissante de notre environnement, vouloir tout contrôler devient non seulement vain, mais contre-productif. La robustesse organisationnelle passe alors par un principe clé : la subsidiarité.

    La subsidiarité repose sur une idée simple et puissante : chaque décision doit être prise au niveau le plus proche possible de l’action.

    • Ce sont les personnes qui sont au contact de la réalité qui sont les mieux placées pour agir.
    • La structure hiérarchique n’est pas là pour « ordonner » mais pour soutenir, clarifier et protéger les marges de manœuvre.

    En cultivant la subsidiarité, une organisation devient naturellement plus adaptative, plus vivante. L’Holacratie est un exemple d’architecture organisationnelle qui a intégré la subsidiarité dans l’ADN même de son fonctionnement. Chaque cercle dispose d’une raison d’être propre. Chaque rôle à l’intérieur du cercle est, lui aussi, animé par sa propre raison d’être, avec des redevabilités précises.

    La robustesse ne se mesure pas à la productivité brute, mais à la capacité de chaque rôle, de chaque cercle, de rester aligné sur sa raison d’être, même dans la tempête. Ce principe d’autonomie alignée n’est pas nouveau. Il trouve une profonde résonance dans la doctrine sociale de l’Église, qui reconnaît depuis plus d’un siècle que « ce qu’un échelon inférieur peut faire par lui-même, l’échelon supérieur ne doit pas le faire à sa place. »

    C’est cette philosophie qui inspire notre travail chez Sémawé. Nous venons d’obtenir la labellisation B Corp, une reconnaissance qui témoigne que la robustesse, loin d’être un concept abstrait, peut se traduire en engagements concrets et vérifiables.

    4. Cultiver la robustesse collective : semer sans rigidifier

    Pour qu’une organisation devienne réellement robuste — et donc capable d’apporter une contribution régénérative durable — il est crucial de semer des cultures d’apprentissage vivant :

    • Accepter que la transformation est un processus non linéaire : Chaque organisation doit cultiver un rapport sain à l’expérimentation et accepter l’échec comme une source d’information.
    • Installer la réflexivité collective : À travers des outils comme le Forum Ouvert ou les cercles de gouvernance adaptative.
    • Aligner les actions sur les raisons d’être : Un collectif robuste est un collectif qui sait pourquoi il agit.
    • Favoriser des logiques d’interdépendance : La robustesse vient de la diversité des approches, pas de l’homogénéité.
    • Accepter la sous-optimalité comme une force du vivant : La nature maintient des marges, du redondant, des interactions parfois « inutiles » mais précieuses pour la résilience globale. Vouloir rendre une organisation parfaitement efficace, sans aucune perte ni friction, c’est la rendre fragile face à l’imprévu.

    Conclusion : la robustesse, une stratégie pour demain

    Le vivant ne nous demande pas de le sauver. Il nous invite simplement à retrouver notre juste place : celle d’acteurs conscients au sein d’un écosystème complexe.

    Dans cette dynamique, vouloir construire des organisations régénératives est une magnifique intention — à condition de la porter avec humilité. La robustesse devient alors notre meilleur guide. Non plus la performance pour elle-même, mais la vitalité sur le long terme. Non plus la standardisation, mais la subsidiarité vivante.

    Chez Sémawé, cette conviction structure notre travail, de l’Holacratie à la labellisation B Corp. Nous croyons qu’il est possible d’entreprendre autrement : en s’appuyant sur la force du vivant plutôt que contre lui. Seul ce qui est vivant est capable de régénérer la vie. Le reste est une illusion de maîtrise.

  • Notre premier Forum Ouvert en tant qu’associés de notre SCOP

    Retour sur le premier Forum Ouvert de Sémawé en tant qu’associés de la SCOP : une journée dédiée à la cohésion, à la parole libre et aux engagements collectifs.

    Introduction

    Ce 4ᵉ Forum Ouvert de l’histoire de Sémawé a marqué un véritable tournant dans notre manière de consolider une vision commune de l’entreprise. C’était aussi notre premier Forum en tant qu’associés officiels de la SCOP.

    La veille, autour d’un bon repas et d’une soirée détendue, nous avons glissé ensemble dans l’état d’esprit du Forum.

    Un Forum Ouvert commence presque toujours par une « place de marché » : chacun propose les sujets qu’il souhaite explorer pendant la journée. Ce moment clé organise les ateliers en acceptant qu’il ne sera pas possible de traiter tous les thèmes.


    1. Une ambiance propice à la libération de la parole

    Nous avons la chance de constituer une équipe déjà soudée — des personnes qui aiment passer du temps ensemble. Mais le cadre joue un rôle crucial. Nous nous sommes réunis dans le massif de la Chartreuse, au milieu des montagnes enneigées. Un feu de cheminée, un bon repas, une balade en fin de week-end… tout favorisait la déconnexion du quotidien.

    « L’ambiance de travail permet de créer les conditions d’une prise de parole libre et mesurée. »

    Libre, parce qu’un cadre “hors du cadre habituel” encourage l’expression sincère des personnalités.
    Mesurée, parce qu’un Forum Ouvert vise une communication orientée vers l’écoute, l’intention et la responsabilité.

    Les règles du Forum facilitent cette qualité d’échange :

    • pas de jugement,
    • pas de posture contradictoire,
    • chacun a le droit d’avoir un avis différent.

    Et nous appliquons la règle bien connue des “deux pieds”.
    Tout le monde se sent légitime, à sa place, en sécurité.

    Cette année, c’est Sarah qui a été élue — sans candidate déclarée — comme facilitatrice du Forum. Elle a mené cette mission avec brio !


    2. Ce que nous en retirons

    « Ce moment de partage est un ciment qui rend notre équipe à la fois fière et alignée. »

    Cette journée nous permet de vérifier que nous sommes toujours synchronisés : sur nos intentions, nos aspirations individuelles, et sur la vision commune de notre SCOP.

    Les thèmes que nous avons explorés :

    • la confiance et le choix de nos futurs associés,
    • la place que chacun occupe dans le collectif,
    • la recherche de l’épanouissement individuel dans le travail,
    • ce que nous voulons accomplir ensemble avec ce bien commun qu’est notre SCOP,
    • l’affinement du sens que nous mettons dans notre activité.

    Nous nous interrogeons beaucoup sur la manière de respecter les individualités au sein du groupe. Cela nourrit une sensibilité fine et des discussions profondes, parfois même en dehors de l’entreprise.

    Au fond, nous ne sommes ni une famille ni un groupe d’amis :
    nous sommes des associés qui se sont choisis en conscience.
    Nos attentes mutuelles sont donc élevées, ce qui renforce la confiance et le sentiment d’appartenance.


    3. Un moment intense et pérenne

    Cette journée d’écoute, d’expression et de réflexion laisse un impact durable. Dans les jours et les semaines qui suivent, elle continue de nous travailler, de nous inspirer.

    Ces moments d’équipe deviennent des repères importants dans nos vies professionnelles.
    Chaque Forum est unique, chaque édition apporte son lot de découvertes… et nous savons déjà que nous en organiserons encore beaucoup d’autres !


    4. Les actions décidées à l’issue du Forum

    Création d’un Manifeste Sémawé

    Un document court rassemblant :

    • nos valeurs,
    • notre philosophie,
    • et l’état d’esprit dans lequel nous voulons poursuivre notre aventure commune.

    Organisation de nouveaux Forums Ouverts

    Un Forum de printemps est déjà prévu !
    Et nous souhaitons en ancrer plusieurs chaque année pour garder ce rythme de respiration collective.